LE TIMBRAGE DES ESQUISSES
ÉCOLE DES BEAl'X-ARTS.
LE PROJET
O ma tendre musette !
Musette, ô mes amours!...
... Drin! drin! drin! C’est le réveille-matin qui sonne la Diane !
Lève-toi, jeune homme! et lève-toi, plein d’espérance; ton dernier rêve est le bon; les yeux souriants du génie au front ceint du diadème étoilé ne t’ont pas menti ; les épreuves se prolongeront encore; tu auras bien des moments de découragement, mais ton acharnement aura raison de la guigne. Tu parviendras où sont parvenus tant d’autres qui ont commencé comme toi; tu vis dans un siècle où le mot de Bernard Palissy n’a plus de sens. Ce n’est plus aujourd’hui que « pauvreté empêche bons esprits de parvenir » .
LE PROJET
L’architecte de seconde classe peut prendre part au concours de projet s’il a rendu deux éléments analytiques.
Le projet est l’étude, plan, coupe et élévation, d’un édifice quelconque.
L’élément analytique est le détail d’un projet; étant donné un projet où se trouve un portique, l’élément consisterait, par exemple, à étudier le portique isolément, en donnant les détails au cinquième d’une architrave et d’un chapiteau.
On a deux mois pour étudier à l’atelier le projet, d’après une esquisse faite en loges, en douze heures.
Pendant ces deux mois, l’atelier offre l’aspect le plus curieux. Les pauvres nouveaux sont surchargés de besogne, obligés de faire toutes les courses, et de coller les feuilles de papier, une dizaine par jour, au moins; c’est un va-et-vient continuel; celui-ci a besoin d’une planche, cet autre d’un crayon ou d’une gomme; et tout le monde est pressé. On crie, on se donne des conseils, on se querelle.
Des réclamations éclatent partout à la fois :
— Qui est-ce qui a pris mon canif?
— Et moi, mon compas?
Puis ce sont les marchands de photographies, le père David ou M. Bonfils, qui arrivent et organisent des tombolas de vingt numéros à un sou; une belle photographie est l’enjeu; ou bien , c’est le père Galanthus , à la tenue aussi artistique que négligée, une boîte de crayons à la main, un rouleau de papier sur l’épaule, qui vient offrir sa marchandise.
Au bout de cinq semaines, l’élève commence le projet sur papier Watmann, passe au trait, — c’est-à-dire trace à l’encre de Chine ce qui n’était tracé qu’au crayon, et lave, — c’est-à-dire passe les teintes.
Le travail de l’architecte, couché sur sa planche, devient alors très fatigant; aussi, quelque pressé qu’il puisse être, il lui faut de temps en temps se dégourdir les reins et les jambes en allant voir les camarades. A ces quarts d’heure de détente et de conversation générale succèdent les heures de travail silencieux. Seule, la voix du massier s’élève, par instants, et un cri monotone retentit, pareil à un glas :
LE PROJET
— Qui est-ce qui n’a pas payé sa masse?
Un murmure général accueille cette réclamation indiscrète, et bientôt c’est un chœur de vociférations ou de chansons, romances ou cantiques, braillés tous à la fois.
La fin du second mois est arrivée; le massier du matériel va demander à chaque élève les dimensions de ses châssis, et, le lendemain, le menuisier commence. Le travail maintenant se continue jusqu’à la nuit, et, le gaz étant interdit dans l’atelier, les élèves s’entourent de bougies plantées dans de gros chandeliers de fonte; les ombres provoquées par ces tremblantes lueurs se heurtent, s’entrechoquent, découpant sur les murs ou le plafond d’étranges silhouettes, brusquement déplacées; on se croirait dans ces boutiques d’encadreurs où les ouvriers, éclairés par des chandelles, collent leurs minces feuilles d’or sur le bois sculpté.
Le terme approche de ce travail enragé; il est neuf heures , et il faut que le projet soit rendu avant midi. Une épaisse fumée noire s’échappe des pots à colle forte ; la colle de pâte tremble dans les terrines; les éponges, les châssis, les larges bandes de papier bleu, tout est prêt.
