DE L EDUCATION MORALE
L LA EAISOIÏ<(
Le dëreloppement de la raisoii doit être mi des premiera
soins. Elle est dans un enfant comme une tendre tleur qui^ hiea cultivée, s'élère insensiblement^ s'onvre de jour en jour, et acquiert enfin toule sa perfection. Si c'est une erreur commune à tous les parens qui se piquent de inmières , de supposer leurs enfans raisonnables presque dès lenr naissance ^ etde leur parler comme à des hommes avant qu'ils sachent parler, c'en est une aussi , et plus grande encoi*e , de différer trop à développer le germe de raison qui est en eux , et d'attendre l'âge où ils devraient être raisonnables , pour leur apprendre à le devenir.
On est quelquefois étonné de leurs répontses rngénieuses, de certaines remarques fines et sensées qu'ils font sur ce qu'ils voient ou qu'ils entendent j mais cek même devrait convaincre que la raison est déjà éclose en eux , et qu'elle est par consë<» quent susceptible de soins et de culture.
Cultivez donc la raison de votre fils dès ses premières années;
et pour le faire avec succès , ne laissez entrer dans son esprit ,
autant qu'il sera possible , aucune idée fausse , aucune idée
obscure ou confuse ; donnez lui toujours des connaissances
exactes des choses qui sont u sa portée , rectifiez ses mauvais
yigemens , ses raisonnemens vicieux , et surtout ne lui dites
jamais rien qui ne soit raisonnable. Il £aut pétrir le pain des
enfans avec le levain de la raison , et les accoutumer à la sentir
et à la goûter. On ne saurait aimer trop tèt ce qu'on doit aimer tonte sa vie.
Madame de Maint€a(pL en avait usé ainsi à Tégard du jeune
SVK l'ÊOUCATIOX. '
duc da Maine 9 dont elle était goaTernante. £tle eut la satisfiuy
lion de voir son élève y répondre, et d'en recueillir les heureux fruits pour elie*méiiie. Car Louis XIV , qui aimait beaucoup ce jeune prince» et qui, comme un bon père, ne dédaignait pas de jouer quelquefois avec lui , étant un jour extrêmement satisfait du bon sens qu'il mettait jusque dans ses jeux, et delà manière sensée dont il répondait à ses questions ; oc Vous êtes bien raisonnable , lui dit-il. — £h ! comment ne le serais-je ]^s? répondit le petit prince $ j'ai une gouvernante qui est la raison même* — Allez lui dire> reprit le roi , que vous lui donnerez ceot mille francs pour ses dragées, d Ce fut là le commencement de la brillante fortune à laquelle elle parvint dans la suite par soa esprit et pai' âoa mériLe.
Comme elle « parlez toiyeur» raison à votre élève. Qu'il ne
voie, qu'il n'entende jamais rien , s''il est possible, qui ne poi le le caractère de la justesse et du bon sens* Mais n'arrive-t-il pas ordinairement tout le contraire? Si un enfant fait des questions^ OP. le trompe ci Ton rit de ses erreurs. Veut-on l'amuser , on lui dit des absurdités. S'il parle à tortetà travers, on applaudit. Pourrait'On mieux s'y prendre ^ si Von avait dessein de lui déranger la té te , ou de ne la remplir que des plus fausses idées, et d^étoufferdès leur naissance tous ses premiers germes dé raison?
Ainsi sont élevés, je ne dis pas les enfans des simples particuliers^ dont la mauvaise éducation est bien moins dangereuse pour eux et moins importante pour la société, mais les enfans des granifo et des riches, e'est-à*dire ceux qui devraient élrr > la plus belle espérance de la nation, et qui , par leur fortune et leur rang , influeront beaucoup dans la suite sur les mœurs . des autres citoyens , et peut-être sur la destinée de l'état, |
Mais ce qui est pis encore , c'est qu'on ne songe presque jamais à leur donner les premières notions de la morale , dont on ne saurait pour Un t jeter trop tôt les premières semences dans les cœurs qu'on veiijt former à. la sagesse, puisque c'^est elle qiii nous instruit de nos devoirs, règle nos actions, et nous inspire les sentimens vertueux. Et ne croyez pas que cette science si nécessaire n'ait rien qui soit à la portée des enfans. IIsenoni,ponr
Ift &jBFLEXiON& F&]a.miNAlR£S
ainsi dire, les premiers principes déjà graTés dans leur conv :
principes si simples, si clair, si lumineux, qu'ils s'annoncent presque d'et»*mèmesaTec les premières élincelles delà raison'^* Puisque cette science doit être d'une pratique familière à toiis les hommes et régler nos mœurs , ne doit-on pas se hâter d'en donner les premiers élémens? et y aura*tpil un Age plus propre ^ à les imprimer profondement, que celui de la candeur et de rinnocence ? Commencez • dit l'auteur des Conseils de la sagesse^ à TOUS appliquer à rinstmctton de vos enfans , dès qu'ils peuvent TOUS écouter} et n'oubliez pas que i'éducalîon do i L su i v re de p t es ia naissance, puisque la corruption et l'inclination au mal viennent avec elle.Tandis que la nature est flexible et moHeyil faut la manier et lui donner le premier pli des habitudes louables qu^elie doit avoir au temps de sa force. 11 faut que votre enfant pratique le bjcn avant qu'il le connaisse : il faut qu'il s'y accoutume par obéissance ou par nécessité > avant qu'il le choisisse par juge- ^ ment j et que, sans voir ce qu'il fait, il ne fasse rien que selon les règles de la raison et de 1 honnètelé. L'enfant heureux, et bien élevé est celui dans qui les passions se trouvent si bien domptées et si obéissantes, que la raison, quand elle viendra pour prendre possession de son empire, n'ait plus qu'à régner en paix , et à jouir de la victoire que l'éducation a remportée*
IL LA KLLKilON.
