L*£COL
Fujrçf lef lies fjiite el pé49M*
]£|BS libertiiis scandalisent^ les fats enWÎf^T^ti les pédans assomment. Mais il pourrait vous arriver eucore quehjne chose de pire , ce serait de parvenir à leur ressembler en les fréquentant. Comme ces trois espèces d'bommes font un peuple fort grand , et que leur société est très-contagieuse , il est à proi^os d'e,i[itrcr dans quelques détails, pour les faire mieux CQnpaltre , et pour en inspirer plus d'éloigueroent* L*emp|oi s^g€i et du philosophe est d'observer les hommes , non pour rire de leur folies ou y)()iir eu pleurer mais jpQWr apprendre à ne pas les imiter.
Uétude de l'homme, qui est sans doute une des plus belles et des plus utiles , ne doit pas éire faite par pure curiosité > et oien moins par maligaité. U faut observer les hommes , pour dévenir meilleur , et pour aider les autres à l'être. Cest-là T objet important de la mqrale, et ce qui élève cette science au-dessus de toutes les autres. Jeune lionimo , qui aimez h vous former et à TOUS instruire 4 venez donc continuer à les observer alyeç moi , et apprenez à connaître ici ceux, qu'il vous importe le plus d'éviter et de fuir.
' te$ lihertinf. Le danger le plus commun et le plus inévitable , auquel vous serez exposé daus le monde » c'est le mauvais exemple et les liaisons dangereuse». Il n'est rien de plus éloquent que l'exemple. On balance quelques momens ; mais bientôt on dit ce qu'on entend dire, on fait ce qu'on voit faire , on marche à grands pas dans les routes larges et battues de l'iniquité , et
* On sait que Bémocrite riait continuellement des folies des hommes , etqu'Héracltteplearoit sans cesse sur leurs extravagances. Si tous deux avaient raison pour le fond , tous deux étaient Toix de porter la chose à Texcés. On demande quolquofois loqiipl (^(nii le plus fou ; je crois que c'était le second , parce que c'éiaiule fou le plus malheureux»
souv^^nt même on se fait tme fausse gloire de snrprî?;ser en libertinage ceux qu on avait d'abord eus en itAft^^ir* Saint Clément d'Alexandrie et £u0èbe <te Gésaréf^ rapportent que Tap^tre saint Jean , fiiisant TÎaîle de$ Eglises d'Asie , y trouva un jeune homme qui lui plat ; il l'iustFuisit , et le recommanda particitlièrement à révoque de la ville. Cet évêque lui promit d'en avoir beaucoup de soinj, et il le fit au commencement. Mais, ayant laissé dans la suite trop de liberté k son élève p il fui corrompu par des jeunes gens de son âge, qpi ne pensaient qn*k se divertir » et qui le portèrent iasmsî* mènent à se rendre complice a? ec eux des plus grands crimes. Il fit plus encere : s'étant mie à leur lété , il forma une troupe de voleurs; et comme il était d'un i^aturel vif et ardent , il devint le plus violent et le plus cruel de iom. Onelque femp<; après, saint Jean étant revenu dans la même ville , redemanda à l'évèque le dépôt qu'il lui avait confié» Celui-ci lui Mena en rou»
Eissant que le jeune homme était devenu un. fhef de rigandd, et qu'il s'était emparé d^Une montagne , oft îl se tenait avec une troupe de gens semblables à lui. Le saint apôtre , pénétré de douleur, après avoir fait de justes reproches h révêque, monte sur un cheval , et court au lieu qu'on lui avait indiqué. Les sentinelles des voleurs se 'saisirent de lui. « C'est pour cela , leur diMI , oue je suis venu : qu'on me conduise à votre capitaine. » Gelui<d ayant aperçu et reconnu ^on ancien maître, la honte l'oblijîea de s'enfuir. Saint Jean le poursuivit à la bride abattue, malgré la faiblesse de spn grand âge , et criait après lui : or Mon fils , pourquoi me fuyez-vous? pourquoi fuyez-vous votre pére^ et un homme vieux et sans armes ? Ne craignez peint , il y a encore espérance pour votre salut, ail eèî nécessaire , je souffrirai trés-volontiers la mort pour vous, comme J.-C. l'a soufferte pour nous tous : demeurez , croyez-moi. » Le jeune homme , touché de ces paroles, ^'arrêta tenant les yeux baissés en terre : il rompit ensuite ses armes; et voyant que le saint vieillani
, et pleura «•a3sa , le naipena , et ne k quitta point qu'il ne l'eût entièrement
fdài rentrer dans le chemin de la vertu , que ses €Oin* pagnoDS de débauche lui avaient fait abandonner.
^ On peut dire des mauvaises sociétés ce que l'Ecriture dit des mauvais entretiens : elles corrompent les bonnes
mœurs, ciliés détruisent le plus beau naturel , les plus heureuses inclinations *. Combien de fois n'a-t-on pas vu les fruits précieux d'une longue et sage éducation , détruits en peu de temps par le souffle empoisonné des compagnies dangereuses I C'est ce qui arriva à ce jeune homme de qualité » dont parle le célèbre chanceliec Oerson, Il avait été long-temps un modèle dMnnocence et de piété ; mais s'étaiit inalheurcusemeiU lié avec un libertin , les discours et les exemples de cet ami corrompu Finfectérent bientôt, et le pervertirent entièrement. Il se livra , comme lui, aux plus grands désordres. Atteint d'une maladie mortelle » le souvenir de ses crimes le jeta dans le désespoir. « Malheur à eelui qyi m'a séduit ! dit-il au prêtre qui l'exhortait : mes crimes sont trop grands , pour que je puisse en opérer le pardon. Je vois l'enfer ouvert pour me recevoir, En prononçant ces dèrnières et terribles paroles, il expira
Parens qui avez delà vertu , et qui voulez conserver à vos enfans celle que vous avez tAché de leur inspirer, vous ne sauriez trop les prémunir contre les funestes effets que produisent les mauvais exemples. Le jeune hômme, agité tout à la fois par la fièvre qui le dévore , et tenté par les exemples ( orrupfenrs que le monde offre à ses yeux, aura bien de la peine à se soutenir, si vous ne raffermissez. Fortifiez-le donc ; armez-le de • bonne heure des plus sages conseils; revenez i la chaiye A mesure que le péril augmente ; ne vous lassez pas de travailler, jusqu'à ce que le caractère soit tout-à-fiiit formé. Faites-lui surtout bien connaître ceux dont il 'doit le plus éviter la compagnie ; et dites-lui , avec co zèle que doit vous donner votre tendresse , et ce ton persuasif qui est celui de Tamour : 0 mon fils I j'ai
* Corrumjnmt mores honos collonuia pravn. i, Cor. 15.
** On peut voir ce fait plus détaillé , dans Y Ami des enfans. Cst ouvrage , <^crit avec une élégante simplicité , e^^t rcnipli d'cxcel Itfies leçons données à la prennére jeunesse par un vcrilable ami»
travaillé sans relâche jusqu'à présent à jeter dans votre flme les précieuses semences de toutes les vertus « et À les faire éclore. Je sens mon amour croître avec vos^ heureuses inclinations. Hais, plus je vous aime, plus
{"c tremble pour vous , que vous ne veuiez à former des iaisons suspectes et dangereuses. Vous désirez savoir
Juellessont celles dont vous devez principalement vous éfendre. Ce souhait 9 qui est pour moi d'un si heureux augure , je me hâte de le satisfaire.
^ Évitez surtout ces affronteurs de profession , qui vivent aux dépens du public , qui ne sont iamaissi contons d'eux-mêmes , que quand ils ont trouve quelque nouveau moyen de tromper l'ouvrier et le inarchaira , de bien manger et de bien boire , et de ne rien payer ; d'emprunter et de ne point rendre » de duper la bonne foi des simples » et d'escroquer Fargent des enfans de famille.
Evitez encore tous ces jeunes gens gâtés , sans mérite
et sans talens, dont les débauches les plus infâmes sont les plaisirs les plus délicats; qui se disputent la gloire des excès, et qui se font un jeu de déshonorer les familles , de séduire les femmes et de les décrier.
jËvitez avec une égale horreur tous ces vieux libertins , qui , déjà un pied dans h» tombeau , se plaisent à insinuer à la jeunesse leurs sentimens pervers, comme pour perpétuer après eux leur libertinage , le soustraire au tombeau où ils vont être engloutis, et lui donner une affreuse immortalité. Kélas ! verrait-on, mon fils, dans les jeunes ^em tant de corruption , s'il ne se trouvait die ces détestables corrupteurs, qui leur ouvrent malheureusement les yeux sur ce qu'ils devraient tou*
f innocence , pour les jeter dans ceux de la volupté ?
Si vous faites jamais société avec eux , vous êtes perdu, et peut-être poui toujours, Gomnie ce jeune bomme , dont je ne puis jamais me rappeler Tbistoire sans frémir. Il menait la vie la plus régulière et la plus innocente. Un misérable libertin Tentraina dans un lieu de débauche, et le précipita dans le crime. Au sortir de-là les remords Tassi^ent, la fièvre le saisit, le» transports lui montent au cerveau , et il meurt le même jour, sans avoir le temps de se repentir et de pleurer
jours ignorer , et les arrachent
ioti crime* Sou corrupiour erut le Toir une bmt «Il mHieti d%ft ftamtties , èt l'isntenéns M nproehar èbl
O itMfti fihl «i lis litoFtim tout «Tîtëit à venir avec
eux, ^ouvenet-vous de ce terrible exemple; refusez fermement, et résistez avec coiirage A leurs indij^nes Sollicitations. Si Uii malheureux moment vous livre en lëiii* îcbini^â|$nie> et veus jetti; au milieu d'eux ^ati^ b savoir^ appelez protttitleibeiit à TOire iemm (Mtiaèi«8 l(3roDft éé Vbrtki que WtsÈ hréi reeu^s ^ et fturUflèz-tous Méfm fes ^Irsatits , par te souvehir de toure rhurreur ijtiè mérita le vice, et du mépris profond que s'attfro un dêbauchi^. Fuyez le pIiUôl qu'il vous sera possible , et fuyez loin. L'hôpital à trehte ans , et à ia mort llilipénitdiiee : c'est tout ce qjEÀ reste du cMimMre(g dés Kbei*tiuît.
Enfin , mon fils, ajoutera ce père vertaeuicet diHI-
tteh , vous avez des mœurs et de la religion , craignez la société de i^eux qui peuvent vous les faire perdre. Le libt'i linnge de l'esprit marche à la suite du libertinage (lu cœur, et il est encore plus contagieux et plus funeste. Etoutez-en la preuve dans le trait que je Vois Tobs rtebbtel*; Gregorio. Léti , auteur de plusieurs his-* loltén lètthHUeé » aràit ftlt , d&us sa prèmière jeunesse , ses éludes à Gosence, chez les jésuites. H fut appelé à Roîhf^par un oncle qui voulait le faire ecclésiastique ; niais il refusa d'enlrerdans s(\s vues, li l evint à MilaU, sa p*(itrie> et y demeura deux ans. Ce fut-là qu'abandonhé à lui-méitie , il perdit bientôt , par la compagnie Ai'!^ itàjpk^ qu'il frëqUi^îità -, les pHucijpes de religion qbS'l avàlt r«çu«. Qiîfeh)tie Vémp» après il le tHit & vbyiiljcr, et passant pat- Aquapertdertte , dont sOn oncle étîut devenu évéqué, i! allà le Voir. Couime il tenait d( s jirôposfnrl Hbt-es sur la religion , ce prélat lui dif : a Dieu veuille , mon heveu , ijue vous ne deveniez pas quelqu)!^ jour uil grànd bérélique ; mais , pour moi , je ne veut plus Tbus ilVoir dabs iria lnéison. » Ce quo thignait ce sage prélat, né nkâhquà pas tl'airfVëh Ll^ti îklla à Genève, y fit connaissaticè avéfc un ediTinistl» libertin , et acheva de se perdre par ses conversations. Il fit profrssîoh publique de la rrlif^iou prolestantr» ,
resta calviniste toute Sa tie^ se déâbouora par des
DES AtOfeUÀS. iHt
VMBè^ eôfitrè Tés priiicè& ; Vécut > 4tlôîc|il^ àV6c desr tatMm, dèMtàé dè Mèk» dé ptofèfctiôtô^ A mMtat pr^^ïie ëobiteméàt à AttsïéYdam.
