X-ass^mblée , et le roi lui-même en parut ému. M^ia
DES HOBUKS
cet adroit flatteur ajouta aussitôt : <s Qu'il le trouvait inférieur , en ce que Gambyse n'avait pas encore donné, comme Cyrus, un fils qui le surpassât. » Cetour surprit agréablement le prince ^ et fiit applaudi.
Les grands surtout aiment à être flattés ; et c'est bien d'eux qu'on peut dire que la flatterie en fait des amis ,
- et la vérité des ennemis. Ils préfèrent la louange qui les trahit, à la sincérité qui leur serait utile : ils veulent être trompés, et ils le sont. Celui qui sait flatter le mieux leur amour-propre , en obtient tout ce qu'il désire. Un maidiand de bijoux avait acheté treis cent mille livres la &meuse perle appelée la PéUgrim. Philippe II y à qui ce marchand fut présenté» lui demaiiiLi pourquoi il avait donné tai>t d'argent pour une perle : a Je songeais , lui répondit-il, qu'il y avait dans le monde un roi d'Espagne qui me l'achèterait. » Le monarque p flatté de cette réponse , fit compter au marchand quatre cent mille livres pour cette perle.» qu'on voit encore aujourd'hui sur la couronne des rois
• d'Espagne. . • . *
Ceux (lui ont de quoi payer la flatterie, ne manqueront jamais de vils adulateurs , qui , ne connaissant d'autre langage que celui de l'intérêt, ne rougissent que déparier celui de la vérité, et n'ont pas honte de louer nautement ce qu'ils blâment en secret. Mais quel est l'honnête homme qui voulût leur ressembler 1
Ne méprisez personne
Le mépi is éloigne les cœurs , et l'estime îes concilie. Quoique nous n'aimions pas toujours ceux que nous admirons et que nous estimons^ nous aimons toujours ceux qui nous admireot et qui nous estiment. lUbis si l'estime ne fait point d'ingrats , le mépris fait des ennemis , et souvent des ennemis irréconciliables. Les hommes pardonnent quelquefois la haine et jamais le
mépris.
Si nous pouvions nous estimer mutuellement, il n'f,
10 L^iiseue *
aurait qnc de la doiu oiir clans la société. L'incHnaiion malheureuse que nous avons ^ témoigner le peu de ca& que nous feiseas des personne» qui ne sont pas Trai^ ment dignes de méprît» est la source de presque. tous les désordres et des maUx qui y régnent. De Ih naissest les médisanees matignee , les satires mordantes , les manquemens injurieux, qui produisent h leur tour les haines mortelles, les ioiigues inimitiés , les Tepgeances Tunestes.
' Gardens-nons donc de mépriser les autres. Il y a des gens qui n'oublient jamais d'avoir été méprisés ; et, si c estunepersonned'esprit, une réponse (nquaBteetingè*
hieuse la vengera sur-le-«^amp. L'abhé Desfentaines , qui n'était , comme tant d'autres abbés do Paris, ecrfésiastique que de nom , rencontra Piron qui était habillé plus magnifiquement qu'à l'ordinaire, ce Quel habit pour un tel homme 1 M dit-il d'un ton mépri^t sant* — Quel homme pour un tel habit I s |ui r^qua Wron.
C'est, dit La Bniyére , une chose montnieusc , que le goilt et la faciliu» quti nous avons de railler, d'improuvor et (]e mépriser les autres, et tout enspnihh^ 1î\ coiérc que nous i^ssentons contre ceux qui nous raiiienty nous improuvent et nous méprisent. Mettoiis«*noiis , nour un moraeot , en la place de celui i qui nous Toulona raire une offense , et nous ne TofFenserons pas. L'oubli de cette sajçe maxime, et le désir que nous «ivons de nous élever au-dessus des autres , nous inspirent le penchant que nous avonsà mépriser. Remplis d ailleurs de la bonne opinion de nous-mêmes , nous aimons à nous comparer, et nous ne nous comparons cuére que nous ne nous préférions. C'est de là que naît ce mépris , qui se nomme insolence , hauteur , fierté , selon «ju'il a pour objel nos snpérieurs , nos inférieurs , ou nos égaux. 11 ne convient à personne d'être fier et méprisant; avec ses semblables, c*e^t sotti^^e; avec les. personnes au-<lessuS| c est folie; et avec celles au-dessous y c'est ridicule.
Les jeunes gens qui ont de la naissance et du bien , sont presque tous fier» et méprisans, à moins que ce défaut n'ait été corrigé par une excellente éducation ; mais souvent ce sont les gouverneurs mêmes de la
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DES H(»UHS; If
plupart enfànâ des grands , qai fonimteiit leur op*
5 oeil au lieu de le réprimer. On àe ealnaCiettt que e la noblesse de leur extracHoit , de la ^ramàtmt de»
} leurs alliances, des prétentions delcnr famille , au lieu de leur apprendre à être moflestes, polis, hninains el affables à tout le monde. Un gentilhomme avait été dans la fiioiiliarité d'un grand prince, Quet^AO temps af réa la mort de ce prince , son fils , trouvant a» ses terres ce gentilhomme en équipage de liasse , fit gemUanl de ne pas le reconnattre , et lui dit étnn ten Biépnsnt : (f Mon ami , qui t'a permis de chasser ici ? » Le gentil^ homme, piqiié de ce ton qu'il ne méritait pas , lui , répondit : a J'avais l'honneur d'être l'ami rie monseigneur votre père ; j'ignorais que j'eusse l'honneur d'être le vôtre, j» he jeune prince sentit sa ftuU» , et dimha à la réparer par beaueeu|| d*lioBttêletés.
