‹ L'ecole des moeursChapitre 13 sur 30 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

UBIGBB FBÉaBS, UBIUkÎRBS, Riw de la Harpe, 26.

l'école

vm.

Bu bien qu'on vous a fait 0oyez recouuaiâsant^

reconnaissance est un devoir, non-seulement à Té-^ ^ard de nos parens , qui sont nos premiers et nos plus l^rands bien&iteurs après Dieu, mais aussi à Tégard de tous ceux qui nous ont fait du bien. On se couvre d'ignominie quand on y manque. Il n'y a point de loi pour punir Tingratitudc. Les anciens la nio! (nient au nombre de ces crimes borribles^ dont il fallait laisser la Tengeance aciu dieux ; ils croyaient que les remords

TOÊKE II. 1

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St t*ECOtE

3ui la suivent , et la honte qui Taccomparae /én élaieni és cette vie même la juste punition. Un philosophe »

que son écolier voulait rendre ridicule , en lui disant qu'il ressemblait à un viLiin animal ^ qu'il lui noiiioiri, repartit ù cet insolent : « Je ne sais pas si je ressemble à ranimai que vous me nommez ^ mais je sais bien, et tout le monde en conviendra , que vous ressemblez à un ingrat , qui est le plus méprisable et le plus haïssable de tous les animaux. »

Cependant l'ingratitude est un vice aussi commun qu'il est déshonorant. Combien ne voit-on pas même de ces serpens odieux qui , après avoir reen fes secours et les services les plus signalés , cherchent à percer le sein qui les a réchauffés 1 Monstres d'horreur, cugnes de toutes les vengeanoes du ciel et de toute TexS^ration de la terre ! Aussi leur crime , cpiand il est connu , ne ïnaiH|np-t-il pas de les leur attirer. L'empereur Michel Calapbale , ajant été adopte et placé sur le trône par rimpératricc Zoé , exila cède princesse quatre mois après. Le peuple, irrité d'une si noire ingratitude, se souleva contre lui : on lui creva les yeux , et on le renferma dans un monastère.

« Le malheur, dit l'Ecriture , ne sortira jamais de la maison de celui qui rend le mal pour le bien *. » Il est rapporté dans l'Histoire irénérale des voya<]^es, qu'un roi de Mandoa, ville de l indostan , étant tombé dans une rivière , il en f utheureusement retiré par un esclave, qui s'était jeté à la nage et Favait saisi par les cheveux. Son premier soin , en revenant à lui , fiit de demander le nom de celui qui l'avait retiré de l'eau. On lui apprit aussitôt l'oIiliiTation qu il avait à l'esclave, dont on ne (]<Mi fait pas que la récompense ne fut pro-portionuée à un »i grand service : mais il lui demanda comment il avait eu l'audace de mettre la main sur la tête de son prince ; et sur- le -champ il le fit mourir. Une autre fois ce . mâme prince étant assis , dans l'ivresse , tur le bord d'un bateau auprès d'nne de ses femmes , il se laissa encore tomber dans l'eau. Cette femme pouvait ais('v ment le sauver ; mais elle le laissa périr. Comme ou lui

*<?m£cI reddit tnala pro bonis , non recedet mahm de dumi

eh faisait des roproches : a Je me suis souvenue, dit'» die, de Thistoire du malheureux esclave. »

L'ingratitude fut im jour ingénieusement punie par un jage/Uu homme perdît une bourse, dans laquelle il y avait cent ducats. Elle fut retrouvée par un pauvre» qui prit un de ces ducats pour acheter un bonueidomt il avait besoin. Gehii qui avait perdu la bourse , ayant appris que ce pauvre i avait, vînt le trouver, et le pria de la lui rendre ; ce que l'autre fit aussitôt , en lui avouant qu'il en avait tiré un ducat. L'homme se fâcha, et dit en colère : « Tu m'as volé mon argent , je ne

S rendrai pas 1â bourse que tout u'j soit, d U le fit citer evant le juge , qui , après avoir entendu les deux parties, prit la bourse et dit à l'homme : « Vous avez perdu votre bourse où il y a\ ait cent ducats ? — Oui , répondit-il. — Celle-ci nVst donc pns la vôtre, ajouta le Juge, puisqu'il n'y en a que quatre<-vingt-dix-neaf. » £t en même temps il la donna au pauvre qui l'avait trouvée.

Dans la plupart des hommes, la reconnaissance n'est souvent qu'extérieure ou passagère. Le sentiment vif que nous avons du bien, loi que nous le recevons, fait toujours naître dans notre cœur une sorte de reconnaissance; mais elle s'efface peu à peu avec le souvenir du/ bienjEait. Un ancien jçhilosophe , interrogé quelle était' la chose qui vieillissait le plus tôt dans Khomme*, rë- \ pondit que c'était le bienfait reçu.

La rr flexion do n^uiame Desûoulières sur l'ingratitude csl aussi vraie qu'humiliante.

Que chacun parle bien delà roroîihaîssance î

Kl que pcTî do ^pns en font voir ! « ï>'un service fiUcMidula tlatteiîse r^p^'rnnr»» Fait porter à Vexées les soins , la « ompiaisanee ; A peine est-il rerulii , qu'on ( ( d'en avoir. De qui nous a servi la vue est iriinni tunc; On tij^vc honleiîx de do\ oir Le secours que , dans l'in foi tune , On n'fivait pas trouvé honteux de recevoir*

Sixte-Quial ne pensait pas ainsi. La première fois qu'il vint à Rome , il était si pauvre , dit de Thou , qu'il fut ohIî<7é de demander Taumône. Ayant ama«sé 4uel((ue argent , il déUhéri^ s^il remploierait & a|^er

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la faimqn^l commençait à sentir , où s'il en aèhëtersdt une paire de souliers dont il avait nn extrême besoin.

Bans cette consultation intérieure, son visage exprimait les divers mouvemens do son Ame. Unnian hinid , vojant son embarras , lui en demanda la raison. Il la lut avoua ingénûment : mais il le fit en même temps •d'une manière si agréable , que , cbanné de son esprit , le marchand Temmena chez lui , le fit bien dîner , et par ce moyen décida sa contestation. Sixte-Quint, de- Tenu pape , n'oublia pas ce marchand , et récompensa *en prince le service qu'il en avait reçu.

Les animaux mêmes nous donnent souvent l'exemple (de la plus sincère et de la plus touchante reconnaissa n ce. ïn voici un beau trait , rapporté par l'auteur de l'Histoire des croisades. Geofroi de la Tour , gentilhomme limouhin ^ (iistin;;uc par sa valeur et par son intrépidité, ^allant en parti, ouït Teffroyable rugissement d'ua lion, ^qui semblait se plaindre de quelque grand mal. L'intré- ^de Geofroi , par un mouvement de sa générosité 3iaturelle , s'enfonce aussitôt dans le bois , malgré la Tésistance de ses compagnons qui voulaient l'airéter. 31 court vers l'endroit où il continuait d'entendre le JTîjjgissement , et voit qu'un horrible serpent , d'une prodigieuse grandeur , ayant entortillé les jambes et le »corps du lion , l'avait mis hors d'état de se défendre , cet luidardait à grands coiips redoublés sa langue, pour de tuer de son venin. Il fut touché du danger du lion^ ; «t f sans songer qu'en le délivrant il lui laissait la liberté du se jeter sur lui, il donne de sonépée si à propos sur le serpent, qu'il le tue, et, sans blesser le lion, il. coupe les liens dont il était embarrasse. Alors c e

5 auvre animal se voyant libre , et reconnaissant l'auteur e «a délivrance y vint lui en rendre grâces de la manière la plus e^^pressive et la plus soumise qu'il put , en le flattant et en lui léchant les pieds. Depuis ce temps-là il s'attacha toujours à lui , comme à son e^éjnéreux défenseur à qui il devait la vie; il ne voulut plus jamais l'abandonner, et le suivit partout comme un chien fidèle , sans offenser personne, que le& enniîmis sur lesquels il lui fansait signe de se jeter : car ce lion allait toujours avec lui au combat et à la chasse , ^t il né manquait pas de le fournir abondamment

gibier. Mais ce qu'il y a de plus admirable , c'est que le maître du vaisseau sur lequel Geofroi retourna en Franceaprësla croisade^ n'ayant jamais voulu souffrir^ non plus que tous ceux de l'équipage , que le lion y entrât, cette pauvre bête désespérée de se voir séparée de son bienfaiteur , se jeta dans la mer , nageant toujouni après le vaisseau , jusqu'à ce que , les forces lui inan« quant, elle se noya.

Ne rougissez jamais d'être reconnaissant et de le paraître ; soyez-le publiquement , quand il convient ou qu'il le faut. C'est souvent une ingratitude de remer* cier sans témoin.

11 y en a d'autres qui rherchent à s'acquitter promptement, pour avoir le droit de n'y plus penser : leur reconnaissance même devient une ingratitude. C'est une espèce de dette qu'ils ont contractée , et dont le souvenir les importune ; ils se hâtent de la payer le ping tôt qu'il leur est possible.

Comme le cœur ingrat a ses raisons pour oublier le^ bienfaits , le cœur intéressé a aussi les siennes pour paraître s'en, souvenir ^ et pour afifecter du moins une reconnaissance qu'il n'a pas, La reconnaissance est une vertu fort estijmée , et Ton regarde les ingrats avec' horrenr. Celui qui est vain , ou qui a quelque soin de sa réputation, n'a donc garde de manquer à paraître reconnaissant. Cela sert aussi admirablement aux vues de l'intérêt, parce quou attire par-là de nouveaux bien£aiits. Il y a, dit-on, du plaisir à faire du bien & cette personne , elle en est reconnaissante* Cette vertu n'est donc souvent qu'un retour délicat sur nous-mêmes: c'est en quelque sorte le sublime de l'intérêt. Louis XI, roi de France, avait reçu en présent dix raille écus d'or. Il dit h ses eourtisans, qui étaient autour de lui : « Je ne veux pas que cela entre dans mes coffres : ceux quim'ontservin'ontqu'à parler. DÏous parlèrent» tous le firent de leur mieux , et ne manquèrent pas d^'exagérer leurs services. Le chancelier qui , sans être plus désintéressé que les autres , était seulement plus un , dit d'un air modeste : « Qu'il était plus occupé de sa reconnaissance que de ses désirs, et bien moins en peine d'obstenir de nouveaux bienfaits que se rendre diglDOy s'ilétaitpossiblei deceiixdontsamfl|iestéi'avaitc6mblé,»

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Celle réponse plut âii roi , qui lui donna les dix mille écus.

Semblables à ces débiteurs qui paient , non parce

i^u'il eut juste de s'acquitter , mais pour trouver plus acOement des gens qui leur prêtent » la plupart des liommes ne sont reconnaissans que pour avoir de nouvelles raisons de Tétre. Aussi ne trouve-*t-on ^uére d'ingrats, tant qu'où est eu état de faire du bien : ia fausse rccomiaisisance, ainsi que la fausse amitié > ne se fait connaître qu(i ioiî>qu'on n'a pbis rien à donner. Pour vous , pensez plus noblement : soyez reconnaissant» parce que vous devez Têlre. Quoique la plupart des nienfaits soient si intéressés qu'ils ne mériteraient peutêtre aucune gratitude , ne cherchez pas à en approfondir les motifs ; n'envisagez que le bienfait en lui-niOmc , et le plaisir qu'on vous a fait : cette façon de voir les choses est plus llatteuse et plus digne d'une belle âme. Quand même des bienfaiteurs auraient eu la maladressse de gâter, par la bassesse de leurs vues » Jours présens et leurs services , celui qui a vraiment de la pronité et de Tbonnenr , ne laissera pas de publier hautement les oblif^afions qu'il leur a, et de chercher avec d'autant plus d'cmpressemeiil les o( rasions de s'acquitter envers eux, qu'il est plus désagréable de leur devoir.

Si le désir de vous obliger paraît avoir été le principal motif qui les ait portés à vous faire du bien, ne vous Ixir-

nez pas à une simple reconnaissance. Imitez, si vous le pouvez, ces terres feriiUïs, qui rendent beaucoup plus ({u'elles n'ont ri}cu. Faites pour vos bienfaiteurs tout ce (ju'itsdoiventatlendre deThomme le plus reconnaissant. S'ils viennent à se trouver dans le besoin , profitez des momens^ signalez voire zèle, et multipliez les marques de votre reeonnaissance.

Le cardinal Wolsey , inialslreet favori de Henn VIII, roi d'Angleterre , étant tombé dans la disgrâce de son maître, se vit tout cl' u a coup, comme il arrive d'ordinaire ^ méprisé des grands et hiï du peuple. Fitz Williams 9 un de ses protégés, fut le seul qui osât défendre sa cause et faire l'éloge des talenset des grandes qualités du ministre disgracié. Il fit plus , il offrit sa maison de campagne à Wolscy , et le conjura d'y venir

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du moins passer un jour. Le cardinal , sensible à ce zèle, alla chez Fitz Williams , qui reçut sou maître avec left marques plus distinguées de respect ei dei ' lecMiiiaiMiioe, Le roi ^ instruit de l'accueil que ce par- I ticoKep n'avait pas emiit de iaire à un hemme qui avait j encouru sa disgrâce , fit venir Williams. Il lui demanda, ' d'un air et d'un ton iiiiu* , par quels motifs il avail eu l'audace de r-jcevoir chez lui le cardinal accusé c( déclaré coupable de haute trahison. « ibiro , ré{>oodit Williams , Je suis pénétré pour votre majesté de la sonmissioii la phis respectueuse, le ne suis ni mauvais citoyen , ni sujet ininèle. Ce n'est ni le ministre disr gracié, ni le criminel d'état que j'ai reçu chez moi : c'est mon ancien et respectable maître , mon protecteur, celui qiiî m'a donné du pain , et de qui je ti^ns la fortune et ia tranquillité dont je jouis. Ei je l'aurais abandonné dans son malheur , ce maître généreux , ce magnifique hienfriteur I Ah I Sire , j'eusse été U plus ingrat des hommes. » Surpris ot pldn d'admiration , le roi conçut dés cet instant la plus haute estime pour le généreux Williams, il le fit chevalier sur-le-chaînp , et peu de temps après il le nomma son conseiller privé.

Pour le cardinal Wolsey, le roi ordonna qu'il iùt amené dans la tour de Londres. Il mourut en cheroio, à l'âge de soixante ans. Il dit^ un peu avant sa mort , ces belles pavoles : cr Hélas! si j'avais servi le roi du ciel a\ ce la même fidélité que j'ai sc ivi 1*' roi mou maître sur la terre, H ne m'abandonnerait point, et ne me traiterait pas dans ma vieillesse comme mua prince le fait aujoiurd'hui. d

Quelque honteuse que soit l'ingratitude, elle semble étfe «a vice attaché à la condition et à la fortune des grands , parce qu'ils croient que tout leur est dû. La reconnaissance se trouve encore plus rarement dans ces ccnurs vils, dont le principal mobile est l'intérêt. ^lais dans les âmes nobles et généreuses , elle fait éclater les seniimens les plus subUmes , et produit les actions les plus béffoi^es. Le chevalier de Forbîn , célèbre capitaine de ncter sous le règne de Louis XIV , et qui nous a laissé des mémoires trés-curieuK , rapporte que Louis XIV a}ant chargé Duquesne do bombarder la ville d'Alger^ ces corsaires ^ désespérés de ne |)uuvoii

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éloî^er de leurs côtes la flotte ennemie qui les foudro-

Ïadt, priren( , pour s'en venger , Thorrible résolution .^ittacher à la bouche de leurs canons des esclaves français , dont les membres étaient portés sur les yaisseaux des assîégeans. Un capitaine algteien , qû ayait été pris dans ses coursiîs , et très-bien traité par les Fraoçais tout le temps qu'il avait été prisonnier, reconnut parmi ceux qui allaient subir le sort affreux que la rage avait inventé , un officier dont il avait éprouvé les attentions les plus marqiiées. A Tinsiant il prie , il sollicite , il presse pour obtenir la conservation de son bienfaiteur. Toat fot inutile. On allait mettre le feu au canon où Tofficier français était attaché. L'algérien se jette aussitôt sur lui , l'embrasse étroitement, et adressant la parole au cauonnier, lui dit : ce Tire ; puisque je ne puis sauver mon bienfaiteur , j'aurai du moins la ODBSolation de mourir avec lui. » Le dey , qui était présent à cette scène touchante , en fut si frappé^ qu'il accorda la grâce de Fofflcier.

Montrez-vous généreux , humain et bienfaisant.

Qui doute que le premier devoir de l'homme en société

ne soit d'avoir de la générosité, de l'humanité , delà bienfaisance î Cei» trois vertus sont sœurs , et nous portent également à faire du bien à nos semblables. Mais il est à propos de les considérer ici chacune en particulier, et de réveiller par des exemples trappans cette sensibilité pour les autres honmies , la nature a mise en nous. La vue ou le récit des actions vertueuses conduit à la vertu par le chemin le plus court ; elles enflamr* ment le courage, et excitent à les imiter. Puissent les beaux traits que nous mêlerons à nos réûexions, produire cet heureux effet et engager ceux qui les liront à en être le^i imitateurs 1 le plaisir qu'ils goûteront à bien faire , augmentera et fortifiera en eux le désir de faire encore mieux. La douce satisfiiction que Dieu a attachée à la pratique de la vertu, et qui en est déjà, dès cette vie mêmOi la récompense , saqs rien diiniauei d^ celle qui

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est réservée dans l'autre , en rendra l'exercioe plus apréable et plus facile. Aussi Fliomme bienfaisant e8t*3 ordinairement gai , parce qnelessentimensde la générosité et de la bienveillance échauffent l'âme, et la remplissent d'une joie pure , qui est bien au-dessus de rivresse des passions.

Généreux^ La générosité élève en quelque sorte rhomme au-dessus de lui-même , puisqu'elle lui fait

Î référer les intérêts des autres à son propre avantage. »anés y évéque de Laveur en Languedoc , fut député à Paris par le clergé de sa province. On voulut lui assigner pour les frais de ce voyage milJ/3 livres , somme assez considérable en ce temps-là. U la refusa. « Le revenu . de mon évéché , dit-ii , me suffit. La moindre chose que je puisse faire pour mon église et pour les églises voisines , c'est d'entreprendre quelques voyages pour leur rendre service. Elles souffrent assez par les malheurs des temps et par la vexation des hérétiques*. »

Rien n'é^îalait la générosité de Sixte-^nint, lor^^qu'il s'agissait de soulager la misère du peuple ; mais s' élevant au-dessus du faste , en sacrifiant l'appareil de la grandeur personnelle aux intérêts des malheureux , U était si ménager pour sa per.sonne , qu'il portait des (lieinises usées, et l'on était souvent oblige d'y mettre des pièces. Cainilie hii ayant un jour représenté qu'il était honteux à un souverain pontife de porter de méchant linge^ il lui répondit en riant : « Notre élévation» ma-sceur > ne doit pas nous faire oublier le lieu d'où nous sommes sortis : les pièces et les lambeaux sont les premières armes de notre maison. »

La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'à donner à propos. Celle qui a pour objet de soulap^er ceux qui sont dans le besoin , est sans doute la plus louable, quoiqu'elle ne soit pas toujours la plus éclatante. Sous le règne de Henri m, roi de France ^ un juif très-riche étant mort sans laisser d'héritiers , ce prince fit présent de vingt-cinq mille écus de cette aubaine à Geofroi Camus de Pontcarré. Ce généreux, citoyen les distribua aussitôt à trois négocians associés, qu'un incendie venait de ruiner.

Ce qu'on nomme libéralité , n'est souvent que la vanité de donner^ que nous aimons mieux què ee qùë

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nous dbnnoi&s. Une personne vraiment généreuse ne

Test point par ostentation, mais par grandeur d'àme. Le cardinal d'Est avait un jour invité le cardinal de Médicis à souper chez lui. Après le repas , ils se mirent à jouer. H s'a^ssaît , h la ûn, d'une somme de dix mille écus. Le cardinal d'£st eut les cartes favorables^ mais

11 les jeta comme s*il avait eu mauvais jeu* La partie finie , nn ç^entilhomme de sa suite lui représenta que le cardinal do Médicii u^ait pordu. « Je le savais bien , répondit-il ; mais je ne ïhmus pas invité chez inoipour lui {jaçner son argent.

Âimez à donner ; c'est la marque d'un bon cœur et d'une âme noble, cr Un grand cœur, disait un roi de Perse, reçoit de petits présens d'une main , etenfiiitde grands de l'autre. » Turcnne aimait à donner. Cette vertu , qui n'est pas celle do la vieillesse , était en hii si Tiiihirrlle, qnc dans les dernières année.s de sa vie il répandait l'argent avec plus de facilité qu'il n'avait jamais fait. Un jour quelqu'un de ses amis s'entretenant avec lui sur les richesses , Turenne lui dit : « Je n'ai jamais pu comprendre le plaisir qu'on peut avoir à garder des coffres ph i:is d'or et d'argCiit. i*oui rnoi , si, à la liu de i année , il me restait des sommes considérables , je croirais que cela me ferait mal an cœur , comme si , sortant d'un festin , on me servait encore un graiid repas. »'

On doit aimer à donner , mais ii faut le faire avec prudence , et consulter ses moyens. Une personne qif il iaudiaii enfermer de bonne heure, c'est celle qui a le cœur d'un lui et la fortune d'un particulier. Il est Ix rui d'être généreux, mais il n'est pas permis d'être prodigue : on ne doit employer à la générosité que ce dont on peut raisonnablement se passer. Quand on a tout donné , il ne reste que la honte d'avoir manqué de sagesse , et d'avoir souvent fait bien des ingrats. C'est ce que iU senlii nn jour nn ami fidèle à nn homme de condition et très-riclio , qui avait le défaut d'ouvrir sa bourse indiffércïnme^itâ tous ceux qui prenaient auprès de lui le nota d'amis. On peut juger que son argent comptant s'évanouit bientût. Pour le désabuser et pré- Tenir la wme qui le menaçait , son ami supposa qu'il avait u« besoin extrême de deux cents pistoles. Ce

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gentilhomme généreux olïnt aussitôt ses seryices pour lui procurer cette somme, Il ût sa ronde chez tous seâ amis da cour , à qui il avait ouvert ^ bourse. Aprë$ avoir eonru toute we matinée , il ne rapporta (juç quatre pistdoB» U ffa^aiU^ le scHTSur i|Di|veaiis firais ; mais sa course fut epcore plus ingrate. En vain il s'épuisa tout le lendemain , il p'eut pour toute récolte de ces deux joux^iiées que neuf on dix pistoies. Ses amis , aussi glacés que lertiies eu dci)|ites, le réduisi-* reBt i la honte de ne pouvoir tenir parola» U vin); Fanuoueer A Tami pour lequel ii s'était employé . et lui exprima obligeamment sa douleur. Mais cet ami lui

dit : a Bannissez votre iaquiétudo ; je ne suis point en défaut d'argent, et je n'en ai aucun besoin. J'ai eu recours à cette feinte, pour vous dessiller les yeux et vous convaincre , par votre propre expérience , que vous ne devez pas donner si (susilemeut TOtre argent & tout le monde* a

Ce défaut n'était pas edui de Chapelain , fameux

auteur du poème de la Pucelle. JJu Perricr , gentilhon une provençal, connu par ces excellentes poésies latines 9 se trouvant un jour da^ le besoin ^ s'adressa à Chapelain* Celui-ci crut lui faire une grande libéralité, en lui donnant un écu* Après avoir £adt cet ejOTort de générosité , il dit : « Nous devons secourir nos amis dans leurs nécessités, mais nous ne devons pas contribuer à leur luxe. »

L'avare , qui craint un écueil , se jette contre un autre : il ne donne rien , de peur de s'appauvrir ou d'ètr-J payé d'ingratitude , et il ne faut pas s*en étonner : comment pourrait êixB bon pour les autres celui qui ne Test pas pour lui-même *î S'il lui arrive quelquejfoîs d'être forcé par hîs circonstances à être libéral , que de rei^rets ne lui coûte pas sa fausse générusiLé ! ( (Mubien de fois ne sa la reproche-t-il pas en secret 1 Souvent même son avarice ne peut se déguiser ; elle se décèle p«ir quelles traits de mes<}uinerie qui lui échappent , et qui lui ôtent tout le mérite de sa libéralité. Sa réputation même dépose contre lui. L'abbé Régnier , sécréta ire (le r Académie française , y faisait un jour dans

* Qui iiln ncqmim ut 4 en» o^ii ^nt»i i ril î £ecU* 24^

son chapeau la collecte d'une pistole , qu'on avait invité cbaciue membre à fournir pour quelque dépense commune. Cet abbé ne s'étant pas aperçu que le président Roses , qui passait pour être fort avare y eût mis dans

le chapeau , le lui présenta une seconde fois. Celui-ci > comme on s'y attend bien, assura qu'il avait donné. « Je le crois, dit l'abbé Régnier, mais je ne l'ai point vu. — Et moi , ajouta Fontenelie, qui était à coté , je Tai vu , mais je ne le crois pas. »

Ne vous donnez jamais une réputation si ridicule : vingt traits de libéralité n'effaceraient pas la tadhe d'un seul trait d'avarice. Soyez généreux dans toutes les occasions où il convient de 1 élre. Maissoavenez-vonsqne ce ne doit jamais être au préjudice de qui que ce soit. La générosité cesse d'être vertu , dés qu'elle n'a pas la justice pour compagne. La réponse que fit un jour le roi de Prusse aetuellement régnant , est digne de tous les ( loges. Lorsqu'il n'était encore que prince royal, il avait comblé de présens unn actrice célèbre. Etant devenu roi, il la récompensa beaucoup moins. Cette actrice ayant osé s'en plaindre à lui-même, il lui répondit : a Autrefois je donnais mon argent > aujourd'hui je donne celui de mes sujets. »

La générosité, ainsi que toutes les autres vertus , a ses règles, que nous devons observer avec soin. Celles que donne Cicéron , dans son beau Traité des oflGces , ou des devoirs, sont pleines de sagesse

a Rien n'est plus conforme à la nature de Thomme , nous dit-il, qu^ une inclination bienfaisante et libérale ; mais elle demandebeaucoupde précautions. Elle ne doit être nuisible ni à ceux auxquels nous voulons faire du bien, parce que ce serait plutnl leur laire du mal; ni aux autres, parce qu'elle serait injuste , et qu'il n*y a point de générosité sans justice.

9 Elle doit aussi être proportionnée à nos moyens. Ceux qui veulent être plus généreux que leur bien ne le permet, ou sont cruels à «ux-mêmes , en s'ôtant ce qui est nécessaire à l'entretien de la vie, ou se rendent coupable^ (i injustice à ré|j:a 1(1 dr'feiir famille, en faisant

Sasser à des étrangers ce qu'ii serait plus équitable de onner ou de laisser à leurs proches.

» fiiifiti^ eonti«iue le judicieux moraliste quendus

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DES MOBtnftS»

abrégeons , notre générosité doit être réglée sur le me- . rite. Ainsi , dans ces bienfaits il faut préférer les gens ^ de bien , et en exdure les médians ; car eeuxH» en sont . indignes. Pour entretenir parfaitement la sodété qui

aiiit les hommes , on doit aussi doiuîcr la préférence à ses païens , à ses amis , à ses concitoyeus , et surtout à ses bienfaiteurs : car il n'y a point de deVoir plus indispensable que la reconnaissance. Mais soit qu'il s'agisse de prévenir quelqu'un ou de rendre un bienfait , nous devons , si tout est égal d'ailleurs , préfère? celui dont le besoin est le plus grand, d

Donnez volontiers, et recevez difficilement, si vous pouvez vous en passer : il vaut mieux engager les autres à la reconuaissance , que de leur en devoir. Il y a des gens qui donnent peu et qui attendent beaucoup. Si votre reconnaissance ne répond pas à l'idée qu'ils ont conçue des obligations que vous leur avez , ils s'en plaignent hautement, parlent à tout le monde de votre ingratitude , vous en font souvent des reproches à vous-même , et font quelquefois acheter bion cher ce qu'ils ont donné* Ne recevez que le moins que vous pourrez de ces sortes de personnes ^ et jamais de celles qui n'offrent que par cérémonie ou par politesse. Un gentilhomme napolitain faisait voir une belle montre à un gentilhomme français. Celui-ci la trouve admirable. Aussitôt le Napolitain , en homme poli , la lui offre par honnêteté. Le Français l'accepte. L'autre, qui ne s'y attendait pas ^ lui dit : a Ah 1 que £eiites-vous , monsieur ? Vous allez bannir du monde la politesse, d

Humain, L'humanité nous porte i reg^arder tous les hommes comme nos frères , et à leur faire le plus de bien que nous pouvons, quand iis ouL besom de nous. Cette aimable vertu est fondée sur la nature , qui nous incline à nous intéresser en faveur de nos semblables, il suHit qu' une personne paraisse émue et affligée , pou r , nous émouvoir et nous attendrir en sa faveur. X^s larmes d'un inconnu nous touchent , avant même que nous en sachions la cause ; et les cris d'un homme qui ■ ne tient à nous que par I hunianité, nous font courir à sou so(:ours par un mouvement naturel quiprécède toute délibération.

Uti cœur httiilain est qu^lqtic iotie plun louci^c dii

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mal 4'autnd da rien propn*. Après la bataille de DattiQgaii , un mousquetaire fiwfais dangereasement > blessé aTait éM porté prés de la tente du duc de Gum-

berland , fils d'un roi d'Angleterre. On manquait de chirurgiens dans ce moment , parce qu'ils étaient fort occupés ailleurs ; et Ton allait penser le prince, à qui une balle avait percé les chairs de la jambe, a Commencez , dit-il I par soulager cet officier français ; il est j^s ble^ que moi , il maHouerait de. seeouM , et je n'en manquerai pas. » Cette nelle action ne fit pas moins d'honneur à ce jeune prince <pie la victoire ijull venait de remporter.