Mais, qa'ai-jo besoin, idou fîls, de vous rapporte^ des exemples aaciens , tandis que vous en avez de ûi tristes sous les yeux , dans ce siècle malheureux d*impiété? L'irréii^on marche aujourd'hui la téle lovée , et oolispf f« ouvertement con tre Dieu. Décorant sa fausse sagesse du nom dé philosophie , elle â formé Thofrible Isompiot de renverser les autels , de déraciner la foi , de corrompre l'innocence, et d'étouffer dans les Ames tout seatimentde vertu. Résolue de porter à la religion les coups les plus funestes, elle exhorle, par mille discours téméraires et par une multitude d'écrits scaù^ daleux , à briser scâs liens » à secouer son joug. Nos Jifétendus sa^es voient avec ooitoplaisahce la jeunesse l^urir en foule à leurs leçons , et hoire avec avidité le poison de l'erreur dans les coupes perfides qu'ils lui présentent. Ils ne comprennent pas qu'ils ne sont que les exécuteurs d<*. la vengeance divine, qui se sert d'eux dans la profondeur de ses desseins , pour perdre ceux
3ui méritent de périr par l'abus qu'ils font des grâces e Dieu. Leurs succès rapides les enhardissent à produiré tous les jours de nouveaux blasphèmes. Mais âtteïidon^ les inomens du Seigneur : il viendra dans sa colère Souffler rofttre cet amas pompeux d'iniquités, et il le réduira en poussière* Craignez, mon Ois, d'être enveloppé dans leur ruine : fuyez -les avec la même horreur qu'on fui la vûe du serpent prêt à lancer son vénin. Puisqu'ils veulént se corronipreet vouâ cièritonipre avec eux, fendez la presse, retirez-vous à Técart, ou allez respirer un air plus pur dans la compagnie des gens de bîpn.
Car, ne vous y trompez pas, mon fils, presque tous les impies sont des libertins publics ou cachés. Une expérience journalière» bien honteuse pour le pàrti de rinâpiété , ne nous apprend-elle ças que tes doutes ^ par rapport à la religion , ne surviennent dans Tesprit que quand les passions sont devenues les maîtresses du cœur? On n'entre dans les voies de l'irréligion, qu'aprés avoir abandonné celles de l'innocence. Pour un
bomme peut-éire irréprochable dans ses mcBurs , que
8» l'soou
rîiw^réduleproduira de son cùté,oiî lui opposera en mille, livrés aux excès de la plus honteuse licence , et qui sont comptés parmi ses héros. Aussi » une personne qui en avait vu b<îaucoup et qui ie$ connaissait bien » assurait^ile qu'elle n'avait point connu d'homme plus scandaleux dans sa façon de vivre et de penser , qu'nn impie de profession. En faut-il davantage , mon fils , pour les avoir en liorreur , les fuir et les détester ?
Ainsi parlera un père sage et vertueux ; et no don ton» pas que de tciics leçons , soutenues de toute la force de son exemple, ne fassent de profonde» impressiona sur un fils bien né et dodie.
Le$ fats. Le fat y on le petit-mattre , est l'espèce d'homme la plus vaine et la plus méprisable qui végète sur la surface de la terre. Un écrivain moderne* a fait du fat une peinture bien ressemblante. Nous allons en rapporter les traits les phis saillans et les plus propres à faire Dentir lout le^ridicule de ce caractère. Combien de jeunes sots mal élevés pourront s'y reconnaître I
Un fiit est un homme dont la vanité seule forme le caractère y qui n'agit que par ostentation, et qui, voulant s'élever au-dessus des autres, fait lout ce qu'il faut pour être méprisé de tous. Familier avec ses supérieurs, important avec ses <^aux, impertioent avec ses inférieurs y il tutoie» il protège» il méprise. Vous le saluez » et il ne vous voit pas ; vous lui parlez , et il ne vous écoute pas ; vous parlez à un autre» et il voua interrompt. Il lorgne^ il persiffle au milieu de la compagnie la plus res{)ectable et de la conversation la plus sérieuse. Soit qu'on le soulfre, soit qu'on le chasse, il en tire également avantage. II offre une place dans sa voiture» et il laisse prendre la moins commode. 11 n'a aucune connaissance» cependant il donne des avis aux savans et aux artistes. Il parle à Toreille de ses gens. Il part : vous croyez qu'il vole à un rendez- vous , il va souper chez lui. Il se lait rendre mystérieusement en public des billets vrais ou supposés. Il fait un long calcul de
*H. de Mahîs, dans le Dictionnaire encyclopédique ^ ouvrage nlus pernfeieiix qu'utile» auquel on pourrait appliquer ce vers de jWarlial :
$iM»r fn^^dap^ M^dioerte » êuM mfUa intiflo.
ses revenus; 11 n'a que soixante mille livres de rente , il ne peut paff Tivrc. Il consulte la mode pour ses traTer» oemme pour ses habits , pour ses indispositions comme ponr ses voitures , pour son médecin comme pour son' tailleur. 11 n'ose avouer un parent pauvre el peu connu; il se glorifie de l'amitié d'un grand, à qui il n'a jamais parlé, ou qui ne lui a jamais répondu. Pour peu qu'il fût fripon , il serait eu tout le contraste de l'homme de mérite; en un mot , c'est un homme d'esprit pour le^ sots qui l'admirent , c'est un sot pour les gens sensés qui le méprisent. .
Ajoutons encore à ce portrait quelques couleurs et quelques nuances , afin de rendre la ressemblance plus entière et plus sensible. La passion favorite du petitmaître est de se distinguer par la bizarrerie de ses goûts , par la vanité de ses habillemens : il lui fànt des folies changeantes, des idées toutes neuves, des plaisirs tout frais. C'est un courtisan des dames , un agréable , et en même temps un philosophe , un esprit fort ; et tandis qu'il se raille de la religion , des prêtres et des moines, il pirouette sur un pied ou se regarde dans toutes les glaces.
Le fat est enchanté de lui-même : aussi aime-t-ii à se montrer. Il croit plaire à tout le monde , et être admiré de ceux mêmes quisemoqnent delui. Quoiqu'on n'aperçoive en lui rien de grand que l'opinion qu'il a de lui-même, il est tout rempli de son prétendu mérite, et croit que personne ne le vaut. Il a la plus haute idée de ses talens , et il est le plus content du monde de sa personne. Un fat , qui ressemblait à celui dont nous venons de parler , mena un jour chez une dame de considération le jeune marquis do Tierceville , dont la physionomie peu spirituelle n'annonçait pas autant d'esprit qu'il en avait. Il dit en entrant : (( Madame , je vous présente M. le marquis de Tierceville, qui n*est pas aussi sot qu'il le paraît. — C'est , madame , reprit aussitôt le jeune marquis ^ la difTérence qu'il y a entra monsieur et moi. »
Le fat est entre Timpertinent et le sol ; il n'a^ ni l'insolence du premier, ni la bêtise du second; mais , comme tous les deux , il choque \ il rebute , il déf^oftter
Îhi Bot n'a p9â mai iïtnpih |>9ui «Ue Iki i ijp iàt u é péi
asaex de jifegement pour être homme hm qui a ^iM0iq[ite esprit ^ en abuse v et ne mit |nmi s'eftiervir à propos. 11 Bti affebtf dam aes exprielsibas comme mm fseê ttidMiTes-. Un jeniia fttdiiait mmint M. de Mmtalv
que Turenne était un joli homme, a Et moi, lui dit-il je vous trouve un joli sot de piitler ainsi d'un si grani homme, n
Le Dit qai a peu d'esfrit s'en console, ea mépmam ceux ^tA en ont : c'est at^ dédemmagemtDt iiu'oa na doit |M Itti eavier« Un fiit de cette espèce sb pa%naft dans une compagnie , de la grande déffente^o'il était
obligé de faire j>our nourrir dix clievaux. a Au lieu d'avoir tant de chevaux dans votre écurie , lui disait-on, que né réservez-vous une partie de votre revenu , pour vous procurer la compagnie des j^ns d'esprit? » Le fat^ qui ne sentait pas le bon conseil qu'on lui donnait ^ répondit : « Bfes cheysax ma traînent > mais les gani d'esprlt.«i — Les gens d'espHt > lui repartit aUssHèt quelqu'un, vous porteront sur leurs épaules. »
Un philosophe angtais rapporte un Irait qui montre bien ce que les gens de la plus basse condition pensent eux-mêmes de l'espèce d'hommes dont nous parlonsv 11 dit que , rêvaM un jour dans uae des pronlenades publiques dé liMdreâ^ an laqaais Vint le distrairé de ses nSflo^ions profondes, il portait dans ses bras un petit chien , qu'il posa doucement sur l'herbe , précisément devant notre philosophe. Il l'invitait à marcher; mai^ l'animai capricieux, trop gras d'ailleurs > trop indolent, était imird aux prières et d^eurait iMkebalëinment étendu sur le gazon. « Donnez-lui un coup dé fIM » hii dit le plrilosophe , û tous suivra > ja^ vous le garantis. — »- le le crois , monsieur, répondit le laquais; mais si j'avais Faudace de frapper César, je serais iiifaiilibleinenl chassé ; il est le favori de ma maîtresse. — Votre maîtresse n'est pas mariée, je suppose ? — Elle Test depuis dia ans. — A-t-elIe des eafansf ËHe tt'^ À que sept. — Et ce vit aaimal est son favori ! je ne lui suppose pas méma une Ame sapérieure â celle de son chien. Une telle condition peut-elle vous plaire? — Monsieur, la Providi nce m'a mi^dans la nécessifn de servir ; je remplis ma destinée^
et je suis toujours content de i'etnploi que me donnent
DBS ÎIOBUBS. A
mes maîtres. Pavoue qu'il nesl pas agréable d'être lii conducteur d'ua chien ; ma précédenie condition étaij cependant pire encore, je servais un fat : il n'y avaij pas de tourmens que ses caprices et ses hauteurs ridk eûtes ne me fisseal endurer ; j'étais dans la dure néceft sité de me soumettre k tout* Viens , Tiens *ici , mon pauvre César ; ya , je dois Tavouer , \\ vaut encore mieux te garder que de servir mon premier maître. » Il se baissa y prit ranimai , et, bourdonnant un air^ il continua de promener César.
<( La philosophie de cet homme , ajoute Tauteur , valait mieux que la mienne* 11 est Quelquefois iiéces^ saire de comparer son étal avec un état plus malheureux ; c^est le moyen d'être toujours content. Mais savoir s'accommodera uaecoudition servile, à une condition aussi humiliante que celle de conduire un chien , ou d'obéir à un fat » en vérité , c'est reftbrt de la sagesse. ji>
Qu'il nous soit permis d'ajouter aussi une réflexion que nous fait naître l'hisloire que nous venons de rapporter. S'occuper uniquement des animaux , comme font aujourd'hui tant de personnes , les caresser tout le jour, avoir pour eux des soins, des attentions qu'on n'aurait peut-être pas pour des hommes, est-ce là être homme soi-même? Leur prodiguer des friandises, des douceurs qui seraient bien plus nécessaires à de pauvres malades^ est-ce avoir de Thumanité et de la Religion ?
Les femmes surtout ont un faible extrême pour les petits animaux qu'elles ont pris en amitié. C'est une vraie petitesse , qui !)e leur fait pas beaucoup d'honneur dans i esprit des gens sensés; mais combien sont-elles encore plus inexcusables , lorsqu'elles se portent à de ridicules excès d'affliction ou à de violons transports de colère . si elles viennent à les perdre ! L'envie de les guérir , s'il est possible , de cette double folie , qui n'est pas moins déshonorante pour leur sexe que la fatuité de nos petites maîtresses , et qui souvent est aussi fâcheuse pour les autres ^ue pour elles-mêmes , nous engage à leur rapporter id un beau trait ^ bien digne de leur imitation en pareil cas.
