SCÈNE VL Les mêmes, CHARLES. JoUivet s'éveille
MARTEL
Ah ! je n'avais pas vu cette porte perfide.
BLONDIN
C'est quelque femme!
MARTEL , effrayé.
0 ciel !
BLONDIN, s'approchant de la porte.
A'enez, beauté timide, Ne tremblez pas. donnez votre gentille main. Venez... je ne vois rien... -
Apercevant Charles.
Ah ! quel affreux gamin !
PLUCHARD, à Charles.
Viens, viens.
CHARLES
Voilà, monsieur, une heure que je sonne. Que je cherche partout, je ne trouve personne, Et je me suis perdu dans ce grand corridor.
PLUCHARD.
Les gens sont à dîner.
JOLLIVET, étendant le iras.
Peut-on dîner encor !
Charles donne les épreuves à Pluchard , qui les passe à Martel.
lURTEL, distribuant les épreuves, s'assied à la
table.
Allons, messieurs, venez corriger votre style. Tiens, donne à Jollivet.
BLONDIN, regardant Jollivet.
Ah! c'est bien inutile!
MARTEL
GrifTaut, voilà pour toi. Tout ceci m'appartient.
GRIFFAUT.
Il me manque un feuillet.
Celui-là te revient.
BLONDIN, secouant JoUivet.
Il ne pourra jamais corriger une phrase, Il est tout-à-fait gris.
JOLLIVET
Moi, je suis en extase.
11 prend ses épreuves.
Il lit.
Voyons : « Nous assistons à de tristes débats. »
Il saute plusieurs feuillets et ne regarde que la fia.
C'est très-bien. « Le roi règne et ne gouverne pas.»
Il se rendort, les c'previvps tombent par terre. PlucLard les ramasse.
MARTEL, corrigeant son article.
Que vois-je? Chocolat... Chocolat de vanille. Les bourreaux ! au lieu de consulat de Manille. C'est charmant!
GRIFFAUT.
Moi, j'ai bien quelque petite erreur :
Us ont mis l'empirique au lieu de l'empereur.
BLO:VDIN.
Ah! ce n'est rien; moi, j'ai l'autruche pour l'Au-
CH ARLES, à Pluchard. [triche.
Voulez-vous voir, monsieur, l'épreuve de l'affiche?
PLUCHARD.
Sans doute, donne-la.
Charles rentre dans le corridor.
MARTEL, parcourant l'article que Griffant lui donne à lire.
Le mot est bien affreux, Griffaut; mais tu veux donc tuer ce malheureux? 11 appelle Morin barbouilleur de murailles !
GRIFFAUT.
N'est-ce pas le vrai nom d'un peintre de batailles ?
BIOXDIN.
Quoi ! c'est toujours Morin ? tu le poursuis long- GRiFFAUT. [temps.
Aujourd'hui je l'achève.
BLONDIX.
Alors, moi je l'attends.
EDGAR
Ah ! messieurs, respectez ses quarante ans de gloire; Les tableaux de Morin sont toute notre histoire. Pour parler d'un vieillard quittez ce ton railleur.
GRIFFAUT.
Je me laisse attendrir.
A Martel.
Efface... barbouilleur.
DUBAC, montrant Edgar.
Monsieur est quelque auteur maltraité, je parie.
EDG.AR.
Moi, monsieur? non, je suis dans la cavalerie, Officier de Spahis.
M.iRTEL , serrant la main d!Egar.
Mon ami, mon témoin.
EDGAR
Oui, dans tous ses duels.
DUBAC, à part.
Diable soit du Bédouin!
MARTEL
Ce premier numéro, messieurs, est un modèle. Demain de tout Paris ce sera la nouvelle. Dans l'immense succès chacun aura sa part.
PLUciiARD , prenant les épreuves.
Et tout cet esprit-là sera signé Pluchard.
Ou sert le punch.
MAGASIN THÉÂTRAL
BLONDi\, montrant le rideau de la porte qui
s'agite.
Regardez, regardez, on dirait d'une trombe.
CHARLES, soulevant le rideau.
Aidez-moi, c'est trop lourd, tout va tomber; tout
[tombe!
Il laisse tomber an énorme rouleau d'affiches. BLONDIN, dépliant le rouleau.
Voici des vérités de toutes les couleurs. Les journalistes endormis se lèvent et viennent étaler des affiches de toutes couleurs; ils se posent comme les renommées qui soutiennent les tableaux de bataille. Sur ces affiches immenses on lit :