IV. liES tfûBUJRS
On ne taurait être trop circonspect devant let enfant : ils
voient, ils écoute m , ii$ remarquent tout; et souvent mieux
qu'on ne croit. Mm comme fien de pertonnet , à moiot qu'elle
SUR l'Éducation. 33 n'en faiseni leur imiqoe affiiire-^ lont capables «le ae contraindre
011 de \oLiloir se gêner au point de ne jamais rien laisser échapper qui ne soit entièrement conforme aux règles de la vérilé et de la sagesse , que yoa enfans voient peu d'étrangers , et par vo-^
Ire exemple apprenez à ceux qu'ils seront forcée, de \oir , à respecter leur enfance* Car vous ne devez jamais oublier vous^ même qu'une des plus belles maximes de Téducation est celle que la raison a diclée k nn ancien * , et après lui à un moderne ;
On imite aisément le mal ^ue Ton voit faire, Ëi le mauvais exemple aux humains C;>t laUil,
Je répète après Jttvénal
Cette maxime salutaire :
A vos enfans , dit-il , vom devez des égards.
Si vous avez quelque faiblesse ,
Cachez-la, fuyez leurs regards i
RupecUi leur tendre jeunesse^
BiCRtIU
Bien des parens aiment assez à donner à leurs enfans des le^
çons de vertu et de probité; on se fait honneur même de leur répéter les maximçs les plus exactes et les plus sévères de la sagesse ; mais souvent la conduite domestique soutient mal ces belles instructions. Aussi , bien loin de leur inspirer des sen limons de vertu par ces laçons , que d.es mœurs opposées démentent > on les accoutume à croire que la vertu n'est qu'un nom ,
et que les maximes qu'on en deljile ne sont ([ii'im langage dont on est le mailre de penser tout ce qu'on veut, il est donc plus essentiel encore de leur donner de beaux exempies que de belles
leçons : i'un el i'aulie sont un devoir pour les parens , duut Texemple y ainsi que l'autorité j est toujours plus puissant.
Mais gardex-vous surtout d'adopter jamsiis pour r^Ie cette maxime pernicieuse, que nous avons souveiit entendu répéter k des personnes du monde peu réfléchies : «c i^u'il faut tout dire aux enfans , et les instruire dn mal même> afin qu'ils sachent réviter et se lenir sur leurs gardes. » Parler ainsi, ce n^est pas connaître la nature humaine , ni la prompte et presque tavintible
* Miionma deheCur puera reverentia» Juv*
34 BEFiracw ^MÈummàBM
disposition des eafan^ à iaire JLoui mfjfù le» ki^e «t J«i aiiire, La raiion^ croûaattl a?ec la connaissance ioccessm éu mal ^ aert dans la suite de rempart conlre les impressions du vice ; mais elle est trop faible encore dans les enfanspour les défendre contre les aUraits séducteurs du inal| et contre les soUicitatloriH pressantes de cette curiosité expérimentale qui fait le caraclèi c de leur â^e.
Qu'yen les laisse, donc ignorer le mal , et même les vérités
physiques ou morales dont ils pourraient abuser. Ils les coniiai' tront bien assez dans la suite par 4a lecture et par Tusage de la société. Mais ils seront alors armés et fortifiés contre les prees impressions du vice , par le sentiment de la verlu tl par les grands motifs de la religion , si Von a eu la précaution du les graver bien avant dans leur esprit* Faites-leur seulement des leçons générales suà^ la décence el la pudeur^ douncz-lour des avis sérieux lorsqulls a'iédiappent le plus légèMineiit du monde, • ne fbt-ce qu'en *ae permettant un mot peu honnête ou peu décent. Par cette conduite^ en les éloignant de l'apparence mémo du ma| » on les éloigner* encore plus de la réalité 5 et en les tenant en garde contne les paroles. Ils le seront encore davan* tage contre lefr faits.
A mesure qu'un instituteur attentif s'apercevra que la con->
naissance du mal se développe dans son élève, il redoublera d'activité et de prudence » pour le prémunii'par des leçons , des motifs, des exemples propres à le tenir attadié k la vertu* Il lui tracera avec disciélion des tableaux nuancés^ el comme de profil 9 des vices les plus dangereux qui régnent dar.$ ic commerce de la société. Par-là p en entrant dans le monde , le jeune liomme ne sera plus frappé de rien ^ parce qu il est averti anffisamment^ et qu'yen voyant le mal» il est parfaitement ins* .truit de la manière dont il faut l'envisager. Cette connaissance générale et nécessaire sufûra pour le préserver de l'impression aubite et profonde > si voisine du vice» qu'il recevrait infaiilililement , s'il venait à se produire dans les sociétés avec une âme pour ainsi dire toute neuve» et ne connaissant encore que Via- Mcenoe.