La princesse d'Orange , qui vivait sur la fin du dèrnier siècle, avait un petit perroquet tout blanc aveë
UDO huppe et une queue couleur de fbu. Il ne faisait pas moins de plaisir à Tentendrequ'à le voir : aussi la princesse avait-«Ue pour lui un allachement inexprimable. Un jour que^ rentrant chez elle au retour d'une
partie de chasse y elle courait pourle revoir, elle trouva ses filles baignées depletjrs, qui se jetèrent à ses pieds. <t Où est mon perroquet? dit la princesse. — Ah t répondirent'Clles , sa cage s'est ouverte , et it s'est envole; nous n'avons jamais pu le retrouver, quelijues recherches me nous a^ons faites* d Les pleurs redoublaient pendant ce récit. Elles avaient sujet de tout craindre du caractère plein de feu de la princesse , et . de son attachement pour l'oiseau* Quel fut leur élonwcuieiit, Ioi*squ'eIle8 entendirent celle princesse leur dire avec bonté : <x Vous êtes bien folles de pleurer pour cet animal : il n'y en a point , quelque beau qu'il soit , qui mérite nos larmes. Il fSaïut se consoler de ce petit, malheur. Je vous ordonne de ne pas vous en chagriner plus que moi. Je ne vous en veux aucun mal , car sans doute ce n'est pas votre faute. — Non assurément , madame, s'écrièrent ces filles. — Hé bien ! repartit la princesse , ne pleurez donc pas. d Elle, passa ensuite dans son appartement d'où elle renvoya encore ordonner à ses filles de fte point s'aflliger de la perte du per<* roquet.
Jb!t les pédans. Nous entendons par pédant , un savant grossier, opiiilàtre, qui a plus d'usa<2:edes livres que du monde, et plus de lecture que de jugement. Le pédant aime à faire parade de sa science. Il l'étalé aux yeux des ignorans , et saisit toutes les occasions de la montrer. 11 débite gravement ses pensées ou plutôt celles des autres, car il ne pense guère ; il se contente de savoir ce que les autres ont pensé: c'est un mulet chargé du bagage d'autrui. Il cite sans cesse (|uelquo auteur ancien ou moderne. Il parle latin devant les femmes , et grec devant ceux qui ne savent que le latiu : il a raison , car il est souvent de son intérêt qu'on ne l'entende pas. Pétri d'orgueil et de vanité , it n'ouvre In bouche que pour contredire ; il ne respire t\w la dispute et la chicane ; il dit son sentiment d'un ton décisif ol inûgisiiai. il raisonne peu , quoiqui*
Liaiul laisoiiueur. 11 câli en un mot, tel que Bolleau h ttvp*iini i
BBS MOBUmi. 2P
Vn pédant enivfé de ia vaine science » . Tout hérissi^ de grec, tout bouffi d'amgance » Bt qui de mille auteurs retenus mot pour mot , nani sa téte entassés , D*a 80u?ent fait qu*un sot.
Un pédant de cette espèce disait un jour au poète Théophile : « Vous avez beaucoup d'esprit ; cV^t dommage que TOUS ne soyez pas savant. — Vous êtes fort savant y repartit Théophilo; c'est d(»nniageque vous
n'ayez pas d'esprit. »
Il ne faut pas s'étonner si lap^ science produit d'ordînnire beaucoup de vanité ; un érudît doit naturellement être plus vain qu'un homme d'esprit, de génie même. Le génie inventeur a une sphère d'assez peu d'étendue» L'esprit cpii produit f qui combine p est toujours mécontent de lui-même» et l'on sait ce beau yers de Despréau]^, si admiré de Molière :
Il plaîl à tout le monde cl ûe saurait se plaire.
Mais l'érudition est inépuisable , c est un pays immense; on y voit tous les jours augmenter ses richesses; et l'on TTtet sa gloire à jouir d'une science , louable sans doute à quelques égards , mais qui ne vaut pas toujours le teraps qu'on emploie à l'acquérir , et qui rend quelquefois ridicule par l'importance qu'on y attache.
Le comte de Gondomar , ambassadeur d'Espagne auprès de Jacques I*"", roi d'Angleterre, s'entretenait en latin avec ce prince, qui parlait fort correctement cette langue. Le monarque savant se mit à rire de quelques fautes que le comte faisait. L'ambassadeur , piqué, lui dit : <r Le latin que je parle estie latin d'un roi , et celui de votre majesté est le latin d'un pédant.»
C'c^t sans doute dans les collèges et parmi les précepteurs, qu'il est plus ordinaire de trouver lespédans dont nous parlons. Ils en portent quelquefois le nom , et il faut convenir qu'il y en a qui le méritent. Accoutumés à parler d'un ton magistral et absolu , ils pren* nent insensiblement et sans qu'ils s'en aperçoivent , un certain air de pédantîsme. Mais il faut avouer aussi
3ue la ped<iiiteVix) y est beaucoup pla^ iare àujoOrbui qa'àutrefois/l^aruji ceux qui sont charg'éj» A*i
t^ECOLE
l'emploi d*iii8tnike \h leanes^ ; oïl ëh Voit Payent qui réanissènt les luttiiéres de réspHt ët le goût des
bienséances, les connaissances littéraires et l'usage da jiioiide , la politesse et les talens : et leur exemple fait voir que ce n'est pas la science qui p^Atè Tesprit , mars lesprit ÛLUX eu tourné à la pédanterie qui gâte la stiehce.
La pMânterte éCAtt» séloli là «eiMtt[ti<d dé là Rdche^ foucault 9 un yioe de Tesprit eneore pltift dé la phv-
fession , il n*est pas ranr de tronvei* , tnêtne dans les personnes du Tnonde, des pédaus d'une autre espèce , et qui ne se dùutettt pt^iit-^Tré pas qu'ils le soient. Cé sont cent qui aiment à faire voir qu'ils savent et qu'ils oBt In > qni relèvent avec soin uUè eiténr d'hfstoii^ W de ffèograpfain échàppéé datil là «bntérèation , un mot mal prononcé , un terme pea euet , nhe èxptesMon impropre ou inusitée : comme ce grammairien pédant, qui osa reprendre ri^mpcrenr Tibère sur un mol que ce prince avait dit. Lu de ses courtisans ayant soutenu par flatlcrie que le mot de Tibère était latin : a L'empereur I répondit-il , peut bien donner le droit de citoyen aux hommes , mais non pas aux mois, »
lialherbe fit beâdeonp lAsieux dans une occasion à peu près semblable. Henri IV ayant dit un cuiller d'argent, tous ses courtisans se rep:ardèreut. 11 consulta Malherbe, et lui demanda si cuiller était masculin, cr Ce mot , répondit Malherbe , sera toujours féminin jusqu'à ce que votre majesté ait fait un édit qui ordonne, sous peine de la vie , qu'il devienne mascidin. j> Henri IV sourit ët sut bon gré au poète de ne lui avoir pas déguisé la vérilé.
Celui qui montre sa science mal à propos^ ne fait voir que sa vanité. On doit aimer la science , et travailler à en acquérir ; mais il ne faut pas chercher à en faire paradé. Ce défaut n^est peut-être pas maintenant béaiicoup à craindre > surtout par rapporté l'érudition profonde. On donne, au eoïitraire, dates un autre excès. C'est une esprce de mérite aujourd'hui que de faire peu de cas de l'érudition , et c'est même un uiérile que bien des p^ens se contentent d'avoir. Bepuis que de beaux esprits se sont plu à jeter un ridicule sur les savans et sur la science qu'ils traitent de pédanterie ,
ras )É(M0ris« âd
Qiï a cniint ubé dualiiicàliou si iniurfen^e ; et Ton se garde bien dé së donher là peine d acquérir de l'ériidition, nui éiéUrait en bulte ïctAt» des manvâîs irfaiMUft. Les hotanne^s pourvus it quelque esprit , miais
paresseux, onl saisi avec empressement cë prétexte ; et, pour excnser ou jnslUier leur ijj^norànce , ils n'ont pas maucpié dédire (jii'il valait mieux travailler à pir^lir Tesprit et à former le jugement, qu'à entasser dans sa mémoire ce que les auties ont dit et pensé ; comme si la meilleure terre pouvait produire long-tem]^ sans engrais , ou le feu le plus vif subsister sans alimens. Incapables de travailler à s'instruire, ou trop inappliqués pour le iaire, ils ont blâmé ou méprisé les sa vans qu'ils ne pouvaient imiter; car le moyeu le plus ordinaire de se consoler de son ignorance , est de mépriser ce qu'on ne sait pas.
Mais , malgré là cKtique aihére de ces censeurs igtiorans , les gens sensés feront toujours ras du savoir. CehH qui n(; sait rien peut-il être estimé? Il naît tous les jours des occasious où ramour-pn j re sonlTi e vivement de Tignorance ; on est honteux et comme déshonoré. La science orne l'esprit, étend les lumières , fournit à la conversation. Quelqu'un a fort bien dit que rtaomme sage doit employer la première partie de sa vie à sVbtfetenir avec les morts , fa ^cbnde avec les vivans, et la troisième avec lui-même. Quiconque néglif^e le commerce des morts, ne sera jamais agréable aux vivans.
Ce n'est pas qu'il faille s'enterrer dans son cabinet , ni ambitionner une vaste et profonde érudition. Trop d'étude rehd sombre et abstrait > trop dë retraite rbuiltô et engôurdit; Il faut savoir ; mais préVfttableiVienl à
tout, il faut savoir vivre. Choisissez un juste milieu entre l'ignorance et le profond savoir. Avez l'esprit plus orné que charj^é. Cultivez votre mémoire snns l'accabler. Étendez vos connaissances, mais surtout ne Irs prodigué^ point» et n'en faites jamais ostentation ; ménagez Tamour- propre des autres ^ et que votre sbience se montre comme malgré vous. Ne donnez pas dans le pédantisme d'un sa van tasse , mais encore moins dans Tesprit futile et lumanesque de nos petitsmaitres.
t'iCOLE
Imitez plutôt la louable modesiie de Platon , qui , reluunjaiU un jour de Sicile en Grèce , et passant par la ville d'Olympie pour en voir les jeux, s'y trouva lo^é avec des étrangers de distinction. Il mangea et demeura |>lusieur8 jours avec eux. Les jeux finis , ils aUërenI ensemble à AibAnes, où il les lo^ea. Ils le prièrent de les mener voir le grand Platon , disciple de Socrate. Il leur dit en âuuriaiilijue c'était lui-même.
Choisissez vos amis
SovF// , s'il se peut, aimé de tout le monde ; mais n'ayez qu'un certain nombre d'amis, et choisissez-les bien, l^impie, le jureur , le libertin : amis pernirieux. i.e joueur de profession , TiAtrigant : amis dangereux. L'homme vain , celui qui veut mire fortune à quelque prix que ce soit : amis faux. Le mauvais plaisant , celui qui veut seul avoir de Fesprit » le diseur de riens: amis ennuyeux. Le médisant , le satirique : amis u craindro. Le flatteur, le donneur de mauvais conseils: amis funestes. Le caractère fantasque et bizarre , celui
3ui se fâche aisément et <}ui s'offense sans sujet : amis ifficiles. L'humeur capricieuse , l'esprit dur, celui qui Yous fait trop acheter ses services : amis tyranniques » dont la haine serait ihoîns insupportable que Tamitté.
Ne comptez pas non plus beaucoup sur 1 amitié des gens flegmatiques : ils ont si peu de sentiment , qu'ils n'en ont guère que pour eux-mêmes. En fait d'amie , les gens vifs sont ceux qui valent lo mieux, parce qu'ils ont ordinairement le cœur bon. ^ Ne mettez pas au nombre de vos amis ces gens de bonne chère , que vous croyez avoir un gradd cœur, parce qu'ils ont un grand appétit^ et une vraie amitié parce qu'ils ont un vaste estomac. Ils vous feront les plus grandes protestations d'amitié , quand ils seront à table; ils vous promettront tout» quand ils se divertiront avec vous et à vos dépens : mais après cela • ils ne se spuviendront plus de rien. Les festins pour 1 brdinairO ne ler^eht A bôixftlt qu6 ttci flâtlêUM tl ÛÈà ibgraitfi
Un parasite de celte espèce disait beaucoup de^mal de la pei sonne même chez laquelle il venait de bien dîner, «r Attendez du moins ^ lui dit quelqu'un ^ que vous ayex fait la disgestion. »
Admettez encore moins dans votre amitié ceux qnl croient qn'aimer consiste à aider à rire efiiroitténient danii les débauches , et à faire le mal avec plus de hardiesse et d'insolence. Ce sont des meurtriers qui se servent de votre propre main pour vous porter la mort dans le cœur. De tels amis sont plus dangereux que des ennemis déclarés. Us excusent tout , applaudissent à tout» donnent des conseils pernicieux » portent à d'indignes excès. Que pourrait taire davantage un ennemi * qui voudrait se venger?