Il n'est que trop ordinaire de mépriser ceux qui sont pauvres , et d'estimer les gens à proportion de leurs richesses. Quand Louis XIV fit son entrée à Strasbourg, les Suisses envoyèrent des députés. Un courtisan qui était auprès du roi , ayant vu parmi ces députés Févéque de Bàle , dans un extérieur qui n^était rien moins que brillant^ dit à son voisin : « Cest quelque misérable apparemment , que cet évéque. — Goinmentl lui répondit-on , il a six cent mille livres de rente. — Oh I on I c'est donc un honnête homme. » Et il loi fit mille caresses.
C'est ainsi qu'on pense et qu'on agit tous les jours,^ f*aut-il 8*étonner d tèsTidies surtout ont tant de mépris pour ceux qui sont dépourvus de» biens de la fortune 1 Les personnes qui sont prodigieusement, mais nouvellement enrichies, ne sauraient s'imaginer qu'il puisse y avoir d'autre mérite,, et méprisent la noblesse, l'esprit, la science, tous les avantages les plus estimables auxqi^els les richesses n'ont pas prêté leur éclat. £blouis comme eux de cet éclat extérieur et séduisant qui environne les grandes richesse», nous avons dift la peine * à refuser notre admiration et notre estimée à ceux qui les possèdent; tandis que nous ne jetons qu'un œil dédaigneux sur tout ce qui rampe dans l'indigence. C'est souvent néanmoins dans ces états obscurs que noua méprisons i comme s'il gr avait qpielfae autre
chose de méprisable q\m le vice, que brillent les plus sabliraes vertus. Mais uous avons , la plupart , des yeux si imbéciles, que nous revoyons rien de grand que sur la dorure. Molière revenait de la campagne ; il donna TamnAne à un pauvre , qui , un instrât aprés^, fit atiAler le carrosse et lui dit : a Monsieur f vous n'avez pas eu dessein de me donner une pièce d'or* — Où la vertu va-t-elle se nicher ? » s'écria Molière.
Les conditions basses où le commun des hommes se trouvent placés par la Providence, les fondions servilcs ou laborieuses qu'ils exercent dans la société y ne les dégradent point , et doivent , au contraire , les rendre
Îrédèux et estimables , quand ils s'en acquittent bien. lOuis Xlly lorsqu'il n'était encore que duc dTOrléans, apprit qu'un gentilhomme de sa maison avait maltraité un paysan. Il ordonna qu'on ne servît point de pain à ce ^gentilhomme , mais seulement de la viande. Ayant su qu'il en murmurait, il le lit appeler» et lui demanda quelle était la nourriture la plus nécessaire. L'officier lui répondit que c'était le pain, a Eh 1 pourquoi donc » reprit le prince avec sévérité , étes-vous assez peu rai-* soniiable pour maltiaiter ceux qui vous le mettent ù la main ? d
Mn préjugé encore bien commun , surtout parmi les femmes, et qui montre bien de la petitesse d'esprit , c'est de faire moins de cas d'une personne, parce qu'elle n'a pas la taille aussi belle ou la figure aussi avanta^ geuse qu'une autre. Le mérite , accompagné de ces qualilé>^ naturelles, ne prévient sans doufe que mieux en sa faveur; mais cesse- t-il d'être cstiniîible, parce qu'il en est dépourvu ? Loin d'y être toujours attaché , A'arrive*t-il pas même qu'il en soit séparé le plus souvent, comme si la nature , jalouse de ses dons, aimait i les partager?
' ie célèbre Pélisson était si difforme , qu'il abusait ,
disait madame de Sévigné, de la permission qu'ont les hommes d'être laids ; ce qui donna lien à une aventure assez plaisante. Une belle dame , qui ne le connaissait point , le prit par la main , un jour qu'il passait dans la rue» et le conduisit dans une maison voisine. Elle le |)résentaau mattre du lorâ» en lui disant : «Trait pour trait I comme cela. » feltc le quitta ensuite brusqueu)^nt;
DBS MOBURS. 13
et s'en alla. Pélisson , surpris et peut-être flatté de la
disUnclioii que la dame avait pai n la ire de lui , en demanda la cause au maître du logis. Celui-ci, après s'en être déféndu , lui avoua qu'il était peintre, (f J'ai , dit-il , entrepris pour cette dame la représentation do la tentation de J«-C. dans le désert. Nous contestions depuis une lieure sur la forme qu'it fallait donner au diable , et elle yient de me dire qu'elle souhaite que je vous prenne pour modèle. » Cependant cet hoiiiine si défiguré était un des plus beaux génies du siècle de Louis XiV.
