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ISA l'jbgou
d'humanité , d'une charité plus siiro encore , avoir cette amémté, cçtte affabilité pleine d'attentions, de oompIaisancQ et d- égards, qui fait k douceur de ki société , et ^i* reià( mille fois plus aim^Ie que ne Test cette fetile de gess si afifectv^ux ,^ si maniérés » si polis el si foLirbes, dont le monde est rempli.
Qu'on inspire aux jeunes gens cette politesse sincère dont nous parlons, ils auront les vertus que la fausse
ÏoHtesse imite et qu'elle n'a pas : ils auront l'essentiel, s fond de la poUtesse, et il leur ser^ facile ensuite d'en acqiQérir Textéri^r et les grâces Qu'ils voient pour cela des gens polis , qu*ik les étudient; ils apprendront bientôt d'eux ce qu'ils ont à faire, et comment ils doivent le faire. 0«s qu'ils le sauront, qu'ils le fassent sîns étude; raflectatiou gale tout, et Ton est moiuii ridicule par les défauts qu'on a ^que par les qualités qu'on affecte d'avoir.
Pour' être parfaitement poil, il faut, outre Tusage du niûiidr , a\ oir reçu de la nature une certaine finesse d'esprit, qui fasse discerner proin;itement ce qui v(>i\vient , eu égard aux circonstaïu i s où Ton se trouve : il faut de la souplesse dans l'humeur , et une grande facilité d'entrer , autant que le permet la sagesse , dans toutes les dispositions qu'exige l'occasion présente: il faut, sans le paraître, aimer à se gêner, afin de ne gêner personne.
■ A'oilà pourquoi il est si utilidle d'être poli, du moins de l'être constamment , non-seulement au v personnes eh qui l'humeur domine, mais aussi ^ celles qui ont beaucoup de vivacité. Les gens extrendement vifs sont presque toujours impatiens , sujets à parler, et à agir précipitamment et sans réflexion, et dès lors emportés tantôt vers un objet -, tantôt vers un autre ; comment seraient-ils capables de cette attention coniiiiue , sans laquelle il est impossible qu'on ne fasse bien des fautes contre la politesse ? Us aiment aussi à dire ce qu'ils pensent , à témoigner ce qu'ils sentent. Cette disposition , quoique louable en soi , dés qu'elle n'est plus . guidée par la prudence et la modération , est un grand obstach- îi p >]i(e.s;so , qui prescrit de ne rieu i:nre qui puisse choquer les autres. Malherbe, qui était d'uu
caractère wojcdant et caustique , y manquait souvent»
Inytté & diner cbez un évêque , il s'affioupit aprt» le
Tepas, selon sa coutume. Le prélat qui devait prêcher lui demanda s'il ne viendrait pas à son sermon. « Non , Monseigneur , lui répondil-ii brusquement^ je dornûioi bien ^ans cela, d
Une grande partie des fautes que Ton commet contre h politesse , vient de ce qu'on ne sait pas se contraindre pour parler et pour agir comme la politesse l'exigerait , oLi du moins pour se taire, lorsqu'on ne pourrait parler sans trahir ses sentimeus. Le marécbal d'Uuxeiles n'avait pas cette prudente réserve , et la réponse qu'il fit à Louis XIV le prouve bUm. Ce prince lui demanda, en présence de plusieurs dames , pourquoi il ne se mariait point : a le n ai pas encore Uouvé y répondit-il , de ienuue dont je voulusse être Iq mari. x>
Il est assez rare encore que les personnes de beaur coup d'esprit aient beaucoup de politesse ; il est difficile d'être poli avec ceux qui ne nous plaisent pas , et le malheur des gens d'esprit est que très-peu de personnes leur plaisent; ils ont d'ailleurs delà peine à s'assujettir à une infinité de petites Ibrmalités qui font partie de la politesse; mais aussi , quand un nomme a esprit est poli il l'est plus qu'un autre et d'une manière plus agréable. Tout est pour bii une occasion de dire des choses obliireantes , et le tour ingénieux qu il leur donne, les rend encore plus lia ttcuses. Le cardinal de Polignac^ qui avait infiniment d'esprit et de politesse , étant un jour chez madame la duchesse du Maine, on s'y amusa à se faire les uns autres des questions ^ pour y répondre d'iau iiiaiiière agréable, a Quelle différenre , lui deniauda I;i duchesse , y a-t-il de moi à une montre?-^ Madame, lui répondlt-il, une montre marque les heures, et auprès de vous on les oublie»)»
Cette politesse fine et ingénieuse , ainsi que toutes les choses exquises, n'est pas commune, mais elle n'est pas nécessaire : de !a prjid(MK e , un b(/ii caractère et quelque usii^^o du monde, sumseut pour acquérir cetie houniHeté de manières qui fait considérer et rechercher.
On conseille ordinairement à ceux qui veulent d<*venir poiis , de voir le beau monde , et surtout les femmes. Le tumuiCiCc de celles-ci est regardé couifue ujue des
1 56 l'fcole
meilleures écoli's de la politesse ; ce e| .cela est vrai dit Trubiet , non pas tant néanmoins parce que les / femmes sont polies , que parce qu'il faut Têtrç beaucoup *
• avec elles. » ( I-»o mérite le plus essentiel d'un homme auprès des { femmes sagi^s et honnêtes , c'est une grande politesse ; 1 très-^peu d'entre elles seraient capables de choisir pour f ami un homme à qui rien ne manquerait du côté de Tesprit et du cœur , mais qui n'aurait pas ces dehors agréables, ces manières nobles , aisées, qu*on appelle l'air (lu monde. D'ailleurs, les hommes sont convenus avec justice d'accorder au sexe le plus faible les égards et les attentions , et ils ne pardonneraient pas à celui . qui y manquerait. Il y a donc dans le commerce des femmes encore plus à gagner du côté de la politesse , par la nécessité d'eîi avoir beaucoup à leur égard, que par leurs exemples mêmes : car , comme elles se croient en droit de moins se gêner, et de dire plus librement tout ce qu'elles pensent , la plupart des femmes isont peut-être moins polies que les hommes.
La manière dont madame Dacier se comporta dans la fameuse dispute qu'elle eut avec La Motte , au sujet d'Homère , pourrait en servir de preuve. Jamais rivaux ne furent plus opposés. La Motte était très-poli , mais il ne savait point de grec, et cependant il voulait juger Homère. Madame Dacier possédait parfaitement les laagdi s grecque et latine, mais elle ne connaissait pas même les premières règles de cette politesse qui sied si h'wn aux femmes; elle admirait rm^aiiaé des anciens , et elle écrivait contre son adversaire avec la plume des Saumaise et de:; Scaliger. Elle l'attaqua , en répandant sur lui des flots d'injures , dans son livre de la Corruption dujj^oiit , (}ui est lui-même du goi^itle plas mauvais et le plus corrompu. Les grossièretés , les termes injurieux, les mots d'impertinence, de témérité aveugle, d'ignorance, de folie, d'absurdité , y sont semés presque à chaque page. La Motte lui répondit avec une modération et une politesse qui lui firent un honneur in^i dans le monde. Il disait que les termes injurieux de la dame ressemblaient à ces particules grectjues qui se trouvent si souvent dans Homère , et qui p'y sont que pour Tornement.
DES iHOiiUAS* 157
Les excès mêmes d'impolitesse peuvent servir à nom
faire accpiérir la parfaite politesse, en nous fournissant Foccasion delà pratiquer, et souvent dans ce qu'elle a , pour ainsi dire , de plus héroïque. Il est facile d'ùLre
f)oli avec ceux ^ui le sont; mais il est bien difficile de 'être avec ceux qui ne le sont point. £n vain aura-t-on dit à un jeune homme , qu'il n'y a jamais de raison légitime de manquer à la politesse , qu'il fiiut en avoir avec ceux mêmes qui n*en ont pas avec nous, et que les fautes d'autrui ne justifient point celles qu'elles nous font faire. Ces belles et utiles leçons \iendronl échouer contre la première impolitesse qu on lui fera ; il en sera d'autant plus choqué > qu'il est lui-même plus poli , et ^ par-là il cessèra quelquefois de l'être dans cette occar sion ; il lui échappera des paroles piquantes , on il témoignera du moins qu'il est choqué ; et témoigner aux autres qu'ils nous offensent , c'est presque toujoui*s les offenser.
U n'est donc pas inutile de se trouver quelquefois avec des gens impolis , pour apprendre à les soufirir poliment et à ne pas leur ressembler. Plus leurs fautes
seront grossières , plus elles déplairont , et plus on rougirait d'être comme eux. Le comte de Marivaux , lieutenant ;^énéral , homme ua pcubriital et grossier , avait perdu un bras dans une action , et se plaignit à Louis XIV , qui l'avait pourtant récompensé, cr Je voudrais avoir aussi perdu l'autre, dit-il , et ne plus servir votre majesté. » Le prince se contenta de lui ré- ' pondre : « J'en serais bien fâché ^iour vous et pour moi. »
Tel est 1 homme sage et poli ; il ne manque à personne, mais il n'est pas surpris que d'autres lui manquent ; il sent les impolitesse , mais il ne s'en fâche pas ; il n'y répond même quelquefois que par une flj^rande politesse , qui le venge noblement ; c'est ce que fit un joui ua anibas-adeur turc. Une dame lui faisait repro( lie de ce qne la loi de Mahomet permettait d'avoir phisieurs femmes, a Elle le permet , madame , lui répondit-il , afin de pouvoir trouver dans plusieurs toutes les qualités qui sont rassemblées dans vous seule. »
L'homme vraiment poli est facile à pardonner les fautes «iu on pourrait couimettfç à son égîurd> et ingénieux à
158 l'école
Im, mm^i!' liorii^^ ^ duc de Bmrgogni^, f§ÊSà&A de
Louis X) V 9 çwwattdaît TanséQ w Flandx^ , un vicii officier , qiû connaissaîl mieux son métier que 1m
Usages de la cour , se mit à la table du prince y san» en avoir obtenu la permission. On l'avertit de sa faute, il, en demg^nda pardon . « ]\Ionsieur , dit le jeune prince, vou$ i^u|#r^, avec moi ; vou^ appi^eadjc^i la cour , et vQiis «'sippreodiez la guerre, n
f9^\miàf quand eUe esl bien fUncA», est le plw bdi ornmenl des paroles des actions. liés moindre» choses, guidées par elle, sont toujours acconipaii^nécs de grâce : eUe embellit le mérite même. NOveî^ la beauté et i éclat de ce diamant que Fart vient de laider avec soin ; rie^ ne peut égaler k vivaoilé des vayom qu^il jette ; ]ft Imnî^ s'y jfOUie en mille «tanières difife* r^tos; ii la icenToie même plus vive et plue lunUanén qu'il ne l'a reçue de Fastre ou du flambeau qui eu est la source. Qu'il estdiflércut de ce qu'il étai( (|iiaud uii l'a tiié du sein do la terre! A piûne altirail-il les regards : il n'offrait rien qui pùt le faire distinguer; il attendait pour briller à nos. yeux qii'une main habile e&t m lo polir et le débaniasfier de tout ce qui o£fu;»pimt so« éclat Ainsi , sans des dehors prévenans el airaaUea » sans des manières polies et gracieuses, les qualités, même les plus estimables , de Tesprit et du cœur, peuvent élrc perdues pour les autres el pour nous. C/est la politesse c^ui les fait hrillec et leur donne du prix : c'est elle qui , on quelque sorte» achève les hommes , et les faii valoir. Quelle attention ne faut-il pas pour découvrir les meilleures choses sous une enveloppe grossière! Souvent on ne soupçonne pas même qu'elles y soient cachées , et on les néglige. Combien de gens d'un mérite solide , dont les qualités ne s'aperçoivent que difficilement par un petit nombre de personnes , parce que r cette aimable politesse leur manque I , ^
\ Elle esten quelque sorte plus importante que l'amitié. \ On peut absolument se passer d'ami , mais on ne peut i se passer de société , et il n'y a ])oinl de .société sans politesse. En ( aptivant ranK)ii:' nés hommes , dont la paix , \r\ concorde sont lo fruii précictix:, elle conlribne. à entretenir i'heureuse harmonie do lu société. Ou lit
dans la vie» de Giément XIY. un trait qui fait hpnnew à
dscftin à ¥<i}9^e « il sappwira damleektUi^ ua ^igrèie blc p^t-maitipe , tout fcaichem^t arrivé de Lyon , qui
lui dit : (( Moi^i péii'e , c'est ou vérité par désoeuvrement que je me propiène cliez vous , car je ne puis souffrir les u^oines. — PeUjtr^tre, monsieur, les supporteri^z-vQus au iréfeçtw^^ Vii i^éj^qua le fès:e Gangau^» en ce eas Je vous ppip c||» Yei^ir vous vobmbk. » ![ woœplti Fclm ; 1a cQ^veniation ^'engagea , et le jeune lumnoe fut si content de Fesprit et deis manières du reb'gieux qui I ti^vait si bien accueilli , qu'il s'arrêta deux mois ù Bologne, uniquement pour le voir, A sa persuasion, il retourna chez des paient ^uJiklujaU pao.* tite^tinage» et <lDiitil é^it tendi^eiiieiit aiiqé.
La vitafe poli(â«se>» evt , oomue os^ iroU, vue q^uaUlè bieu exoelleule et bien propre à canciUer les cœurs. Sonempii'e est si doiLv et si puissant , qu'elle gagne les ennemis mêmes , et les désarme quelquefois. Le célèbre Montaigne, auteur des Essais ^ y s'était retiré dans son cbâieaueo Pé&'igord , pendant les ivoMbles de la religion et les guerres civiiea, qui ^« W règne de Charles IX désolaient la Fram^. Un jour , ua hooime se présenta devant les fossés du château , feignant 4'êlre poursuivi perdes relii^ionnaires. InUoduit par à\Ionlaigue , il lui raconta que , voyageant avec plusieurs de ses amis , une troupe de gens de guerre le^ avait attaqués , que leur bagage avait élé pillé , que ceus qui avaient opposé de la résistance avaient étà tué» , et qu'eu» avait dispersé les autoas. Montaigne ne soupçonna pas un ina^ tant la bonne foi de cel liomme ; c'élait néanmoins un chef de parti , qui était convenu avec sa tioupe qu'il se servirait de ce stratagème pour s'introduire dans le château. Un nu>ment après ^ on vint avertir Montaigne qu'il paraissait deux ou trois autres càvaUtts. Celui qui avait été admis le premier dit qu'il les reconnaissait pourses camarades. Montaigne, touché decompassion, ne fit aucune difficulté de les recevoir. Ceux-ci lurent suivis de plusieurs autres , eu sorte que la cour du
* On trouve d'excellentes choses dms cetouvmG:c de MdiiUignc , mais elles y sont inailicureuscnicDl niClccsde taiiUle niaximcs cpicu-
ricDnes et Uam» > que k lecture n'eu peut éUo que très-dan^ej
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chftfeau'jht bientôt lemplie d'hommes et de chevaux; Montaigne s'aperçut alors de la faute qu'il avait faite ; mais le mal était 'sans remède. H paya de bonne contenance, et ne changea rien dans ses manières, H s'em-
Sressa de procurer à ses hùtes tout ce dout ils feignaient 'avoir besoin, leur fit distribuer des rafraîchissemens, et en agit avec tant de cordialité et de politesse , que leur chef, séduit par ses bons procédés , n'eut pas le courage de donner le signal dont.il était convenu pour mettre la maison au pillajçe.
C'est parce qu on ne réfléchit pas à tous les avantages et à tout le prix de la politesse , qu'on voit tant d'hommes impolis et grossiers. Ils négli-e ul les manières comme de petites choses , et ils ne savent pas que des manières sont souvent ce qui fait que les hommes décident de nous en bien ou en mal. On ne peut pas pénétrer rintérieur , et l'on en juge parce qu'on aperçoit; une légère atlmiion à être affable et poli, préviendrait les mauvais jugemens. Il ne faut presque rien pour être cru fier , incivil , méprisant, désobligeant : il faut encore moins pour être estimé tout le contraire. Et qui ne sait combien il nous importe de ne pas nous aliéner les esprits par de mauvaises façons? combien il nous esi ci\ iu^taj^eux pour nos intérêts , pour notre repos, pour nos piai.sirs , d'avoir l'esliuie et l'amour de nos semblables , de conserver avec eux cette bonne intelligence qui ne sentretient que par la politesse ?
On est toujours sûr de rendre reconnaissons ceux dont on flatte l'amour-propre , et d'offenser ceux dont on le blesse. C/est pour ménager cet amour-propre si sensible et si délicat, que riiomnie poli cherche à donner aux autres des marques d'estime et de considération. (Jui que ce soit qui lui parle ou qui l'interroge , il a la complaisance et la politessd de lui répondre. 11 ni'seroble pas .à ces hommes fiers et grossiers , qui , ^^^^^ qu'ils sont au-dessus des autres ou croient l être , ne dai- iu iii pas faire attention à ce qu'on leur dit , ou répondent d'une ma niére si courte et si dédaigneu^ , qu'un ne peut quen être choqué. Avec un peu d égards, ùs se feraient aimer, et ils se rendent odieux.
L'homme poli n'est pas de ces tyrans de la conversation, qui veulQnt asservir tous les espiits a,icui5
DES MORUBS. 161
pensées : il ne prétend l'emporter sur personne* Aussi^ tout le monde aime et recherche sa compagnie. Ou
deiuandait un jour à Fontenelle, l'un des hommes les plus spiriJupls et les plus polis de son siècle, par miel moyen il s'était fait tant d'amis et pas un ennemi: a Par ces deux axiomes , répondit-il : Tout est possible , et tout lé monde a raison. »
Ainsi pense celui qui a beaucoup d'esprit et de politesse. Persuadé que dans bien des oci:asions il vaut mieux conserver la paix que de s'obstiner à faire connaitre une vérité indifférente , il prévient les disputes ou les arrête, en cédant à propos et en se pliant aux idées des autres , toutes les fois que ni sa conscience , ni rbouneUr du prochain, ni la religion n'y sont point" intéressés. Si quelquefois il croit devoir combattre leurs sentimens , c'est avec une politesse et une modéra iiou qui fait aimer la vérité dans sa huuehc , et qui engage à s'y rendre , sans qu'il en coûte à l'amourpropre.
A table , etf compagnie , voyez4e rire , k^diner ; il plait , il amuse ; mais il lie choque personne , parce qu'il sait arrêter le badinage précisément au terme qu'il ue iHuii iail passer sans devenir railleur et piquant. 11 se garde bien de rien dire qui puisse rappeler qiifhjues circonstances peu honorables ; et s'il lui échappait à sou insu quelque chose qui y eût trait , il agirait comme daps une occasion Gayot de Pitavai. Le Noble , connu dans la république des lettres par des pasquinades ingénieuses , et par plusieurs petits ouvrages remplis d'esprit , de feu et d'enjouement , étant devenu procureur-général du parlement de J\letz , sa mauvaise conduite lui attira des affaires. 11 fut accusé de crimes pendables , dépouillé de sa charge et mis en prison ; mais il en sortit. Quelque temps après ^ Pitavai , jouant au jeu d'hombre avec lui , manqua de lui faire fairo la bête. Il lui dit , sans y faire attention : ce Vous avez bien frisé la corde, yj Le Noble pâlit et rougit. Pitavai sentit sa faute , et ne chercha pas à la réparer. « Quand, ajoute-t-il en rapportant lui-même cette histoire, on a fait de pareilles inadvertances , il faut bien se garder de ùire des excuses ; ce semt une seconde fwte pire que la première, »
169 l^'ÊCOLE
Vhfimm pûU, IpHi 4a Amim 4^ ^^^ser , aime et cherdiet au contraire^ foutes les occasions de faire un compliment flatteur: mais il n'eu fait jamais de fade ou
de ridicule. Prêt à ce qu'on veut de raisonnable , sa complaisance n*a rien de servile ni de rampant. PrévenaiiL dans tout ce qu'il peut , sa politesse n'a rien d'a£fecté ni d'incommode. U engage , mais il pressa rarement » il ne force jamais : ou a , chez lui et avec lui y toiitç )a libe^rté qu il désire aroir chez les autres ci| a«rec eux. II est attentif, obligeant , mais sans ces façons cérémonieuses qui gérimt, ni ces prétentions à la reconnaissance qui déplaisent ; et dans ce qu il fait pour obliger , il s'y prête si volontiers , qu'il semble le iaire pour: sou plaisir encore plus que pour celui de^ autres.
II mesure ses mauiéreset ses paroles sur lescaractères-
différens avec lesquels il se trouve. Il étudie les temps, les circonstances , pour venir et pour se retirer à propos; il disparaît au moment qui prérède celui où il prévoit qu'il pourrait gêner ou ennuyer. Mais , que dis^je? un homme poli peutril être incommode ou ennu;^eux ? Ou le soulûdte partout , on le voit arriver avee^ plaisir , et s'en aller avec peine : toutes les maisons et tous les cœurs lui sont ouverts.
Supérieur aux: talens les plus distingués, aux qualités les plus brjiianies, qui font souvent plus d'envieux ou d'iudiiXéreas que d'amis, la politesse a dos droits toujours assurés sur l'amour des Hpmmes; elle plaît à tout ce moxub ; il n'v a personne qui ne soit bien aise de *s lier avec unliomme poli, pourvu néanmoins qu'il ne veuille pas trop l'être : car, quoiqu'on pardonne plus facilemejit un excès de politesse que la grossièreté, il y a des gens qui , pour paraître plus polis, sont si maniérés, si précieux , qu'ils déplaisent en cherchant tn^ à plaire ; ils gâtent ce qu'ils font de bien , en voulant trop bien faire ; et ils seraient beaucoup plus polis , s'ils affectaient moins de l'être. Us fatiguent , ils assomment par leurs compliiuens excessifs , qu'ils prodiguent à tout le mond(» , et qui ne llatlent personne. Ils devient ^ ; nent uon-seulement insupportables , mais odieux par la vanité , qui est ordinairement le principe do few [ politesse^ par l'air de satis&ciion qu'ils fmt pajrattm }
d Umlk milimitf»rt copleàs «a^wtoyM , ik êaal pitié.
Le principal but de la politesse étant de plaire aux personnes avecle«qtielles on vit, il fan t savoir coniorMier Ta sienne aux lieux où Ton est. Tel iioinmo donl un admire la politesse à Paris et à. la cour, paraitirait affecté dans oertaines villes de pvoirinoe* l'ai connu , dit Tru« Met , napiOfiDcial assez poli avant qu'il eût été à Parô» eh il acheva de se fonner et de se défaire de tout c% qui sentait en lui la province. Ses compatriotes trouvèrent à son retour qu'ii s'élait bien gâté, et qu'il Jà'était plus naturel. « Revenez , lui dit un de ses amis, i yoa premières façons ; remettez-vous au uiveau cei|x avec qui tous avez à vivre , et ne soyez pas jim poli que vous l'étiez il y a un au. Nous autres gena simples , nous ne portons pas les choses si haut : vôu^ avez passé le but à notre égard ; et si voiis ( uiilinuez , vous serez plus iidicule ici avec vos aiis de Paris, que ceux qui vous paraissent maiuteuaui si gcossiers ne Uà seraient à Paris avec leurs airs de province. »
. politesse consistant principalement à observer les Menséances , qui varient suivant lesmœurset les usages» die ne doit jias seulement être dilTcrente selon les nations et les lieux, elle doit Fèîre aussi seîon l'état, Tâge , le sexe. Un relic^ieux n(î doit pas avoir les manières et les façons d'un homme du monde , ni uq ecclésiastique celles d'un militaire. La sainteté et la d^nité de leur état leur interdisent ces airs libres et familiers , qu'ils prennent quelquefois même avec des personnes du sexe, et (ju'ils ne prennent janKiis sans choquer, lis veulent laire les aimables, les iîgréables , et ils ne sont que méprisables et ridicules. 11 ne sullit pas que nos paroles et nos manières conviennent aux Autres , il feut encore qu'elles noua oonvienpept & nousr Biêmes.
Il y en a qui ont mille atten lions , mille politesses pour certaiiu's pLisoiinos à qui ils sont bien aises de plaire, ou dont la compagnie Halle leur vanité ; mais ils n'en oui aucune pour les autres et particulièment pour tout oe ^ui est m-dessous d'eûx. L'homme vrai* teent civil et poli Teitenvmlout le monde. Le chevalier Williams Goocls , gouverneur de la Virginie , causai^
avec un négociant dans les rues de Wiliiamsbourg. 11 vit passer un nègre qui le salua : il lui rendit le salut. a Gomment > dit le n^odant , votre exeellenoe s'abaisse jusqu'à saluer un esclave I — Sans doute , répondit le
gouverneur , je serais bien fàclié qu'un esclave se moutrât plus honnête que moi. i> •
Boucicaut, célèbre maréchal de France , était lieutenant à Gènes pour le coi Charles Yl. Se promenant un jour à cheval par la ville » il rencoi^a deux courtisanes proprementhabillées, quiluifirentlarévérenoe: il les salua poliment. Un de ses officiers » qui Faccom*-
palliait, lui (lit : « ?Uonseigucur , savez- vous qui sont ces deux dauies (lui vous ont salué? — Je ne sais , dit le maréchal, — Le sont des filles de joie , répliqua Tofticier. Je ne les connais pas , répondit-il , mais j'aime mieux avoir fait une . politesse à des filles de joie , que d'avoir nnanqiié à saluer des femmes de bien. »
If humeur égale, La douceur de Fesprit, la complaisance, 1 alla Ml lié , la politesse vous feront rechercher ; mais si vous avez rhiimeur iïiéî;:ale , on ne tardera pas à vous fuir , à vous éviter. Les inégalités et les caprkî» commencent par refroidir , et bient(>t après éloignent pour toujours ceux qui nous aimaient. Le plus digna sujet devient par son humeur un sujet insupportable* On se lasse ciifiu d'être resclavc de sou mérite; ses caprices frcq ta ils et imprévus, ses bizaiicii^s accablantes font payer trop tliei les avantag'\s de son < ommerce ; on le quitte pour un homme d'une humeur égaie ^ qui vaut moins d'ailleurs.
