L’ANTIQUE ET L'ANTIQUAIRE
ton où Niobé voit tomber autour d’elle ses enfants frappés parles traits cl’Apollon, le dieu à l’arc d’argent; il vient à l’autre fronton, le fronton fameux du temple de Jupiter à Égine, où les Troyens et les Grecs aux belles cnémides combattent autour du corps de Patrocle et meurent en souriant.
Rien ne le tente, ni l’Apollon Pythien, qui, là-bas, derrière les colonnes de marbre rouge , brandit son arc imaginaire , ni cette Suppliante, les bras levés, ni ces métopes mutilés accrochés sous l’entablement, où des restes de Lapithes luttent contre des débris de Centaures.
Il passe dans la Salle des Antiques, immense parallélogramme, auquel une voûte de vitrage, supportée par de hauts piliers de fonte, donne l’aspect d’une serre, et que ses moulages emplissent de blancheur.
Deux molosses accroupis en gardent l’entrée, la gueule ouverte, Procyon etSyrius, deux des chiens de Diane; et l’élève, qu’on pourrait appeler l’élève stagiaire, et que l’Administration désigne sous le nom d’aspirant élève, les considère longuement,.se demandant pour la dixième fois si ces cerbères, qui louchent à force d’admirer toujours les mêmes déesses, hurlent au visiteur, ou à la lune, ou simplement baillent d’ennui.
Aux deux extrémités de la salle, se dressent deux groupes d’énormes piliers qu’on dirait taillés dans de la neige, tant le plâtre immaculé se détache sur le fond brun clair de la décoration. A gauche, des piliers corinthiens cannelés, si hauts avec leurs chapiteaux d’acanthe, qu’il a fallu creuser les dalles de quelques marches pour les installer sous cette voûte. A droite, les piliers d’angle du Parthénon, posés sans pié-
dostal sur les degrés, et supportant l'amorce du fronton sous lerjuel court la frise de Phidias.
Et c’est ici que l’embarras du pauvre antiquaire augmente, ei tre ces enfilades de Victoires, de Mercures et- de Sages de la Grèce.
Le Germanicus est bien noble, avec son grand geste et son bras levé,- mais la fille de Titus est bien intéressante, avec sa correcte draperie et ses cheveux crêpés qui lui font un turban. 11 y a bien Socrate, mais il a vraiment le nez trop peu grec; quant au César qui se campe là, devant l’autre porte, encadrée de palmes, sous le regard des médaillons de François Ier et de Léon X, il ne porte pas mal la cuirasse romaine, mais sa calvitie lui fait bien du tort.
Il ne faut pas penser à une étude d’après cet orateur, qui ressemble à Machin, l’acteur des Variétés. Quant aux deux sénateurs assis au pied des degrés du Parthénon, ils ne lui disent rien du tout; d’abord ceux-ci sont rasés, ce qui ne s’explique pas chez des gens qui sont surtout célèbres pour s’être fait tirer la barbe par des Gaulois, un jour qu’ils prenaient, le frais sur le devant de leur porte.
Il est vrai que ces vieux imberbes ont pour voisines deux jeunes danseuses d’Herculanum , exquises, d’une gracilité charmante, si spirituelles de profil, et si coquettement drapées, qu’on les prendrait pour des Parisiennes; mais les jolies danseuses sont très courues : chacune d’elles a déjà deux antiquaires à ses pieds , installés aux bonnes places; il faut y renoncer pour aujourd’hui. D’autres ont accaparé de même un lirutus qui ne lui déplairait pas.
Que faire? Va-t-il essayer le portrait de cette autre Electre, plus maternelle que celle du vestibule, ou s’attaquer à cet in-