Le diamant y tombé dans la boue y n'en est pas moins précieux, et lapoussiére que le vent élève jusqu'au ciel n'en est pas moins vile, a Ne louez pas un nomme pour salKinne mine, dit le Sage; et ne le méprisez point, parce que son extérieur n'a rien qui le relève. L'abeille est petite entre les insectes volans , et néanmoins son fruit l'emporte sur ce qu'il y a de plus doux*. ))
Un officier d'un mérite rare par ses vertus et par ses talens militaires , mais d'une figure petite et mal faite , ayant été nommé gouverneur du Canada , leslroquois lui envoyèrent des députés pour renouveler leur al- Hanceavec les Français. Arrives à Québec, ils furent introduits chez le gouverneur. Le chef de l'ambassade avait préparé un discours, dans lequel il employait tout c& que sa langue avait de plus riche et de plus pompeux pour faire l'éloge de la force du corps , de la hauteur de la taille , et de la bonne mine du général , qualités que ces sauvages estiment de préférence. Surpris de voir tout autre chose que ce qu'il avait imaginé, il sentit que sa harangue ne radi ait point au personnage. Sans ce oncerter : «Il faut que tu aies une grande ame , lui dit-il , puisque le grand roi de&Français t'envoie ici avec un si petit corps. j>
Le chancelier Bacon n'avait pas une idée aussi avantageuse de ces hoinines qui ne sont au-dessus des autres que par la grandeur de leur taille. Un ambassadeur de France auprès du roi d'Angleterre Jacques I**" , ayant montré, dans sa première audience, plus de vivacité et de légèreté que de jugement et d'esprit , le roi
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demanda afrés Taudience & Bacon cé qn'ii pensait de rambassadeor. Il répondit que c'était un homme grand etUen fait* « Ma»» reprit le <oi» queUe oirinion avez» TOUS de sa tête T Est-ce un homme qni wi capable de
bien remplir sa charge? — Sire^ répondit Bacon , les gens de grande taille ressemblent quelquefois aux maisons de quatre ou cinq étages » dont le plus bautappajptement est d'ordinaire le plus mal meublé. 9
Les petits vases renferment souvent Iça cho^QS les plus précieuses et (es plus estimables. Le prince de Cmdé . ayant demandé à un lieutenant-général quelqu'un nui pùt lui rendre un compte exact de la situation des ennemis, celui-ci lui amena un soldat de fort mauvaise mine. Le prince le rebuta et en demanda un autre. Le lieutenant-général m fit venir successivement deux do meilleure miqe qui furent acceptés » et s'aci|uit(èien( fort mal de leur commission* On eut recours au pre» mfcr 9 qui rendit un compte si exact , que le pnnce satisfait s'engagea de lui accorder la grâce qu'il désirerait. Le soldat lui demanda aussitôt son congé. Le prince étonné lui offrit de le faire capitaine, cr Monseigneur, lui répondit le soldat vous m'avez méprisé ne. ws plus le roi. n Le grand Condé , esclave de sa parole , satisfit à la demande du soldat » en témoignant à tout le monde le cha^n qu'il en avait.
Cette injuste prévention, qni fait estimer ou mépriser les personnes sur le témoignage si équivoque de la ligure, prononce aussi de même sur celui des bnbillemens : car c'est souvent l'habit qui décide de restime ou dii mépris , conque si la sottise ne se trouvait jamais soys un habillement ricbe et de grand prix , ou que le mérite lût incompatible avec un habit aussi simple et aussi modeste que lui. Les gens sensés n'accordent de la considération ;\ l'habit, que jusqu'à ce qu'ils aient connu la personne. C'est co que les Russes expriment ar ce beau proverbe ; « On reçoit l'homme selon l'hait qu'il porte , et on le reconduit selon l'esprit qu'il a montré» d Mais la plupart se laissent p^enir par l'extérieur ^ et jugent du mnd parla surface. IJn savant parut à la cour avec un habit qui n'annonçait pas Vo^ pnlence. Un jeune prince qui le vil dit avec mépris: a Qu'est-ce (|ue ce misérable qu'on laisse entrer?-*
m yoiiM; il
Prince ; lui répondît son sçige gonverneur , c'est u» liamiii0« A il lui ri^ppola dan» un autre moment tout c€i quo le nom à'homm renferme d'auguste« U lui fit TOit à «mUta éft titrai «^Veî méritiuit plui du conndtaiw tiM fiNi beivQOiip 4'«9ireft qui iont magnifiquement vêtus. Le» jeune prince avait de l'esprit. Il rougit do GO que l'orgueil lui avait fait dire. Il dt venir l'honnête . homme qu'il avait abord x^iixm d^ Yoir» et lui fit accueil gracieux.