Rien ne choque plus dans un homme d'esprit et ne lui fait plus de fort pour la société , que l'inégalité d'humeur. Ce ^L'iiiti oiué, ce convive amusant, que vous d( stinez à faire chez vous les agrémeiis d'une belle compagnie , se livre tout-à-coup, et au milieu de la joie pubUque , à de frénétiques imaginations. L'homme doux et poli devient brusque , l'homme gai devient sombre ^ et' d'épaisses vapeurs viennent obscurcir la sérénité de son visage. Vous n'y serez plus attrapé.
Un a l ui m accable de caresses ; il me donue le re]>as
je suis epchaalé. Mais un ses domestiqué commet
le mieux entendu
aie sa ioie et sa politesse ;
DES MoeuRd. 165
nae ftnte : îl se met en colère , il Tinjurie ; un des convives fait un badiiiage : Thumenr aussitôt lui monte à la tète ; il devient rêveur et sérieux , on il se ])iquc. Je crains que Torage ne grossisse i je gagne doucement la porte y et je me sauve diez moi.
Qu'on est à plaindre, lorsqpi'on est obligé de vivreavec celui qui a souvent de Thumeur 1 C'est un ours : femme, enfans, amis, toutïe monde craint d'en approcher. Il pourrait faire les délices de la société, et il en devient le fléau et la terreur.
Pliez donc votre humeur dés la jeunesse , et vous épargnerez bien des chagrins aux autres et à vousmême. La plus cruelle des peines pour un homme d'honneur , c'^t de se faire haïr ou éviter , et d'être insupportable. A quelque âge que vous soyez , tâchez , par toutes sortes de moyens , et surtout en vous servant de ceux que nous avons indiqués contre la colère , de modérer votre humeur , et de la rendre toujours si douce et sii égale , qu'on ne craigne plus votre commerce. Ne dites pas comme quelques-uns : Je suis trop vieux pour me corriger ; car c'est , au contraire , pour cette raison-là même que vous devez encore plus vous ciforcer de le laii e. La jeunesse est si aimable , qne les hommes sont tout disposés à l'excuser et à lui pardonner bien des choses. Mais quand on^ n'est plus jeune , c'est alors surtout qu'il faut se perfectionner , et tâcher de ' regagner , par l'égalité d'humeur et par toutes sortes de bonnes qualités , ce qu on perd du cô.té agréable. Les défauts de l'esprit, comme ceux du visage, paraissent davanlaf^e en vieillissant.
A force de vous vaincre , vous viendrez enfin à hout de la bizarrerie de votre, humeur ^ ou du moins vous la diminuerez beaucoup , et vous en rendrez les accès moins forts et moins frécpiens. Quelcpie amers que soient de tels sacrifices, rien ne peut \ oiis en dispenser. En cette manière, de même (ju'en toute autre, il n'y a d'excusable que ce qui n'est pas libre. Mais alors même , comme les autres n'en souffrent pas moins , qpioiquece 4Boit involontairement que nous les fassions souffrir , nous leur devons toujours des excuses et des satisfaolions. Il faut , (Uiaml la raison est revenue , qu'une politesse plus attentive répare les ca^ric^^ de rhumcui\
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166 L*£COLfi
11 faut reconnaître et avouer notre £aiHe f prièt eeax avec qui nous avons à vivre de nous sûplparter . et même de nous ménager.
Les personnes les plus sujettes aux inégalités d'hunienr son souvent celles qui , par leur rans^ , leurs dij^nités ou Ifiurs omplois, dovraient le moins ort avoir. Car c'est surtout aux magislrals^ aux personnes publiques, que convient cette ^blé d'humeur» si unposante et si di^e de la ^aee qu'ils eeeàMSft. M« de Harlai , premier président du pariement de Paris , la posséiiait au suprera« (iej^ré. On en ju^^era par le trait suivant. Une clame de qualité, navanl pu obtenir de lui une gn'ice qu'elle demandait, en fut f lés-piquèe. li voulut la reconduire , elle s'y opposa : il feignit de se rendre^ £lle poursuivit ^on chemin en nsmrmufflni contre ce ma^^sirat , à ^ui elle douniirit à dmii*v^ plusieurs épithètes grossières. L'ayant aperçu , en se retournant : « Ah ! monsieui , lui dit-eîle vous êtes là ! — Madame, lui répondil-il , vous dites de î^î beîfes choses qu'on ne saurait vous quitter* d II l'accompagna jusqu'à son carrosse.
Philippe ce roi d'Espagne dont nous avons déjà loué la piété , ne montra pas une moindre égalité d'hnmeur dans une eirœnslance où bien des gens en auraient m uiqué. Il avait passé la nuit à écrire des dépr; lus : c'était sa coutume d'écrire lui-même; son setr? ( ure n'avait que la peine de cacheter et de mettre lesadres* ses. Toutes les iéttres étant faites, il s'en trouva une ^ui était fraîche* Le secrétaire^ qui était endormi à moitié , voulut mettre du sable dessus : mais au lieu de .sahie, il prei»d Pencrier et le jette sur celte îetin^ qui fut gâtée ainsi qnr toutes autres, l.e roi rep-arda ce ravage avec tranquillité, ei se coutenta de dire au secrétaire, en iuî montrant l'un et l'autre : « Voilà l'encrier, et voilà le sablier. » Ensuite il recommença toutes les lettres , sans en paraître* plus ému*
Et vous serez aimable. Si vous voulez être aimé des hommes, témoignez-leur de lestime et de l'amitié : celui ;i qui persnrme ne piait, pour l'ordinaire ne plaît à personne. Cherchons dans la société à être hieu avec tous, si nous voulons y goûter du plaisir : car on est
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DES M(Mfm. 167
toujours bien où Ton est a^'éable, et Ton s'ennuie nécessairement où ron ne plait pas.
Voiiici^-vous que tout le inonde vous aime et vous estime? Ayez pour tout le monde beaucoup d honnêteté ^ de' duuceur et de politesse : c'est par-l que vous gagnerez tous les cœurs, que vous vous les attachiez. « L'horome , dit Salomon , dont la société est aÎHiable , sera plus aimé que ne Test un frère *. »
C'est bien mal entendre sesinU réts , que de ne vouloir plaire qu'à ( ej [;iines personnes. Crlu'i (pii se fait aimer de tout te inonde, entreprend p u d affaires ne lui réussissent; chacun s'empresse à l'obliger : o» rougirait de, faire de la peine à celui qui ne cherche qu'à faire
Srlàisir aux autres , qu'à s'en faire aimer. L'illustre ''énelon l'éprouva. Des personnes envieuses et j ilouses ( car il ne pouvait avoir u autres ennemis) avaient envoyé exprès de Paris à Cambrai un homme d'esprit qui , sous prétexte de rendre visite à l'andievêque , devait examiner de près sa conduite. Cet homme resta plusieurs mois à Cambrai , et fut à la fin tellement pénétré du mérite de ce prélat , de ses manières affables et de sa conduite édifiante, qu'un joui , parlauf à 1 éneloii il lui avoua, les larmes aux \eax, le nu^^liie odieux de son voyage , et retourna à Paris , rempli d'horreur pour ceux qui voulaient rendre ce prélat suspect à la eour« Aimé et révéré de ses diocésains , les étrangers les plus distingués lui payaient avec plaisir le même ; tribut d'estime et d'amour. Durant la guerre de la succession d'Espagne , le prince Eugène cl le duc de Marlijorougli le prévenaient par toutes sortes de politesses. Ils envoyaient des détachemens pour garder ses prairies et ses blés. Us firent même transporter et es- 4Sorter jusqu'à Cambrai ses grains , de peur qu'ils . ne fassent enlevés par les fourrageurs de leur armée. Lorsque les partis ennemis apprenaient qu'il devait faire quelque voyage dans son diocèse, ils lui faisaient dire qu'il n'avait pas besoin d'escorte fran* a!s<^ , et qu'ils l'escorteraient. Les hussards mêmes des troupes impériales lui rendaient ce service ; tant la douceur ,
* Vir amaltUù (idiocHtat^ magii amiçus êri$ quam frateu Prov. 18*
1C8 l'ëcolë
l'amabilité et la vraie vertu ont d'empire sur les esprits 1
Lo bonlionr de nous fniro aimor dépond surfont de nos discours et de nos eotretiens ; ci r cst-là principalement que la sn jrsso veut que nous cherchions h nous rendre aimables *. Les bons offices el les présens gagnent souvent moins de cœurs que les paroles honnête? <4 polios. Los femmes mêmes qui se font le plus considérer et le plus aimer dans le monde* , ne sont pas colles qui ont plus de p^râres extorieuros ol plus d'esprit; ce fiontcelles qui savent le mieux conduire leur langue , et qui sont les plus sages dans leurs paroles,^
11 semble donc qu'il serait facile de se faire aimer. C'est néanmoins ce qui est rare , parce qu'au lieu de parler d(» la maïuèrequi plaiiail aux autres, nous \ ouîofis dire ce qui plaît à notre humeur. Nous aimons mieux déplaire que de retenir quelques paroles indiscrètes, ou de parler avec bonté et politesse. 11 faudrait aussi sacrifier souvent son amour-propre , combattre SCS penchans^ résister à ses goûts ^ pour s'accommoder à ceux des autres. Et c'est ce qui est difficile , quand on ne s'y est pas accoutumé de iiouiui heure , ou qu'on n'est pas animé par resprit de la religion , qui veut | que nous soyons affables et complaisans on tout ce qui est bien , pour l'édification , comme l'Âpôtre le recommandait aux premiers fidèles En rendan t par nos bonnes manières la vertu aimable , et en lui gagnant * les o^Burs, nous avons encore l'avantage de les gagner pour nous-mêmes, et d'en recueillir les heureux fruits.
On'il snrail beau , aw ii serait louable de ne < herclior à se concilier l'amour des hommes , que pour les porter à Famour de la vertu et de leurs devoirs 1 Mais c'est ^ souvent à quoi l'on pense le moins. La vanité ou l'intérêt est presque toujours Tunique mobile de ce que Ton fait pour se rendre aimable , oomme en ronvii^nt et l'avoue d'elle-même une dame de boanooup d o.<i:: Il i I.>e vif désir de plaire lui lit surmonter ses gouU ie^
* Sapiens in vcrhis S(jipsum amnhilem farit. Ecclî. 20. ** Vmisqjusque vef;(rum proximo suo placeat in bonum ad mdificationem, Rom. 15.
Madaiçe PenoU, auteur de plusieurs petits ouvrages estimés, .
tUSÂ îiOÉVRS. 169
plus dominaiis et ses penchans les plus forts. Quoiqu'il . y ait peu de mérite et peu d'avantage pour soi-même à vaincre ainsi une passion par unt^ autre, il en résulte cependant toujours un certain bien pour la société ; et c'est ce qui nous engage à rapporteirid la manière dont elle s'y prit pour' se faire aimer.
« «f Avant que la raison , dit-elle, eût écarté le voîle qui me cachait la véritable route, je pensais qu'un peu défigure, beaucoup de parure , desajustcmens coquets suffisaient pour plaire ; mais rexpérience m*a appris que ces agrémens tout seuls plaisaiontà quelques-uns , étaient indiffërens ou nuisaient aux jem des autres. J'ai pris une autre route , qui m'a mieux conduite au but où j'aspirais.
)) Une fierté mal entendue m'avait persuadé qu'on devait me prévenir dans toutes les circonstanres ; riiommagë de quelques bommes m'avait conlirmée dans cette ridicule présomption. L'indifférence des uns , le dédain des autres» m'ont fidt sentir tout ce que je per* dais par ma faute. L'envie de plaire m'a rendue si prévenante , que l'on ne se douterait plus que je suis liée fière.
» Un orgueil outré me rendait d'un commerce difficile , épineux ; je m'offensais de tout ; le plus léger badinage me blessait ; je croyais toujours qu'on avait dessein de m'outrager. Je me suis aperçue qu'on évitait ma société ; j'ai vu qu'on me fuyait , parce qu'on était obligé de s'interdire les dioses les plus innocentes , si Ton no voulait m'cflarouehcr. Le désir d'être recherchéo a vaincu mon orgueil , et je suis devenue la personne la plus aisée & vivre.
» Un amour-propre invincible me rendait l'ennemie de quiconque me faisait connaître mes torts : je ne \ pouvais supporter qu'on rbumilîAt. Cependant , quoi* ^ qu'il «lit encore beaucoup d'empire sur moi , Fextrcîmo ' envie d'être estimée et estimable m'ababiliiée à entendre j mes vérités. Je souffre lorsqu'on me les dit , mais jo n(î j murmure point. Je prends en bonne part celles qu'on ^ me dit par amitié j et je sais bon gre , loin de hair comme autrefœs.
» Un penchant à la médisance , une humeur causti<itU>i une ipanlQ dcfaircdcresprit aux. fiais d* autrui^
170 L^fiCOLC
et de llaliei* uiou amour->proprc (an moriiiiaiU celui des ' «'lulres , m'avaient ùit r^araer comiue un Iieureux don du Ciel la facilité que j'avais à faire d^s épigranunes : envisagée par les sages comme le fléau d'une compagnie, je m*encro3ais l'aigle. Néanmoins, accoutumée à porter un œil observateur >m inoi-nièine , je ne taidai pas à découvrii' que les gens ehtiniahles me mé[)risaieiit, que ceux i|[ui étaient équivoques ine craignaient , et qu'enfin je ne plaisais qu'à quelques u^chans. Dès lors j(; me déterminai à renoncer k la satire » et à donner tous les éloges que je pourrais, sans blesser la vérité ; en sorte que le désir de plaire m'a ûiit eiicon^ trion)[)liiMd'une inclination \icicuse , et Ta méLaiiioi piiosé^» pour aiiisi ilire ( ii vertu , puisque je di$ du hieu de mou p^'ochain, ou je me tais.
Une humeur altière , un caractère impérieux , un sang vif et bouillant me livraient quelquefois à des colères dont les excès me dé^adaient à me« propres yeux. J'abusais d'un secret confié ; je re[)r()( hais des vices ca( bés , je divulguais des maiheui > ii> noiés , j'em- })()is()nnais tout , je voulais être la seule qui eut raison. De là plus de conliance, plus de liaison a/ec moi. Je rougissais souvent de mes emportemens , lorsqu'ils étaient passés ; mais ce n'était pomt assez : l'envie d'être aimée , le désir de plaire m'ont fait surmonter mon tempérament, modérer ma vivacité. ^îaintenant je me possède assez dans tous les iii>[aiis de ma vie, pour n'avoir rien à me reprocher à cet <'gard. »
La manière dont elle nous apprend qu'elle se com porte dans les compagnies , n'est pas moms remarquable. a Je tâche y oit-elle» de m'y conformer au goût , au caractère qui y domine et qui y plaît ; je laisse volontiers (rioiupht 1 i amour-propre d' autrui, quand le cœur me dédonimaç^e das sacrifices que je fais en immolant ma vanité à la gloire de ceux avec qui je vis. Je suis sure de plaire , et cela me suffît.
» II est des sociétés où l'on aime une çaité décente , une joie naturelle et soutenue , une raison aimable > toutes choses qui ont trait au caractère. Quoiqu'il sdt plus dilOcile de le plier que l'esprit , cependant j'ai vaincu le mien. J'étais née inéo^aîe , rêveuse , passant
tquf à tour auj^ deua^ eat^tréinûtès de k jote e( de la
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MÈ BI0ËUR8* 171
tristesse, pni « onséqueiit [>c'!i faite pour réussir dans la société dont jtî viens de parler; ni.iis le désir de plaire àloal lo monde m'a rendue capable de régler moa humeur ; el larsquc je dois aller dans ces afisemblées «araetériséespar les ris et les jeux , je me dis à la porte: Forme ton œil observateur , garde- toi de jouer le rôle 'de spectatrice ; ne vas pa^ , |)ar ta contenance grave et iton air réfléchi , déconcerter la douce gaîlé qui rép^ne dans ces lieux : ton maintien philosophe semblerait faire l'épigramme de Thonnéte liberté dont on y jouît, et dés lors tu déplairais. Vivement frappée de cette c;rainte, j'écarte les nuages qui pourraient me nuire , bien résohip de me montrer telle qu'A faut être pour ])laire. Jo parais ; la sérénité de mon visaire annonce la paix do mon àme : mon abord riant contirme ma satisfaction : de ià on présume que je suis disposée à partager lo plaisir et non à le troubler. Ën effet , je jouis sans exatuiner , j'écoute sans me fatiguer, jë me tais sans obser* ver , de manière qu*à f exacte attention prés , que je suis obJi^^ée d'avoir sur moi-même, je m'amuse et je plais: on dit quejesîiis d'un commerce doux , ai,néable et facile, que je ne suis jamais de trop, qu'on est heureux de m'avoir. Je m'estime encore plus heureuse de plaire à si peu de frais, d
Du pauvre qui vous doit u'augiueniez pas les maux.
ï votre débiteur est dans la misère , ou qu'il ne piiisj^e actucUemeiit vous payer , et qu'il vous conjure d'altendre encore , n'ayez pas le ccéur assez dur potur le lui refuser et pour le dépouiller du peu qu'il a* Lui accorder quelque délai , ce n'est pas seulement humanité et bienfaisance , c'est inlcièl propre et amour de noustuémes.
Hommes intéressés et impitoyables , avez-vous oublié que vous serez traités comme vous aurez traité vos ^res? Si vous ressemblez & ce ihâûvàis serviteur ,
172 L*ECOLB
à qui son mai tic vonaît de remcUre dix jùûhù iskUm&, et qui eut la dureté de faire mettre en prison un de ses compagnons qui lui devait cent deniers^ ne devez-voud pa< (*raindre d'exciter également contre vous rindigna-
tUjii (les lioiïimcs cL la colùrc de Dieu , qui n'est pas ïiK^iiis le père que !c maître de tous , et qui se déclart hau usinent le vengeur du paiivre *?
Lésâmes nobles et généreuses lirontavec plaisir ce quS il; !o comte de Soissona. Un gentilhomme fort pauv lui devait une somme considérable. Il vint le trouver / et lo pria de lui remettre la moitié de cette somme^ f< ('elle moitié n'est plus à moi, lui dit le comte, dès qutî vous avez pris la peine; de venir la demander ; mais puisque vous me laissez la libre disposition de l'autre moitié ^ trouvez bon que je vous la donne. »
?^'ous ne proposons un exemple aussi généreux qu'aux personnes qui peuvent Timiter sans déi^nger leurs propres affaires et nuire à leur famille. Nous savons qu'il est des circonstances fâcheuses où Ton est forcé malgré soi de faire des malheureux > pour ne pas lo devenir soi-m6me; mais ce cas excepté, et lorsqu'on - peut faire autrement , il y a de la barbaiie à presser ua pauvre débiteur qui ne peut vous payer présentement , qu'on ôtant lepam & sa famille , qu'en vendant à vil prix ce qui lui reste. Avec un peu de patience et de délai , vous auriez prévenu sa ruine , et vous l'accélérez ; vous annoncez par votre éclat précipité le mauvais vivd (k; sesalïaires ; et au tocsin que vous sonnez , vous avertissez tous ses autres créanciers, qui accourent et fie réunissent avec vous pour le perdre sans ressource. Si vous aviez le malheur d'êtrê dans le même cas , voudrîez-vous qu'on agit ainsi à votre égard ? Quelle ni)! î' ration , quelle reconnaissance n*auriez-vous pas p:)iH' un créancier humain et compatissant , qui vous donnerait le temps de faire honneur à vos affaires , et «pii vous en fournirait n^éme les moyens?
Si votre débiteur est tin honnête homme , et que vous le connaissiez pour tel^ que risquez- vous? tôt ou tar«L vous serez payé , et vous n'aurez pas â vous reprocher
* Propter miseriam inopum et g^mitum p€tup9Tum munç 9X^
De& 173
d'avoir écrasé nti malheureux» Sî c'est votre ami , ( ii
le pressant vous allez perdit^ son amitié, et ave(î cUr. plus que votre aident ne vanf. Si celui qui vous doit est un homme d'honneur , croyez qu'il est plus afUigé et plus inquiet que vous de ne pouvoir s'acquitter : il n'est pas si pénible à une personne qui a des setitimens
manquer d'argent que d'en devoir. En lui accordant quelque délai, vous acquerrez ce qui est plus pré(?ieux que tous les biens, rcstimc des hommes , et un lum reconnaissant. « La booiie réputaliuu vaut mieux (|u(î beaucoup de richesses, et i'a&ection est plus estimable que l'or et l'argent*. »
Que ne donneriez*vous jkis pour effacer une tache honteuse qui serait imprimée à votre nom ? et en csVil une que vous deviez plus craindre , que celle dépasser pour un homme dur ou avare? Qui pourrait, eu elït»! , eutendresaiisiu(lif;nalion!c nom de cethommc bnrhare dont la cruauté ou i avarice tourna heureuseiu* n{ à l'avantage de la personne malheureuse qu'elle allait miner?
Une pauvrefroitiére n'ayant pu payer au jour marqué
le loyer* de sou petit logement , son hôte impitoyable^, lui lit vcudre ses meubles. Le peu qu'elle en avait pouvant suffire à peine pour payer sa dette et les frais la vente, elle allait se voir réduite à la mendicité. Elle fondait en larmes pendant qu'on vendait ses meubles ; mais son chagrin augmenta lorsqu'elle vit qu'on allait crier un petit Saint-Jérôme , tout enfumé , d'un pied et demi de hauteur, quelle avait au chevet de son lit , et devant lequel elle priait Dieu tous les jours. Un peintre , fpii l'avait examiné , \c mit :i trente sous ; un curieux , qui s'y connaissait aussi bien que le peintre , la mit à un écu. Le peintre crut que , pour étonner celuici^ et lui £ûre perdre l'envie du Saint^érùme^ il n\i^ vaitqu'à le pousser un peu haut tout d'un coup. A nue pistole, dît-il. Le curieux rêva un peu, ou fit semblant de rêver. A cinquante livres, reprit-il. A cent francs , ajouta le peintre. Le cœur de la bonne femme palpitaii de joie : son loyer et les frais étaient déjà plus que
* Melinsest twmen bonwnqttàmdivitiiBtnuUœ\ super arr^err tum U aurumtjralia bpna, Vro\, ^»
174 l'ècolr .
payés pnv le petit Saînt-Jerômc. Sa joie redoubla > ffnand elle entendit ramatetir qui le mit à (\ou\ cents francs ; et qui pourrait exprimer celle (ju'eUe eut, quand iBlie Ytt que ^ de prix en prix , le curieux le porta juftf|u';i six cents Kvresî Le peintre lui dit en pleurant : u Vous files bcureux , monsieur , d'être plus riche que ^oi; car il vous coûterait deux mille livres , ou je Saurais, » C'était un original de RupliaëL
Pa je2 ft f ouvrier le prix de ses travaux.
c( Lorsqu'un homme aura travaillé pour vous, disait le vertueux Tobie à son fils , payeâ(4ui aufisitôt ce qtii lui est dû I et ne retenez pas un moment le salaire de l'ouvrier C'est un gr^u crime contre la justice H rhumanité , que de différer , de diminuer , ou oe^ftiseF à Tarlisan le prix de ses peines. L'écriture le compare h rh(>înîci(U\ » Celui qui répand le sang, celui qui prive le mercenaire du firuit de son travail , sont frères *\ C'est un de ces péchés qui crie vengeance au del et que la justice divine laisse laremœt isqpwk àèê cette vie même.
Homme injuste et barbare, depuis combien delempfl voit-on languir à votre porte ce malheureux artisiui ? Ce que vous lui devez servirait à nourrir sa famille indigeuie, à continuer son travail, ou à satisfaire un eréander qui le presse ; mais vous êtes insensible à ses cris , parce que votre ranff vous met à l'abri de se^ poursuites , ou parce que la crainte d'eneoilrir votre disgrâce , de s'exposer à vos ressentimens , rempéch& d*emplo)er contre vous les voies de la Justice. S'il est forcé eniiu d'y avoir recours vous faites jouer lousics ressorts de votre crédit ou de la chicane , pour vous soustraire à ses trop justes instances , et .pour lui lier les mains. Vous youp rendez invisible à tous vos eréan-* ciers , ou vous leur faites des promesses toujoursinfiroo*
* Tob. 4.
Qui effandie sanguinm etgui frau4emfacU mrcmirio firalres sunt. Ëccii. 34.