Mais pour que vos instructions jettent de profondes racines , et qu'elles portent des fruits dans leur témps , il faut qu'elles • soient nourries et itfconiiëes par la religion. Y a-t-ii même une vraie morale, sans elle? £t qu'est^e que la vertu qui ne l'a pas pour appui !
* Teb sont entre autres ceux*ci : Ne faites pas aux autres ce que
vous ne voudriez pas qu'on rous fit; faites-lcur ce que vous voudriezraisonnablement qui vous fût fait jàt vous-même^ Aimez JHeup ainm vos semblables, aimez davantage ceux qui ont plus de droit à votr^ amvur , qm ^Qus VQ{ hiçnfaiiçurs , et
, 6CE L'iDUCAXlOM 17 a Quoi i la religion! s'écrie ici un de nos philosophes , dont les idées sont quelquefois plus singulières que raisonnables : «c Est-ce bien à un enfant qu'on doit en parler , et est-il capable de conceTOir même Tidëe de Dieu ? j> Nos sublimes gëuies oui une trop grande opinion d'eux-mêmes , et une trop petite opinion des autres^ Ils ne savent pas , ou ils ont oublié ce que l'esprit d'un enfant peut faire , comuie le montre tous les jours i'ejipénence» surtout quand on l'aide à faire des réflexions qui développent ses idées et le mettent en état de les produire. Pourquoi ne pourrait-ou pas Fui faire comprendre l'existence de la divinité par Texcellence et la magnificence de ses ouvrages» et le faire lire , comme Rousseau le dit lut-méme^ dans le and livre de la nature^ où les perfections de i>iea, et surtout sa grandeur , sa puissance et sa bonté brillent avec tant d'éclat , que les plus simples mêmes ne peuvent s'emptclicr de les y reconnaître ? Les premières lueurs de la raison suffisent pour découvrir l'existence d'un Etre suprême dans la structure et Tordre admirable de l'univers.
C'est aux instituteurs de la jeunesse à seconder cette lumière, à la faire éclore de plus en plus, et à profiler pour cela de tûules les occasions. Tantôt ils montreront k leur élève , durant une belle nuit d'été , le ciel parsemé d'étoiles qui étincellent ' de tous Icnrs feux. TantAt, le menant avec l'aurore dans une vaste campagne ou sur un cêteau, ils lui feront voir le plus bel astre de Tunivers, se'dégageant peu à peu des montagnes qui le dérobaient a yeux^ montrant eniin son glolie enflammé, s'avançant dans le ciel avec une majesté qui attire sur lui tous les regards, et répandant^ par l'éclat et la vivacité de ses rayons^ la joie et le mouvement daus toute la nature.
* J.-J. Bousseau , dans son Emilt^ qui a été justement flétri par les puissances ecclésiastiques et séculière^. On peut voir ses absurdes paraûoxes victorieusement réfutés dans les U^res d^une mère à son fiU^ Cet ouvrage , dont on a donné de nombreuses éditions, est trés-blen écrit, et mérite d'être placé dans la bibliothèque des jeunes gens qu on veut prémunir contre les erreurs du moderne philosophisme.
18 BÉFLEXfOHg »]lAUIimA]MB^<
A la vue d'un spectacle si magnifique , kur sera-tpil bien difficile de lui faire comprendre que toutee ces menreilles lont Fonvrage de PAvtenr tout-poimnt de l'univers , comme une bcUe maison , un rianl jardin sont les ouvrages des hommes ? «c Ce sonverain Etre» lui dira-t-on, semblable à Totre àme,
qui pense, qui raisonne, qui fait mouvoir tous les membres de votre corps, et que vous ne voyez pas , ne pent s'apercevoir par les yeux, et ne nous est sensible que par tes ourrages /2e^ Klre isi ce que nous nommons Dieu, le plus grand des èlres y et dont on ne doit prononcer le nom qu'avec le pins profond respect ; celui qui est la cause de tout , et qui tous a form^ vousmême. De combien de dons n'a-t-il pas accompagné le premier de tous ses dons , celui de notre existence ? »
Il sera facile , à mesure que Pesprit s'ouvrira , de lui en faire le détailyà peu près comme nous Tavonsfait dans nos réilexions sur la première maxime de la sagesse. £i n'en doutons pas j pour peu que l'enfant soit capable de sentiment et de réflexion^ on verra bientôt les heureux effets de ces leçons importantes ^ qu'on aura soin de lui répéter de temps en temps et à propos. Les enfans ont l'esprit plas réfléchissant, el sont plus capables qu'on ne pense de comprendre les grandes vérités de la religion. ! .'auteur du Dictionnaire d'anecdotes rapporte qu'un ecclésias-lique» interrogeant un jeune garçon sur son catéchisme , lui demandait : <c Oà est Dieu ? ^ Je vous répondrai , repartit l'enfant j quand vous m'aurez dit où il n'est pas.»
Bien loin qu'où doive donner aux eufaus aucune instruction sur la religion^ on ne peut au contraire s'appliquer trop soigncuscmeat à leur en donner une bonne, à leur inspirer la crainte de Dieu et Tameur de la vertu. Faut-il attendre que le torrent des passions soit débordé, pour y mettre une digue ? Est-ce bien le temps de commciicei à parler h un Jeune homme
* Qttoi^e nou$ ne poyompoi Dieu, cependant à se$ œuvres nous eonnais$ùn$ fu'il easUte » dit Cleéron » en qui Von voit que
les lumières de la raison étaient bien plus pures quVn certains do nos prétendus philosophes modernes , qui» à i^rce d'esprit» obs« f surcissent les sens commun.