L'amitié, cette douce union des cœurs, ne peut être véritable et solide, que quand elle a pour fondement l'honneur et la vertu. La vertu qui attache , est une chaîne que rien ne peut rompre. Faites-vous donc une maxime inviolable de ne choisir pour amis que des gens de bien , car il n'y a point d'autres vrais amis , et* ces amis précieux ne sont que pour ceux qui leur ressemblent. Attachez-vous à l'homme droit et vrai, qui n'aime ni les déguisemens, m les détours de la finesse, incompatibles avec la sincérité et l'ouverture que demande l'amitié. Cherchez une humeur douce et facile , qui fait le plus grand agrément des liaisons; un caractère complaisant qui sympathise avec le vôtre ; car il n'y a que la conformité de caractère qui puisse rendre les unions durables : c'est la sympathie qui rapproche les cœurs, et qui resserre les liens de l'amitié. Si celui dont vous voulez faire votre ami joint à ces qualités un bon cœur, quand il aurait quelques petits défauts , ne balancez pas, le marché ne saurait manquer d'être excellent pour vous.
De queilie utilité n'est pas un bon amii La fortune peut nous élever assez pour nous affranchir d'une infinité de besoins; mais quelque pouvoir qu'elle ait, elle lie fera jamais qu'on puisse se passer d'un fidèle ami. Plus nous serons heureux , plus il nous sera nccessaifc, quand ce ne serait que pour nous donner de bons oonaeiis , pour nous dire la vérité , pour nous avertir de nos défauts. La fortuae , qui est aveugle , rend aveugles
42 l'école
fies fiivefis » et «omment nous corrigcrait-elie de nos vices ^ puisqu'elle eomiDence par nous ôter nos vertus ?
Dans im rang* supérieur, où l'on se croit tout permis, ifu/» ne se permettra-t-on poiul? dans qui lles lauli s impardoouâbies , daus quels vices désiionorans .ue Umibera-t-oii pas , si Ton n*a un ami fidèle , qui^ nous présraUnl le miroir de la vérité j nous la fasse pon-^ naître» nous éclaire^ nous soutienne par ses conseils ^ nous arrête sur le bord ou précipice oh nous allons nous jeter? Mais on ne sent jamais si bien la nécessité d'un tel ami, que lorsqu'on Ta perdu. Auguste le sentit et l'avoua. La fortuue , qui Tavait comblé de ses faveurs, j ajouta la plus précieuse de toutes, celle de • deiix bons el fidèles amis. Lorsqu'il ne les eut plus^ il connut aiors tout leur [)rix et le besoin qu'il en avait* Ayant fait une démarche inconsidérée» il ne tarda pas à voir sa faute et à ^ repentir de son indiscrétion : « Ce mallieiir , dit-il , ne me serait pas arrivé^ si Mécène ou Agrippa eût vécu* i»
Ayez dto&c des amis , cimcheznen ; ils sont une source d'agrémens et de bons conseib : mais encore ^ne fois, sacheis les distinguer et le» choisir. N'ambitionnez pas d'en avoir un «;i7uid nombre. Quoiqu'on ait dit qu'une femme, quelques eiilanS, moins de serviteurs, beaucoup d'amis, faisaient la félicité d'une maison , ne croyez pas la multitude d'amis nécessaire au bonheur de la vôtre. Celui qui ëppelle toutes sortes de personnes ses amis 9 n'en a pm&t-. Gontentex-vous d'en avoir deux ou trois d'un comitieree sâr , aisé et agréable , avec qui vous puissiez retirer tous les avantages , et goûter toutes les douceurs de 1 anutié. Bornez-vous même à un seul, si vous n'en trouvez qu'un sur lequel vous puissiez compter. Un seul bon ami vaut mieux que beauDoOp ^ateis équivoques. Il y en a tant de ceuKd , et les trris amik so&i si rares 1 Un jeune bomnae , à qui son pétré demandait d'oA il venait , ayant répondu qu'il venait de voir un de ses amis : « Vous en avez donc plusieurs? dit le père. Aii ! que vous êtes infiniment plus heureux que moi , puisqu'en soixante-dix années qu'il y a que je suis au monde , à peine ai-je pu en trouvor ub 1 » Ù est aussi difficile de trouver de véritables amis , qu'il l'est de trouver des personnes
Dfed illOKUBS. 43
iqui aimettl noS iitléi-ets autant et plus qùfe les leiirs , qiii nous fassent connaître^ et supporter volontiers tios défauts -y qui nous prévieuuent et nous secourent Ûélûs fous nos besoins.
On ne ttAlrlé tfme d'àinitié dans les sodétA , «khk lès tdit))iâgkltes , lehefe hi ^rànds et t^anbi le peuple. Ou fté volt ifu'elfe sur lés visages et sur les lèvres. Elle est parlôlU , excepté dàhs les cœurs. Ce que i'auteùr du Portrait de TAmitié lui fait dire» est très-Vrai :
Afon abord est civil ; j'ai la bouche riante
Et mes yeux ont mille doureurs :
Mais quoique je sois belle, agréable et cbarmaole.
Je régne sur bien peu de cœurs, n %st trftî qu^'ofa lAeiallle, et presque tous les hommes
Se TaHeot ê& suivre mes m.
cra^ j'çn conbais peu dabs le «îlcle o& mtm wmïhes ,
Doatkcœatr^adeàia voiit
PkRRAULT.
sont, 6h cïÉBt , la plupart des âmîs, tels que la^tm tf6» Voy^V^ atijourd'hUl, et qU'bn Ibs a vus dans presque tous les temps? Des amis passagers , qui ne le âont qu'en la riante saison , et qui disparaissent avec ies beaux jours de la fortune; semblables aux iiirondelles , qui viennent eh foule avec le prînterttps , et s'envbtettt quand i'bi vel^ approche :dës amis intéressés, reclilétchlént ëtctkltiveût vbtié amitié tandis qii'ellfe wur ë^^tiieota nécessaire, ét ^u! la négligent iors- ^'fh n'eh ont plus besoin , Ou qu'elle ne peut leur
Srocurer aucun avantage; semblables à ces aniniaux omestiques qui accourent pour recevoir leur nourriture^, iet i^e retirent aussitôt qu'ils l'ont prise : des nrxiîs fanfdréhs, qui vnas font mille offVeis de sétvfùés dàns |4daii léâ o& y/ùviÈ àûfezlmAû d'tetox • tèt î^uî ne TfiettVëàt ett ne vfeulent rien faire lorsqbe le temps est tttrrivë; ebmrtie ces arbres qu'on voitcbargés delleurs/ et qui nie donnent point de fruits : que dirai-je enfin ? Oes amis oigueilleux, qui se glorifient de vbtiré amitié tahdis qu'elle leur est bonorable, et q\ii éïk Irôttgfssènt votts Venez à décheoir , ou qué la fortuhe les élève nlimë^as de Vott$ ; séttiblablës à t^ëVànx fid^ et ^iperbfes , ^bi s'enorgueillissent sous le cavalier qui les inouïe , et s cnftiient lors^'il tombe.
l'écolb
Un homme alla voir un de ses amis , qui Tenait d'être
élevé à une grande dignité. Celui-ci , aveuglé par sa nouvelle fortune, méconnut son ami jusqu'au point de lui demander qui il était. L'ami indigné répondit au nouveau parvenu , qu'au lieu de complimens de félici* tation , il croyait devoir lui en fiiire de oondoléanee sur le malheur qu'il avait eu de perdre tout d'un ooup le jugement et la mémoire, puisqu'il ne reconnaissait passes meilleurs amis > et qu'il ne se connaissait pas lui-même.
<f Je connais, dit M. de Glaville, un maraud qui a fait fortune. Il me demandait , il y a quarante ans , rhonneur de ma protection ( et ma protection était assurément la plus petite chose du monde ] : dix ans
après il m'appela son ami : aujourd'hui il ne me salue pas. J'ai connu un autre homme pire que le premier , parce qu'il devait avoir l'âme plus belle. Il avait été m on intime ami; mais tout-à-coup il devint plus grand seifaneur qu'il ne l'avait espéré* A la première entrevue il ne se souvint plus de notre connaissance à laseoonde^ il en rou^t et l'oublia. »
Nous pourrions rapporter beaucoup de traits pareils; mais à ces exemples lro[i rommnns et toujours désbfv norans , opposons^n un autre ; et par l'amour de l'équité f autant que pour la consolation des ftmes sensibles aux charmes de l'amitié , faisons voir que , dans ce siècle même où Ton ne sacrifie guère que sur l'autel de la fortune, il s'est trouvé des cœurs nobles et généreux , qui se sont fait gloire de sacrifier à Tamitié pure ^ et constante. Clément XIV , n'étant encore que simple religieux , voyait souvent un peintre italien fort médiocre, n aimait son caractère et ses mœurs , et vivait avec lui dans la plus grand intimité. Elevé au cardinalat» il devint pour le pauvre artiste un grand seie^neur dont , suivant l'usage ordinaire, l'abord devait être fort difficile. Aussi le peintre n'osa-t-il pas aller chez le nouveau cardinal , ni lui demander sa protection* Son ami pensait bien différemment. Etonné de ne pas le voir paraître à ses audiences » le cardinal se rendit chez lui dans toute la pompe de sa dignité. L'artiste , surpris de cette visite inattendue, le fut bien plus encore, lorsqu'il vit son éroinence se jeter à son cou , le^
mm
presser dans M bras 9 et rassurer qu'elle n'avait ps
oublié leur ancienne amitié, or Venez donc me voir , lui dit affectueusement le carénai ; mon palais vous sera toujours ouvert, je serai toujours visible pour vous , et je ne cesserai jamais de vous aimer* d Lorsq<u'il fut élevé à ia chaire pontificale^ on présenta» selon la coutume , au niouveau souverain l'état de sa maison , sur lequel le cardinal-major avait placé Tun des plus fameux peintres d'Italie, cr J'approuve l'état, dit le feaiat-Père, à l'exceptiou de l'article du pciutre. Celui que vous me proposez est sans doute excellent : mais ma figure n'est point assez distinguée , pour que les portraits qu'il en ferait puissent ajouter à sa réputation: il est riche d'ailleurs , et peut bien se passer de moi. Je connais un peintre moins célèbre, beaucoup moins opulent, qui m'a toujours été ami, et que j'aime également ; je le prends pour mon premier peintre. ^
Imitez un si bel exemple ; et si jamais lafortune vous élève , fidèle au conseil du Sage , « conservez dana votre cœur le souvenir de votre and , et ne l'oubliez pas lorsque vous serez devenu riche *. » Sacrifiez tou- ' jours volontiers l'orgueil ou l'intérêt à la tendre amitié, et ne ressemblez jamais à aucun de ces faux amis dont nous venons de parier. Que ce soit le cœur seul qui vous attache à vos amis , saps aucun égard à leur bonne ou à leur mauvaise fortune. Quelque chose^ qui leur arrive , souvenez-vous que se déclarer Tami de cfuelqu'un , c'est s'en^rager à l'être dans tous les temps , dans toutes les ocrasions, dans toutes les situations de la vie. Aussi supérieure aux revers qu'inaccessible à l'envîo , la vraie amitié partage l'infortune comme la félicité : c'est même dans le malheur qu'elle se montre avec plus d'éclat. La prospérité donne des amis , l'adversité les éprouve, comriK^ le dit encore l auteur du Portrait^ que nous avops déjà cité :
On m'accuse saavent aimer trop à parattie
Où ToQ volt la prospérité.
Cependant il est vrai qQ*on ne peut me connaltiv
Qu'au milieu de Fadveisilé.
• Non ohïivi^caris amiri tut inaniitio tuo, et fwn immeinor $i» iUiuâ in opibuê iuû* £ccii. 37.