Cette sensibilité , cette piété que nous éprouvons à la Tue des malheureux , n'est pas une honteuse faiblesse , comme Ta prétendu la farouche éeole du Portique C'est y au contraire, un smitiment qui fait bouBenr à Thumanité ; il est rapana<2fe des cœurs bien faits , ot une des plus forfes preuves que le monde est gouverné par une saj^esse souveraine , qui sait conduire tout à ses fins. Ayant destiné les hommes à vivre dans une société où il y aurait néeessairemeot des affligés et des misé'» rables ; le Créateur, toujours attentif aux besoins de ses enfens , a imprimé dans nous le sentiment de la pitié , qui nous fait éprouver une vive douleur à la vue du malheur d'autrui , et qui nous enc^nije à le soulager pour nous soulager nous-mêmes, iùa voici un bel exemple ;

Peu de temps après la bàtaille de Fontmoy , gagnée par les Français en 1745 , le ministère anglais résolut

d'envoyer à l'armée des alliés un renfort considérable de troupes, tirées de celles qui étaient restées en Ancrleterre. 11 y eut un corps dr* relle-ri, qui eut ordre se rendre dîans le parc de haînt- James, pour que les officiers fissent le choix des meilleurs sujets qui le eomposaienl. Pamd les spectateurs , il se trouva une jeune personne de seize ans , qui , Têtue en paysanne, intéressait tout le luoiido par l'air triste et irujuiel que rua

* Los sloïciens regardaient la pilî« comme une faiblesse ; mais il fautavouci que ceUedoctrînc elle-même fait piti<^,etque c'étaient sur'ce point de pauvres philosophes , quui(jii ils fussent d*ailleurs les plus sincères « ou, si Ton veut, les mohis déraisonnables dss iDciens philosophes «

lemarquait en elle. C'était la femme d'un des soldats dont on allait décider le sort. U était le fils d'un ri^^e fennier. Son père avait fidt tont son- possible ponr obtenir son dég;v^ement ; mais comme fl était bien fait ,

fort et vigoureux , son capitaine avait refusé toutes les offres ({u'on lui avait faites. Au<^silùt qu'il fut nommé pour èixft un de ceux qui devaient passer la mer ^ la jeune femme fondit ^n larmes , se trouva mal , et dés qu'elle fut revenue , elle alla se jeter aux genoux du capitaine de son mari» Tout le monde pleurait : le capitaine seul élail ferme. « lié bien I dit la malheureuse femme, je le suivrai , je partagerai avec lui tous lis périls auxquels il sera exposé. » En disant cela, (H1»î embrassait son marif et couvrait son visage de ses larmes. Tout^-<»up un jeune homme se présente à Toffi* cier : a Monsieur , lui dit-il , ces jeunes gens s'aiment , ils sontbeureux , la femme est enceinte : moi je n'ai ni femme, ni père , ni enfans; recevez-moi en la place de cet infortuné jeune homme. sîii , fort et vit^oureux , et eu êl«it de supporter comme lui les fotigues de la guerre, — Avez-vous du goût pour le service , lui demanda Tofficier? — Aucun » répondit le jeune homme; et la plus grande récompense no pourrait même pas me déterminera prendre le pai îi des armes. Je n'ai d'auUe iiiotif que de rendre service à ce malheureux soldat. )) L'officier étonné et attendri lui accorda sa demande , fit son engagement , et écrivit le congé du soldat, quià son tour , refusa de le recevoir* H ne fallut nas moins , pour le déterminer à ce qu'on exigeait de lui , (^iie l'assurance positive que lui ^nna l'officier , , qu'il n'était plus soldai, et l'oidrc (ju'ii lui intima de quitter à l'iieun* même son habit et ses armes , et de ics renioUre a cdui (jui avait pris sa place.

Aiphonse-le-Grand , roi d'Arragon, donna aussi un exemple bien admirable dans un prince ^ de la senahi-i lité compatissante qu*exc*itela vue des malheureux. Une galère chargée de soldats et de matelots allait ri: , A conimandM (piOn les secourût. Mais , voyant (jucle péril empêchait quVm oxénuât ses ordres ; il se mit lui-même dans une chaloupe pour voler à leur secours. 11 dit à ceuxquiluirepr^sentaientledanger auquel il s'exposait: :

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l'école

a J'aime mieux être le compagnon que le spectateur de leur mort. »

On demande quelquefois si c'est un bonheur d'être né sensible : il vaudrait autant demander si c'en est un d'être né homme* La sensibilité naturelle, il est vrai , si elle se porte vers des objets déréglés , si elle se change en amour-propre ou en fol amour , peut deveaiv pour les autres et pour nous-mômes un grand mal et la source du malheur ; mais elht peut aussi devenir un grand bien et contribuer à notre bonheur , si nous la rendons l'organe de l'amitié , de la reconnaissance , de la biehveîllauce y de l'humanité; et c'est à quoi il faut particulièrement s'appliquer dans Féducation , en éle- Tant ren&nt de maniëre^qu'il s'occupe plus des autres que de lui-même. Si , au contraire , on paraît trop s'occuper de lui , si on l'accoutume à s'occuper plus de luimême que des autres, il sera dur, il rapportera tout à lui ; et les premières yiclimes de sa dureté et de son égoîsme , ce seront ceux mêmes qui l'auront si mal élevé.

Attachez-vous donc & développer de bonne heure ,

à diriger vers l'amour des autres hommes , ce caractère de tendresse et de sen(im( nt que nous avons reçu de la nature , et à le perfectionner dans votre élève par des leçons proportionnées à son âge , et par un exercice £réquent qui lui en fasse contracter une heureuse habitude. Car , tout s'acquiert par l'exercice y disait un ancien philosophe, et il ne faut pas même en excepter la vertu. y>

Pour nourrir, pour augmenter en lui cette précieuse sensibilité qui s'intéresse vivement au sort de ceux qui souffrent, allez ensemble dans les triste^ refuges des misères humaines , mêler vos larmes à celles des malheureux , et les consoler. Il n'y a pas long-temps qu'en Suède, à l'assemblée des états de ce royaume , un sénateur dit à celui qui était chargé de l'éducation do l iiéril ior la couronne : « Condîiisez le prince dans la cabane de l'indigence laborieuse ; iaites-lui voir de près les malheureux , et apprenez-lui que ce n'est pas pour servir aux caprices d'une douzaine de souverains , que fes peuples de l'Etiirope sont faits. t>

De tous les êtres doués de raison , lo i>bis înèp» Uabié

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BBS MOBims. 17

et le plus inutile est celui qui est insen&iblc. L'insenabilité^ détruisant rhomme , pn fait un être sauvage et isolé f qui a rompu la plupart des liens qui rattachaient au reste de l'univers ^ pour le borner k lui seul. A la

place de l'amour bienfaisant ^it équitable de nousmêmes et des autres lionunes , qui nous porte k ne vouloir être heureux qu'en contribuant au bonheur com^ mun y il n'a plus qu'un amour-propre injuste et e&clu^ sif 9 qui f se faisant le centre do tout ce qui rcnvironno^ et s'arrogeant des droits et des privilèges , cherche son bonheur aux dépens des autres. Mais sans c^^ise traversé dans ses désirs par mille obstacles qui naîtront à chaque instant , ou que de«; roncnrrens lui susciteront , il deviendra d'autant plus malhéureux , qu'il sentira dar» vantage ses chagrins et son infortune ; et il les sentira d'autant plus , qu'il aura été plus insensible aux malheurs d'autnii. C'est une vérité dont les grands se chargent souvent de nous instruire : quelque vent contiaire s'élève-t-il dans la l'^^ion des tempêtes où les place leur élévation, alors nous voyons couler avec abondance les larmes de ces demi-dieux , qui semblent avoir des yeux d'airain quand ils regardent les mal« heurs de ceux que la fortune a faits leurs inférieurs , et la nature leurs égaux, et qui, dans leur fausse grandeur, se font gloire de tout, excepté d'être hommes.

Quelque élevé que soit un grand au-dessus des autres, il doit toujours se souvenir que l'auteur de notre existence nous a tous rendus semblables , dans tout ce qui est essentiel à notre nature. C'est un principe établi

par la philosophie et par la religion. Nous sommes tous hommes, et les grands, peut-être enrore plus que les autres, comme le lit un jour entendre ingénieusement Charles Xll , roi de Suéde , à l'occasion que nous allons dire.

Un domestique de Fambassadeur de France, attendait,

de la part de son maître , un ministre de la cour de Suède, l u homme , vêtu comme un simple soldat , lui demanda ce qu'il attendait. Le domesliqtie ne daie^ne pas satisfaire la curiosité de cet ioconnu. Un moment après, des seigneurs de la cour abordèrent avec respect la personne simplement vètue^ et la traitèrent de votre

18 l'*€OLB

Majesté. C'était effectivemeDt le roL Le domestique | au désespoir et se ofoyant perdu» se jetto à se» peds , et lui demande pardon d'aiK>ir pris , d&ail-il , sa majesté pour un homme. « Vous ne tous êtes pas mépris , lui

répondit le prince ; rien ne ressemble plus à uu liomme

qu'un roi. »

Si tous les hommes sont égaux par leur nature , s'ib sont faits les uns pour les autres , ils doivent doue tous se traiter avec bonté, et se prêter mutuellemeDl les secours dont ils sont capables. Ceux qui sont les plus

puissans, les plus riches, les plus accrédités , doivent être disposés à employer leur puissance, leurs richesses, leur crédit en faveur de tous ceux qui on ont besoin : car rhum;)nité embiasse tous les hommes. Un des sujets du duc de Wirtemberg le remerciant de l'avoir protégé contre ses ennemis : «r Mon enfiint , lui dit le prince , j'aurais dû le faire à l'égard d'un Turc j comment y aurais-je manqué à Tégard d'un de mes sujets? »

Ce n'est pas que , dans des circonstances égales j ou no doive témoigner plus de bienveillance à ceux qui sont plus étroitement unis avec nous par les liens du sang, de Talliance, de Famitié, delà patrie , de la

reli^on : car la loi de la charité , loin de renverser Tordre , l'établit , au contraire , et le perfectionne. Mais quand il n y a point de concunence, ou qu'on peut également donner des secours à tous, personne ne doit être exclus. Dans la nécessité, tous les hommes sont frères ; Tfaumanité renverse tous les murs de division , détruit tout les prétextes, et ne fait plus aucune distinction d'amis ou d'ennemis. Le duc d'Orléans , qui fut depuis régent du royaume pendant la minorité de Louis XV , voulut y ajprès la bataille de Steinkerque , que les Français gagnèrent sur les alliés , qu'on mit dans . les chariots des vamqueurs les blessés français et ceux des vaincus. « Après le a>mbat, dit-il , il n'y a jdus d'ennemis sur-le-champ de bataille. »

Celui qui a l'Ame sensible souffre du malheur des autres , et n'y contribue que malgré lui : il fait du bien avec j(ùe , du mai à regret. On sait le beau mot da Néron , qui commença si bien et finit si mah Un joor qu'on lui présentait Assigner lasentmee nne pemmue*

condamnée à mort : (( Je voudrais, dit-il , ne pas savoir écrire* b réponse de l'empereur Charles-Quint n'au- Bonce pas moins de bonté et de clémence. Quelqu'un vint Tavertir qa'un criminel d'état était caché auprès d'une yille où il passait. <r II aurait mieux yalu , répondit ce prince , lui aller diie où je suis , <jue do me dixe le lieu où il est. »

Mais si Ton Iroave dans les grands de ces âmes bien nées qui rehaussent la gloire de leur rang par les plus nobles sentimens d'humanité , on en trouve aussi que trop parmi eux, qu'une orgueilleuse éducation, une flatterie basse et rampante rendent inhumains. Elevés au-dessus des autres hommes par leur orgueil encore plus que par leur condition , ils ](S regardent comme de vils animaux destinés à leur service ou à leurs plaisirs. M'a*t-on pas vu , sous la minorité de Louis XIV , un marquis couvrir de charbons ardens tous les carreaux d'unie salle de son château ^ y faire entrer deux capucins les pieds nus, et goûter le criicl plaisir de voir sauter et d'eiileiidre hurler ces malheureux, qu'il repoussait lorsqu'ils se présentaient pour sortir? N'a-t-on

Sas vu un prince s'amuser barharement à tuer à coups e fùsil des couvreurs sur un toit , d'où il se plaisait à les voir tomber? Combien de tyrans et de monstres couronnés se sont rendus affreusement célèbres par leurs cruautés, <lont on ne lit quayec lioneur le récit dans l'histohe qu'ils souillent

Tel lut en particulier Mahomet 11 , qui ternit Téclat de' ses victoires par ses cruautés inouïes. On pourra juger des autres par celles. Il avait cultivé lui-même une planche de melons , que le soleil semblait avoir distingués, en les niùrissaat long-temps avant les autres. Le sultan les fit remarquer au jardinier en les lui recommandant. Celui-ci y avait Fœil eliaque jour : ce qui n empêcha pas un page, qui aimait passionnément ce fruit , d*en cueillir quatre et de les manger avec avidité. Le jardinier 9 s'étant aperçu du larcin^ conjectura que personne ne pouvait l'avoir fait que les pages, qui avaient seuls l'entrée du jardin. II court aussitôt eu instruire le Millau, et lui dit qu'il n'y avait pas longtemps que ce vol avait été fait. Mahomet fut surpris et

irrité de cette audace* U manda sur-le-champ tous les

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pages 9 et ordonna au coupable de se nommer. Penomie ne se déclarant , il commanda d'ouvrir sucoesnyement le ventre de tous ces pages ^ jusqu'à ce qu'on eût dé-» eoii vert le criminel. On trouva les mdons à demirdigérég

dans le ventre du quatarzitMiic,

Je pourrais rapporter eucore beaucoup d'autres traits sembla blo^ dé cruauté et de barbarie ; mais mon coeur ■ frémit au souvenir de ces excès horribles , si honteux * pour rhomme qu'ils nvettent au-dessous de ia béte ; et ma main refuserait de les transcrire. Je crains d'en avoir déjà trop dit. Revenons à Thumanité qui nous^ mppolle, et finissons, pour la consoler, par quelquesuns de c^^ l>eaux traits qu'elle inspire aux coeurs doux et humains qu elle-même a formés.

Jules-César, se trouvant un jour surpris en voyage par le mauvais temps, fut forcé de se mettre à couvert dans la maison d'un paysan étroitement logé. Il y apprit qr*'il y avait quelqu'un de malade dans la chambre qu on lui préparait et qui était la seule qui fût dans la maison. Il ne voulut point la prendre. « S'il faut, ditil, céder tes lieux les plus honorables aux grands seî«-

{^neurs, il faut céder aussi les plus commodes aux maades. » B passa la nuit dans une caverne qui était proche.

Turenne sut mériter le glorieux titro (]e père des soldats, par ces traits fréquens d'humanité. Nous n'en rapporterons qu'un. L'armée française faisait une pénible retraite , pendant laquelle Turenne était jour et nuit en action pour mettre les troupes à couvert des insultes des impériaux. Dans le cours de cette marche, il aperçoit un soldat qui , n'ayant plus la force de se soutenir, s'était jeté au pied d'un arbre pour y attendre la mort. Le général aussitôt descend de cheval , aide le soldat à se relever, lui donne sa monture, et l'accompagne lui-même à pied jusqu'à ce qu'il eût pu joindre les chariots où il le fit placer. Cette bienveillance , qui donnait nu «jrand éclat à ses vertus militaires, lui avait mérité l'amour de ton le sou armée.

Un volume d'actions semblables à celle que nous allons rapporter, serait un livre d'or. Ce trait que Boursanlt raconte dans ses lettres ^ quoioue souvent cité , mérite toujours de l'être* £n 1662 ^ u y eut un^

longue et cruelle famine à Paris. Un soir des grand» jours d'été, M. de Sallo, conseiller au parlement , et premier auteur du plus ancien de tous les journaux , celui les savans , venait de se promener , suivi seulement d'un petit laquais. Un homme Taborde au coin d'une me, lui présente un pistolet , et lui demande la bourse , mais en tremblant liii-irsiL>me plus que celui à qui il la demandait. « Vous vous adressez mal, lui dit M. de Sallo , je ne vous ferai guère riche ; je n'ai que trois pistoles que je vous donne fort volontiers. Ji> 11 les prit, et s'en alla sans lui rien demander davantage. Quand il fut parti , M* de Sallo donna ordre à son laquais de suivre adroitement cet homme^Ià , d'observer le mieux qu'il lui serait possible où il se retirerait, et de venir lui rendre compte. Le laquais suivit le voleur dans trois ou quatre petites rues, et le vit entrer chez un boulanger , où il acheta un pain. A dix ou douze maisons plus loin , il enlra dans une allée et monta à un quatrième étage. Kn arrivant chez lui , il jette son pain au milieu de la chambre , et dit à sa femme et à ses enfans :« Mangez , voilà un pain qui me conte cher, rassasiez- vous-en ; un de ses jours jr serai pendu, et vous en serez cause, jd Sa femme , qui pleurait , l'ayant apaisé le mieux qu'elle put , ramasse le pain , et en donne à quatre petits enfams qui mouraient de faim. Le laquais , qui avait pris ses précautions pour n'être pas aperçu , ayant su tout ce qu'il voulait savoir, retourna vers sou maître, après avoir bien remarqué la maison et la rue. Le lendemain , dés cinq heures du matin, M. de Sallo alla où son laquais le conduisit , et s'informa qui était celui qui logeait au (pjatriéme étage. On lui répondit que c'était un cordonnier, bon bomme et bien serviable, mais chargé de famille, et si pauvre, qu'on ne pouvait l'être davantage. II monte chez

l homme qu'il chorclvait , et heurte ;\ la porte. Désqu'on Ii'i eutouvert , iilut frappé du spectacle quise présenta: une femme couverte de baillons qui tomoaient en lambeaux, quatre.petits enfans ensevelis dans la paîHc qui leur ^rvait de Ht et d'babit, un homme dont l'air pâle et rhabillement déchiré annonçaient le triste état. Le chef de cette misérabî*^ lamille reconnut celui qu'îl ^vait volé la veille. Il se jette à ses pieds, lui demande

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pardon , et le conjura de ne pas le perdre; îl lui avoua quo le travail ayant maiic^ué, ilavciit tout T( ndu, lits , habits, linge, pour nourrir sa femme et s(s cnfans, et qu'il avait fait la veille son premier vol , alin de ne pas périr de faiin.« Ne faites peint de bruit, lui dit. M. de Sallo ; je ne Tiens pas ici pour tous perdre. Jfe sais que TOUS êtes cordonnier : tenez , voilà trente pistoles que je vous donne ; achetez des cuirs , travailler à gagner la vie à vos enfans ; je ne vous abandonnerai pas , tant que j'apprendrai que vous travaillerez en honjicte homme. s>

Que cette action est belle > généreuse . attendrissante! On devrait décerner des statues à de tels héros de Thumanité, qui les méritent mieux sans doute que ces

héros guerriers , dont la gloire n'est fondée que sur des ruines, et ne s'accroît que par la perte ou par les ivialheurs des hommes. Quelle gloire que celle qui consiste à faire couler des larmes, à répandre le sang, à se jeter en furieux sur plusieurs milliers de ses semblables , pour les forcer a reculer de quelques toises , ou pour gagner quelque parcelles de ce petit globe, qui, tout entier, ne vaut pas la perte d'un seul homme î Quelque insensé loun a peut-tHrc de telles victoires ; mais les cendres encore fumantes des villes, la désolation des campagnes, ta mort ou les calamités d'un million d'innocens , seront des monumens lugubres des maux qu'ils ont &its aux hommes, II n'y a en quelque sorte que la nécessité de se défendre contre d'injustes agrès* seurs, qui puisse excus<îr aux yeux de l'humanité les tristes fureurs de la guerre. Louis XV parroïirait avec le dauphin son fils, après la bataille de Fontenoy , cette plaine couverte du sang et des dépouilles de plus de vingt mille guerriers. H' fut ému à l'affligeant aspect de tant d'hommes sacrifiés aux dissensions des souverains. Tout l'honneur de la victoire disparut à ses yeux ; il n'en vit que les effets et le malbcur : cr 0 mon fils 1 dit-il en gémissant , vous voyez ce que coûtent les querelles des rois l»

Ce jeune prince , si digne du trône auquel il était destiné, et, qu'il aurait honoré par' sés vertus, montra aussi Ini-nifiine dans la suite combien il avait le cœur humain et seasibk\ Ajaul eu 1q malheur de blesser à,

rm wmm^ 93

4« <Àasse M.deChambois âon écuyer , qui mourut peu ^rés^ il en fut aa désespoir. Il écrivilà la-rraw^ q«i était prAad'aocoiielMr , la lettre la plm totidMnitift » pour rassurer de toute sa pvotoetieii. <r Ma seule consolation »

ajoutaitMly après l'horrible malheur dont je n'ose me retracer ridée , est de contribuer, s'il est possible, à la vôtre , et d'adoucir, autant qu'il dépend de moi, la douleur ipeje ressens comme vous, a» Il vovlut tenir lui-même sur les fonts de teptèoie , avee madame la danphine, le flis de M. de CnamboTS ; eteommeoii lui représentait que cela n'était pas d'usagée : a II n'est pas d'usage non plus , répondit-il , qu'un oracierdu dauphin périsse par la main de son mnllre. »

JBiei^aiêant. La bienfaisance est im doux pendiant^ une vertu oélesteqpii nous porte à obliger nos sembla*- Mes, i leur rendre serviœ 9 à teor Êitre du bien. Bien B|approche plus m mortel de la divinité , que d'être ' bienfaisant : il est la plus iidèle image de Dieu , (jui no cesse de répandre ses bienfaits sur les hommes, (c Les plus beaux présents que le ciel ait fait à l'homme , disait Pythagore^ sont de dire la vérité, et de faire du bien aux autres : car ces deux choses sont les œuvres de Bieu. n

Les Sycthes,poursuivis par Alexandre jusqu'au milieu des bois et des rochers qu'ils habitaient , dirent à ce conquérant , qui voulait passer pour le fils de Jupiter- Ammon : a Tu n'es pas un Dieu , puisque tu fais du mal aux hommes, d Ët , en effet, à considérer avec des yeux sages ce prince^ iqui une aveugle admiration n'a pas en honte de donner le nom de grand , on le voit mettre son plaisir et sa gloire à embraser les villes, à ravager les provinres, à renverser les trônes, à faire des nations le jouet de ses armes , «t des peuples qui ne lui avaient fait aucun mal , les victimes de son am* bition. U traîne des milliers d'hommes après lui pour en détouire d'autres. Quel fléau pour le genre humain I Quelque brillantes qualités qu'on reconnaisse en lui , I il n'est pas moins vrai que sa gloire neconsistequedans des calamités réelles ; qu'il ne s'est rendu célèbre qu eu faisant une iniinité de malheureux, et^que toute sa puissanoe n'atteste que les maux qu'il a causés à l'uni-

{lassé commû un torrent pour la ravager , et non comme «n fleuye majestueux pour y portu^ la fertilité et Taboudance* On sait la réponse que fit un pirate i cè prince , qui y l'ayant pris , lui demanda quel droit il

avait d'infester les mers. « Le même, lui dit celui-ci <ivecune noble âerté , que vous avez de piller l'univers.; mais parce que je le fais avec uu petit navire , on m'appelle brigand , et vous qui le £aites avec une grande ilotte f on vous nomme conquérant. »

Bien différent du vainqueur de l'Asie , et infiniment plus digne du titre de Fils de Dieu , Pauguste fondateur de la religion clirélieuiic ne s'est signalé sur la terre que par ses bienfaits *. Sincère et généreux ami des bommes, il les a aimés autant qu'on peut s'aimer soimême : il a fait plus , il s'est sacrifié pour leur faire du bien. Toujours attendri à la vue de ceux qui souf^ fraient , son attendrissement ne se bornait jamais à une compassion stérile ; il ne voyait des malbeureux , des affligés, des malades, que pour les soulager, les consoler, les guérir. Quand il n'aurait été qu'un pur bomme , il eût mérité l'admiration et l'amour de l'univers.

La doeirine qu'il est venu annoncer ^ et qui est con^ signée dans l'Evangile 9 ce livre divin , qu'on ne saurait lire sans devenir meilleur **, est une nouvelle preuve de la bonté de son cœur. Sa morale est si pure , si bienfaisanUi , si propre fi fairc^ le bonheur de la société , qu'il n'^ a que la baine ou ia prévention la plus aveugle qui puisse le nier ou en douter. Chose admirable ! dit le célèbre auteur de l'Ësprit des Lois , la religion cbré-

* Prclransiit bnnefaciendo. Acl. 10.

** Ce glorieux t<^moignni<e , lo plus beau qu'on paisse donner ù uu livre , lui a élé rendu par J.-J, Jiuusscau , qui d lail encore ie plus magniûque éloge de nos livres sainls dans son Emile , où la force de la vérité lui fait dire : <k le vous avoue que la majeslé des Ecritures m'étonne t la saintelé de rEvangfle parle à mon cœur. Toyez les livres des philosophes avec toule lenr pompe ; qu'ils sont pelits près de celui-là t Se peut-il quun Vivre, à la fois si sublime ( t si simpU , soit Touvrage des hommes ? Se pcut-ii qû^ celui dont il a faii l'histoire , ne soit qu'un homme lui-même ? Quelle douceur, quHlo ])Hreré dans ses mœurs ! quelle élévation iUas m maximes i queik profonde sagesse dansées discours l »

tienne > çui ne semble avoir d'objet qne la félidté da Tantre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci. »

Oui, nous osons le dire, les maximes de VEYBUffle^ fidèlement suivies , réuniraient tous les hommes par les devairs les plus aimables et les plus doux , et feraient; de toutes les nations un peuple de frères et d*amis. Le premier instituteur des cénobites, l'illustre abbé Pacôme, était né en Egypte de parens idolâtres. Enlevé fort jeune à sa famille , pour servir dans Tannée du grand. Constantin , il fut fait prisonnier de guerre à Tâge à» Tingt^ ans 9 et eonduit dans une ville où il y avait des* chrétiens. Us ^empressèrent à lui donner , comme k tous ses autres compagnons de captivité , tous les secours dont ils avaient besoin. Charmé de leur charité, cfficiciise , il aima une religion qui inspirait une si tendre humanité pour des étrangers, et il l'embrassa* Si vous voulez qu'on dise du bien de vous , faites-eiu Les bienfaits sont des trophées qu'on s'érige dans I9 cœur des hommes. S*ils ont quelquefois la faiblesse d'accorder leur admiration et leurs éloges à ces fameux dévastateurs de la terre , qui n'élèvent l'idole de leur grandeur que sur des ruines et des débris, ils aiment, ils chérissent , même après leur mort , ceux qui ont mieux aimé être les délices one la terreur du monde. Le souvenir des Louis XII et des Henri IV sera toujours cher à la France ; celui des René et des Léopold à la Lorraine. Celle-ci oubliera-t-elle aussi jamais ce roi philosophe, si digne de remplacer ses anciens maîtres^ et qui méritait de régner sur tous les peuples ? Plus content de gouverner un petit état qui l'adorait , que d'être le maître du monde , il se plaisait à répandre sr ,s trésors sur ses heureux sujets , et à signaler tous \es jours de son régne par des bienfaits qui lui ont mé ritè le glorieux titre de Stanislas-le-Bien faisant, nom infiniment préférable à celui de grand, d'auguste, ou de» victorieui^. Semblable à cet empereur qui fut surnommé^ Taniour et les délices du genre humain , il eût regardé^ comme perdus les jours qu'il aurait passés sans faire dm bien. Il pouvait se rendre le même témoignage que le; premier de ses deux prédécesseurs dont nous venons; de parler. On lisait un jour à René 11 la vie de Titus ,

i'oA était ^ cet endrmtoik ce prince^ ayant pass^uq

jbiir sans âvwr accordé quelmié courtisans : <r Mes atnis , yài pel

^ L'Jn^tiieux anfè^jf dû Uvte dcf? Maximes ^dll qu'U n'est pas si dangereux rfé firire du mnï à la pluparl Aeà hommes, qtie de jetir fairb ftoft de hielî. Né prodons

pa^ dssej^ d'àîWéf à rendre Service

m de prêter volontiers une main secouraWe ;\ ceux qui sont dans le bèsofn; il faut que rinclination bîehfti-

gée Star les qualiM^dé» Mlitoiflltssf ttM ^,.„

l'tfllMSS'Iïà uMtbit j^oéte a «fit très-Keii :

<r §i vous faites du bien, dit le gage , saiQhez i qnî

Y^us le faites : et ce que vous ferez de bien plaira beau-

côup. Faîtes du bien au juste , et vous en recevrez une

grande récompense , siaoa de lui , au moms du Seigneur »

Voulons-nous dette ^e nos t>ieiiiaitssoient approuvée . d^ Dieu et des hommes , et nous soient infinhnent utiles à 'nèuà^îoiêmest attaclions^ous à lies verser sui? les plim nônnêtes gens, sur les personnes à qui ils sont le plus nécessaires, sur ces infortunés que les maladies, une nombreuse famille ^ des. aocideas. imprévus ont reduitâ^ dans le jplus triste état , et qùi , malgié leur trav«ûl et leur lH>nDO conduite ^^pnwveYit iesri^eun^^Vafifireiiee ^uvreté. Moins il» sont dignes de leur sort, fthis il» sênt dignes de nôtre compassion. Hâton&-nous de leur donner du secours, épargnons-leur la peine do nous le demander : souvent la lK>nte les retient ; et tandis que la faim est prête à les divover ils^n^'osenl: eneeee élever

*^La Roche fodcanît;

D£5 KfoÉrîms. 21

iteAilvlh;; QtfM hàïrettx moment pour vôas , que ctlm ou \9\îê pàtirrez ësStiyer leurs la^rmeà et répandre la pie d^ fe^t coBUr t QuèHê bêtiédietiôtï , dpielles âclion^ dé gfâie(» j limite vive teconnaî^satice de la part dè cèux qn'm « àftiSt iigëaflfili^^ «(ytifâolès f Eiit-il sur^ la terfH «At

Steriftrrtt eew tfès iWèSfeefiitoéi , 'èt fTfeii rèCévôff llf îM 'féttfe^gnages ?