DES MOÉLRS. 175
tueuses ; semblable en quelque î^orte à ces statues ereif» ses, qui ne renHont jamais qu'un même et vain son : vm^ Jes remettes de mois en mois , d'année en année : heaMiiL encore qwand vous ne les renvoyer pas avec dureté et avec meuaces 1
Henri IV , ce bon roi , 9 àigûo du trôm où il eut tant de peine à monter , donna un jour à «e sujet me leçon bien remarquable. Aprrs son entrée dans Paris , créanciers firent arrêter l'équipage de T.a îSoue. Cet officier s'en plaignit. « La Noue , lui dit publiquement le roi , il faut payer ses dettes , je paie bien les miennes.» ' Ensuite , le tiraut & l'écart : « Tenez , lui ajouta-l^il , voilà mes pierreries; douneas-le» en gage à vos créanciers, au lieu de voire bagap^e. »
On traite uii h.onime de coquin , p'iree qu'il d^and^ ce qui lui apparlienl ; de niisér;i }>l(^ , p;îrre qu'il -es fobligé de solliciter une dette comme s'il soiiiritait une grâce; d'importun, parce qu'il est contraint de revenir souvent h la charge , et qu'il n'obtient jamais d'autre rêpoiisîî , sinon qu'on n'a encore rien à lui donner.* (\^pendaiU on a tout ce qu'il faut pour avoii une latte soiuplueuse , de beaux ('Hjiiîpaf^es , des maisons superl,( ruent meublées, pour iournir à cent dépenses super- Ihics etquelquefois . criminelles. Vous n'avez encore rien à lui donner 1 Mais que quelqu'un de votre rang tous demande cinquante pîstoles, vous les lui prêtez aussitftt» qu()it|u(^ assuré de ne les ravoir jamais ou que difficile* meut. \ ons rtes clianné (h) votre p^rand cœur , vous vous applaudissez de votre rarartère officieux ; délrompe/-vous , vous êtes tout ensemble un fou et un malhonnête homme.
Combien n'y en a-t-il pas encore cpiî n'mt jaimie d'arp^ent pour acquitter des dettes de justice , et qui ea ont ou qui eu trouvent toujours pour payer ce qu'ik. a!)p('lîeut de^ dettes d'iionnèur, dettes contractées par [<• [eu i commesi le prerf^jei liomicin n'ëtint pas de sali sia ire il ce qu'exige la plus étroite et la plus indispen-* sable justice , et de se refuser des plaisirs qui mettent hors d'état de remplir un des phis justes devoin. Ils , exploseront sur une banque centloMis , et ils n'amml pas de quoi payer des domestiquos. On leur fait de hdkiS
ItK
promeises pour revenir , mais à condition qu ils per- WHit tout pour le présent.
De jeunes scifçnems s'entretenaient un jour de leun^ 1180ns et (les appointeraens qu'ils donnaient à leurg litres d hôtel. Un d'entre eux dit qu'il donnait mille livres au sien ; un autre dédara qu'il en donnait deux
™!!SL? *® ^ messieurs , je renchéris
paiHiessus vous tous, car je donne qiialre mille francs au mien.D-^aCcla est exhorbitant, s'écrièrent les autres, et ]am;|;is on n'a tant donné ii un maitre-d'hôtel. » v^iciqu'un de la compagnie s'avisa de lui demander : ^ Mais le pâyeSB-vousT — Qh ! non , répondit-il. »
Un Seigneur anglais , qui ne payait pas mieux ses Wivriers, bâtissait un château. Il y lit faire une cha-^. Ijefley et il voulut qu*(îlle fut vaste. Lorsqu'elle fut arlievée , il ordonna à un des ouvriers de monter dans la chaire, et de parler , alin qu'il pût juger si la place était sonore. L'ouvrier monte et s'écrie : « Milord , il y a six mois que nous travaillons » et nous n'avons encore point vu de votre argent; quand nous paierez-vous? — Très-45ien , très-bien, dit le seigneur; descends, descends, en voilà assez ; tu parles très-distinctement, mais je n'aime pas le sujet que tu as choisi, n
Combien de grands, loin de se faire un devoir de payer leurs dettes , se font même un faux honneur et une honteuse gloire de ne les payer pas ! On disait à un gentilhomme qui devait beaucoup : « Vos dettes doivent bien vous inquiéter? — Non , rèpondit-il , je laisse œ sDÎn A mes eréani iers. » Parier ainsi, c'est n'avoir ni probité , ni honneur.
£n vain vous verrai-je m'éf aler de grands sentimens, vous piquer de générosité et d'honneur , si vous êtes la terreur de vos eréauders , qui n'approchent de vous qu'en tremblant ; le tyran de vos vassaux , que vous ibrcez à travailler pour vous presque sans salaire ; le bourreau de vos domestiques , que vous ne p«^yez quo d'injures ; je no vous regarde qu'avec horreur* Je vous compare à ces mausolées magnifiques au-dehors , mais cfui ne renfmnent au-dedans que des ossemens secs , quecbrmption et pourriture. Je regarde avecindignation tout cet éclat d'emprunt dont vous brillez et dont i'iiumanité gémit, tout ce iast^ cpii vous environne et qui
ne VOUS appartient^ pas; et je préfère rhonnête simplicité de ce poète^iui , allant à pied , mais du moins à ses dépens , disait de vous et de vos pareils :
J« vois d'illQsbres cavallen , Avec laquais , carrosses et pages ; Mais ils doivenl lears équipages* £lje ne dois pas mes souliers. ^
LdiiIsre* .
Ils croient éblouir les yeux des autres, mais ils no font que les ouvrir et les éclairer davantage. Les sots I<*s louent et les admirent ; les personnes sages et tous ceux qui connaissent l'état de leurs afiiaiires , dont le secret ne tarde pas à percer , les blâment et les méprisent, ^n voyant le grand train qu'ils -vont, on serait tentéVe croire qu'ils se LàlciU démener leurs créanciers à l'hôpilal, où en effet ceux-ci ont quelquefois la Iristo consolation d'aller les attendre ; car c'est-là le terme lionteux , mais ordinaire, d'un luxe aussi outré qu'injuste , qui ne se soutientquelque temps quesur leà ruines de ceux qui ont eu le malheur de trop mettre en eux leurs espérance.
Le grand Turenne pensait et agissait bien différemment. Ayant pris le commandement de l'armée d'Allemagne, il trouva les troupes en si mauvais état , qu'il vendit sa vaisselle d'argent pour habiller les soldats , et remonter la cavalerie : et il ne voulut jamais accepter les sommes considérables que ses amis lut offraient ,
rien prendre à crédit chez les marchands , de peur , disait-il , que , s'il venait à être tué , ils n'en perdissent une bonne partie. Tous les ouvriers qui travaillaient pour sa maison avaient ordre de porter leurs mémoires ayant qu'il partit pour j'armée» et ils étaient payés régulièrement.
Le cardinal de Rete n'était pas moias délicat sur ce point de justice. Jamais grand seigneur n'a fait tant de dépeiwes, tant emprunté, ni si bien rendu. La dernière Uns qu'il partit pour Rome , où des affaires pressantes l'appelaient, il lit asseiid)ier ses créanciers, et leur dit qu il ne pouvait leur donner qu'une telle somme dans un certain temps , et gue M..., qui était présent, voulait bien en être caution. Tous ses créanciers se récrièrent l&-dessus , et lui dirent qu'ils ne venaient point
178 l/ ÉCOLE
pouf hii d^nuoider de Tai^nt ^ qu'il:; en aT<iiont encore à son senrioe. One dime entre autre toi offrit cinquante mille écos , qu'eNé le priait d'aeoepter pour le beéoin de
son voyage. Le cardinal , confus de la j^énérosité de tant de gens, et touclié de la confiarice qu'ils avaient en lui, leur en témoigna sa reconnaissance. 11 se tourna vers un marchand qui était là : et U y a , dit-il , ce pauvre chapelier à qui je dois beaucoup ; je rougis de ne pouvoir le salîa&ire comme je le voudrais et comme il le mérite. — Moi I monse^iaeur , répondit le chape-- Jier; il est vrai que je suis pauvre , mais je n'ai pas moins de cœur quo les autres, ni nidins d'attachement pour votre personne ; je m vous demande rien , et voilà encore trois chapeaux rouges que je prie votre émînence d'emporter avec elle, » Le cardinal fut atCen* dri judqu^aux larmes. B mourut quelque temps après ; mais on exécuta si fidèlement ses intentions, qu'aucun de ses créanciers ne perdit rien.
vn.
Bon père , bon époux, bon maître sans feiblesse; Honorez vos parens , surtout dans leur vieillesse.
Q^iJB cette importante maxime dit de choses I et que)
vaste champ elle ouvre à l'instruction? Les.dcvoirs d'un père , d'un époux , d'un mfiîtreef d'un fds sont iimaer*ses. Nous ne prétendons pas épuiser ia matière; nous nous bornerons à ce qu'il y a de plus essentiel. Mais afin de rendre cet ouvrage aussi utile qu'il peut ou qu'il doit Tétre , nous parlerons en même temps des devoirs que la sagesse prescrit aux personnesdu sexe desthiées à aider les hommes dans ces importantes foiu lions, et à les partai'^er avec eux. Il n'est pas moins nécessaire , pour l'intérêt des mœurs , et pour le bonheur de la société , d'avoir de bonnes mères , de bonnes épouses et de bonnes maîtresses, que des hommes qui aient ces précieuses, et trop rares qualités. <
DBS' MOBliniS. 17ft
Bon père» On Ta déjà dit souvent avant nious, mais nous devons ici le répéter : un père doit à sesenfans la nourriture , l'inslruction et Texeniple ; il leur doit encore rétabiissemciit» lorsque le temps en est venu* S'il. \ dissipe leur fortuae , c'est un yol ; s'il les seindaliie ^ ^ c'est un parricide ; s*il néglige leur édueation , c'est use ! conduite insensée qui causera son malheitir et célm ée sa fainille. Souvent, pour leur amasser plus de biens ^ on épargne sur \ouv éducation , et le tort qu'on leur fait par-là est beaucoup plus grand que tout le bien qu'on peut leur faire par les avantages de là fortune.
De tous les devoirs des pareas , le principal est Tédacation. Nous en avons parlé amptemmt au commen*^ cernent de cet ouvrage. Ce qui regarde la nourriture et le bon exemple que les parens doivent encore à leurs enfans, y a aussi trouvé nnhîrelîonient sa place. Nous nous bornerons donc à leur donner ici quelques conseils utiles pour rétablissement de leur fomilie , et pour le reste de leur conduite.
Persuadé que le choix d'un état est un des principale devoirs paU /iieis, puisque ce choix décide souvent du honiienr ou du malheur de toute la vie , un bon père ne néf^ligera rien pour que ses enfans en fassent un dont iU n'aient.jamais à se repentir. Pour n'avoir pas lui-même de reproches à se faire y il ne s'en rapportera pas à lui seiil dans- une affiiire de cette importance ; et , de peur de se trompcîr , il prendra conseil de personnes sages , éclairées et vertueisses. Aidé de leurs hiinièrcs, et aj)rés avoir étudié ies dispositions natu- K^Ues et les inclinations de ses enfans , il dirigera, il conseillera, mais il ne forcera pas et ne sacrifiera jamais leur docilité respectueuse à l'avarice , à Torgueil y à une avengio prévention , comme font tant de mauvais pères. Au lieu de consulter le goiit , la vocation de leurs enfans, ils ne consultent qiie leurs propres idées , îc'irs iii( Ifnnfions, ou des conveuauccs , des arrangemens de famille.
Une telle alli:mce fera-t*elle honneur, ou sera^t-^lle avantageuse ? c'est tout ce qu'on examine. On. compte les biens et les espérances de fortune : on ne compte ni les vertus , ni les qualités du cœur. Pourvu que tout lo re^te c^nvieuae, on s'embarrasse peu que les humeurs
l'école
ne se conviennent point, que !( s caractères ne sympathi* sent pas» Mais ^uand on fait accepter à une fille un éfovoL , pour qui elle a un éloignement ou même une aversion naturelle , s'engage-t-on à souffrir pour elle tous les désagrémens qu'elle aura peut-être à essuyer dans la suite , de la part d'un mari bizarre et chagrin, ou yiolent et emporté , qui la tiendra dans l'esclavage ? Puisque c'est elle qui doit supporter les peines de son état, n'est-ce pas une injustice manifeste de le lui faire embrasser malgré elle ? et si elle doit être liée , n'est-il pas juste qu'on lui laisse au moins le pouvoir de choisir elle-même sa chaîne? Combien néanmoins pourraient répondre comme celle qui , interrogée par le prêtre si elfe voulait prendre un tel pour son époux , lui dît : « Homme de Dieu , vous êtes le premier qui me Tayez demandé. »
Un jeune homme estd'une faïniile où certaine dignité est héréditaire : son sort est décidé , il faut que lo
fils succède au pere. A-t-on de quoi acheter une charc^o pour l'.iiné do ses enfaiis, on la lui procure. Mois est-il capable d'en remplir les obligations? «i-t-il assez de science ou de mérite pour s'en bien acquitter ? U TacqueiTa dans la suite , ou sa charge lui en tiendra lieu. Cependant celui à qui on n'aurait pas voulu confier la moins importante aiEdre d'une maison particulière > a quelquelois dans ses mains les affaires de toute une provijrce et les intérêts publics. On en souffre, on en gémit ) le bon droit est vendu , la justice est renversée , public est mal servi , les particuliers se plaignent , les honnêtes gens sont indignés. C*est ce qui importo peu i un père V pourvu qu'il n'en ressente point le dommage , et que ce fils soit établi. Le zèle de bien des pères pour leurs enfans ne va pas à les rendre dignes des ezjiplois, mais à les leur faire avoir , et à Ic^s voir pourvus avantageusement dans le monde ou daiKs l'Eglise. Sans avoir égard aux dispositions naturelles , à l'intention de la Providence, assez clairement annoncée par nn goût et un attrait particulier qu'elle donne pour un étai plutôt que pour un autre , on se croit en droit de disposer do ses enfans, comme siTozi en était absolument les nmilres , et l'un remplit la budété de sujets
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déplacée ) qui ne peuvent qu'être mal 'ou faire mal où ils sont 9 parce qu'ils y sont sans goût ou s^ns talens.
La Daissance, les avantages qu'on espère, les qualités propres à briller et à se faire honneur , suffisent pourdétennîner à faire resteriui entant dans le nu>n(îe. Le plus jeune , celui qui est disgracié , mal fait, ou moins aimé du père et de la mere, on le destine à r£glise f à l'état religieux. Sa seule vocation est de n'avoir pas assez de 'bien pour figurer honorablement dans le monde , ou les qualilês qu'il faudrait ponr y plaire. On ne donne point d'enfan s plus voionliers à lYwn quereiix qu'on aiîiie le moins , on qui sont les plus méprisables. Une mère, qui avait une lille laide et contrefaite, voulait la faire religieuse, a Vous êles trop difforme , lui disait-elie , pour qu'on songe à vous établir dans le monde; il faut vous donner h Dieu. — Vous n'y songez pas, ma mère, lui répondit la iillc qui n'en %vait nulle envie : ne savez-vons pas que Dieu regardait a v,ec hor^ reur les sacrilieesde Gain , et voudriez-vous l'imiter?»
Souvent on dévoue une Alio au doitre , parce que son établissement coûterait , ou qu'on veut en procurer un plus avantageux à ses autres enfans ; et, sans cxa« miner si elle y est appelée, on suppose qu'elle Test ou qu'eile doit l'être, puisqu'il n'y a point , dit-on , d'iiulre parti pour elle : le goût viendra avec l'habit ou avee le temps. Au milieu d'une cérémonie , brillante ponr les spectateurs qui y assistent, mais funèbre pour la per* sonne qui en est le sujet, on la présente au Seigneur , et on lui en fait un sacrifice qui provoque sa vengeance. Parens cruels et vraiment barbares , vous vous inquiétez peu de rendre un de vos enfans infiniuient rnaii ' jrcux dans cette vie, elquelqnofoisdans l'aiître, pourvu que vous ayez le boniieur d'en être déchargés.
Une fille qu'onaime, etpour l'établissement de laquelle on a des vues» a-t-cUe, au contraire, un goût décidé , une vraie vocation pour la retraite , on s'y opposera absolument. Les parens les plus modérés ne prétendront pas vouloir tout-à-fait la détourner de cet vir^i ; m-AÎ^ , sous prétexte d'éprouver sa vo^nfion , ils v : idront qu'elle connaisse ce qu'eiio veut quitter , et qu'elle voie le monde avant que d'y renoncer. Rien de plus spécieux et de plus raisonnable en apparence ; mais de la maniém
182 l'kcole
dont cela se fait ordiaairement, n'est-^o pas plutôt uïio' séduction dangereuse qfu'une épreuve légitime ? On ne lui fait voir que oe qui peut lui inspirer du goût pour le monde, sans lui faire en même temps connaître ce * qui pourrait l'en dégoûter. On ne lui en fait voir que le brillant; on ia mène dans les parties de plaisiis , dans les compagnies , dans les spectacles ; elle n aperçoit partout ffu'une figure séduisante et agréable , qui l'é-
. btouity e.t BatureUement doit lui plaire. Faut-il s'étonner qu'elle se laisse prendre à Fattrait » et que sa vertu encore faible y succombe ? Ce serait une espèce de prodige qu'elle put échapper à taut de pièges ; et l'on a la rtialignité d'en conclure qu elle n'avait pas une vraie vocation , puisqu'on est venu eniin à bout de la lui faire perdre , comme si des poisons préparés avec art ne pouvaient pas altérer et détruire la santé la ptus robuste. Hëbreuse ou pIut6t *nioins malheureuse encore, si (ipKslui avoir lait chani^Li sa véritable destinée, qrd eût procuré son vrai bonheur , on ne la forte i);is , malgré ses répugnances , à prendre un époux que 'ambition seule ou l'avarice lui ^ura choisi , et avec
.lequel elle ne pourra manquer de traîner des jours tristes et malheureux.
Marguerite Gordon , fille du marquis de Huntlez , prince allié de la maison royale d'Ecosse, fut Tine de ces infortunées \icliines. Elle avait formé dés sa plus tendre jeunesse la résolution de garder sa virginité ; mais elle trouva des obstacles insurmontables dans sa famille 9 et lorsqu'elle en parla pour la première Ibis à sa mère » elle en reçut un soufflet y avec la réponse la plus d4ire. Marguerite prit le parti de Tobéissancc , et fut mariée au comte de Sorbes , d'une (ïes meilleures rnaihoiis d'Eros.^e ^ mais u.n div^ plus oniniàires dèfensoiu s du calvinisme. La différence de religion ne tarda pas à rendf Marguerite un objet d'horreur pour son mari. Les i;ijures y . les outrages, les mauvais traitemens exercèrent lonfj-temps la patience et la douceur de la eu/n'^^i s \ rjilin l'aversion du comte étant montée à son < on;bie, ii ia répudia pour prendre Tinc autre femme, î.île éiait euceiute de son second fils, lorsqueile fut chassée.
Si vous avez de la religion et de la tendresse pour vos
enfaiis , yowi vou3 garderez bien de causer ainsi leur malheur , soit en leur faisant contracter dans le monde des engajnremens qne leur cœur déteste, soit en les forçant de taire à Dieu un sacrifice qall réprouve » pour avantager les antres de vo$ enfans qui vous plaisent davanâge* Vous n'imiteres pas ces pèies inhumains , qui* pour Hisfer nû seul de leurs enians plus haut que ses ancêtres , et en faire l'idole de leur vanité , ne comptent pour rien d^ lui immoler tous les autreslî^norent-iis donc que , si le Seigneur n'élève et ne soutient lui*méme l'édifice d'une maison , les hommes y travail leiont en vain? C'est lui qui est le pémier auteur de la prospérité des familles. Leur décadence et leur chute sont comme une malédiction qu'il semble avoir toujours attachée au crime des vocations forcées. Cet aîné ,,à la grandeur duquel on a sacrifié indignement des cadets infortunés , meurt épuisé de débauches ^ sans postérité, et son nom s'éteint avec lui.
Voulez-vous attirer sur votre ' famille les faveurs du del^ ei mériter Testime des hommes? N'ayez jamais de si injustes et de si odieuses prédilections ; ayez , au contraire p pour tous vos enfans un amour égal. S'il est permis de témoip^ner quelquefois plus de tendresse â celui qui est plus j eune , plus délicat , plus doux ou plus caressant^ il ne l'est jamais de donner toutes ses affections et tout son bien à Tun au pn^udice des autres , lorsqu'ils ne s'en sont pas rendus akolument indignes. Vous avantagerez bien plus celui que vous aimez , en lui procurant l'amitié de ses frères ou sœurs , qu'en lui doDiinnt pîns de bien. Un bon père ne doit-il pas l'être pour tous ses enfans ?
Soyez bon père, maûs.ne le soyez pas trop; et surtout n'ayez jamais pour léufs vices et leur mauvaise conduite une criminelle faiblesse , qui attirerait sur eux et sur vous les chàtimens du ciel, comme elle les attira sur le grand-prêtre Hélî et sur ses deux iils. Tant qu'ils sont sous Tautoritc paternelle ; servez-vous de toute celle qu<» JDieu vous a donnée ^ pour prévenir ou arrêter leurs désordres; et, si les paroles ne suffisent pas, employez d'autres inoyens plus sévères et plus efficaces.
Enfin ^ le dernier conseil qui nous reste vous donner , est , comme le sage vous le rccommaude , do
ISj* l'écoub
ne vous raettre jamais sous Ja conduite de ceux que vous devez conduire vous-même* Retenez toujours Tautorité que vous avez eu maia, et la disposition libm de votre bien , de peur qu'an lieu du soulagement et du repos que vous espérez , vous ne tombiez dans le mépris y et que vous ne rendiez mauvais et ingrats ceux que vous pens( z (jne votre libéralité rendra plus soigneux et plus recoiiuaiss.nis. <( Tant que vous vivez et que vous respirez , ajoute le Saj^^e , que jamais aucune prière , aucune sollidtation ne vous fasse clianger sur ce point ; car il vaut mieux que ce soient vos enfans
3U1 vous prient > que de vous voir réduit à attendre 'eux ce qui vous est nécessaire *. »
Qu'ils dépendeut toujours de votre bout?'» ; mais no dépendez jamais de leur jns( ire. Ias lûen fa ils précipités d'un père tendre lui ferment le cœur de 5es enfans, et la fin de ses dons est ordinairement celle de leur re^ connaissance et de leur amour* Quand ses mains sont vides , son visage leur devient odieux.
C'est ce qu'éprouva tm riche marchand. Il avait une fille uiii(|ue , qu'il donna eu mariaG^e à au jeune homme de iioiuie i";? riii'le, et il leur lit uik^ donatiou de tous si ^; biens. Il reconnut bientôt la i;iande faute (|u'il venait de faire , en se dépouillant de tout ce qu'il avait, en faveur d'une fille et d'un gendre , qui n'avaient plus que du mépris pour sa personne , qui ne lui parlaient qu'avec aigreur, et, pour comble d'aflliction , lui refu.^ .nmt ce (jui lui était le plus nécessaire. Dans cette ti isle conjoncture , l'infortuné vieillard imaîj^ina un mojen do remédier au mal qu'il s'était fait à lui-méuio par son imprudence. II alla trouver un ami fidèle « lui exposa le sujet de ses peines , et lui dit qu'il pouvait les faire cesser, s'il voulait lui prêter j our deux jours seuUîment une sonmie considérable. L'ami la lui ])réta avec plaisir. Le vîîûllard emporte l'argent , s enierme dn ns sa chambre , et verse les écus sur la table ; leurs tintemens fréquens et ass<îz forts furent entendus par^ la fiUe et par le gendre. Ceux-ci , se hâtant d'accourir
* Fillo et millier t , frairi et àtnico non des pof es tatem super te ip lùd ; î'oji tlildcris alii yosmsioMm tuam ; ne forcé , ItœnUcaC te, etc. liccli. 33.
DES MOBUBS. 185
au bruit , furent fort étonnés de voir une somme si considérable entre les mains du vieillard, ut J'avais pr^fé , leur dit-il , la somme que vous voyez , à un marchand qui m'avait fait banqueroute depuis longtemps. Je croyais que cet homme était si capable de ma payer, que j'avais entièrement oublié cette dette. 11 est pourtant revenu des Indes , d'où il a apporté de trnuides richesses : en faisant honneur à ses affaires, il in*a totalement acquitté la somme qu'il me devait. Te suis charmé , mes dbers enfans , que cette occasion me procure l'avantage de vous témoif^er l'amour ((ue j t!!
pour vous ; et afin de \ous en convaincre , appelez un notaire : je veux faire mon testament , et vous ï.\\n\ ' héritiers l'im et l'aulre de cette soîiinie après nia tîuw L » A ime proposition aussi avantageuse , la lillc c^l Je
Sendre ne manquèrent point de répondre de la manière u monde la plus obligeante , et avec les assurances les jdus fortes de leur smcëre reconnaissance. Ils fu*ent ensuite venir le notaire. Le vicillanl fait son testamcnî, et y ordonne que sa fille son gendre aient , u droit de succession , dés qu'il aura rendu l'Ame , lotit ( e cjui sera renfermé dans son cotifre. Tout le monde retiré, il rempUtde cailloux plusieurs petits sacs , les enferme dans le coffre, et va rendre à son ami l'argent qu'il lui avait emprunté.
Cependant tout cliange h son ci^ard dans la maison. La lillc cl le gendre en prennent un soin exlraordinaii e, lui fournissent avec abondance tout œ qu il peut désirer, et le préviennent en tout, dans la crainte qu'il ne . fasse un testament contraire , ou qu'il ne dissipe l'argent qu'ils croyaient renfermé dans le coffre. Ce chan-^ gement de vie et ces nouvelles attentions retardèrent «n peu la mort du vieillard; mais elle arriva enfin , et on le fit enterrer avec grande pompe. Nous laissons à jtiger de la surprise , et en même temps de la fureur des deux époux , qui , après avoir fait l'ouverture du coffre , ne trouvèrent que des cailloux et un papier qui contenait ces paroles : « Pierres pour lapider ceux qui donneront leur bien avant leur mort. »
Bon épQux, Rien n'est plus commun que d'entendre les hommes se plaindre du petit nombre des boniffs épouses I et celles-ci du petit nombre de^ \H>m uiaris.