M t*£GOtfi
C'est cç que ce poète éprouva luî-même. Il avait étJi fait contrôleur-général des bâlimens par Golbert, qui l'honorait de sa eonfinnro et de son estime. Trop content de faire valoir ie%taiens et le mérite des autres , . de solliciter et d'obtenir des grâces pont eux , il bornait au seul établissement de letir fortune tout l'avantage de sa grande faveur. Elle finit avec la vie du ministre, et en perdant son protecteur, il perdit aussi son emploi. Il connut dans celte occasion , ce qui n'est que trop ordinaire, l'ingratitude de plusieurs faux anii$. Sa maison , si fréquentée auparavant ^ devint solitaire.
^ Quoique la £Mélité constante dans les malheurs et tes disgrâces soit bien rare , il s'en trouve néanmoins quelquefois des exemples ; et les fastes de l'amitié nous en ont coii.^crvc, qui méritent de servir de modèles* En voici deux qui nous ont le plus frappé:
Le philosophe Cailistène, ayant suivi Alexandre dans ses conquêtes , fut accusé de trahison auprès de ce prince , qui le fit mutiler, et 1^ condamna à être enfermé dans une cage de fer à la suite de l'armée. Lysimaque. l'nfi (les capitaines d'Alexandre, et TaTrii fidèle fie Caliislène, ne discontinua cependant point de venir le voir. Ce philosophe , après 1 avoir remercié de cette attei>tion courageuse, le pris^ au ifbm des dieux que ce ftt pour la dernière fois, a Laissez-moi , lui dit-îl , soutenir mesmalheurs, et n'ayez pas encore la cruauté d'y joindre les vôtres. — Je vous verrai tous les jouis, lui répondit Lysimaque:si le roi vous savait abandonné des gens vertueux , il n'aurait plus de remords, et commencerait à vous croire coupable. Oh I j espère qu'il n'aura pas le plaisir de voir que la crainte d'encoui îr sa disi^râce m ait fait abandonner un ami malheureux. »
Le deuxième trait que nous avons à rapporter ne fait pas moins d'honneur à l'amitié. Freind, preipier médecin de la reine d'Angleterre, s'était élevé avèc force dans le parlement contre le ministère. Cette conduite ayant indisposé la cour, on lui suscita des affaires, et il fut renfermé dans la tour de T.ondres. Environ six mois après, le ministre tomba malade. 11 envoya chercher le célèbre médecin Méad. Celui-ci , après s'être mis au &il de la maladie » dit M ministré <|u*il lui
DES HOEURg, 41
répondait de sa gnérisoii , maâê qu'il ne lui donnerait pas seulement uq verre d'eau f que Freiné» fou ani ,
ne f&t sorti de la lour. Le ministre , quelque» joun après, voyant sa maladie augmenter » fit supplier le roi d'acToj der la liberté à Freiiid. L'ordre expédin , le malade crut que jl^éad allait otHlemer ce qûcujft venait 4 son état; ^a|9 çe Qiédecii|^rsi$tadaiis sa résdution, jusqu'^ ce qup sw ami ft^t nodu à sa fiimiUe. Ce qui ayant été fait, Méad traita le ministre , et lui procura en peu de temps une guérisQH parfaite. Le soir mémo il porta à Fie iud environ cinq mille guinées^ qu'il ay^it r^us pquf Sf|$.^fH)f^^'^^» traitant les qiaiades 4j? 9QB afpl peiidant w <bKe»tiaB » et VoUigea <âb
recevoir i^ttpwoaip^l
Heureux ceux qui trouvât de tek amiiil Vous mériterez d'en avoir, si vous êtes vous-même ami fidèle et constant. Avez-vous fait un choix? Oue ce soit pour toute |a vie : you^ik)u^ en tcouverez misi^x. a Ne quittez pas un ancien aipi eue le nouveau ne lui sera pas semb|j3|l^le*. d Ce n'est pias que, s'il s'ofibe »• nouvelte ainitié à &ire , on doive toufeurs la rejetsp; il ^ en a qui peuvent être aussi utiles (in no^réables ^ mais n'abandonnez point pour cela l'aïuieiiue amitié, et préférez même toujours 1^ anciens amis aux nouveaux. Plus la passion de l'amour vieillit, plus elle est faible ; mfais l''aii)itié devient plm forte en vieillissant. £lle est aussi plus douce et plusagréable, comme ces vins vieux qui flattent plus délicieusement le goût.
Nechan^i^ez donc poiut : un ami nouveau ne vaudra jamais pour vous un ancit^n ami. Si la personne que vou$ aimef, depuis long-tfinps est moins parfaite ou THoîas honorable t elle vous est plus propre, et mieux fa^t^ ^ votre faumeur. Ce ne sont pas Iff noUnsse , l'esprit ou la-scicuee qui font les doureîirs de Tamilié, c'est la conformité du cœur et la svmpathie des inclinations. D'ailleurs, tout habit neuf inrommode qufïlqi^e teinp^ t et toute nouvelle connaissance ^éne : les reserves et les cérémonies sont longues ; il faut s'étudier et se bien connailre avant que de se Nvrer
* Ne derelinquas amisum ontiqmm i navu$ «mm non 9rit Sttntiii iZU. £€clL 9*.
48 l'bcolb
avec ocmfiaAce } et ce sont toujours de pi*andes affaire^ pour un homme saj^e et prudent, que des eommencemens d'amitié. £a un mot, souvenez-vous de ce qu'on a ditt que quiconque peut cesser d'aimer un premier ami , est indigne d*en avoir un second.
Ne rompez pas aisément avec vos amis. II n'y a point d'ami qui ne puisse manquer à notre égard , mais il n'y a guère de manquemens qu'on ne doive excuser. U £aut se passer Tun à l'autre bien^ des choses , sii'on veut que l'amitié subsiste. Lorsqu'on a ' donné la sienne à quelqu'un ^ on s'est obligé non-sadement à sentir ses peines ^ mais i souffrir ses fautes y et ce serait vouloir bien peu souffrir pour lui que de ne vouloir rien souffrir de lui. Un jour Henri IV, ce grand prince que nous aimons à citer, fut surpris d'une remontrance vive et hardie que lui fit Villeroi, un de ses secrétaires d'état. « Veotre-saint-gris 1 lui dit-il > parle-t-on ainsi à son maître? Villeroi , le voyant en colère, se retire avec respect. Le roi le suivit ; l'ayant atteint à la porte de son antichambre, il lui dît : cr Monsieur de Villeroi, if Mil faut pas que deux vieux amis se quittent pour si peu de chose. »
U n'y a que les manquemens trop atroces ou absolument opposés à l'amitié 9 <|ui permettent légitimement, de la rompre. L'homme qui reproche à son ami quelque déshonneur de sa famille , ou quelque service qu'il lui a rendu , qui lui témoigne du mépris et de la fierté , mérite de le perdre. Ou peut revoir encore son visage , mais on ne retrouvera jamais son cœur ni sa confiance, a Quand il vous serait échappé » dit rScclésiastique , k l'égard de votre ami , quelques paroles filcheuses ; ne craignez pas ; car vous pouvez encore vous remettre . bien ensemble, d
S'il est sage, il considérera qu'il est homme comme vous, et que nos passions nous surprennent quelquefois. Hais si vous lui dites des injures , si vous lui faites des reproches ^ si tous le traitez avec insolence , si vous d^uvrez les secrets qu'il vous avait confiés, si, lui^ * donnant au-dehors toutes les marques d'une amitié * sincère, vous le blessez en trahison; dans tous ces cas,,, votre ami s'enfuira loin de vous*.
* inhiê omnibuê effugiet amicut. Eccli. 22«
Ce qui doit surtout nous ûdre rompre nos liaisons , c'est lorsqu'eUes peuvent nous deyenir funestes ou dangereuses , lorsque la religion ou la conscience ne
permettent point de les continuer. On doit être boa ami , mais on doit èli e encore plus ami de la vertu. Un bomme à qui son ami avait refuse quelque service injuste, lui dit qu'il n'avait que faire de son amitié ^ puisqu'elle lui était inutile, a Ni moi de la vôtre » lui répondit-il , puisqu'on ne peut la conserver que par des injustices. » Ou sait aussi 1b beau mot d'un païeu. Un de ses amis le pressait de faire pour lui un faux serment. <r Je me fais un devoir, lui répondit-il , de servir mes amis ; mais non ^pas jusqu'à oÛenser les 4ieux »
Il peut arriver encore qu'un ami tombe dans des fautes ou fasse éclater des vices , dont la honte et l'infamie rejailliraient sur ceux qui continueraient à se déclarer ses amis. Alors il est de la pnuleucc et de la sagesse de rompre , ou plutôt de laisser mourir l'amitié, en cessant peu à peu de se voir. Car , autant qu'il est
Sssible , il faut éviter les éclats, et, comme disait ton f « il vaut mieux découdre que déchirer, b On doit du respect h l'ancienne amitié ; et s'il ^t permis à un honnête homme qui s'est trompé dans le choix de ses amis, de les abandonner, ce doit toujours être de telle sorte qu'ils se ressentent en toute occasion d'avoir été les amis d'un honnête homme*
Ne condamnez pas vos amis sans les entendre , ou sans vous être bien assuré qu'ils sont coupables. Quand il s'agit de se brouiller avec une personne qui Tîons est chère , on ne saurait trop s'écîaircîr ni < tre tro^ sùr. 11 £aut n'être ni £aicile à écouter , ni prompt à t^roire. Combien de faux rapports ont brouillé devrais amis I
Vous vous trouverez rarement dims le cas de ronypre^ f^i vous prenez pour règle , comme nous l'avons dit , de ne choisir que des amis vertueux et gens de bien ^ et si vous avez soin xle les éprouver avant que de vous lier avec eux. Me donnez jamais votre amitié, qu*apré4 vous être assuré qu'on en est digne , et ne vouf«
* Âmicut usque nd aras.
l'école • .
eniq^tm&t % iflëtffe àù libntbré dé vo« àm|â d^tix dont Youi» n'aurez pa$ connn aupararai^t ; S marques certaines , l'altàchement siticére et la fidélité. Il faut éprouver dans 1( ^ rommetlbcTriens àiï cbxhi^bvce : tî'est le faire trop tard , que d'atlcndre tju^oh soit ami. 11 faut mettre A TépirÊti^ë beiii i|u'ôii veut àîiriéf H ixiéna^ér ceulc tfu'ion aittîë*
Faites pour t'ainitifi ne qu'on doit Hiirè pOnt !ê ffi8riage. Ayez bcaueoup de prudence avant la liaison , et de ménagemens après. C'est parce qu'on y manqué, qu'on voit aussi peu de bonne amitié que de bons ma- Jriagcs. Prêtiez jéxxt, d'Argus pour cotinaître les défauts de la pertonne avëc laquelle Toiis votiJcz lië^ une étroite amitié ; mais la liaison faite , dévêtiez âven^ ^le, ou si vous ne pouvez vous dissimuler les défauts de votre ami , ne les remarquez que pour l'en avertir avec bonlé et pour les supporter. On ne pouf n'ii r îo*^ dans l'amitié, si l'on n'est pas disposé à souffrir quelquefois l'an derautre. En liant amitié avec dc^ homme^, il faut s'attendre àm débuts Ae l'faumafiitg , que fo |ilus vcrfuenx doit le plus excuser et pardcffmer. •
Vous ferez aussi très-sac^emeut , si vous voulez garder long-temps vos amis, d'être toujours poli avec eux. La familiarité que permet ramilié^ ne dispense jamais do la politeâ^ ; et la liberté permise entre amis , doit loujoors étt^ îit^mpagnèe d'égards, surtout en présence des autres. On a vu biëfl des amitiés rompues , ou du moins cdnsfdérablemf nt altérées, parce que , sous prélextc d'agir librement et sans façon , on en était venu insensiblement k agir avec impolitesse. Malherbe ayant élé invité par l'abbé Desportes, soil ami y à diner chez lui, arriva lorsqu'on était h table. Desportes se leva pour le recevoir , et lui dit qu'il allaîif lui chercher un exemplaire de la nouvelle édition de ses poésies, a Cela n'est pas nécessaire , lui répondit Malherbe, j'aime mieux voire potage. » Desportes, choqué de ce compliment , ne lui parla point durant tout le repas ; ils se quittèrent froidemetit , et ne sé Mvirentplus.
