AGNÈS, ARNOLPHE
ARNOLPHE, assis.
Agnès! pour m'éconter, laissez là votre ouvrage. Levez un peu la tête, et tournez le visage.
. (mettant le doigt sur son front. ) A
Là, regardez-moi là durant cet entretien ;
Et, jusqu’au moindre mot, imprimez-le vous bien. Je vous épouse , Agnès ; et, cent fois la journée, Vous devez bénir l’heur de votre destinée, Contempler la bassesse où vous avez été,
Et dans le même temps admirer ma bonté,
Qui de ce vil état de pauvre villageoise | Vous fait monter au rang d’honorable bourgeoïse, Et jouir de la couche et des embrassemens
D'un homme qui fuyait tous ces engagemens,
Et dont à vingt partis fort capables de plaire
Le cœur a refusé l'honneur qu'il vous veut faire. Vous devez toujours, dis-je, avoir devant les yeux Le peu que vous étiez sans ce nœud glorieux, Afin que cet objet d'autant mieux vous instruise À mériter l’état où je vous aurai mise,
À toujours vous connaître , et faire qu'à jamais
Je puisse me louer de l'acte que je fais.
Le mariage, Agnès, n'est pas un badinage :
À d’austères devoirs le rang de femme engage;
Et vous n’y montez pas, à Ce que je prétends, Pour être libertine, et prendre du bon temps. Votre sexe n’est là que pour la dépendance :
Du côté de la barbe est la PRE.
Bien qu'on soit deux moitiés de la société ,
Ces deux moitiés pourtant n'ont point d'égalité : L'une est moitié suprême, et l’autre subalterne : L'une en tout est soumise à l’autre qui gouverne ; Et ce que le soldat, dans son devoir instruit,
Montre d’obéissance au chef qui le conduit,
Le valet à son maître, un enfant à son père,
A son supérieur le moindre petit frère ,
N’approche point encer de la docilité,
Et de l’obéissance , et de l'humilité,
Et du profond respect où la femme doit être
Pour son mari , son chef, son seigneur, et son maitre.
Lorsqu'il jette sur elle un regard sérieux , |
Son devoir aussitôt est de baisser les yeux,
Et de n’oser jamais le regarder en face,
Que quand d’un doux regard il lui veut faire grâce.
C'est ce qu’entendent mal les femmes d'aujourd'hui:
Mais ne vous gâtez pas sur l'exemple d'autrui.
Gardez-vous d'imiter ces coquettes vilaines
Dont par toute la ville on chante les fredaines ,
Et de vous laisser prendre aux assauts du malin,
C'est-à-dire, d’ouir aucun jeune blondin.
Songez qu’en vous faisant moitié de ma personne ,
C’est mon honneur, Agnès, que je vous abandonne;
Que cet honneur est tendre, et se blesse de peu ;
Que sur un tel sujet il ne faut point de jeu ;
Et qu'il est aux enfers des chaudières bouillantes
Où l'on plonge à jamais les femmes mal vivantes.
- Ce que je vous dis là ne sont pas des chansons ;
Etvous devez du cœur dévorer ces leçons.
Si votre âme les suit, et fuit d’ètre coquette,
Elle sera toujours, comme un lis, blanche et nette:
Mais, s'il faut qu'à l'honneur elle fasse un faux bond,
Elle deviendra lors noire comme un charbon;
Vous paraîtrez à tous un CHR Tele :
Et vous irez un jour, vrai partage du diable,
Bouillir dans les enfers à toute éternité,
Dont vous veuille garder la céleste bonté.
Faites la révérence. Ainsi qu'une novice
Par cœur dans le couvent doit savoir son office,
Entrant en mariage , il en faut faire autant;
Et voici dans ma poche un écrit important
Qui vous enseignera l'office de la femme.
J'en ignore l’auteur, mais c’est quelque bonné âme; ,
Et je veux que ce soit votre unique entretien. (il se lève.) ‘
Tenez. Voyons un peu si vous le lirez bien.
COMÉDIE. 37 AGNÈS Lt.