<r Un -immtve , dit le poète Sadî * , était bienftîsftti-. Hîi joiir il dé|;iltit an pritïcé , et îlfut mis en prison ; Mis lé ééàple ^midth Ék ÀëlivrantjGe : les gàtHéi M mû^A ëk pimai ëkmlbl% $ lè^ i^WrtisanS iùèihtf l^fl^fit iffi rtH de m vérlàâ, et fe roi lui ptfHotinà. Venlaèz, aîoiite Sadi, lèjardth dé votre père, pour en a^ïi^etér trn seul cœuî. Krùlè^ \ës meubles de votre Aaisoh , si vous manquez dè bùîs pour préparer le repas de Mtè %ûià. Faites cfai Mêfl à m èhiieiriis , faites-leur Aès pi^jjënàf Hè ïhiâiâm jbii^ tè itui aboie ^ Met^

Tl' èst éé fue fît Tempereur Charles IV. Il sut qu'un de ^ offitters, sédriit par l'arguent des ennemis, niédiîait de Tassassincr où de Fempoisonuer. Il le fit venir, et lui dît : à J'ai appfris avec peine que vous n'aviez pas le moyen .de marier votre fille qui e^t déjà ^ande. Tenez; toilà ihillé tfuèa^ poitr sâ flbt. i> On peut juger de la surprise de ce traître , qui renonça aussitôt à son projeC CriraineL

Le cardinal Mazarîn agit de même. Ayant été instruit

^''ue tàiAé Quillet était Tauteur d'an poème latin où il tait Slà^ët ibàltraitë , ii^ui fit dire qu'il avait à lui Àailer. O^^t , qut de cropit lAeïi çaobé ^ rte balança pas â ée présenter. Le cardinal lui fit d'iàb<rfd des eom- ' pliraenè sur la beauté de son poème qu'il avait lu ; il se

!)laignit ensuite avec douceur dé ce qu'il l'avait si cruelement déchiré, a Vous savez , ajouta-t-il , qu'il y a ong-tempi què jë v6iis eêiixùié ; sS je Àe vous pak

MZéléhrft pnAfp pprsnn ^ (jui écdvait^ans Ic troisième siècle.

Dans 91^ ÇikUifç^i WJb^ ^ttfMiou 46$ ^uim f-foim^

encore fait ^ l)ien ,^*éist que des importuns m'obsèdeftt et m'arrachent Jes grâces. » Le poète confias se jette à ses genoux* Le ministre le relève , et demande k Févdde Fréjus, qui avait la feuille des bénéfices , s'il n'y avait pas q[ueiqae abbaye vacante. Le prélat répondit qu'il y eii avait une de quatre mille livres, a Je vous la donne , Quillet^ lui dit le cardinal ; apprenez à ménager davantage vos amis. » L'abbé se hâta de désavouer la première édition de son poème, de la corriffer, et de substituer réloge à la satire : il supplia mémele ministre d'en accepter la dédicace , ce qui lui fut accordé.

Les hommes se prennent par les bienfaits , qui gagnent les ennemis et attachent les amis. C'est surtout à Tégard de ceux-ci qu'on doit ùive bienfaisant. Aimer quelqu'un , c'est lui vouloir du bien ; un amour stérile n'est pas un. véritable amour, e Faites du bien, dit le Sage , à votre ami avant votre» mort''* Faites-lui da bien tandis que vous vivez : le temps des vraies libéralité est la vie. N'attendez donc pas à faire part à votre ami du bien dont vous êtes maître , que vous soyez sur le point de ne l'être plus. L'ainilié ne fait pas seulement des héritiers , mais aussi des compagnons ; elle rend commun ce qu'elle possède* JLe duc de Longucville laissa la chasse libre sur ses terres à tous les gentilshommes ses voisins , disant « qu'il aimait infiniment mieux avoir iles amis que des lièvres. »

Croyez de même qu'il vous est beaucoup plus glorieux d'être aimé que d'être riche, plus avantageux d'avoir de bons amis que de l'or. Si vous avez dans vos coffres de Targent dont vous puissiez vous passer , qu'il soit au service de vos amis , quand ils en ont besoin. Déployer tout votre bon cœur à leur égard, en leur offrant plus même qu'ils ne vous demandent. Témoignez plus d'empressement et de plaisir à leur donner, qu'ils n'en ont à recevoir.

Voiture , si connu dans le dernier siècle par l'enjouement de son esprit, qui le Cousait rechercher des personnes du premier rang , et par ses lettres qu'on lit encore aujourd'liuL avec plaisir, ayant un jour perdu au jeu sur sa parole, chez le prince de Gondé, quatorze

DES MOËiTas. 29^

cmts jpistoleft^ écrivit à Tabbé Gostar, son lidèle ami ^\ jmrn lui demander deux cents pistoks qui lin mann

qnaient, et lui offrit son billet. Costar lui repondit :! a J*ai une extrême joie d'être en état de vous rendre la petit service que vous désirez de moi. Jamais je n'eusse pensé qu'on eût tant de plaisir pour deux cents pistaleit* Après Tayoir éprouvé , je yons donne ma parole qnd j'aurai toute ma yie nn petit fonds tout prêt aux ocei^ fiions où vous en aurez affaire. Je vous avertis de plos

Îu'iiii de mes amis a toujours mille louis dont je puis isposer corame s'ils étaient dans votre cassett(^ Je ne voudrais pourtant pas vous exposer par-là à quelque perte considérable* Un de mes amis me disait mer que feu son bien avait été le meilleur ami qu'il eût au monde. Jè vous conseille de garder le vôtre. Ordonnez-moi néanmoins hardiment tout ce qu'il vous plaira : vous ne sauriez prendre tant de plaisir à me*^ commander que j'en aurai à vous obéir; mais quelque soumis que je sois , je me révolterai ^ si vous voulez m'ohUger à prendre ' une promesse dr vous. Je suis surpris que vous en usies ainsi avec moi , après ce que je vous ym fiure fautre jour pour M. fialzac. i>

Le Irait dont parle Costar à la fin de cette lettre , qui est un chef-d'œuvre d'amitié , est aussi très-beau , et prouve que Voiture était lui-même généreux et bien*faisant à l'égard de ses amis. Balzac lui ayant envoyé demander quatre cents écus à emprunter , Voiture prêta galamment la somme ; et prenant le billet de Balzac , il mit au bas : or Je soussigné , confesse devoir à M, Balzac la somme de huit cents écus , pour le plaisir qu'il m'a fai t de m'en emprunter quatre cents* » 11 donna msuite le billet au domestique cpi l'avait apporté » afin qu'il le remit à son maître. Ce biUet fidtplus d'honneur; à Voiture que la plus ingénieuse de ses lettres.

Tout le monde ne peut pas imiter de si beaux exemples, qui sont rhérofsme de l'amitié: bien des personnes ne sont pas assez riches pour cela , et beaucoup de

Îéres de famille ne pourraient le foire sans indiscrétion»* 1 faut toujours, comme nous l'avons déjà ditt régler sa bienfaisance sur son état et sur ses moyens. Maig autant qu'on le peut raisonnablement , il ne faut se

veftiser àancunefegpcafiiong ^ seprégeAteoit 4e.f&A4'?

sçryice à ses Rniis^. Oja perd auprès de biejçk (Jc^ e^çxjj tout loérite dg^ U^i^li^ passés^ lo^u'oi^ {l'ai{ \:|;î^ plus ùsij^. Gdiii qjuii , ppuy^( çbW^e^ toy|ours, j^g fait p^, 4oBM iteu 4^ mm qu'U ç^Ug^ quç wr

intérêt, ouquil «sûme pju^t L'awiti^Q,> .ç/?p^|g/!¥ll|^ s'i^'înt quand oo n.e l'çntrelieiit pas^.

ii iiisLaire grecque nous ea pffre un trait également ÎBSiruelif et tnuch^t, Pér;io|/{6 ^^vait eu pour uiailre un pUiiqsophfi Jà^mmi Anaxagpre. Comme ija#Ui:§ ét«^ tué j^UYn, MiioU» |uî ^^nwiit chaque >pi^ .w/^ IlilîtesQiiiBQft d'wgwt pour iriyre. 4pF^ quoique^ alignées , Péridès m trouva à la téte de Tétat > et ses grandes occupations lui firent oublier son ancien ami. Auaxagore fut si touché de cet oubli , qu'il ré^iolut de se laisser XBOimr de faim..lliieiCoiioh4.(i^ntre tisfxe^ et s'enve? lof^ la tâte édf mm mant^. « Instruit de

mplution , se traaqioTta (ii^M, PPnjyra dé ^ oopsenrerpour lui^ qui avait un si grand besoin desesi conseils. Anaxagore, levant la fête, lui répondit avec douceur : « Quand on a be^ijqi dç )a lumière ^ ^f^ lampe, il faut avoir aoin d'y ]Siett$f^ 4i^' Tl^uile. »

Dès que tous savez que vos am]%siiiiefL jj^n^^ i^^f^i^e^

nUMwéàz pas qa'ibc^aémsmt à m^% î ftp^^•gR^-^çp^

la honte de you& avouer Iiipr H^t, , et peînq d^ dfn mander. Cherchez même, ai you^ le pouvez^ quelq[]^ moyen honnêl(; , pour mén^er leur sepsible délicatesse, comme fit DesjpiéjuUL ^.It'i^g^fd» ?nii. Ç^.

oél^eaT4>cat; tpi avait e^ moins mn de ^ ^i^^fiq^^ de âa gloiva, aavoy^l H^uik m 1% fin de ^ j^Wf à UM si estvôme indigence > qu'il était sur le point |^ pour satisfaire uu créancier qui Je pressait , dq vendre à un prix assez modiqu^ ses livrer ^ le çeul bien qui liit restât. Despréaux Tapprit , et alla ^HlêU^t lui çn offv^, près dun tiers de plus. Itlifli ayaoli (CWQij^ IVgçjU t il mit daag k maické iiiiBeoiiditîp9.aâ WlVVit «Igréa*- UMMit spn ami t ce fut oo'il gardy^ai^ w^ U.Y^ ^W^^ auparavant , et que sa biWqtJ^àquAn^^^Sai^ au:^!^^ vivance à Despréaux.

La véritahie amitié nase bmua pas, t(v^}Oiu:^ i du bien à son ami pendant aaii0,elkétw4 9^^101(1^41 866 UMiaits aurdelà mèamàn tmèm^ tM']wmm W MUi aoqmttont poiqteAYfa&lMJUniâ que iidUtilâiiNi^SlA^

BBS |IOIBI»f.

Ifeltf sommes redevables à Içmf mm , à leux gl^e 44

fii^ille. Ils doiveot vivre dans potre mémoire le souvenir , dans notre bouche par les Qip|;iift ^ à^f^t fgiliejpœur par les sentimens de bienveillance «at^ts

Iwif mollis i( 9'il#fia}iwwilt 4m 1^ ji^wân* IJxi mp»f, trat perdit un <Ei|m , qoi en mpurant laissa d^ dettes ,

et déni: onf$in$ en bas â^c , sans bien. Ce magistrat

retrancba aussitôt son train ^ sou équipage^ et alla se

loger dans un faubourg , d'où tous le^ jours ^1 vepai(

W palais k pi^d. Soupçonné d'avariée p^ les uns ,

fi€m^ (1^ win^aîse coiid)iitoMr les autres^ U ft4 e|i

l^ptt^ k Umtm les csilommed^ A^ bout de dem ^us , i\

reparut dans le monde. Il avait épargné une somme da vingt mille francs ; il en employa une partie à naver les dettes de son ami , et plaça le reste au prout de ses #p(aus. ^tiop 4'»(mÛ9 ^ ^ tûçnia^appo e^ su^

Donnez de bonne grâce : une belle manière AjloatQ 1^1 nouveau pfji( aubiçnÊiil ffOi^m, vei|t faire;

(fBI^Wf dwmv deux fois que de dû^n^i* vite ; mais c'est faire un prési^t plug de ç^nt Ibis , que de le faire do bmm grà^ Jl^iip^rtuis , qvi $u:(^pipagpait le roi de Prusse ^ lu f^m^ 9 fut fiiît pfisQunier à la bataille de MoIwiU » ^ emtaît à Yi^Qe. te graudfdupdo To^ne, fût iffpim empereur sou^ le nom de François 1*' , voulut voijr un bomme qui avait une si grande réputation, U le traita avee estime» e\ lui demanda s'il ne isi^greti(ait paft quelqu'un d^^ffe^s que les hussards lui ^vAiàiiitttalivilr Maiif^r^ }oiig-temp«

montre de 6ra£am dont il se servait pour ses obser-

vatlbns astronomiques. Le grand^ duc , qui en avait un^ flu même horloger , mais enrichie de diamans , fUt pu mathématicien français : a C'est une plaisanterie

que les bussards ont voulu fidie ; ib v^wi rapporté

l'flGOLB

Totre montre. : la voilà , je vous la rends, jo II n'étaif ' Ifuëre possible de faire un présent d'une manière plus ingénieuse et plus obligeante*

C'est sottise de donner de mauvaise ^ràee. Le plus ilifficile est de donner ; que eoûte-t-il d y ajouter un fourire? En faisant du bien, ne faites point de reproches; et quand vous obligez, que voire visage et vos paroles obligent encore plus. La tristesse de celui qui donne , offense celui qui reçoit et ùte tout le prix du hienfait. Queiq[u'un se plaignait que le cardinal Mazarin donnait de mauvaisi^ grâce : or On a tort djd se plaindre , dit le comte Bussi ; on est plus obligé à ce ministre qu'aux autres , car en donnant il décharge de la reconnaissance. »

Les manières dures et impolies de certaines personnes gâtent tout le bien qu'elles font, a Mon £ls , dit le Sage, ne mêlez pas les reproches aux bienfaits^ et ne joignez jamais à votre présent les parois tristes et a£Oîgeantes. La douceur des paroles vaut mieux que le présent même *. » ïliompscn , auteur du beau poème îles Saisons , était pressé par un cré«ncior. Quin , Fayant appris, vint le trouver, et lui dit qu'il était son débiteur de cent livres sterling , parce qu'il avait résolu de faire des legs à ses amis et à ceux qui lui avaient fait plaisir. « J'ai lu, ajoute-t-il, avec un plaisir inex« primable, votre excellent poème , et j'ai cru qu'il valait irieux vous payer de mon vivant, et lorsque vous en avez besoin , que d'attendre h le faire après ma mort. »

Cett(> maniée de faire du bien est un second birafait. Louis XIV én usait do même : il ajoutait presijue tou« jpurs quelque chose de gracieux aux grâces qu'il accor^ «ait. Quand il donna révéché de Ntmes au célèbre abbé Fléchier, il lui dit : « INe soyez pas surpris si j'ai récompensé si tard votre mérite; j'appréhendais d'être privé du plaisir de vous entendre prêcher , si je vous faisais évéque. d Dès que la riche abbaye de Saint- Germain-des-Prés fut vacante , il y nomma le cardinal

^.. Verhum meliut mtàm datum. Bidi. 18. La livre iterling faisait 20 francs en 4i|gleterre, ou 21 livres 15 s.de Frnpce r le sekemna, qui cstle sott d'Aogletem^Talail

d'Estrées, et lui dît : <r A peine ai-je appris la mort du cardinal de urstembeig ^ que je n'ai pas youlu tou^ hisser le temps de demander «m abbaye m m£me de la' aonhaiter. a •!

Si Totre rang tous met dans le cas de répandre detf grâces , tâchez de le faire aussi gracieusement. Lorsque vous pouvez donner dans le moment même , ne pei^ mettez pas qu'on vous sollicite. Ce n'est, pas être libéral

Sue de céder à Timportunité , c'est acheter son repos. n ne donne qu'à demi ^ lorsqu'on ne donne pas dés Is jour qu'on peut donner. II semble , par ce défai , qu'on cherche du temps , pour trouver les moyens de ne rien accorder : c'est témoigner au moins qu'on n'oblige pas avec plaisir. * U vaudrait mieux en quelque sorte refuser nettement et tout d'abord , que de faire trop attendre. C'est une' espèce de bienfait , que de refuser sur-lft*<hamp,^ Uni gentilhomme était venu à la cour de Jean II , roi da Poi tun^fJ, pour demander une grâce. Le prince la lui refusa dés la première audience. Le gentilhomme re-^ mercia sa majesté avec une grande effusion de cœur. Le roi , croyantqu'il neFavait pas compris^ lui demanda, s'il n'avait pas entendu qu'il lui avait refusé sa demande» * Oui , sire» répondit le gentilhomme , et c'est pour cela même que je remercie votre majesté. En me refusant: sur-le-champ , elle me dispense de rester plus long-temps à la cour, pour y solliciter inutilement ce queje^ ne devais pas obtenir. » Le prince sourit à cette léponso^ inattendue, et lui accorda ce qu'il demandait.

n est aussi louable de refuser avec raison que de^ donner à propos. Si vous ne pouvez pas accorder ce que) l'on désire, qu on voie qu'il vous en coûte pour refuser» Diminuez la honte du refus par des paroles gracieuses et adoucissez ce qu'il a de désagréable , par la peinOi ou'il paraît vous faire à vous-même, a Les belles paroles^, oisent les Italiens, valent beaucoup, et coûtent peu Un magistrat attendait que Léopold, duc de Lorraine sortit de son appartement y pour lui demander un emploi dont il ne savail pas qu ou avait déjà disposé ena £aiYeur d'un autre. Le duc, pour lui épargner le désa-.

f S<mor di hwca^ ami va{9# tW CQ9t9^

M ëSàmM

grément d'uR refu^ , lui dit t < Soyez content ^ Rionsienit^ Totre ami vient d'obtâ%i£ly,chs^.9l^1N^ demandoB pounlfii. » * . '

Un homme de oonditioD demandant grâce à HtM^fl^ pDW wm mfrm qtd Malt muÊtoA pKmmâib y ce prince lui dttr avtaoliQnnAtèté^ à Jé mm Acné ^ monfli^Fy^

Sue je nç puisse pas tous aecoid^r oe cpio vous më emandez : il youi sied bien de faive Inonde et h mof de £|inB 1a riÂ. feoLeuse wtM^ demande , eomaranio^

C01 Qiaoièni da, leAiai» éqidMloBt ff^^qm A ttf . Ucnfail Un iefiia obligeant gagne phm le , ^hnié^

grâce mùfiie , accordée à force de prières. Célni qui demande et qui n'obtient pas , est doublemeikt kuQiUiér il y a de la cruauté à y joindre des paroles méprisantes^ des railleries amèsea on de mauvaises fiiçMa } e^eaê- Tonloîp se faim des ennemis et ^emoser qnel^iefoîa dea ventéa^désagiéaUei. Aféèa-ln-nraîit'Âi pensionnadiei Bamevelt» ses enfima firent une eoiispii^ ration contre lo prince d'Orange , pour venger leur père qu'il avait fait mourir injustement. L'aîné fut pris et convaincu • Madame Barncvelf demande audience k ce prince , et le prie de ki aceoider la grâce de son fil». Il M lui Delusa d'inie manièifi Msw aainlUnte» en Inl disant q[n'ii était surfais de^ fai voir demander grâee^ poiir son fils , elle qui r^e l'avait point demandée powr son mari. (]ette dame, piquée de ce reproche , lui ré^ pondit avec beaucoup de noblesse et de fierté : ce Je n'ai pas demandé la> gràoe> de mon époui^ , parce qu'il étaî4 mnoieeiity mais je demande eelfe de mon §1^, paiee^ qpiUk est oeapaUe. a» EHese vetiM*

Ceux <][nt smt dans le eas d- amvde» beaaeoup > se trouvent aussi dans la nécessité de refuser souvent. Mai^ une parole honnête et polie est une grâce dont ils ne doivent pas être si avares , puisqu'ils sont toujours les maitrea de Faecorder. LônisXIV y manquait iaremeii4|( et si se» refus «faientm qnelqueciMeededdsagiéahle, il savait mieux- que personne les réparer ^ comme il fit à l'égard de madame de Maintenon. On sait qu» cette dame, dont In méiite était égal à la beauté, se trouvant pauvre et sans ressource , fut mariée au poète Scarron , si célèbre dan^ le dernier siècle , par son

ësprH auflfii gwtescpie que $a figure; Àpfès la mort de poète > dont 1© prineinal bien était uoe pension do iea% BiiUtt livres qu'il flrail do la wêx, eUe employa tous ses amis et toutes m| mot^oiis po^T obtepir que la peaiioM hii Al ewIlBfMe; wà» ee mt teutilement, L^Tci ftit même ai rebuté éa'gvnmil nmnbrede plabet9 qu^on lui présenta à ce sujet , qu'il dit : <t Euteodrai-je toujours parler de la veuve Scarron? d Quelque temps apH^y elle plut à madame de^ Montespan ^ par up com-pjiiné&t flatteur qu^elle lui fit , lorsque , sur lo point do partir pour le Portugal, elle Iqi dit qu^dle n^avàk psti imilu quitta* la Franee fans eH av^ir m la nierveflte. Madame de Montespan l'engagea à rester , et ayant appris d'elle le triste état de ses affaires , elle lui demanda un nouveau placet qu'elle se chargea de présenter au roi. iiorsqu'elie présenta ce pi a cet : (( Quoi I s'é^i^

de Mpntespafi > il y a loDg^tempa que vous oe dénies piM «A entendre parler : il e»t éfonnant que votre

majesté n'ait pas encore écouté une femme dont les ancêtres se sont ruinés au service des vôtres. » La pension fut accordée. Madame Scarron alla remercier sa biaiiûdtneey qui fut si eharmée des grAeea de sa cou** twnatioH , qu^e la présenta an roi. Ce monarque , qui à heaoeéup d'esprit joigrmit beaneonp de poHtttsse » et qui , comme on Fa déjà vu , savait tourner un compliment gracieux , lui dit : « Madame , je vous ai fait attendre lon«»-temps; mais vous avez tant d'amis, que voulu avoir seul ce mérite auprès de vous, d

^ooooow•co<•9oop<çoaooc90oo^c^!poopo^oo9ooQ8ooPO^^«w^g•»»

^^ppelez varement u^i service rendu

^ feiçijfoi^ii'w bi(i^fait pç<"du.

I^NE âme généreuse ne perd jamais la mémoire des biens qu'elle a reçus, mais elle oublie ceux qu'elle a faits. Ce qu'elle se croit surtout interdit, c'est d'y penser pour en £aire dea reproches , ou pour les rappela môme

96 l'école

à la personne qu'elle a obligée. £Ue croirait en pefdie le jnériteet la gloire» si elle les remettait sous les yeux d'un ami : ce souyenir n'est honorable et pe consent qu'i lui.

S'il est plus doux do faire du bien à ceux qui en auront de la reconnaissance , il y a pins de vertu et de gran-* deur d'àmeàeu faire à ceux de qui l'on n'attend rien* La récompense de Thomme bienfaisant est dans son cœur. Il n'est jamais la dupe d'un ingrat , parce qu'il se rend toujours le témoignage d'avoir ftit son devoir , d*avoir pratiqué une vertu. D'ailleurs , s'il a obligé sans espoir de retour delà part des hommes, il n'a pas renoncé au prix que le ciel a bien voulu attacher à la bienfaisance. Léopold, duc de Lorraine, avait comblé de bienfaits une pmonne qui fut ingrate. On en parla au prince , qui répondit : a Je ne dois pas me plauidre de son ingratitude , puisque je ne l'ai obligée que pour moi. »

En secourant les malheureux , que ce soît le cîésîr de soulager nos semblables qui nous j engage , et d'autres vues plus grandes encore qu'inspue la religion. Que le vil motif de l'intérêt, ni l'espérance niême de la grati-* tude , ne soient pas ce qui nous détermine : nous seriona souvent trompés dans notre attente. Songeons à bien faire , plaroiis nos bienfaits le mieux qu'il nous sera possible, et laissons à ceux que nous avons oI)iigés le soin do la reconnaissance. Me comptons pas même beaucoup là-dessus : le monde est plein d'ingrats. Mais» comme le dit fort bien La Bruyère : a II vaut mieux s'exposer à l'ingratitude > que de manquer aux misé* rables. »

La rraiii((^ de faire des ingrats ne doit donc pas nous empêcher d'ouvrir , en faveur des indigent , la main de la bienfaisance. Devons-nous nous attendre à être mieux traités que Dieu même? Ses plus grands bienCfdts ne font'-iispasiesplusgrandsingrals? Ceux qu'il a comblés de biens ne sont-ils pas souvent ceux qui en abusent le plus, et qui le servent le plus mal ? L ingratitude que les hommes auront pour nous , pourra nous devenir plus avantageuse que leur re<connaissance , en épurant notre vertu , en nous rendant plus agréables et plua semblables & Dieu.

BËâ MOEUfiS. 37

Quoique ringiatitiMle soit un monstre qui naisse comme de Iiii<»miême dàns le cœur de Fhomme , et y

procure les sentimens les plus odieux , il faut avouer aussi que , si l'oa voulait pénétrer les intentions de la plupart de ceux qui font du bien , on découvrirait souvent que les reproches d'ingratitude qu'ils font^sont aussi mal fondés que leurs droits k la reconnaissance. Comhien de personnes sont les premiers auteurs de Tingratitude dont elles se plaignent I La bien&isancepure est presque aussi rare que la vraie reconnaissance.

Ce n'est pas que nous prétendions excuser aucun ingrat : quel que soit le motif qui ait engagé à nous faire du bien , nous devons toujours le reconnaître* Hais voulez-vous qu'on en ait de la reconnaissance » obligez avec zèle, avec affection, et dans la vue de faire plaisir. Témoignez de la joie y de l'estime , de l'empressement , et l'on vous témoignera de la gratitude. Avez soin surtout de ne pas perdre le fruit ni le mérite du bien que vous fautes , par de mauvaises manières qui le précèdent , qui l'accompagnent » ou qui le suivent.

Les plaintes et les reproches ne guérissent de rien ,

et ne servent ordinairement qu'à faire mépriser ceux qui les font. Celui qui reproclie ses bienfaits et ses services, montre qu'il n'a obligé que par vanité ou par intérêt. 11 y a dos gens qui vous répètent éternellement qu'ils vous ont fiiitce ^e vous êtes. Est-il rien de plus cruel? et ne leur aurait-on pas plus d'obligation de ne leur en point avoir ? Quelqu'un reprochait à une personne qu'elle lui devait tout ce qu'elle était : a Cela était vrai il n'y a qu'un moment^ reprit l'autre ; mais à présent cela ne l'est plus. »

S'il y a souvent de la dureté et peu d'honneur à reprocher le bien oue nous avons fait , il est quel^efois permis de le rappeler , pour engager à la reconnaissance qu'on doit avoir et qui nous est devenue nécerèaîre. Un soldat romain allait être jugé par l'empereur : a Prince, lui dii-il , reconnaîtriez-vous le soldat qui ,

Kur éteindre l'ardeur de votre soif, vous apporta de au d'une fontaine? — Oui , répondit l'empereur , mais ce n'est pas toi. — Vous avez raison de ne pas me reconnaître , répliqua le soldat ; car j'ai perdu depuis

3ft l'eçous

ee t6nip9-14 un çril en combattant war yw. » L'empe-

rçur, rayant cnv^'sagê avec çlps dall^plioft^ jeçon^i^^ m trait! i le r^comgensa

D fiiUt les mettre au rang des affaàfc* (seerèles. ]]^£ grai^d Corbeille dit m$q\Q daqs ype §çs j^îéçi^ ^

Un bienfait perd MgiÉee à le tivp yablier ;

Qui Teal fK*oà s'ç» MiiviiiiBft» il le InH aiàMn.

Lavraîo bienfaisance aime le secret. Elle ressemble à çû» ffr^i^ds Qeuyes qiû se retirent en silence des terrea sur leMpielle» U» mt porté la fertilité i^t richesses» Qm çofui que vous avez secpnra rignore» 8*9 se peut» N'imitez pas ces bienfaiteurs orgueilleux » qui publient

{Wtoul quelç[ues actçs de générosité que rostentation eiir a fait faire, et qui sonnent de la trompette, afin tPUte la terre sache 1^ ^ien qu'ils ont fait à de^ mall^eurwi^ Que leur orgueil repd leurs bienfadts re-'. doptfiim^et ^elqoefois humiliaus t Qu'ils appreuuent^

du beau trait suivant , la manière dont les amcs vrai*, ment généreuses aiment h faire le bien,

Grimaldi, célèbre pointre et graveur italien , aussi distingué par la nobJessa de seft scntimens et par sa, générosité bieufaiaante que par ses tâ^Iess» apprit letat misérable d'un gentilhomme siaUeq ^ qui it^U (ogé préa dû lui. U alla plusieurs foi$ jeter eu secret de l'argent dans sa chambre. Mais le gentilhomme ayant guetté soa bienfaiteur , et l'ayant surpris, se jeta à ses pieds , plein de reconnaissance. Grimaldi lui dit en le relevant : <r J'aui?is gpiUé daublemeyo^t le plaisir d^ vQus avoiv obligé, si jaYafspH vous épargner la sebed^ngi'fsitâtrQ redevable* a

Go n'est pas ^'il faille toujours couvrir dea ToiIe< du secret les fruits do sa bienfaisance. On doit, pour VédificationA pour Texemnle , les laisser qvdqueicis «

^Hl4 #pe;, jt^mv d>iiacTiî|4ç[W!S fi i^aJIvQ

Î^caii^ jQiir^ Mai^, ae qu'on doit surtout éviter , c*e^t •qst^ûtion qui veut tout faire avec éclstt , s%p8 diaçerner lest çi^mi^iances, où la, libéralité qU^HPa§9I« ^fimvdil 4

€pwffle^tllfwlt4oB^W? piett#»rya^ In plae9 d^e^dui

qui reçoit.. M fameux médecin Dqmoalin , aya^t été appelé daps iin c.ouvent pour \im jeun^. ^çmoi^Ue trèsrgrandq nais^çiuçe , mais fort pauvre on lui m fit r%¥^u m tli^aibiant , dans la ^Wt^ qf^ , n'étant

P»y4f U hb revint plu$. Il revint mjmà^nt, il

de eet argent on pAt le payer, et qiie as^istans ne st'ap$rçug§eat poâ cfô l'ia^^Qù^AA^ àm m^QJ^ de. 1^

xiiAladc^

II est l^au , il est grand de plus vouloir etro kiié du bien qu'on « ùit » de ne pas mimé ea Mnffrir Icf jusfi^iieinordineii» quelque déU<^tqiie soit ce plaisuPii qi» seflsUe étve la plus inBooente réeempense du biea<* fait, Henri II , roi de France , ayant offert la place d'avocat-général à M. de Mesmc , ce magistrat prit la liberté de représenter à sa majesté que cette place n'était pas vacanie. <r Elle l'est , répliqua le roi , parce que ja suis méoeutent de celui qui la reoipUt. — Pai deunsa^f moi , sire , répondit modestement M. de Meime , api4s avoir fait Papologie de l'accusé ; j'aimerais mieux gratter la terre avec mes ongles , que d'entrer dans cette charge par une telle porte. » Le roi eut égard à sa roraontran-f etf I et laissa l'avocat-gtoéral dans sa place. Ceiuitei étant venu leiendemaiu pour icmercier son bienÊiiteur, li« do Meemo eut beaucoup de peine à soufiiit qu4l l|d fit «es semerdmeiis pour une aefiou qtn itait , disait-il , d'un devoir indispensable , et auquel il n'aurait pu aiau^pier sans se déshonorer luiri^é^ne pour toujours.