Si fou véiécbit altentivema^t sur la réponse 4e «0 gooT^rnenr» o« en sentira btentdt W îoslesse et kié<t rité y poisqu'il bV a rien danA i'famime de plus grand que 8a qualité d homme. Nous n'approfondirons pasi ici cette question : nous dirons seulement (jue, puisque nous portons en notre àrae l'image de la Divinité , il y r une espèce da samlége à naus laépriser les uns («s autres. Mous nous deroiMi récipFoqttenient un respeek^ iairioiable ; et nous Do ponvons sans orima nom rafuser le même honneur qn'im porte tout ee qui repréfeisirte laBivinilé où les rois de la terre, puisque nous sommes tous la vive image de Dieu, et eprés lui lo£^ voi^ de la nature.
Si les jugemens d'estime on de l'esprit, qu'en pro* nonoe d'après l'habillement ou la figure , sont pretqne . toujonns aussi faux qu'injurieux, oeux qu'on porte des dxjffêreut peuples ne te sont pas mdas. Les satirts qu'on fait d'une nation , comma celles qu'on fait d'un se^e , ^nt touioiirs injustes , parce qu'elles attaquent nombre ip il ni de personnes à qui elles ne conviennent point. Ou sait la belle réponse d'un philosc^e Scythe à un Athénien qui lui reprochait sa palrio. a Je suis lui dit le philosophe, la gloii^e de mon pays , et tu es la honte du tien, j» Le sage ne se UiFra point à oelte prévention nationale; il estime lemérite , sous quelque climat (ju'il »oit né. Un aMil)assadeur de France, trop prévenu en faveur do sa nation , disait h un seigneur de ia grande Bretagne : a L'Anglais est bien estimable hors de son ile* — il a du moins sur vous, répliqua le lord y l'avantage de l'être quelque part. » La repartie était piquante , maisramhassadeur favait mérité.
Oo a long-temps attaché en France , avec beaucoup d'is^uâlice^ un sens odieu.\ au mot AlUmami* Le
l'bcolb
maréchal de Schoraberg , qui était de cette nation , avait un maltro-d' hôtel qui, voulant i^'excuser d'avoir mal réussi dans une commission ^ dit à son maître : c Je crois que ces gens-là m'ont pris pour un AU^nand. ~Ib avaient tort > répondit le maréchal avec beaucoup de flegme\ ils devaient vous prendre pour un sot. »
C'est quelquefois, parmi les gens élevés , une espèce de bel air, de paraître mépriser les femmes, et d'en dire beaucoup de mal ; comme si les vertus , les talens, les belles qualités de l'esprit et du cœur u'étaient pas de» deux sex^. C'est d'ailleurs nous dédionorer nous-* mêmes , puisque sans elles nous ne serioua point » et que nous leur sommes redevables de tant de soins et d'attentions, qu'on ne peut être qu'ingrat en les méprisant. Une dame entendant un jeune étourdi qui méprisait tout le sexe, dit aux personnes qui étaient avec : cr Ce jeune homme n'a-t-il point de mère ? » ^
Que dirons-nous de ceux qui ne parlent qu'avec mépris des personnes spécialement consacrées à Dieu t Ce n^est pas smlement indécence et irréligion , c^est n'avoir ni équité , ni justice. Il j a parmi les ecclésiastiques et les religieux des hommes d'un mérite rare, qui les élève bien au-dessus de la plupart de ceux qui les méprisent. L'abbé Albéroni , de curé, d'un village d'Italie^ étant devenu, comme nous l'avons dit, aumAnier du duc de Vendôme ^ mangeait à la table des gentflshommes de ce prince* Leur orgueil s'en crut humilié, et ils en murmurèrent. Le duc , qui en fut instruit, ordonna un soir qu'on lui préparât à souper dans la chambre , et qu'on mît deux couverts. Comme il ne soupait jamais 9 tous les ofhciers de l'armée qui venaient lui faire la cour, et tous ceux de la maison furent surpris de cette nouveauté. Ils le furent bien ibvantage, lorsque le maltre-dliôtei ayant servi, le duc de Vendôme dit à l'abbé Albéroni qui était présent, de sîe mettre à table, ce Quelques personnes , ajoutat-îl , font difficulté de manger avec mon aumônier ; pour moi , je m'en £&is honneur , à cause de son mérite personnel. »
On traite souvent les ecclésiastiques et les religieux » de gens inutiles ; et ceux qui leur, font ce reproche , sont quelquefois ceux-là mêmes à qui il conviendrait le
DBS' MOEURS. 17
mieiix. Un libertiii disait uu jour : « A quoi servent an monde tant de prêtres » tant de religienx et de religieuses? — A (pioi y servez-vous , lui répondit-on t
Ceux que vous regardez comme les plus inutiles , fout sur la terre ce que vous devriez y faire et ce que vous n y faites pas. Ils acquittent pour tous les hommes un devoir , que la plupart des gens du monde négligent on ne veulent pas remplir. Os sont ocenpés tous les jours à loner , ft remercier le souverain Maître de Tunivers ^ le suprême Dispensateur de tous les biens. Ils te prient pour la prospérité des royaumes, des villes et drs familles. Celte fonction peut-elle donc paraître vile et méprisable ? En vain aliéguerait-oa quelques désordres , quelques iuconvéniens ; quelle institution humaine n'a pas les siens? Quand la chose est bonne en elle-même^ et n'a que des abus en petit nombre ou faciles à corriger , ils peuvent servir de prétexte et non de raison pour mépriser ou abolir une chose utile *. w