Cette plainte est trop géoérale pour n'être pas fondée ;
otil serait peut-être assez difficile de décider auquel des deux sexes on doit le plus en attribuer la cause. Mais , malgré le sort p^énérciî , on voit néanmoins encore quelques heureux mariages, où i on se prévient réciproquement sur tout ce qui peut et doit faire plaisir» Vouiez-Tous goûter et conserver le bonheur dans tin état où il est si rare? Ayez toujours l'un pour l'antre la considération , les attentions et les é*i^ards que vous aviez avant le mariage : redonbli /-les uiéine , s il est possible : il est plus difficile d'enireienir Tamour que de le faire naître.
Femmes , qui êtes jalouse de vous assurer Tafieetion de votre époux , ne faites pas comme tant d'autres qui , après être mariées, s'attachent aussi peu à plaire à leur mari , qu'elles s'appliquaient auparavant h lui être agréables. Prenez les mêmes soins j)():u' conserver son cœur f que vous avez pris pour le gagner. Vous cherchiez à lui plaire par une grande propreté, par une parure qui fût de son goût, et qui flattât ses yeux; continuez à faire de même. Habillez-vons selon votre état « mais plus pour voire mari que pour les autres. Si unefenniui ne prend soin de sa parure que lorsqu'elle veut se montrer en publie , si elle ne se f^lt voir à son épenx que dans ces négligés outrés qui décèlent l'iudiiiéreiicc fie plaire, rien ne pourra Tempècher de croire que sa femme cherche plus à s'attirer rattention et les regards des autres hommes (pio les siens. A la fin il la méprisera, et s'attachera peut-être à d'autres femmes, qui lui |»lairont davantage , parce qu'elles s'appliqueront plus à lui phi ire.
Diane de ^Jjikteau-Morand épousa , flnns le seizième siècle^ un aîné de la maison d'Urfé. Elle avait tous les avantages qui peuvent faire rechercher une fdle , la richesse , la naissimce , la heaulé , et elle était jeune et saii^e. Cependant soti iii..ri, excédé des dégoûts qu'elh"? lui causait par sa malpropreté , préféra le célibat pinpéluel à sa compagnie. Il chercha des prélexics , et enj trouva pour faire dissoudre son mariage. Il embrassai l'état ecclésiastique. L'ingénienx auteur de l'Astrée , . .Honoré d'Urfé , son frère , aimait Diane depuis longtemps* Il obtînt une dispense, et épousa sa belle-sœur.
DES MORimS. idt
Mais vaînni à ?on tour ])nr îos mC*m(vs îV'^Mr^nnnros ^ (»i n'ayant pu obtenir de sa femme qu'elle eût un peu pins desoîn de sa personne^ îl prit aussi le pfàrti de s'en sé- .parer. Ainsi l'amour et l'iotérét , deuic mobiles si puissans, ii*ont pn remporter dans l'esprit de deux frères sur des dcefoûts qu'une légère attention aurait prévcnirs.
Quoiqu on se marie avec des ilèfauts ( ear quelh^ est la personne qui n'en a point? ) on doit tâcher d'avoir toujours Tun pour l'autre une grande attention à ne se les jamais reprocher , et âi ne se rien dire qui puisse dépladre. Ce serait donner une trés-mauvaise idée de soi , que de le faire en public. Une dame ^tant uilée rendre visite, on lui jMnposa dé jouer. Son mari , qui l'accompagnait, répondit que sa femme ne savait jouer qu'à la bête. C'était faire le bel esprit mai à propos , et vouloir faire rire les autres à ses prcpres dépens* L'homme sensé parle rarement de sa femme , ne la ' raille jamais, la méprise encore moins. Le mépris que
nous témoignons à nos proches rejaiilil sur iions-nièmes. Si no'is voulons qu'on les estime, commençons par les estimer les premiers. D'ailleurs, le mépris n'est propre qu'à faire naître l'indifférence , et bientôt après la haine.
Justifiez-vous plutôt à vous-même votre choix ; nour-
l issez votre amour , réveillez votre tendresse par cette persuasion, ([ue touU* .^nlrc femme que la vr;îre j)eut avoir des défanfs sf^erds qui vous rtMid raient moins heureux que vous ne Tètes. Soyez plus attentif à eon* naître vos fairt(!squc ceftes de votre femme , et méritez,
«ar un redoublement de complaisance , qu'elle les oulie. Accoutnmez-vons à penser que chacun a ses impcrfeelions , et que :ious devons nous passer bien des choses les uiîs an\ antres pour vivre en société. Par-!à X oiis Vf lis épar^îierez la peine que pourraient vous i.'iirc quelques défauts de votre compagne. Ne serait-ce*
iras aussi trop exiger , que de vouloir qu'une femme ^ u( parfaite? Ce serait vouloir plus qu'on n'est soi- :néme : les bonnes qualités doivent faire excuser et supporter celles qui îkî le sont pas. Anne de Bretagne, prin"re>5;e impériense et hanlain(^, mais , à cela après , Ibri ranp>e dansse& mœurs , iaisait souffrir quelquefois Louis Xll. Ce prince , qui était aussi bon époux que bon
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roi y disait on lui cédant : c< 11 faut bien pajer la chas- ,telé des femmes. »
bi vous avez le malheur d'avoir une méchante femme y qui vous afflige par sa mauvaise humeur ou par ses désordres , gardez-vous hien de vous en plaindre publiquement. C'est , dit l'auteur des Conseils de la Sagesse, un mal honteux qu'à peine faïU-ii découvrir médecins. Que la femme soit libertine , qu'elle soit (ière et violente , le mari se fait tort dès qu'il ea ^ parle et qu'il Taccuse. Le déshonneur de la femme est la bon(c du mari. II n'est pas moins de son intérêt de tenir le mal secret. Le point est d'y remédier efficace-» ment, et d'empêcher pourtant que le malade ne cric ; il faut pour cela beaucoup de force et de prudence. Ne failrs <lrs reînonlrniires que quand la léllexion est do r: {our, pour n'avoir pas à combattre le fort du caprio^« On est rarement en état d'entendre la voix de la raison dans la fougue des emporlemons^ et la femme encore moins que l'homme.
Si vous connaissez par une lonp^ue expérience qu'il n'est pas en votre pouvoir de porter la votre au bien , prenez îrai-de du moins f[u Cilcne vous enlraîiic an ;nal. Séparez-vous plutôt d'avecellc , autant iju il sera permis. 11 vaut mieux la quitter, que de la suivie dans le pré* cipicc ; mais déliez les nmuds , et ne les arrachez pas. Ce serait mal s'échapper de ce tourment domesti(j!u> , que de causer du scandale, et de faire bien du bruit en le fnyant.
bi votre femme est sage et vertueuse , respectez sa . sagesse , et regardez-la comme un d^ du ciel, a La femme sainte et pleine de pudeur est une grûce qui surpasse toute grâce : tout le prix de l'or n'est rien en comparaison » Honorez donc et ménagez sa vertu. Si par votre bu m eu r fâcheuse et vos mauvaises façons vous la mettez souvent à de tristes épreuves , vous ne la fiossèdercz pas loni^- temps : ou la mort vous la ravira bientôt; ou, ce qui est le plus à craindre^ sa honté et son amour mourront avant elle^ et vous ne vivrez 4|u« pour élre puni.
INiî déployez tout votre pouvoir avec voire femme qu'à la dernière extrémité. Le despotisme est toujours odieux et Ton ne iait jamais bien ce qu'on fait par contrainte. Conduisez-la 9 soyez-en le gouverneur et non le tyran : c'est une compaprne , et non pas une esclave , que vous avez choisie. Qui pourrait lire sans indii^nation ce (\ui^ lit M, de Lauzun k l'égard de mademoiselle de Montpensier ? Elle était fille de Gaston d'Orléans ^ frère de Louis XHI. Après avoir manqué d'épouser Temperenr 9 le roi d'Angleterre ; après avoir reraséleroi de Portugal et plusieurs princes de l'Europe, cette princesse , à Fàge de quarante-cinq ans, voulut épouser M. de T.auzun , simple capitaine des gardcs-ducorps. N'ayant pu obtenir du roi la permission de le faire, ^e se maria secrètement avec lui , et eut tout lieu de s'en repentir, oomme c'est la destinée ordinaire de ces wrtes de mariages. Il la traita fort mal ; et J'en dit qu'il poussa avec elle l'insolence jusqu'à lui dire un jmu* en revenant de la chasse : « Henriette de Bourbon , lire-moi mes bottes; i) et que , s'étant récriée , il lit un inouv^ent du pied pour la frapper. Mais cette prin- «cesse , reprenant l'air et le ton d'autorité que lui donnait sa naissance, défendit & Lauzun de paraître désormais devant elle. / '
Je plains celle qui a eu le malheur d*étre unie à un •sot; c'est le plus intrailal)le d(îs animaux. 11 n'est conduit que par ces passions et par le caprice, et il est incapable d'entendre la voix de la raison. Non-seulement Tamour-propre est continuellement mortifié d'avoir un mari' pour lequel on est toujours dans la crainte et souvent dans la confusion , dés qu'il ouvre la bouche en compafrnie; mais lui inconvénient plus grand onrore , c'est qu'un sol passesa vie à craindre ([u'oii iiepense que sa femme le gouverne. Il devient par-là impossible de le conduire ; et il fait cent choses ahsurdes et désagréa*- 2>ies pour elle , par la seule envie de montrer qu'il est le maître de le faire.
'î Conservez votre autorité , à la bonne heure : c'est un des plus beaux droits que vous ayez reçus de la nature, et Ton méprise les hommes imbéciles qui s en laissent dépouiller par \euvs femmes ; mais usez-en poliment ,
fi'çn abusesE jwais* La religion Ment le même langage ,
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et confirme des setitimem si justes , si nld§otiiiâMes.
j^rand Apotre recommande aux maris d'aimer leurs femuies, comme Jésus-Christ a aimé rEjçlise son épouse, et de ne pa.'^ les liailer avec aigreur. Saint Pierre , après avoir ordonné aux fiunoies d être soumises à leurs maris, ajoute : « Ët vous n^aris^i vivez sagement avec vos femmes , les regardant comme des vases fraglies , et les tiailant avec honneur, puisqu elles sont, aussi bioii (jue vous , les héritières de la grâce et de la vie*.»
(Ju'oa voie toiijoiirs liien quel est iedief, mais qu'on ne puisse pas dire q[ui des deux est le maître* 11 ^mHit presque toujours qu'une femme sache que l'homme peut Télrc^ et qu'il l'en fasse ressouvenir qiielqmisss , si iAh venait à l'oublier. Ne soulTrez pas néaiim«ins qu'elle l'oublie , et (ju cHe usurpe sur vous le commaii- (leirieîit. « La fummo (fui se reuti la maîtresse, se pfaît à èire en tout contraire à son mari **. » Elle ne peut avoir (I empire sur lui qu'elle ne le change eu lyrannie, ni le voir son sujet qu'elle n'en £asse son esclave ; les nsurpations ne se conservent guère que par la vi<deiiœ. La femme qu'on craint e^l véritablement à craindre.
Plaisez-vous, autant qu'il est possible, à tout ce qui plaît à la votre ; mais gouvernez-la si sagement, que /nui ne lui plaise que son devoir. Ayez toujours sur elle Tautorilé qui vous appartient; mais joignez-y^tant d'amour et tant de bonle, qu'elle ait plus de plaisir à obéir que vous n'en aurez à commander. Que rien ne ressente la domination. Ce respect , cette soumission qu'elle vous» iloil, iiiais qu'elle serait peut-être disposée à vods refuser si vous les exigiez , ne lui coûteront rien, parce qu'ils seront volontaires. 11 lui semblera que c est un présent qu'elle vous £oiit , et ron est flatté de pouvoir donner.
N'employez des voies dures & Tégard de votre femnie»
que quand il n'y en a plus d'autres , et uniquement pour maintenir le bon ordre et la dépendance. Ne vous oublier pourlant jamais jusqu'à la frapper : rinianne. serait pour vous et non pour elle. Malheur à celles qui
• £pbes. 5. Coloss. 3.1. Petr. ^.
MulUir f $i j^rmatum ikaimt , contraria §st viro moi^
auraient besoin d'tin pareil remède 1 11 vaut mieux pour un mari q/ae sa femme devienne incorrigible , que de
se déshonorer par une telle correction. Un conseiller ayant reçu un sou filet de sa femme , lui dit : (f J'aimejais niieu\ quV)ii nuî coupût la maiïi , que de vous l'avpir reaUu. j» JI lui lit plus sentir par-là l'indignité de son aclion, que s'il s'était vengé en la maltraitant.
Une femme sage et pruderHo n'y i^éduira jamais son mari. Elle saura , par sa complaisance et par sa douceur , tout obleair de lui , et se rendre digue d(^ son amour. La plupart des dissensions qui s'élèvent entre le mari et la femme viennent de ce que celle-ci vent sorlii* de l'état de dépendance on la nature l'a mise. Aussi l' Apôtre ne recommande^t-il rien plus particuliè-rementaux femmes chrétiennes , que de respecter leurs époux comme leurs chefs , de leur être soumises en tout comme à J)ieu même *.
. Tel était la mère de saint Anj^ustin , la vertu(Mise Monique. Comme elle avait reçu une excellente éducation, et qu'elle avait été accoutumée dès son enfance ù vivre dans la soumission qu'elle devait à ses pareos > elle n'eot pas de* peine à se soumettre à celui qu'on lui fit épouser. Elle lui obéissait , dit saint Augustin, comme à son seigneur et à son maître. Quelques infidélités qu'il put lui faire, elle n'eut jamais avec lui la moindre querelle sur ce sujet. £lie n'oubliait rien néanmoins |)our le ramener doucement , et pour le convertir ^ car il était encore païen ; elle eut le bonheur d'y réussir , mais par sa douceur et sa patience plus que par ses paroles : ce qui la rendait non-seulement agréable et aimable à soii mmi , mais digne même de respect et d'admiration. Quoiqu'il l'aimât beaucoup , il avait souvent à son égard des vivacités et des emportemeus : mais elle s'était fait une loi de ne lui résister jamais dans ses promptitudes ; et , lor5C[u'il s'était mis en colère mat à propos , eUe attendait qu'il fût revenu u lui, et elle lui rendait compte aloi^ de sa conduite. Qu.ind (j'n utics femmes y dont les maris étaient ein oie laoinâ vioien& que le sien , se plaignaient devant elle
* MuUeres vins suis subditwsint $icut JJomino , 0Qf\ia3nvir
bigiiizeo by
192 fJicGLn
de leur malhcun nx sort H des cxfès do leurs époiiX , dont ellos portaient quelquefois des marques sur leur vi>age : a Preuez-vou&-en plutôt à votre langue , leur disait-elle en souriant ; car il n'appartient pas aux femmes de tenir tête à leurs maris. Soyez douces , regardez-les comme vos maîtres > et vous vitrez en paix avec eux, »
Puisque l'auteur de la nature, pour réparer les d(»sordres du péché et pour établir la meilleure sorte do gouvernement dans les familles , a sagement voulu que l'homme en fut le chef, et que le sexe le plus léger ^ le plus faible et le plus fragile fût soumis à l'autre % il ne reste aux femmes qfu'un moyen légitime de partager l'autorité avec leurs époux , de l'avoir même presque loule entière : et ht la soumission, la complaisance et la douceur. Une f(^nime qui tâche de ne se pl aije qu'à
({ue son mari veut et commande, le met bientôt en éiat de n'oser et de ne pouvoir rien commander quecô qui plait à cette femme, a La femme» dit Rousseau , iloit régner dans la maison , comme un ministre dans î'état , en se faisant commander ce qu'il veut faire. En l'A' sens, il est constant que les meilleurs ménages sont f i iix où la femme a le plus d'autorité. Mais quand elle tiiéconnait la voix du chef, qu'elle veut usurper ses Jn)i(s et commander elle-même, il ne résulte jamais de oc désordre que misère , scandale et déshonneur. »
C'est-Iâ , en effet , comme nous l'avons déjà dit , ulie d(^s sources les plus ordinaires de ces divisions qui trou-
ut si souvent l'harmonie des familles. C'cst-lâ œ qui fait dans tous les temps, ri ce qui fera toujours tant de mauvais maiiages. Une dame vertueuse fut priée par une autre dame de lui apprendre quel secret elle avait pour conserver toujours les bonnes grâces de son mari : « C'est, répondît-elle, en faisant tout ce qui lui plaît , el en souiïrant patiemmeal luul ce qu'il fait, quoiqu'il lie me plaise pas. »
C'était aussi la louable pratique de la verîueTise impératrice Eléonore , mariée à l'empereur Léopold. On peut dire jusqu'oii elle porta à son égard la vénération , la tendresse et la complaisance* Attentive aux
DBS MCËURS. 193
^ttoipdreB^âgms de la volonté ^ elle etadiaitet devinait inciiiiations , pour les suivre ou les prévenir. IPer
sérénité de son front et par la douceur secrète de ;6es paroles, elle dissipait souyent les nuages d'un esprit tout occupé de la destinée de l'empire. Elle entrait ^vec joie dans tout ce qui pouvait lui fiûre quelque jpkusiry toujours préteà gtaer'ses propres indmations pour adopter celles de son époux. Etait-il attaqué de quelque indisposition t Elle lui portait elle-même à Jnanger^ et lui rendait les services les plus bas , jalouse Je se voir dérober des soins qu'elle crojait réservés à • la tendresse d'une épouse. A toutes ces marques intéressantes d'attention y Léopold répondait par une cordialité réciproque ; il avait pour elle une estime infinie . et une paifidte confiànee. On peut dire qu'ils étaient Tun et l'autre un modèle achevé d'amitié conjugale ; liés par une vénération mutuelle , partageant également la bonne et mauvaise fortune , jamais peutrétre on ne , vit d'époux plus unis et plus heureux.
Bienheureux y dit le Sage , est le mari d'une femme obéissante et psJsible I Si un homme pouvait être immortel, il le serait par la douceur de sa compagnie ; au moins il \ivra deux fois plus qu'il n'eût fait *. La complaisance d une femme vertueuse entretient la joie dans le cœur et sur le visage de son mari. Sa bonne conduite et sa vigilance pour les aiïaires domestiques Texemptent d'inquiétude et de peine ; et la passion ne peut lui faire espérer de voluptés comparables à celles que la vertu lui promet auprès de cette chaste épouse.
Si vous avez le bonheur d'avoir en partage une telle femme , estimez-vous le plus riche et le plus heureux 4ie tous les hommes; et si vous voulez que la source de votre félicité ne tarisse jamais, ne dierdhez votre repos et vote satis&ction qu'avec elle. Un fiit rougit d'aimer sa femme ; et la femme mondaine , qui vent faire l'ai* jnable, n'ose aimer son mari; ou paraît craindre de proliter du plus beau moyen d'allier ensemble les plaisirs et la sagesse, Les vertus conjugales faisaient l'admiration «te nos pères et l'objet de leurs éloges : mais qne nous
Mulieris honm heatuê vir) numerm enim annorum illius
Id4 t*icBtu
sommes lien changés I par m effet de k éépravatioa éen^ moeurs y elles prêtent atijMtd'boi au ridîenle.
Georges III , roi d'Angleterre , s é(;ii [ noblement affranchi d'im prpjiiîré si méprisable , comme il le témoii^na bien en inic occasion. Il y a im usage assez singulier daDS une ville d'Angleterre. QiiaAd'ua mari et une ftmme ont TAm pendant quelques années, ^usaToir eu entré eux le moinAre difKrend , ia yîMe dé Ihmnaov leur ftiit présent' d*un jambon. On mît dans les papiers publics de Londres, que le roi et la reine , daos un Voyage qu'ils devaient faire, passeraient par cette ville et que ct rlainemerU on leur présenterait l:e jambon. Un courtisan , du nombre de ces agréables qui traitent de mœufs bourgeoises Tamour conjugal , dit au mi » en X»arlant de cet article , que c'était une b^se. <r Bêtise tant qu'il vous plaira, répondit oeprinœ ; je ne sais qui en est l'aalcur : mais depuis que je règne, on n'a encore rien dit de moi qui m'ait fait tant de plaisir. »
Louis, dauphin , iils de Louis XV, avait les mêmes sentimens. On avait formé à Compiègne un camp , oii se trouvait le régiment Daupbin* Le prince ^ revêtu du même uniifbrme que celui de son régiment ^ se rendit à Compiègne avec la danphine. Il passa dans tous les rangs, s'entretint avec les soldats, interrogea les uns , et répondit aux antres avec celle affabilité qui gagne les cœurs. 11 présenta et nomma à Ja daupliiue chacun de ses officiers. Il présenta également te daupbine A* ses officiers* ; « Mes amis , dit-ii , wilà ma^ feonme. » Que ce mot est attendrissiRnt et sublime I qu'il exprime un sentiment bien vrai et bien touchant !
tnme ces princes, mettez votre gloire et faites consister votre bonheur à aimer celle que vous vows êtes 4!hio8iepour votre compagne inséparable, qui doit taire avec vos enlans votre joie^ vos délices et voire pins doitoe société. <c Trois choses , dit le Sage, plaisent ànum esprit , et sont approuvées de Dieu et desbommes : runion des frères, l amour des proches, un mari clune femme qui s'accdrdenl bien ensemble *. n
Aimez donc votre femme , mais sans fadeur et sans faiblesse» 1^ attentions , de la romplaisance , da la
r Tir 9i mulikr beni $iH WM9ntimU$% ML SkJ
DES MOËLilâ; ' 195
bontéi iurtont une certaÎDe con&mœ qui tous engage»dans tous 1^ cas où la pradence le permet t à ne nen faire sans le lui communiquer , la aisposeront à tous ,
donaer également la sienne y et vous Taltaciiciout Lien plus siirement qu'un amour fade et ridicule.
Quoiqu'il j ait plus d liommes qui aiment beaucoup leurs fejôunes que de femmes leurs maris, parce qu'il est pUis naturol d'aimer ceux qui dépendent de nous que œiu^.de qpi nous dépendons * , on a vu néanmoins souvent > de k part des femmes , des exemples héroïques d'amour conju«^a! qui sont comme aulant d'illustres monumens ériLré.-. a Jour ^j^loire. Nous nous ferons un plaisir don rappoiler ici quelques-uns» 11 ^e fut peutrètre jamais plus nécessaire de rallumer dans les <xnurs ce Jeu sacré > qui, comme celui de Vesta » est destiné à brûler toujours , que dans ce siéde , où une fausse philosophie s'efforce de Téleindre, en l'abandonnant au gré do la licence, et en renversant l'autel de la religion, consacré à lentrefouir.
Robert , duc de Normandie , fils de Guillaume-le- Conquérant , roi d'Angleterre ^ ayant > dans une bataille contre les infidèles > reçu une blessure au bras, la plaie dégénéra en fistule^ et les médecins lui ordonnèrent la succioQ. Mais , comme ou croyait que cette blessure ( lait l'effet d'uue flécbe empoisonnée , ce prince ne voulut jamais permettre qu'on employât sur lui une manière de guérir qui pouvait être funeste à celui qui la tenterait. Cette noble façon de penser fit éclore un autre héroTsme , plus digne d'être admiré qu'imité, Sybille, épouse du prince, se déterminant à tromper la délicatesse de son mari, saisit , pour sucer la plaie , une nuit où il était profoudemcnt endormi ; et , continuant cbaque nuit cette action généreuse , elle parvint à guérir lablessure; mais elle périt quelque tempaprès^ par Tefiet du poison qu'elle avait turéde la plaie de son époux.
Le trait suivant n'est pas moins honorable aux femmes. L'empereur Comad 111 assiégeait une petite ville
Il ■ I I ————— I — — — >aÉ—
* C'csl-là aussi la raison secrète de la maxime connue : L'amour dMeend plutôt il ue icmouie , parc^ ^uô les cuùjja font dans 1^
de Tétât du due de Wirteihberg , qui y était enfermé.
(le duc soutint le siège long- temps et iie se rendit qu*à l.î dernière extièmîté. L'empereur, irrité de sa résis* tance , voulait tnetlre tout à feu et à sangf ; cependant il lit grâce aux femmes, et leur permit de sortir et d'emporter avec elles tout ce qu^elIes avaient de plus précieux. L'épouse du duc profita aussitôt de cette per^ nnission pour sauyer les jours de son mari , elle le prit s m ses épaules. Toutes les femmes de la ville en firent autant , et l'empereur les vit sortir ainsi chargées , la d uchesse à leur tête. Il ne put tenir contre un spectacle s i intéressant; ety cédant à l'admiration qu'il lui causait» il. fit grâce aux hommes en foreur des fômmes. La inUe fiiit sauvée.
Pourquoi de telles unions , qui font tant d'honneur , s Dui-elles si rares? Et pourquoi y a-t-il si peu de mariages d.ont les contrartans soient loii^-lenips satisfaits? C'est q^'un contrat si important se fait presque toujours par contrainte et par l'autorité des pères et mères , ou par ptassion et avec légèreté de la part des jeunes gens , qui D'.e se donnent pas ensuite assez de soins pour s'épargner l?. chagrin de s'en repentir. Il faut , et bien réfléchir avant, et bien se conduire après , afin de n'avoir rien à. se reprocher. Souvent les deux époux rejettent l'un sur l'autre la cause de leur mauvaise union ; mais on peut toujours 9 sans craindre de se tromper ^ la rejeter s ur tous les deux.