La plouari des personnes bienfaisantes a'i|ttdndent dtt mimi» a ce léger tribut de la reconnaissance , ol elles ont quelquefris la fiuUesse de s'en plaindre t lois^^ ne le paie point à leur amotir-propre. (7est que la vanité , cette ennemie cachée de la vertu , se mêle souvent, même à notre insu, dans le bien que nous

40 l'école

fiuflons , pour Faltirer on le conompre. Elle ne'f^SÊÊe

même dans les libéralités les plus saintes : on n'est pas fiché que les hommes sachent ce que Fou fait pour Dieu, et l'on regarde presqifc comme perdues les auœôjias. ignorées. Mélanie, Tune des plus riches et des plus vertueuses dames romaines , ayant oui parier dW nint abbé , alla le voir et lui porta trois cents livres de vaisselle d'argent , qu'elle le pria de vonlcir bien recevoir, comme une part (ies richesses que Dieu lui avait donm^cs. Le saint abbé se contenta de lui répondre: « Dieu veuille n^oompenser votre charité l » EL se tournant vers son économe, il lui dit: a Prenez ceci, et dîstribuez-lc anx monastères les plus pauvres, o Mélanie , voyant qu'il ne lui disait pas une seule parole pour lui témoigner l'estime qu'il faisait d'un préscntsi considérable, lui dit : a Mon pére , je ne sais pas si vous laites allention que ce que je vous ai donné se monte à trois cents iivres d'argent. — Ma fille, lui répondit le saint abbé , c^lui à qui vous avez fait ce présent n'a pas besoin de savoir combien il pèse , puisque , pesant même les montagnes et les forêts dans ces divines balances , il ne peut ignorer quel est le poids de voire anrent. » Sainte ilélanie rougit du petit sentiment de vanité qu elle avait eu : elle remercia celui qui le lui avait fait remarquer , et prolita de cette Ic^u pour la suite.

La bienfBÛsance ressemble à ces parfums précieux ^ qui s'évaporent dès qn'on les découvre. Vous faites bien : voulez-vous faire mieux ? que je ne sache pas que vous faites bien , ou que je ne vous soupçonne pas du moins de me l'avoir appris. Pourquoi appeler eu Gonlidence un tiers entre le ciel et vous? Léopold, ce prince Uenfaisant dont nous avons déjà souvent parlé, aimait à faire du bien sans qu'on le sût. Un gentilhomme , qui ne lui avait jamais rien demandé, quoiqu'il fût dans le fcesoin , jouait avec lui et gagnait beaucoup. « Vous jouez bien malbcuieuseraent, dit-il au prince ; ne serait-ce pas un effet de votre bonté ? — Jamais, réi^ondit Léopold, la fortune ne m'a mieux servi , mais je devais seul m'en apercevoir. »

La fête que la viQe de Paris donna en 1770 , sur la place hû^às XY , au sujet du mariage de JLouis XYl ,

DESMOEUBS. 4f

«lois dauphin y avec Marie-Antoinette d'AuthchehLor**' Taine, Ait terminée, comme on sait^ par un désastre affi^eoXy où cent trento-dbux personnes périrent » et qn grand nombre forent blessées. Dans le moment même

qu'on faisait au jeune dauphin le récit de te funeste accident 9 on lui apporta six mille livres que le roi lui donnait tous les mois pour ses menus plaisirs. Un do ses valets de chambre allait serrer cet argent. Le prince lui ordonna de le mettre dans une boite , et d'appeler un page. Il écrivit ensuite quelques lignes , et après avour cacheté son billet, il le donna avec la boite à un page, pour le peu ter ca diligence à M. de Sartine , lieu tenant-pén oral de police, avec ordre de garder sur cette commission le plus grand secret , et de rapporter à lui seul la réponse du magistrat. Il lui écrivait qu'il avait appris le nudbenr arrivé à son occasion ; qu'il en était pénétré » et qu'il lui envoyait , pour secourir les plus malheureux , ce que le roi lui donnait tous les mois pour ses menus plaisirs , ne pouvant disposer que do cela. O^iand le page fut revenu avec la réponse de II. de Sartine , le dauphin, après l'avoir lue, la déchira, en jeta les morceaux au feu> et rentra dans son cabinet. Heureux les princes qui pensentsi noblement ! plus heureux encore les peupks qui ont de teU princes.

•gOOCO0O00Q0OQCQOO0O0OOO0OOOOOO^O9»SOWWOaOCW8WOO

Prêtez avec plaisir; mais avec jugemeat

fl

iMJ* faut prêter volontiers et gratuitement à ceux qui aont dans le besoin : c'est un acte de charité chrétienne , mais il faut le faire avec prudence. C'est un défaut de

prêter trop facilement et à toutes sortes de personnes , parce qu'on en est souvent la dupe. « Plusieurs , dit le Sage , ont regardé ce qu'ils empruntaient comme & ils l'avaient trouvé, et on fait de la peine à ceux qui les avaient secourus. Ils baisent la main de celui qui leur prête 90U argent , jusqu'i ce qu'ils f aiàat reçu ^ et ito

ifî fysik des I^DCWBSS^ avec dû& paioles hpmblef èt iMBMses. Maîiti|i|aadii faut rendre, ils demaBdetït dii temps, il» iwinpftiit. é»àifii«^j(Uint d^chagca et da

Quei(iu un dont la ysfacMB ^ âsfiMtte t^Mtf

ennuient et voua fatiguent, vous demaBde-4*â à €*nji» l^uator : profitez de roccadon } prêtes hil Wen vite ^ ét iOTOZ sur <pie vou* ne le verrez plus de long-temps.

UiDgialtliiie et l'isjustice de qu^ues^-enf ne doiTen| pas néanmeÎQf nMf milre dms ^ et mus exnosçr à être injustes noi^méms , en- ramant généralement de prêter. Il y a des cas où la charité oblige à le faire ijuaiid on le p( Mit ; c'est une vérifeible aumône que de geeempr ainsi ceux qui sont dans la nécessité, n Pluâeurs , dit l'attieur saerè rEoclésiastique , évitept de prêter , mn par dureté , mais par la crainte qu'ils oiit qu'oïl DO les trompe. Poar wes , usez de bonCé envers le misérable, et ne différez pas à lui accorder la grâce qu'il vous demande. Assistez le pamTe , parce que l^iea Fordonne, et ne le renvoyez pas les raains vides , parce qu'il e^t dans la miràre. Perdez vqtre arjgent pour voire mro et pour votre ami, et ne le repfeirmez pa? dans vof ceffires , oà il serait M«9ijplu8 perdu pour vous. Employez votre trésor à accomplir les commandemens du Très-Haut , et il vaudra mieux que tout lor du monde. »

Prêtez gratuitement et sans aucune vue d'intérêt : j'est le beau et noble précepte de TEvangile. Ceux qui agissent autrement , n'ont ni honneur ni religion. Lear

cœur , insensible à la ruine des malheureuse , que la nécessité on la débauche engage à courir à leur porte , l'est encore plus aux cris de leur conscience. Dans le temps de la vendange » un vigneron se trouva sans aiv

prix que œ ftit. Ilprrnd le parti , , ^ , chez un usurier, « MoAleu , mon ami , lui dit celui^n,

vous prenez bien mal votre temps ; voilà le& derniers coups du sermon qui sonnent ; je m'y rends , car je te perdrais. » Us y vont de compagnie. Le prédicaleuf' ^ par l^asard , prêcha ce jour-là si Itvtement cont^^ rviure, que le ^gnmm pefdit toute espérance d'avoir de f argent. Le sermon fini , € Monsieur , lui dit-il , je

le saint hommê ; viiii$ ne mnl&i à(^c ifmà*mt§fiollrm

que TOQg voiâfaoB m'en éoniics** rr^ àhm^ mi Vnv^

rier; le prédicateur fait sou métier, et moi je jCais la mien, d Quel métier que celui qu'on ne peut cxaroec &ajas fouler aux pied^ les lois naturdies, divines et bumwm 1 floiuc .waïut ^ pens^ mieux ^ et tagius^jfmuma w gain hontBiN^ ei înftiM» «dbii qiii» raup yaliranw d'u^ tel ^fjee , k nmaa que wns 110 vqw tsmmn dans le cas d'en souffiir ou d'en craindre rai^onnabie*^ ^leiit pour vous-même quelque pette,

H y a aussi deux règU^s à observer , pour prêter avec prudeuoc autant qu'ay^e cbarité. La premièi»«j^( àià^mb

Sttor* que de votnau^rflu , da Y^treAbonJaiiMi , ob* , « Dftipielques fartkuKara voua yoimez siir votia midiotBàié , que cfi ne soit que de petites sommes » afin que vous ne vous mettiez pas dans la nécessité d'ei;n«r pruntar vous-même , et que la perte qni pourrait ¥Qua BU arriver ne puisse occasionner votre mine*

ia ie(Bonda régie qtii; prescrit la ^mdttasfe, esi 4q pmidm TOf flèiatéa jpar ém billets^ oaa amtrat». > doa çages, des cufioiit. Ainm eu usa h saga et yectueus ïobie à l'égard do Gabêlus ; et cela doit noua servir d'(;xempIe.iQuelque convaincu qu'on soit de la probité d'unie personne ^ ou aette probité peut se dénimUir dans la suite , ou la mort peut chaager Tétat deâ choses et BOUS metêraid^ le eas â^a^fw atbffe 4 des bjisiliers difficukoMnL V et il asi taujouig désagréable da tfex po-iee> an cUigeant, à dles peines qu'on aunûi pu éviteo par de sages précautions/

* Brêter ainsi son argent à des frères malheureux qui sont danale l^esoin^ quand même ea eaurrait quelque^ fiua le riaqucida sa te ravoir, jaaiaie ^ ae^B^est pas la perdra. CPest ptètetf i istéiét, paiw 91a Jûim, dU Mainap ^ vendra avec usuia.

a l'ai été jeune, dit aussi io roi-prophète , et je suis maintenant vieux f je ai jamais vu le juste abandonné, ni ses (mfans dans l'ind^fence. 11 est toujours prêt à fiOii|ia§^ lea t>esoii^ de ses fféie^ par ses prêt» et ses awmftaee ^ et ^ertaa qui perp^ui^ ie% bésédictioiii du

DigitizGd

del sur sa postérité, i) C'est donc employer son bien sî avanta^usement qu'il n'y a point de gain sur la terre ipi puisse égaler celui-d. Quoi qu'il arrive , on s'est renon agréable au Seigneur , on a exercé la bien&isan ee , on a pratiqué la diarité. La vertu qu'aooomnagne la douce satisfaction d'ayoir fait du bien ^ n'est-efle pas préférable aux richesses ?

Cette belle maxime n'est pas sans doute celle de ces hommes intéressés , qui profitent avidement delà misère des autres pour s'enriclur de leurs dépouilles ; et les exemples n'en sont que trop communs. Opposons-y ^ pour les confondre , le beau trait du cardinal d'Amboise. Il avait fait Uûii uu magnifique château à la campagne, - Comme cette superbe maison était trop resserrée , et enveloppée de tous côtés par des possessions étrangères^ un gentilhomme du cardinal crut faire sa cour à son maître , en déterminant un de ses amis à lui vendre une terre titrée , qui enclavait le' plus le chàtei^u. Le seigneur fut invité à diner. Après le repas , le cardinal l'ayant conduit dans un cabinet, lui demanda par quel motif il voulait vendre sa terre. « Monseigneur , répon^t le gentilhomme , c'est par le plaisir de vous accommoder d'un bien qui est si forti votre bienséance* — Gardez votre terre , répliqua le cardinal : c'^t Théritage de vos pères , le premier titre d'un nom illustre qu'ils vous ont transmis , et que vous devez conserver à vos descendans. Je préfère d'ailleurs un voisin tel que vous à toutes les commodités de mon château, — Monseigneur , repris le gentilhomme ^ je suis trèsattaché à ma terre, et ce qu'il vous a plu de me faire observer me la rend infiniment plus prtcieuse. Gepen* dant j'ai une ûlle; un gentilhomme du voisinage voudrait l'épouser : le nom , la fortune , le caractère , tout me convient ; mais il demande une dot que je ne puis ahs oluinent lui donner. J'ai considéré qu'en vendant ma terre je pourrais faire le bonheur de ma fille , et placer avantageusement le restant de la somme pour moi. — Ce projet n'a rien que de raisonnable , répondit le cardinal ; mais n'y aurait-il pas quelque moyen de marier votre fille comme vous le désirez, et de conser-' ver votre terre ? Ne pourriez-vous pas , par exemple ,

empruAtef^ de quol^aa do ,tos amis sonuno don''

uatxm&J 45

INWMI avez begoînVsans intérêts^ et remI>onr8abIe à des •termes fort éloignés; économiser tous les ans quelque chose sur votre dépense , et vous trouver quitte sans

{>resque vous eu apercevoir? — Ahl Monseigneur ^ s'écria e geutilhoDime, où sont aujourd'hui les amis qui prè- ' tant une pareille somme, sans intérêts» et remboursable à des termes fort éloignés? — Ayez meilleum opinion de vos amis, répliqua le cardinal en lui tendant la main ; mettez-moi on nombre , et recevez la somme dont vous avez besoin , aux conditions que je "viens de vous expliquer, jd Le gentilhomme, tombant aux genoux de son bienftiteur , ne put répondre que par des larmes à un procédé si noble ; et le cardinal ne

Eanit jamais si content, que d'avoir acquis un ami au eu d'une terre.

II y a des personnes de qui il est quelquefois si difficile de r^ivoir ce qu'on leur a prêté , qu ou gagnerait souvent beaucoup à agir avec elles, comme le fituu jour saint François de Sales à Tégard d'un homme qu'il connaissait p6ur un mauvais payeur , et qui était venu lui demander à emprunter vingt écus. <r Tenez, lui dit-il, . en voilà dix : au lieu de vous les prêter, je vous les donne ; vous y gagnez et moi aussi. »

Il ne faut pas être moins prudent à se rendre caution qu'à prêter. Si le Sage dit que rhomme de bien répond pour son prochain , et que celui qui n*a point de sentiment abandonne son ami , en ne voulant pas se rendre caution pour lui dans son extrême nécessité, il ajoute aussi que l'engagement à répondre mal à propos, en a perdu plusieurs qui réussissaient dans leurs affaires ; et que nous ne devons jamais oublier le service que nous ren celui qui répond pour nous , parce qu'il s'est exposé à dun grand péril.

Ce sarait , en effet , une noire ingratitude que de méconnaître un tel ser\dce, et il n'y a que des monstres qui soient capables de laisser* dans la peine celui qui a eu la bonté de s'engagerpour eux. Dsne trouveront plus de pareils amis. Celui qui tiendra parole et agira iidéle* ment avec ceux qui Vont obligé de quelque manière que ce soit , trouvera toujours ce qui lui sera nécessaire ; mais si nous trompons ceux qui ont cru pouvoir

^e fier à nous, ils a'j seront pas jfm une seqonde fois.

ëï timiè 'Aitéf iteVôBS cP èssujcr des refus hontéux et hu^ inilians. : • • .

Le comte l.iyxm de Caîiosse, èvSque îlalien , avait 'S Rdihe «ne belle argenterie ; on y vôyaît plusieurs mè^ëà

Itém dàAl ràBflèf «Mi ffifè eri IHm 8ë 1!^ , ^¥ M

le travail était admii-arMé. Ûn gentitbomnte , cbimW^ prêtât , efivoya un jorir le prier de ttri prêter txStrr tïétt îîiè tcrtip's unfe piécè si ^?ire , sàti^ prétexte d'én ^^otiloit* faire làiré une pàréillé. Maié comme il la gârdâ plus dé ti{AkiùîA9, lé prëiét rényofa SeitsEtOét. Kii ^jf^tti lé Aèïàë ^AtflfaÂi'tiie éivovà éiMsAi^ mùr M àïié éafiiérc , a[uî àvâî< ïa forme fl'iiiife ^ifl^ilft % comte Lôuis repondît , avec un sourire raîneiir> âti page que le gentilhonime avait envoyé : <t Allez , fàppôttez â votre maître que si le tigre , de tous les éniniàtix lè jpWs a^lé , a été {rois inôîs S reveMr , je imm qfàe Fèereyissé , . gui esl tibviiëùtëj Ait hésâti

J)Iaît, »

S'il faot réeotaij^liiâèf , MtéMé di^nfeàienf .

El» fiiît de WcÔTTlpensé , èéWÎ crtî «wht Wtfé

roux est bien près d'être injuste. I)n soldat s'était signalé flafis line bataille snnp:la!ile , oii il avait eu les deux bras emportés. Oh le présenta à son colonel , qui ne lui offrit qu'une pîère de vingt-quatre sous. « Croyez-vouB , àioii éèlon^, lui dit avécfràhdUM le ëblétti, Hùëjè ù'àie perdn ^tf unie paarè âé ^âiïfs ? »

Les récompenses doivent être dîspensééi parles itt^H de la justice , et , autant qu'il est possible , proportionnées aux services : elles eti sont le prix légitime. Cejiendant combien n'y en a-t-ii pas, surtout parmi les gtafods , qui ne réôitmipensent point , où recompensent tnal ceux àni les ont Sfsnfis , p^riuMSA qpton leur doit ibUt , et qu'on est trop bonbté de Ici ^»vît. « B èsi îfîéni et usé , dit un grand , il s'est épuisé h mè séfvîr ; èin'an faire ? Un autre plus jeune enlève ses espérances,

f { ôb(iwt l9 poste mf9ta» à câ^iMirei^

Kwé qu'M Yà trop inérilé. » Cette rèûëjAtm êë La iuyêfe ne fait pas beaucoup d'hdtinetir aire grands , liiâ» elle A'éSf Wue trop confirmée par rexpérience. Oa detiil^âU â M phûA sètgiiéQlr /il tè ibnteàii pis à

A)né l répondit-il , je le vois tous les joUrié, et je lui fais

' Cètte sorté de récompense , aussi sîri^cflière qu'elle est peu solide , ressemble à edie que fit Henii ÎV. Ce rifitioè^ètàfKii èùcùfe que roi de NaFifan^ së éonfenta do dâfiiîWMn fUeirOt k &Ampïé, qui M éVàti riiûdvi dès services iitiportans. Ce seigneur ^ qui était aiissi bel esprit ^ûe grand capitaine , mit aù bas du portrait ces , quatre véra:

Ce {Trkicc est d'étrange riattfftf le Tïc sois qei diable l'a fait ; Gar U récompense en peinture Xeux^ te servent en e£(^U

Lorsqué , monté sur le trône , Henri IV tnt J)lus en état de suivre les mouvemens justes et généreux de son oœur^ il rècottipensà ihieux. Sî le grand nombi^e de Mdlicitatîôkis pût quelqutfois Itii &ire oublier pour uu moiiiéiitlei ]itsûéè dnëaM servïsce$, il savait àVcfaeïr son tort et le réparer dès qu'on le lui faisait connaître. Ên voici une preuve qui ne fait pas moins d'honneur à la droiture qu'à la générosité de son âme. Un officier bor-

£ô, boiteux et manchot, ^Ui s'était distingué au service ce prince « lui présentât ^lû pîâtet où il demandait quelques rëcdlnpénses : il y èxposait te nombre des SIessureà qu'il avait reçues. Henri IV , après avoir lu le placet , dit : a Nous verrons. — Sire , répondit l'officier , quand j*ai été commandé pour le service de votre majesté , sl^'avais dit : Nous verrons » je u aurais pas un œil , une main et un pied de moins, d Le roi fui d'abord indiMë de ce manque de r(^ect; mais sa bonté Kent BientM désarmé en faveur aun officier mntilé pour son service : il jugea qu'un homme qui lui avait sacrifié des membnîs si chers et si précieux , avait expié cette faute par ayaocOf 0( lui mQliSL h ^oaiOpQi^

48 t'écoià

LcmigXIt qisà nW guère que de mauraiM qualité^* récompensa nèaniEunns noblement aussi laTaleorde Kaoul de Lannoi. Ce capitaine étant monté à Tassaut à travers le fer et la flamme au siège du Quesnoi , Louis XI , qui avait été témoin de son ardeur , lui passa au cou une chaîne d'or, en lui disant : Par la Pâque^ Dieu y mon ami (c'était son jurement ordinaire)» tous êtes trop furieux dans un oombat » il fout vous eocfaalner : car je ne veux jias tous perdre , désirant me servir de vous plus d'une fois. »

Après les services , c'est surtout le mérite que les princes et les grands devraient s'attacher k récompenser, puisque c'est4à le plus noble usage qu'ils puissent faire . ^ de leur pouvoir et de leurs ridiesses* Il nV a pas de

Idus sûr moyen pour eux de transmettre à la postérité eur nt)m comblé de gloire et d'éloges. Sans parler des Auguste^ des Mécène, des Léon X, des Médicis et de tant d'autres, qui ont aimé à récompenser le mérite , parce qu'ils en avaient eux-mêmes et qu'ils étaient grands , c'est par-là que Louis XIY a rendu son règne si célèbre et si fertile en grands hommes dans tous iea

{genres. II se plaisait & aicourager par ses récompensée e mérite et les talens. Il eut le bonheur d'être secondé en cela par un des plus grands ministres qu'ait eus la France , l'illustre Colbert. En voici un exemple , ou*)

nous choisissons entre mille.

Charles II, roi d'Angleterre, avait envoyé à Louis XIV deux monstres h répétition : c'étaient les premières qu'on eût vues en France. Elles ne pouvaient s'ouvrir que par an secret , précaution des ouvriers anglais , pour caclier la nouvelle construction , et s'en assurer la gloire et le profit. Les montres se dérangèrent. On les mit entre les mains de Martinet , horloger du roi , qui ne put les ouvrir ni y travailler. Il -dit à M. Colbert ,

au'il ne connaissait qu'un jeune carme qui fut capable' 'ouvrir les montres ; que , s'il n'y réussissait pas ^ il fallait se résoudre à les renvoyer en Angleterre. Le carme , dont Martinet faisait un éloge si glorieux pour lui-môme , était le père Sébastien , qui avait un talent rare pour les mécaniques. Il ouvrit les montres assez prompt ement et les raccommoda , sans savoir combien était important , par les droonstances^ l'ouvrage dont

DES MiBUftS

M VêVdii chaîné* Quelques jours après , il vint de la part de M. Go&ert un ordre au père Sébastien de le . venir trourer : on ne lui dit rien de plus. Il se présenta

interdit et tremblant. Le ministre , accompagné de deux membres de racadéoiie des sciences , le loua sur les monlres, et lui apprit pour qui îl avait travaillé : il Texhorta à cultiver son talent, lui recommanda de travailler sous les yeux de ces deux académiciens qui le dirig^eraient ; et , pour Fanimer davantage et parier lilns dignement en ministre , il lui donna six cmts livres dô pension ^ dont la première année lui fut payée le même jour. Il n'avait alors que dix-neuf ans : et de quel désir de bien faire dùt-il être animé 1 II devint le plus habile mécanicien de son siècle. .

Léon X, dont nous venons de parler , récompensa^» d'une autre manière , un chimiste qui se flattait d'avoir |Mirt à ses bienfaits , pour avoir trouvé , disait-il , la pierre phîlosophale. Le souverain pontife lui fit donner une grande bourse vide , ajoutant quo , puisqu'il savait faire de Tor^ il n'avait besoin que d'une bourse pour le mettre. Ce grand pape , qui ùii le protecteur zélé des arts et des sdonces , et le restaurateur des lettres eu Italie f était trop sage et trop éclairé pour honorer de ses récompenses des charlatans ou des visionnaires : il crovait avec raison devoir les réserver au vrai mérite.

Quoique de plus grandes et de plus dignes récompenses que celles de la terre soient destinées i la vertu, il est glorieux néanmoins de lui accorder celles; qui dépendent de nous. Le prince de la Tour et Taxis , directeur-général des postes de Tempire et des Pays- Bas , étant à Nivelle , alla s'y promener h la foire avec une dame chanoinesse. Ils s'approchent d'une boutique, et le prince demande les plus beaux éventails. On les lui montre y en disant que le prix était de deux louis. « Ce n'est pas ce que je veux , dit-il. a II va auprès d'un autre marchand , qui en présente de cinq louis. Le prince fit la même réponse. Ce marchand compris la pensée du prince , et lui dit qu'il avait encore d'autres éventails y mais beaucoup plus chers : il les montra^ et dit qu'ils n'étaient pas de moius de vingt-cinq louis. Le j^rince , dans le nombre en trouva un qui lui plut ^ ainsi qu'à la dame. Il dit au maître de ]^*S>

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1 accompagûait , de compter les viogi-doq louis. Celuici ne les ayant pas sur lui , dit au marchand de venir à la postf 1^ fiherdbuer quand il le voudrait* Le marchand , y étant allé, déclara au mtilrede la pottaqm

réventail n^élait que de cinq louis comme les autres , et qu'il ne l'avait surfait si considérablement , que parce qu'il avait ju*.'!' qm' le prince était bien aise de ,^ire ^ dm qui ïiU de plus grand pâx i mah que sa çcHiifiic^ce ne W|tçiiWttftitpf^ de prend» ppui* réventail auHi^li de .sa juste yalmir. Le prince , iasitputi du procédé de cet honnête mardiand , le fit veqir , «t lui dit : c( Si votre éventail ne vaut que cinq loyis , votre probité en vaut vingt ; recevez les vin^t^^^in^ iouis ; vous les méritez. ».

oc9»Bf>pn^i^BgWPM^Bll^»^«lla^w>l^lm■f)^)^^

Au boidièor du ]^qchain ne portez |ias envie.

@i c'est nn faminie do bien et un iMmAte hemme^ il

est digne de son bonlieur, et vous devez y applandin Si c est un méchant et im malhonnête homme , l'Ecriture vous avertit de ne pas envier la i^loire ni les richesses du pécheur. Sa prospMté s'évanouira commo un songe , ^ sèdiem eomme un torrent ; ou si soo honheiîr , ee qni eut rare , dure aussi long-temps qjoe vie , celte féKcité ne lui pendra la mort que pJus amëre et plus terrible. I) ailleurs, ce qu il possède lui a solive ut coûté trop cher : il a saciitic son repos et sa réputation , foulé aux pieils la probité et sa couscience» Voudriez-vous l'acheter h ce prix ?

N'enviez donc pas le honheur,des médians , et nfi vons laissez point éblouir par la prospérité jiassagère du ridhe orgueilleux. Il vit dans Tabonêance ; il semble ne point participer aux misères humaines : enflé de sa randeur et de sa puissance, il ne songe qu'à jouir des iens d'ici-bas. il a des entrailles de fer pour le pauvre qui gémit sous le poids de ses mauK , et il ne lui donuerait i^s mârae les mûttos qui tombent de sa tàble

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«plendidft et doUoate. Ifim atten^ un vjîoiB^i : toiit

va ('h<'\n<^er de face. Sa gloire disparaît comme un éclair, et à ses plaisirs succèdent les plus affreux tourmens. Le pauvre, au contraire, le juste mall^ej,mjuyt;^ qu'il a méprisé, est pjjacé daç^^ s^ip de Hsgfé^f ^ bpi( ji loçgs trait? da^? un i(fïTf^t ftOfAiih

On a 3it avec autant de vérité qup dç ^oli^psse , 4e rhonnt'Ie lionuue moins favorisé }^milHi^' Hfik^

41 farde sans reroorids ce qu-il gagna sans cfme ' fa fortune e^t dalttte mudVBfiit UffitAp^ ^

Tandis qpe le^ ^fens Ju/^imp ej.^gj^d^^ Ces nommes sans pitié ^cJes pi^uis eiMarcis||ni^ Él que les maux pi^llcs èn un jour eniiqujrolffT* Dépouillés iout-À-cbùp d'un éclat possagè^ , < IVe sortent du néant que pour s'y replonger ; f SernbhibJe^ aui lorrens dont la i'ange et los 09(j|e} Ravnijeiit avrt* bruit nos campagnfs fi-coTidos ] Kt qui ionn(''s soudain , mais plus viU; croules , Se perdent dans les champs qu'Us a valent désolés*

Les ricl^eçscs , la gloire et les ]bonneui$ ic$ antres , sont néanmoins des plus qrdiûai,r^s alimens de Tenvie ; et les grands eux-mêmes sQ^t pas toujours ex^p<# lEle c^to basge passjqn . .obesôbe à se déjtrtiire f^ivc dépens de J'éta^t ; fitjcpmbim 4ê (ois les pialhemiB {igl^îcs jn'ç^utrils jp^s pcîp fmc jo^MmP dans 1^ Jalousies particulières I II n'est ,pUl9 de sacré pour un cœur que l envie aigrit et infecte. Elle a porté le jaloux Caïn à tremper ses mains dans le sang de son frère ; elle a excité la haine homicide de Saiil contre lo ^ros d'Israc^l , à (}ui ce prince çe pouvait r/sprocher

Îue d'avoir ixop Jbiea seryi la .psitrie y et d'a^pir obtenu 05 éloges trop justement in^t^ ; el}e a fait cppunettre Ip plus grands de tous les crimes , le déicide. On est capable de tout dès qu'on pjçut èi^o Qu.nem du mérite et de rinnocence.