Tel est le fonds inépuisable d'orgueil que nous avons , dans notre cœur , que rien n'est à l'abri de nos dédains; iniurieux. Les ordres mêmes de l'état les plus respectables, qui ne devraient s'accorder que de l'estime , se prodiguent }e mépris. La grande noblesse méprise la petite ; celle-ci méprise les nommes de robe et d'église , qui ont soin de lui rendre la pareille. Mais que gagnonsnous à nous mépriser les uns les autres? S'il est vrai que » dans un si étrange commerce , ce qu'on pense gagner d'un cdté on le perd de l'autre , ne vaudrait-it pas mieux renoncer à toute hauteur et à toute fierté , qui sied si peu aux feibles hommes , et convenir ensemble de se traiter tous avec une mutuelle bonté? Ce qui, avec l'avantage de n'être jamais mortifiés, nous en procurerait un bien plus grand encore, celui de ne mortifier personne. Ja fierté » le dédain , le rengorge^
* On peut voir dans le savant Catéchisme philosophique , de Fleilierae Reval> ou plutôt de rabbé Feller , plusieurs avantages réeîs que la société civile retire des maisons religieuses : avaulages qui, pesés dans la balance d*une raison impartiale t ont faltregre- 1er à des protestans mômes qu*on les ait ealiéienieDt abolies pumf eux. Un auteur anglais se plaint de la dépopulation en Angleterre, et il Fatlribue avec raison an libertinage , qui dévaste phiales états que le oélibol eodésiasiaque e| religieitt*
18 iUciOU ment , si l'on peut s'exprimer aÎBSÎ , «iQUi attiwnt font, le contraire de ce que nous cherchons, si c est à nous faire estimer. Roj^nrciez dans la société, dit La Bruyére^i qui sont ceux que tout le monde méprise ou déteste? ce sont ceux qm ont \» plu& de dédain, de hauteur ou de fierté pour les autres^
SI vous voulez vous y faire aimer, que votre commerce soit doux : ne faites point sentir votresupénonlé* L'esprit, les talons, le mérite, le rang et la fortune sont pour les autres un poids assez pesant , sans l'augmeater de celui de l'ostentation. Ces avantages, si vous 1^ possédez, vous feront assez d'envieux, sans que vous vous fassiez encore des ennemis , et le dédain ne manque jamais d'en attirer. On risque toujours beaucoup X uiortifîer lamour-propre des autres, comme on ne perd jamais rien à Tobligcr. L'humiliation marche souvent à la suite de l'orgueil : Tonu le divin l'a pro« noncé , et nous en voyons tous les jours raccomplisscment. Le monde rabaisse ceux quis'enflei>t\ Quiconque veut s'élever au-dessus des autres, ne trouvera que ce qu'il fuît. Maïs l'orgueil , cette aource féconde et malheureuse de nos mépris, est une de ses passions i dont on ne guérit que bien dillu ilement: la déraciner du cœur, c'est le triomphe de la religion.
Les plus excellens remèdes que la raison et la religion nous offrent contre la fierté méprisante que 1 orgueil . nous inspire, c'est de moins penser à nos bonnes qualités qu*à nos défauts, et plus à ce qui nous manque qu'i ce que nous possédons. Souvent nous n'estimons si peu les autres, que parce que nous nous estimons trop. Au lieu de ramoner notre attention sur ce que nous valons, portons-la sur lc$ bonnes quahtés des autres. Pourrionsnous encore iious prévaloir de quelque chose, si nous voulions Àdre réflexion que mille personnes valent mieux que nous.
Si ce sont des qualités naturelles qui vous inspirent tant de complaisance pour vous-même, et 'tant de mépris pour les autres , songez que ces avantages ne sont paaieprixde votr^ vertu ni Touvragede vos mains,
« Omnis qvi 9^ êxaliai h/ummaUtur» Lue 18^ SMf$r^ 9^
• ii)jlia deft présens de l'auteur de votre àire» ûeqoe nmis avoDS ne vieat pas de nous; et si nous l-aToi» ragu , pourquoi uous eo glorifier? pourquoi mépriser œnx qui oot été moins biou partagés que nous *f II est
souveiil plus dangereux d'avoir ces avaulagos , qu'il n'est honteux de ne les avoir pas , parce qu'il est facile d'en abuser; et l'on en rendra un compte si sévère à celui de qui ont les a reçus, qu'on doit plutôt en concevoir 4e la crainte que de la vanité*
Estrce rétendue de vos connaissances oulea lumières de votre esprit, qui vous rendent si fier et si méprisant à l'égard de ceux qui en ont , ou que vous croyez en avoir moins ([iie vous î M;ii> ètn» intalné de soi , dit La Bruyère , et cLrc lortement persuadé qu on a beaucoup d'esprit I est un accident qui n'arrive guère qu'à çeluii qpi n'en a p^oint , ou qui en a peu.