Cependant la femme est en quelque sorte plus cour.able que l'homme , parce qu'elle doit apporter dans i e mariage plus de douceur et de complaisance, comme Tobservc madame de Maintenon , dans les excellons f ivis qu'elle donne à c^sujet à la duchesse de Bourgogne* ( >tte princeste avouait qu'ils lui avaient épargné bien (! os fautes et des chagrins ; et Louis XIV les trouva si h eaux , qu aj)i ès la mort de la duchesse de Bour^^oune, il. voulut les conserver pour sa IViiniHe. Nous avons déià rapporté ce qu'elle lui roroîmnandr à Trgard de la |; âété ; voici ce qu'elle lui dit au sujet du mariage :
<K N'espérez pas un parfait bonheur : il n'y en a point s ur la terre ; et , s'il y en avait , il ne serait pas à la c our. lit grandeur a ses peines ^ et souvent plus cruelle9 qi \e celles des particuliers. Notre sexe est encore plus
exposé à souffrir, parce qu'il est toujours dans la dépendance. Ne soyez ni fâchée ni honteuse de cette dé*
Kndance d'un mari , ni de toutes celles qui sont dans rdre de la Providence,
» Que M. le duc de Bourgogne soit votre meilleur ami
et votre seul confident ; prenez ces conseils , donnezlui les vôtres ; ne soyez vous et lui qu'un cœur et qu'une àme.
» M'espérez pas que votre union vous procure une paix palpite ; les meilleurs mariages sont ceux où l'on souffre tour à tour Tun de l'autre avec douceur et avec patience ; il n'y en eut jamais sans quelque contradiction.
» Soyez complaisante sans faire valoir vos coaiplaisances ; supportez les défauts de Thumeur, ceux du tempérament , de la conduite , la différence des o[)inions et des goûts. C'est à vous d'être soumise , et c'est eu vous soumettant à M« le duc de Bourgogne , que vous régnerez sur lui. Prenez sur vous le plus que vous ' pourrez ; sur lui , jamais.
» N'exigez pas autant d'amitié que vous en aurez ; les hommes sont pour l'ordinaire moins tendres que les femmes ; et vonsserez malheureuse , si vous ètesdélicate en amitié : e^est un commerce où ilÊiut toujours mettre du sien.
» Demandez à Dieu de n'être point jalouse ; n'espérez pas faire revenir uu mari par les plaintes , les chagrins et les reproches ; le seul moyen est la patience et la douceur : l'impatience aigrit et atlëne les cœurs , la douceur les ramène.
» En sacriifiant votre volonté, ne prétendez rien sur celle de votre époux; les hommes y sont encore plus attachés que les femmes , parce quOn Us clcvo avec moins de contrainte. Ils sont naturelleiiirn l lyiauiiiques. Us veulent les plaisirs et la liberté > et que les femmes y renoncent. N'examinez pas si leurs droits sont fondés; qu'il vous suffise qu'ils soient établis ; il n'y a qu'à souffirir et à obéir de bonne grâce.
» Ne soyez point trop attachée au plaisir : il faut savoir s'en passer, et surtout dans votre état , qui est un état de contrainte et de peine. Apprenez donc à vous contraindre et à souffrir « car vous en aurez besoin^ j».
198 * t'jBCOLE
Les ibiiUD^ dans le mariage ayant pom l'ordinaire
plus à souffrir que les hommes , nous croyons devoir ajouter encore ici pour elles quelques conseils que leur donne à ce sujet une dame de beaucoup d'esprit, aussi recommandable par sou mérite personnel que par cdiii de son mari \ Il est beau de voir des femmes donner elles-mêmes aux personnes de leuf sexe des leçons dictées par la sagesse , et inspirées par le sentiment , qui les rend encore plus persuasives et plus intéressantes.
» Les esprits chancrent : quelquefois le meilleur caractère [iciit, par des (' vcrieiriens qu'on ne prévoit pas, s'altérer et devenir diilicile; l'amour ne dure pas toujours ; il faut se préparer à tout. Je ne oonnaîs d'autres ressources à une femme estimable , que la patience et le cburage. Sî elle s'aperçoit que son époux lui relire sa conliaiice, qu'il la donne mèine à quelque autre^ il faut qu'elle redouble alors de soins et d'ntlentions ; qu'elle ne prodigue pas des caresses qui pourraient devenir importunes; qu'elle lui laisse- entrevoir une dou^ leur tendre 9 mais surtout , dans quelque circonstance que ce puisse être , qu'elle n'en vienne jamais aux reproches ; quelque polis', quelque tendres qu'ils soient» ils peuvent faire dans le cœur d'un époux des plaies qui ne se referment j)oint,
» Si, par un malheur , le plus accablant pour une femme qui a des sentimens , son mari s'attachait à ^elque autre femme , elle ne doit employer avec hii que sa tendresse ; qu'elle tâche de regagner toute son affection, et qu'elle fasse son possible pour lui laisser croire qu'elle iirnore son ninihour. Il est cependant des circonstanrrs où l'on ne peut dissimuler. Ou' une tristesse douce, sans plainte, sans aigreur , sied bien alors! Un air de dédain ou de gaité est très déplacé dans ces con*
Ionctures; il marque tin détachement trop grand, ou beaucoup d'orgueil. Une épouse vertueuse et tendre est afOigée , et se trouve humiliée d'un tel malheur. Ces sentiiiiens si naturels sont obligeanspoiir un mari ; qu'elle les lui laisse voir , c'est assez ; qu'il ne lui échappe ^ jamais, en présence de cet époux, ricu d'aigre, rien
* Madame Elie aa Beaumout, marine au c^èl>ie avocat Uo co nom.
DES JiraGli^ 199
^kbïàepm ; ' iA mr soa compte ni svr oetul^e VohitÈ
qu'il aime : le mieux est de n'en point parler. La coquetterie est une ressonrcn affreuse ; c'est une vengeance qu'une femme ne doit jamais prendre , parce
Ïu'elle retombe encore plus sur elle que suv s&sl mari, luelques ftvnmes Temployaièttt ooDOie im majea de ramener lëiir époux par la jaloasie : elles ataieD't perda son amour f elles pei^dent encore son estime , et alors il n'y a plus d'espoir.
» Est-il rira de plus cruel encore que le sort d'une personne vertueuse , unie à un homme jaloux? Qu'elle . se retire du monde ; qu'elle s'arme dedouceur et de pa« tienee> et surtout qu'elle ne se plaigne pas. Cette situa^ tion est terrible, mais c'est Punique parti à prendre. »
Les conseils qu'elle donne à sa lille ne sont pas moins sages ni moins instrnctife. a Oiielque lunirouse qnesoit* une union , lui dit-elle, il n est pas p()s>iL»ie tpi'il no s'élève quelques petits nuages , parqe qu'on ne peut sur tous les points être du même avis. Alors , quand la vertu n'est point blessée par les choses qu'un mari exige, quand elles ne sont point directement opposées à la raison y il faut céder et sacriller son opinion à la paix et à la soumission pour lacpK lie lious soujum s néi s. II est horrible d'élever les filles dans l'idée qu'elles (îevi(»nnent leurs maîtresses^ se mariant, i^les contractent, au contraire , la plus grande dépendance. Il faut leur apprendre les moyens & rendre cette dépendance douce, et d'en former le lien de leur union. Nous n'avons que le di;oit de faire à nos uiaris des remouli ances; mais nous l'avons , ce droit : il faut savoir eu user. Quand une fois on possède la coniiauce de son mari, et qu'on la méri* te, on est bien puissante.
» Céder gatment dans les petites clMises qui n'inlé^ ressent que soi ; réserver le pouvoir qu'on a sur lui f pour les occasions importantes dans lesquelles il preU'drait un travers nuisible ; tâcher , sans avoir i air de vouloir le convaincre , de l'en faire revenir par la persuasion qui naît de la raison présentée avec les grâces de l'amour et de la douceur : voilà le dharme qui nous donne un empire préférable à tout autre empire, donl il neftut jamais se prévaloir, ni au^dedans, ni au<dehors. Dans 1 administration domestique, qui est de .
M!ÈOÛtM
notre ressort , nous pouvons user plus librement é» notre autorité. Dans tout ce qui doit être par le mari , comme tontes les afifoires d'éclat > y eussions-noutf la plus grande part , nous devons en laisser fout Tbon- ,
nenr à nos époux. '%
» Le mariage est un état de soins et de sarrifices et sans le sentiment qui rend tout aisé, il est bien difficile d'en r<}mpiir les devoirs, même avec de la vértu* I;es obligations sont sans doute réciproques , mais noua sommes appelées à des soins particuliers. La nature , en nous donnant plus de grâces, plus d'aménité, plus ' de délicatesse , nous apprend que c'est à nous de mettre les atlentioiis , les complaisances , les égards dans ce conunerœ , d'où nous retirons en échange. les fruits de la protection et des travaux plus imporlans des hommes. La force est leur partage , la douceur est le nôtre, et la forcené résiste point à la doucenr. Obéissons , pour régner ; assujettissons-nous aux. petites choses , pour jouir des grandes.
)) No nous affligeons point si les Iioiumes n'ont pas pour nous les mêmes attentions ; ils n eu sont pas susceptibles ; s'ils Tétaient , nous n'aurions plus aucun avantage sur eux. Des soins importans les occupent. Le soin de plaire que Ton remplit par les attentions délicates , doit être notre premier objet. Je ne dis point d'employer la coquetterie; elle est méprisable vis-à-vis de tout le inonde , elle est indécente k l'égard d'ua mari; mais je n'ai garde de blâmer un art innocent , qui n'a pour but que d'entretenir son amour : au contraiie, j'invite les femmes à ne jamais le négliger.
» Du jour oik ta vas te marier , ajoute en finissant celte dame estimable, mon autorité cesse. Net'afDige ^ point ma fille; ta mère ne sera plus que ton amie , mais ime amie tendre , consolante , utile peut-être. C'est un bonheur pour toi que je connaisse les borne& de mon pouvoir. Si j'exigeais de toi une chose contraire à la volonté de ton man, ne balance point : c'est à lui que tu devrais obéir , à moins que Thonnear et la vertu ne le défendissent. Accoutume-toi, ma fille, à cette idée d'obéissance : elle soutient Tâme dans les occasions où un mari prendrait un (on impérieux. Celui que tu
choisi a trop 4'e^|icit , trop de politesse > tcop d'estime
DBS MQMis; SOI
et trop d'affection pour toi , pour prendre jamais le ton de maître ; mais tu devras lui en tenir compte : c'est un motif de plus à ta reconnaissance. »
De la manière de vivre entre le mari et la femme f dépend le bonheur de leur vie. Quelle plus douce fSiicité que celle de deux époux dont l'union serait tous les jours cimentée de plus en plus par une estime mutuelle 9 un amour égal, une fidélité inviolable » une harmonie et un accora parfaits I Deux époux qui viifTaient ainsi , seraient sans doute parfaitement heureux, si pourtant on peut Tétre dans cet état. La diversité des humeurs , des caractères , des sentimens , sera toujours un obstacle à ce parfait bonheur qu'on s'y propose et qu'on V trouve si rarement ; ce qui a fait dire à quclqpi'un , qu'il pouvait y avoir de bons mariages , mais
Îa'il n'y en avait pas de délicieux : et à l'auteur des onseils de la sa2;esse , que le mari de la femme la-plus sage et la plus vertueuse d'une ville , n'était pas si heureuv ni si sai::o que celui qui n'en avaîL point.
Ce n'est pas qu'il ait voulu ;tpprouver et autoriser ces célibataires , qui ne veulent point s'engager , pour vivre plus librement dans le libertinage , ou qui , moins par amour pour la chasteté que par amour pour eux-mêmes et pour leur tranquillité , renoncent à un état dont ils redoutent les embarras et les peines. Il a seulement voulu faire entendre, coiiroruiémenl à la dui Irine de l'Apolrc , que ceux qui ont reçu du ciel la continenc e , et qui «avent se passer du mariap:e , sout plus heureux que ceux qui peuvent en jouir *. Mais comme celte vocation ne sera jamais la plus générale , et que le grand nombre des hommes , au contraire , est appelé à un état qui est destine à la propagation du tïenre liumain , le point important et capital pour la plupart est donc de s'appliquer seulement à faire un hon ( îioix.
Avant de former des nœuds qui doivent être sacrés et inviolables, il faut y penser mûrement , et n'écouter ni l'amour qui est toujours aveugle, ni l'intérêt qui étouffe l'amour sons des dnatnes d'or.
On n'a jamais vu tant de mauvais niaiia^es que depuis qu'on est devenu plus attentif à la dot qu'à
tMîmw oulii» «H^^ p^mimtiU h Cor. 7
9KiB hwmM
VhmnmT. Une société indissoluble n'a souvent pour toul lien que 1 intérêt; inaw TouvragQ des passions U9 saurait être durable» elles désunissant bientôt ce qu'elle^ ODt ai mai lié* J>0 lA tant de divoroes scaDdalaux , et tant de grandes maisana qpù périssent et 8*4iteigDent par Tétat qui était destiné k les soutenir et à les per^r pétuer.
Ne vous marie» pas pour avoir du bien : c'est épouser la dot et non la personne ; c'est un traiio et i^on un mariage. Préfère; toujours de vous allier avec de par^ faitement honnêtes gens^ chez qui la probité fut en tout temps héréditaire et sans tache. Quelqu'un d^andait à Tliémistocle, à qui il donnerait plus vuloutiors sa fille, ou à un homme de probité, mais de peu de bien, ou à un homme qui n'aurait d'autre uicrite que d'être riche : a J'aime mieux, répoudit-il^ uahomnle sans argent, que l'argent sans homme. »
On ne* doit pas néanmoins négliger tout«à-fait les avantages de la fortune. L'indigence et la misère sont la cause de bien des divisions et de bien des quercïles domestiques.^Ce qui a iait dirç à un ancien poète ^:
Si vous lo prenez pauvre , avcr la pauvreté Yous ôpiuisez aussi mainte incommodité, La chiH^^c des enfans ,1a peine et riiiloi lune : Le inéptis d un chacun vous fait baisser les yeux : - Le soin vous rend Fesprit chagrin et soucieux. Avec la pauvreté toute chose importune.
Ne TOUS mariez point par ambitioA. Laissez les déesses aux dieux , «et Choisissez une personne qui i|e puisse
ni enfler votre vanité , ni la morti&er. « Ne prenez pas, disait un sage de l'antiquité**, une femme extrêmement beîÎP , ni d'une naissance tn s-(lisiiij«:,^uée , ou fort riche; i orgueil que lui inspireraient ces grands avantages , vous donnerait une maîtresse et non une compagne. » Il serait dangereux d'ailleurs qu'elle n'aii mât le luxe et la dépense , qui sont la ruine des ia^
* Desporîes. Il vivait sons Henri UI , qui lui fil de grands avan« tagcs. Les Muses, qui conduiseDlsoureotè l'hôpital, reniichirent« L'amiral de Joyeuse lui donnât pour ua soQiiet» une abbaye do (iix mille écus de rente.
** Chilon , uu des sept sage« de la Gréçe*
DES MOSCBS.
SiOhs» UBelèiiinie qui a beanoo^j^. d'écmom^^ r est utt grand trésor pour un mari , et vaut la ï^s ridhe dot
<r Qu'on ne m'en parle pas, dit Moûlaigne; selon que l'expérience m'en a appris , je requiers d'une femme mariée, aiirdessus de toute autre vertu, la vertu éconoodgae : c'est sa maîtresse q[|ia)Ué , et qu'on doit chercher ayant tout aatre diose comme le seul douaire qui sert à ruiner on sauveruds maisons. a
Prenez donc une femme qui aime Tordre et VarranH gement et qui soit ménag:ère , mais sans avarice ; car une ftonme avare est ordinairement méchante et querelleuse. Avec une femme de ménage, la dot grossit tous les jours. Au contraire , avec use folle qui dédaigne le détail et ne se refuse rien, toutes les riclies successions qu'on attend , sont mangées avec la dot avant qu'elles arrivent , et le patrimoine est bientôt entamé* Ne choisissez pas pour épouse celle qui aura été gâtée par ses parens. Une fille à qui on aura laissé faire toutes ses volontés sera presque toujours une femme trèsindocile , pleine de £auaitaisies et de caprices, qui feront le supplice et le malheur de son mari*
Gardez-vous bien aussi de contracter par une passion trop vive, Ce qui est trop vif ne dure pas ; avant que l'année soit finie , la passion est usée , et il ne reste que % des r^rets; ce quia fait dire avec raison :
X Un hymen qui succède à ces folles amours,
Après quelques diNiceurs, a bieu des mauvais jours.
Il faut un peu d'amour en épousant , et beaucoup après avoir épousé. Ce n'egt que pour les lik idus ( t les liommes déraisonnables que le^ mariage devient le tombeau de l'amour. Vous jurerez à la Ikce du ciel et
de la terre d'aimer toujours votre femme: c'est une promesse sérieuse à laquelle il est trop Lard de ne penser que lorsqu'on est sur le point d'en aller rendre compte à Dieu , vengeur du parjure*
Si vous voulez être plus assuré de la tenir , ne vous mariez pas trop précipitamment , et donnez-vons le temps de connaître la personne à laquelle vans voulez ^ vousunir. Souventdoux êpouK , inconnus l'un et Tautre, yont au pied des autels se jurer uu amour aussi durable
que la vie , sans savoir s'ils poui i ont même s'accorder de Testime. Pour vous , ne vous attachez jamais qu'à une personne qui mérite toute la vôtre ; et pour tous les biens du inonde n'épousez point celle que vou^ n'estimez pas. On ne saurait aimer ce ^'on méprise» Mais quand Tamoiir -est fondé sur l'estime , il est li
charme de la vie.
La beauté est de tous les biens le plus dangereux et le plus fragile. C'est pourtant celui auquel on fait d*or« dinaire le plus d'attention quand on se marie jeune , parce qu'on est jeune. Pensez plus sagement et passezvous de la beauté : vous n'en aurez que moins de matière à l'inquiétude. Dans le choix que vous ferez d'une femrae , dit fort bien l'auteur des Conseils de la Sagesse, ayez plus d'égard à ses mœurs et à sa vertu qu à sa beauté , et ne mettez pas le bonheur de votre vie à contempler et à posséder uneiiguj*e formée sur le sable. Il n'y a rien de plus à craindre dans une femme que ce qui plaît à la vue; beau visage , âme orgueilleuse. La beauté passe, la fierté demeure; elle restera malgré vous , et vous fera connaître , mais trop lard , qu'une belle idole eoûte bien de l'encens , bien dos soins et bien des larmes. 11 entrera chez vous quantité d'admirateurs ; et celle qui écoute les louanges de tant d'autres , i^*est plus guère d'humeur à vous louer , ni même é prendre la peine de se rendre aimable , quaud elle ne voit pFus que vous.
Ajoutez qu'une grande beauté , beaucoup d'esprit et dejugement, se Uouvcnt raremeutensemble ; la plupart des jolies femmes perdent à se laisser counaitre ce qu'elles gagnent à se laisser voir. Si la vôtre est moins belle, élle cherchera à vous dédommager d'ailleurs. Elle aura moins de caprices , plus de complaisances , plus d'attentions pour vous , plus de soins d'embellir sou âme et de la rendre agréable à vos yeux. L'amitié conjugale est bien plus solide et plus constante, quand, elle est appuyée sur des qualités que ni les maladies ni les années ne peuvent détruire. La beauté s'use ou lasse i la fin , quand elle est stupide ou muette ; mais on ne se lasse jamais d'entendre dire de belles choses. On a dit do la connétable Colonue, qu'elle avait tant
0«9 MUBUKS. .206
d'esprit, qu'en l'entendant parler , on oubliait qu'elle était laide.
Tâchez néanmoins , au tant qu'il se pourra faire, qu'il n'y ait dan& Texlérieur de la femme que vous choisirez, .rien qui vous dégoûte. Un ancien pbilosoplie disait que la belle faisait mal à la tête , et la laide au oœur\ Un ne saurait aimer lon^-temps la laideur , à moins que ce défaut ne soit racneté par de grandes qualités. Un cavalier, qui avait épousé une demoiselle fort laide mais tr^-méritante y disait qu'il l'avait prise au poids, et qu'il n'avait pas acheté la façon.
Une folle doit être parfaûtement belle : car , sans cette espèce de compensation que lui fait assez souvent la nature , comment seraitràle supportable Y Mais pour une femme de mérite , c'est assez qu'elle ait le nécessaire de la beauté , une grande propreté , un air noble: voilà tous les agrémens qu'on doit raisonnablement souhaiter dans une femme estimable. Attachez- vous au caractère et à l'éducation. Choisissez, par préférence à la figure ^ une femme qui ait des qualités solide , ornée de ces agrémens dont les charmes sont bien plus vrais que ceux de la beauté , et subsistent quand elle s'efface; , de l'esprit , sans paraître le savoir ; et plus de raison encore que d'esprit. Qu'il y ait dans sou caractère un peu de sympathie avec le vôtre, une espèce d'assorti* ment qui produise la convenance des humeurs : quand elles sont trop dtCTérentes , il est difficile qu'on vive long- temps d'accord : il en coule trop pour se contraindre continuellement ; et nous avons vu bien des mauvais mariages, causés par cette oppo^tion de caractère et d'humeur.
Il faut donc s'appliquer & se bien connaître Tun et l'autre avant de s'épouser; et c'est ce qui est rare. On cherche à se tromper mutuellement y on se compose y on ne se moiitre que par le beau côté. On ne se connaît bien que lorsqu'il n'est plus temps de se connaître, et le bandeau de l'amour ne tombe que lorsqu'il serait le plus nécessaire. Mais puisque d'ordinaire on n'a sur ce point aucun rejaoclie à se faire de part et d'autre , l'unique parti qu'on doit prendre est de se pardonner
^ fiion % ftumoinm^ le IlouiiUéw^i JU avait i)iîaucwup d cipriu
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réciproquement» et de se faire une vertu de la néceîh sîlé.
8'attendre , au reste , à trouver dans son épouse tmites lës qualités et tous les avantages , c'est s'attendre
â ce qu'on ne trouvera jamais que dans les romans ^ ou dans ces jolis couplets qu ou a laits sur le choix d'uue femme
Si d'épouser je faisaif la Mis ^ El 61 j étais le mettre de mon chois » Connais» Hymen » telles qui sous tes lois Pourrait fixer le destin de marie.
Je la voudrais plus aimable que belle , De la santé possédant les trésors »
Aux dons da ecivr » aux agrénieni du corps , Joignant d*espril quelque douce étincelle.
Je la voudrais de dii-huit ans parée ; Cet âge heureux , si propre au seuliment , Aux diarmes purs de Taimable enjodiuent > t^m sort fiAtteur présage la durée*
Je la voudrais simple dans sa parure , ^Daus ses discours , ainsi t^ue dans ses goûts ; Le vrai bonheur , les plaisirs les plus doux , Doivent à Fart bien moins qu à la nature.
Je la voudrais riche sans opulence ; Trop de fortune inspire trop d'orgueil »
^ Et jiauvrcté serait un autre écueil.
Faut, pour jouir, repos avec aisance.
Je la voudrais qui n'eût pas d'antre envie p D'autre désir que celui de m'airner.
Si cet objet. Hymen, peut se trouver, De l'épouser je l'erai la loiie.
• Si vous voulez que votre choix ne soit pas une folie ,
ne le faites jamais que de concert avec vos païens ; coiisultez des pei sonnes prudentes, et suriouUiemaiidez an Seigneur qu'il daigne vous éclairer et vous mou trer lui-même celle qu'il vous a desliuée. Les femmes vertueuses et saches ne sont point si rares qu'on pense ; la rareté et la difiicuUé sont de les bien connaître , et de les distinguer d'avec les autres. Quand vous êtes en âge d'en chcrclier une , ne vous fiez pas à \oiie prudence; vous n'aîirez jamais seul assez de hunières pour juger de celle qui vous e^t propre : l'amour aveugle souvent, et égare les plus sages ; mais vous pouvéz avoir assez de piété et de sagesse pour mériter , en
DES MGEURS. 20Y
priant Dieu qu'il vous la donne, cr La femme Tertoeo^ est lin excellent partage : c'est celai de ceux qui crai^ gnent Dien^ et elle sera dtmnée à un homme ponr ses bonnes actions. Qu'ils soient riches ou pauvres , ils auront le cœur content, et la joie sera en tout temps sur leur visage *. d
Le mariage, lorsqu'il est fait avec pureté de cœur , préserve les leunes gens d'une multitude d'écueils ; mais la raison et la reh'^ion doivent être encore phis consul* tées que l'hiclination , pour un établissement qui doit durer toute la vie. Si vous ne. vous sentez aucun goût pour 1(3 mariage, et si vous vous croyez même appelé à un état phis saint , qu'aunm motif d'intérr^t ou de vanité ne vous fasse jamais contracter des engagemens qui seraient infailliblement suivis pour vous de chagrins ou de remords* Peut*on être long-temps heureux , quand on est déplacé et qu'on n'est pas ce qu'on doit être? M. de Pomponne de l^cîlièvre étant mort sans enfans, on proposa à l'abhé , son frère, de quitter le petit collet et de se marier , afin de ne pas laisser éteindre sa famille, cr J'aime mieux , répondit-il , qu'elle finisse par un honnête homme ^ que de la continuer par un sot que je pourrais mettre au monde. »
Bùn maître. Regardez-vous comme le pére de vos domestiques, et tenez-leur en Heu. a Yous leur devez trois choses, dit le Sage , Li nourriture , le travail et rînstruction ** : la nourriture , parce que c'est leur droit ; le travail, parce que c'est leur condition ; Tinstruction , parce que c'est votre charge. Si vous n'avez pas soTDs d'instruire et de reprendre vos domestiques , de les occuper , de les bien payer et de les bien nourrir , qu'il est à craindre que vous ne trouviez ou des impies, ou des impudiques, ou des voleurs, dans ceux qui vous servent !
