PARIS
€a«Z LBBI6RR FRÈRES» LIBRAIRES, Rue de la fiarpe, 20.
LÉCOLE
SUTTB D0 CHAPITRE XXV,
Gependai)4 un des prinrîpaiix devoirs de l'amitié , un des plus grands services que l'on puisse rendre , ic'est d'avertir son ami des fantes qu'il a commises , afin ^u'il évite d'^ letomber ; e'est de l'éclairer sur ses éUmiB qa*îl ignore , ou qu'il prend pour des vertns par une illusion assez orflinaire à Taraour-propre. Mais la sincérité , qui doit être l àme de l'amitié , est souvent ce qui la fait périr. La plupart des amis ne veulent pas être repris ; ou s'ils permettent quelquefois qu'on le fisse 9 ils exigent tant de ménagemens, d'égards^ de 4Qirconspectiony il est si difficile de ne pas leur faire . quelque peine , ils reçoivent si froidement le second ^u le troisième avis, qu'on prend plutôt le parti de se taire, de dissimuler, de flatter. Cependant on l'a dit , «t cela est vrai, un ennemi qui nous reprend , même avec aigreur , nous est bien plus utile qu'un ami flatteur et indulgept y parce que le premier nous dit^ toujours la vérité , et que l'aube ne nous la dit presque jamais. Un poète du dernier siècle a donc en raison de dire :
Que j'airae d*on ami le langage sévère !
Que je hais le discours flatteur .
B^ttn esclave » d*iin imposteur ,
Qui me trompe en voulant me plaire !
Perlide » loin de m'éclafrer ,
Tu ne àierches qu*à m'égarer ,
Par tes discours foibles ei lâches ; Tu me livres la guerre , en m^annonçant la paix.
Les vfVités que tu me caches ,
Sont des larcins que tu me fais. Labbé Tjbstit.
Peu de personne pensent aussi bien sur ce point qu^Helvétius. Il avait un vieux secrétaire , nommé iBandot^ d'un caractère chagrin, caustique et inquiet.
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Sous prétexte qu'il avait vu UeMtiiM^ans son cnûiDce , il se permettait de le traiter toHjouis comme un précepteur brutal traite ud enfant. Helvétius ^écoutait avec patience; et quelquefois en le quiltaiit il disait à tnadaaic Helvétius : or Mais ost^il possible que j'aie tous Jes défauts et tous les torts qtfil me trouve TKon, sans doute ; mais enfin j'en ai un peu ; et qui est-ce quim'en parlerait, si je n'avais pas Bandot?J>
Aimez de méme-ft Atre repris et4»krri^é. Si vous aviez au visage une tache qui vous rendit ridicule » ne seriez* vous pas biea aise qu'on vous en aveiLit? Témoignez votre reconnaissance à ceux qui aurout eu assez d'amitié et de confiance pour vous faire oonnaitre les tacàes de votreàme* ^ Gelui:, «dit rjËspnt saint , qui aime la corneliou, aime la science , aaiais celui -«pahaiiles sipor imndas^ estuainaensé »
bonté dTiRVoir mai fait devient une vevtu, quan4 c'est 'le repentir 'qui la cause. Ne rougissez donc yjas d'avouer vos torts. Celui (jui a de l'élévation^danâ l'àme ne craint point do reconnaître ses fautes et de les ré-» «parer. Charles JX, roi de Erance, étant à la chasse ^ Hrit un gentilhoromeH]ui courait devant lui. U 4ui eiîa ^luiiettrs Sois de ^vritot ; mm eelui-€Î , .ne^teBtendaat jMnhit , eourait toujours. Le ibi Tayant -fltt^nt , Ud îlonna quelques eou[)s de houssine sur les épaules; en Jui disant : <r Arrête- toi donc I » Le gentilhomme , sensible à ce traitement , se tourna vers le prince et lui «dît m £n quoi ai-je offensé votre majesté^ ;pour eu 'être tfaité de la sorte? Sont^ les «récompenses des blessures que j'ai reçues à son service? » En disant cela , il ouvrit son habit » et lui montra des dcatrioes. ii Je suis geutilliomme , poursuivit-il , et je ne dois pas être exposé à des coups de iioussi ne comme un vil esclave. » Charles IX reconnut sa faute , fit des excuses au gentilhoDune^ iet l'assura qu'il n'avait qu'à demander telle grâce qu*8 voudrait pour satisfaction.