On peut quelquefois imposer silence à Tenvie par des injipî^r^ hppnêtes et par s^^ hiwiaits , maj3 on ne la langera |^[^t :.eUe yiyjcg aDtant que subsistera le méqui i'n fak w4tre. îl mMe cpie Télévution des

S2 Vbcou

qu'on leur donne, et qne les honneiifs quib wçôîteiît 6ont des injum qu'on lui fait. Aussi n'y a-l-il nen qu il ne fa»e pour répandre sur les bonnes qualités d aulnii des ebuleurs qui les altèrent ; et s'il ne peut venir à bout de les obscurcir entièrement , il s'efforcera du moins d'en diminuer Téclat. Lorsque le célèbre navigateur, à qui nous devons la découverte de l'Aménquc, annonçait un nouvel hémisphère, on lai soutenait qu'il ne iiouvait exister; et, quand il l'eut (kcou\ert , on prétendit qu'il Tavî^it été îonG:-lemps avant luu Cem qui ne lui contestaient point cette découverte cberchèrent à en diminuer le mérite , en la représenlant comme fecile. Colomb se trouvant un jour à table avec une grande compagnie , on eut Fimpohtesse de fe dire h lui-même. Il proposa ;\ ses envieux , pour les confondre, de faire tenir un œuf tout droit sur Une assiette. Aucun d'eux n'ayant réussi , il cassa le bout de l'œuf et le fit tenir : « Cela était bien aisé , dirent les assistans. — Je n'en doute pas , reprit-il ; mais aucun de vons né sVn est avisé. »

La jalousie est ordinairement le triste partage de ceux qui n'ont rien dont on puisse être jaloux. Incapable de tout inénte , l'envie ne peut le souffrir dans les autres ; ^t aussi aveugle qu'injuste dans ses jucremens , plutôt mie de le reconnaître et de lui atlnbun ses heureux luccès, elle en donnera tout rhonneur aux causes les m\m pitoyables et les plus ridicules. Un officier d un cénie très-médiocre, envieux de la gloire dun capitaine qui avait fait une belle action , écnvit à Louvois que ce capitaine était sorcier. Le ministre repomlit : «Monsieur, j'ai fait part au roi de l'avis que vous m'avez donné. Sa Majesté m'a dit là-dessus que , si ce capitaine était sorcier, pour vous vous ne l étiez pas. »

Tâcbons de foire mieux que ceux qui font bien : c'est la plus belle et la plus glorieuse vengeance que nous puissions exercer contre ceux qui pourraient être l'objet de notre jalousie. La noble émulation fut toujours permise et louable ; l'envie ne le fut jamais. La première

- «»-u«»o»o ^ qu

est une pa»on basse qui , ne pouvant attfiuidreà la

Digitizod by Cu^ - .

bauteur des autres , cherche à la rabaisser. On déprime ce qu'on est incapable de faire , parce qu'il est plus facuede mépriser que de surpasser ou d'égaler

Aussi y a-t-il dans i' envie je uc sais quoi de honteux qui fait qu ou se la cache à soi-même. On tire souvent vanité des passions les plus criminelles , de ses excès 9 de ses débauches ; on s'en fait même gloire » parce qu'on est assez aveugle pour se couronner de sa pro|)re houle. Mais l'envie est une passion qu'on n'ose iamàis avouer. On rougit de l'avoir , et encore plus de la montrer , parce que témoigner de l'envie , c'est reconnailre son infériorité , ou faire voir la crainte qu'on a d'être efTacé ; c'est un aveu du bonheur ou du mérite des autres , et un hommage secret qu'on leur rend. L'envie fait honneur à celui qui en est l'objet : sous un mépris apparent , elle cache une estime réelle. Si l'on doit plaindre quelquefois ceux qui excitent la jalousie, parce qu'ils peuvent en devenir les victimes, on doit souvent plaindre encore plus ceux qu*ei!« épargne, parce qu'elle ne pardonne qu'au vice et à lobscurité. Xhémistocle disait q^u'il n'enviait que le sort de celui qui ne fait point d'envieux.

Quoiqu'il n'y ait guère de passion qu'on veuille c^icher avec plus de soin , il n'y en a pas qu'on cache moins : l'air et les yeux la décèlent. Il y en a qui , ne piMivant s'empêcher de parler contre ceux auxquels ils portenl envie , croient queJenr jalousie est bien cachée, quand ils disent que ce n'est point l'envie qui les fait parler ; mais ils n*en Imposent à personne. Il fautavouer, disait un jour une dame , qiijune telle est une sotte femme : « Je n'eu parle pas par envie , ajouta*t-eIle , car elle n'a rien qu'on puisse lui envier. — Si cela était, reprit quelqu'un , vous n'en parleriez pas. »

Fax viïei , on dit peu de mal d'une personne (jui ne mérite point d'élre louée : on n'a pas à se venger de sa supériorité. Jaloux de primer et de l'emporter* sur ios autres , tous ceux qui nous effacent ou qui brillent trop à nos (étés , ont le malheur de nous déplaire , et nous ne trouvons aimables que ceux qui n*ont rien à non ; disputer. Celui qui a dit que deux femmes ne sauraieiu se regarder sans qu'au moins l'une des deux ne fût me 0»atente de l'autre ^ les connaissait assez bien. On ue

Si CÈCifLÈ

(fflcS fetlidfes , qxié «e lënt ÉMI d« IMI M Mri rftàH»

vil beauté ou en esprît. C'Sthit âtfssi la louâtig#lrf pKfé flalteuse qu'où put (honher à Voltaire , doàt la vaiîilé jnîôuse lie poîlfaît souffrir qu on làHèit ^ jitèscnc(*. quelque autre p6e(èf Où autetir qnë lui. Fénelcm f^nsait bien phià tiôblemèni : il parlait tôuiourg ^éc eâtimè et atec ëldçës de adirersàtiré^. k Un jènr» di( fiàmëfkf * , que je cdifsâis avec lui des auteurs anglais ,* il mé d( !uauda ([uel était le caractère de Locke. Je définis ce philosophe, et je conclus parce trait : en un fnot , c'était un Iiommc comme M. de Meaux ; la pénétration de son esprit ti'égalait pas Tétendae dé science ; il avait uiie grande superficie , ihais peo de profondeur* M. de Fénèloil mé reprit avec tttre sévérité paternelle , me fit rélbp:e de M. de Mediix , et t^cha de me persuader que ce prélat av?iit non-sèi;i( ment une érddîtioir inmiensiî , mais tiii esprit capable de loul âpproioudir et d'atteindre à tout, jd

La pliis véritable trtarqiië qu'on a spî-Tnefne de grandes t(àdtèëâ ët dtt inénte , c e^t de vdir le bdùhetir des autres sans envié; Lfe diife Ati Criiise , (\xn fût surnommé le BalaiVô , à cause d'une blessure aii visage , qu'il avait rerue dans uiuî bataille , avait é;à^M au fbti cent mille livres à M. d'O , surintendant des finances. Celui-ci, le lendèâiain, liii envoya soixante-dix mille livrés eh argent , et irciite mille éri or. Getté âei*iiièrè ^ôDlmeéiâit danâ ùn kàc Se bain Lë duc, ctoyaiit Què ce sac , qui était asèéi [ietit , i\e <;ontendit qute de l'argent blanc , le donn.î par gratification au commis qui lui avait npporté là domine. Le commis , qui ignorait lui-même œ que contenait ce^ac , Tayaut ouveil à son retour, juffeà là libéralité si éxtraordiilaire, qii'il iié douta point que le duc né ke fût mépris, il lirl tëiforia la somme sur-le-champ ; inais le duc la refiisâ en lui disant : a Puisque là fortilne Vous a été si £àyoral)le ,

• Ramsay, auteur cîe plusieurs ouvrages, et, en particulier, <lc^ Vies de Fénelon et de Turenne, était Krossais. Après avoir élc le;: r â lour aiif^Ucan, soeinien , toTérant , sans être satisfait , il cuteniiu le bonheur de trouver la v^^rilc qu il < ht rchait avec dioiture et do bonne fiû* Féncloa le iiia dans la religion catholique.

DES MOBimS. 55

cherche^} un autre cfue le duc de Qaise pour Vous euvier votre bonheur. i> '

L'envif>f n'est pas seulement uiio (Ws plus honteuses passions^ o'oilt woore une des plus cruelle»; elle est oUe-méme nôh mipplioe* Les talens , la répotatidn , la

Iirospérité des autres , soitl autant de Ters qui rongent 'hoMM jaloiffc , èt lé dérorenl en secret. Plus leur gfeire et ieur foi îmie croissent , plus son aversion se fortifie et s'allume : elle (îevicînt au-dedans de lui comme un poisoa qui le brûle et qui répand l'amertume sur toute sa yie. Aussi tout homme ué euvieux est-il naturelIencMit trjiste : et le ^raod Rooiieaa a ên raison de ^Ure en parl^mt de Vùane :

M onslre eanenû dos mortels et do jour ' Qui de soi-même est rêtemcl vlitttour » . El qui » tratnftDt une vie abaUuc , he s*ènttetîcnt que du tiel qui 1c tue. Ces jva cavés , troublés et clignotaos ; De feu obscurs sont chargés en tout temps. Au lieu de sang » d:ms ses veines circule Un iîroid poison qui les géle et les br(lle.

n faut être bien ingénieux à se tourmenter Soi-même pour se faire une peine des avantages d' autrui, et pour tourner contre soi ce qui leur est favorable. C'est ee* pendant «e que fait f envieux ; il s'afillige de ce qui rqouit 1er a«tf«s , i^t se réj<mit de ce qui les afllige. Combien n'èii voit-on pas qui , fâchés même de la bonne opinion que certaines personnes ont d*ellesmèmes , ot jaloux de la satisfaction qu'elles Gfoiitent , ont un plaisir malin à les détromper et à leur faire perdre cette idée qui les flatte et qui ne nuit à personnel Combien ont-ils l'âme assez mal faite , pour envier aux autres jusqu'aux plaisirs le& plus nécessaires et les plus innocens

Le duc de Lausun , ajant été mis en prison par ordre de la cour , avait trouvé le secret de s'amuser avec une araignée qu'il avait rendue familière. ËUe venait ntiinger sar sti main , et s'en Retournait ensuite à nn trdû où 4Ertte àyait tmdu sa toile. ËUè était devenue g]^^ y Irebdtidie, et faisait tout le plaisir du due de Lausua. Il la montrait un jour au gouverneur de la citadelle oii il était détenu ^ et il la laiâ^ aller à terre^

Le goutwoeur èciasa Fiiiseete avec une joie iiiaU||ii6.: Le diic en fbt outré : dès qu'il fut sorti de prison , il sa

plaij^nit au roi de l'action du gouverneur, qu'il appela barbare. Lç^roi jugea qu'un homme capable d'envier à pd^noier un pareil plaisir, devailêtre d'un mauvais ^^etére ; il lui ôta son emploi.

, pn empereur chinois punit Tenvie d'une manièro peut-être plus sensible encore et plus efficace. Quatre lettrés, gens de mérite, mais d'iAie naissance ohscure, a\ aient été élevés aux honneurs. La jalousie ne put voir leur élévation sans dépit. Elle s'arma de tous ses serpens , elle déchaîna la calomnie et la fureur , elle inonda tout Pékin de libelles scandaleux qui parvinrent jn>qu'à l'empereur. lien fut indigné. H ordonna qu'on en recherchât les auteurs , pour en faire un exemple sévère. Il consulta le plus prudent et le plus éclairé de ses ministres sur le genre de supplice dont il fallait les punir, a Prince , lui dit ce ministre , je n'en connais qu'un, mais il est plus terrible pour l'envieux que les tortures et la mort même : c^est de le rendre témoin de la prospérité de ceux qu'il poursuit. » L'empereur combla les lettrés de distinctions et de présens. Ces bienfaits irritèrent l'envie : elle exhala de nouvelles fureurs , et le prince fit aux lettrés de noTiveau.v dons. Les envieux ne doutèrent plus , qu'au lieu de nuire , chacun do leurs traits ne fût l'occasion d'une nouvelle grâce : ils gardèrent enfin un profond silence. Bientôt ils tremblèrent que ce silence mal interprété ne fût encore favorable aux objets de leur haine , et ne portât l'empereur à les récompenser davantap:e : ils prirent le parti de faire de leur rivaux les éloges les plus pompeux.

N'allez point divulguer ce que Ton vous confie.

Si quelqu'un vous témoigne assez de confiance pour déposer son secrcl dans votr-e sein, vous devez enêlrc flatté; et il fàiii le garder plus scrupuleusement que qui vous concernerait et ce qu'il vous importerait le plus de cacher. Des courtisans disaient au £avori d'un prbce : oc Qu'y a-l-il de nouveau , et que vous a dit le

m» MomM. 57

roî atrjourd'htiî ? car i! ne se fie qn'h vous, — Pourqui donc 9 leur répondit-il , me le demandez-vous ? a»

De tous les secrets, ceux qu'on doit garder avec le piusde soin , ce sont ceux de l'état et des intérêts publics ou des familles , parce que leur violation'a d'ordinaire de plus grandes suites ; cL c'est toujours au moins une imprudence de les demander k ceux qui en sont lesdér positaires.

Aulu-Gelle nous a conservé à cet égard un beau trait qui mérite d'être connu de tous les jeunes gens. C'était autrefois l'usage à Rome , dit-jl , que les sé-

nateurs menassent avec eux dans le sénat ceux de leurs enfans qui portaient encore la prétexte , robe bordée de pourpre qu'ils ne quittaient quh Tâiîe de quatorze ans. Un jour qu'on y traita une atlaire importante , et qu'il fallut la remettre au lendemain , on convint de n'en point parler jusqu'à ce qu'elle fût décidée. Le jeune Papirius avait assisté ce jour-là au sénat avec son pére. Sa mère lui demanda de quoi il était question. L'enfant répondit qu'il avait été défendu de le dire. La mère n'en devint que plus curieuse. Plus il insistait sui la nécessité de se taire , plus il irritait ses désirs. Enfin, poussé à bout I il prit ingénieusement le parti de lui donner le change, a H a été question , dit-il , dans le sénat, de dec ider s'il était plus utile à la république de periiiettre aux hommes d'épouser deux femmes , ou aux femmes d'épouser deux hommes. » Cette nouvelle surprit étrangement la mère » qui sortit aussitôt de chez elle , et alla con'^r la chose à ses amies* Le len* demain le sénat fut environné de darnes^ qui priaient» les larmes aux yeux , qu'on ne conclût rien sans les ouïr. Les sénateurs, fort étonnés , (itMiiandèrent ce que c'était que la folie de ces femmes et ce qu*<'lles \ouIaient. Le jeune Papirius s'avança au milieu de l'assemblée , et raconta les instances que sa mère lui avait faites , et ce qu'il lui avait répondu. Le sénat loua sa fermeté et son esprit , et rendit un arrêt qui défendait aux sénateurs d'aiîRiK^r désormais leurs enfans au sénat , excepté le $eiii Papirius.

Il est diffifile aux enfans ai aux femmes de g/irder un secret ; et il y a souvent de l'indiscrétion à coniier à

tselles-ci une chose importaote. Quoiqu'oa en trouf e

9ii

qtMifmfôis de discrêtes j Ja {iltii^àrt ne sont pas asse;& maîtresses de ce (jpi'clte^ dirent : un sèeret leur éfchappè en qurdquè «orf© malgré elles, saos qu'elles s'en aperçoivent M Àti^ tjti'tdfcs aieikt «nvie de le déc^Tif^p Côffibifeh^'iwmtiiteenOBlaquiBont ^

Ayez pins de fermeté et de prvrfêliee f fet que jateftill rien au monde ne vous engage à trahir la cohfiancé qu'on a eue eu vous. Soyez fidèle à ceux qui pût cru que VOUS Tétiez. SoMTenez-vous que le secret doit être mis au raïig des i^oses les plus sacrées ; qu'una des pi«tfifért» fois de la société est de taire ee qui ne doit pas èlre révélé, et que rions ne sommes pas en drpit de disposet d'un bien dont nous ne sommes que les dépositaires. , . . , Gardez aussi inviolablement les secrets de l amitie. k Celrti qoi décourre les secrets de son ami , dit le Sage, Mrdîft eoilfiàxicet èit ii ne tibuverà jamais d'ami selon son mnr. 81 vousifétélez «eà secrets^ c'est fa v^în que vous lâcherez dè le regagner : véus irez inutilement après hii , car il eèt déjà bien loin , il s'est échappé comme une chèvre qui se sauve du filet , parce t^uc son àitie est blessée. » On peut encore se réconcilier après dés injures ; mais lorsqu'on est dssez malheureux pour -iè^m Ids ^etsiteson û ne reste plus aucune

éàpèrance de i^tour. . . <. x •

Un homme infidèle au secret ne sera jamais aime m estimé de personne; et ceux triénies qui l'ont fait parler , seront les premiers a le mépriser. Les moindres fauté^ en ce genre sont , pour ainsi dire , des crimes irrêîtiilSSibles : on Ick punit delà manière la plus sensible à uîfl5 pewonne qui n'a pas perdu tout sentiment; c'est qu'on ne lui donne jamais plus Toccasion d*y retomber. Lorsque TOUS laissez sortir de vos lèvres le secret de votre ami , croyez que l'amitié , la fidélité , l'honneur, là sagesse et la justice sortent de votre àme en même

temps. • r

Soyez donc toujours sur vos gdrdes , pour ne rien dire et même pour ne rien feire qui puisse le découvrir ; car on peul manquer au secret de plusieurs façons. H y a»

des gens qui promettent le secret , et qm le révèlent sans le snvoir ; ils ne le disent point , et on le ht sur leur Iront et dans leurs yeux. D'autres ne disent i^ix^

expremémeat la diose qu'on leur a cmifiéd f mùê ib I^lent et agissent de manière la découvre de

soi-même.

Souvent aussi , c'est manquer au secret que de faire fîiîtendrc qu'on ea est ou qu'on en a élc le d^^posi taire. 11 ne faut pas même qu'on sache que nous avons eu une cnose s6us le secret , ou que nous l'avons encore. Un secret soupçonné est plus qu'à demi révélé»

II y en a qui s'imaginent n'avoir pas manqué au sccict , parce qu'ils ne l'ont dit qu'à une personne et ^Iéme à un ami. Maison ne le leur avait pas confié avec là permission de le dire à cette personne > et puis il est rare que.c^ sortes de confidences ne passent pas encore plus loin. Quelqu'un vint raconter à un autre unn chose qi|i'on lui avait dite sous le secret ^ et lui recommanda m n'en point pailer. c( Soyez tranquille , lui dit l'autre, . je serai anssi discict que vous. »

Il y a des momcns bien cri ùques pour le secret ; on a besoin alors de toutes les léHexions do sa raison et de toute )a force de son esprit pour le retenir , principalement quand c'est la colère ou Famour qui sollicite à ie révéler. Cette dernière passion est la plus dangereuse. On révèle un secret dans la colère ; mais il échappe dans Tamotir, si Ton n'est infiniment sur ^e» gardes , dans ces momens dont l'ivresse fait oublier toutes les lois de la prudence. Turenne eu est un exemple bien frappant : il était impénétrable à la tête des armées. l4>uyois , ministre de la guerre , se plaignait de ce qn'il n^apprenait ses desseins que par les {gazettes. Turenne ne les confiait pas même au roi. (^e prince dit un jour

un officier-général, qui parlait pour l'armée d'Allemagne : (( Dites , je vous prie ^ à M. de Xurcune , qu'il ihe fasse part de ses desseins : j'y suis pour le moins aussi intérêt que lui« j» Cependant ce grand homme eut la faîblesaé de découvrir à madame Giaqnin , qu'il aimait , un secret que le roi lui avait confié. Cette dame le révéla au clievalier de Lorraine. Celui-ci apprit le secret à l\To:isieur * , à qui on voulait le caclier. Monsieur le dit au roi. Ce secret était le voyage que madame devait faire en Angleterre, pour négocier avee

* pn«£)p€ijle àmi <îU fiance h ûcre ainé du loû

60 LÉCOLB

le roi , son frère , Jacques H. Louis XIV eut un éclaiiv cissernent avec Turenne , qui lui avoua qu'il avait eu la faiblesse de révéler le mystère i\ madame Coaquin. a Défiez- vous de celte dame, lui dit le roi ; puisqu'elle a trahi votre secret en faveur da chevalier de Lorraine, vous voyez bien que vous êtes sacrifié. » Quelle défiance ne devons-nous pas avoir de nous-mêmes ! et de quelle faiblesse l'homme n*es(-il pas capable , piiisqu un si grand homme, si relis^ienx sur le secret, n'a pu garder celui d un roil 11 n^ pensait jamais sans rougir de confusion. Aussi dit-il à un seigneur qui le mit sor ce chapitre un soir dans sa chambre : cr Éteignons les lu* miéres , et je vous dirai ensuite cette histoire. »

Ce u'est pas assez de tenir cacliu ce qui nous a été confié sous la condition du secret. La conversation la société emportent une convention générale et tacite t qui oblige à taire tout ce qui peut être préjudiciable en quelque manière à celui qui l'a dit. C'était la belle maxime du comte de Shaflsbury , qui eut une occasion éclatante de la mettre en pratique. Ce seigneur , si célèbre dans rhistoire d'Angleterre par la grande part (ju'il eut aux mouvemens qui n^i^itèrent le règne du roi Charles 11^ était devenu» de ministre de ce prince , son plus dangereux ennemi , et s'était jeté dans le parti du parlement. Quelque temps après on y attaqua M. Hollis sur des négociations secrètes qu'il avait eues avec le roi. Rien ne manquait pour le perdre que dea léinoius. On comptait en trouver un tel qu'on le désirait, dans la personne du comte qui avait été dans le cas de tout savoir. Il y avait d'autant moins lieu de douter qu'il ne parlât , que c'était pour lui une belle occasion , et une occasion qui se présentaitd'elle-méme^ de ruiner un ancien ennemi. Dans cette pensée , on cite le comte et l'on l'interroge. Il répond qu'il ne peut satisfaire sur ce qu'on lui demande , parce que , quand même il saurait quelque chose au désavantage de M. Hollis» il ne devrait point avoir recours à cette voie infâme de se venger d%m ennemi. Ceux qui l'avaient fait comparaître l'exhoilent» le pressent , le menacent» Tout fut inutile. On lui ordonna de se retirer; et plusieurs membres du parlemeal proposèrent avec tant

de chaleur do renvoyer 4 la l.>ur ^ que amis édbà^éë

DBS MÛBDBS. 6t

nnreiit le iolKdter de oéder. aux instanoM de la cluunbfe* Mais il demeura ferme dans sa résolution , et ii eut le bonheur que méritait son action généreuse , celui, de trou ver assez d'amis pour le tirer d'affaire. M. Hollis alla le ramerder en termes pleins de reconnaissance et d'esdme. Le comte lui dit qu'il ne prétendait lui imposer aurane oblî^tiou par raction qu'il venait de fiiire ; qu'il se devait A lui-mdme la conduite qu'il avait tenue» et qu'il aurait fait la même chose pour tout autre ; que cependant il connaissait assez le mérite de M. HoUis et le prix de son amitié» pour être prêt à l'accppfor comme une insigne faveur, s'il l'en jugeait digne* 11. UoUis , charmé de ce discours autant que de ce qui 7 avait donné lieu » assura le eomte d'un attadiement sincère et zélé. Par-là une ancienne mérintelligence entre deux hommes généreux, opulens et voisins, fut changée en une vraie et solide amitié.

Quoique le secret doive être ordinairement inviolal)ie, il y a néanmoins des cas où l'on peut» où Ton doit même le révéler. S'il doit nuire & l'innocence » s'il couvre un dessein criminel » ne craignez point de le découvrir à la personne qui en serait la victime , où à ceux qui peuvent y mettre obstacle. Henri 111 , roi de France, avait fait arrêter le roi de Navarre , qui fut drpnîs Henri IV. Ce prince ayant trouvé moyen de s échapper de sa prison » on soupçonna Fervaques d'avoir eu connaissance de cette fuite» et de n'en avoir pas donné avis. Le roi furieux jura dans sa colère que Fervaques paierait de sa tète cette trahison , et ajouta que celjii qui avertirait (<* traître lui répondrait de sa fuite. Crilloiiet plusieurs courtisans étaient présens; etcomme on connaissait Henri III capable de faire périr un inno^r cent» Crillon frémit en l'entendant jurer la mort d'un homme de qualité », bon officier » et d'une valeur reconnue. Il râolut de Parra^her au péril pressant où il le voyait. U va trouver Fervaques, lui apprend ce qui vient de se passer , et l'exhorte à s'évader. Henri , instruit If matin que Fervaques a disparu , entre dans une colère affreuse. Son imagination e^t quelques momens errante sur tous ceux qui avaient entendu son serment ; mais bientôt ses soupçons se fixent sur .Cril^ Ion : ^n estime pour lui les combat et tes appuie en

l'école

même teo^pB : « Ferviiqiifi»^ Ilii àit^il 4VéCl m r^ffpné fanéKC, 'WM. àédmpper à mm itmpmn&f/^ HM w laiBSo qiw FéBi^Q de TôMiter â'uw mam6t% plut éofatattte ftur oèM qui tk^ Fa dérbbé i le ^naaiseet-*^

vous? — Oui , siro , répondit Grillon. — Hé bien I reprit 1# roi tÎYtemeôt, nommez-le moi. — Je ne ^rai jamais délateur que' de moi-même , répliqua Giillon ; mais*lajfHl0>€i8liiite^'un iimooMt ne soit nae lâràtne iraourféeâiji rtwirtnÉiiiicDt d6 toIi^ m^fM ^ me pii$8mt de voiÉi Ihrraf leijbùpable » owi^ wô, je Mi» edui fue ▼oos doTOK punir , qu» sedeiraiC orii Tateafidia d^ Fervaques, si j'eusse gardé un secret qtii lui eût coûté la vie. » Le roi , étonné , resta un moment sans parler, les yeux fixés sur lui ; puis rompant le silence , il dit : a Comme ii n'y a qu'uM Grillon dans le monde > ma elémenoe en sa fiiveur ne p9à uu OKempIe daxig6>rciix. j)

Sons ^e familier , ayez un air aisé.

(^BT air aisé , qui an no ace la belle édiication , s'acquiert , ainsi que la politesse , pki» par Tusage du moùàë^ et ea fréquentant les boaae» eoiapQgwies , qile par Iscott et les diseoufs. Il f ea » qui Vén Hâta-* rcUeMetfl, el qui sans art ont des ffAee& infijde» dans tout ee qu'ils font : cho/ eux , (ont est aisé , tout ooiile de lasoiarce. 11 y en ad antres, au contraire , qui sont naturellement cfênés , < mbarrassés , timides : ils ne savent ai parler ni se taire, ni taire, ni recevoir une hounéteté« Ils ont unt air gauche et pesaot , qui dépare tout tB qfofÛÊ fentr

Il n^est pM hidle d'dequérir Fair aisé , quand la nature ne Ta pas donné; mais il vaut mieux rester ce qu'on est, que d'affecter ce qu'on n'est pas. Souvent en voulant paraître plus apfréable, on n'eu paraît que plus riiiicule. Les gràc&s mêmes ^ dés qu'il J eAbco de Faffectioni cessmt de Fétrei

DES ^ÎOtLUS. 63

U n'est pas môîùÉ difficile d'ôter MliiiÉdiéé. JiteUe 86 corrigé guère ùihrdè simptes avis ; mi f Mvflîra.a»-» core mdns par deé râillerieS éf tepf^MM. On Me saurait s'y prenare trop doucement : 11 ftttïi hmêr§ cii« oourager' et flatter cet orenèil défiant , cjoi c^nint de so faire tort dans f esprit oes autrcis ou de trnhiF soimême* Car , f|uoiâue la timidité ait tou^s tes £^pareiM::es de la modestie ^ elle n^eslâ6iàv<mt qu'uué ViUiiA secrtfeë ei plus raffinéé. i^Jitôieurd ne sont tûtaid» qoo fttce qn ih yeolent itop plaire , et qu'ils sont trop sMBÎUes aux jugemens (|u'ou peut faire d'eux. Ils m* padent (ju'en treoiblanl , parce qu'ils ne savent rumine on recevra ce qu'ils disent et s'il est propre à leur faire honneur* Il est dangereux délaisser prendre aux jeimi gens trop de eon^ncé en enx-^mémes.: S r a du danger à ne pas leur en laisser prendre assez, line hatdiesso et une timidité excessives sont également contraires à la vraie politesse , qui veut qu'on parle et qu'on aç^isse d'un air modeste ti d'un air aisé, aliu de uc choquer et de ne gêner personne. La présomption produit le mépris des autres , et par-là le manquement aux égards qui leur sont dus. Le dé&itt dTtinè juste ooniianoe en soi-même proditfè ùAe pudëur niaise et un embarras ridicule.

Mais, quoique la timidité soit un défaut, on la pardonne bien plus volontiers que la présomption : eiie flatte l'orgueil des autres , au lieu qne hà présomption rhumilie. Û vaut donc mbttx'être un peu timide fae trop hardi. Trqp de hatditfrs&e dans un jeune hott<me est le préliminaire de l'ertronterie : ou est fondé à croise qu'il ira bientôt jusqu'à Rmpudence.