On sort les tréteaux et la grande planche dans le vestibule de la salle Melpomène; les gardiens ont semé à terre une épaisse couche de sciure de bois , afin d’éviter les taches qui saliraient la mosaïque.
Tandis que les colleurs sont à l’ouvrage, emplissant l’escalier et le vestibule , des élèves travaillent encore dans l’atelier; celui-ci, aidé d’un nouveau, passe sur son plan les teintes conventionnelles, qui servent à désigner la pierre, la
fonte, le bois, etc.; cet antre, un artiste (les architectes appellent artiste l’élève le plus fort en aquarelle) , termine la mise en couleurs d’une façade; là, un patron et ses trois nègres, réunis autour d’un immense plan général, en achèvent les derniers détails. — Le nègre est l’élève qui ne rend pas de projet, et qui aide son camarade, lequel alors prend le nom de patron.
Partout, encombrant les tables, des godets, des solitaires, des livres, des études, des pinceaux, des crayons, des compas, des couleurs, des photographies.
Onze heures!...
Voilà le moment terrible arrivé, le grand coup de feu. Tant pis pour ceux qui ont mal pris leurs mesures, ou gâché leur temps !
Le massier du matériel prépare les châssis et surveille les nouveaux, chargés de distribuer la colle de pâte partout où il en est besoin, et de veiller, autres vestales, à ce que le feu ne s’éteigne pas sous la colle forte. Pauvres nouveaux ! Ils sont sur les dents; on les réclame de tous les côtés à la fois :
— Hé ! nouveau ! par ici !
— A moi! hé! nouveau! et plus vite que ça!
L’un remplit une lampe d’essence; un autre colle sur les châssis les grandes feuilles de papier Canson, sur lesquelles on contrecollera le dessin; un troisième, un crayon à la main, inscrit les commandes de chaussons aux pommes, le seul gâteau ayant ses entrées à l’École; celui-là est toujours chargé d’acheter au moins une trentaine de chaussons; il reçoit l’argent, court chez Morateur, le boulanger des Beaux- Arts, rue de Seine, en face de la rue des Beaux-Arts; Mora
l’architecte.
LE PROJET
teur lui fait des petits paquets de ses trente chaussons, et le nouveau revient en hâte à l’atelier.
— Bravo! Un hurrah pour le nouveau !
Et c’est un accueil enthousiaste; on le pousse, chacun lui crie son nom aux oreilles, chacun réclame sa commande; très encombré , il veut tirer sa liste pour contrôler la livraison de la marchandise, on ne lui en laisse pas le temps; à peine a-t-il lu les premiers noms que les chaussons lui sont enlevés. Le plus souvent ceux qui les mangent n’avaient rien commandé; les autres se fâchent; mais à qui s’en prendre? sinon au nouveau , qui n’en peut mais et qui répond :
— Il fallait faire comme un tel et un tel qui sont venus audevant de moi. C’était le moyen le plus sûr de rentrer dans votre bien.
Il a un peu raison; mais tout le monde lui donne tort, et les plus indulgents se contentent de l’appeler : Mauvais fourrier !
Il a bien envie de se mettre en colère... Mais l’infatigable massier du matériel ne lui en laisse pas le loisir. Un châssis à la main, l’œil à tout, comme un amiral à son bord, le massier surveille la colle, donne la consigne, indique son rôle à chaque nouveau, et, brusquement, s’élance dans l’atelier...
Il est midi !
D’un seul coup, comme au signal donné par un enchanteur dans une féerie, toutes les feuilles qui restaient encore sur les planches sont enlevées , les retardataires se précipitent dans le vestibule, encombrent les deux paliers de l’escalier, sur la rampe duquel des statues les regardent.
Tous, anciens et nouveaux, en redingote, en veston, en
blouse, s’emparent des éponges, des châssis, des bandes bleues, enduisent de colle-forte le bord des feuilles, en mouillent l’envers, les disposent sur le cadre plat, et les tirent de tous côtés pour qu’elles soient tendues également, puis, armés d’une queue de morue, enduisent de colle de pâte les bandes bleues, destinées à cacher les bavures de la colle forte, le tout en courant, et, pour ainsi dire, au vol.