Un jeune homme rougit y quand on le surprend en iaute et qu'on lui fait voir qu'ila manqué. Mais souvent cette honte vient moins du repentir qui reconnaît sa iaute pour s'en corriger , que de l'orgueil qui se trouve
tomîHéi 11 Èé fârbe contre c&iiX qni Itii en foffi des i^procheây ait lieu de se fâcher contm hii-mèmede l«s âtoir mérités. Lé matqaiB de Sain(-Aildré ftt tfil jeilt ft eë sujet tnte beHé répoWv H était l^nli dMiMdér lib oétif gottVei^fiflènt â LMtols , fi^iMMrè dë la ^tièn'tè. Ce minîsire le lui tefnsft , se ressoiiveiyant de quelqTies plaintes qu'an lui avait faitffs eoTitre lui. Cet officier tout en colôre, dit . « Morbleu î si je recommençais le service , je sais bien ce que je ferais. — Que feriezvous ? lui dctnai;ida Louvois d'un ton brusque. — Je réglerais si bien ma conduite , reprit Saint-Andr4 , que vous n'y trouveriez point à redire. » Le ministre , qui ne s'attendait pas à cette réponse , et qui se préparait à morUfier le marquis , s'il lui fut échappé quelque brusquerie peu respectueuse , fut surpris si agréablement 9 ^11 lui accorda legmtvejriieiBMt qu'il demandait.
Co^t un mauvais ot^ieif de erofref qu'ôti në pé^
avoir tort; et celui qi/i pense bien , ne s' offeûsefâ jamais, qui quecesoit qui lui fasse connaîtie dévoir. Lorsque Soliman U, le plus grand empereW ffit'aieut eu les Turcs , marchait à la conquête de Belgrade, une femme du commun s'approcha de lui , et s^ plaignit amèrement de ce que , pendant qn'eiie doittM, des sddatff loi avaient enlevé des bestiaux qmf linsaient toute sa richesse, a II fallait que vous fussiez ensevelie dans un .sommeil bien profond , lui dit en rtant le sultan , puisque vous n'avez pas entendu venir les voteurs. — Oui, je dormais, seigneur, répondit-elle ; mais c'était dans la confiance que votre hautessé f efHait pmur ht sûreté publique, x» Soliman , assf»r nttgnariiitle pour approuver ce mot , tout hardi qu'ïï étaîf , répara convenablement un dommage qu'il aurait du eolpé-' cher.
Aîraez comme lui la vérité, et témoignez vôfrè réconnaissance à ceux qui vous la font comtalltre , de quelque manière que ce soit. Ayez sur ce point laménie sublimité de sentimens , que le célèbre Menzikoff. Ayant laissé par sa négligence glisser de grands désordres dans l'armée russe qu'il commandait^ il en fut sévèrement repris par leczar Pierre-le-Grand , qu'un officier
de l'armée avait cru devoir en avertir, U s& doi^na tant
d@ mouvemens , qu'il parvint à découvrir son acrsusateur. Il le fit venir , et lui dit : (t II faut que vous soyez un hoDime bien estimable , pour avoir mieux auné TOUS exposer à mon ressentiment^ que laisser ignorer au czar une chose qui l'intéresse. Soyez mon ami ^ aidez-mai de vos lumières , et acceptez un présent de deux mille ducats comme une marque de mou estime.»
Louez sans flatterie.