L'air aisé, s il devient trop libre, comme il arrive souvent^ dégénère bientôt en familiarité^ et conduit au mépris. Leségards qu'on a tes uns pfour les attirée^ aident beaucoup i conserver une éstime réciproque , qui est un des plus sûrs liens de la société. Les amis mêmes doivent se respecter , s'ils veulent rester lon^j-temps amis. Mais c'est siirtout nvec les dames, qu'il convient à un jeune homme de ne paraître jamais familier. U doit les approcher sans gêne , mais toujours avec mie retenue modeste , môlée de respect ; ses manières, sans rien sentir de la contrainte > ne doivent jumais paMt

M LflCOLB

les bornes de la plus exacte pudeur. C'est à elles à ea faire ressouvenir ceux qui oseraient y manquer.

On ne doit pas être raoins réservé avp( les personnes qui sontsupérreureSy et il n'est jamais permis d'oublier le respeet qui leur est dû. Charles II» roi d'Espagne , le jour que mourut Philippe IV son père , admit , sdon la ooutame , les grands k venir lui baiser la niatn« Vn d'eux , dans son compliment de condoléance et de félicitation , s'étant servi du terme d'amis. « Les rois , dit ce monarque avec un ton d'autorité , n'ont pas leurs vassaux pour amis , mais pour serviteurs* »

On peut souvent agir sans fiiçoii avec ses égaux , mais il ne fiiut jamais le faire avec ceux qui sont au* dessus de nous , comme Auguste le fit un jour entendre finement à un de ses courtisans. Ce prince souffrait que ses ministres le régalassent l'un après IMutro. i n d'eux le traitant sans beaucoup de façon , Auguste )ui dit : <r Je ne croyais pas que nous fussions si familiers ensemble. »

Il faut t avec ceux qui sont an-dessus de nous, que

notre faiiiiliarifé même soit respct lueuse. Oîi accuse , peut-être avec justice, les Français d\) manquer trop facilement. Aussi le cardinal Mazarin , dans les maximes qu'il inspirait à Lotiîs XIV , lui recomraande-t-il ce point ; a Ne vous familiarisez pas trop avec vos courtisans , lui disait-il , de peur qu'ils ne vous perdent le respect. » Le roi profila de ce conseil ; et jamais prince n'eut l aii plus sérieux , plus imposant , plus majestueux que ce monarque , qui savait néanmoins , dés les premières années de son règne , le tempérer par une grande bonté. Un jour qu'il avait donné audience aux députés des états de Bourgogne , le cardinal Mazarin dit à Yilleroi : « Monsieur le maréchal » avez-vons pris gfarde comme le roi écoute en maître et parle en père?» II était le premier à rassurer rruxquesa présence avait intimidés. î'n prélat fort éluijdrnf , mal*^ré la crrande b^abitude qu'il avait de parler en public, fut déconcerté dans un dSscoûrs qu'il fit à ce monarque , et il hésita c^0lque temps. Ce prince ^ adoucissant alors cette noble inerté qui éclatait sur son front » dit d'un de ces tons 4ë voix qui entrent dans le cœur , et qu'il savait prendre

i^i à propos ; n iNou^ vous sommes obligés , monsieur ,

DB9 moBxmâ. 63

de nous donner le loisir d'admirer les belles choses que vous nous dites. » Le prélat $6 reniit , et cpi^toiua sua discours avec mcoès. . .

Ne décidez de rien cpi'après l'avoir pesé.

Lbs plus prompts à décider, sont presque toujours ceux qui ne devraient décider jamais ; moins on sait , plus on décide vite : c'est ce qa on voit tous les jours en fait de science et de religion. Des hommes vains et superficiels, qui n'ont pour toutes connaissances qu'un peu plus de témérité que les autres , tranchent , décident sur des points qui demanderaient , pour être discutés , approfondis^ une étudesuivie, et des connaissances qu'ils n auront jamais.

Dans toutes les matières , il est plus aisé de juger et de prononcer , que de peser et d'examiner les raisons qu'on aurait de le faire ; et cependant n'est-ce pas ce que prescrivent la raison et la sagesse? Plus l'objet est important et peut avoir de grandes suites, plus on doit y apporter un mûr examen.

Juges de la terre , magistràts qui tenez entre vos mains la fortune et la vie des autres hommes , c'est à vous surtout que convient la maxime de ne rien décider qu'après l'avoir bien pesé. Vous ne devez ni prononcer légèrement, ni condamner sans les plus fartes preuves; et vous en rendrez compte à celui qui jugera les justices mêmes. Combien néanmoins y en a-t-il , qui , ou distraits, ou las de prêter une attention suivie , jugent presque au hasard , et se mettent ensuite peu en peine de réparer les torts qu'a causes leur négligence ! 0"'il nous soit permis de leur proposer ici deux beaux exemples, dont il serait à désirer que l'imitation fût moins souvent nécessaire.

M. de la Faluer^ conseiller au parlement de Bretagne» ajant été nommé rapporteur d'une aîffiure, dépouilla » par sa précipitation , une famille honnête et pauvre , des seuls biens qui lui restaient. Quelques mois après Tanét rendu et signifié , il reconnut sa faute. Il fit

venir les malheureuses victiuies de ^ négligence i et

les forçâ â'ac( eptei de ses propres deniers la sotûiïiëf qu'il leur stfâit fait perdre.

Gayot de la Rejare était un de ces juges droits ^ intégres et incorruptibles , qui suivent dans leurs jugemens les régies les plus pores de l'équité. Assis sur le tribunal , il était toujours sur ses gardes pour ne pas se laisser srfrpmiéfii» Vmeu pouitailt nu jour par le

sommeil , il s'y livra dans une audience , et ce fut Tunique fcrls de sa vife. Pour réparer cette laute , i! alla aux opinions j et n'oublia rien pour s'instruire de la cause. Le président lui en dit le préois. G§jot donna ensuite ftt Toix^ Les opinions furent fort bahmoées* Celm qui gagna eut Tayantage d'une roin seuhament^ Gayot, âpres le jugement > soupçonna qu'il pouvait avoir mal jugé. Il se lit appui r;*r rhez lui les sacs des parties: après avoir evnîniné le pi(?r<'^ aver iim grande attention, il vit que son soupçon était bien fondé ; il jugea qu(î voix avait fait pcnucher la balance du oôté de eèini qui ne devait pas gagMr» Il manda la partie qui ayak férdm aon prœès , et*Ia rembourstf dn principal et dos dépcitis coumilerables auxquels elle avait été condamnée.

Il est une autre sorte de tribunaux, où l'on décide encore plm iwvent avec bien de la l^éreté et sans eomnaissanie de candie. Ce sont Ions oes tribunaux partkiiKen^ oh l'on die la eondilite et ks actions dea antres I el Mi l'on pninom)ê lani de jugemens aussi injustes que iwécipités. Cbacan a droil a £>a réputation et à reslime générale i et il ne peut perdre ce droit que par des faits certains et indubitabl(>s. Mais notre légèreté ne Yeut pas se doMner la peine d'examiner : noire or^ giieO i ftti eheroba toii}oors à s'élever au-dessus des autres, aim à les trouver vicietiii ou coupables^ et notre malignité naturelle aime à supposer qu'ils le sont. On juge , on prononce , on coudaume sur les plus légères apparences , sur le rapport d'une personne mal instruite » ou ennemie» ou prévenue, ou jalouse, et l'on oublie cette belle nâxinke dtetée par la sagoise el par l'équité naturelle : a Gardes toujours une oreiUo pour l'acousé* »

C'est 00 que l'abbé des Fontaines fit un jour entendre à un inagisUat, f^ui ne pensait paa» avantageu^ment

s!if son compte. Coituie il tètllàit jMifiét* , U niagisttât lui dit : « Si Ton écoutait touâ le^ àeëusès , il M'y aurait pciUt êé coapablèfs. — Si Vôn éèoiitait toug \e8 acGUSatèiirs tep^m réhhê ; i! n't utiràtt point

jastîaé, dit à ce pmcb : <r 17e»i%tef «flY le din pitre des honùétes gens que cCux qui leUr î^^ssefHBIènt. i/

Ne blâmez personné, ÎHlIeSage, àvant qhe de vous être bien informé; Condamhez rarèiilcnt avant cJUé d'âYoir eotenda la |)nrtié elib-même; ti i^sp'endez tonjcnmr Toti^ jHffément jusqu'à eè que ^tttiS âojrcî plèinmieiit itisfaroit de là tMté. Si totis aè jfotivez cfxctiset l'action y excusez-en les motifs. Elposez-vous plutôt à tous tromper en faveur du prochain qu'à son désavantage. Quelle Consolation à la mort , de pouvoir se rendre le témoignage que se rendait un homme de bien 1 II fit arriver sa dernière hcTire avec une joie et lifiè ti'àn- ^ùiilité qui éfonitaient. Oh lâi eii détrianda là causé.

C'est , répoàdit-il , pan;é qfèé je <ie Me ^UTièiis pdint d'avoir jamais mal parlé ni jugé témérairemont de j>ersorine, et Jésus-Christ nous aj^romis dans l'Evan- ^le que, si nous Bè jugions pas/ Iràuà né serions pas jugés. »

Qâèiqft'il 6oit to<iJ<!^ bci^u de pmser jc&ite et de ne ^âidoaln^êàwremilf , âitatléoiMtédeifes jugeiMtfs fte p6rf^it ^le s«r Aê9 éàoM tedMéfeiifle», i) m serait

Jïaè du moins si dangereux de nous ttotiiper. Mais ils ont le phis souvent pour objet rhoniteur du prochain , là religion , tes înœur^ ^ ét fèS autre» choses les plus liifypbrianfted de là vie civile. Nous ne sauriens donc trop iièii^ Affqil^iXél- à dééot^frir le^ Maie§ qui éf areitt si limyeût ndtrè ràisd^, iS^ dtfnMittfitr sm tm gaideir^

et de nous en garantir.

' l/Ae des premièfés ^ d6S^ pfu^ fécondes sources des fhxft jn^^éiPAens que ftoii^ poftmï^ est sans doute Ta- Éfiour-propré , fintâ^êt ôu quelque autre passion. Nous jugecms |)^és<j[ue fouj^(târs des chose» , non en elleslàièïâ^ , IèMé pu tàpp6n StMWi. Gmme nùtxe amourproprë iUffû» feif ei'ofi^ qtie fiotià ayons plus de sagesse et de raison que les antres, f^t cé qui fie <àjuste pas à nos vues et à nos îutrtiérès , troute aupi'ès de nous sa

eondamuatiou et sà cen^reé Noua Màmoâs le élmi^ de

€8 l'bcûoc

nos maîtres dans la dispensation des places el des dW gnités , parce qne leurs faveurs ne sont pas tombées

sur ceux à qui notre suffrage les avait destinées. Nous condamnons les auteurs des événeraens publics , parce qu'ils ne sont pas conduits par les mesures que nous aurions nous-mâmes choisies; et, quoique nous ne soyons que comme un atome imperceptible au milieu de ce vaste univers , nous voudnons presque en faire mouvoir la machine au gré de nos seuls désirs. Un nouvel liste , lisant dans les papiers publics quelques articles qui n'étaient pas selon ses idées, dit fort séneusèment : c< Si le roi continue d'agir ainsi, je ne me mêlerai plus de ses affaires. »

Non eontens de blâmer ce que nous ne savons point et ne pouvons connaître dans le gouvernement des royaumes et des empires , ne nous érigeons-noujs pas souvent en juges oi'gueilleux des ouvrages de Dieu même et de sa ronduitc sur les liommes? N'îdlons-nous pas jusqu'à vouloir réformer ia religion ? Sous prétexte de la dépouiller de tout ce que la crédulité ou les préjugés ont pu y ajouter , nous ne croyons que ce que nous Youlons bien croire, et nous sommes moins chrétiens que philosophes.

Ou voii des personnes , dans un sexe même où Tignoraucc sur certains points devrait être un mérite , où la politesse et la bienséance du moins voudraient qu'en sachant on affectât d'ignorer , on voit ces personnes^ citer la religion à leur tribunal. Elles font les difficiles , appt éhendcnt d'en trop croire , ont des doutes sur tout, et n'en ont pointsur régareineut de leur conduite. Elles ne croient presque plus rien des vérités de la religion ,

{mrce qu elles aiment à ^ permettre tout ce qui llaUe eurs penchans.

Car c'est presque toujours Tintérftt secret et honteux des passions qui décide desjugemensi|u'on porte ocoitre la religion. On l'a déjà dit bien des fois : si elle ne proposait que des lojstères qui passent la raison, sans y iîjouler des maximes et des vérités qui gênent , rincrédulité serait rare. Les plus incrédules ont rru d'abord comme les autres hommes , ils n'ont commencé à don* ier de la religion, que quand ils ont voulu jouir tr^n»

fuillmwt de leurs plaisirs ^ et se délivrer d'un censeur

fmportan. Elle letr est devenue plus saspecte , à mesure qu'ils ont donné dans de plus grands égaremens. Ils ont passé plus ou moins rapidement , suivant le besoin qu'ils ont eu de devenir incrédules , de la foi au soupçon y du soupçon au doute » du doute à une prétendue certitude. Leur façon de penser a changé avec leurs mœurs ; et c'est bien d'eux que Ton peut dire 9 que Tesprit a été la dupe du cœur.

Mais il est sur ce point , comme sur bien d'autres , deux excès également à éviter : la crédulité aveiic^le qui croit tout, et l'incrédulité superbe qui ne croit rien. L'amour pour du merveilleux, Tignorance ^ la faiblesse de l'esprit humain , sont la cause de la crédulité. L'in* créduhté est l'effet de la corruption du cœur , d'un orgueil avide de distinction ; c'est du moins la suite d'uîie mauvaise philosophie et un abus de la raison. On s'eu fiât pourtant un honneur et un trophée , comme d'une preuve qu'on a une plus grande force d'esprit ; et Ton ne fait pas réflexion que, sans examen , il est aussi aisé , et plus déraisonnable même , de ne rien croire que de tout croire.

L'homme sage sait, entre ces deux écueils, tenir un Juste milieu. I! pense avec raison que, s'il y a peu de discernement et de prudence à recevoir légèrement tous les faits miraculeux qu'on raconte , il y a beaucoup d'imprudence et d'impiété même à rejeter ceux apsà sont revêtus de preuves authentiques. Il aime mieux se tromper peut-être quelquefois , eu croyant pieusement ce qui tend toujours à honorer Dieu , que de s'exposer à lui faire injure en refusant de reconnaître ses œuvres. Ainsi, il croira sans peine les merveilles que le Tout- Puissant a opérées par ses Saints, dans tous les siècles, lorsque des auteurs judicieux et sagement critiques les rapportent.

Les esprits forts , qu'on n'appelle ainsi , dit La Bruyère, que par ironie, déterminés à nier tous les faits merveilleux qui peuvent faire honneur à la religion , se raillent d'une religieuse croyance ; mais ont-ils donc plus de lumières et de savoir que les autres? Se sontils mis en état , par une étude profonde et sérieuse , de prononcer sur cette importante matière avec une parfûte connaissance de cause? £t ne sont-ce pas , pour

7^ l-'iCOLE '

ftim^h 4m #bo? «iiMteiMff de i^imiiiëté , qui, umqi^^t cMSGSiiés de letiis fdawiM, seraient bien ^cqé^ d'avoir deç momens de res(e pour examiner avec attention ce qu'ils ne çe soucient pas de connaître. Ils ont pris une voie plus courte, plus commode , et qui fait sans doute beaucoup pjus d'JioiiiidQr à leur jugë^ fliept:^ est de qu'ils m eraient aiicon mirade . parce qu'il n'y en a jamaiiM» '

ii^i» povJT mU^if un « fslMïiSint paradoxe, il faut ap^ir^iic fxe]^ (i'espjriX que les plus étranges absuroM^s ne puissent ébranler. Car si les miracles, que îçs éyangclistes attri/^^yentà /ésus-Christ et à ses premiers dis^iple^; nt^tai^t powrf incontestables lorsqu'ils les àyuaiefl^^ qi^ll^^ pwjtétM comparée à la leur?

ï^s 9mm^ W iMKe^ d« iénwâlehi, où fls rapportaiei^fluel^ pl^^lK^rt ^vaieiit été ïaits publiquement. 9 ^st-il pas m^nifc&le qu'ils se seraient exposés au m^épns et à la risée de tousruux qui savaient le contraire ou qui pouvaient feciteiruBat le savoir? Et comment les artjsaiij^de^ p)|is giiASfiîéivs iinposture auralenl-iis pu la faire croire à tout runimi»^ en employant '/les WOJW, qç» SeW^ tente» fca régies de la sagesse hu^ WiWf ét^ent le^ plu^ 4>pposés au succès î

A la religioa ^ojez toujours fidèle.

vBette importante ^jâoie ne sera pas du goût de nos philosophistes et de ceux qui , à leur exemple , affichant hautement une orgueîtteiise indépendance, une malbureujse liJberté de penser. Entêtés de leurs présomptueuses lumières, ils ne peuvent souffrir qu'on leur en dcpaande le sa^uifice. l^iers de cette raison que le ciel leyr a donnée, ils ne veulent pas qu'une autorité , même divine , entreprenne de la soumettre dans les choses , ^ui lui opposées^ ne sont q[a'au»de^à^

DES ^lÛJgJL'I^S. Tl

PiiUosophes in^Visé» vous refiisese fijufim , Im mystères de la religion , parce que tous ne pouves les

comprendre 1 Mais comprenez-vous nriieijx jceux de la nature? Combien n*en a-t-ellc pas où votre esprit se perd, et qui sont pour vous autant d'abîmes impénétra))les I Tout Tu^i vers est rempJii cfp vérités qui sontea mèogie tem^ ip^iit^î J^tilfl^ e) istçftfi^Mtiffm^ks^* ^oof conoaissons leç effets ; SNaiii» m son|

pour nous comme autant de nuTstëres qu^ la natura nous caclie sous ses voiles augustes. Et vo^ùte,s$^[^rpris que son diyin Auteur en renferme dans s/jn propre sein, qui passent lesbp^^nes (ie vo^rp inte^ig^^uce 1 Vous voulez ait^n^T^ V^ILm ^Vf^èmi f wm^ qw

pouvez connaîtra Tep^nce 4u gr^iQ s^t^ fUip vons foulez à vos pied^? ^er^it-il pie^^ spra^^Tj^ l'^r/ejipfipî, si des êtres bornés pouvaient icopnajitre ]toii,t ce qu'il est? a Vous seriez bien petit, Seijj^neur, disait dans sa belle simplicité saint Franç ois de Sajes, ^ y^9^ pojuvicii être compris par u^ e$pi:it ^i)s^i {^t qji^e le jç^re. »

Ecoutez aussi la s.age réponse qji^ £t> tix^is i^nt^ans avant rétablissement de la^eli^on c^i\^o\ i ([i \Qf^f^ célèbre mathématicien à un sopbisle, qui JLi;ii 4e^nda de quelle pâture étaient les dieux, c To]xi que je sais, répondit Euclide , c'est qu'ils haïssent bien ceux qui sont curieu^jL djp péj^ijètrer Je$ n^jstéf e$ ^qu'il^ ufs qacfaent. »

Mais ce qui 4oit sprprendre enpor^ plus , c'est que ces prétendus esprits-forts, qui insultant aux vrais fidèles^ comme i des automates , k des flmes faibles,

à des esprits remplis de préjugés, sont quelqu dois euxmêmes les plus crédules et les plus soumis à l'e^npire du préjugé. Combien parmi eux croient , par autorité,

Îu'il ne faut pas croire à rautQri).é, et p^l^nmt celle es J^mmes i <^Ie de Dieu 1 lis nQus acçijtsj^iit de ram-' per sous le joug , et de nous laisser jentratner par les opinions reçues ; mais ne se laissent-ils pas pnx-mémes subjuguer presque tous par un pliji^ habile ?

Qu'il se trouveparmi eux un de ces génies supérieurs qui, né avec une imagination forte et domiu^inle, aime à donner dans* des opinions nouvelles, dan5.4iB$ para-* dc^es singuliers, et leur prête toute la «é^W^tion d'une cê]yy3U|i6 can^eprq^ ejoi impose plus qye ssfi^ ^tjjie piAle

91 t'ico£fi

el vigoureux; combien aussitôt recevront aveuglement ses décisions tranchantes, comme des oia( los, et adopteront sans examen les systèmes inintelligibles qu'il a bâtis dans son imagination échauffée, comme le vrai qrstèroe de la nature

Qu'il se troore im de œs hommes hardis , qui , désespérant, nouvel Erostrate , de pouvoir s'immortaliser autrement que par des sacrilèges, ou aimant mieux , comme César, être le premier dans une bicoque , que le second à Rome, lève hautement l'étendard de l'impiété, et se mette à la tête des ennemis de la religion ; qu'un tel homme , à l'ambitioD de s'ériger en chef de parti , de se fiJie un nom par la guerre impie ^'il déclare à Dieu , joigne un esprit vif et facile, une imagination brillante et pittoresque; bientôt il deviendra l'oracle de nos beaux esprits, de nos petits-maîtres , ^ui sont ou trop légers ou trop superficiels pour pouvoir nen approfondir, ou trop corrompus et trop videax

Eour aimer à le faire. Quoiqu'il soit historien sans onne foi , philosophe sans raisonnement , moraliste sans principes, il sera l'idole de ses admirateurs, qui se laisseront éblouir par le coloris de son pinceau, par la hardiesse de ses dérisions, par la doiicenr et la commodité de sa morale. Une foule de disciples courra dans sa délicieuse retraite entendre ses leçons d'impiété, ou s'empressera de les aller prendre dans ses ouvrages. Son nom , son autorité , qui lui tiendront lieu de preuves, exerceront sur leurs sentimens un pouvoir despotique qui les pliera à sou gré , et les subjuguera sans résistance.

Et ils oseront encore , après cela , nous traiter d'esprits faibles et serviles , qui croient aveuglément les mystères les plus incompréhensibles , quoique nous ne los crovions que sur le témoignage infaillible de Dieu même! Car, ce qui mérite d'être observé ici , il ne s'agit pas de se récrier sur ce que nos mystères sont inconcevables; il n est question que de savoir si, tout impénétrables qu'ils sont en effet, ils ont pour eux, l'autorité de la révélation divine : c'est-li le point décisif de la religion. Si elle peut le prouver, comme elle le prouve invinciblement, dés lors, quelle que soit la profondeur de ses dogmes , il £aiut nécessairement ^e

la fierté de la raison s'abaisse et plie devant cuic ^ il faut ^'elle consente à croire ce qu'elle ne comprend pas , à moins qiu'elle ne prétende que Dieu , qui est la vérité

£ar essence, ait voulu autorisér Terreur et nous tromper li-même; ce qui serait mettre dans Tidée que nous devons avoir de Dieu^ une monstrueuse contradiction.

Que faut-il donc penser de l'auteur de Tinfàme Epître à Uranie? Après s'y être déclaré hautement Tenneroi du divin fondateur de la religion cbDétienne» ne se réfute et ne se condamne-t-il pas lui-même par ces beaux vers dignes d'un meilleur ouvrage ?

Ciel ! 6 Ciel ! quel objet vient de fVapper ma vue I Je reconnais !c Christ puissant et glorieux.

Auprès de lui dans une nue ,

8a croit se pressente h mes yeux.

Sous ses pieds triompha us la mori est abattue « ■ Des portes de l'enfer il est victorieui.

Son régne est annoncé par la voix des oracles ; Son trône est cimenté par le sang des martyrs ; Tous les pas de ses saints sont autant de miracles : Il leur promet des biens plus grands leurs désirs. Ses exemples sont saints 9 sa morale est divine. Il eoDsole en secret les coeurs qifil iUumioe. Bans les plus grands malheurs u leur offre un appui ;i £t si sur Vimposture il fonde sa doctrine , Cest uo bonheur eneor d*élre trompé par lui.

YOLTAIRB*

Jeune homme que je veux inslniire ici, je suppose que vousu'étes point de ces esprits iri voies ou corrom-

J>us , qui ne lisent qu'avec répugnance ce qui regarde a religion ; indice trop certain qu'ils ne Faiment point, si même ils ne vont pas jusqu'à la liaïr secrètement , parce qu'elle les gêne ou les condamne. J aime , au contraire , à me persuader que, la regardant avec raison comme la chose la plus importante qui soit au monde , vous lui êtes sincèrement attaché, et que vous relisez toujours avec plaisir les solides preuves qui vous confirment de plus en plus dans la douce et satisCaisantc persuasion , que la religion que vous avez le bonheur de professer est véritablement divine. Ceux qui , pou- -viknt l'étudier, ne veulent pas s'en donner la peine , et piment mieux » comme ils le disent^ s'en tenir & la foi

74 t^écou

Ân charbonnier marquent peu de religion e( UM sepiéte di3position à rincréduHté y ou une indifférenca criminelle pour la plus nécessaire de toutes les connais* sauces. 0 vous que les leçoys de Timpiélé ont prévenu contre elle! étudiez-la avec le désir sincère de connaître la vérité y et bientôt vous serez convaincu (juâlle est marquée du sceau de la divinité.

C'est ce qui est arrivé à deux savans anglab » lord Littleton » et Gilbert Werst. Après avoir long- temps Élit profession du déisme , ils étudièrent enfin la religion chrétienne avec I npjilit aLion que mérite une affaire de celte impoi tance, lis éprouvèrent i'un et l'autre ce qu'ils ont souvent répété depuis, que tout honnête homme, qui Fétudie sérieusement, ne tarde guère à reconnaitre le faible des objections qu'on fait contre elle y et la solidité des preuve» sur lesquelles» die est établie. La lumière brilla à leurs yeux , les nuages des préjugés se dissipèrent ; et , ce qui sera toujours le fruit des recherches en cette matière et de la droiture du cœur, ils reconnurent et embrassèrent enfin la vérité.

Hais que cette droiture de cœur est rare 1 On cherche moins à s'instruire qu'à se rassurer dans le parti inquié» tant de Fincrédulité. Combien de personnes, pour vivre plus tranquillement dans leurs désordres , et pour se livrer plus impunément à leurs passions, voudraient que ïa rrlii^ion lut fausse , et cherchent de tous côtés des doutes , qu'ils aiment à prendre pour des vérités 1 Ils npplaudissenC à tous les traits qu'on lance contre elle ; ils dévorent arec une espèce de yoluptè tous ces poisons réchauffés qu'ils trouvent dans ces libelles impies dont lo public est inondé , taudis que presque aïK un d eux ne daigne jeter les yeux sur les cxcellens ouvrages qui ont été faits pour défendre la reii^non. Ils y verraient qu'on ne Fattaque que par le mensonge » par la mauvaise foi > par de misérables sophismes que aes adversaires ne cessent de répéter , quoiqu'on y ait cent fois victorieusement répondu. Ils y verraient que

* On demandait* un jour à an cbarbonnicr : Que crois-tu ? 11 ré- ^ . iU ^ VEglUe. On lui dmand^i encore î Mâis qae

S?lLxM^®^ 9H«j>«ro<#, répUquttiU. Une telle piofMkw m M (Uit une igaoraiice gmsière ou une vraie dérision^

'il'

les preuves qu'elle doune de sa diviûitc sont noiiseuiement invincibles , mais si claires et si faciles à ' eoniprendre , qu'il n'y a personne ^i ne puisse en

sentir la vérité.

Tel est surtout réclatant mii acle de Ui résurrection de Jésus-Christ. Comaie il n*y a que la toule-piiissancft divine qui puisse arracher à la mort ses victimes , et rendre la vie à ceux (jui Ton perdue , il n'y a qu'un Dieu fait homme qui puisse se ressusciter {ui-même. Jamais aucun imposteur n'a eu la folie d'annoncer qu'après sa movl d sortirait \ivant du tombeau. J.-C, est le seul envoyé de Dieu qui ait osé faire une (elle prédiction , et la donner comme la marque la plus certaine de l'authenticité de sa mission. Cette prédiction était devenue si puMique et si connue, aûe le lendemain de sa mort les princes des prêtres et fes pharisiens allèrent ensemble chez Pilale , et lui dirent : <c S( i^^ ueur, nous nous somnuîs souvenus que ce séducteur a dit , Joi squ il était encore en vie : Jo ressuscilt/ ai Iroi^jotrr.^ après ; commandez que son sépulcre soitgardé jusqu'au troisième jour» de peur que ses disciples, venant déro-* ber son corps, ne disent au peuple qu'il est ressuscité ; et qu'ainsi la dernière erreur ne soit pire que la première. I)

Si donc la résurrection de J.-G. n'est qu'une fable , si les preuves mêmes qu'on en a ne sont qu'équivoques ou incertaines, brisons ses statues, renversons ses autels, et ne le regardons que comme un misérable séducteur 9 un imposteur sacrilège, qui a voulu follement abuser de notre crédulité et usurper les honneurs divins. Mais s'il est vraiment n v( iiu h la vie, ainsi qu'il i avait prédit ; si la prouve que nous en avons est portée jusqu'au plus haut degré de certitude que les hommes ])nîsscnt jamais avoir, il faut qu'à son nom tout genou fléjchisse , et qu'on le reconnaisse pour le maître souvc^ rain du ciel et de la terre.

Or, ce prodige unique et inuui j;i..qu'alors est prouvé par un fçrand nombre de témoins oculaires et dif-uesde loi , par l'aveu de ses ennemis , par le témoignage do Dieu même. Il n'y a donc jamais eu d'événement miev^c attesté , et la certitude que nous en avoiis est la plus

Ï6 LÊcuLi:

grande qu'on^pnissc jamais avoir. Mais examinons im moment tous ces témoignages , et pesons-les.

Les premieis qui déposent en faveur de la résurrection deJ.-C. , sentions s(s aj)r)lies et tous ses disciples, témoios oculaires 9 et qui merileut la plus forte croyance* L'illusion» la prévention, le prestige n'ont eu aucane part à ce qu'ils voyaient. On ne peut pas les soupçonner d'une ci^ulité simple ou indiscrète. Malgré les témoignages les plus précis, les plus formels des saintes femmes , ils traitaient tout ce qu'elles leur rapportaient de folie et de vision. Ce ne fut qu'aprésqu'il se fut fait voir à eux plusieurs fois, qu'il eut mangé devant eux et qu'il leur eut fait toucher son corpsetses plaies mêmes, que sa résurrection leurpaucut un fait constant et indubitable.