SOB t'ioUCATIOlf. 19
d\\nc morale sévère, lorsqu^il aura pus riiaLitude H^ëcarler loufc ce qui pourrait le coniraindre ; à lui donner un maitn* austère 9 lorsqu'il s'applaodira de n'en aToîr plus , etk tenter lie lui remettre des chaînes^ lorsqu'il goûtera le plaisir de les avoir rompues ? Daqa l'effervescence et la fougue de la jeunesse, la voix tumultueuse des passions empêcherait d'entendre la voix paisible de la raison. Ne croyez pas qu^on puisse en un moment former Tliomme à la sagesse : ce doit être l'ouvrage de ioule la vie.
«c Non-seulement , dit Fauteur du Comte de Valmont » il im^ porte qu'on apprenne la religion aux eniSins , mais je suis convaincu qu'il faut de bonne heure la leur faire apprendre par principes , en la mêlant aux traita iiistoriques ; leur en faire connaître par degrés les preuves et les fondemens , et prévenir par là pour un âge plus avancé les dangers de la séduction , ou les suites presque également funestes d'nne foi languissante et
peu éciairée. C'esL-là le seul moyen de préserver la jeunesse des égaremens insensés où elle se précipite aujourd'hui
* Outre le CatéchUnw historique de M. Fleury , que les personnes qui ont du respect pour les décisions de Féglise ne feront lire à leurs élèves qu'après y avoir corrigé ou fait corriger queU ques erreurs condamnées , on peut se servir d'un excellent ouvrage de M. de Beauzëe , qui a pour titre : Exposition abrégée des preuves historiques de ta religion chrétienne , ou du Catéchisme de Tdge mûr^ par M. ÀUetz. Peut-être ce que nous'di* rons à ce sujet dans notre second volume jjourrait tenir lieu de ces deux derniers ; mais nous aimons aussi à indiquer les bons ouvrages qu'on peut mettre avec fruit entre les mains des jeunei gens.
Nous venons de dire qu'il y a quelques erreurs dans le Caté^ ehisme historique de M. Fleury^ comme elles sont en petit nombre et faciles à corriger^ no^s allons rapporter les principales» Tom. 1 , part, t , leçon : Qui ne s'abiieni que par la foi en J.-C; mettez, que par les mérites de J.-C, Fait. '2 , leçon 6 : Et quand le plaitir l'emporte ; il faut mettre ici un carton et
20 KSFumoiis FBiumiiAmBS
Qu'on cultive U mémoire des jeuacs gens par. l'élude des langues « qu'on orne leur esprit de belles et d'utiles connaissances, mais prëférablement à tout , qu'on s'applique à leur donner . la science des mœurs* O vous , que trop souvent la paresse ou Vincapacité des parens appelle pour remplir nu devoir qui devait leur être aussi cher que sacré , songez , lorsque vous exercez cette fonelion importante , que tous devez non-seulement des hommes à Tétat et à leur famille > mais aussi des rhré tiens à la religion. Songez que vous èles les plus coupables des hommes » si vous négligez les moyens de rendre vos élèves également éclairés et vertueux. Faites-leur donner des leçons courtes ) mais fréquentes» sur la morale et sur la religion. Apprenez-leur le culte qu*on doit à Dieu , et les prières qu'il faut lui adresser. Pour leur donner l'exemple , pric^ avec eux > et mettez.vous dans la posture où ils doivent être : ce n'est
qu'en parlant à leurs vcun., que vous ]^arh rez à leur esprit. A commeocez du moment que vous les aurez instruits , ne permettez jamais qu'ils oublient de prier , ni qu'ils prient dans une posture peu décente , à moins qu'ils ne soient malades : alors ^ au lieu de leurs prières ordinaires , qu'ils en fassent une courte» et qu'ils n'y manquent jamais* Il y a peu de personnes , il est
sur tout le reste, jusqu'aux demandes» Leçon it : B. Comment ta polonîé s^acompiit'Blle sur la terre ? mettez pour réponse : Longue nous gardons ses coimnatuiemens, Tom. 3 y part, i » leçon 3 : Incapable défaire aucun bien ;
ajoutez : four le Ciel. Tari. 2, leçon a : Et quandce plaisir^ eU\ cartonner jusqu'à la charité est fondée^ Leçon 37 : nous choisirions toujours ; mettez , souvent le mal , et nous tCavons point de liberté pour faire le bien sur natuteL Ibid. : Mais nous n'avons point Id forée de P accomplir , parce que notre conscience^ mettez, mais no Lrc concupiscence, Ihid. Elles sont toujours; mettez 9 presque toujours, ibid. Il est ùnpossible ; mettez , U est difficile.
On a donné à iiruxelles, en 1777 , une éditton orthodoxe de ce catéchisme»
SUR L^EBIJCATIOir/ 21 vrai j qui n'inspirent ce devoir aux enfans ^Npar préférence même aux besoin» de la vie ; mats on ne le leur fait pas lonjonrs remplir avec assez de piété ^ et Von n'a pas asser soin de leur en donner l'exemple.
