‹ L'école des journalistesChapitre 7 sur 55 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

EDGAR DE NORVAL, PLUCHARD, JOLLIVET, GRIFFAIT, BLONDIN, DUBAC, autres Journalistes, Personnages muets, ensuite MARTEL.

Entrée bruyante des convives ; Jollivet, très-gris, s'avance comme un roi de mélodrame, appuyé sur GrifTaut et Dubac ; Blondin s'élance sur le devant de la scène en faisant des entrechats et des pirouettes. Rire général.

TOUS

Ah! ah! fih! c'est charmant!

pluchard.

Ah! bravo, Jollivet.

griffaut, quittant Jollivet.

Ah ! ah ! avez-vous vu, messieurs, comme il buvait !

TOUS

Honneur à Jollivet !

JOLLIVET

Quel bniit insupportable!

Oh ! vous n'entendez rien au culte de la table. Après dîner, messieurs, j'aime à me recueillir.

Les convives se dispersent dans' le salon; les uns causent assis sur les divans , les autres lisent des revues et parcourent des album. De temps en temps Blondin s'amuse à danser. On sert le café.

EDGAR, causant avec Pluchard.

Chaque jour les Bédoins viennent nous assaillir Aux environs d'Alger; mais nos colons sont braves. GRIFF.VUT, mettant du sucre dans une tasse de

café.

Pluchard, je m'y connais, sucre de betteraves.

JOLLIVET, prenant un verre de liqueur.

Je le bois au succès de l'empire ottoman ! Et je vais là-dessus... rêver en musulman.

Il s'étend dans un fauteuil.

GRIFFAUT, à Jollivet.

Tu n'étais pas hier à la pièce nouvelle ?

JOLLIVET

Non, j'avais une noce. . . Eh bien ! comment est-elle?

GRIFFAUT.

Exécrable, stupide, on nous fait la leçon; Ah ! je vais l'arranger d'une belle façon. L'auteur nous traite mal.

JOLLIVET

Je pardonne ce crime.

Moi, quand j'ai bien dîné, je suis très-magnanime.

Martel revient, tous vont lui tendre la main.

PLUCHARD , courant vers Martel.

Ah ! mon pauvre Martel ! te voilà donc enfin ! Mais, tu n'as pas dîné?

JOLLIVET

L'heureux homme, il a faim !

Piur.iiAun, à Martel.

Nous l avons attendu plus d'une heure et demie.

I/ÉCOLK DES JOURNALISTES.

JOI.LIVFT.

Kt d'un tliner servi rallenlc est ennemie. Mais quel dîner! c'était le rhef-d'œuvre de l'art! Ce quartier de iheweuil, parfait... et ce homard! Il valait à lui seul viii^t buissons d'écrevisses. O punch au marasquin entre les deux services. Kxquis. J'ai bien diné, très-bien . je suis content ; ,Ie voudrais tous lesjours pouvoiren faire autant.

A Martel.

Pauvre ami, je te plains, oh! de toute mon âme! Manquer un tel festin!... pourquoi? pour une EDGAR. [femme !

Est-il donc vrai. Martel?

MARTEL

Mais j'ai peu de loisirs.

On me défend le monde et ses bruyans plaisirs.

EDGAR

Pour ta santé?

MARTEL

Non, mais...

PLCCHARD.

l ne affreuse jalouse Le suit comme un recors.

EDGAR

Qui donc?

PLUCHARD.

Sa fausse épouse.

Une ancienne beauté, nymphe de l'Opéra.

Si nous n'y prenons garde, elle l'étranglera.

EDGAR

Pour avoir tant d'empire, elle est donc bien jolie ?

MARTEL

Klle?oui.

l'LUCHARD.

Non.

GRiFFAUT, faisant signe à Pluchard.

Si.

PLUCHARD.

Non.

GRIFFAUT.

Si.

PLUCHARD.

Parbleu! c'est Cornélie, Ce squelette dansant que vous connaissez tous Plus ou moins.

MARTEL

Ah ! Pluchard, ménage-moi les coups.

PLUCHARD.

Non, je hais cette sotte et son fatal empire. Elle est vieille, elle est laide, elle ne sait pas lire ; Elle réduit à rien un homme intelligent, Lui vole tout son temps, son temps et son argent; Car sa rapacité ne connaît point d'obstacle, 11 lui faut la mener tous les soirs au spectacle. Avec de grands turbans ou de petits chapeaux. Ou la conduire au bal, couverte d'oripeaux...

EDGAR

C'est traîner un boulet.

PLUCHARD.

D'une étrange nature;

Peste! un boulet qui veut qu'on le traîne en voiture! C'est un luxe...

Pluchard !

PLUCHARD.

Je remplis un devoir.

MARTEL

J'en conviens, je suis faible, et je crains son pouvoir. Mais elle me permet de sortir pour affaire, tlle me laisse aller tout seul chez mon notaire. Je suis libre les jours de grands événemens : J'ai pour moi les duels et les enterremens.

PLUCHARD.

Riez, riez, bercez son éternelle enfance. C'est honteux, c'est honteux!

GRIFFAUT, à Martel.

J'accours à ta défense.

Qu'est-ce?

MARTEL

Pluchard me gronde, il a le vin moral. Mais il faudrait un peu s'occuper du journal; Tu me fais des sermons, et tes farces bouffonnes Ont failli d'un seul coup renverser nos colonnes.

PLUCHARD,

Comment?

MARTEL

Monsieur Guilbert était scandalisé.

PLUCILVRD.

Guilbert était ici?

DUBAC, qui écoutait.

Guilbert? ce gros frisé.

Qui pour mieux resserrer les nœuds de la famille A l'amant de sa femme a marié sa fille?

PLUCHARD.

Chut! d'un homme d'honneur parlez avec respect.

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