EnGn , si vous avez un bon ami que vous voûlièz conserver, observez de ne jouer avec lui que quand vous êtes assuré qu'il est très-beau joueur ; et plus avec
lui qu*avec tout antre , soyez fidèle à la maxime de ne joner jamnîî^ fpitj petit jeu. Le gros jefi donne îieu aux injures qui produisent les querelles et les divisions. L'amitié nctus plait^ mais l'itiliérêl ooOf domkie , et la oerte notre ai gent nous tonclie plus qpe Mie d^m' poi) apoi, ' ,
A Téîrard de Tamitié entre personnes de dîfï&rens sexes, si elle est quelquefois |>los ajîréabïè , die est aussi plus dangereuse > surtout pour les femmes. Plu^ sieurs d'elles i d'un excelletit eai^actère M de beascoup de mérite^ ont été pecdues par des horamea » msm le prétexte- de ratnitié» En supposant datis un honime la probité et Thonneur au plus haut degré , son amitié pour une femme lient de si pns à l'amour, que, si ^le a quelques charmes dans sa personne, eiio aura bientôt pour amant celui qu'elle ne voulait afohr que popr amK Ge qui fait dire à Pàyillon danrf èes Cetmeîls & Iris :
N'accouti^mez poinl votre cœjir, Sédail part là vertu dt Tobjct qiîi le téntè ,
A 8*attcn(trir par la douceur Mém d'utié amitié cfui peut être iAtifS^mft L*lunlDeur dan» ce commereo est fort itkt aiisuvé. • - Ne yons y laiwejs ^as surpriaiilfe*
Un ami si sage et si lendrc Éii hieû ]iM dangettelixt qa'nn aifaant déclaré»
Voyez d'iioanéles géniiu
Oy acquiert du mérite quand on fréquente ceux qui en ont. Youiez-vous devenir vertueux et liOÉiitfe de JOérite? altaehes-Tous à ceux i;ul lesont ^ ne le§ quittez point , entt*eten^-vmr9 are<i etfx le tAcfv ^vmt qti'il Toussera possible, fi\cz continuellement sur eiïx vos regards. C'est h l'aspect des c hefs-d'œuvre des Raphaël et dos Micîiol-Ange, que les jeunes peintres s'enflamment et redoublent leurs efforts. De méme^ en jeune homme, en contemplalit lea modâc» iflfim^ sodélé choisie offirira sans cesse & ses yeux , sentira son cœur
52 L^icOLB
S* échauffer d'une douce émulation^ et brûler du désir de les imilor.
Le €éièi>r«e de Yic^ vice^amiral et ami de Henri IV , lorsqu'il arriyait dans une ville , s'iuCormait toujours quels étaient les honiines les plus ïeeommandables ps» kur mérite , et allait aussitôt les voir. De quelque conditioo qu'ils fussent , illes amenait dîner ou souper avec lui.
On acquiert des mœurs avec les personnes qui en ont ; on prend des manières polies et gracieuses aver les gens aimables et bien élevés : on étend son esprit et ses connaissances avec les hommes spirituels et savons. François , qui fut en France le père et le reslaurateur des lettres, peut servir d*exemple pour ee dernier point. Il savait beaucoup , sans avoir presque jamais étudié , mais durant ses repas , à son lever , à sou coucher , et tout le temps q[ull ne donnait pas aux: affaires ou à la chasse ^ il entretenait deshomAies vraimont savans qui Tinstruisaîent.
Les i^norans ne nous apprennent rien , les gens de ronnvais f^oùl gâtent celui des autres , les diseurs d'équivoques et d'obscénités salissent l'imagination , les hommes grossiers abrutissent. Un père qui avait de la naissance et du bien , maïs qui ne connaissait pasasse^ le prix d'une honnête et noble éducation', avait toujfobrs tenu son fils à la campagne , où il n'avait vu que des paysans. Apres la mort du père, le fils épousa une de s(;s servantes^ et continua le honteux genre de vie qu'il avait mené jusqu'alors. Quand on lui en parlait : a Que voulez-vous? répondait41 ; c'est la faute de mon père qui ne m'a pas donné une meilleure éducation. Il ne m'a jamais fait voir aucune bonne compagnie. Les iioiuuHes gens ne pourraient me souffrir. Il faut bien que je voie ceux à qui je ressemble. »
Jeune homme qui avez des seutimras^ et qtii rougi«riez de suivre un pareil exemple , liez-vous de bonne heure avec les personnes polies ^ instruites , d'un esprit juste et d'un goût sûr. Introduisez-vous , et aimez aller dans ces uKiisons respeclabîes , où tout ce qu'on voit, tout ce qu'on niitend , ne respire que les bonnes mœurs , la politesse et la décence ; mais souvenez-voas que, pour y être admis ^ il faut avoir de la conduite
DBS M0BUR8* . 53
et de la sagesse , un maintien réservé et modeste qui prévienne , un esprit doux et orné qui serve de recommandation. Voyez les honnêtes gens ^ estimez-4es, et trarailiez à tous en faire estimer* Liez-Tous étroitement
avec eux : le profil est sur, et ces nœuds durent toujours. Bientôt vous sentirez les heureuses et fécondes influences qu'ils verseront sur vous. Leur commerce polira vos manières, augmentera vos connaissances , perfi^tionnera votre esprit et formera votre goût. Tout ce qui ne sera ni grand , ni beau , ni délicat , ni poli , ni honnête , vous paraîtra insipide, méprisable , odieux. OiH^Ie différence entre le commerce de ces iionunes «choisis, avec qui, pendaîit la plus longue vie, on trouve toujours à profiter , et celui des libertins , des grossiers, des gens sans mœurs, sans religion, sans politesse, avec qui il y a tou jours Jieaucoup à perdre I La société des premiers perfectionne et fait honneur , celle des autres conoîni^t et déshonore. « Celui qui fréquente les sages, dit Salouion , deviendra sage luimême, et Tami dés insensés deviendra semblable à eux *. ))
Faut-il toujours voir des personnes au-dessus de soi, comme oh le''dit onlinaiœment? Les gens d'une conl
dilion obscure suivent volontiers ce conseil qui fl-afte leur vanité ; ils s'iniaiî:in(MU , vn fréquentant les grands, en acquérir plus de considération et de grandeur, conime si un nain qui s'approche d'un géant, en paraissait plus grand. Mais pour suivre cette régie et la meUre en pratique avec succès, il faut un esprit bien fertile en ressources , un caractère complaisant, une humeur facile, des talens rares ; et Von doit certaioeinent y mettre des restriclions. Si ce sont des personnes d'im mérite reconnu et d'un commerce aisé, il y a beaucoup d'honneur et de profit à s'en faire estimer assez pour mériter de tes voir souvent. Si ce sont des nobles ou des riches, qui n'ont rién de grand que leur no^ou leurs richesses, il j a souvent plus à perdre qu'à gagner dans leur commerce. Celui qui n'est pas la dupe delà vaine gloire et qui pense sagement, préférera
* Qui cum sapientihus graditur , sapien$ erit ; amicu^ $tul^ forum similis efficieturf troy, i 3,
54 l'ècalb
toujours la douceur et l'agrément de vivre £amil^çj!f^^t avec les plus honnêtes 'sens d'eotire ses égaux ^ pénible hbnneur ée vivreavec àe^nands^ ilf^yt èssuyer les humeurs^ partager le^ ennuis ^ souffrir les
railleries , dévorer les dédains , et quelquefois servir les passions. Qu'en revient- il i^ouvcat?4es ypmprd^^ des regrets, des plaintes.
besoin ni de nrdiectiôii /ni de grâces^ peut (ïire C9]iin[(e tepoèté: " ' . » . ^ . . ^ .
{e nt vais point, des grands esdiivQS iistueux , •Qf faljguer 4^ moi ni me faljgnftr d^«iii.
Si vous êtes obligé de les voir, n'en approdiez ni
seigneur , on le ftitigue , on rimportune ; )é vô}r rarer ment, il oublie , il ne remarque plus. « Traite les grands conmie le feu, disait Diogène, et u'eu sois jamais qi trop éloigné , ni trop près, »
L'auteur de Tiieelésias tique , en nous donnant le ménie oonseil , nous avertit aussi de ne pas trop nous lier avec eux , de peur que nous n'ett soyons les dupes et les victimes. Une infinité, d'exemples ont confirme la vérité de ce que dit l'Kspritsaint.Tant que voussere;^: utile à un grand, il vous emploiera ; si vous avez du bien , il fera bonne chère avec vous , il vous épuisera ^ et à la fin il so moquera de vous , il vous'abandonnera . , et ne sera nullement touché de la triste situation ou vous vous serez mis pour lui *. »
Le commerce d'ailleurs avec les grands n'est pa^ toujours aussi honorable qu'on se l'imagine , et il est souvent pern^pieu:;^ pour les mœur$. 11 est plus aisé de ne point vivre ^vec la {dupart d^ grands que d'êtrç avéSc eux à sa place, saps se dé^der ou se côrrompre. Les plaisirs qu'on partage avec eux pè rfont-ils pas payés trop cher par la porte do sa vertu , ou du moins de sa liberté, le plus précieux do tous les biens, le plus doux, et le plus innocent de tous les plaisirs? On Vantait beaueou]^ le bonheur de Gallisthèné démanger
* Et ipso non lioUbU iuper H' ^cc}j. 15. .
BBS MOBDBS. ^
à la (able d'Alexandre. Diogène répondit : a C'e^t eu quoi je l*estime malheureux , puisqu'il est obligé do KUAiiger à rbeure et au goût d'ua autrç.
POO00oeoi»0O0OOoe09000O0O0e0<»OOOO0OOOO«OOeoeoo«OO0O00MM
Jaipai^ 9)6 parlez mal des pef^mies absentes.
^iRB du mal des absens , c'est une lâcheté : celui qui
parle mal de ceux qui, ne peuvent se défendre, ressemble à celui qui, les armes à la main , attaquerait un homme désarmé. Mais la médisance n'est pas seule-/ ment une lâcheté , c'est une indignité n^c bassesse. Si Ton y ajoute la calomnie , c'est un crime noir ; et de la médisance à la calomnie , il n'y a qu'un pas. Celui qui se permet Tune y joindra bientôt Tautre, Qn ajoute, on change presque sans le vouloir. Un fait, raconté par dix bouches médisantes, n'est plus le même. Tout médisant est donc presque toujours ua ' calomniateur, et tout calomniateur est fripon et un malhonnête homme.
Celui qui ôte l'honneur ou qui contribue à le faire perdre, est un meurtrier d'autant plus criminel, qu'il ôte injustement ce qui est à un honnête homme plus cher (jue 1;^ vi^. L'empereur Caracalla , qui avait fait mourir le^ médecins, parce qu'ils n'avaient pas abrégé la vie de $0n pépe , ayant tvié son frère Géta entre les bras de sa'n^ ère , sous de faux prétextes , voulut obliger ^Papinien, le plus célèbre jurisconsulte de son temps , à compo??er un discours pour excuser ce meurtre devant le sénat ou devant le peuple ; mais ce grand hommç lui réponflit : a grince, il est plus facile de commettra uii parricfde aùe de rexcuséir; et c'est un second par- * ricide d'ôjter 1 hpnneûr & un innocent après lui avoir 6f,é la vie. » L'empercuf ^F^té de sâ réponse, lui fit tpncher la téte.
C'est un <çrand malheur pour les gens de bien , ^^n^ les plus irréprochables , d'être exposés au^ traits
ç^yppj jn^l 4^ 1^ csdoiiuuç. Q^and elle répand 9on SA
56 l'école
et son |K>iflon , il n*j a rien qu'elle ne ternisse* Si elle ne peut détruire entièrement r estime et la réputation » elle l'affaiblit et en diminue Féclat. Elle est comme le feu , qui noircit ce qu'il ne peut brûler.
