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LE COURS DE PERSPECTIVE

Le cours de perspective a lieu, pour les peintres, les lundi et samedi à trois heures; pour les architectes, les mercredi et samedi à quatre heures et demie.

M. Chevillard, professeur, a pour suppléant M. Julien.

La salle, située sous le cloître de la cour du Mûrier, ressemble comme disposition aux autres salles de cours; seulement l’aspect en est sinistre, les murs étant couverts dans toute la longueur de tableaux noirs énormes.

Là s’enchevêtrent de larges lignes blanches, les unes pleines, les autres ponctuées, toutes marquées de majuscules, la ligne de terre toujours désignée par les lettres A et B; les projections horizontales ont les mêmes initiales que les projections verticales, mais on y ajoute une sorte d’accent aigu, qu’on prononce prime : la ligne CC' (C prime) est la projection horizontale; la ligne CC, la projection verticale. Les arcs de cercle, ponctués ou non , suivant qu’ils sont ou non visibles , se multiplient, de façon à donner l’idée d’un pont qui se mirerait obliquement dans l’eau; les sections des corps réguliers provoquent des épures compliquées , où les lignes génératrices deviennent les tangentes de paraboles, d’hyperboles et de cycloïdes qui semblent les dé-

formations cherchées à plaisir des cercles de base. De grands S ou des 8, exagérément allongés , se croisent, résultant, par exemple, de l’intersection d’une sphère par deux cylindres tangents; des parallélépipèdes éventrés l’un par le passage de l’autre produisent une sorte de pilier à facettes entaillé à angles aigus, etc., et l’on se. croirait chez des aligneurs d’a* et des faiseurs d’équations plutôt que chez des artistes.

Ce cours, nécessairement mêlé de trigonométrie et de géométrie descriptive , est suivi de façon très régulière par les architectes, pour lesquels il a une grande importance, étant donné les examens qu’ils ont à passer.

L’utilité de la perspective est moindre pour les peintres ; aussi en apprennent-ils, la plupart du temps, juste ce qu’il leur en faut, — quelques règles de perspective aérienne et de perspective cavalière, le strict nécessaire enfin.

Encore ne rapprennent-ils qu’à contre-cœur. Est-ce pour la sécheresse de ses théorèmes? Est-ce pour l’aspect rébarbatif de ses figures, souvent grotesques, si le point de perspective a été mal choisi? Est-ce pour ces deux raisons à la fois?... Ce qu’il y a de sûr, c’est que la perspective est leur bête noire.

Prenez le garçon le plus joyeux de l’atelier, et, à brûle-pourpoint, prononcez lentement devant lui le mot « Pers-pecti-ve » !... Dès la première syllabe, il s’arrête de rire ; à la seconde, il ne doute plus que ce ne soit une mauvaise farce; à la troisième, il se dérobe; à la quatrième, il est déjà loin...

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