Nourrissez-les donc sans profusion et sans épargne ' sordide , et pajez-les exactement Que pourriez-vous exiger d'eux avec justice , s'ils étaient mal nourris et mal
payés ? D'ailleurs , ils sauraient bien se dédommager eu
""Part hvM» muUer hona, in parte timêntium I>eum, #b, Panis et disciplina , et <^ut$ervQ. Ecdi* 33|
Si08 l'jbcolb
▼OQS pillant ^ ou ils ne manquenueat pas de vous quitter qu'ils le pourraient.
Faites en sorte qu'ils soient toujours occupés ; Toisiveté les rendrait paresseux et libertins. Quand on se fait rien , onappTendàmalfiaire. Cette classe d'hommesy qui abandonne les ferres » qui ftiit la mUice pour roisiveté des antichambres où eUe se corrompt tous les jouis davantage , ne sait pas même obéir à ceux qui lui donnent dn pain. Ehl faut-il s'en étonner? Un flomestique paresse ux et libertin peut-il ne pas être insolent? n Le travail assidu , dit l Esprit saint , rend un servi- ^ teur humble^ et lui donne de Tinolinationà son devoir* Procurez-lui toujours ijuelque occupation , et qu'il ne «oit jamais à ne rien fiiire : car l'oisiveté enseigne beaucoup de malice *. x» Plus il aura de liberté , et plus il cherchera à en avoir ; moins il fera , et moins il voudra faire. Ne prenez donc personne pour vous servir, si vous n'avez de quoi l'occuper à tous les temps de la
5'oumée : une heure d'oisiveté jointe à une autre sera ûentôt assez lon^e pour donner au serviteur qui ne fait rien , la volonté de ne plus rien faire , et pour vous apprendre que le maître qui nourrit un paresseux^ est bien pK's de nourrir un traître et un ennemi.
Ayez encore plus de soin que vos domestiques soient instruits de la religion, et qu'ils en remplissent exac* tement tous les devoirs : vous . en êtes spécialement chargé, et vous en répondrez à Dieu. Cependant, qu'il y ait dans une maison des scandales cl de lionh^ux commerces entre les domestiques ; qu'ils négligent presque entii lement le service de Dieu, si d'ailleurs ils font exactement le service de leurs maîtres , on ferme les yeux sur tout le reste. On s'inquiète peu que Dieu soit bien servi , pourvu qu'on le soit bien soi-même ; et l'on ne fait pas attention que des domestiques , qui n'ont point de mœurs , ni la crainte de Dieu , sont capables de tous les crimes. « Je crains Dieu , disait ime personne d'esprit, et après Dieu ^ je ne crains que celui qui ne le craint pas* »
* Servum inclinant operationes assiduœ... Mitte illnm in opcrationem, né vaçQd mUUam enim maliçiam doc\êU QtioMi-*
Pour mieux veiUer sur vos domestiques et pour votre propre intérêt ayez-en le moins que vous pourrex« Plus on en a , plus on est mal servi. Le ducde Vendôme trouva un jour Palaprat y son secrétaire , qui hattait
son domestique. Il lui en iiL des reproches assez vifs. Comment , monsieur , vous me blâmez ! dit Palaprat ; savez-vous bien que quoique je n'aie qu'un laquais , je suis aussi mal servi que vous qui en avez trente 7 n
Le grand nombre de domestiques est plus pour Fos^ tentation que pour le besoin. On nourrit des fainéans qui Vivent souvent dans le désordre ou dans la discorde , et causent quelquefois plus d'embarras et de peines qu'ils ne rendent de 5ervices. On raconte que Le Poussin , célèbre peintre français^ étant à Rome, le prélat Massimi, qui fut depuis cardinal» alla le voir. La conversation ayant duré jusqu'à la nuit , Le Poussin , la lampe à la main , Téclaira le long de l'escalier et le conduisit ainsi jusqu'à son carrosse : ce qui fit tant de peine ad prélat, qu'il ne put s'empêcher de dire : (f Je vous plains beaucoup, M. Le Poussin, de n'avoir pas seulement un domestique* — £t moi » ré|pondit Le Poussin» je vous plains beaucoup plus. Monseigneur^ d'en avoir un si grand nond>re. »
Les bons domestiques d'ailleurs sont st rares qu'on ne saurait en avoir tî op peu , et qu'on doit se contenter du nécessaire. Dans un j^rand nombre il peut se trouver plus facilement un mauvais sujet, et un seul suilitpour gâter tous les autres. Tâchez de les bien choisir , afin de n'être pas obligé d'en changer souvent. li est difficile d'avoir bonne opinion de ces maisons où il se fait un flux et reflux continuel de domestiques .y et où Ton reçoit aujourd'hui pour renvoyer demain. On donne îïne scène au monde, qui le remarque et qui en parle. Ou se donne à soi-même un air d'inconstance et de légèreté. Les cbangemens continuels décrient un servie ce , où les bons domestiques se garderont toujours bien do s'engager ; il n'y entrera gu£re que de mauvais su* jets 9 ou des serviteurs tout neufs qu'on formera pour les autres.
En général, avec de la douceur, de la bonté, de la patience, on rend les hommes à peu près ce que l'on doit désirer qu'ils soient* Soyez bon mdtre » vous eq
910 L'iGOLU
serez mieux servi. Avec un maître séT*ree< sans bonlé^i on renipUt ses devoirs y mais on les remplit sèchementp sans zèle , et sans affection. Gomme on n'y reste que par nécessité y et pour en sortir le plus tôt qu'on pourra ,
on ne fait rigoureusement que ce qu'on doit , et le maître y perd toujours parce qu'il est rare qu'on fasse assez ou qu'on fasse assez bien. Un Tnnîlre querelleur et difficile à servir prescrivait à son valet tout ce qu'il devait faire pendant la journée : a, Tu ne feras , lui disait-il , précisément que cela ; tu n'en omettras rien , sinon , je f étrillerai d'importance, d Ce maître entreprit un voyage : il avait un cheval vif qu41 voulait gourmander comme son (lornestique, mais qui, se jouant de lui , le jeta dans un fossé fort profond. Le maître appela sont valet à son secours, a Monsieur » lui dit le valet, vous ne m'avez pas donné ce matin cet ordre-là, ainsi tirez-vous d'affiaire. 0 Âprés cela il le laisse , et s*enfttit à toute bride.
N'injuriez point et ne maltraitez jamais vos domestiques, «r Ne soyez pas, dit l'Ecclésiaslicuii^ , conuae un lion dans votre maison, en vous rendant terrible à vos serviteurs , et en maltraitant ceux qui vous sont soumis » Ne les menacez pas, comme font tant de maîtres liau tains , de les mettre à la porte. Rien ne les révolte davantage , et ne leur fiait perdre plus sûrement Tafiection qu'ils pouvaient avoir pour votre service. àS*ils ne vous conviennent pas, ou dès que vous reconnaissez qu'ils sont incorrigibles, renvoyez-les sanshésister , et croyez qu'il vaut mieux vous en défaire un mois plus tôt que d'avoir tout ce mois des impatiences.
ïfais si vous jugez qu'ils soient susceptibles de correction et d'amendement , c'est charité de les ramener à leur devoir , et vous le devez. Reprenez-les par des ,'n {Ml i-^^semnis scrit^ux cl fermes , nit^lés pourtant de douceur et de bonté ; punissez-les même s'il le faut mais faites-le sans emportement : les excès de votre colère ne les corrigeraient pas , et vous rendraient plus coupable qu'eux. On ne croit pas être justement con-^
* NoU esse sicut leo in domo tua , evertan$ domesH^t iuos , et o]^mehs subjectos Hbi, £ecli. 4*
DBS MOBCBâ, 211
damné et puui^ dSt lloiitaigne^ par un juge dgité d'ire et de furie.
Distinguez aussi l'ignorance et la fragilité de la mau- . vaise volonté et de la paresse. Dans ce dernier cas , c'est faiblesse que de souffrir et de tolérer ; dans rautre , exçusez fadlement et pardonnez. Lë calife Mahadi demandait un jour à un de ses officiers dont il était mécontent , quand il cesserait de faire des fautes» . cf Tautque i)ieu vous conservera la vie pour notre bien, . <d lui répondit Fofficier , ce sera à nous de faire des fautes, et à vous de nous les pardonner* »
Il faut passer bien des petites choses aux domestiques qui sont soumis , affectionnés et fidèles : car il y en a bien peu aujourd'hui de ce nombre , et dans les grandes niuisons encore moins que dans les autres, a Si vous avez , dit le Sage, un serviteur attache à son devoir , Éailes-en beaucoup de cas : qu'il vous soit aussi cher . que votre vie , et traitez-le comme votre frère *. » La Sagesse étemelle^ qui dispose de lâ^ Servitude et de la liberté iks hommes , l'a mis entre vos mains coormie un présent de sa providence et de son amour, ^'^ous pouvez vous déchaigor sur lui de toutes les inquiétudes et de tous les peîits détails du ménage : prene?: seulement une peine qui vous en épargnera bien d'autres , c'est de regarder et de savoir tout ce qui se pisse. Voyez ce que font vos domestiques y non pour éclairer leur fidélité, mais pour empêcher qu'ils ne se négligent ou qu'ils n'oublient leur condition. Ils l'oublieraient bientôt , et vous obligeraient à dépendre d'eux , si vous leur laissiez prendre trop d'ascendant sur vous ; et, de bons serviteurs , vous en feriez de mauvais maîtres. Ajei^ soin qu'ils ne prennent pas la coutume de deviner vos volontés^ mais qu'ils les demandent dans toutes les occasions.
Conservez avec soin voti o autorité : vous ne sauriez
perdre davantage fjue de la perdre. Quelque sagement
que i on coumiaude chez vous , et avec quelque succès
que l'on gouverne votre piénage , il vous est toujours
. mcu honteux de n'être pas obéi dans votre maison ; •
* Si es: fihi srrvus fdclis , sit tibi qwui anùna Mis 0ua<i pratrem $ic eum tracta, Kccli. 33.
et c'est bien mal connaître votre droit et vos vrais intétêts, que de récompenserles Ion c:s services d'un domestique > en le «ervaut yous-méme^ et en le craignant à votre tour.
Mettez-lui , si vous lé voulez , votre bien et vos affidres entre les mains , puisqu'il est sage et fidèle; mais sou-* venez-vous qu'il ne faut communiquer le pouvoir que ^ comme le §oleil communique sa lumière , en la donnant sans cesse ^ et en retenant celui qui la reçoit dans une dépendance perpétuelle* Faites-vous rendre compte exactement. Un serviteur à qui l'on confie tout , sans
Ï rendre aucune connaissance de ce qu'il fait , sera ientôt ou fripon ou maître du logis. Pour empêctier qu'il ne devienne le tyran de vos autres domestiques , permettez au dernier d'entre eux de vous porter ses plaintes^ et rendez Justice à tous. Car n étes-vous pas en quelque sorte bien plus le roi de ceux que vous nourrissez et qui sont à vos gages» que le prince qu'ils ne voient jamais , et dont ils savent à peine qu'ils dé-* pendent ?
Que votre gouvernement soit comme tout bou gouvernement doit être, un heureux mélange de ménagement et de fermeté , de douceur et de force. La fermeté sans douceur est dureté : elle aigrit , elle révolte , elle porte à secouer un joug qu'elle rend intolérable ; la douceur sans fermeté est faiblesse : elle rend l'autorité méprisable, et lui ôte toute la force quelle devrcut avoir. IVe vous laissez jamais imposer la loi par vos domestiques , quand même ils se ligueraient tous ensemble ; il vaudrait mieu^ les voir sortir tous dans le même jour. L'autorité une fois perdue ne se recouvre point.
(( Parlez peu à vos serviteurs , disait saint Louis à son fils , et ne vous rendez pas trop familier avec eux , afin fju'ils vous craignent et qu'ils vous aiment comme leur maître. » Ce conseil était bien sage.. L'excellent moyen de vous faire respecter dans votre maison et d'y être bien servi , est d être sérieux envers vos domestiques et d'avoir avec eux peu de paroles. Ils n'auront de respect pour vous qu'autant que vous aurez de ■^ése^^ e à leur égard. Sachez tout ce qu'ils font , mais qu'ils ne sacbont point ce que vous pensez , ni ce que vous foites.
DES MOËtJKS. 813
Un maître qui voit tout dans la maifion » et qui ne ^le point , est , pour ainsi dire , respecté comme un dien : ou tremble^sans qu'il menace , et la seulè crainte qu'on
a qu'il ne parle contient tout le monde^dans roidre et dans le devoir.
Tâchez de ne faire des réprimandes qu*à propos : moins elles sont fondées , plus elles font de peine ; et il n'est permis^ sans juste sujet , de Êdre de la peine & peraonne. U est humiliant d'avoir tort avec qui que ce soit ; il est honteux et dangereux de l'avoir avec ses domestiques. Grondez rarement : les réprimandes n'en serontque plus efBcaces.On s'accoutume au bruit comme à tout le reste : vous altéreriez votre santé ^ et vous n'y gagneriez pas davaiita|;e. Vous dégoûteriez de votre service de bons domestiques , et vous les mettriez quelquefois dans le cas de vous répondre des choses désagréables, comme fit un Auvergnat à son maître, hom* me capricieux et d*uu petit génie , (jui le grondait souvent sans raison. Un jour, entre autres injures qu'il lui dit , rayant appelé roi des sots : a Que ne ie suis-je, monsieur! repartit l'Auvergnat ; car au lieu que vous êtes mon maître , je serais le vôtre,
Donnez vos ordres en peu de mots , en termes clairs , et d'un ton qui, n'étant ni fier ni mou , tienne néanmoins plus du premier. Mêlez-y un peu de civililc pour adoucir à vos domestiques 1 humiliation de leur état. Si vous étiez à leur place , comme la chose aurait pu être, comment voudriez-vous qu'on vous traitât? Ue-
5ardez-les comme des amis malheureux. Mais combien e maîtres ne les regardent au contraire que comme de vils esclaves , destines à servir leurs caprices !
Le préjugé d'une mauvaise éducation, la fierté que l'abondance inspire, accoutument la plupart des grands et des riches à se considérer comme les despotes de ceux qui sont à leurs gages , et à les traiter à peine comme des hommes. Ëh I pourraii-on leur dire , qui ôtes-vous donc , maîtres superbes et cruels ? Qui sont ceux qui vous servent? iiappelez pour un moment les chosses à leur origine : l'esclavage n'est que le fruit de la violence et de l'injustice, ou tout au plus de la misère dont la ^ cruauté profite. Nous naissons tous libres , et la servi-
|Hde même volontaire ne détruit pmnt Tégalîté que la
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natale met enti» tom leg hommed* Ce sont donc VM égaux qui vous serrent • Qaelle réserve cette pensée ne
doit-elle pas yâm inspirer à leur égard ! ne vous dit-cUo pas qu'un maître raisonnable doit se faire servir avec la modériifion d uu lionime qui n'use de ses serviteurs qiir pour la nécessité , et parce qu'il ne saurait lui seul tout faire; qu'il doit n'exiffer d'eux que ce qru'ils peuvent» ne les pas ^aiter avec îuiuteor y adoucir leur joug , avoir pour eux une affection sinctoë, ot les regar&r comme ses frères ?
Ainsi pensait le piince de CoiUi qui , élu roi de INilou^^nr , Tiionlra supérieur aux événemens qui l'empéciièrent do porter celte couronne* 11 avait pour ses o£Qders et pour tous ses domestiques une Ixmté et une douceur Uen rares dans les ^nds. Jamais on ne lui vit d^faumeur contre eux y jamais un de ces moniens même de vivacité, que tant de mnîtres se permit ti jiî et se jnsfiiient. Il paraissait h ur ami plutôt que leur maître; il les regardait ronime les ronipagnons de sa Ibrlune , et non pas comme les jouets ou les ministres de ses volontés et de ses passions. Aussi lui étaient-ils tous in* finiment attachés , et leur a£foction prévenait l'abus qu'ils auraient pu faire de sa bonté. Il avait de bons serviteurs, parce qu'il était maître.
On se plaiut sou\( ni que les doale^liqu(^s ne sont plus tels qu'ils étaient autrefois. La rornipiion générale des mœurs I le peu de soin qu'on a de veiller sur celles de ses domesti^es f y contribuent sans doute. Mais ne peut-on pas en attribuer aussi la cause aux maîtres , qui ne sont plus eux-mêmes ce qu'ils étaient? Il semble que ce soil aujourd'hui le bel air et le boa ton de se. montrer difficile à servir ; et co soiU surtout les nouveaux maitres^ les gens parvenus et de fraîche création , qui aiment à se le donner. lis paraissent toujours mécoutens. Jamais ceux qui les servent ne sont nommés par leurs noms : il ne sort de leur boucbe que des termes^ de mépris et des injures , qui quelquefois leur coaviendraicnt mipTix qnh roux à qui ils les adrcsseut^ ^
Mais qui'l moyeu, disent-ils, de se contenir? Nous avons affaire à des valets insoleus qui nous répliquent, qui nous résistent, qui se révoitent contre nos ordres , ijfd murmiirart et ne fbnt rien ^ do mamvacM gràce^
^ Ifllaltred iinpéiieaic I tous figunez^-TCM^cèc qa'flbne
' sentent point la dureté de votre commaiulement , et les hauteurs dédaigneuses avec lesquelles vous les traitez ? ' Yous outrez les forces , vous ne plaîg^nez point leurs
Eines ; vous croyez avoir taat de droite sur eux , vous \ voudriez si parfaits , tous vous rendez si difficUes , que TOUS n'êiés janoais contens. Font-ils quelques fautes e est assez pour tous agiter de mille nmiTemeus de colère, de dépit, de fureur : vous rebutez, vous frappez, vous chassez de votre présence des serviteurs qui font tout ce qu'ils peuvent pour vous satisfaire, et qui von! au-devaul de vos désirs. £h I ue souffre-^t-on pas déjà trop pour contenter votre mollesse ^ Totresensit»^ lîté , vos iiesoins multipliés , imaginaires, et quelquefois si dégoùtans , sans être obi igé d'essuyer tos caprices , vos liiauvaises humeurs, vos traitemeus indignes?
Si vos domestiques ont des défauts, faut-il vous en étonner, puisque vous^qui devez avoir reçu unehiett meilleure éducation, en avez également? Il n'est pennis de vouloir des serviteurs parfaits, qu'au maitre <^iu Test lui-même : s'ils Tétaicut, nous devrions les servir. « N'est-ce pas souvent chez vous et à votre école qu'ils ont pris les \îces que vous leur reprochez? C'est votre exemple peut-être qui les a corrompus ou 4{ui les autorise. Témoins oculaire.s , témoins assidus de tout ce que vous faites , de tout ce que vous dite^ , n'est-il pas naturel qu'ils s'accoutument bientAtà agir età parier comme vou^f
Chez les Romains il y avait un nujis où les esclaves avaient la liberté de iQui dire à leurs maîtres. Quelles scènes, si cet usage était établi parmi nousl Quels portraiUles domestiques feraient à ceux qu'ils servent, de ' leur caractère et de leurs mœurs I Mais s'ils n'ont plus aujourd'hui ce priTilége., ils ne manquent guère a en
S rendre un autre ; et le plus doux soulagement d*un omestique, qu'où vient de gronder ou de maltraiter , c'est d'étaler au premier qu'il rencontre toutes les fai . blesses et tous les défauts de ses maîtres.
Le grand Cyrus, fondateur de la monarchie des Perses, disait qu'on n'était pas digne décommander aux autres, à -moins qu'on ne fût meilleur que ceux & ou donnait 1^ loi. Combina, doue de m^tm et
tnnîtrpsçGS (kvraient f tre dégradés ! ïl«; ^ plaignent que leurs domestiques les méprisent , les décrient , et qu'ils n'ont point de plus dangereux ennemis que ceûx qui isont dans leur maison. Mais ne peut^m pas leur dire : Pâr où eemt qui vous serrent tous estuneraient-ils ? Vous ne leur cachez aucunt* de vos faiblesses ; vous les leur découvrez avec autant dv facilité et d'assurance que s'ils devaient les respecter. Vous êtes avec eux sans piideor y sans réserre, sans retenue dans vos paroles et éam Yos actions. Os tous Toient dans des momens et 4ans des états où tous derries raugir de TOiis-mêmes. Vous TOUS montrez enfin tels que vous êtes , c'est-à-diro î^oTivent très-méprisables; et vous vous plaignez d'être méprisés I
Les maîtres , que l'infirmité réduit à exiger des services dégoùtans et pénibles , devraient gémir de leur état y et recevoir les services nécessaires avec une reconnaissance mêlée de confusion , du moins avec une
bonté qui en adoucît les désagrémens. Mais souvent ce sont ceux-là mêmes qui sont les plus difficiles et les plus ftchcux. Vous (Mes indignes de vivre, si vos mauvaises humeurs font souffrir, encare plus que vos maladies , vieeux qui emploient ce qu'ils ont de force et de santé pour TOUS soulager et vous servir. Une dame était d'une telle mollesse qu'elle ne pouvait faire un seul pas sans être soutenue par un domestique. Au milieu d'un escalier, elle s'avisa de quereller celui qui l'aidait à descen- • dro , et lui donna un soufflet. Le domestique la laissa et s'enfuit. Comme elle le rappelait à son secours avec de grands cris : « Madame , lui dit-il , passez-vous de mon bras si vous pouvez; pour moi^ je puis me passer de vos soufflets. »
11 est élrange que nous ne sentions pas combien il est déraisonnable d'exiger durement les se^^'ices les plus nécessaires. Cest demander l'aumône les an nos à U\ jnain. Louis XIV > qui était grand en tout , était bien éloigné d'agir ainsi. Un de ses Talets de chambre était ailé lui cherdier des souliers , et tardait à revenir. Le duc de Montausier voulut le gronder, or Eh I laissez-le en paix, dît le roi; il est assez fâché de n'être pas arrivé plus tôt. » Une autre fois, un portier du parc de
YersioUes^ qui avait é(é averti que le roi devait passer
Md MOBUES. 217
jpar la porte qu*il gardait, pour aller à la chasse, ne s'y ^trouva pas quand ce prince y arriva. Tous les courtisans s'empressèrent de le chercher. On le trouva enfin. Lepaime homme ^ qui courut tant qu'il put, arrivà tout essoufflé : on Taccablait d'injures et de reproches* «rEh I pt^nrquoi , dit le priûce ^ le grondez-TOUs ? Croyez* TOUS qu'il ne soit pas assez affligé de nV avoir f^it attendre ? »
Tout occupé d3 vos affaires ou de vos plaisirs , vous .TOUS imag^inez que des domestiques tout tout à leur aise /qu'ils troiiyent sous la main tout ce qu'ils cher^ client , et qne tout doit leur réussir* Vous tous récriez sur ce que les choses sont mal faites ou qu-elles tous manquent, sur ce que vos ordres ont été mal exécutés, sur ce (jiio le succès ne répond pas à vos intentions; et vous supposez , sans délibérer , sans examiner , que ceux le vous aviez chargés de ces soins sont coupables, aecidens les plus impréyas , les contre^temps les plus inévilables , les maux înême dont la nature n*est pas teempte , ne sont que de faibles excuses auprès de vous.
Vous donnez peu et vous demandez boau(!onp. Un domestique que vous croyez suffisamment payer de toutes ses peines , souvent par des gages assez modiques, doit être invulnérable, ne jamais sentir ses fetigues, ni les injures de Tair ni des saisons, ne succomber jamais à l'excès du travail. Vous prétendez qu'il puisse enœre travailler et marcher , quoiqu'il soit dans unabatleaient où vous vous croiriez vous-même assez mal pour appeler les médecins. Que n^ sentez-vous que ceux qui vous servent sont hommes comme vous , et que l'homme n'est pas de fer et de bronze ! Voulez**vous donc les réduire au rang des bétes de charge? Encore à ce prix-I& trouveraient-ils des ménagemens dans des maîtres raisonnables, a L'homme de bien , dit Salomon , épargna la vie de ses bétes : il n'y a que les entrailles dies mé- . chaos qui soient cruelles ^. jo
Prescrue toujours la dureté Vient d'un excès de mollesse ; les personnes qui ont le plus de soin d'elles- \^ \
* I^ovit justus jumentprum suorum mimfis : i»scera aut0K\ Jllfçwrum çrudelia, Frov. 12,
mêmes sont précisément celles qiii ont 1^- moins de oompassion des autres«Yous êtes homme» et vous oubUef ^ que c'est un homme qui vous sçrt , un homme sujet aux
mes infirniités que vous , un homme forcé par In nature à maDger, à boire, à dormir, à respker quel-r qiiefois;et lous ces besoins pourtant devieuiieiit souvenl des sujets de reproches. On voudiait être se^vi par ikf anges , qui n'eussent besoin ni de nourriture ni dé Jr^f pos. C'est sur ce pied-là qu'on traiti» ceux dont da se croit maître de disposer souverainement , au prix de quelques ^^^gcs : eiicore trouve-l-on mauvais qu'ils ne les prodiguent pas ]K)ur faire honneur à leurs maîtres^ On veut qu'ils s'entretienuenl proprement, qu'ils dépensent tout ce qu'ili gagoent , c'est-à-dire qu'ils, usent • gratuitement leur jeunesse , et ^'ils se préparjeut ^ mourir de iaîm quand ils seront vieux, £l combien n']^ a->t-il pas de maîtres qui les renvoient indignement sous les plus léijers prétextes, quLjnd Ja Uialadie , la vieillesse ou quelque accident le^ rendent moins utiles !