Cet esprit, d'aillenrs, qui devrait faire notre plus
Sande gloire > est souvent pour nous un sujet de consion par les préjugés , les entétemens , les opinions fausses dont il est rempli , par les absurdités et les extravagances dans lesquelles il se surprend lui-même, et qui lui échappent comme malgré lui. Un rien auipi peut le déranger ; et ce qui doit bien humilier notre orgueil > c'est que les plus grands esprits ont souvenleu des atteintes de folie, célébra Pascal , ce génie sublime, ce proioau nialbématicien , croyait toujours voir un aUînie i\ son côté planche, et y faisait mettre une chaise pQur ^ rassurer. iSos amis avaient beau lui dire qu'il n'y avait rien c\ craindre , que ce n'était que les alarmes d'aide imagination épuiséo par une étude abs*traite et métaphysique ; il convenait de tout cela avec eux , et un quart-d'heure après il se creusait de nouveau le précipice qui l'etTrayait. C'est louer moins qu'on ne croit, que de dire d'une personne qu'elle a beauroup d'esprit , si l'on ne peut ajouter qu elle en fait un bon usage. Cou^bien de gens qui» pour avoir trop d'esprit , n'ont pas le sens commun I A l'égard de nos connaissances dont neus tiMmt tant vanité, qu'est-ce que savent la plupart des hommes.
^ Qmd habeê quod non accepisti ? Si atf^m aiceepi$ti $ futtf aloriarii fuat^ nçn 0ce$pmiii U Cor, 4.
et oomment lè sa^t-ils f soo>?eiit d'âne manière si
trouble et si confuse, que ces prétendues eonnaissances De servent qu'à les jcfter dans l'erreur. Le nombre de leurs connaissances est bien petit, en comparaisoxi de la masse infinie de ce qu'il leur reste à savoir : encore ces connaissances sont-elles comme enseyelies dans un amas encore plus grand d'erreurs. Et cepen*dant on s'enfle de l'acquisition de ce ténébreux butin , comme s'il imjjoilait plus de savoir beaucoup que de bien savoir.
Je conviens qu'il y en a qui savent mieux, avec plus de clarté et de distinction , ce qui fiait les vrais savans ^ puisqu'une foule de coioaiaissances entassées ne fait pas
£lu8 un savant , qu'un tas de pierres rassemblée» au asard ne fait un bel édifice. Mais ceux mêmes qui savent le mieux, ne sont-ils pas les premiers à reconnaître combien les connaissances de l'homme sont bornées? Ils se trouvent en bien des matières environnés d'abîmes impénétrables y de ténèbres^ d'incertitudes; ils ne sauraient fiiire un pas sans trouver des difficultés. Au Keu d'apprendre ce qu'on ignorait, on ne parvient quelquefois , à force d'étude , qu'à désapprendre ce qu'on croyait savoir. Aussi n*y en a-t-il pas de plus Lumbles que ceux qui savent le plus. Les ignorans sont vains et hardis, parce qu'ils ne connaissent point leur ignorance ; le savant ne peut se dissimuler la sienne à bien des égards , et il en est plus modeste. On disait un jour au savant Vossius , doot la vaste érudition brille dans tous ses ouvrages , qu'<m ne pensait pas qu'il y eût rien dans les lettres et danj les sciences qu'il Ignorât, cf Vous vous trompez fort , répondit-il , je ne sais pas le quart des choses que bien des jeunes gens croient savoir. j>
Jules Scaliger , moins savant et |dus vain , avait courtume de dire qu'il ignorait trois'cboses : d'où provient'^ l'intervalle qui se trouve dans la fièvre entre les accès ; comment on peut rappeler à la mémoire une chose qu'on a oubliée ; et la cause du flux et reflux de la mer. Eh I qu'il y avait de choses qu il ignorait > dont il ne se vantait pas I
Quand on jette de même un regard réfléchi sur les autres choses qui inspirent de la hauteur et de la fierté
I>£S tfOEUHi»* , âl
àn pins grand nombre des hommes , on ne saurait n'en
être pas étonné* N'est-ce pas, par exemple, quelque chose de plus ridicule que tout ce qui nous fait rire , que la broderie et la dorure entrent dans h s raisons qu'on a de s estimer davantage, et qu'on soit en effet pour cela seul plus estimé delà plupart? qu'un homme richement vêtu veuille être moms contredit qu'un antre, et réellement le soit beaucoup moins ? qu'on prétende à la considération par des ohevanx plus fins,
Ear des équipages plus éiégans, par des livrées plus rillantes , par des ameublemens plus précieux , et qu'on l'obtienne? Telle est notre vanité, que nous estimerions peu les richesses , si elles ne nous fournissaient le plaisir d'avoir ce que les autres n'ont pas , et de l'emporter sur eux.