Convaincu que les principes de la religion ; ai propres à servir de germe à toutes les vertus , ne doivent pas seuleraeiu î ii e appris par mémoire ni expliqués superficiellement ^ tous aurez soin que vos élAves les comprennent , autant que le permettra la capacité de leur âge , et qu'ils s'en pénètrent; C'est par la douceur et par f insiniiation , bien plus que par les reprocbes et les châlimens , que vous réussirez à leur inspirer la piété et la vertu. Les pratiques de la religion, commandées avec rigueur, exigées avec sévérité , faites par contrainte et avec ennui , sont le premier joug dont un jeune homme se décharge en entrant dans le monde ; oa s'il en conserve encore quelques-unes , à la manière dont il s'en acquitte , on croirait volontiers qu'ail ne les regarde qge comme une espèce de devoir d'usage , qu'il rend pur habitude k la Divinité;
La cclcbi e madame de Maintenon est tin exemple bien propre à (aire voir ce que peut la douceur ^ pour inspirer aux enians les sentimens de religion. Elle avait été élevée dans le calvinisme. i>Iadame de rvcuiiiant^ sa parente, la prit chez elle, dans le dessein de la rendre catholique; mais obstinée daps ses premiers principes ^ cette jeune 'personne ferma son cœur aux nouvelles instructions. Madame de Neuillant crut la faire changer en la punissant par des humiliations , et elle la réduisit
même d garder dus dindons. Dans cf L tiaL d'alialssement , nn jeune paysan étant dévenu amoureux de mademoiselle d'Aubi* gné , madame de Neuillant la mit au couvent des Ursulines de 'Niort > petite ville du Foilou. La jeune pensionnaire eut le -bonheur d'y trouver une vieille religieuse qui sut s'en faire nîmer , et qui la convertit par ses instructions douces et rai* flonuées.
.in. LB CA&AGitEE»
' £a trftVAlUamà fonuer la raisoft d'un enfant, k lui danner les
premières noUom de la religion et de la morale , il ne faiil pas «pporler moins de ftoiju à laçonoer , pour ainsi dire , en même temps ton caraGtèrt, Cest de ]k mUml qae dépend le b6n*
heur de sa vie^ et celui des personnes ^ui auront à vivre aycc
Pour y mieux réussir, il faut coinraencer par le rendre docile. Ii''obéis8ftnee doit être la base de toute éducatii^ : sans elle Il est impossible de nen fiiîre d'un enfint. Elle doit être établie dans son cœur^ avant même qu'ail saclie ce que c'est qu'obéir. Les enfansne sont désobéissaos qu'autant qu'on veut bien qu'ils le soient. Il n'est aucun qui ose résister ^ soit à ce qu'on lui ordonne , soit k ce qu'on lui délend ^ quand ii est sur d'eu être cbàtië. Il ne dut pas qu'il balaace : la plus légère désobéissance doit êlre punie. Pliez sa volonté dans toutes les pccasions , el accoutumez-le même doucement à être refusé , à être privé des choses pour lesquelles il a témoigné trop d'ardeur y afin qu'il apprenne à modérer ses désirs : cela est d'une grande conséquence pour la suite.
^ C'est ce que ne comprennent pas ces mères idolâtres^ qui reulent qafoa obéisse en tout à leur enfont , et même qu'on aille àu-^levant de ses moindres fantaisies. Qu'arrive-t-il ? Ses caprices augmentent à proportion de l'empressement qu'on a pour les satis&ire ; il exige des choies impossibles ; il veut tout à la fois et ne veut pas j il marque son dépit par toutes les violences dont son âge esi capable ^ il frappe ^ ii bat tout ce qui lui résiste.
«c'Savev-vouSy dit le philosophe de Genève, quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable? c'est de l'accoutumer à tout obtenir. Car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire^ iàl ou \ wd rimpuissance vous forcera malgré vous d'en venir à un refus, et ce refus inacooutumé lui donnera plus de tourmens que la privation même de ce qu'i| désiré. D'abord U You<ii a U côuue quç VOMS tcnw % bicntôi i{
SUE jJàs^ncjaiQs»
Voudra votre montre , ensnîte il Toudra Potsean qui- irole , il voudra toat ce qu'il ver^a. A moins (i'étre Dieu, comment le eontentaras-Toiu ? s> On a vu des enfSiiif élevés de cette manière»
^ui perçaient Tair de leurs cris, sans vouloir écouler personne , iussîtÀi qu'on tardait à leur obéir, à donner mêmes d^s chosés fn'il était impossible de leur accorder.
L^auteur du Dictionnaire historique d'éducation rappojrte à ce sujet tin extrait |ilus firopre i corriger bieft des mères qne tontes les leçons qu'on pourrait leur faire. Une daaie avait un fils f et oraignaH si fort de le rendre malade en le contredisant , qn^il était devenu un petit iyra» , et il entrait en iireur è la moindre résiâtance qu'on osait £aire à ses volontés les plus bizarres. Le mari de cette dame , aes- parons , ses amis lui représentaient qu'elle perdait ce ûh chéri : tout était inutile. Un jour ipi'elle était dans sa diambre , elle entendit son fils qui pleurait dans la cour. Il a'égratignait le visage de ferenr , parce que le domestique lui refusait une chose qu'il voulait, a Vous êtes bien impertinent , dit-*eUe à ce valet , de ne pas donner è , cet enfant ce qu'il demamle : obéissez-lui tout à riieure. — Par ma foi , madame , répondit le valet , il pourrait bieu crier jusqu'à demain , qu'il ne l'aurait pas. )» A ces mots , la dame devint furieuse et prête à tomber en convulsion. Elle court, et passant dans une salle où était son mari arec qnelques^ns de ses amis , elfe le prie de la suivre , et de mettre dehors Fimpudeni qui lui résiste. Le mari , qui était aussi faible pour sa femme qu'elle. Tétait pour son fils» la suit en levant les épaules ^ et la compagnie se îpit à la fenêtre pour voir de quoi il élâit question a Insolent» dit-il au valet, comment avez-vous la hardiesse de désobéir è madame , en refusant à Tenfant ce qu'il demande ? — En vérité, monsieur, dit le valet, madame n'a qu'à le lui donner elle-même. 11 y a on quart-d'heure qu'il a vu la lune dans un seau d'ean , et il veut que je la loi donne, tu A ces paroles , le mari et toute la compagnie ne purent retenir de grands éclaU de rire. Ia dame ellMnème$ Bialgré sa colère » ne put s'empôcher de rire aussi. Elle fut si honteuse de cetlû st^e f
:gu'elle ^se^corrigca ^ et parvint k ^vt m eotot âiinabl^ de ce
34 vimg^î(m''piàtjaniiknM
petit être maussade et volontaire. Combien de mèm, ajoule )'4at€ttr y auraient hw^ïn d'une pareille arentore !
