L’ATELIER DE GRAVURE EN MEDAILLES
en l’honneur de centurions couronnés ou de moines devenus papes, têtes laurées ou mitrées, Séjan ou Savonarole, renommées ailées ou princesses coiffées d’un bonnet emperlé.
Il songe aux monnaies successives des Grecs et des Gaulois, aux drachmes à l’effigie de Pallas, aux sous d’airain où passent des quadriges, aux carolus d’or, aux beaux florins de la maison d’Autriche, aux sous tournois d’argent ou de bronze, aux louis fleurdelisés. Il songe aux splendeurs de Babylone, où chaque citoyen avait son cachet; à l’anneau d’émeraude qu’au dire d’Hérodote, Polycrate, tyran de Samos, jeta dans les flots, offrande aux dieux, que les dieux refusèrent; à l’anneau d’Ulysse, dont parle Plutarque, et où était gravé un dauphin, en souvenir de celui qui sauva Télémaque dans un naufrage.
Il se figure qu’il va voir un ruissellement de pierres précieuses , comme celles dont Méphistophélès emplit l’écrin de Marguerite, depuis le diamant étincelant et froid, pareil à de la rosée cristallisée; le rubis, dont la pourpre rappelle celle du vin rouge; la topaze dorée , telle qu’une goutte de vin blanc; l’améthyste, semblable à la fleur de mauve; le saphir bleu velouté comme la nuit; la turquoise bleu tendre, affectionnée des Égyptiens; le jade vert-olive, qu’employaient seuls les Chinois et les Perses, et dont Cyrus revêtit le tombeau de sa maîtresse, jusqu’à l’aigue-marine, couleur d’eau ; l’émeraude, couleur d’herbe ensoleillée; l’opale, blonde comme l’aurore; l’hématite qu’on prendrait pour du fer, l’outremer et le lapislazuli qui luttent avec l’azur du ciel; l’agate, dont les dessins imitent les plantes roulées par les vagues, et le jaspe, où des points rouges tranchent sur un fond vert, comme les gouttes de sang sur le pré choisi pour un tournoi.
D’avance il craint l’éblouissement des onyx et des escarboucles; il compte sur quelque chose comme le palais d’un prince du Nizam, où s’entassent les bracelets et les colliers rapportés de Golconde...
Il a gravi les deux étages; il pousse la porte au bout du corridor obscur...
Et il trouve une salle abandonnée où se glisse un jour blême, où nul souffle, nulle empreinte ne dérange et n’interrompt la couche de poussière, où les araignées attachent leur toile aux tours sans craindre qu’un intrus vienne mettre la roue en mouvement; des pierres à repasser traînent de place en place', mais nul n’y affûte ses outils; les rats circulent à travers des polissoirs rouillés; l’huile moisit dans les fioles; des débris de modèles en plâtre gisent dans les coins, qui sait depuis combien de temps? Aux murs gris, entre des dessins à la craie, des textes de légendes ou d’exergues, pendent des esquisses de médailles. Par terre, des cordes à boyau rompues traînent comme de longs serpents...
LE GARDIEN
Le gardien entre à l’École avec le titre d’homme de service <it 850 francs d’appointements.
Il est alors chargé des corvées : il emplit d’eau les fontaines, il allume les poêles, etc.
Il passe, au hasard des vacances qui se produisent, gardien à 900 francs.