Ce n'est point un seul , ni quelques-uns des disciples qui l'ont vu : outre les onze apôtres, plus de cinq cents fidèles, réunis en un lien , l'ont vu tous ensemble , comme saint Paul nous l'apprend dans sa lettre aux Corinthiens , où il les renvoie au témoîgnagede plusieurs d'entre eux qui vivaient encore. Ils ne l'ont pas vu une fois , mais plusieurs fois; ni rapidement et par manière d'apparition , mais ils ont conversé et vécu avec lui.

Ce qui donne encore plus de force et de poids à tant de témoignages réunis, c'est qu'un fourbe ne débitera jamais ses mensonges, s'il n'en espère aucun avantage. Or , quel intérêt les disciples de J.<-G. pouvaient-ils avoir de faire passer* pour ressuscité un homme qui ne Tétait pas , ou plutôt quel intérêt n'avaient*ils pas à cacher même cette résurrection ?

Loin d'attendre quelque félicité temporelle ponrprîx de leur courage, ils avaient les dangers auxquels ils s'exposaient) ils savaient qu'ilsallaient allumer déplus en plus contre eux la fureur de la nation. Les iusnltes, les mauvais traitemens, les chaîni^s, les prisons ont payé la constance de leur témoignage. Sous les grêles de pierres, sous le trenchant d'un fer homicide, dans les ombres et les horreurs de la mort , ils ont persisté dans leur déposition. C'était dans le temps mémequ'on. étalait à leurs yeux le formidable appareil des supplices» dans le temps qu'ils allaient expirer sous la main des bourreaux, qu'ils confessaient avec le plus d'intrépidité

la vérité des faits qu'ils annonçaient à Tunivers. Ah t croyez-en , dit Iréfr-bien Pascal » des témoins qui so font égorger. Ils étaient donc tous bien intimement con*

vaincus de la résurrection de leur maître; et ils n'ont pu être^ sur ce point essentiel ^ ni trompés^ ni tromr peurs.

Ce qui ne paraîtra pas moins décisif , c'est que le témoignage des ennemis mAmes de J.-G. confirme la vérité de sa résurrection. Selon leur propre aveu, le corps de Jésus ne fut plus trouvé dans le tombeau le

troisièuie jour après sa mort : et il caL Immainemeut impossible (ju'il en ait été enlevé. Car , pour qu'on l'ait pu faire , il faut supposer que tous les soldats de la garde que les chefe de la synagogue avaient mis euxmêmes , et l'on peut s'imaginer qu'ils les avaient bien choisis , étaient , sans en excepter un seul , profondément endormis. •

Mais en admettant même qu'ils se fussent tous livrés à un sommeil si peu vraisemblable , il faut supposer encore que , ces soldats étant disposés autour du sépulcre , aucun n'a été éveillé par l'ébranlement d'une pierreaussi pesante qu'était celle qui fermait le sépulcre taillé dans le roc , et qui dut nécessairement être renversée. Il faut supposer de plus qu'aucun n'a été éveillé par les divers mouvemens que doivent naturellement se donner des gens qui veulnnt tirer im cadavre du tombeau. £n vérité ^ les têtes incrédules sont étranges; elles refusent opiniâtrément de croire ce qu'on leur prouve avec évidence , et croient sans peine ce qui n'a pas la moindre ombre de vraisemblance. Quelle force d'esprit ({ ne celle qu'où lic montre que contre la raison !

Penl-ou sensément s'imaginer que les apôtres, ces gens timides qui ont tous pris la fuite et abandonné leur maître avant sa mort , aient eu la hardiesse de venir enlever son corps si bien gardé? Etre forcé d'avoir re» cours au subterfuge le plus invraisemblable, au conte le plus puéril , en publiant, comme l'ont fait les ennemis de J.-C. , que ses disciples avaient fait cet enlèvement tandis que tous les gardes dormaient , n'est-ce pas un aveu tacite, et une preuve bien forte qu'ils n'étaient que trop convaincus qu^U était sorti vivant dUe tombeaa t

5P9 tpw-E

- s'es| )t>as Knontré à ses 0Rnei|i|s apr^ ^

$urr^(ion , pour les convaincre et les convertir , c'est

qu'ils s'en étaient rendus iudi*j^nes cnirjeUaiU le cbmble à leurs crimes par le plus grand de tous; c'est que ce prodige n'eût pas été plus efficace pour leur.conversioil, . que tant d'autres éclatans ^ull avait opérés sOus leurs ^nx^ ¥^t pour ne ps^ler jet que 4'|ip ^ùl > quel effet îavait produit sur ces cœurs endurcis j^^r la naine , te ^iracle incontestable de la résurrection de Lazare , enseveli depuis quatre jours dans le tombeau , (jue de leur faire prendre l'éloniiaute et insensée résolution de l'y faire rentrer , pour soustraire à leurs yeux et à ceux de tout I|3 peuple la vue trop convaincante d'un prodige si grand et a incontestable ? À pes traits qn reconnfitt Taveuglen^ent de l'envie e( marche erdinaife des passions.

Enfin le témoignage de Dieu même achève de nicllre le dernier sceau à la vérité de la résurrection de .!.-(]. il est impossible que Dieu , qui est la sf^g^p et la vérité inunie , puisse jamais autoriser |e mensopge et Terreur. Qr , il Tpuirait fait , ^i 1*-G. n'était pas vraiment ressuscité , puisque les apôtres ont attesté et soutenu cette résurrection par une multitude de miracles éclatans, qui ne peuvent être révoqués en duuie que par ceux qui sont absolument décidés à nier tout ce (]u'ils ne veulent pas croire. Dieu donc aurait^il aussi été de concert 9vec des fourbes et des impQsteqfs^ pour nous tromper et nous jeter dans l'erreur ?

Il est donc évident , pour quiconque ne Veut pas obstinément fermer les yeu\ aux plus purs rayons de la lumière, que J.-C. est vraiment ressuscité, et par cqns^uent qu'il était Dieu, et que la religion qu'il a fonàée est divine , puij^qu'il a ^unuè positivpi^ent sa résurrection future , comme une preuve authentiqua de sa divinité» et do celle de la religion qu'il venait étijblir.

La manière merveilleuse dont c(»lte religion 6*est établie ne prouve pas moins invincibienieni qu'elle a Dieu seul pour auteur* J.-C paraissant dans le monde annonce le dessein le plus grai)d et le plus inouï que jamais JiomfnQ ait osé concevoir. Toute I4 ferre e§t plongée dans les ténèbres de l'idolâtriet La seule n^^tÎQÎP

DES MOEUaS. ' 79

kti^e^ méprisée de toutes les autres ^ connelt le vrai mm. la plupart des hommes sont Kvrés aux plus liou»

teuses passions , aux superstitions les plus ridicules. J.-C. se nioutre, et il déclare que c'est lui qui est envoyé de Dieu pour renverser les uloles, abattre tous les temples qui leur sont consacrés y convaincre de folie la fausse

changer la croyance et les mœurs des nations « détruire les préjuges , aboKr les superstitions » et réunir tous tes

peuples du monde sous une m4nie loi. Eu formant une telle entreprise , il n'is:nore pas que rien n'est plus difii( que le chan«j^ement de religion ; que les hommes sont naturellement portés à respecter celle qu'ils ont reçue de leurs pères , et dans laquelle ils ont été élevés. Il sait que les nations auxquelles il veut faire annoncer l'Evangile , entêtées de leurs erreurs , et plongées dans les débauches les plus infâmes , tiennent par le ( (eur à unerelifl^ion aisée et rnnnjiode , qui , loin de roiUiaïudre les passions, les autorise et les consacre. Il sait qu'il aura à combattre sa propre nation , infiniment attachée à sa loi , superbement enivrée de ta flatteuse espérance qu'un Messie glorieux et triomphant devait rétablir le royaume d'Israël dans toute sa splendeur. Il connaît tous res obàlajcles, il Içs prévoit; et cependant lien ne l'arrête.

On doit convenir qu'il est impossible qu'il réussisse , ou il faut qu'il ait des moyens bien puissans. Oui , il en a certainement , mais qui sont bien chfférens de ceux que la sagesse humaine aurait employés. Qu'on lise ce que les historiens nous en apprennent , et l'on verra que J.-C. a fait, humainement parlant, tout ce qu'il fallait pour ne pas réussir. Né , dans un coin de la Judée, de parens pauvres et sans crédit» il demeure caché pendant trente ans. Il sort enfin de sa retraite pour commencer son grand ouvrage. U appelle à lui douze personnes , gens sans lettres , sans autorité , sans éducation, sans biens, sans aucun talent pour la parole , et qui n'avaient d'autre métier qur la pèche. ^ oilà les grands instminens (|u'il desline à opérer une si étonnante révolution dans le monde. Que faut-il pour se les attacher ? Il leur dit de le suivre , et ils le suivent ,

quoiqu'ils le voient pauvre et saw auQUii^ di^inctim*!

80 l'bcou

Tfon-seulement il ne les attire par aucune promesse humaine, mais il leur fait euteadre clairement qu'ils n'ont à espérer que des persécutions. <r II& vous chasse* Tont des synagogues, leur dit*il ; ils vous feront souf» frir toutes sortes de tounnens et la mort même , à causa de mon nom. )> (^loiL-on qu'une telle promesse fût biea ençage^inte? Cependant ces douze hommes s'attachent à lui , et le suivent partout jusqu'à sa mort

Elle arrive eniin, cette mort; et ne devait-elle pas naturellement détruire un ouvrage de cette nature » commencé depuis un si petit nombre d'années, avancé si p<^u et si faiblement soutenu? Il meurt , et de quelle mort? Il meurt , comme un scélérat , par le supplice le plus iuiùme ; il expir** , et il est rais dans le tombeau* Ses disciples timides et dispersés paraissaient abattus et sans espérance. Son projet semble enseveli avec lui» Mais non , c'est lorsque tout est désespéré » que tout va commencer. Ce même homme , dont le nom parait exterminé de dessus la terre, va accomplir le grand œuvre de Dieu. II avait dit à ses apôtres que ce serait après sa mort qu'il les enverrait prêcher partout son Evangile y établir partout sa religion, et appeler toutes les nations à la connaissance du vrai Dieu. Mais il leur avait promis , en même temps , de les revêtir de la vertu d'en luiut » de leur donner une force et une sagesse k laquelle personne ne pourrait résister , d'opérer par eux les plus grands piodi^j^es, de former par leurs ti*avaux une société nomî)reuse de vfais adorateurs , et de conserver, jusqu'à la lin des siècles, cette société que l'enfer même , toujours conjuré contre elle , ne pourra jamais détruire.

Or , je le demande aux déistes , ces promesses n*on(« elles pas été accomplies? Ils ne peuvent le nier. La face de la terre a changé , la religion chrélienne a été reconnue \M)ur la seule véritable , et a été embrassée dans toutes les parties du monde connu. La lumière a brillé aux yeux des nations qui étaient assises dans les ténè* bres ; et ceux qui n'adoraient que de vaines idoles ^ n'ont plus adoré que le vrai Dieu : les mœurs sont devenues aussi pures que la doctrine ; c'est Fouvrage de» apôtres. Us ont fait ce que toute la philosophie n'a puj faire , t^lle dont le flambeau n'a édairé aucun pa^ s ,»

BBS MCTOBS. 81

dont le zèle n'a renversé ancune idole , dont Féloqueiice n'a changé aucun peuple. Platon , avec tout le crédit et Testime que lui donnaient dans le monde sa science et ses lalens , n'a pu engager une seule contrée de la Grèce à vivre selon les lois de la nouvelle république dont il avait tracé le plan; et ces hommes obscurs et grossiers réduisent les provinces et le* royaumes sous l'obéissance de l'Evaii^ile.

Ils persuadent aux Juils que Dieu vient d'abolir leur religion , et qu'un nouveau culte a remplacé leurs sacnfices. Us leur* font reconnaître , comme le Messie prorois par les prophètes avec tant de pompe , celui qui * a vécu parmi eux jkui vre et méprisai ; ils leur font adorer comme un Dieu celui qu'ils viennent do crucifier comme un impie et un scéléral. lis font ren voir aux idolâtres une religion absolument contraire à la leur , une religion qui proscrit tout ce qu'ils aiment le plus y leur$$ usages 5 leurs fêles ^ leurs spectacles ; une religion sé« vérequi exige de ceux qui Fembrassent^ la plus grande pureté de mœurs, lis prêchent des mystères inouïs jiisqu'alors , des doarmes qui paraissent révolter la raison humaine ; et on les croit, lis annoncent une morale absolument opposée aux inclinations de la nature» et elle est reçue partout ; et les grands mêmes le^ sages 9 les philosophes embrassent la doctrine de ces pauvres 9 de ces hommes sans lettres » et destitués de tout secours humain. Miracle incroyable, si les premiers prédicateurs du christianisme n'ont pas confirmé leurs prédications par les merveilles les plus extraordinaires ^ par les signes les plus étonnans, et par des prodiges évidemment marqués du sceau de Dieu !

Que fera donc ici le déiste? Àvouera-t-il ces prodiges, qui sont mille fois plus notoires et plus constans que les faits les plus avérés de l'histoire profane? l)éslà il avoue que la religion chrétienne a Dieu pour autour. Preiidrat-il le parti désespéré de contester la vérité de vrs prodiges? Mais ne serait-ce pas un miracle plus grand et plus incroyable que ceux qu'on ne vetit pas croire , d'avoir converti le monde sans miracles , d'avoir persuadé des choses incroyables à* des incrédules » d'avoir soumis tant d'hommes différens au joug d'une tellë Religion ?

8ii ^içoLE

Car il est poiistapt qqe cette religion a élé embri^ss>f» par up grand npmbre de Juifs , par une infinité do-

lîitres. Saint Justin , qui vivait au second siècle de TjEgUse , compte une in li ni té de nations soumises h FEvan^nie. Cent ans api , Origène et Arnobc disent que le cbiistiauisme pst répandu partout où le splcil porte sa lumière.

Selon les prophéties , toutes les nations pntété ébran^ lécs. On les a vues briser leurs idoles y renverser leurs temples , renoncer à toutes leurs superstitions , et former ce peuple saint, ce penpie nouveau, qui s'est acçrandî et éfondn mnli^ré tontes les ])uissanrns du sirrfc qui s'eC^uvçaieat de Texterniiner. Rome même , la superbe Komç , après avoir juré la ruine du nom cbrétien » et s'être enivrée du sang des martyrs , a enfin subi le joug; de cet bomme crucifié , dont elle persécutait les disciple^ avec tant de fureur.

Ces persécjKÎGns onl élè si universelles (4 si violentes, ((ue le sang des hkh Ivis ruisselait dans les ruos , ef que les rivières jen étaient teintes. Elles ont duré plus de troia cen|s ans , et au bout de ce temps la religion chrétienne s'est trouvée répaudue par toute la terre. Quelle aytre religion s*est ainsi accrue, malgré les plus grands obstacles , sansautresarnies , sans autres moyens que les verLus de ses enfans, que le courage et le sang de ses martyrs? Phis ou le rép<iudait, plus on la rendait ieeonde : semblable à la terre que le soc de la charrue fertilise en la déchirant, plus les tyrans s'acharnaient à la détruire , plus les idolâtres eux-mêmes s'empressaient à remplacer ceux que le glaive lui enieiVHiL Où a-t-on vu ailleurs les bourreaux' tout couverts du sanj:^ de leurs vietiuics , cbanijer tout-à-coup de sentîîuent, et mêler leur sang à celui ç^u iis venaient do verser ? .

Que ridolàtrie , l'athéisme et d'autres sectes vantent le couraîîe d'un petit nombre de leurs sectateurs qui ont prodigué leur vie pour elles: la religion chrétienne seule peut compter des millions de personnes de tout

âge , de tout sexe , de toute condition , qui ont répandu leur sang pour soutenir la relir;ion de J.-C. En vain Doiîwel, Bayle , et d'atitres après eux , ont voulu diminuer le nombre de ces généreux athlètes , qui ont

DigitizGd

DBS iiCBuiis; 83

icdlé de kiir sang la divinité de la religion que nous ferons gloire de prof^er. Leur assertion , démentie par les témoignages de Pline, de Siiétono , de tous les païens qui ont écrit depuis la naissance du christianisme, de tous les auteurs ecolésiastivies» de toutes les iosmplions , de tous les monomens, ne peut soutenir les regards de la Térité : et la haine seule de la religion peut Ipi fottniir encore des partisans. En dépit de leur audacieuse critique. Tu ni vers équitable respectera toujours ces monumens authentiques que conserve l'Eglise , et où nous trouvons plus de dix millions de martyrs qui ont raidu témoignage à h-C. Toutes les sectes ensemble poonaien^eUes se mettre m parallèle sur ce point avec la relifien chrétienBe ? Et quelle preuve convaincante de sa divinité 1 Car il faut nécessairement, ou que tant de millions de personnes qui ont répandu tout leur sang dans les plus cruels supplices pour cette nouvelle religion qu'ils venaient d'eiiibrasser , y aient vu évidemment quelque dhose de surnaturel et de divin , ou qu'ils aient tous absolument perdu Eesprit , et qu'ils soient devenus fous jusqu'à la démence. Mais supposer que tant d'hommes soient devenus lous et insensés, n'est-ce pas de toutes les suppositions , la plus folle elle-même et la plus extrava^ gante ?

L'imposteur Mahomet, que nos impies osent comparer à J.-G* , a bien pu séduire les peuples et contredire le prophète, par de prétendues révélations qui ne cachaient que sa faiblesse *. Mais il n'a proiivé sa mission par aucun signe éclatant et divin , et jauiais ses disciples n'ont osé lui en attribuer. Il est mort sans ressusciter; et la superstiticm qui honore son tombeau, atteste rile-mémc ce qu'elle en pense. Une ignorance grossière , un silence politique , prescrit par le législateur même, ensevelissent dans des ténèbres épaisses l'absurdité des dogmes musuiuians , et plongent dans une nuit obscure ses disciples aveugles.

* Comme il tombail souvent du niai caduc , il jicrsuada d'«ihord à sa femme, et par elle k beaucoup d'aulres, que ces accès d'cpilepsie étaient des extases causées par ses communications secrétei^ avec range Gabriël.

84 L'ficou

11 faut saiis doute que cet aveuglement soit bien profond, puisque le lémoiguage de leur prophète devrait fiufiire pour leur faire ouvrir les yeux. Pourrait-on le croire, si Terreur était moins accoutumée à se contredire? Mahomet avoue lui-même , daos son Alcoran , qiieMoise fiit d'abord envoyé de Dieu et qu'après Moise» vint le Messie , qu'il appelle le Verbe. « Le Messie , Jésus, fils de Marie, dil-il , est prophète et apôtre do Dieu , son Verbe et son esprit. » Mais si Jésus est prophète et apôtre, Mahomet ne Test donc pas, puisqu'il établit une rdigion entièrement opposée à cellede J.-C.: car Dieu ne saurait être en contradiction avec luimême. Mahomet est donc un &ux prophète et un im?* postcur.

La religion musulmane n'a d'ailleurs d'autres preuves (le sa révélation que le témoignage de Mahomet. Elle n'a été ni annoncée par des prophéties , ni confirmée par les prodiges. Mahomet disait lui-même qu'il ne Élisait point de miracles , et qu'il était venu fonder sa religion par les armes. « Crois que notre prophète a

{>arlé à l'ange Gabriël , ou je le tue. » \oilà , dit d'Aembert, tctite la preuve du inaliométisme , et la raison de ses progrès. Les soldats de Mahomet ont été ses apôtres, au lieu que les apôtres de J.-G. ont été mar«

IjTS.

Qui pourrait donc sérieusement comparer rétablisse--

ment de la religion mahométane à celui de la religion chrétienne ? Celle-là n'a eu à vaincre que des obstacles ordinaires , e{ elle les a surmontés par les moyens les plus naturels et le* plus propres à assurer l'entreprise: c'est im de ces événemcns qui n'ont pas de quoi nous étonner beaucoup. L'établissement du christianisme au contraire , commencé par des moyens naturellement incapables de le faire réusiiir , continué malgré millo obstacles humainement insurmontables , et couronné du suvcm le plus étendu , n'a-t-il pas de quoi jeter dans rétonneaM)iit ? et ne forcert'-il pas à y reconnaître le doigt de Dieu 7

Veut-on encore une autre preuve non moins sensible et toujours subsistante de la vérité de la religion chfé- ItenneTNos phis axicienb euneiuis Toffrentà noàjeuiî»

Cest Tétat des Jui6» lear dispersion , leur conservation étonnante depuis tant de siècles'.

Dès les premiers temps , ils ont vu s'accomplir en eux cette terrible malédiction qu'ils avaient prononcée contre eux-mêmes, lors(|u'au tribunal de Pilate ils avaient osé s'écrier en maudissant J.-C* : « Que son sang retombe sur nous et sur nosenfans I » Dsout vu , comme il le leur avait prédit, renverser, détruire de fond en comble , et sans qu'il y restât pierre sur pierre , les muvs de Jérusahîm et son tcuiple célèbre, que Julien n'entreprit avec tant (réclatde relever, que pour vérilier plus parfaitement la prédiction de J.-C. , en voulant l'anéantir. Jl excita les Juife à rebâtir leur temple, il leur donna des sommes immenses , et les aida de toutes les forces de Tempire. Ecoutez , dit l'illustre évéque do Meaux, quel en fut l'événement, et voyez comme Dieu confond les princes superbes. Les saints Pères et les historiens ecclésiastiques le rapportent unanimement, mais il fallait que la cbosefût attestée par les païens mêmes, a Tandis qu'AIipius, dit Ammien Marcellin , officier et zélé défenseur de Julien l'apostat > aidé du gouverneur de la province , pressait l'ouvrage avec le plus d'ardeur, d'affreux tourbillons de flammes sortirent îles fondeineiis par des éruptions fréquentes, el brûlèrent line partie des travailleurs. Ceux qui ronuneneèrent l'ouvrage , furent également consumés à diverses reprises ; et le lieu devint si inaccessible , qu'il fallut abandonner l'entreprise. »

Les Juifs , ainsi frustrés de leur dernière espérance , ont vu continuer à s'exécuter en eux , avec plus de rigueur et moins de ressources que jamais, les menaces de leurs prophètes , qui leur avaient annoncé qu'ils seraient long- temps sans chefs, sans patrie, sans temple f sans prêtres , sans sacrifices. Cette nation malheureuse, errant de peuple en peuple ^ conservant partout line existence précaire , et contmuéo néanmoins depuis si Icng-temps , porto dans toutes les parties du monde la preuve manifeste de son crime , et démontre à tout l'univers la divinité de Jésus qu'elle ose blasphémer.

Que sont t!( venus tous ces peuples autrefois si fameux? dit à ce sujet M. de Montaz-et, auteur de la belle insti'UGliôn pastorale 3Ur les i»ourcès de llncréoulilé et les

9/6 L^iOOLB

fondemens de la religion. Oii sont ces Yaste$ et puissantes monarchies des Âs^yiien^ ^ dest Perses et des Mèdes 7 Discernez si vous le pouvez ^ anciens R(h mains les barbares qui , dans le cinquième siècle, ravagèrent ritalie. Démêlez dans l'Espagne les , anciens naturels du pays d'avec les Goths qui en firent la conquête : et parmi nous , distinguez une seule famille gauloise de celles dont Torigine est diflerente. Le monde entier aoiiangé de face. Tous les peuples se sont mêlés et confondus. Les Juifs seuls sont restés ce qu'ils étaient. Us demeurent visiblement séparés de tous les autres peuples , dont ils sont le rebut ; et au milieu de C9S humiliantes épreuves , malgré le mépris et la haine générale des nations qui les ont en leur pouvoir, malgré tous les obstacles humains , ils subsistent encore. Semblables à un grand fleuve divisé en une infinité de petits ruisseaux^ on les voit traverser la vaste et profonde mer des nations et des siècles , sans avoir jamais » depuis dix-sept cents ans , ni interrompu leur cours , ni mêlé leurs eaux avec celles de cet immense abîme. Par quel prodige un peuple , séparé en une infinité de familles particulières , s'est-il donc conservé sans avoir aucun des moyens qui tiennent les autres peuples unis? CSomment , n'étant répandu parmi les nations que comme une poudre légère , a-f-il pu survivre à leur anéantissement, et contmuer, de dessus leurs ruines, d^être un sujet d'étonncment à 1 univers ? Il faut s'aveu*;ler volontairement pourne pas reconnaître, dans Tétai des Juifs , une main invisible et puissante , qui les fait subsister pourFexempIe et pour Tinstructiondu genre humain , pour rendre témoignage aux prophéties » dont l'accomplissement indubitable atteste non-seule^ ment que le Messie promis est venu , mais que ce Messie est J.-C. lui-môme, et pour mettre le comble à la dénionstration de l'Evangile.

Si l'on ne saurait , sans renoncer aux plus pures lumières de la raison, révoquer en doute l'authenticité, des livres de l'ancien Testament» parce que nous les avons reçus des Juift eux-mêmes » nos plus obstinés ennemis , ^i nous les ont transrois avec la plus inviolable fidélité , et qui les révèrent encore aujourd'hui comme diviiii» , peut-on douter davantage de la certitude

DBS A|0£liaS* 87

des faits consignés dans les nouvelles Ecritures , sur lesquelles est également appuyée la vérité de la i elijj^iuu chrétienne î

i^Iivresqui composent le nouveau Testament, sont Fouvr^ge de huit auteurs conteaiporains, dont les uns écrivent ce qu'iU o^it vu de leurs propres yeux , et les autres ce qu'ils ont appris de témoins oculaires-. Quelle

autre histoire a eu jutant de garans^ et des garans aussi aulhcMiliiines ?

Une multitude de peuples divers ont reçu ces écrits, et les ont traduits aussitôt quils ont été composés; et ils s'accordent -tous leur dQOQer mêmes auteurs. Vi le &menx philosophe Celse , qui ^ presque dans l'origine du christianisme , a attaqué nos livres sacrés avec tant d'artifice, ni Julien Taposlat, quoiqu'il n'ait rien omis de ce qui pouvait les décrier , ni aucun autre païen ne les ont j^imais soupçonnés d'être supposés. Pour les croire tels , il faudrait admettre que tous les peni^es, devenus chrétiens , se sont unis pour les fabriquer et les répandre ensuite sous des noms imaginaires^ ou (|u'eu'X-mémes y aient cto trompés. Mais comiiuMit des millions d'houiines auraient-ils pu être abusés sur un fait où l'erreur était si facile à découvrir; ou comment auraient-ils tous conspiré à accré* diter et ài faire prévaloir l'imposture ? Quoi 1 des hom*me& embrassent une religion qui abhorre le mensonge ils s'exposent pour elle aux plus violentes persécutions^ à la mort mémo la {)lus cruelle; et sans inlérCl comme sans raison , i!s se seront accordés dans le coupable dessein d'en imposer à tous les siècles ; ils auront donné, comme des ouvrages divins , leurs propres inventions ou celle de l'imposteur qui ose les appeler en témoignage de mille faits dont ils connaissaient la fausseté ; et ni les divisions qui se sont élevées entre les églises particulières ; ni la diversité des intérêts , des caractères d'une multitude innombrable de complices , n'auront jamais déierminé personne à dévoiler la fraude ou à désabuser la terre î fin vérité , c'est trop honorer une pareille supposition , que de la combattre sérieusement.

Il n'est pas plus vraisemblable que les écrits des apôtres aient pu être altérés ou coiruiDpus. iJaii^ tous les temps , l'Eglise caluoliquc les regaida comme

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88 l'bcolv

l'ouvrage de Tlisprit saint ; elle fut toujours persuadée qu'on ne pouvait y ajouter ou en retrauclicr , sans impiété et sans sacrilège. De là celle attention religieuse avex laquelle elle ne cessa de veiller sur la pureté de ce dépôt sacré. Que d'obstacles d'ailleurs ne se seraient pas opposés au dessein de corrompre ou d'altérer rfai»toire de TEvangUe t Les copies en étaient répandues . dans toute la terre. Elle était entre les mains de tous les ûdèles ; on la lisait sans cesse dans les familles , dans les maisons particulières , et dans les assemblées publiques de la religion. Des écrits si publies , si chers à tous les chrétiens , pouvaient-ils souffrir la moindre altération , sans qu'il s'élevftt , de toutes les extrémités du monde , mille voix pour réclamer? Et ne résulte-t-il pas manifestement de la réunion de toutes ces circonstances^ que les écritures du nouveau Testanirnt sout parvenues jusqu'à nous sans aucune altération importante?

Ce n*est pas tout : comme les apôtres n'ont pu être trompés sur les faits qu'ils nous rapportent , puisque ce sont des événemens dont ils ont été les témoins oculaires et souvent les principaux instrumens; il est éijalenient certain qu'ils n'ont pas voulu nous tromper. Sans parier ici de plusieurs autres preuves que nous avons de leur sincérité et de leur bonne foi , la mort qu'ils ont soufferte imprime à leur témoignage le sceau irréfi^agable de la vérité. Car ce qu'il importe surtout de bien considérer ici , ce qui rend invîncîl preuve que nous tirons de ces premiers martyrs , et ce qui les met hors de toute comparaison avec ceux que l'incrédule se plait à nous opposer , c'est que , bi( u (lifférens des enthousiastes de toutes les sectes , les martyrs du < christianisme naissant sont des martyrs de faits et non ' pas d'opinions.

