L’ATELIER DE GRAVURE E N TAILLE-DOUCE
de grattoirs, de brunissoirs et de burins; une grosse loupe.
Toute la lumière venant frapper les plaques de cuivre rayées de hachures, un reste de jour atteint à peine les murs, où pendent de vieilles estampes jaunies, dont les personnages ont, sous leur perruque, un air d’ennui accablé qui vous pénètre, vous attriste, vous vieillit. On se sent là dans le décor démodé d’une époque abolie. Depuis ce beau portrait, taillé peut-être par un des Nanteuil, il y a deux siècles, quels progrès cet art minutieux mêlé de tant de patience, a-t-il accomplis? Pourquoi, couché sur sa planche de cuivre, seul , ce jeune homme s’acharne-t-il au travail? Le métier qu’il apprend ne nourrit plus son homme. Quelle fièvre le tient?
Dans un coin mal éclairé par une vitre barbouillée de blanc, une sorte de pierre à évier, une planche étoilée de taches avec quelques acides pour mordre le cuivre, verts comme des émeraudes, jaunes comme des topazes, ou limpides comme certains poisons. Et c’est tout.
Jadis la traditionnelle table à modèle meublait encore l’atelier, où l’on dessinait d’après nature. La table a disparu : le graveur ne monte plus que pour s’asseoir devant sa plaque, et apprendre le métier.
Les outils du graveur sont à sa charge. Ci : vingt francs.
Il achète, en outre, dans son année trois ou quatre planches de cuivre, de cinq à dix francs chacune. Il a deux bienvenues à payer, une à l’atelier des peintres ou des sculpteurs, l’autre à l’atelier de gravure.
« La fonction fait l’organe, » disent les médecins. On pourrait dire de même : « Le métier fait l’homme. »
Le peintre, qui, à chaque coup de pinceau, voit naître et
vivre son œuvre, et qui écrase de la lumière sur sa palette, a du soleil plein les yeux. Sa bouche rit et chante volontiers ; il se plaît au bruit; il a le geste expressif et prompt.
L’architecte ne manque pas de gaîté; mais, appliqué à une besogne plus minutieuse, penché sur des ensembles plus complexes, il a la plaisanterie moins tapageuse, l’allure plus digne.
Le sculpteur est plutôt mélancolique; il semble que la mélancolie lui est venue à force de pétrir et de regarder toujours cette terre grise et froide. Tout en assemblant son argile par petits fragments, comme l’hirondelle bâtit son nid, il calcule les difficultés de l’art qu’il entreprend; il sait ce qu’il lui faudra de courage et de persévérance; voilà pourquoi il vit souvent à l’écart.
Quant au graveur, timide comme le pauvre de La Bruyère, il est moins démonstratif encore; absorbé par une tâche qui ne souffre pas une minute d’inattention, il ne chante ni ne fume, il « burine » en silence, et ne songe guère à faire des charges au nouveau.
l’atelier de gravure en médailles et en pierres fines.
L’atelier de gravure en taille-douce se meurt; l’atelier de gravure en médailles est mort.
Le visiteur qui grimpe l’escalier s’attend à des merveilles ; il s’apprête à admirer des copies de ces admirables médailles de l’Empire romain ou de la Renaissance italienne, frappées
LE GARDIEN