Les mères turtoiit doivent se défier de leur tendresse. Si elles
ne la portent pas toutes jusqu'à Tidolâtrie, toutes sont falhlos , toutes sont capables de certain aveuglement , contre léifuel elles ne ^«auraient être Uop en garde. Elles craignent, en gùnanl un en£int , de troubler son bonheur et d'altérer sa santé* Il e&t cependant certain que celui qui est élevé dans la soumission est , pour le présent même, mille fois plus heureux que TenfaiU le plut gâté. Qu'on eiamine Ton et l'autre f on verra Tenfant soumis être gai , content et tranquille ; tout l'amusera y tout sera plaisir pour lui. L'autre , «iu contraire^ est inquiet , inégal et colère 9 à proportion qu'41 a été plus ûatté« Iioujours chagrin, il se lait entourer de tous les jouets , et ne s'atnnse jamais ; rien ne lut plait , parce qu'il est rassasié de tout : la plus petile contradiction l'irrite t toujours grondeur, toujours mutin, lonjours furieux , ii passe les jours à crier , à se plaindre. K*'?*ce là un être bien fortuné ? Croit*on que ces mouvemens vioien», dont il est sans cesse agité , ne puissent pas influer sur son tempéramcnl? CroiL-on que rinquiéLude de son esprit et le désordre de ses idées ne soient pas capables d'altérer les fibres délicates de son cerveau ? Qu'on y prenne garde , il n'y a guère eu d'enfans gâtés, qui, dans leurs prcjuières auiiees , li ait ut en lies symptémes de vertiges « et lorsqu'ils sont devenus grands « on peut juger par leur conduite si leur tète est bien saine.
Il est fort dangeureux. aussi que les enfans qu ou a gàlés , n'aient dans la suite point ou presque point de religion. Les pratiques et les sentimens religieux demandent de la crainte. Pes personnes accoutumées dès i'enfauce à ne se gêner en rien^ne voudront pas se contraindre même pour Dieu, ni pour les devoirs qu'il r.onimaiide. Qu'il est à craindre qu'après avoir clé' malheureuses dans cette vie , elles ne le soient encore plus dàas l'autre 1
Parens aveugies , vous vous troiiipcz grossièrement : vous vous croyez tendres, vous n'êtes que faibles. Ce ne sont pas vos
enSuta ^us ûmesi c'est vou§ seuls | cest le i^uisir
8im L'imsCkTiM* S5
voiu ave2 à les caresser , à les flatter. Le Ciel vous les a-t-il donc confiés pour éire ks objètt dTune pêiûon folie , ou pour von» •emr d'amaMineiit 7 ignor«fr*¥Oiis qpie cfest on dépAt dont toiui lui rendrez compte ; que vous en êtes responsables à la républià 11 pœtéritéy à am-mèoict? Un jour Tiendra que votai paieref bien dier iee -MUes plalsirt qne leor enfance toos donne. Quelle sera votre douleur , quand vous verrez Tobjet de tontes TOt affedioat de?ena oeloi dn mépris public ; «piand ce fils 9 renda dénaturé par Pekcès de vos tendresses , sera le premier à vous reprocher tous ses vices ^ comme étant votre ciimge; quand ses maiiTaîses Suçons à Totre égard deviendront* le salaire de vos molles complaisances ? Alors vous répandrez des larmes de sang , vous accuserez la gouvernante , le précepteur, tottt L'univers. Parens injustes', vons n'aurez à vous plaindre que de vous. N'auriez-vous pas dù savoir ^ et une infinité d'eiemples ne vous avaient-iU pas assez instruits , que les enfans gâtés sont toujous ingrats , et que celui qui néglige la correction de son fils^ nourrit son ennemi? a La verge et la correction , dit r£criiure« donnent la si^esse^ mais l'ealsnt qui est abandonné à sa volonté, couvrira sa mère de confusion 9 .
Marie de Médicis l'éprouva, ce Vous avez pleuré , lui disait Henri IV , de ce que je fouettais votre fils avec un peu de sévérité i mais quelque jour vous pleurerez beaucoup plus du mal qu'il aura, ou de celui que vous aurez vous-même, ce C'est , en effet 9 ce qui arriva après la mort de ce prince* Louis XIII ^ devenu majeur , Ata à la reine sa mère les personnes qui avaient sa confiance. Ou lui défendit de sortir de son appartement, donl. on fit murer les portes, à Texception d'une seule, et Ton insulta cette princesse , jusqu'à venir fouiller dans sa chambre et dan» son cabinet» Un traitement aussi dur détermina Marie de Médicis à demander elle-même son éloignement. On ne lui laissa pas le choix du lieu de sa retraite , qui fut fixé à Blois. On lui accorda seulement la consolation de voir sonfilaavant de partir:. .