Qu'un homme obstiné puisse donner sa vie pour un^ sentiment faux qu'il croit vi.u : la conscience alors , ; quoique dans les ténèbres, ùcni liou de vérité et de lumières. Mais que les séducteurs, sans intérêt et sans motif, ou par la seule satisfaction de faire prévaloir l'imposture , affrontent tout à la fois la rigueur des tourmens , les horreurs du trépas» le cri de la conscience, les menaces de DieUi et cela i^ons iicii espérer do leur

DES MOEIUBS

folle obstination , atec la certitude même d'en être les victimes ; c'est une espèce de délire qui est contre la nature , et dont il n'y a pas d'exemples dans Ffaistoire. Or , les apôtres ont tous offert ou sacrifié leur vie , pour attester des faits publics , éclatans , qui ue laissaient aucun lieu à la méprise , tels que la multiplication miraculeuse dés jpains dans le désert , la résurrection publique de trois morts, celle de J.-C. IninoEiême , et son ascension triomphante à la yue d'un çrand nombre de disciples* Tous ces faits sont donc indubitables , et prouvent en même temps la divinité du fondateur de la religion chrétienne et celle de la religion chrétienne elle-même.

Aussi, ce qui fait la tranquillité et la joie de tous les véritables chrétiens , c'est d'être assurés qu'ils n'ont rien i craindre pour la yèrité de leur reli^on , parce que , si elle était fiiusse , ce serait Dieu luirmêkne qui les aurait trompés.

Laissons donc les impies et les incrédules chercher à se tromper eux-mêmes ou à séduire les autres par les difficultés qu'ils forment contre la religion. S*il y Qn a

Îuelques-unes qui paraissent assez spécieuses , on ne oit pas pour c^da se laisser ébranler, a Quand une vérité est une fois établie par des preuves solides , il ne faut pas Tabandonner pour quelques difficultés qu'on y oppose. »

Ce principe excellent , qui peut servir de préservatif général contre toutes leurs objections, est si constant et si certain , qu'il est avoué même de Rousseau, ce Les objections , dit-il , sont communes à tous les svsp* témes ; et il n'y a point de vérité si clairement énoncée, où l'on ne puisse trouver quelques chicanes à foire ; et quand Dieu parlerait lui-même dans nos langues, il n'y aurait rien sur quoi Ton ne pût disputer. ^

Ainsi , de l'aveu de nos plus fiers ennemis , nous sommes donc en droit de laisser-là toutes les objections

Îu'ils entreprennent de nous faire. 11 est démontré par es preuves capables de convaincre tout esprit droit ,

Sue Dieu même t st l'auteur de la religion chiétiennc. >ue faut-il de plus ? Répondre aux chicanes éternelles des impies , c'est leur faire trop d'honneur ; les mépriser est tout ^ qu'elles méritent.

L'ouvrage de rhomme se détruira de lui-même : ' Fauvrage du dol ^ fait pour l'éteiDité^ reparaîtra avQÇ

une nouvelle gloire.

TaioemeDt on l'outrage , 6 religion sainte I

En vain , conjuré contre toi , L'incrédule, bravant lc« romoids el la crainte ,

Veut briser les nntels, anéantir la loi ;

Le Tout-Puissant qui te prolége , Les laisse s'épuiser en efforts superilus ; De son souffle il détruit leur troupe sacriléie ^

II> irlaLent... cl ne sont plus.

A pkurei i( i-bas tu semblés destinée.

Toujours de nouveaux ennep[iis Balancent a Icnvi , d'une main forcenée , Le biopphc éclatant que le ciel t'a promis.

Us ont beau grossir le nuage « Toujours quelques rayons viennent te consoler ; Bu bras qui te soutient tu reconnais le gage ;

Tes amis cessent de trembler.

Ainsi dans le fraeas de ces noires tempêtes >

Où îes élémens eoiirrourés Promènent en éclairs le trépas sur nos te les » iil couvrent TOccan de dAbris disjicisés •

Tandis que la foudre élinieilo , D'un nuage d'azur la riante beauté De ru'"''.-*' expirant avanl-couicui- lidclc ,

Caîaïc i uiiisc-ii agité.

L£ p. B*R>'AnD , chan* réguU

Ou ne sera jamais hoonéte homme sans elle.

C'est un lan{:nro aujwird'iiui assez commun , qu'on peut èiiv lionucte homme quoiqu'on n'ait point de religion. Mais la plupart de ceux qui parient pinsi, ne le font que d'après les autres , et n'ont jamais approfondi les devoirs qu'impose la qualité d'hounêtehûmme. Ils consiste lit sans doute , ces devoirs, à vivre selon les lois de la plus exacte probité , mais la première de ces lois n'est-l-elle pas de s'acquitter lid( Icment de fout ce qu'on doit, et aux autres hommes , et bien pins ( ru oro au souverain Maître de tous les hommes 2 L'Etre suprême n*a-t-il pas droit d'attendre de ses créatures les justes hommages qui lui ap[iartiennent? Et ne devonsr nous pas, autant par recuMuaissance quQ par justice »

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DES MCKimS. M

remercier, prier, honorer celui de qui nous tenoiLs tôul ce que uoîis possédons , tout ce que nous souuiies ?

Que faut-il donc penser de ces discours si ordiu^ifiîs: or A la religion près, c'est un fort bounôte liQmpie. ^ C'esM^ire , que c'est un fort honnête homnie ^ à çel^ prés, qu'il manque au devoir le plus essentiel d^I iioin« ine, qui est de reconnaître son Créateur , et de le servir. C'est un fort honnête homme, â cehiprés, qu'il a des principes qui ne sont propres qu'|i §?pe^r ia probité par SCS foudeniens.

Car au fond et à parler exactement, qu'est-ce qu'un homme sans religion ? C'est un homme qui n'a pl^is d'autre règle que ses passions , d'autre loi que ses penchans , d auU o iVein que la crainte de l'auLorilé , d'au! re Di(Mi que lui-même. Un tel homme peut bien avoir quelquefois le masque et les apparences de l'honnéle homme; mais il n'aura jamais une probité solide et^ constante. Il ne sera jamais , long-temps du moins et toujours , ce que le monde appelle un parfait honnête homme. Car à qui doit-on donner ce nom? C'est sans doute à celui qui ne fait tort à personne , et qui est si • invîoîahlenient attaché à toutes les lois de l'honneur et ihi la probilc , que rien ne saurait l'engager à y donner la moîîidrc attcinie. On peut compter sur sa discrétion, sur sa droiture. On ne craindra de lui, ni trahison, ni {burberies, ni finesses captieuses, ni sourdes intrigues. II servira sincèrement les autres , et ne fera point ses affaires h leurs dépens, il ne connaît ni les voies détournées, ni leâ déguiscmeus periides, ni l(îs dehors imposteurs.

Tel est rhonnéte homme , même selon .le monde ; mais c'est à la religion seule à le former. Sans elle , la probité toulhumaine, n'ayantpas dosolidesfondemens,

s'écroulera au premier choc un peu violent , et entraînera le prétonau honnête lioianic avec elle. Dans combien eiicoîs-liinrcs critiques, de rcnconires délicates, de positions embarrassantes, sa laible vertu ne sera-telle pas renversée , si elle n'est étayée de la religion 1 Comment poiu*ra-t-elle résister seule à mille attaques qn*elle aura à soutenir dans le détail ordinaire de la vi** , et encore plus dans certains états , dans certaines condition:» 1 Uu magistrat^ puilout ailleurs duu (endre ,

93 l'école

fidèle 9 complaisant, doit, sur les tribunaux, oser

Sirononoor même contre ce qu'il aime, et imposer sience à son cœur, pour n'entendre et ne faire parler

que la justice. Un négociant, un liominc de finances , doivent résister à Fattrait ([ue leur offre le moment décisif d*une fortune rapide, avec l'espérance encore plus séduisante de dérober aux regards publics le mys^ tère do leur subite opulence* Dans ce combat des dfr» voira et'des désirs , oui est-ce qui soutiendra l'homme fragile sur le bord au prédpice ? Quels motifs assez pui^sanspouL oicuniplir av infidélité loutcequ ordonne la probité In plus sévère, aura celui qui a secoué le joug de la religion ?

Sera-ce l'intérêt personnel? car c'est*là le mobile de la conduite des hommes. Mais n'est-ce pas cet intérêt même qui est le père des crimes et qui fait les infracteurs et les coupables , lorsqu'il n'est pas soumis aux lois de la conscience et de la religion ? Il est vrai que l'intérêt peut faire g^arder certains dehors qui en imposent y parce qu'en ne les gardant pas , on risquerait sa fortune ou ^a réputation : mais il est facile de faire voir que cette espèce de probité , à laquelle la religion ne prête pas son appui , est une probité chancelante et incertaine^ une probité presque tout apparente et extérieure.

Car si c'est précisément l'uitérêt qui me conduit , ne me soUicitera-t-il pas lui-même en mille rencontres , a tromper l'un , à supplanter l'autre , k décrier celui-ci 9 k m'élever sur les rmnes , ou à m'enrichir aux dépens de celui-là ? Toutes les voies honorables , régulières » ' honnêtes , qui ne m*éloigneront point de mon but , seront d(î mon goùL; je les respeelerai : j'auraî soin de; faire sonner bien haut ma probité, ma sincérité, mou désintéressement : mais tontes les sourdes intrigues qui )n'en abrégeront le chemin, qui m'en assureront le succès , seront mises en usage. L'honneur est à couvert, l'impunité est assurée , la fortune est brillante , la passion ast vive, le plaisir est piquant , le moyen est infaillible. Il ne m'cïi ( oùlera qu'un peu de mauvaise foi, pour sur|)reMdre la simplicité et séduire riniioconce ; qu'un peu de médisance , pour écarter un rival redoutable, et me laisser libre le chemin de la laveur et des

emplois ; qii*uno complaiîiance illicite, maid néomaire , pofir m'assurer un prolecteur puissant, et me ménager un criinioel appui ; qu'un peu de détour et d'hypocrisie.

d'attraits , de tant de fortes leotations , serez^vous écoutées, si la religion ne vous appuie pas?

Dans des conjonctures si critiques, dans des pas si glisfia&s, qui est-ce qui se soutiendra, sinon l'homme nourri et pénétré de ces grandes maximes de la religion» que la lumière de Dieu perce tous les voiles de l'iniquité; qu'un jour viendra oùljB tissu deTintrigue la plus heureusement conduite , développé aux yeux de l'univers , ne passera que pour le criminel ouvrage d'une noire hypocrisie, et que les fortunes du temps ne dédommagent point des pertes de l'éternité ?

Samt Augustin nous en a conservé un bel exemple dans la personne d'Alipe , son ami* Alipe était ma« gistrat : il se ooni]^rtait dans cette chai^ avec une probité et un désmtéressement que ses collègues ne pouvaient se lasser d'admirer; et lui, de sou côté, admirait bien davantage qu'on pût être autrement , et quilse trouvât des gens qui fissent moins cas de la probité que de l'argent ou de la faveur. Son intégrité fut mise à une grande épreuve. Un sénateur fort puissant , qui s'éteit concilié bien des personnes par ses bienfaits , et qui en retenait un plus grand nombre encore par la crainte , ayant voulu faire quel(|ue chose que les lois ne pernielîaient point, mais à l»tquellc il ne croyait pas qu'un homme comme lui, dût trouver le moindre obstacle , Alipe s'y opposa. On lui offrit des piésens , il les rejeta avec mépris* On en vint aux menaces, il s'en moqua. Tout le monde admira une flme d'une trempe si peu commune, et qui ne pouvait être ébranlée ni par l'envie d'avoir pour ami , ni par la crainte d'avoir pour ennemi un homme qui avait tant de moyens de làire du bien et du mal. L'intendant mètae^ de qui Alipe était adjoint , n'osant résister ouvertement au sénateur y rejetait tout sur son collègue , disait qu'il lui liait les mains , et il disait vrai, car s'il

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se fut relAché , Alîpe aurait qui (té son emploi. Il fui dans la suite évèqiie de Taf^^Jtslc en Afrique, et U est mis au nombre des saints que l'Eglise honore.

Donnez-moi dans les circonstances les plus délicates un tel homme que soutient la religion , je ne craindrai rien pour sa probité; elle triomphera de tout , et mal* gré les assauts des passions , elic demeurera ferme et inébranlable comme un rocher battu des flots de la tempête. Maïs qni de nous aiiiterait que son sort , sa foiluncy son honneur, fussent au pouvoir d'un homme sans religion? «r Je ne voudrais pas , dit prudemfMRt roracle des nouveaux philosophes , avoir affaire à mu^ cun prince athée , qui trouverait son intérêt & me fioi^ire j piler dans un mortier ; je suis bien sur que je serais i pilé. Je ne voudrais pas , si j'étais souverain , avoir affaire à des ( om lisans athées , dont l'intérêt serait de m'empoisonner ; il me faudrait prendra du contrepoison tous les jours. »

' Ce n'est donc , de Faven de ses eianemis mêmes , qae Èons les auspiees de là religion què les droits de la

ciélé peuvent être en assurance; ee n'est que dans son sein que peut se former cette prohilé à toute épreuve , qui fait qu'on ne s eu écarle pas , iniuio lorsqu'on pourrait le faire sans être connu , parce que le chrétien est toujours sous les yeux de son juge et de son maître; il fait sans témoin ce q[u41 ferait s'il avait le monde entier pour spectateur. L'homme sans religion , au Contraire , content de ménager ses démarches extérieures, se dédommagera, dans le secret, de la contrainte qu il s'impose en public, et sa probité de théâtre expirera dans les ténèbres. Que lui reviendrait - il cte mille sacrifices inconnus qu'exige la vraie probité ?

Aussi , quelque habile que sdt l'intérfit à contrefaire la droiture , et malgré tontes les nseê àe Timpiélé intéressée à se masquer , la probité de l'homme sans religion passe communémeiU pour une probité douteuse et suspecte. Et comment ne le serait-elle pas, puisque tous les principes l'homme irréligieux tendent à la détruire ?

On aura beau chercher , méditer , bfttir ées systèmes, on ne trourera jamais de meilleur appui à la ^roMfé queceluide la religion. Aussi les plus sages législateur^

1M Mmm. i 9ti

do l'Eîrypte , de la Grèce et de ]»ome, ont-Ils cni devoir eniplo^er ses menaces et ses [)roiiK'sscs , ses chalimens et ses récompenses , pour y asseoir , en quelque sorte , comme sur le fondement Je plus solide, le bonheur et la sécurité publique. Ils ont cru » avec raison , que la religion seule pouvait former une probité constante et universelle , parce qu'elle seule peut influer sur les ac- • lions les pîns sccnMes comme sur les plus éclatantes , maîtriser tous les cœurs, et subjuguer toutes les passions.

Mais autant la vérité remporte sur rerreUt, atitant la probité 9 inspirée par la reli^on chrétienne » est-^Iie sifpérieure à celle que peuvent donner les autres rell*

gions ; parce qu'aucune n'entre dans un détail si exact des devoirs de la société , n'a iine morale plus sév»'Te et des vengeances plus terribles. Elle domine sur tous les états et sur tontes les conditions , sur les rangs les . priln^ élevés comme sur les plus bas f en disant voir sans cesse nn Maître snpréme , qui punira dans les princes , ainsi que dans leurs sujets ^ les moindres inliiu lions (les lois de la probité. Aussi ne Irouvera-t-on nulle part plus d'exactitude et de délicatesse sur ce point > que dans les personnes animées de son esprit.

Quelque besoin d'argent qu'eût saint Louis pour Texpédition de la Terre-Sainte , il fit^ avant son départ, publier par toute la France qu'il était prêt h réparer , . de ses propres revenus , tous les toi ts que ées ofliciers auraicTit i;iils aux particuliers, et qn il satisferait à cet éirni fl tous ceux tjui lui porîtM'airîii îles plaintes. Ayant été fait prisonnier de guerre par les Sarrasins, il traita avec eux de sa rançon et de celles de ses principaux officiers* Instruit que les ennemis s'étaient trompés de dix mille livres, et qu'on voulait profiter de ce mécompte en sa faveur, il ne le voulut jamais, et fît tout pour payer avant de partir.

Da^^obert I" , roi (h* France , ayant donné à saint Eloi une belle maison dans Paris; celui-ci la convertit en un monastère de religieuses. Il ne Ini manquait qu'une petite place , qui appartenait au roi. Il la fit mesurer pour savoir au juste ce qu'elle avait d'étendue ^ et fut la demander ensuite à Dagobert. Il n'eut pas de féu^ i l'obtenir» Mais s'étant depuia apersu qu'il j

96 LimiE

avait eu de rerrenr dans le mesariige , èt qu'il se trou^ yait nn pied de plus qu'il en avait déclaré au prince ,

il en si fut affligé , qu'il fit cesser l'ouvrage à l'heure même, et courut au palais lui eu demander pardon. Le roi^ fort surpris d'une si grande délicatesse de cous** eienoe , dit aux seigneurs de sa cour et aux autres

Îersonues qui étaient présentes : <r Voyez quelle est la délité de ceux qui sont à J.-G. 1 Mes gouverneurs et mes officiers ne se font guère scrupule de m'eulcvcr des ferres et des seigneuries entières; et ce servileurdeDieu, que, vous voyez , n'a osé nous cacher un pouce de terre au-delà de ce que nous lui en avons donné* » Dagobert voulut en même temps récompenser une si grande probité : car il augmenta du double la donation qu'il lui avait faite , et le fit dans la suite son trésorier , per^ suadé qu'un intendant bonuctc Lomme est un trésor plus précieuK que tous les trésors qu'on lui con/îe.

Dans le temps qu'EIoi n'était encore que simple orfévre , Clotaire 11 , père de Dagobert 1'' , informé de son liabiletéjeta les yeux sur lui pour exécu ter unn nouvelle espèce de chaise d'or , enncfaie de pierreries , qu'il voulait faire faire. Le roi lui fit donner pour cela une grande quAntîté d'or et de pieirerif s qu'il ne reçut qu'après avoir tout fait peser. II travailla sur le modèlr?

au'on lui avait donné; mais an lieu d'une seule chaise, en fit deux. II n'en présenta d'abord qu'une à Clotaire, qui en fut tré»HX»ntent. 11 lui pisABenta ensuite la seconde. Le prince p qui ne s^attendait à rien moins , fut fort surpris ; et, comme ii ne pouvait se persuader qne ce qu'on avait fourni k Eloi eût été suffisant pour en faire deux , il falfut l'on convaincre par le poids, qui se trouva juste à celui qu'on lui avait donné. Le ' roi , ajoute l'historien de sa vie , charmé de sa probité et de la droiture d'Eloi , lui témoigna qu'après une telle fidélité , on pouvait bien se fier i lui dans des choses*

plus importantes.

Quel avantage inestimable ne scraît-ce pas pour la société , si tous les hommes , également conduits par l'esprit de la religion , étaient aussi fidèles aux lois de la probité ? Pourquoi donc nos philosophes , qui se pi« quent de tant de zèle pour l'intérêt de la société» pour te bonheur des hommes, yculent-ils , en enlevant la

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religion à Hiomme » lui ôter ce qui peut seul faire sa sécurité et son bonheur ? Cette religion ancienne qu'ils traitent de superstition , cette erreur prétendue dont ils yeulent désabuser les esprits , n'est<elle pas plus utile au monde , que les véiités imaginaires qu'ils yeuIcnt lui apprendre ?

Ils*convieiinent eux-mêmes , avec Bolingbroke , un des plus fameux impies qu'ait produits l'Angleterre , qu'en supposant que le christianisme ait été une invention des hommes , ç'a été Tinvention la plus utile pour fe'geure humaint^ qui pût jamais être imaginée. Us reconnaissent avec le célèbre autour de TEsprit des Lois, que la religion chrétienne , en paraissant n'avoir d'objet que la vie future , fait notre bonheur dans celle-ci , et qu'elle est le meilleur f?arant que l'on puisse avoir desmœurs et de la probité. Pourquoi donc s'efforcen^ils de détruire le chef-d'œuvre , selon eux , de la sagesse humaine 9 et d'ébranler l'état en sapant les fondemeng. aur lesquels il repose f

Eh quoi I disent-ils, les lumières de la raison , tes reproches de la conscience ne suffisent- ils pas pour su^jpléer à la reli^n'on et la remplacer? Mais si la reUgioii est une chimère uniquement propre à épouvanter le& simples et les esprits faibles, comme nos pbilosoph^si matérialistes osent dire , devient le flambeau^ ^ vanté de la raison? A quoi servent les cris de la c ons* dence? Moquons-nous, dira un impie conséquent, de cette loi intérieure, de cette raison tyiaunit^ue , de cette conscience importune, instinct trompeur, ouvrage des préjugés et de l'éducation ; sacrifions tout à notre propre mtérét.

Aussi ; comme Fcbsenre Massillon , toute la vertu des . impies se bome-t-elle à cacher la profonde coirupUoa de leur cœur. Ils affectent quelquefois les dcliors de la sagesse, de la régularité : ils affichent Ja modération et la philosophie : parce qu'ils sentent bien que leur vie ^ les rendrait l'opprobre du public , si elle était connue. Ils se piquent des vertus extérieures qui honorent la société ; ils veulent passer pour des amis fidèles , pour rigides observateurs de leurs promesses ; ils ont une vaine ostentation de droiture et de sincérité. Mais il n'en ^t pas un seul qui ne soit e^ secret dévoué à tou& ier

9$ l'wCMM:

vices, pas un qui ne soit parjure et trompeur, quand il peut l'être sûrement, etsans que sa gloire en souffre ; ' pas un qui s'abstienne d'un crime utile ou agréable , îprsqu'il ne pourra jamais être connu que de lui seul.

Malheur, dit-il dans mi antie endroit, aux maisons' et aux £tmilles qui donnent accès chez elles aux espri& forts I Elles deviennent des écoles oii les maximes du libertinage sont enseignées. L'épouse regarde bientôt la .fidélité d'un lien sacré , comme un vain scrupule que 'la tyrannie des hommes sur son sexe a établi. L'épou]^ se persuade que son goût doit décider de son devoir; h'eoùjit se croit autorisé à secouer Fantorifé paternelle. Le père croit que laisser agir les penchans de la nature ; cest tonte Téducation qu'il doit donner à ses enfans. Quelle paix et quelle union peut-il y avoir dans un lieu où le libertinage seul et le mépris de tout joug lient ceux qui Thabitent 1 Quel chaos , quel théâtre d'horreur et de confusion deviendrait la société générale des hommes , si les maximes de Timpiété prévalaient pajy mi eux I

En effet, l'homme n'étant plus retenu par la crainte d'uu Dieu vengeur , et foulant aux pieds toutes les menaces de la religion , voilà les plus fortes barrières brisées , et la j^rte ouverte à tous les crimes. Se faire un devoir de vivre selon les régies de la justice , de la

SiobitÀ, c'est une fidhlesse d'esprit dont on serait la upe. Tout ce qu'on peut faire de mieux , c'est de se pioeurer son avantage , au moindre détriment des autres qu'il est possible ; mais si notre propre bien demande que nous violions toutes les lois , on le peut. Il n'est

Supposons , ce cpii certainement peut être , un disciple de la nouvelle philosophie , dans une situation rnallieureuse. Tenté de sortir de sa misère , par des moyens coupables, mais sûrs, dites-nous, sages instituteurs comment le reticndrez-vous dans un pas aussi glissant? Par quels freins l'arrétereï-vous sur le bord du précipice , après lui avoir dté ceux de la religion^ Si quelque désir injuste s'empare de son âme, quélle dif^e lui opposerez-vous, brsqu'il s'imaginera pouvoir le salis- Mire impunément et eu secret? Ne croira-t-il pas w

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BBS MOfiUIld. 8d

conformément à vos principes , deymrtoiit râMMMrter à son bonheur présent, s'abandonner à toutes les pas^ sions de son cœur , et ne penser qu'à se procurer icibas tous les avantages possibles ? A parler conséquiîmnient^ de tels hommes ne peuvent donc être que deg méchaus , des gens sans incBurs , sans foi, sanshonneur, sans probité.

S'il s'en trouve dont la reHgîoii-8oîlrforp6li«pecte,eC qui cependant ne soient pas sans quelque probité , c'est . que leur cœur, pour un temps , vaut mieux que leur esprit ; c'est que les sentimens de droiture et de probito qu'ils ont encore, il te doivent souvent à celte religion même , dont il reste au-dedans d'eux , et malgré esùx , des traces qu'îb ne peuvent effiicer ; c'est jue les principes naturels , plus puissans que leurs principes menteurs , les dominent à leur insu : la conscience , le sentiment les pressent , les font agir en dépit d'eux , et les empêchent d'aller jusqu'où les conduirait leur ténébreux système. Mais la plupart des autres incrédules/plus conséquens et plus fidèles à leur doctrine , en font la règle de leur conduite: Les niauTais prinçipes entraînent tùt ou tard au mal. Les fausses maidmes sont môme plus dangereuses que les mauv.iiscs actions, parce qu'elles corrompent la raison elle-même , et ne laissent presque aucun espoir de retour* . ^

Détester et l'impie et ses dogtnés trompeiffirr Os séjduisent l'esprit > ils corrompent les mœurs.

^ouR juger sainement de la doctrine de nos plu'Iosopnes incrédules , il ne faut pas se laisser éblouir par le vernis brillant d'un style séducteur , par quelaiies maximes imposantes, par une raillerie maligne^ uont lés plus habiles d'entre eux ont pris s<nn de la couvrir , pour mieux séduire et tromperies esprits légers, superûcidà et igaorans» U faut en pénétrer le fond, cherdier

idO L^ÉCOLfi

1^ «Causes secréto& qui rinspirent oa la font adopta à ses partisans , et exammer les effets qu'elle doit natu* leilemeut |>r(>duiie.

La religion chrétienne , dit Fauteur de riiistruclion

pastorale que nous avons déjà citée , est également destinée à soumettre notre esprit et à réformer notre cœur. Elle ne nous propose pas seulement des mystères profonds à croire , elle nous prescrit encore des aevoirs pénibles et des vertus sublimes à pratiquer. Si J.-C. est Dieu , si sa doctrine est Téritable , il faut nécessairement ou obéir à ses lois, ou s'attendre à subir les peînés terribles dont il menaco les transgresseurs et les rebelles. Et de quel oeil une telle alternative peut-elle être envisagée par des hommes que l'orgueil domine ^ que la volupté enchante^ qui ne connaissent point de . plus grand bonheur que cmi des sens ? Quel intérêt n'ont-ils pas à rejeter une religion qui leur enlève ou qui empoisonne tous leurs plaisirs? Et dès qu'ils sont si intéressés à la croire fausse , doit-on s'étonner qu'ils trouvent tant de facilité à se persuader faussement qu elle Test? Qu'on nous vante, tant qu'on voudra , leurs lumières et leurs talens ; ils en seront des ennemis

]>Iu8 dangereux 9 et noi|i des juges plus intègres. Dans 'homme passionné , une plus grande pénétration d'esprit devient une source plus £èconde d'égarement , parce qu'elle ne sert qu'à lui fournir plus de moyens de colorer ses erreurs et de se faire illusion à lui-même.

Que les plus habiles*de nos impies exagèrent au gré de leurs désirs les doutes qu'on peutavoir sur les vérités de la religion chrétienne , ils ne peuvent an moins s'empêcher de reconnaître qu'on n'a jamais pu démontrer qu'elle fût certainement fausse : qu'au contraire la vie et la mort admijables de son auteur, la sagesse et la sainteté de ses pxéceptes , l'autorité et la sublimité des écritures , le t('»noignaçe des apôtres » le sang de tant de martyrs, l!aecomphssement de tant de prophéties , la voix éclatante des miracles , la conversion du mondé entier, la perpétuité et l'inébranlable fermeté •<le l'Eglise , et tanit d'autres preuves qui déposent en fa veur du christianisme , sontau moins d'un grand poids aux jeux de la raison*

Sur quête fondemens, au contratre^ sur quelle autorité

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VBâ wrtu» 101

est appuyée Ut féligloii noiivene , disons nieiix , rirrér ligion andenne de nos incrédules? Elle a pour auteurs

des hommes qui se piquent à la vérité d'être clairvovans, mais qui prouvent à toute la terre , par la bizarrerie de ieurs systèmes, par leurs contradictions perpétuelles ,

Iae tout ce qjViils avancent n'est que doute t incertitue , erreur , ignorance. Cn des plus célèbres partisans de la philosophie antiehrëtîenne disait , il n'y a pas long-temps, à une dame d'esprit : ce Avouez , madame, que nous avons abattu bien du bois dans la forêt des préjuj^és. — C'est pour cela» jrépUqua-t'*elie , que vous avez débité tant de fagots,»

£t , en effet, nos impies ne s*accordent ni les uns avec lea au.tres , ni avec eux-mêmes L'athée ainsi que le matérialiste , plongé au fond de Tahime où Fin-» crédulité conduit, ne peut venir à bout de persuadei à son esprit la croyance de son cœur. Le pyrrhonien , cjuL doute de tout, peut bien plus certainement douter de la vérité de son système , qu'il dément lui-même & diaque instant. Le déiste , qui n'admet que la religion naturelle, se trouve combattu par le tolérant, quiies admet toutes. Mais prétendre avec ce dernier que tous les cultes sont ludiiïérens, et qu'il suffit d'en observer un , quel qu'il soit , n'est-ce pas une absurdité révoltante 't 11 y a eu , il y a encore aujourd'hui des religions insensées dans leurs dogmes , impies dans leurs rits , barbaries dans leurs sacrifices. Qui peut dire sérieusement que Bieu les accepte ? S'il est la sagesse et la sain-* teté même , peut-il approuver des cultes que la raison et la vertu condamment , autoriser des religions qui , étant évidemment opposées , ne sauraient être toutes également vraies ? La lumière peut-elle s'allier avec les ténèbres , et la vérité avec le mensonge? Les inconséquences du tolérant ne sont donc pas moins opposées à la raison, que la folie du pyrrhonien etraveuglement de l'athée.

Oh I que Dieu venge bien l'injure faite h la religion , en abandonnant ces esprits passionnés pour la gloire »

* • Voyez le Déisme réfuté par lui-même , et la Beliyion vengéé d$ Vincrédulité par ^incrédulité elle-même : ouvrages eiceUcQS |

1*110 de Tobbé B^rgier, et lauUc Ue l'évé^ue 4u fuy*

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