SCÈNE vnr
FIFINE seule, puis ANI>UÊ.
ANDRÉ
Eh bien?
FIFINK. .'
Eh bien, q^uoi ?
Ta mère t'a-t-elle fait entendre raison?
FIFINE. -
Je suis assez grande pour ine conduire toute seule.
ANDRÉ
Qu'est-ce que tu as résolu?
FIFINE
j'ai résolu que lu n'irais pas à cette répétition.
ANDRÉ
Ahl
FIFINE
Si tu y vas, j'irai avec toi.
ANDRÉ
J'irai, et j'irdi seul. Je ne veux pas recevoir d'ordres ni de ta mère ni de toi.
FIFINE
Il n'est pas question de ma mère,
ANDRÉ
C'est elle qui t'a monté la tête. .
L'ÉCOLE DES BELLES-MÈRSg
FIFINE
Je n'ai besoin de personne. J'y vois clair. Si tu tiens autant d'aller à cette répétition, sans moi, c'est que tu vas y retrouver des personnes avec lesquelles; tu ne te soucies pas de me faire rencontrer.
ANDRÉ
Quelles personnes ?
FIFINE
Est-ce que je sais les noms de ces femmes-là !
ANDRÉ
Tout cela ne vient pas de toi, ma chère Fifme. Allons ! avoue que ta mère l'a raconté des choses qui t'ont rendue jalouse.
FIFINE
Tu te trompes bi«-n, maman ne m'a rien dit du tout ! Tu m'eDlerJç, rien du tout.
ANDRÉ
Je lia q^e ces mauvaises paroles et ces mauvaises pen?t€5 sont indignes de toi.
FIFINF.
Je le répète qu'on ne m'a rien soufflé. Je suis capable d'avoir une idée à moi toute seule, peut-être. Tu me trompes ou tu vas me tromper, je le sais. Vouf» êtes tous les mômes d'abord. Je ne suis pas assez bcto pour croire qitc lu es une exception... je n'ai pas envie qu'on se moque de moi.
ANDIU*:.
Si la mère ne Ta rien dit à ce sujet, de quoi t'al-elle parle alors?... T'a-l-cllc conseillé de rester davantage chez loi ?
L'ÉCOLE DES BELLES-itfÈRES
FIFINE
; Ah ! oui !.. Rester chez moi !.. pour que pendant ce temps-là tu ailles faire le joli cœur devant des 'j)etites dames qui auront leurs nerfs I
^ ANDRÉ
€e n'est pas encore toi qui as trouvé cette phrase-là«
FIFINE
Si! si! si ! C'est moi 1 Oui, c'est moi! vous êtes des despotes et des hypocrites ! mais si je suis ta femme, je ne suis pas ton esclave! Et je sortirai quand je ^voudrai, je sortirai tous les jours; aussi longtemps . que je voudrai. Je n'y serai jamais ici, jamais! jamais!
ANDRÉ
Fifine, écoute-moi un peu. Tu t'exaltes, tu dis des bêtises... tu vas te faire du mal.
Si je me fais du mal/ tant pis. (Un temps.) Maman t'a repris tes cigares... C'est moi qui le lui ai conseillé.
ANDRÉ
Elle a bien fait et toi aussi...
FIFINE
Ne dis pas de mal de ma mère.
ANDRÉ, un silencd.
Veux-tu que je te dise, ma petite Fifine... Ta mère est en train de faire notre malheur à tous les deux.
FIFINE
Ne dis pas de mal de ma mère... c'est inutile! t/u
ne réussiras pas à me détacher d'elle, je dînerai chez elle tous les jours, je déjeunerai chez elle tous les jours... quand ça ne te plaira pas, il y a des restaurants. *
ANDRÉ, tendre.
Ta mère t'a montée contre moi. Elle ne me par- ; donnera jamais d'être ton mati.Je ne l]ii en veux 'pas parce que je devine ce, que souffre de tout cela son égoïsme maternel. Elle aurait voulu tç garder toute sa vie auprès d'elle et me hait de t'avoir enlevée. Elle ne se rend pas compte du mal qu'elle peut Tious faire si* nous ne nous aimons pas bien. Aimeinoi Lien, ma cHére Fifine, et rien qu'en nous aimant nous trouverons la force de traverser cette 1 ctite cri«B, sans y laisser tout notre bonheur.
FIFINE, èbranloe.
Mais pourquoi veux-tu aller à cette répétition*?.
ANDRÉ
Fe n'y tiens pas du tout.
FIFINE, plus douce.
Tu n'y tiens pas! Tu n'y tiens pas! C'est trop fort. Tout à l'heure...
Entre madame MeiUet.
JTADAME MEILLET.
Qu'est-ce qu'on me dit? On se dispute ici!
ANDRÉ
FiCne est un peu nerveuse, voilà tout.
FIFINE
Non, madame I
ANDRÉ, à lui-même.
Heureusement, voilà ma mère, elle va finir d'arlanger tout cela.