LA CHARRETTE
Pendant ce temps , par l’entrée de la rue Bonaparte , arrivent « les charrettes ».
Les élèves des ateliers extérieurs apportent leurs projets à l’École dans de petites voitures à bras, qu’ils traînent euxmêmes , et auxquelles ils donnent le nom de charrettes ; or, comme ils arrivent toujours pressés, et plutôt en retard qu’en avance , les élèves ont adopté aussi le mot pour désigner le branle-bas du rendu ; la charrette constituant la dernière phase du projet, on dit qu’on est en charrette , quand on est attelé à un travail urgent.
Marmitons et blanchisseuses s’arrêtent à regarder cette voiture que traîne un jeune homme en blouse blanche , coiffé d’un chapeau haut de forme, et que poussent d’autres jeunes gens au costume non moins étrange. François, le concierge, a ouvert la grille toute grande; la charrette passe, au galop, entre le Puget et le Poussin, et vient s’arrêter, entre le musée Renaissance et la salle Ingres, devant l’arcade qui conduit au
LA CHARRETTE
portique de la cour du Mûrier. Les élèves enlèvent les châssis, alignés au fur et à mesure le long de la muraille, puis les portent à la salle d’exposition, marchant en file comme un cortège antique.
Dans le vestibule, le collage est presque terminé, et les élèves des ateliers extérieurs qui passent, leurs projets à la main, sont tous accueillis par des critiques parfois justes, toujours bruyantes, des : Ho! et des : Ah ! à plein gosier. Quant aux timides qui craignent le jugement du peuple, et qui ont voilé leur travail de pudiques feuilles de papier, il n’est pas assez de huées pour eux :
— Faut-il que son projet soit laid, hein? à celui-là!
— La toile ! la toile ! crient les camarades, avec l’intonation des spectateurs du cintre réclamant le lever du rideau.
Chaque élève se présente successivement à la porte de la salle Melpomène, où se fait l’exposition; le gardien de service constate d’abord que le projet est au complet :
— Entrez ! dit-il.
Au pied de l’énorme statue de Melpomène, souriante et blanche sur le fond de velours bleu pâle, et tenant à la main son masque béant, M. Barbier, le surveillant des architectes, est assis; il a devant lui, sur une table, un registre de tous les élèves; à mesure qu’ils se présentent, il fait un signe en face de leur nom, il inscrit le nombre des châssis et donne le numéro d’exposition à un gardien, qui a soin de marquer d’un grand H les dessins où se trouve un plan, afin d’éviter qu’on ne mette le haut en bas.
Le dépôt des projets est fini; les élèves des ateliers extérieurs s’en retournent avec leurs charrettes, en courant du
train de chevaux échappés; les uns tirent, les autres poussent; tous crient à qui mieux mieux; et à la place où étaient les châssis, un ancien, cramponné aux montants, oscille à chaque secousse et se maintient tant bien que mal , au risque de se rompre vingt fois le cou. Un bruit assourdissant emplit la rue; marchands de gravures, de livres, d’armes et de photographies se mettent à la porte, inquiets, puis rentrent rassurés et souriants; ils avaient cru à une émeute, pour le moins.
— Ce n’est rien, disent-ils; c’est la charrette.
Quelques retardataires attendent la sortie de M. Barbier pour s’excuser auprès de lui d’avoir laissé passer les délais légaux; ils ont d’abord essayé, vainement, de détourner l’attention du gardien de service à l’entrée, et de s’introduire en fraude; si l’heure est trop avancée, M. Barbier se retranche derrière la consigne, et refuse d’accepter les projets. B ne reste plus à ces ouvriers de la dernière heure qu’une ressource : écrire au directeur de l’École, qui parfois permet une entorse aux règlements et admet les traînards à concourir.
Les derniers élèves ont quitté la salle Melpomène; sous l’œil du surveillant, les gardiens clouent les châssis sur des traverses en bois, formant ainsi d’immenses panneaux qu’ils posent sur des portants; et bientôt la salle tout entière se trouve tendue, jusqu’à la hauteu rde quatre mètres, d’une muraille de dessins, plans, coupes et élévations, derrière lesquels disparaissent les copies de Jules Romain, de Léonard, du Titien et de Véronèse.
