‹ L'école des beaux-artsChapitre 51 sur 95 · I/EXPOSITION · texte numérisé non relu

I/EXPOSITION

les flots d’encens qui fument sur les trépieds d’airain. La fortune de Rome, c’est lui; et le vol de l’aigle sacré suit sa course glorieuse...

— Halte !

Le cortège s’arrête devant une maison ; la devanture est ornée d’une grille; sur la porte, une tête de Silène s’épanouit, encadrée de pampres. Un comptoir d’étain reluit dans l’ombre.

Cela ressemble assez aux tavernes où la plèbe allait boire du vin de Crète dans des écuelles d’argile.

Au-dessus de l’imposte s’étalent ces mots, écrits en grosses lettres : Marchand de vins.

Une dernière fois, les trois cris retentissent; une dernière fois, le sceptre s’incline vers la foule...

Précédé de la bannière et de la fanfare, et suivi de ses camarades, le triomphateur entre chez le mastroquet.

l’exposition.

La porte de bronze du quai Malaquais est ouverte toute grande, et deux faisceaux de drapeaux en garnissent l’arcade, que surmonte une tête de Minerve; les voitures viennent se ranger au trottoir, landaus pleins de coussins de peluche, coupés capitonnés ou simples fiacres, et dans l’entrebaillement des rideaux de velours frangés d’or disparaît la foule des visiteurs avides de connaître les ouvrages couronnés.

Des palmiers, des arbustes et des fleurs cachent les angles

des salles, qu’arpentent à pas comptés des gardiens en grand uniforme.

Au rez-de-chaussée s’alignent dix statues en terre , d’un gris verdâtre, auxquelles un rideau de serge rouge sert de fond , dix Démosthènes haranguant la mer, les uns calmes , les autres fougueux , presque tous échevelés par le vent qui gonfle leur manteau.

Dans un coin de la salle les curieux s’arrêtent pour voir le gardien arroser les ouvrages des sculpteurs , bas-reliefs ou statues; sans cette précaution, la terre sécherait et se fendillerait; le brave homme puise l’eau dans un seau avec un instrument très long, muni d’un manche, tel qu’en arborent les apothicaires dans M. de Pourceaugnac... vous y êtes!... celle-ci est énorme, et le gardien qui la manœuvre garde un tel air de dignité que les spectateurs ne peuvent se tenir de sourire; mais rien ne le déconcerte, et il continue, sûr de l’importance de l’opération.

Les œuvres des peintres sont exposées au premier étage.

Le sujet du concours est la mort d’Épaminondas.

« Épaminondas, dit le texte, avait été apporté dans sa tente « respirant encore. Ses amis, ses officiers fondaient en larmes « autour de son lit. Le camp retentissait des cris de la dou- « leur et du désespoir. Les médecins avaient déclaré qu’il « expirerait dès qu’on ôterait le fer de la plaie. 11 craignit que « son bouclier ne fût tombé entre les mains de l’ennemi; « on le lui montra, et il le baisa comme l'instrument de sa « gloire. Il parut inquiet sur le sort de la bataille; on lui « dit que les Thébains l’avaient gagnée.

« — Voilà qui est bien, répondit-il : j’ai assez vécu...

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