LE PATRON
Le mercredi et le samedi le « patron » vient corriger.
Le professeur de peinture, de dessin, d’architecture, de sculpture ou de gravure, d’un mot, le chef d’un atelier quelconque, s’appelle à l’École « le patron ». Le professeur d’anatomie, d’histoire, de perspective, etc., reste le professeur. Tout au plus, avec l’âge et selon le degré d’affection que lui portent ses élèves, devient-il « le père un tel ».
Et cette différence s’explique.
L’élève qui entre à l’Ecole n’a pas à choisir, — souvent même il ne connaît pas, — les professeurs des différents cours, qui, eux-mêmes, n’ont pas à l’admettre ou à le refuser, et qui, la plupart du temps, savent à peine son nom. Au contraire, il choisit son chef d’atelier, auquel il va rendre visite, et par qui il doit se faire accepter. Ce libre choix constitue un lien d’amitié, une sorte d’hommage rendu à celui qui restera toujours pour lui « le patron ».
On comprend après cela que les élèves soient particulièrement exacts le mercredi et le samedi.
Ce sont les jours silencieux de la semaine. Comme une mince cloison de bois sépare seule les ateliers, si le patron de l’atelier voisin est parti et que ses élèves commencent à faire du tapage, quelques coups frappés à la cloison avertissent les camarades que le patron d’à côté est encore là, et le bruit cesse immédiatement.
Le samedi, on apporte les esquisses, faites sur un sujet donné par le patron.
On nomme spécialement esquisse , à l’École, l’étude de composition.
Pour une figure dessinée, l’esquisse s’appelle « la mise en place », et, pour une figure peinte « l’ébauche ».
Ceux qui, dans leur semaine, ont fait une bonne figure profitent de la dernière heure pour l’achever, en vue de l’exposition de fin d’année.
Ceux qui en sont moins satisfaits la recouvrent de blanc de céruse, préparant ainsi leur toile pour une autre étude. On peint quelquefois huit ou dix figures sur la même toile. On n’est pas riche à l’École, et il faut aller à l’économie, se refuser le luxe de collectionner ses œuvres. Quelques élèves font leur année tout entière avec une demi -douzaine de toiles seulement.
A midi et demi en hiver, à onze heures et demie en été, les derniers travailleurs quittent leurs chevalets et vont laver leurs brosses à la fontaine.
Autrefois, c’était encore une des corvées du nouveau ; mais les anciens ont dû renoncer à lui demander ce service; le nouveau, ayant huit ou dix paquets de brosses à nettoyer, se trompait, les mélangeait, ou bien opérait trop lentement, et l’ancien perdait à attendre plus de temps qu’il n’en aurait misa procéder lui-même.
L’atelier se vide peu à peu.
Le modèle est habillé, et le plus satisfait, c’est lui : il a fini sa semaine et va au secrétariat toucher sa paye.
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