Les maux que cause la lani^ne médisante^ ou sont irréparables , ou ne sont presque jamais réparés. Un coup de langue est bien prompt, mais souvent les blessures en sont mortelles. On ne saurait être trop droonspect dan» une matière aussi délicate que oelle de la réputation et de l lioiineur. Les personnes qui en ont ^ crai<rnent de les faire perdre h ceux mêmes qui en sont le moins dignes , comme on le voit par le beau trait quenous allons rapporter. Alphonse , roi d'Arragon, alla chez un joaillier , avec plusieurs de ses courtisans, II fht à peine sorti de la boutique , que le marchand courut après lui , pour se plaindre qu'on lui avait volé un diamant de *;rand prix. Le roi rentra chez le marchand avec tpute sa suite , et se fit apporter un vase plein de m>n. Il ordonna que chacun de ses courtisans j mit la main fermée, et Ten retirât tout ouverte. Il commença le premier. La cérémonie fiiite , il iit vider le vase sur la table , et le diamant fut retrouvé. Le soin qu'eut ce prince de sauver l'honneur de celui qui avait commis le vol , et le moyen inofénieux qu'il employa , font Téloge de sa grandeur d àme et do sou esprit.
L'exemple de ce prince si attentif à no pas ôter l'honneur et la réputation ^ doit confondre bien de»
personnes qui sont si scrupuleuses sur ce point. On les voit d'un air satisfait déchirer la réputation des aulres, se plaire à nommer les personnes ou à les désigner de manière à ne pas s'y méprendre , se moquer des absens» les tourner en ridUcule , grossir leurs fautes , et publier partout les secrets vrais ou faux des familles : personne • ne peut échapper aux coups de leur langue. On accuse surtout les femmes d'avoir ce défaut, et d'être près- , que toutes médisantes. Ce n'est pourtant point par horreur du vice ; celles qui médisent le plus uc sont pas moins vicieuses que les autres : et si eUes n'avaient pas des défauts , elles ne prendraient pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres ; mais la curiosité les jporic à savoir tout ce qui se passe, et Von naima
BBS JtfOBfJAS*
guère à savoir que pour avoir le plaisir de l'apprendre à d'antres. La légèreté natareHe les empêche de faire
réflexion à leurs paroi t s , et elles ont inédit presque avaut de s'en apercevoir. L'oisireté et Tenvie de parler font chercher dans la médi^nce des sujets d'entretien: sans la -médisanpe combien de personnes n'anraient rien à dire t
Il y eo a aussi cpii ne parlent si volontiers des défants
des autres, que pour faire croire qu'ils ne les oui point ou qu'ils n'en ont pas de si grands ; mais ramonrpropre est souvent ici la dupe : car on ne manque guère de venger sur leurs défauts ceux qulls ont ccnsorés dans les autres. N'invitons pas la malignité à cherdier en nous de quoi nous humilier et nous confondre. II est bien difficile de ne pas lui donner prises par quelque endroit, et il n'y a guère d'occasions ofi l'on fit un mauvais marché de renoncer au bien qu'on dit de nous, à condition de n'en point dire de mal.
C'était donc nne fanfaronnade , ou une dé&ite do Pamour-propre, toujours ingénieux à se tromper , que la réponse de Boileau- Despréaux, Lorsqu'on lui représenta que, s'il s'altacUail à la satire, il se ferait des ennemis qui auraient toujours les ypux sur lui , et ne chercheraient qu'à le décrier : a lié bien I répondit-il ,
«serai honnête homme, et je ne les craindrai point, j» ais ign€yrait41 donc qu'il est bien difficile d'être toujours honnête homme dans le métier qu'il faisait ! Le meilleur poète satirique ne manque-t-il pas essentiellement à la probité , lorsqu'il outre les choses , et «me sans égard il immole ses contemporains à la rîsè(^ oe son siècle et de la postérité , comme on a reproché avec assez de justice à Despréaux de l'avoir fait? Aussi ce poète , qui s'est immortalisé par son Lutrin , son Art poétique et ses Epitres , anrait-il une gloire plus pure, s'il n'eut pas composé ses Satires.
Ce n'est pas qu'il ne soit quelquefois permis » qu'il ne soit utile même , de critiquer les mauvais auteurs , et de prendre en main la défense du bon goût contre ses ennemis , comme on peut démasquer Terreur , rh} j)(>erisie pernicieuse , et faire connaître les îrcns dangereux , afin qu'ils ne nuisent à jM*rsonne. Mais (est qu'un satirique ne reste presque jamais dans de justes
58 l'égojlb
barnes. La satire , d'aberd modérée ol légitime , devient bientôt outrép , piqiianlt>, i^ersounpik^ p^tiale. Sou^ prélex/s 4P y^M^f h «pûjt f Pû se vQpgp soi-s Vfièmfif 09 ^iifj^t^f^j^ re^sentimei^ e^t hainp, Bç^
mord , 00 déchire sam ménagement. Ofl n'épargnQ
plus , lofsi^u'uno fois ou se v.oit applaudi 4^ iSCfi yreniierg essais, et malheureusement la satire ingénieuse l'iest presque Jlcaij,o^rs, Jille plaît à notire m^^lignifé , qui aime ^rtp|it à v^ii: |a^n^ 4)1^ }ûdiculQ . i^^sf^
n*J a 4'ab9ifjiiefiicat gr^n4 * pi qifi ^ D*^ <an$ iBtPujr ; car on a boute d'^tifp/^ !i^nf ja ^i^ ceux dont on s'est moqué. C'est pour cela qu^ la réputation de Quinault a .encore aujourd'hui tant 4e p^ijno à se rétablir, ejt que pclle de Cotip n'a pu S0 fçlever. Qu'on ^ oéap|uoius rhis(pire 4fi i'acadéujj^ im^i^i^^ ^ 7»^^^ fm C^^WW f î« CpJtin , dont DpiQs r^oiplisseni ^ jmYf^r4 1^ béf^û^tk^^ de ce. cruel ej, trop ingénieux satirfquc , pié^pù^jimf. plusieurs .éjj^^;:^ ^ l'^fjflao puMi^uç ju*!! jeur ji fjut perdre.
Cassagne était assez pq^ poète et pré(^cateijirjestin)é. L'ode fpi*fl fit à la iouan^c4e l'acafiémie franç^i^^ |'y fit recevoir h^'èiffi .de viqgit-^pt ao)s; el )c poème ^u'm publia r^jinaée suivante, où i| rintroduit Henri IV donnant desiustructions à Louis ^IV, lui acquit Testirn^ (le Colbert. Il était sur le point de prêcher à Ja cour , lorsque Jîoileau payant piis son nom avec celui deCotii^ dans sa tr^is^pme satire, pp traijt pîquapt/,e fit fjdap^cér k la cbaiirp , et rinterrQiDi>ijt au ^sà^m 4^ fOujpBfi. Après avjoir fyii te» ^derniers efforts pour regagner Festime du public par sci^ ouvrages, il succomba ^ou^ le poids de 1 étude et du chagrin. Ses parcns, averti^ que sa tétese dérangeait , furent contraints de le mettre à Saiçt-Lazarç, où U mourut âi::é seulem^ent de 4^ anç. Triste effet de la satire , et qui devait bien rendre amer, pour l'aïuteur lui-mèove , plaisir qu'elle |)Quv^t d'ailleurs lui donner.
Quant à Tabbé Colin, peut-être il aurait eu le tran(iuille sort de tant d'autres écrivains qui ne valaient
Îas mieux (|ue lui, ou qui peut-être valaient moins. e^^a;i»tieur yjip.o& I^s lais^ jouir deja bopne opinipui
DES MOBCRS; 59
qu'ils ont d'eux-mômes, et après leur mort leur mé-* moire es| eQ^Yfllie leurs ceiulre» d^ns un même tombeati. fomï, Cptiç n'était pas si méprisfible que
Ja satire 1*^ voulu faire croire. Il sqvait les langues , était chéri dans le^ plu^ illustres compagnies où l'on ne faisait ^uère aceueil qu'au niérito , et prêcha seize carêmes dans 1^ meilleures fibaires de fiaris. Qu'on lise ce .qu'il a écrit : on Gonriendim aon^culement gu'il éïaû V3r$é dans la philosophie et dans la tliéologic, mais qye sa prose a quelque chose d^aisé , de naïf et de nohie , et que ses poésies môme ont de quoi plaire en |jieu des endroits aux personnes les plus délir.ites.
Boileau. Il avait offensé le premier , en psibliant à l'I^ôtel de l^mbouillet , que le duc de Uontaiisier était jimé dai^s le Misanthrope , et ee seigneur, qui le crut
^linsi, ep fit arrêter la représen talion. Il avait blâmé Bpileau de sou rroùt pour la satire, et il était intime ^mi de Gilles Boileau , brouillé alors avec le poète son cadet. Selon l'auteur des AneedQte$ Uuérair$i, ce fut )a fatale nécessité de la rime , qui attira sur l'abbé {lolin les traits du poète satirique. Celui-ci récitait à Furelière la satire du Repas , cl bc LfouvalL anèLé par j^n hémistiche qui lui manquait :
Si Ton est plus à Taise , assis en un IfeiUa , Qu*aia seinioos de Gatsagne
Vous voilà bien embarrassé » lui dit Furetiére , que
nV nietlez-vous l'abbé Colin 1 II ne fallut pas le dire deux fois. Quoi qu'il en soit, Molière et Boileau attaquèrent le malheureux Cot in delanianière que tout le monde sait ; et Cotin , accablé des traits perçans du satirique et de la scène de TrUsoUn , ne put ^en relever, n baissa tellement, q|ue sesparens agirent poui' qu'il fût mis en curatelle.
Boileau avait donc plus de raison qu'il ne pensait , de dire Iui-<^mème au commencement d'une de ses satires :
If ose 9 changeons i)e 8ty]e , et qoittons la satbe ; C*esl un méchant métier que celui de médite.
Ce qu'a ajoute n'est pas moins vrai :
A Vaiitcur qui ro.mhrassc il est toujoiir? fataL lie mal qa'on dit d'autrui ne produit que du malà
CO l'jbcolk
Cest ce qui est arrivé à uoe infinité de satiriques , et en particulier à Sotade , ancien poète grec. Ses , poésies étaient plcioes de roédisances et de salirez mordantes contre les personnes les plus r^pectabies. ^: i*tolémée-PLiladelphe , roi d'£gypte , contre lequel il avait osé écrire, le ht enfermer &m un coffre de plomb, et jeter dans la mer. ^
Si vous êtes jaloux de votre propre honneur et de Festimc des hommes , ne médisez point. Il y en a qui croient plaire ou briller par-îà , mais on les déteste et on les méprisa. Et qui le mérit(v mieux ? Car si c'est Tenvie ou la haine qui fait parler le médisant , comme il arrive presque toujours , quelle bassesse ! si c/eside sang-froid et sans intérêt qu'il tait , contre les personnes de qui il n'a reçu aucun mal , tout ce que l'emportement et la vengeance pourraient lui suggéser d<^ [)hjs cruel contre des ennemis déclarés , quel caractère noirl De queliine côté donc qu'on envisage le médisant , on ne peut que le mépriser et le hain
Le médisant ne plaît qn*k ceux qui ont beaucoup de malignité ou des raisons particulières : encore aimentils toujours plus la médisance que le médisant. Il leur apprend ce qu'il peut faire contre eux par ce qu'il fait contre les autres ; et qui est-ce qui n'a pas à craindre les traits d'une mauvaise langue ? On la hait donc au fond y de quelque caractère que l'on soit* Les gens malins, ennemis ou jaloux , neTécoutent que pour en nourrir leur malignité , leur haine ou leur envie; et ils la percent à son tour des mêmes traits dont elle a percé les autres. Les gens de bien qui réfléchissent sur rindignité de ces sortes de dist^ours , se bouchent lea <ireilleB pour n,e pas- les entendre : ils s'indignent contre celui qui leur apprend ce qu'ils ne voudraient pas WToir,
C'est ce que tout le monde doit faire ; car ce n'est
{Ï9S assez de ne point médire , on doit encore fermer 'oreille à la médisance. Celui qui l'écoute est presque aussi coupable ^ecdui qui la dit : il en est le crimindt eomplice. Aussi , le Sage nous recommande-t-il de ne point prêter l'oreille aux langues médisantes : «Faites» dit-il , coîTime une haie d'épines à l'entrée vos Gi'ciJles , ai n'éooulez pas lu méchante
0BS HOBITVS; 61
langue \ M Le plus sûr moyeu ae la faire taire estdone pas l'écouter. « Le vent d'aquilon dissipe la phiie, dit Salomon , et le visage triste fait taire la langae médisante. » Une personne voulant dire à une antre
quelque cho>e au désavantage du prochain, celle-ci lui fit ce compliment qui la surprit, et qui ne lui piut guère : a II y a déjà long-temps que je me suis mis en possession de n'entendre jamais parler mal de porsonne. Si vous avec quelle chose de bon à me mre de la personne en question , je Técouterai avec plaisir ; si non , je yous prie de me dispenser d'une audience qui me ferait peine. »
M. de Chanff iiii de Grandpre «=e trouva un jour dans une maison respectable, où un lieutenant de roi d'une ville de province ^ fort médisant, parlait très-désavantageusement de son gouverneur , avec qui il était brouillé. « Monsieur , lui dit M. de Grandpré , vous déchirez k tort une personne que j'estime et:à qui j'ai mille obligations ; vous me laites l'honneur d'avoir quelque bonté pour moi : si vous avez bien résolu de briller & ses dépens , vous m'obligerez beaucoup de ne pas m*en rendre le témoin. » Le lieutenant ae roi , confus et channé de la manière honnête de M. do Grandpré , )ui dit que, puisque le gouverneur était de ses amis , il changerait de ton et d'entretien , et qu'il y avait tant de plaisir A être dans son amitié, qu il lo priait de lui accorder cette grâce, a Je vous l'offre, lui répondit M. de Grandpré , mais à condition que les absens , pour qui je mintéresse , ne seront jamais impunément déchirés en ma présence. »
Ceux qui ont autorité , sont obligés de fermer la bouche au incdisant. a Ne perinett(v/pas , disait saiut Louis à son iiis , que personne ait la iiardiesse de prononcer devant vous aucune parole qui puisse porter qui que ce soit au péché , ni d'atta^er , par la médisance, la réputation des autres, soit qu'ils soient présens ou abseiis. » Louis XIV, qui avait toutes les qualités d'un n^rand roi, ne s'était pas seulement interdit la médisance, toujours indécente dans la bouche d'un
• Sepi aures tuas spinis , linguam nequam noli audire.