C'est l'endroit criant do la dureté des maîtres : ils n'ont pas quelquefois pour des serviteurs fidèles lâ^ ' compassion^ la charité qu'ilsdevraientavdr même pour des inconnus. Un domestique affectionné craint delenr déplaire, en découvrant ce qu'il souffre : il s'épuise pour eux , il gagne , il auirmentc ses maux à leur service ; et ils ralnindonnont dans son besoin. La guenon d'une marquise mordit une de ses femmes au bras , et la, morsure fut si considérable, qu'on pensa dans les premiers jours qu'elle serait mortelle. La marquisie giondar. jsa guenon d'une façon tout-à-fait sérieuse , et lui dé^. fendit bien de ne plus mordre si fort à l'avenir. La fille, en fut quille poiu un bras. La marquise , ne pouvant plus en tirer les services accoutumés , la renvoyn. Le^ marquis lui représenta qu'il y avait de rinhunjiaiulé.ji^ de riiijustice môme dansce procédé; mais la mavquise> lui répondit : cr Que voulez-vous que je fasse de cettaj fille? elle n*a plus de hras. i>
Un roi d*Espagne pensait avec bien plus d'équité. Dou Dl. i^ue d'Arias, trésorier du roi Henri IV, représen-r tant un jour à ce prince l'excès de sa libéralité et de ses récompenses, lui dit qu'il était nécessaire de réformer
le gi:audnomMdaiwo£Gâ0netlies sagesde fi4;.
ne faisaient point tes^ fonctions do leurs charges , ou
qiii Ti'y étaient plus propres. Mais le roi lui répondit : i( Si j'étais Arias , j'aurais aussi plus d'égard à l'argent qu'à ia libéralité. Vous parlez en particulier , et moi j'agirai en roi. Le devoir d'un roi ^t de donner : ja donne anx uns , parce qu'ils sont geos de bien , et aux antres , afin qi/ih ne soient pas méchans. £t qnant à ces officiers dont vous voulez que je garde les uns, et que je renvoie les autres, je vous dirai que je retiens les premiers , parce (juc j'ai besoin d'eu)^ , eJlle&der^ûei:^ parce qu'ils ont besoin de moi. j»
Il n'y a peut-être , dans aucun wys du monde» un
5 lus bel usage que cehii qui est enXspagne* U^e partja es revenus de la plupart des seigneurs est destinée à payer les pensions des anciens domestiques de la maison. Ceux qui s( rvent fidèlement et ([ui remplib5>enl exacte-» nient leurs devoirs , sont surs d'avoir de (jiioi subsister le reste de leurs jours. Un ancien domestique survit-il ison maître, celui-ci en mourant le recommande à son successeur ^ qui croirait indigne de lui de manquer aux intentions de celui qu'il rem^ace. Ce qui fait qu'on voit dans bien des maisons un grand lumibrci d'anciens domestiques vieux, infirmes, quî ne loiit plus rien que de faire hoiuiourà la boulé, à la gcuérosilé de leurs maîtres y et qui sont aussi bien traités que s'ils étaient encore utiles. Quel plus noble emploi de ses richesses peut-on faire aux yeux de l'humanité bienfaisajaite I ^
«r Aimez vos domestiques , disait madame de Maintenon à la duchesse de Bourgof;ne; portez-los à l)ieu ; faites leur fortune , mais ne leur en faites jauiais une grande : ne contentez ni leur vanité ni leur avarice ; et que votre sagesse mette à leurs désirs la modération qu'ils devraient y mettre eux-mêmes. »
Il y a beaucoup de maîtres qui ne font du bien à leurs domestiques , ou ne se proposent de leur en £aiire qii'aj)rf sla mort. C'est attendre i\ se faire aimer , (ju ou ne suit plus en état de goûter le doux des plaisii^s. C'est réserver le moyen le plus eliicace de se faire servir avec zélé , pour un temps oii l'on n'en aura plus besoin* Un homme riche , étant attaqué d'une maladie dange*rease , fit à Ées domestiques , dans son testament» oes legs qui ne seraient jpaj ables qu'au cas qu'il revînt ea
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santé. Ib le aoignérent si bien qu'il giiérit parCaitament. II leur paja les legs. Laisser à ses domestiques au cas qu^on Tienne à mourir , n'est-ce pas vouloir qu'ils 49oient dintelUgence avec la mort? Cependant , comme .
on n'est pas immortel , et qu'il est juste de reconnaître les peines que les maladies des maîtres opcasionnent à ceux qui les servent , il convient , quand on le peut , de leur assurer quelque chose Ton vient à mourir.
Prenez également soin d'eux dans leurs maladies » et , ib vous serviront avec amour. Intéressez-yous toujours à cé qui les regarde , à leur rétablissement > à leur petite fortune , et ils vous seront affectionné^. Faites si Lien qu'on soit content quand on entre chez vous, qu'on soit fidèle et lieureux miand on y est , et qu'on ait de quoi vivre , s'il est posâble, quand on en sort. Rien ne ùAi plus d'honneur à une maison . et n'attache plus i un service ^ cpe des maîtres qui savent récompenser ceux qui les ont bien scrv is.
En un mot , avec vos domestiques dont la sagesse et la fidélité vous sont connues ( et vous ne devez jamais en avoir d'autres), vivez comme un maître qui connaît les devoirs de l'humanité, comme un chrétien qui sait ^ue devant Diea nous sommes tous égaux , malgré 1 inégalité des conditions. Ne leur donnez que de bons exemples , et portez-les au bien : il n'y en a pas de plus fidèles aux hommes que ceux qui le sont à Dieu. Veillez »ur leurs mœurs , sans être ni leur tourment ni leur espion , et attachez*vous les par votre douceur et par vos bienfoits. Y a-t-il rien de plus flatteur que de rendre heureux ceux dont on est environné ?
Quoiqu'il ne faille jamais avoir trop de faiblesse » parce qu'on devient méprisable , en général il vaut mieux avoir trop de bonté que trop de sévérité. Mais celui-l;t seul mérite le titre de bon , qui sait s'armer , quand il le faut, de sévérité contre le vice, sans jamais l'autoriser ; autrement la bonté n'est qu'une mollesse coupable. Le^duc de Vendôme portait la bonté jusqu'à ce défaut. Un des valets de pieu vint l'avertir qu'un de ses officiers le volait. « Eh bien ! lui dit ce prince , laisse-le faire , et vole-moi comme lui.
Le tiait suivant du même prince nous paraît bien
louabie, U pétait dans ^ chwibre^ fort avant dans la
nuit 9 en oonvemtion avecPalaprat. Celui-ci lui représenta qu'il devait ae ooncher , et il voulut appeler les gens du prince, «r Non , lui dit-il » mais voyons s'ils ont préparé mon bonnet de nuit » Il le trouva. <r II ne faut pas les éveiller, continua-t-il , je me mettrai bien au lit sans eux. »
Il tenait ce caractère de bonté de HenrilV , duquel il descendait. Théodore A^ppa, seigneur d'Âubigné et ' afeul de madame de Maintenon , était couché à côté du lit de ce prince , et le croyait endormi ^ lorsqu'il dit h la
Force avec qui il était couché : « Notre maître est le plus vilain et le plus ingrat qui soit sur la terre. » L'autre , accablé de sommeil , lui demanda : tr Qim dis-tu , d'Aubigné? Le roi , qui ne dormait pas et qui avait entendu , cria tout haut : a La Force, n'entend»tu pas ce que dit d'Aubi^é, que je suis le plus vilain et le plus ingrat qu'il y ait sur la terre? » II n'en parla jamais depuis ni à l'un ni rautre. Il aurait dû punir , et l'aurait fait sans doute, s il n'avait été bien sûr que cette plainte imprudente n'empêchait pas que cet officier ne !m fût véritablement attaché , comme il Tétait en effet. Un bon maître dissimule quelquefois , et pardonne des paroles indiscrëles, qui peuvent échapper à des domestiques affectionnés , mais plus souvent en particulierqiu devant des témoins ou des étrangers. Un maître qui souffre qu'on lui manque publiquement de respect n'est guère plus excusable que le domestique qni ose le faire. On juge presque toujours également mal de l'un et de l'autre.
Uoûorez vos parens, surtout dans leur vieillesse. |
Eh ! qui honorerait-on , qui aimerait-on , si Ton
manquait à ce premier cri de la nature? Quoiqiie son divin Auteur ait gravé ce devoir au fond de notre àine, en nous éclairant des lumières de la raison, il a voulu non» en £adre encore un commandement eiLprès , et l'on a remarqué que c'est le seul à l'observation duquel il attaché une récompense dés cette vie même.
Rien aussi B'est plus particulièrement Teeommattdc dans l'Ecriture-Saînte , et surtout dansTun de ses pkis beaux livres de morale , TEecIésiastique , qui est reonpli de préceptes admirables et des plug sages conseiis. ir Ecoutez , enfaps , dit cet auteur saoi^, les avië de votre père , et suivez-les^ afin que vous soyei aauvéa ; car Dieu a rendu le père vénérable aux enéins , e( il a affermi sur eux l'aulorili! de la liu ic. Celui qui honore sa mère , est comme un homme qui amasse un trésor ; celui qui honore son père recevra Ini-mème de la joie de ses enfans , et il sera exaucé aa jour de sa prière. Celui qui craint le Seigneur honore «on pt^tie et sa mère , et il servira comme ses maHres les auteurs de ses jours *. »
Nous devons à nos parens le respect , l'anioui , l obéissanceet les services. A quelque (iiti^nité même qu on soil élevé, on doit toujours avoir du respect pour ceux ^ de qui on a reçu la vie; et il fàut leur en donner des ^ marques extérieures » en les saluant i)iv«c honneur » en leur parlant avec soumission , en les visitant avec amitié, et les prévenant par de certaines attentions , qui les flatteront <l'a:ii;ifil plus qu'elles seront ^1*^^ hommaq^es HLues et publics. Laïuent Celse ayant élé nommé doge de Venise , et voyant qne son pére , qui était du nombre des sénateurs , ne pourrait se dispensée de venir comme les autres, selon laeoutume , se mettre à genoux devant lui , mit sur sa toque duoale une croix d'or, a il m que son père jiùt rapporter à la croix rhonnenr qui était d'usa^fe. C'est depuis ce temps-là que les doges portent une croix sur leur toque ou bonnet.
Ce serait manquer au respect qu'on doit à sesparens, que de les mépriser, même intérieurement* Que sera-ce donc Vim est assez maihettreux pour en venir j^qu'à
* Qui tîmet Dmnimim honorât parmaeif ei quàsi éfminis
ierviet his qui se genuernnt. Kccli. 2.
Jésus, fils de Sirach , docteur juif et auteur do rEcrlésiastiqtie , (^V'\\\ îIp T M iisiIem. II vivait environ j(>0 ans avant Jésus-Cbriat , sous ie règne d'Anlioehns Kpiphooe , dont îes |iers(^rutîons robligérent de »e retirer en iig^'pte , où Ton croit qu il composa son ouvrage I reumii d'eKeUea(Q$ isawies moratety civiic^ et polill<|ues.
DBS IMPURS. â33
ieiir flirodos parolês d«res, injurieiifiesy outraf^cantes ; jiisi|fA à se mofpïipT fl'èux, les reprendre avec orerucil , déci)ijvnr {mus fanlos, et se railler ffe leurs deiauU ? M'est-Hoe pas se eiiarger soi-*ni^e de liante , puisque le filt tire gkète de l'kannèiirdu père , et qu'un père sans honneur est le déshonneur du fils " 2
Menacer ses perens , lever la main sur enx , on les frapper même léirrrrment , est un crime des [)!u.s exécrables, iîne('Sjw ( r d iiupiélé et de sat rilége , que Dieu, punit toujours , et souvent même ûe la manière la plus terrible la plus éoiaiante. Un sait quelle fut la ûa tragique et malheureuse du rebelle Absalon, dont la Biémoire sera Merndlement nn objet d'exécration et d'horreur* ïlais eomme les traits moins connus fr^ippcnt encore davantage , en voici un (lu'oii aurait peine à croire, s'il n'était attesté par nn des pins g^raniîs docteurs de i'£«^iisc. Il en f>rend k léruoin toute la ville d'Hippone, dont aucun des habi tans ne pouvait encore TaToir oublié lorsqu'il le leur rajipelait : puisf]u'il n'y a , Ipur disait-il , personne d'entre tous qui ne Tait ou Yu OU appris.
I)ix en fans assez distingués par leur naissance , sept garçons el trois iiiies , vivaient (>s;Aréq en Ca[>pa(loi e, avec leur m^e qui était veuve. L a jour l'aîné das IVêres s'échappa jusqu'à la charger de grosses injures, et il eut m6me la hardiesse de la frapper* Tous les autres enfans , qui étaient présens, souffrirent que leur frère traitât ainsi lelir niére , au lieu de le reprendre et do Ti^rrèter. Cette lemme, outrée de rniiîirs etilu mauvais cœur de ses enfans, alla dès le grand matin au fonts baptismaux. Là , prosternée contre terre , elle pria Dieu que enfans fussent un exemple de terreur à toute la terre » et qu'ils la parooitnissttt errans et ya- - ^abonda y éloignés de leur patrie. Aussitôt cette méire i il exaucée , et tous ses enfans turent fniuts de Dieu par un tremblement hor rible de tous leurs membres. Honteux et confus de paraître dans cet état effroyable aux yeux de leurs compatriotes , ils se répandirent en diffo* rens paya» «r Deux de ces enfons, dit saint Augustin,
* Clan a ho mi ru s ex liûnor^ j^tiê iui 9 H dcdcGus /Uii$ paUr sine honore, IkcU. 3, «
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sont yenufi k Hippone où noijui étions. Apprenez , ô enfans ! ajoute ce saint docteur , à rendre à vos pères et mères l'honiieur et le respect qui leur sont dus : car il est écrit que la bénédiction du pére affermit la maison des enfans y et que ia malédiction de la mére la détruit jusqu'aux fondemens \ »
Attendez-Yous à être traité comine vous aurez fait & vos parens. Si vous leur avez rendu le respect et l lion- Tieur que vous leur deviez, vous recevrez à votre tour les mêmes hommages , avec Festiine et Fadmiration des autres hommes. Mais si vous les avez méprisés , outragés^ vous ne recevrez de vos enfans que des mépris et des outrages. Un père > tra!né indignement hors de -sa maison par ses propres enfans» s'^ria sur le seuil de la porte : ce Arrêtez , nialiieureuxeniaiis 1 je u ailiaiaémon père que jusqu'il. »
Ces puuiiions temporelles ne sont qu'une faible image de celles que l'auteur et le vengeur de l'autorité paternelle réserve en l'autre vie à ceux qui la foulent aux pieds ou la méprisent , et qui étouffent dans leur cœur tous sentimens d'amour pour les personnes qui doivent leur être le plus chères.
Mais si îe ciel piiîiitles enfans inirrats et dénaturés , il récompense aussi presque toujours d'une manière proportionnée ceux qui font éclater à l'égard de leurs proches la noblesse de leurs sentimens. Le pére d'un -jeune Chinois avait été condamné à avoir la tête tranchée , pour plusieurs crimes énormes qu'il avait commis peiuiant sa magistrature. Soulils alla se jeter aux pieds du gouverneur , et le conjura d'accepter l'offre qu'il taisait de mourir à la place de son père. Le mandarin questionna beaucoup le jeune homme , pour savoir si c'étàit de son propre mouvement qifil parlait de la sorte. Quand il se fot assuré de la sincérité de ses sentimens » il en écrivit à l'empereur, qui envoya la grâce du pére, et un titre d honneur pour le fils. Mais ce!ui-c' refusa constamment celte distinction , disant que le titre dont il serait décoré rappellerait sans cesse au public le 450uvenir de la iaute de son père. L'empereur» admirant
* Henedictio patrie firmat domos filiorumi TnaledictÎQ auj^tn matris eradicat fundam$nta» Ecdu 3*
Mg MOB0RS. ttS
.une si noble façon de penser , voulnt avoir ce jeune • homme à sa cour : il en prit un soin particulier , et , dans la suite , son mérite personnel Téleva i la dignité de ministre d'état.
On venait de racheter qaelqfues eselaves chrétiens à Alger. Au moment où ils allaient partir , un corsaire arriva dans le port avec une prise suédoise. Parmi le nombre des prisonniers , il se trouva le père d*un des captifs rachetés. Ils se reconnurent et volèrent dans les bras Tun de l'autre y les yeux baignés de larmes. Le jeune homme» toudié du malheur de son père> qui était déjà vieux , et dont Fesclayage ne pouvait qu'abréger les jours , pria les Algériens de lui permettre de prendre la place de son père, a Je suis plus robuste , ajouta-t-il, et plus propre aux travaux qu'on exif^e des esclaves. i> On y consentit. Mais le dey , ayant appris cette belle action , ne voulut pas que ce fils généreux restât dans les fers. Il ordonna qu'on lui rendtt la liberté, et qu'on le renvoyât avec son père.
Tel est le vôriuble amour : c*(îst par des effets , encore plus que par des paroles , qu'il se fait connaître. Si vous aïmez sincèrement ceux de qui vous tenez la vie, vous leur en donnerez des marques dans toutes les occasions. Au visage gracieux , aux paroles tendres , vous joindrez l'empressement à les servir» & les obliger en tout ce qui dépendra de vous. Vous aurez pour toutes leurs volontés la soumission la plus respectueuse. Le seul cas où vous pourriez, où vous devriez même leur désobéir, ce serait s'ils vous comniandaient.quelque chose contre les lois du premier de tous les pères. L'Ecriture , qui nous ordonne d'obéir à nos parens > nous avertit aussi que nous nous perdrions nous-mêmes , si nous les aimions plus que Dieu.
Mais en tout ce qui n'est pas certainement opposé a la volonté divine, on doit à ses parens l'obéissance la plus entière, et le moindre signo de leurs désirs doit tenir lieu d'ordre. Alphonse y fils aîné de Ferdinand , roi de Castille et de Léon , donna un rare exemple de cette parfaite soiunission. Ferdinand y avant dé mourir; le pria de sonTiVir que Jean, son puîné > eût le royaume de Castille pour son partage. « Mon père , répondit Alphonse , la gloire de yous obéir me sera toujours plus
M6 Ifiooia
chère que rmn #POiît d'aînesse. Si vous jit^ cfue mon frère remplisse mietix votre place que moi, je consens qm TOUS Ittî faniez tons viûê royaumes : je inxiTrai vos ordres comme ceux de Dieu même. » Ces paroles attefidr^e^i ii ftnN; lé ettttt de Ferdinand , qu'il mourut en versant des làtines de tendresse sur ce bon fils.
Etes-vous moins aimé de vos pniens que le<* antres ? ne vous laissez point aller {)v)ur cela anx murmures et aux cmportemeiïs ; ne perdez ni Je respect, ni la sonmimoB que vous lecir devez toujours. Tôt ou tard votue patienee et votie vertu yotis régaleront leur cœur, Jean Hocfaus , auteur du septième siècle, rapporte d'un homme qiiiavait plusieurs fiis, qu'il ne pouvait souffrir Taîné , parce qu'il aimait la retraite et la solitiKh . li se mettait sans cesse en colère contre lui , et lui reprochai t souveutqu' il ne taisait pas comme ses autres frères* L'enfant ne répondait rien , et souffrait tout avec une pafienee quile fitisait aimer et admirer de tout le monde. A la fin le père » touclié de sa sagesse , lui rendit justice; et, près de mourir, il le laissa maître de partager toute sa surcession avee ses autres frères , couane il le jugerait à propos. Ce quli iit ^ selon toutes les règles de l'égalité et de la justice.
Saint Ambroise, dans la belle explication qu'il donne du commandement que Diéu nous a fait y et que nous a renouvelé Jésus-Christ, d'honorer notre péreet notre mère, veut que nous les hoiîorions par notre soumission , prenn?it liiu de à ne les point ofienser, môme par quelque marque qui paraisse sur notre visage. « Ce n'est pas assez , ajoute-t-il , de les honorer par votre respect et par votre obéissance, il faut les honorer en les assis* tant. Nourrissez votre père » nourrissez votre mère si elle est dans le besoin. Quand vous l'aurez nourrie , vous ne lui aurez pas encore rendu tout ce qu'elle h. souffert et tout ce qu'elle a fait pour vous. Vous lui) devez ce que vous avez , puisque vous lui devez ce que vous êtes. »
Le roi de Suède ^ Gustsaive 111 » traversant un village à cheval , aperçut une jeune paysanne qui puisait de
l'eau à !a foutaiue. (jusfare s'appivx lie d'elle et lui deoiaude à boira. Elle lui en présente avec I(*s «:;ràces ' touchantes et naïves qu'elle tenait de la seule nature»
fr Belle enfant, Un dit le piiace^ si veuâ vouliez ma ^HiTre à Stockholm , le pourrais tous y procurer un sort •gréaUe* ~ Quand bieii même , lui* tépondit la paysanne , j'aurais autant de désir de faire fortune cfue <le
conlianceen vos promesses , il ne me serait pas possioîo ti'accepter votre pioposilion. Ma ine^re , (\\n r^ît pauvre iai malade y na que moi pour la soulager ; et rien au fnonde ne pourrait m'empécher de remplir ce deyoir» ^ Où est Totre mère ? — ^ Dans celte chélive cabane. » Le toi y entre ^ et voit sur un grabat , que couvrait un peu de paille, une femme accablée d'inûrmités. Emu de ce spectacle, le prince lui dit : « Ah! pauvre mère, que je vous plains ! — llélas î monhieiir , répondit la malade, je seiais bien plus à plaindre sans celte iiïle tendi*e et généreuse , qui par son travail et par ses soins cherche à prolonger mes jours. Que Dieu la bénisse et la "récompense ajouto--t-elle en répanfdant des larmes!» (ju î.îve nr l'iU peut-élre jaiiuiis î,!::s sensible au plaisîy d'ètii^ élevé au rang suprême, que dans ce moment , on son cxi?ur attendri passait successivement de l'admiralion à h pitié. » Continuez , dit-il en remettant line bourse à la jeune villageoise , d'avoir soin de votre mère : je vous procurerai bientôt de quoi le faire encore ime«*x ; adieu , aimable fille , je suis votre roi, n De retour à Slockaoim, ce mouanpie assura à la uKue une pension viagère, réversible à la jeune paysanne.
c( Mou iils , disait Xobie , ayez soin de votre mère tous les jours de sa vie :.car vous devez vous Souvenir combien elle a souffert , et à quels dangers elle a été exposée pour vous , lorsqu'elle vous portait dans son sein. 2>
Dans la fameuse éruption du mont Vésuve, qui occasionna la mortde Pline-le-Naturalistc, son neveu Plinele-Jeuae était avec sa famille à Misène, ville çeu éloignée de ce volcan. Tous les habitans cherchaient hur salut dans la foite. Pline seul » redoutant peu pour biiméme le danger qui l'environnait , ne songea qu'à sauver les jours de sa mère. Elle le conjura de fuir sans elle d'un lieu où sa perte é(ait assuiée ; elle lui représenta que son grand A^c et s^s infinnilés ne \m pcnuetlaieut pas do le sufvn», et que le moindre n i.»îdément les 'exposait & périr tous deux. Ses prières
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furent inutiles ; ei Pline-leJeune préftra de mdurir avec sa mère , plutftt que de l'abandonner dans un péril
aussi pressant. Il l'entraîna malgré elle. Déjà la cendre tombait sur eux : les Tapeurs et la fumée dont l'air était' obscurci faisaient du jour la nuit la plus sombre. Ensevelis dans les ténèbres , ils n'avaient pour guider leurs pas tremblans que la lueur du.feu qui le^ menaçait,^ et des flammes qui les entouraient* Maiç rien ne'put ébranler la constance de Mine , ni Tobliger de pourvoir plus proraptemeiit à sa sûreté en abandonnant sa mère. Il la consola, il la soutint, il la porta dans ses bras : sa tend i esse le rendit capable des plus grands efforts. Le ( ici récompensa une action si louable : il conserva à Pline une mère plus précieuse pour lui que la vie qu'il tenait d'elle , et à la mère un fils digne de son amour.
C'est surtout dans la vieillesse , que les parens ont plus besoin du secours de leurs on liins ; < tc'e^>t aiorsque ceux-ci doivent redoubler de zèle et d affection.
« Mon fils, dit le Sage, prenez soin de votre père dans sa vieillesse, et ne l'attristez pas durant sa vie. Si sa raison s'affaiblit , supportez-le , et ne le méprisez point. Car la charité que vous aurez eue pour votre père ne sera pas mise en oubli ; et Dieu vous récompensera pour avoir supporté les défauts de votre inére : il vous établira dans la justice ; il se souviendra de vous au jour de TafOiction , et vos pécbés seront anéantis comme la glace qui se fond en un jour serein. Que celui qui abandonne son père s'acquiert un mauvais renom ! et combien est maudit do Dieu celui qui aigrit l'esprit de sa mère * I »
Ke véritable amour est ingénieux , et trouve des ressources dans lui-même ou dans les autres. Un vieillard anglais , presque centenaire , et tailleur de son métier , avait douze fils , tous soldats , qui n'avaient que leur solde pour vivre. Ils obtinrent un congé , dont ils pro* fitérent pour venir voir leur père. Ils le trouvèrent sans pain. « Point de pain î s'écria l'un d'eux , et avoir donné douze déienseurs à la patrie 1 H faut que notre bon
* ... ^ Qùàm maUB famœ eMt qui deneltnquH patrem î et M maUdhhh à qui exmferat matrem ! Eccll. 3.