Les membres du jury n’ont plus qu’à venir.
Le jugement des projets de première et de deuxième classe
LA CHARRETTE
LA CHARRETTE
a toujours lieu le jeudi, de une heure à trois. Souvent trois heures n’ont pas sonné encore que tout est déjà terminé.
Devant la porte de la salle, une vingtaine d’élèves des ateliers de l’École ou des ateliers extérieurs sont groupés, attendant le résultat.
De temps en temps, malgré la surveillance du gardien, un impatient se hasarde au trou de la serrure, et dit aux camarades quels sont les projets primés qui tombent dans sa zone d’observation.
Le jugement est fini; la nouvelle s’en répand, et c’est dans toute l’École un va-et-vient de gens qui entrent, sortent, et se croisent, affairés. Certains membres du jury, pour échapper aux questions des élèves, s’esquivent par le quai Malaquais.
Du côté du vestibule de la salle Melpomène, plein de copies de primitifs, le défilé commence; un membre du jury, peu connu de l’École et qui tient à devenir populaire, demande :
— Dites-moi, mon ami, connaissez-vous le numéro huit? Son projet est remarquable; il a obtenu la première mention.
— Le numéro huit! crie une voix.
L’un des assistants se détache du groupe, descend les marches quatre à quatre, et disparaît. C’est un ami de l’élève mentionné, qui veut être le premier à lui annoncer sa victoire.
Un prêtre à barbe blanche, tel qu’en peignait Tiepolo, sort à son tour et descend l’escalier; sa silhouette vigoureuse se détache sur les copies éteintes des fresques du Vatican ; c’est M. Douillard, l’architecte. Les élèves l’entourent et l’interrogent. Puis voici M. Destables, l’inspecteur de l’École, qui annonce aux uns leur mention , aux autres leur échec (à l’Ecole, échec se prononce « fouillade »), accompagnant les
nouvelles heureuses d’un sourire, et mitigeant d’un sourire les nouvelles moins bonnes.
Enfin, et le dernier, paraît M. Barbier, son fameux registre sous le bas; il l’ouvre; on se presse autour de lui, et, avant qu’il ait commencé la liste des récompensés, les élèves ont lu les noms par-dessus son épaule et courent à l’atelier les dire aux camarades.
Pour passer en première classe, il faut que l’Élève de seconde classe obtienne une mention dans les diverses branches de renseignement, géométrie descriptive, algèbre, mécanique, perspective, etc. Ces mentions une fois obtenues, il doit faire sa construction, qui dure quatre mois. Dans l’intervalle d’un examen à l’autre, il peut concourir aux projets tous les deux mois, et aux différents prix, legs, etc.; après avoir obtenu les neuf valeurs indispensables d’architecture, - — ce qui demande en moyenne trois ans, il passe en première classe; là encore, il lui faut mériter ses neuf valeurs; après quoi, il fait son diplôme.
Bref, depuis l’entrée à l’École jusqu’au diplôme, les études d’un architecte bon élève durent de cinq à six ans.
Un atelier comporte environ trente-cinq élèves de première classe, et soixante-cinq élèves de seconde classe. En dépit des continuelles disputes, qui servent à entretenir la note gaie, il y règne la plus complète fraternité; jamais un camarade n’a refusé un coup de main au voisin moins habile, et souvent on travaille trois ou quatre sur le même dessin.
L’élève ayant obtenu médaille ou mention est tenu à des largesses, c’est aux dépens de sa bourse que l’atelier trinque à sa santé.
LES ARCHITECTES EN LOGES
LES ARCHITECTES EN LOGES
Les concurrents arrivent dès le matin avec leur planche, sur laquelle une feuille de papier Watmann est déjà collée, leur té, leurs équerres, compas et crayons, tout l’outillage enfin.