* Tirga atque ewrreeiiù trOMt êeg^iÊnikm: puer auUm
SMt ABnmom mbldiimibbs 'is>
mais on avait réglé jusqu'aux termes donl elle devait se serrîi" pour faire ses adieux au roi. Ils fartât lorl tendres de la part
que sa mùi e aiiâil mofller en carrosse , il alla sur son balcon paiir Im voir partir, et forsqsi^eUe^ lél tortîd di» Lottvte^ il oasml ^ i» i^lam pM» 1« Toir p asièv •«ncMèil»' le PMit4lwli^ Il semblait que ce prince se fit un plai&ir barbare de repaître m jwx dtim tpcd^cto ipn aorait 4à déefaérsr Mu mat* €elt» wfortadëe pèincMe , ayant tmmé iê- mtiym èe s'éelnpper de Tespècc de prison où on la tenait renfermée , erra de pa^s ea pajFs , et se TÎt enfin oUigée deee ntàïïw k Colegne* Les dngrim miMpUés et les bamiliatMoa en le«t geiirr qu'aivail* épreovés cette princesse , avaient tellement tiétri son, âme , qa'elle en était devemie slopideb Elle mottral eanmie ont ko«vgeoise ol»sQure , sttns être plainte dons ses infntime , à leqaelle il liât convenir qu'elle avait donné lieu , et qu?eUe aurait méritée de la-part de toat antre que d'un fils.
Quelqu'un a fort bien dit : * - ' '
Itères , n'écoulez pas une aveugle tendresse^ Corrigez tos en fans, lorsque dans ia jeunesse Sans peine vers le bien vous pouvez les plîer^ CTest iim afanar , dit-on , que de bien ebâiier«
Fables D'£sorE.
Oa s'imagine qu'il ne faut point contraindre les enfant dani lenrs premièaea annéea. Ùa ne M% pas attention qna lès oontaadictions qu'on appréhende ne sont ri^ , et que celles qu'o» leur pr^re seront lerribles. Car ils ne trouveront pas toujours des personnes disposées i faire tontes lenrs Tolontés : ib tro»- ^ veroni souvent , au contraire , des concurrens ou des ennemis > qni leur feront éprouver des ehagnna d'autant pins sensibles et plus amers , qu'ils auront été plus flattéa'dans leuF enfimee.
C'est ce qui arriva à un jeune bomme dont parle l'auteur du Comtede Valmont. Il avait été élevé, ainsi que sa sœur , le plus mal du monde , par une mère idolâtre de ses enfans , et qui , toujours en opposition avaa Wyèref dans le peu qu'il osait leur dire» était apurent eii^ contradiction avec eUe^mtoe» TantM
elle îes «çrottdaît, les m«îtr»îlait dans dtes accès d*I m patience ; ^ le nioment d'après, elle les apaisait, les caressait et parce naaiÊêgê iMir «(ifraiait tm^l à Ims ; et è m tMtttr contre les
cliâtihiens , el à dédaigner les caresses , ne ga2;nant auprès d'eux d'aa c6lé qoepeur perdre encore pius de Paatre, ne h» porfant à <Mnr fmr Iv Mmenlr 4fQ##fr «Mnlére If liw raidAreMeii pTus opiniâtres cl plus volonUires par la suîle. Aussi l'élaient-iîs dewMii m pftiifcl 4|ii«neii ne pleuvait plua le» apaiser ni les fiatiiftiice;:£s mkm^ lenjsm sax «spéAiw psur^ln Aire théir, ne. savait les aimer, les récompenser ou les punir que par tout fsimit> «MéipeHietf en emi ki Vanité-, hi gounnaiiffise , VemmÊT éa luw 4«i dè fa fmste t éê i^i afifif défiiié an iiîs beaaceiip de suffisance , et à la fille^um goût excessif des ajustemens, qaifailiisiitèiiavti d'im envi» déMinii^ée déplaire. Une si manîMis^ éducation^ eut f effet ^ii^en ctevffft en attendre. La âlle déshmiota^ ta iaflHlfa , et aik oaeher sa honte dans un eeimiit..iff fils Mm daii]sl»'»mie IiImi ëei^ «Ddfradietiain
et des p.eines au sein môme de ses plaisirs ; il mangea en peu de temps tout 9m bien , et n'eut d'autre ressource pour subsister qne^la cempaiskiil d*an de tey pvoihts, aprè^aveif w Ésonrir sa mère de chagriu et de douleur. Farens faibles , aveugles et insensés , qu'il esl; juste que vous payti» dwr an jomr de» écarts que TOUS ne ponm imputer qu'à vemi-iBénieir !
On se propose de plier un enfant lorsqu'il sera »rand pourquoi ne veut-on pas Toir qu'il serait pljs facile d'y réussir loMqu^it-est Isibte? He-saitHift pasqu'iin jenne arbre se plie comme on^ veut? Quand il est fort« on le romprait plutôt que de le pedraMefr Un cheval qu'on n^Hge et qu'on ne dompte pas de bonne heure , devient intraitable : il en est de même , dit leâage> du &ls qa-<m abandonne k sa liberté : H deviendra incorrigible, et se précipitera dans les plus grands désordres. Ne le rendez point maStre de lui-même dans sa jeunesse, ajoute- ' t^il , et ne néglige» point œ qn^il fait ni ee qu^il pense. Coorbez* luHe cou pendant^qit'ilestjenne*^ de peor quf^ffftèii^endtiricîsse,
*JSquu9 indmiiuê 0vadi$ duris, et fUu$ rsmum $va4i^ prœcept, e(c« SccU. 30,
28 heflkxïons préliminaires
qii^ii ne vétiille plus vous obéir , tt que voire àme oe soU pevdée de douleur.
N'aUeudez-doDcpas que le vètre commette de grands crimes^ . pour le corriger. La malice croll ayec l'âge » el elle arrive en*» fin à un terme et à un excès où le châtiment est non-seulement irès-iuuliie, mais aussi très dangeureux. L'histoire ancienne noua en a conserré m exemple qui doit dire Irembler tous les parens.