Cette vanité est si grande , que nous la mettons dans les choses mêmes qui, par leur première destination , devaient servir à couvrir notre nudité et notre honte. Une personne trop recherchée dans ses habinemcns , ét qui fait trop d'attention à ses habits ou à ceux des autres , donne lieu de soupçonner qu'elle ne connaît pas de plus grand mérite ^ et qu'elle-même n'en a point d'autre» Si elle en devient plus fière et plus méprisante, ^ la chose n'( st plus douteuse. Les vêtemens magnifiques, en donnant aux petits génies, comme il arrive ordinairement, de la hauteur , de la fierté, du dédain , un certain ton de sufiisance et d'amour-propre > ôtent an caractère et à l'esprit ce qu'ils ajoutent au corps et X la figure. Si cela est, ne peut«<m pas dire qu'ils font perdre plus qu'ils ne donnent , et qu'ils rendent souvent plus dïç^ne de mépris que d'estime?
On doit penser de même des autres choses extérieures, qui ont coutume d'inspirer de la fierté, et qui pourtant n'ajoutent pas le plus petit poids au mérite. Telles sont les richesses. Quoiqu'elles n'aient rien de méprisable» elles n'ont rien aussi de glorieux en elles^ mêmes. Souvent , si l'on voulait remonter à la source ou examiner l'usage qu'on en fait , on trouverait qu'elles sont plutôt un sujet de honte que de vanité. Mais le riche, qui n'a garde d'approfondir la chose, reçoit les respects extérieurs dont on encense sa vanité, comme un tribut qu'on rend à son excellence. Si les
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richftsses u'augmentent point son mérite, elles augmentent ropinion qu'il en a. II ne manque pas de s'agrandir de ce que les autres lui accordent , tandis qu'ils ne s'enrichissent guère dé ce qu'il leur donne. Delà naissent eétte hauteur , cette fier(6 » ce ton dédal* • gneux et méprisnnt, si ordinaire aux nouveaux rîclieS; mais ils n'ont pas loujours des flatteurs pour leur applaudir, et ils ont souvent la moilification de voir leur orgueil huoiilio et confondu. Unanciea philosophe ayant été invité avec quelquiis savans , par un affranchi devenu riche et orgitetHeux , cet homme nouveau ^ pour so moquer des questions que les philosophes agitent souvent entre eux, lui demanda : a D*où vient
Î|ue d'une fève noire et d'une blan( lie, il sort une a ri ne de même couleur. )> Le philosophe indigné , pour lui rappeler sa première condition , dont le fouet était le châtiment ordinaire, le pria de lui dire auparavant! « d'où vient que deux fouets^ Tun de lanières blanches . et l'autre de noires , font les mêmes marques sur le
dos de celui qu'on cliàtie. »
Le ( lievalierde Cailli , dans une de ses épigrammes, dit aussi fort bien contre un de ces nouveaux riches fiers et dédaigneux :
Parce qu'uH rort|BT»nd bien ê^esi venu joindre au vôtre A jioiaeà nos discours répondez-vous un mol. ^ Quand on esl plus riche qu uu autre , A-t on droit d en élre jàns sot?
Sî vous èies riche et heureux , que votre félicité et votre abondance ne vous donnent point de rorgneii et de la fierté , mais plutôt de la bonté et de la compassion. Les misérables que vous voyez, dit l'auteur des conseils de la sagesse ^ sont une image affreuse mais naturelle de coque vous seriez, s'il plaisait à la Providence divine de vous abandonner, si elle cessait, comme elle pourrait le faire, de rép^.ndre sur vous ses bénédictions et de vous combler de biens. Vous seriez ce Qu'ils sont, si Dieu n'avait eu pour vous des soins et des bontés particulières. Qui peut même se flatter de ne pas devenir malheureux ? et qui oserait se croire inébranlable dans la prospérité ? Celui qui ne craindrait point les revers de lu fortune , mériterait d'en serviï dexemple*
Mais eraiment peut-oi^ m laisser Met an5t ébtotiis-
semens de Torgueil , quand on réfléchit bérieuscmcnt ^m' la fragilité de ces biens fugitifs?
Rien n est plus voisin de la pauvreté ffno los cjrandes richesses. 11 taul mille degrés pour monter au temple . de la forlune, il n'^n feiH qu'un pour en deâeendre. Une prospérité qui paraissail inébranlable» est renversée on moins de iemp^ qu'on n'est à le dire. Les plus obs« cures nuits succèdent aux plus beaux jours, et l'orage fond quelquefois dans le moment que le ciel élait le plus calme. Aussi le Sage nous recommande- t-îl de pw^eràla pauvreté dans le temps de rabpndanee , parce que dâ mâtin au soir le temps change. <K TS^i tout cela dife-il , arrive en na moment sous les yeux de Bien »
Entendez mllerie^
QuitQiJB chose qn^on yons^dneen ba^nant , ndroos
en offensez pas aisénient. Entendre raillerie est la plus 6Ùre marque d'un bon esprit. Il n'y a que les petits génies qui se choquent de tout; il n'y a guère que ceux qui sont méprisables , qui craignent d'être méprisés.