Lb flatteur admire , sVxtasio. a La vérité, dit Despréaux , n'a point cet air impétueux. » Elle est plus fiimple , plus modeste. Un homme qui dit ce qu'il pense > le dit simplement et avec un air de sincérité qui Ate tout soupçon ; mais les admirations et les exclamations des donneurs de louanc^es doivent par^iîtie suspectes. Les personnes sincères ne prodiguent point les éloges.
C'est une chose assez rare de savoir manier la louange, et de la dispenser avec agrément et avec justice. L'orffueil grossier ne lone que soi-même» et on le méprise ; fa vanité fine et délicate ne loue que pom avoir du retour, et l'on s'en aperçoit; le misanthrope ne loue point, parce qu'il n'est content de personne , et personne n'est content de lui ; le louanjçeur se décrédite , et ne fait honneur nia lui, ni aux autres , Ihommo sage loue ce qni mérite d'être loué.
C'est eh queloue sorte se donner part aux belles actions , que de les louer de bon cœur. Une louange délicate et placée à propos , fait autant d'honneur à celui qui la donne y qu'à celui qui la reçoit. Le grand Condé alla saluer Louis XIV , après la bataille de Senef qu'il venait de gagner. Le roi était au haut de l'escalier. Le prince deCondé y qui avait de la peine à monter , parce qu'il avait été fort maltraité de lagoutte> dit au milieu aies degrés : « l^re y je demande pardon à votre majesté^ al je la fais attendre. » Le ro' lui répondit : «r Moa
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cousin , ne vous pressez pas : quand on est < har^r^ de lauriers comme vous Tètes , ou ne saurait marckor si vite.»
Les Iouauge6 uedemieM jamais être accordées ^'au mérite et à Ta vertu ; mais l'intérêt et la flattene les
prostituent , et les prodiguent le plus à ceux qui les méritent le moins. W aller , célèbre poète anglais , avait comblé de louanges l'usurpateur Crorawel pendant sa yie, et composé même en vers sou oraison funèbre , qai passe pour ûn chef-d'ceuyre. Lorsque Gharies II , aprte iaimort de Fusurpateur , monta sur le tcAne, le poète courtisan ne manqua pas d'aller lui présenter une pièce de vers. Ce prince, les a^ant lus, lui reprocha qu'il en avait fait de meilleurs pour Cromwel. « Sire, lui répondit Waller, c'est que nous antres poètes , nou;^ réussissons mieux dans la ficliou que . dans la vérité. »
L'auteur des Mélanges de littérature orientale , ra-« conte aussi qu'un poète persan , qui vivait des éloges qu'il prodiguait aux grands /fut un jour cité devant le cadit parun particulier. Arrivé chez le juG^e , il entendit former contre lui une demande à laquelle il ne s'attendait guère. On lui demandait cent pièces d'or, a Oii peuvent être vos titres» répondit le poète fort embarrassé?— Dans vos ouvrages, répliqua le demandeur. Vous avez fait pour Ibn Malîk , notre grand vîsir , les plus be^iux vers du monde , et vos vers doivent me valoir nécessairement cent pièces d'or de lui ou de vous. Voici ce que vous dites : Ibn Malik surpassa Ions les hommes en générosité ; et si quelqu'un lui demande un bienfait , je suis caution qu'il ne lui sera pas refusé. Sur la foi de ces vers , je suis allé dmiander au visir cent pièces d'or , dont j'ai un besoin pressant : il n'a I)as accueilli ma demande ; mais je n'en suis point inquiet , puisque vous voulez bien me répondre pour lui. x> Le poète, qui yit qu'il allait être condamné , courut chez le visir , et lui dit qu'il lui avait iait un honneur auquel il esbérait qu'il ne voudrait pas renoncer. Il lui raconta le fait. « À la bonne heuro ^ lui répondit Ibn Malik ; mais ma modestie vous enjoint de ne plus me faire à l'aveiïir tant d'honneur, d
Il n'esjt permis qu'aux poètes , plus avides d'ai^ent