Denys le tyran , ayant en son pouvoir le fils de Dion , son ennemi, imagina contre le père une vengeance singulière > et
tl autant plus cruelle qu'elle paraissait plus douce. Au lieu de faire mourir cet enfont .ou de le mettre dans une dure prison » il se proposa de corrompre en lui toutes les bonnes qualités de l'âme. Dans ce dessein, il lui permit tout^ Tabaudonna enliè- ,i*ement à ses fantaisies , et ordonna qu'on lui laissât laire toutes aes volontés. Le jeune homme , emporté par Pamonr des plaisirs, donna dans la pius affreuse débauche, personne n^avait l'œil sur sa conduite, ni n'arrêtait le torrent doses passions. On conteulail tous ses désirs, oa louait toutes ses fautes , ce qui acheva de le corrompre et de le précipiter dans toutes sortes de crimes. Lorsque le tyran le vit loi qu'il le désirait^ il le rendit son (lère. On le mit entre les mains de gouverneurs qui n'oublièrent rien pour le faire changer; mais tout fut inutile ; car plutôt que de se corriger , il se jeta du. haut de la maison et se cassa la tète
Cest donc une erreur bién aveugle et bien funeste , que de
croire qu'il faut attendre qu'ua enfant ail cessé de Têire , pour travailler, à former son caracîère et à le rendre docile. Si dès la première enfance on ne l'accoutume point à suivre la raison d'autrui , on peut être sûr qu'il ne suivra pas la sienne quand il sera plus avancé en âge.
Tant que l'enfont se porte bien, qu'on ne lui passe ni volonté» lit impatience^ quand même il serait indisposé, il ne faudrait pas s'écarter de cette règle. Un mois de maladie, durant lequel
• Cornélius JS^epoi, dans la vie de Dion,
SUR l'Éducation. 29 on n'aurait cherché qa'à le flailer et à lui obéir ^ nuirait pins « •on éducation qu'une année de soins n^'aurait pu KaTancer. Ce
n'est pas la maladie qui rend Impatient , c^est Thabitude d'être impatient qui lait qu'on l'est davantage quand on souffre $ eC c'est la froide et timide complaisance des paréos ^ qui lait qu'alors ua enfant le devient à IW '
Les premières yolontés d'un enfont sont toujours fidblos ; c'est un germe qui se développe, mais que la moindre résistance arrête. Elles resteront bibles tant qu'elles lui réussiront mal* S'il demande quelque chose avec impatience , on lui dira avec beaucoup de douceur qu'on est bieu lâché de le refuser, mais qu'on n'accorde point aux enfans ce qu'ils demandent avec im* paiieiice. Peul-clre il n'entendra pas ce discours, mais il remarquera i'air et le ton , il verra qu'où ne lui donne point eu qu'il a demandé : surpris de ne rien obtenir « ou las de crier inutilement^ il suspendra ses larmes : qu'on proiUe de cet iiUet valle pour le satisfaire. Mais ne lui accordez jamais ce qu'il demande en pleurant. 11 s'apercevrait bientôt que les larmes sont le moyen d'obleuir, et il ne manquerait pas de remployer, souvent même pour avoir des chose» qu'on ne pourrait lui donner.
Comme nous sommes convaincus que c'est dans les pleurs d'un enfiinty bien ou mal compris, bien ou mal dirigés par la tendresse des mères , que consiste presque tout l'art et touto la diffîcitUé de la première éducation , noo» ajouterons ici quelques réflexions judicieuses que fait à ce sujet Rousseau dans son Emile ^ où, parmi un i^rand nombre d^erreurs très-pernioieuses» se trouvent des vérités utiles, ce Les premières pleurs * des enfans, dit-il, sont des prières : si l'on n'y prend garde , elles tteviennent bientét des ordres. Ils commencent par se faire assister , ils Unissent par te foire servir.
» Si l'enfant ne pleure que quand il souffre » c'est un très<grand avantage : car alore on sait quand il a besoin de secour>i
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30 HÉFLEXIONS PAEIOMUNAIAES
et alacs on ne doit pas tarder on momént è lesJiii.4ot|iifsr, s'il
est possible : il imporle même qu'on le prévienne , et qu on ne se iai»e pas avertir de ses besoins par ses oris* Mais si vous ne pouvez le aonlager y reslez tranquille sans le flatter pour Tapai* ser : vos caresses ne guériront pas sa colique ; cependant il se • souviendra de ce qu'il faut faire pour être ilatté* et s'il sait une ^fois vous occuper de lui à' sa volonié, le Yoilà devenu votre maître, et tout est perdn.
» Les longs pleurs d'un enfaut qui n'est ni lié ni malade , et qu'on ne laisse manquer de rien« ne sont que des pleurs d'ha* l)itude et d^obsiination : ils ne sont point l ouvrage de la nature, nais de la -nourfice, qui , pour n'en savoir endurer l'importunaté; tes flraUtplie , sans songer qu'en faisant taire Tenfant «lyourd^liui , on l'excite à pleurer demain davantage. Le seul moyen de guérir ou de prévenir cette habitude /est de n'y faire aucune attenlioa : personne n'aiine a prendre une peine inulile, ' pas mémo les enfans. Ils sont obstinés dans leurs tentatives ^ mais si tous afvez plus de constance qu'eux d^opiniâtretë , ils se rebutent, et n'y reviennent plus. C'est ainsi qu'on leur épargne des pledrs, et qu'on les accoutume à n'én verser que quand la douleur les y force.