Pas plus que les peintres, ils ne peuvent sortir, sous aucun prétexte; il leur faut donc déjeuner là-haut; les gourmets, qui ne sauraient se contenter de la cuisine du père Valentin, emportent des bouteilles de vin ou de liqueurs, et des pains énormes, garnis de viande froide ou de charcuterie.
En attendant l’heure de monter, on débat le sujet probable du Concours.
Le surveillant arrive, son éternel registre sous le bras, ses lunettes sur le nez; lentement, il gravit les quelques marches du perron; tout le monde le suit; au bout de cinq minutes, le surveillant tire sa montre; les aspirants en font autant; on discute l’heure :
— Moi, j’ai moins le quart.
— Moi, j’ai moins deux.
— Moi, j’ai huit heures dix.
L’heure sonne, et voilà la question tranchée.
— Un peu de silence, Messieurs! demande le surveillant.
11 ne l’obtient pas sans peine. Enfin il commence à appeler
les noms; il en écorche quelques-uns :
— André Lacascade, dit-il.
— Lacaussade! proteste énergiquement l’appelé.
— 11 y a Lacascade!
Nouvelle discussion, envenimée partons les élèves, qui ne manquent jamais une occasion de faire du bruit.
L’aspirant appelé monte au quatrième, tout là-haut dans les combles; il se présente au surveillant des architectes, M. Barbier, lequel inscrit sur le registre le nom de l’aspirant et celui de son professeur; une fois cette formalité remplie, arrive le gardien chargé de distribuer le programme; après quoi, un autre gardien mène l’élève à sa loge, où il trouve un camarade installé, les architectes se partageant leur cellule comme les peintres.
Bientôt le corridor s’emplit de la fumée du tabac; on voisine, on cause du programme, on rit, on chante, toujours comme chez les peintres. Et le surveillant va et vient à pas lents, plongeant dans chaque loge un regard scrutateur, attentif à piger les concurrents peu scrupuleux qui copient le Yignole, ou s’inspirent de tout autre document.
Onze heures. Dans la cuisine, encombrée de piles d’assiettes, les bouteilles sont en train de rafraîchir dans la hotte de la fenêtre; on commence à aller trouver le père Valentin, et on discute le menu comme on a discuté le programme; le père Valentin défend son menu et prend les ordres.
Midi. Tout le monde se précipite vers la cantine, située à gauche en entrant, près de la porte des Loges; on s’arrache le jambon , le saucisson , le fromage et la salade ; on se prend des mains les litres de vin ou les canettes de bière; on se flanque les œufs rouges à la tête; c’est un tapage infernal, où l’é-
LES ARCHITECTES EN LOGES
clat des voix est accru du bris des assiettes et des verres et du remue-ménage de la vaisselle.
Le déjeuner fini, on se rend visite, on constate la façon dont les voisins ont interprété le programme et à quel point ils en sont de leur tâche; on se critique, on se conseille. Le père Valentin va verser le moka à ceux qui se sont offert ce luxe oriental; puis il fait sa tournée et touche ce qui lui est dû; puis il s’en va soigner son pot-au-feu, laissant la place à son garçon, qui récolte ses pourboires.
Quatre heures. M. Barbier, le surveillant, arrive; il a quitté son registre; il s’est armé d’un timbre, et vient apposer sur chaque esquisse la date et sa signature.
Cinq heures et demie. La nuit tombe vite, grâce à la façon dont les fenêtres sont closes; pendant que le père Valentin porte de loge en loge un bol de bouillon chaud , on allume les bougies; la fièvre du travail a pris à peu près tout le monde; le silence est presque complet; on se croirait dans un corridor de couvent où aboutissent les cellules de moines absorbés par la méditation. Tous se hâtent maintenant pour rattraper le temps perdu; et, déjouant la surveillance des gardiens, les élèves qui ont fini leur dessin profitent des derniers moments qui leur restent pour aider un camarade en retard.
Neuf heures. Les gardiens invitent les élèves à rendre leurs projets. Lentement, les élèves défilent; puis, arrivés à l’escalier, ils en dégringolent les marches quatre à quatre, et l’on croirait que le bâtiment des Loges s’écroule, et que ce sont les moellons qui rejaillissent de marche en marche avec ce grondement de cataracte.