Comme les enfans soiil enclins à imiter tant ce qtfïU toient, iU Mut siuttoiity par teitf e«î«iiimen( naturel , portés à contrer frire les peraMMMs dont le ten de ypix on le« iuow leur, yaraii^
sont ridicules» Au lieu d'en rire, comme font tant d'autres, il liHt les en leprendie eévèrenient. fintoe ces manières Aii-aii<iuee ont qael<|ue cbeeede bat et de eontraire ans lentimene
lionnèleSy il est à craiadre qu'ils ueu cooUâclenl Thabitudc ,
et^a'iia ne deviennent ens-mémeaaoïsi ridicnles qnecenx qn''iia ^Qt ridicttUftÀ*
Il faut hi^a plulàt proftter de cette pente qu'Us ont à être înûtatenîi » poor lee porter à ce qui eat vertneui et looahle. C'est-Ià le grand art et la niagie de l'^dMetion. Qu'ils n'aient eouaies yeu^ que des modèles de vertu ^ ils ne seront jamais vicieux.
' Mais comme il n'est pas possible qu'ils ne voient , malgré les précautions qu'on prend , beaneoop de choses qui sont mal , il Uut leur faire remarquer de bonne heure rimperllnence de certaines gens vicieux et déraisonnables, sur la réputatiou desquels il n'y a rien à ménager* ilisut leur montrer combien on est méprisé et digne de l'être , combien on est malheureux , quand on s'abandonne à ses passions et qu'on ne suit point sa raison* Il ne ftut pas même , dit Fënelon ^ s'abstenir de les prévenir en général sur certains défauts , quoiqu on puisse Craindre de leur ouvrir par-là les yeux sur les faiblesses des personnes qu'ils doivent respecter : car on ne doit pas espérer qu'ib les ignoreront toujours , et ils ne les remarqueront que trop vite* Mais, quoiqu'on doive leur donner les vrais princi* pes,et'les préserver d*imiter le mal qu ils ont nécessairement devant les yeux , il faut pour tant réserver de telles instructions pour l'extrémité , et les instrbire en même temps qu'ils sont obligés de dissimuler , d'excuser , de supporter les défauts des autres^ et surtout de leurs parens| qu'ils doivent les couvrir en quelque sorte » comme les vertueux fils de Roé , manteau du respect, et n'arrêter leurs regards que sur leurs bonnes qualités.
On serait bien rarement dane b triste néfoessifi^ êè prendre toutes ces précautions ^ lé^^d de^ jparens mêmes, s^ils avaient
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un peu plus de prudence et de discrétion. Mais^ au lieu de cadwr «Tec $oin à leurs wfm Ions ieort défonto, il Mmble la plupart affectent de ke leur SHmtrer , et quelquefois de les leur donner* On ne se contente pas d^étre Ticieux ou libertin s en fait de ses enfans, par ses leçons et perses exemples» une succession et une génération de libertins* On n'est leur père que pour leur transmettra ses vices» que pour leur (aire sucer avec le lait ses maximes impies on scandaleuses* Semblable à ces parens cruels , qu'une superstition barbare portait à immoler leurs propres enfans au démon de l'idolâtrie , on les sacrifie déjà en quelque sorte an démon de ForguetI > de l'ambition , de la vengeance , de Tamour impur, dont on leur inspire^ souvent pour toute leur vie, les premiers et pernicieux sentimens. Si l'Ëvangile prononce le plus terrible anathème contre celui qui j:candaiise et porte au mal les petits et les ùiibles, s'il déclare qu'ail vaudrait mieux pour lui qu'on lui atlacbàt uue meule au con , et qu'on le précipilAt dans Ut mer ^ combien nn pàre n'estil pas criminel^ et combien ne doil-il pas redouter les effets de la vengeance divine , lorsqu'il cause la perte éternelle de ses enfims en corrompant leur cœur ?
Un autre mal aussi grand, cl dont nous n'avons été nousmêmes que trop souvent témoins, c'est que des parens j n'étant plus dans le cas ou dans l'âge de donner certeins mauvui exemples , les renouvellent souvent et les perpétuent, pour ainsi dire» en regrettant les plaisirs de leurs jeunesses, en racontant avec une sorte de complaissnce et de satisfection la vieille histoire de leurs inclinations , de leurs faiblesses , d& leurs vices, de mille choses dont ils ne devraient se souvenir que pour en gémir et en rougir. Ils croient suffisamment ré-», parer le tout et prévenir le raal, en recommandant de ne pas. faire comme eux* Mais quelle force peuvent avoir de telles le^ çom f qne l'exemple a déjà détruites par avance ?