‹ L'école des belles-mères: comédieChapitre 10 sur 21 · OUI · texte numérisé non relu

OUI

MADAME GRAIKDOR.

Tu verras, tu verras 1 tu seras jolie dans quelques années avec ta nichée d'enfants, qui rempliront la maison de cris... ce sera gentil ici!.. Oui I avec des berceaux jusque dans Tantichambre et des langes sales dans tous les coins... Tu seras belle, tu auras l'air d'une vieille à trente ans! Et je te promets du plaisir lorsque tu te compareras à des amies qui auront eu un mari moins patriote que celui-là I Et, pendant que tu seras là, à moucher le nez à toute la bande, lui, bien tranquille et fier, s'en ira faire le joli cœur chez des petites dames qui auront leurs nerfs, ou papillonnera dans les coulisses, à des répétitions auxquelles tu n'assisteras pas.

FIFINE

André} me tromper?

MADAME GRAINDOR, ironique

Non! Il est autrement que les autres !.. Mais tune vois donc rien t Mais tu es donc aveugle ! Tu no comprends donc pas, alors?

FIPINE.

Je ne comprends pas, quoi?

MADAME GRAINDOR,

Ce qu'il veut?

FIPINB.

Non!

MADAME GRAINDOR.

Mais je le gêne^ ce monsieur, pour faire ses farces î | ( Nous le gênons, ton père et moi I Et il veut se dé-' .barrasser de nous.

FIFINE

Gomment cela ?

MADAME GRAINDOR.

, Lorsqu'il t'aura forcée à dîner ici, il sait bien que! 'tu seras comme toutes les femmes, que tu voudras I paraître heureuse malgré tout, et que tu nous ca* Icheras ses dîners en ville et ses soirées je ne sais , où I Ah ! ça, tu ne l'auras pas volé, et je ne le con-. 'seille pas de venir te plaindre lorsque ça t'arrivera/

FIFINE

Sois tranquille.

MADAME GRAINDOR.

Regarde autour de toi I M. Boguin a une danseuse ; M. Pelletier, une chanteuse ; M. Prévost, la caissière du café des Arts ; M. Moutierrcelle du café de la Comédie; M. Delamarre c'est mdame Courlin et M. Gourtin, c'est madame Bocquei... Oh ! je sais bien, on se dit toujours qu'on sera la seule à échapper au sort commun, que son mari est une exception... On se dit ça jusqu'au jour où on se trouve en face de la réalité et alors, on regrette de n'avoir pas écouté sa mère.

FIFINE

Je t'en prie, maman.

MADAME GRAINDOR*

Maintenant, si tu trouves ça de ton goût, à ton aise 1 Si tu veux être une esclave, ça te regarde. Seu* lement, il ne faudra pas t'étonner de voir les gens

sourire sur ton passage ! Le fait est que tu seras touchante avec ta candeur et ta crédulité. On commence déjà d'ailleurs à se moquer de toi.

FIFINE

Qui ça?

MADAME GRAINDOR.

Quelqu'un que je ne te nommerai pas. Libre à toi de croire que ta mère a menti, ça ne doit pas te gêner... avec le respect que les enfants d'aujourd'hui ont pom* leurs parents.

FIFINE

Mais, maman, je t'aime toujours.

MADAME GRAINDOR.

Allons donc I Si c'était vrai, tu ne nous sacrifierais pas comme tu le fais. Est-ce que tu crois que c'est pour moi ce que je te dis là !.. Ah I tu seras heureuse, va, toute seule... Nous... je ne parle pas de nous, ça t'est bien indifférent. D'ailleurs, avec les chagrins que tu nous fkis, ton père et moi, nous n'en aurons pas pour longtemps heureusement.

FIFINE

Maman, je te promets de parler à André, je te promets.

MADAME GRAINDOR, s'attendrissikiit.

Allons! Au revoir, ma fille... je ne t'en veux pas, tu sais. Tu viendras nous voir quand on te le permettra. . seulement... si tu veux que nous ne soyons pas trop malheureux, tu tâcheras que ce soit souvent.

"""- EUe sort.

lii^;

L'ECOLE DES BELLES-xMERES 33

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