Ne ressemblez pas surtout à ées caractères pointilleiUL^oui s'imaginent toujours que c'est contre eux ^ii'on dirige tous les traits qu'on lance , ou qui se piquent des plaisanteries les phis innocentes. Il n'est jamais permis de badiner avec eux : tout les offense , tout est pour eux entouré d'épines ; ils se sentent piqués de tout ce qui les touche le plua légèrement. Les politesses même les plus honnêtes , mais un peu libres et familières , choquent ces esprits ombrageux : ils y trouvent un certain je ne sais quoi qui les blesse. Vous les voyez soudainen\ent hors d'eux-mêmes , entrer en des fougues terribles, parce que vous av< z laissé échapper la plus légère raillerie , ou parce (jue leur imagination blessée a vu aans vos yeux quelqu'un de ces regards
^ Et hœç Qmnia cUata in oçuiU JDau £cdi^ XB*. -
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éqtlivo^ed ifalls n'enteodent pas. Ib sé pétâtiadeni que Yous ayez voula les offenser , et ils s'ofTensent.
Quoique vous n'ayez nullement pensé à les insulter ou à leur faire de la peine , ils se croient attaqués, et iJs vous attaquent comme des furieux. Tel était Cyrano de Bergerac y auteur duPédantjoué. Le nez de Cyrano, qui était tout défiguré , lui a fait tuer plus de dix
Îersonnes : il ne pouvait souffrir qu'on le regardât xement , et il faisait aussitôt mettre Tépée i là main. Si Ton badine de votre ligure , riez*en le premier. Le secret d'empêcher la raillerie est de la prévenir , et le moyen le plus efficace de l'arrêter est de la bien
1)rendre. C'est ôter à ceux qui veulent lire de noua 6 plus délicat du plaisir, que d'en rire nous^m^es , * comme faisait M« Heidegger. II était né dans un village de la Suisse. 11 vint à Londres chercher fortune » et il
garvintà être directeur des jeux de la nation. Il avait eaue4)up d'esprit et de vivacité , mais encore plus de laideur. La difforniité de son \'is,n^e était affreuse, et la na^ture lui avait donné de plus une rotondité excès* fiive, eequi le rendait monstrueux ; mais il était le premier à en plaisanter. Ilfit même un jour une gageure singulière contre lord Chesterfield : il paria qu'on ne trouverait point dans tout Londres un visasse aussi hideux que le sien. Lord Cliesleriield, après de pénibles ir( herches , découvrit enfin une vieille d'une laideur horrible. Cette vieille et M* Heidegger se présentèrent devant les juges du pari^ qui, au premier aspect , décidèrent que la vieille était la plus^ laide , et que lord Chesteifield avait gagné. M. Heidegger appela de ce jugement, alléguant que, pour qu'il y eût droit écfal , la vieille et lui devaient paraître sous le même ajustement. Il se para de sa coiffure, et sous cette nouvelle forme il parut si épouvantable aux; juges, qu'ils furent obligés de lui adjuger le pari.
Il ne convient qu'aux gens sans esprit ou sans édu- • * cation , de se ficher contre celui qui raille , ou de lui répondre par d^s injures. Ce n'est pas qu'il faille se moquer comme un sot, ou paraître insensible aux traits les plus piquans ; mais on doit riposter à propos , . et tâcher de faire tomber sur ceux qui nous badinent, te traits qu'ils décochent sur nous. Un courtisan^,
grâûd dissipateur, voulant se moquer de M. de Lort , médecin du cardinal de Richelieu , le pria de lui dire qu'elle maladie il pouvait avoir^ et pourquoi ne sentant aucune douleur, buvant bien, mangeant bien ,
dormant tout de même, ses excrémens étaient toujours verts? <( Il ne faut pas s'étonner de cela, répondit le médecin ; c'est que vous avez mangé tout votre bien eu herbe. »
Quelques chevaliers de Malte parlaient un jour sur le danger dont ils semblaient être menacés par les Tura> qu'on disait venir fondre sur eux avec cent mille hommes. L'un de ces chevaliers se nommait Samson, mais il était de fort petite taille. Quelqu'un de la compagnie dît en riant : a Messieurs , quelle raison y a-t-il de s'alarmer? N'avons-nous pas un Samson parmi nous? Il suffira seul pour détruire toute l'armée des Turcs* » Ce discours excita une grande risée , mais le gentilhomme changea bientôt les rieurs par sa réponse, c Vous avez raison, mousieur, lui répliqua-t-il aussitôt; mais pour faire ce que vous dites , il me faudrait une de vos mâchoires, et alors je ferais des miracles, d
Quoique la répartie ne soit guâre permise à l'égard de ceux qui sont au-dessus de nous , le respect dù au rang n'en met pas toujours à couvert. Le badinage , qui ploceen quelque sorte l'agresseur et l'offensé de niveau» attire quelquefois aux grands mêmes des réponses d'autant plus mortifiantes qu'ils s'y atténdaientmoins. François I*"" fut, comme on sait, vaincu et lait prisonnier par les impériaux , à la bataille de Pavie. Quelque ' temps après être sorti de sa prison de Madrid , il demanda par plainsanterie y à une dame fort laide, depuis quand elle était revenue du pays de Beauté, cr J'en revins, sire , répondit-elle , le même jour que votre majesté revint de Pavie. »