DIS VOBURS. 829
père soit assiste. — Mais comment? — N'y a-t-il pas un lombard iâ? dit ie plus jeune , après un moment de réflexion. — Un lombard I dit un autre, qu'en at* tendre? Il n'est bon qu'à ruiner totalement le malheureux qui y porte sa dernière ressource ; mais d'ailleurs» à quoi nous servirait-il? Avons-nous quelque chose à y apporter? car ou ne prête rien sans sfrrelés. — Nous n'avons rien , reprrt le jeune hommie ; vous allez voir ; notce père a été tailleiy: ; il a exercé long-temps ce métier ; il meurt de faim ; cela prouve sa probité. Nous sommes tous an service depuis quelques années ; personne ne peut nous^ reprocner la moindre chose contre l'honneur : mettons cet honneur en ga^e ; on nous confiera bien cinquante livres sur ce dépôt ! i> Cette idée fut approuvée unanimement. Les frères écrivirent et signèrent ce billet : ce Douze Anglais , fils d'un tailleur réduit à la plus grande pauvreté A l'âge de près de cent ans , servent tous douze ie roi et la patrie avec zèle ; ils demandent à la direction du lombard la somme de cinquante livres, afin de soulager leur infortuné père. Pour sûreté de cette somme , ils engagent leur honneur, et promettept le remboursement dans le terme d'une année. » Ils portèrent ce billet à la direction du lombard. On leur donna les cinquante livres , et l'on déchira le billet ; on promit de fournir aux besoins du Tieillard pendant sa vie. Ce trait n'a pas plus tut été rendu pu- Wie , que quantité de personnes sont venues chez le tailleur pour le voir, et personne n'y est venu les mains vides. Le vieillard, ajoutait ie journal d'où nous avons tirécefiût^ arrivé à Londres en 1775^ est actuellement à son aise ; il est même en état de laisser après lui un petit fonds , qui servira à récompenser la piété filiale de
-ses douze lils.
Comme notre méthode est d'instruire par des exemples autant que par des préceptes , nous allons rapporter encore quelques beaux traits de cette piété filiale que nous voudrions pouvoir inspirer à tous les enfans. Cest à la vue des grands modèles que l'âme s'affecfe ; c'est au' récit des belles actions qu'elle s'émeut , s'attendrit et s'enflamme.
Et, en effet, qui pourrait lire sans, attendrissement
la sensibilité touchante de ce jeune gentilhomme, dont
230 L'icÔLK
Î)arle Tauteur àii Dictionnaire d'éducation ? Placé à 'école royale militaire y il se contentait depnift ptnsiefirft iours de manger de la soupe et dn pain «ec ayec de
ieau. Le gotiverneur, averti de cette siiigiilai lté , Ven reprit, attribuant cela à quelque excès de dévotion. Le jeune eiifant continuait toujours , sans dévoiler son secret. M. Pâris du Verney , instruit , par le gouverneur , de cette persévérance , le fit venir , et après Itii avoir doucement représenté combien ii était néce^ir^ d'éviter toute sin^iiarilé , et de se conformer à l'usaj^e de Térole , vo;\ant que cet enfant ne s'expliquait point sur les motifs de sa conduite , il fut contraint de le menacer, s il ne se réformait , de le rendre à sa famille. « Hêîas î monsieur , dit alors l'enfant , vous voulez savoir la raison que j'ai d'agir comme je fais ; la voici : Dans la maison de mon pére^ je mangeais du pain noir et en petite quantité; nous n'avions souvent que de l'eau à j ajouter. Ici je mange de bonne soupe ; Je pain y est bon, bîane, et à diseréfion. Je liniive que je fais grande cbère , et je ne puis me déterminer à manger davantage, par l'impression que me fait le souvenir de l'état de mon pére et dé ma mére. d M. Pâris du Verney et le gouTerneur ne pouvaient'retenir leurs larmes, en voyant la sensibilité et la fermeté de eet enfant. « Alonsieur, reprit M. Paris du Verney, si monsieïir
• votre père a servi , n'a-t-i! point de T)ension? — ^on , > '4 répondît i enfant ; pendant un an il en a solUeité une ;
^le défaut d'argent l'a contraint d'en abandonner fa poursuite, et > pourne point faire de dettes à Ycrsaillei; , il a mieuk aimé languir. — £h bien I dit M* Pâris du Verney, si le fait est aussi prouvé qu'il paraît vrai dans votre bouche, je promets de lui obte nir cinq cents livres de pension. Puisque vos parens sont si peu à leur aise, viaisemblablemenl ils ne vous ont pas beaucoup garni le gousset; ïecevez pour vos menus plaisirs
. les trois louis que je vous présente de la pqrrt dii roi ; et quant & monsieur voîre pére , je lui enverrai d'avance les six [Houiiers moî"^ de la pension (|ue je sifis assuré de lui oljlenir. — Monsieur , reprit ('enfant , Commer»t ponvi»/.-vous lui envo\(M' cet argent ? — Ne Totis inquiétez pas, reprit M. l'iuis du Vernev , nous eu trouverons les moyens. — Ah 1 monsieur, répliqua-
t-il , puisque vous avez cette fadtité , rcmettez^iui wasH les trois louis que vous venez de me donner ; ici j'ai tout en abondance ; ils me deviendraient inutiles , et ils feraient ^and liien à mon pére pour ses ftutrss en*
fans. »
L'histoire du Japon iiotik a aussi conservé un beau trait du soinqnc l'oudoit avoir de s'^s parons, lorsqu'ils sout dans h besoin. Quoique 1 iiéroïsme y soit porté trop loin , et qu'on ne doive pas imiter en tout cet exemple , il servira toujours à confondre ceux qui n'en font pas assez. Ce sont des idd&tres qni voat leur doik-
ner des leçons.
Une feui nie était restée veuve avec trois garçons, e( ne sub-^îstait que de leur travail, qui suffisait à peine pour elle et pour eux. Le spectacle d'une mère qu'ils chérissaient, en proîe aux besoins > leur fit concevoir la plus étrange résolution. On avait publié depuis peu que quiconque livrerait à la justice Tantenr d'un certain vol , toucherait une somme considérable. Les trois frères conviennent entre eux , qu un des trois [)aNM'ra poiir
voleur, et que les deux antres ie mèneront au jn^e. Ils tii'ent au sort , qui tovnbe sur le plus jeune. Il se laisse lier et conduire comme un criminel. Le magistrat l'interroge. 11 répond que c'est loi qui a fait le vol. On le fait conduire en prison , et ceux qui l'ont livré tou*chent i.i somme promise. Leur cœur s'attendrit alors sur le dang^er de leur fiére. ÎIs trouvent le moyen d'entrer dans la prison ; et f royant n'être vus de personne , ils l'embrassent tendrement et l'arrosent de leurs larmes. Le magistrat , qtri les avait aperçus , surpris d'un spectacle si nouveau / donne commission à un de ses g(ms de suivre les deux délateurs : il lui enjoint expressément de ne les point perdre de vue, qu il n ait découvert de q^ioi éclaircir un fait si 'iiT>*,nilier. Le domestique s'acquitte parfaitement de sa commission , et rapporte c^u'ayant vu entrer ces deux jeunes gens dans une maison , il s'en était approché , et les avait entendus raconter à leur mère ce qu'ils venaient d'exécuter pour elle ; que la pauvre femme à ce récit avait jeté des cris latne»i( hles, elcpTelIe avait ordonné à ses onlans de reporter l'irj^ent qu'(m leur avait donné , disant qu'elle aimaU mieux mourir de £aim que do
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conserver la vie a» prix de celle de son fils. Le magistrat, pouvant à peine croire ce qu'on lui raconte, fait venir aussitôt son prifionmer , l'iulerroge de nouveau sur 86S prétendus vols , le menace même du plus cruel supplice : mais le jeune homme persiste à se décrier coupable, or Ahl c'en est trop, lui dit le magistrat en se jetant à son cou, enfant vertueux, votre conduite m'étonne. » Il va aussitôt faire son rapport à l'empereur , qui, charmé d'une action si héroïque, voulut voir les troisfrèreSi lescombla de caresses , donna au plus jeune une pension considérable , et une moindre à chacun des deux autres.
Joignons à Tacemple des païens celui des animaux , pour achever de confondre les eufans dénaturés. Le fait que nous allons rapporter estattesté par un témoin oculaire* C'est un ofiicier allemand , observateur aussi exact que judicieux, qui écrit à un de ses amis ce qui Went de se passer sous ses yeux*.
«r J'étais ce matin' dans mon lit, dit-il , occupé à lire, j'ai été interrompu tout-à-coup par un bruit semblable^ à celui que font des rats qui grimpent contre une cloison. J'ai observé altentiment. J'ni vu paraître un rat sur le bord d'un trou; it a r^ardé de tous côtés, et ensuite s'est retiré. Un moment après il a reparu ; il conduisait par l'oreille un rat plus gros que lui, et qui paraissait vieux ; l'ayant laissé sur le bofii du trou , un autre jeune rat s>st joint à lui. Us ont tous deux parccruru la chambre, ramassant des miettes de biscuit , qui au souper de la veille étaient tombées de la table ; ' ils les ont portées à celui qui était sur le -bord du trou. Cette attention dans ces animaux m'a étonné ; j'ai observé^ avec encortfplus de soin. J'ai jugé que le rat auquel les deux autres portaient à manger était aveugle , parce qu'il ne trouvait qu'en tâtonnant, le biscuit qu'on lui présentait. Je n'ai point douté que les deux jeunes ne fussent ses enfans, et ks pourvoyeurs assidus d'au pére aveugle. J'admirais en moinuéme la sagesse de la nature , qui a mis dans tous le$ animaux une intime tendresse , une reconnaissance , je dirais presque une vertu , proportionnée à leurs facultés. Tandis que je
* Pude;^ i ûaQs le Joumai eiic^dopéiiique de 1757*
faisais ces réflexions, et que je craignais qn on n'interrompît ces petits animaux , notre chirurgien-major a ouvert la porte de ma chambre. Les deux jeunes rats ont fait un cri^ comme pour avertir Taveugle ; et malgré leur frayeur ils n'ont pas touIu se sauver , que le vieux ne fbt en sûreté. Us sont rentrés dans le trou après lui ) en servant pour ainsi dire d'arrière-garde, a Si ce fait est vrai , .et s'il est exact dans toutes ses circonstances , comme on ne peut guère en douter , quelle leçon pour l'homme !
Les enfans assez dteaturés pour oublier ce qu'ils doivoit à leurs païens , sont des monstres d'ingratitude;
in
s'ils avaient reçu une éducation plus sage et plus chrétienne, ils seraient plus respectueux et plus tendre.
Mais la faute des pères et des mères n'excuse pas celle des enfans , et l'on ne saurait entendre sans honeur la mamère indigne dont M îthridate fut traité par son fils Pbarnaee. On sait que ce roi , si fiuneux par les guerres qu'il soutint avec gloire contre les Romains , ternit ses grandes qualités par ses cruautés , et par son ambition, <]m îe porta à faire mourir ses neveux , fils du roi de Cappadoce, pour s'emparer de ce royaume. Les pères trouvent ordinairement, dans leur fiimille mémo , des imitateurs trop fidèles des mauvais exemples qu'ils leur ont donnés. Mitfaridate fut â son tour dépouille des étals qui lui restaient , par son fils Pharnacc qui avait fait révolter l'armée en sa faveur. Il demanda qu'il lui fut permis d^aller dans un pays éloigné finir ses jours. Pharnace, sans daigner le regarder, eut la barbarie de dire : a Qu'il périsse, a Mithridate, pénétré de douleur, lui répondit : «r Puisse-tn un jour ouir de la bouche de tes enfans ce que la tienne vient de prononcer contre moi I )) II passa ensuite tout furieux dans rapparteiacnt de !a reine, lui lit prendre du poison, en donna à ses filles, et se perça lui-même de son épée. Pharnacc ne
Iouit pas long-temps de son crime. César marcha contre ui» et le vainquit avec tant de rapidité , qu'il écrivit au sénat : <r Je suis venu , j'ai vu , j ai vaincu, a
Il y a des personnes qui , étant parvenues , rougissent de ceux qui leur ont donné la naissance. Sourde à la
voix dasang et de la nature , ils les dédaignent et les méconnaissent. One ne rougiscent-ils aussi d'être nés l L'oi^ueii a fasciné leurs yeux et corrompu leur cœur. Ils ne voient point (|ae ia véritable grandeur n'est pas d'être né gfUàà w ndie, mm de s'élever par la génèlosHé de lef rnitÛMiis au-^desm des grandeur» et des tichefises. « N'oubliez pas , dit le Sage , wtre père et votre mère , parce que vous êtes au milieu des grands, de peur que Dieu ne vous oublie devant co« grands mêmes, etqiic, devenant insensé par la trop grande familiarité que vous aurez avec eux , vouë ne tcmbiez dam f tutelle *• :b Am contraire, le ro^peet et rbeimeii^ que TOUS leur wvàkrei akn » ffépiàiirA sur veus. Un £raye effider^ Bomté Duras , au régimeirt d'Aubu»^ son, était lils d'un paysan. Son père élaiit venu le voir, il le présenta en habits de son état et en sabots à son colonel. Louis XIV , instruit delà manière dont il avait reoennu , iwçu et honoré son père , tandis qu'on le «rojak issu de la maison de I)ura$, le fit venir à Ja
eoar , et lui dit en lui tenidaiit la nudn : « Duras , ^
suis bien aise de connaître le pfais bonnéte bommie
mon royaume : je voiis accorde mille écus de pension ; mariez-vous , j'aurai soin de vos enfans , vous méritez d*en avoir (pii vous ressemblent. »
Si l'on doit honorer et assister ses parens durant leur vie, il ne faut pas non plus les ouMier lorsqu'ils ont cessé de vme : e'est alors peut^lre qu'ils ont le plus besoin ét* vmis. Faites-leur des obsèques selon votfe rang et votre é'al, pour honorer letii niémoire; mais ne vous en tene?. pas ]S , les magniiiiines funérailles sont pour les vivaas, les prières seules )»oulagent les morUk
On ne doit passeulementhonorer son pèreet sa méare; il faut Inmorer aussi tous ses autres parens à proportion
des liens du sang qui unissent avec eux. Mais combien
plus doit-iju respecter et honorer le sou a lain , (\m qH le pére de tous ses sujets! ce Craignez Dieu , lioiiorez le roi, » disait iociiid des apôtres aux premiers iiidèles
. * Mémento patris et matris tum in medio maghalum, Eccli. 23.
timete , Hegem honorificate. I. Peln 2,
DES MOBims. 235
Tous les «^mtverains étant sur la terre la plus noble imiige de la Divinité , l'honBeiir et la religion Teulent ipi'oo n*en parle jamaiSy fussent-ils mêoie nés ennemis , ^'avec respect , et qu'on impose silence à seâ inférieurs
qui oséraient on parler avec mépris. Le prince Eugène, occupé en 1709 mu sicge de Lille, fut turieux d'avoir J'histoire de F.onis \\ \ , par médailles. L'abbé Langlet la iit venir. La paî( onrant légèrement, il demanda jus- ^'oii elle allait. L'abbé lui répondit : « Jusqu'à Télévation de Philippe V sur le ir6ne d'Espagne. — Jusque4à t0ut est beau, dît le prinoe Eugène. » Li-<Ie9sus vn géfK^ral palatin, qui se trouvait préseiU , se permit des discours un peu libres siîr le compte du monarque. Le prince lui ferma I;î boiîcne : c( Apprenez, monsieur , lui dit-il 9 à respecter le roi ti-és-cluétien partout gù je «uis. »
Le Sage veut non^senlemeiit que Aoiis rendions extérieuremeftt au roi le respect et l'honneor qui loi sont 4u«, en ne nous permettant jamais de arler mal de sa
persoarie : mais aussi que nous noiisabsUMjions déjuger tVicilemenl de sa conduite, et de la contiaiuuer même dans notre pensée*. « De quoi vous mé!rz-vous , disaità un philosophe , de censurer les lois que les Magistrats font poar le bon ordre , vous qui ne pourez . l'établir dans votre maison , ni mettre la paix entre votre servante et votre femme? » Tel , en eSei , qui ne sait <j;ouveruer ni régler sa famille , se mêle de critiquer le gouveraemçnt de l'état. Combien de gens blâment témérairement ce qu'ils loueraient , s'ils connaissn^f^nt les motifs secrets qui font agir ceux qui sont à leur téte? Gonrin» d'ignorans et de présomptuetix veulent pronoQcar et décider sur ce qu'ils ne savent point et ne peuvent savoir t
Mais quand, di^ns îa ror.duite de ceux qui nous gouvernent, nous apercevrioiis quelques traits répréheosibîes , sont-ils moins nos maîtres , sont-ils ruoius en droit de commander , et leur devons-nous moins l'obéissance ^ parce qu'ils ne sont ni ialaillibles^ ni impeccables? « ^ue toute âme, dit l'Apôtre des nations » soit soumise aux puissances, parce qu'elles viennent
* Jnco(fttati(yne tuâ re^ né dUn^has, KccU. 10« •
âd6 l'bgoui
de Dieu. C*est lui qui établit les rois, qui los choisit pour ses lieutenans , qni leur soumet les autres hommes, qui grave sur leur front Tempreint^î de la souveraine majesté ; et c'est coutre lui (|u'od s'élève quand on leup résiste *, » Cette sage maxime était si profondément imprimée dans l'esprit des premiers chrétiens , que , durant trois cents ans que l'Eglise a eu à souffrir tout ce que la rage des persécuteurs pouvait iuventer déplus crw\ , parmi tant de séditions et de guerres civiles , parmi Uiit do conjurations contre la personne des empereurs, jamais il ne s'est trouvé un seul chréiicn qui
5 rit parb contre son légitime souverain. Tertuilien , ans son Apologie , dém les plus grands ennemis du dhristianisme d'en nommer un seul : « Tant , dit Bossuet, la doctrine chrétienne inspirait de vénération pour la puissance puhlique I et tant fut profonde Timpre^sion qué lit dans tous les esprits celtt> parole du fils dr Dieu: Ûendez à Cé^ar ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu l Cette belle distinction porta dans les esprits une lumière si claire, que jamais les ehrétiens ne ceifôërent de respecter l'image de INeu dans lesprinces persécuteurs de la vérité. »
Si l'oii doit honorer et nespecter non-seulement les princes de la terre, mais aussi leurs ofQi iers et tous ceux qui les représentent , à plus forte raison doit-on honorer les ministres du Roi des rois , et respecter leur caractère, md est si auguste , dit saint Chrysostôme » qu'il est au*-dessus de la pourpre et de la dignité royale, parce qu'il donne un pouvoir que les rois et même les an^r^s n'ont pas. Médiateurs entre Dieu et les hommes, diôstinês à remettre les péchés, à offrir le sacrifice de la loi nouvelle , à annoncer la parole divine à toutes les créatures, aux puissances môme du monde, ils sont les lieutenans de Dieu, les envoyés dudel, et nos pèrea dans la foi. Le grand saint Athanase, dans la vie qo'il a écrite de saint Antoine, rapporte que ce patriarche des cénobites, qui n'avait pas même la tonsure , voulait
• Omnis anima potcstatibus suhlimiorihus subdita sit , nom cnini potestas nisi à Deo, Quœ autem sunt ^ à Deo ordinata,
sHiit. Itaque qui potestati resisd « Dçi ordinationi resisHU Moin, 14»
DES MOEÛRS. 237
qiie le moindre clerc lui fût préféré en t^nteft choses. ]1 s'humiliait et baissait la tête devant les évêqueset les prétfes , poar leur demander leor bénédiction*
Suplice Sévère , disciple de saint Martin , rapporte aiii^i que plusieurs évôcjues , qui étaient à Trêves à la cour de Temperenr Maxime , cherchant à faire leur c our à ce prince , avilissaient leur caractère par beaucoup de baffrâes et de flatteries : au lieu que saint Mai tin conserva toujours une autorité apostoliaue ; et moins il parut courtisan^ dIus Maxime conçut a estime et de vénération pour lui. Cet empereur l'ayant un jour invité à sa table y le prêtre qui accompagnait saint Martin fut mis à une place honorable, et le saint évéque fut placé à côté de Maxime. Au milieu du repas , réchanson présenta d'abord, selon la coutume, la coupe & Tempereur. Ce prince , plein de respect pour le saint évéque , voulut qu'on la lui donnât, espérant la rece- . voir ensuite de sa main. Mais saint Martin , ayant bu , présent;i ensuite la coupe à son prêtre, comme à celui
Ju il estimait le plus digne après lui , ne croyant pas evoir préférer l'empereur même à un homme honoré du sacerdoce de Jésus-Christ* Maxime et toute la cour admirèrent ses sentimens , et on le loua d^avoir fait à la table de Tempereur même ce qii'aucun autre.évêque n'aurait osé faire à la table des moindres magistrats.
L'impératrice de son côté témoigna encore plus de respecta saint Martin. Car ^^yant aussi voulut lui donner à manger, elle prépara elie-méme tout ce qui devait lui être servi. Elle plaça son siège, dressa sa table , y mit son couvert > lui donna à laver , et lui présenta 1^ iHiandes qu'elle avait fait cuire elle-même : tant était grande la vénération qu on avait alors pour les minis- 1res du Seigneur !
Manquer de respect aux prêtres , c'est en manquer h ^ Dieu ; violorleur sacré caractère en les insultant , ou en i les £dsant servir de jouets à ses railleries, àsesbadinages \ indéeens, c'est s'exposer à porter la peine de l'impie et I ^u sacrilège , quand même ils auraient la faible et t indice complaisance de le souffrir , d'en rire et d'en Iiadiner eux-mêmes. S'ils oublient ce qu'ils doivent à la fdignité de leur état, les autres doivent s'en souvenir.
qu'on Mi des oints du Seigneur , retombe
sur h Seigneoir mime. C'est s*ei) prendm à Dieu , mériter et s'attirer sa. jMste iadifiMitiMi f ainsi qu'A arriva à ees en&ns impies^ contre lesquels, dit FEerkure,
il envoya deux uui^ (jui eu dévorèrent quarante-deux, parce qu'ils avaient osé se moquer du prophète.
Mépriser les prétixi^, les religieux ou les pasteufs , est ordinairement uœ marque qu'o» xk'aîmeni JDieH» m Ta religion, ni son devoir* Eu vaim, pour se (Mseo^pier» aliéguera-t-on que leur conduite n'est pas toujours aussi irréprofhable qu'elle devrait Têlre. Leurs faules ne peuvent excuser ou juhliiuu nos satires non plus quç ' notre conduire , ni reudVe la religion méprisable, puis-
au'elle coiulamne eueoce plu& ^êvèeement les désordres e ses ministres que les auUres, et qu'elle n^' approuve jamais ce qu elle est «{uelquefoif» âontrainte de tolérer. «
Touloir qu'ils soient impeccaUes et sans dé&uls , . c'est vouloir qu'ils ne soient pas hommes. Mais si quelqTies-uns s*érartent de leur devoir, comhieîi ci antres qui vivent eu Siiinls, en pasteurs flésinfércssés et pleins de zèle î M'y a-t-il pas de rinjuëUce et de la malignittî û ftrmer les jeux sur oeux-^i , pour ne les ouvrir que sur ceux qui déshonorent leur caravctèi^ par des scandâtes? Le monde &it de leurs déré^lemens ou de leur ignorance' le sujet le plus ordinaiit! et le plus ;i;ir(\u)le de ses dérisions et i\r ses censures. luai:^ n'e^ -i c pas souvent l'ouvrage de son orjjueil et de sou intérêt, qu'il trouve si digne de risée? Cesl lui-même qui a donné à TEglise ces indignes ministres. Quel usage veui-on que fassent de ces biens ceux qui n'ont d'autre vocation que le désir de les posséder , et peut-être Facbat sacrilège qu'on en a f\iit pour eux !
Si l'on a des ecclésiastiques scandaleux , de mauvais pasteurs , c'est qu'on veut les avoir tels , ou qu'on n'en mérite pas d'autres. Dieu les doime, ainsi que les mécbans princes , dans sa colère , et pour punir les peuples. - Il faut les supporter comme des années de stérilité et de disette, en eu attendant unemeiUeiare , fui répare le
liialiieur cL ijii (lécloTUîiKVpfe.
Enfin , les persouues (pii par leur âge sont censées avoir, et ont en effet d' ordinaire plus de raison , d'expérience et de sagesse quales jeuifes gens , méritent aussi leur considération etlei'r respect* M'im4eadoDejaBiaji
DES MOËCBâ* 239
cetlc ini prudrn le jeunesse , qui, croyant (oui cuuiiaitro sans avoir encore rien vu , et tout sav oir sans avoir rien appris , prend uu air suCtisaol el vain y un ton tranchant et décisif en présence des vieillards mêmes y ou se plaît à tes tourner en ridicule , à les mépriser, & les traiter de sots et de radoteurs.
IndépendaoïmenL du mérite personnel , ayez lonjoiirs pour une l(Me chauve el des cheveux hianrs lou^ les éf2;ards qui leur sont dus, et que vous désireriez (jn'on eût pour vous , si vou» parveniez à cet âge. Ceux mêmes qui agissent autrement ne pourront s'empêcher de vous en louer. Un yieillârd d'Athènes cherchait place au spectacle , et n'en trouvait point. Des jeunes gens , le voyant en peine, lui tirent si^ne de loin; il vint , maisiisse s 1 1 renl,se mocpièrent de lui. Le bon homme lit ainsi le tonr du théâtre, ibrt embarrassé de sa personne, et toujours hué de la belle jeunesse. Les ambassadeurs de la ville de Lacédémone , qui étaient au spectacle y s'en aperçurent» et se levant aussitôt ^ placèrent honorablement le vieillardau milieu d'eux. Otte action fut rem.iK^uée de toute l'assemblée , et a|>|)laudie d'un battement de mains universel. Ce qui fit dire au vieillard , d'un ton de douleur : (( Les Athéniens savent ce qui est bien , mais les JLacédémoniens le pra<«> tiquent, d