)> Au reste, quand ib pleurent par fanlaisie ou par obsUnaitouy un moyen sftr pour les empêcher de continuer est de les di^uairc par quelque objet agréable et frappent qui leur fasse mibiier qu'ils voulaient pleurer. La plupart des nourrices excellent dans cet art $ et bien ménagé , il est très-utile : mais il est de la dernière iœpoi lance que l'enfant n'aperçoive pas l'intention de le diitKalre , et qu'il s'amuse sens croire qu'on songe è lui ; or> iroHi sur quoi toutes les nourrices sent maladroites* 11 ne iaut queiqueÊMS aux enfans , pour pleurer tout un jour , qnè s'aperçflRreir qu'on ne vwt pas qu^ls plenrent. Le pis est que l'obstination qu'ils contracléut tire è conséquence dans un 4gc avancé. liS ntén^e cause qui les rend criards à trois ans , les rend autlusàdonae^ qnereHeuci àTtngt^ôopéeieniià trente^ €t insupportables toute leur vie. y>
Pès qu'un eniant donne les premiers signes de connaissance ,
SUR L'isnscàxiùK. « 31
il est donc esseuliei de préveair en lui lodte obstination et toute indocftiité. L'ofinUbii^ eat le 4éJmi de ia piu|>wt de* ^nSàxm ; ma» on peat dtr64pi'iUle doiveaten grande partie à k preniire édacatioa« On dé£ère à toutes leurs fantabies. Ce (|u\>n a refusé à leon prièm » on l'aeoorde à leur îinpertiialté , kMm pleiugi; à leurs TÎoleiioea. On les pbrte méaie à ae ^ger , h frapper, «c J'^ai vu> dit encore l'auteur d'£mile y d'imprudentes gouver-i^ Hautes eniMr la multiierie d'un enfant, l'exciter à battra , s'en laisser battre eBes-nrômes , et rîre de ses faibles coups , sans songer qu'ils étaient autant de meurtres dans Tiiitentioo du petH teieux, el que celui qui veut battre étapt jeiuie.» Tpndra tuer étant grand. »
Comaoent un enia^jt craindra- t-il ses pareas quand ils ne kiî '^«nt pas reconiiilire leur autorité » et qu'ils ne aeront quelquefois que ses premiers serviteurs? Abandonné un dérèglement ëe ses geéts et an Mordre de ses idées, il s'élèvera lairnètte te i^ns doucement et le pins mal qu'il lui sera possible. Devenu absolu et volontaire , il prendra i'babilude de ne plus écouter, que son caprice et sa volonté*
Voulez-vous que cela n'arrive pas ? Prenez une façon d'agir toute différente. Observez de ne le caresser que lorsqu'il sera tranquille , et de cesser lesearesees, on même de prendre un
air plus sérieux dès qu'il sera opiniâtre ou impalient. Cette conduite n'a rien de dur ni de cruel. L^enfant remarquera biefll6t qn'41 n*est caressé et qu'il n'obtient ce qn^l veut p qne quand il Cbt doux -, et il aimera mieux le devenir. Dès qne vous Vanrea rendu tel » comptes q«e wu aurez tout gagné ; il sera en vos mains de même qu'une cire molle , qfiB vons ^triées comme il vous plaira.
Mais qnt que vous aojex, père et mère» précepteur on goiH vemante , si vous voulez former le caractère de votre élève ; tâchez de régler et de soutenir le vÀtre. Car ne croyez pas qu'on forme un enfant avec de beaux discours et de belles phrases : vos discours pourront éclairer son âme, mais c'est votre caractère qui fera le sien. Avec beaucoup de régidarité dans la con*
duite f ayez beaucoup d'é^t^ dm n»imenrj|de f/tM émvm
32 « ftivumcm préloiin airbs
leçons y de douceur dam vos paroles. Prêchez d'eiLemple : rieq n'Mt plut puittant aor l«a enfuit comme itir let hommct ftiu. lié tous permettet pas , •''il est pomible, une pan^ qui ne toit nne leçon , une démarche qui ne soit un modèle. De quelque tempérament qoe toit Totre élève > vont verrai qn'intentibie-* ment la vertu, la douceur et la sérénité de votre àme passeront dans la sienne.
Il ne liut donc jamaît confier un enfant à det personnes tra*
cassières , grondeuses, acariâtres ou pleines d'humeur . bientèt il leur ressemblerait, ou deviendrait pire encore. Veillei avec aoin tnr let pertonnet qui approcheront vot enfant ; ne let laitbez jamais entre les mains des domestiques , ou d'autres gecs impudens et sans éducation, qui se placent souvent à let aga* oer y let irriter , let impatienter, ou ne lenr apprennent que de grossiers badinages. Celle iréquenlalion leur serait cent fois plut dangereute et plot fonette que let pint donloureutes naladies. Que l'entrée de lenr chambre ne toit permite qu'è det personnes prudentes et polies qui , quand elles jAjueront avec eux 9 tachent conserver de ta décence , et qui ^ lortqn'ellet let entretiendront » ne lenr parlent jamab qoe laiion / et ne leur inspirent que des sentimens louables»
Faites en torte qa'ib ne paraiitenl point on qn^lt ne parait-* sent qu'un moment, lorsque vous aurez beaucoup de monde. Ils n'y trouveront que des complaisans qui les flatteraient^ ou des
pertonnet qui en feraient lenr jouet $ ni Ton ni l'autre ne doi'» vent plaire à dts pareils sensés. Les exemples qu'ils verraient ne aéraient pas toujourt estez bont } les convertatioi^s qu'ils enten«^ draient ne seraient pat attei ditcrètet. Beaucoup d'actiont tant conséquence ne le sont point pour un enfant : beaucoup de discourt qoi ne tignifient rien pour des gent faitt^ pourraient nuire h ta raison on à ta moMirt»