62 " LECOLB
5 rince , maig il la désarfi^ iQwpi'elle osait paraitré evapt lui. Un petijtpmaître , voulant jeter un lidicule
sur l'incapacité d'un jeune çeigneur , dit à ce prineè qu'on ferait un gros livre de ce que ce seigneur ne savait pas. f.e roi, prenant un air sévère, dit a ce
faiUe^f ; Efi'Pi» çft fw4> m É?rt 8^4(4? PS SH^vous §avez.
Si ypu^ ^Y^^ eptendu qnelque parple contre la réputation du procham /gardez-vous la r)&péier ; et ,
corome dit l'Esprit saint, faites-la inourir dans vousnaenie Le paal que nous apprenons des autres doit /ètfc GH^pvcJi cho0s nous , quand il n'^ a pas de pressante nécessité à le redire. Lorsqu'on disait. A la yertueuse fieina de Ff9QC^» éponçe de I^uis XV , quelque diose qui bles^it Ilibnneur du prochain , elle refusait d*a- Lord de le croire. La chose d«venait-cllc publique , ello excusait ou plaignait la personne, et n'en parlait plus.
On ne doit pas moins respecter la mémoire des morts que la réputation des vivans. On parlait en présence de
Siilord Bolingbroke , de ravarice dont le duc de Marioroug avajt é^é accusé , et Ton citait des traits sur lesquds on en appelait au témoignage de Bolinghroke, qui avait été l'ennemi déclaré du duc. a C'était un si grand homme, f épopdi ). JBoUngbrokt? , que j'ai oublié ^ vi/c^s. ^ '
^dinez prudemment les pcji'i>oaf^es présîjentcs.
}h /est si rare et si diHicile de rire des autres sans les choquer y qu'il vaudrait inieux s'en abstenir entière- ^ ment. L'amour-propre est si délicat , qu'il est presque impossible de ie toucher sans le blesser, à moins qu^>ii
ne Ip fasse avec beaucoup de léjréreté et de prudence. 11 faut que le badinage soit mêlé de tant d'égards et d'estime , que ia personne ^ui en e^i le sujet ^n soit inoins offensée que flattée.
• Audisti vcrbum açLversus projcimum tuum ? Commoriatur tn le. Lccli.
DES MOi-ias. 63
Od doit aussi bien examîspr ceux avec qui l'on l:)adiiio.* Les grossiers, les igoorans et les sots sont toujours prêts à 80 fâcher et à croire qu'on se ipoque d'eux ou
qu'on les méprise. Il ne faut jamais , dit La Bruyère , hasarder la plaisanterie, même la plus douce et la plus permjse , qu'avpc de§ gens poils ou qui ont de l'esprit. En généf^ j il fjfiut raremçpt badiner. Il est vrai que badiQi3ff6, quand il est juste^ léger et finement ren* Toyé , §sUp se] (lo la convcrsatiop , qui devient insipido et ennuyeuse, quand on n'y rit pas. Mais trop de €8 sel, dij l'auteur des Conseils de la Sagesse , est bien
Eis que point du tout ; et eu ce genre le trop n'est pas an du peu. }l faut bien de )a prudence pour se t^nir âans la inodjération, et pour ne point passer jusqu'à Texcé^: 41 f4,ut ^ieii du jugeaient pour ne rien dire de déplacé , et beaucoup drattention si;r ses parole» pour ne pas if^^i^ é.cljapjer le moindre mot qui puisse /îfess.er - ^ .
Ne vous j^élez donc pas de rire ni de jouer avec ies autres, si vous n'iHes extrémejàient sa^e / et' si vou^ n'avez l'art de le faire discrètement et avec grftce* Useg ^*uqe grande circonspection : observez soigilieusement
J'humeur, le temps, lo lieu et les occasions : ce qui est bien reçu aujourd'hui ne lésera pas demain. Assaisonnez le badiuage avec une louange : en mettant de son parti i'jiu^our-propre des aulrps, on est si^r de ne jatnaîi* déplaire, l^^i;^ c'e$.t-là précis|§ment ce qu'on ne fait pas. lue» t^adinagp^ les plus doux , les plus modérés , les plu^ innocens , dégénèrent presque toujours. Parmi les traits que fait partir une humeur enjouée, il y on a toujours quelques-uns de plus perçans qui pénètrent jusqu 'au cœu^*. XI ou .est de ces jeux d'esprit comme des j/sux de main^. ^ f / v.» ^ .
On gaçne spjuvent beaucoup à supprimer un bon mot, et Ton s expose toujours à en risquer un dangereux.
IVe faites jamais aucun badinage qui pîii^-.c (iéplaire ; et , quel qu'il soif , n'en faites pas souvent , de peur d'en contracter l'habitude. On dit quelquefois bien des f^Ui»G&, qu^d on veut f^j^e le rieur et lé j[^aisân(:
On cherche les riours , rt moi je les évite : Cel art veut sur loui auUe un guprcme mérite.
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l'école
Dieu T^o rréaque pour les sots Les mecbauâ diseurs de bons mois.
Celui qui aime à plaisanter ne sera pas lonfî;-tenips esh'mé ; et s'ily joîiil la raillerie, ( onitneil arrive ordiuairemeut y il se rendra méprisable et odieux. Le
Jdus mauvais de tous les caractères est celui de raileur. n se fait beaucoup d'eunemis^ et n'a aucun ami. Souvent même il change les meilleurs amis en ennemis irréconciliables. Un An^laî.s de beaucoup d'esprit , nommé Thomas Fuller, et de ces hommes qui auraient mieux aime perdre vingt amis qu'un bon mot, avait fait quelques vers i^ur une feuMne grondeuse. Le docteur GonsiuSy son bienfaiteur » les ajant entendu réciter » lui en demanda une copie, a Rien de plus juste, lui dit Fuller , puisque vous avez Torij^inal. » Le docteur fut d aillant plus piqué de répigrautmo , que sa femme ne passai! pas pour être douce. 11 cessa de protéger Fuller, et devint sou ennemi.
On pardonne, on rend quelquefois son amitié à ceux qui ont fait quelque injustice ou quelque affront; mais la raillerie est de toutes les injures celle qui se pardonne le moins, p.iiœ qu'elle est le langage le plus certain du mépris. Elle porte à Tau mur-propre le coup le plus sensible , parce qu'elle nous ôle la bonne opinion que nous avons de nous>mêmes , et qu'elle veut nous rendre ridicules aux yeux des autres et à nos propres yeux.
C'est une injure déguisée; et ce qui la rend encore plus humiliante , c'est qu'en même temps qu'elle nous abaisse , elle semble élever celui qui nous raille audessus de. nous ; elle le rend, pour ce moment, en quelque sorte notre supérieur et notre maître.
C'est pour cela qu'il est si dangereux de railler les grands. La raillerie qui les attaque devient souvent ftmeste, et bien des bons mots ont coûté cher à leurs auteurs. Un certain ïh(»ocrit*^i ayant offensé le roi Antigonus , qui était borgne , ce prince promit de lui pardonner, s'il venait lui demander sa grâce. Ses amis , pour l'y engager , lui disaient : cr Ne craignez rien , votre grince ebt assurée , dés que vous aurez pani
DES Monms. 05
aux jeux du roi. — Ah ! dit-il , si je ne puis obieuir ma grâce sans paraître à ses yeux^ je suis perdu. » Cette raillerie fut rapportée au prince , qui le fit mourir.
Le désir delà vengeance est toujours le premier fruit que produit la raillerie dans le cœur de celui qu'elle offense. Philippe 1" , roi de France, aimait à se railler de rembonpoint et du gros ventre de Guillaume-le* Conquérant , duc de Normandie. U demandait quelquefois en riant i ceux de sa cour quand Guillaume ac*« coucherait. Ce duc , qui était à Rouen , le sut. Il lui fit dire « qu'il n'attendait que Theure de ses couches , et que quand il serait relevé , il viendrait faire ses rcmercîmens à Sainte-Geneviève de Paris , avec dix mille làncesau lieu de rhandelles. » En effet , il désola quelque temps après le Vexin français , força la ville de Mantes , la réduisit en cendres , et en fit Âier tous les ha-» bilans. Si la mort ne l'eût arrêté , il eût pu conqn( lir toute la France , comme il avait déjà conquis l'Angiec terre,
La raillerie qui peut offenser est indigne de tout honnête homme ; mais elle convient encore moins à un prince qu'à tout autre, parce qu'elle pique plus vivement. Henri IV, voyant un gentilhomme provincial qui considérait la magnifique galerie de Fontainebleau avec des yeux stnpides, s'approcha de lui, et lui demanda à qui il appartenait* A moi-même , repondit le provincial. Vous avez un sot maitre , lui dit le roi. Louis XIV n'aurait pas dit ce bon mot» quand il se serait offert h lui : il ne se permettait pas la moindre raillerie désoMi^eante. Il savait iiieltre dans sespaioli s cf dans ses actions ])ieii plus de dignité et de décenr<î que Henri IV, qui avait le cœur bon, mais Tesprit trop vif.
Plus on est élevé au-dessus des antres par son rang , moins on doit se permettre la raillerie, parce qu'elle
est plus cruelle. H y a d'ailleurs peu de gloire à espéi^r de ces badinasres piqnans , et beaucoup de houle à rr;iindre, en s'< \pos;int A une repartie d'autant plus humiliante, qu'on devait moins se mettre dans le cas de la mériter. Un courtisan avait été plusieurs fois envoyé en anibassade. Son prince lui dit un jour , en
66 l'ecom
le raillant, qu'il ressemblait à un bœuf, a Je ne sais à qui je ressemble , répoDdit-il ; mais je sais bien que j'ai eu rhoimeuj^ de vous repré&^ter en plu&ieurs opr i^siops, i)
La raillerie est toujours mal reçue de celui à qui elle staéfem 9 et n$ Ait guère 4'honaeur à celui qui raille. Avec des inférieurs ou de peliis génies , cesi une honte; avec un grand ou un suiK Lieur, il y a du risque; 4 l'égard des égaux, îîs la rendront avec usure, ejl GOU7 vriront îK>iiveut le rieur de confusion. Car lor^uf^ cel^t contre fequel on lance le trait, ^it le Teayqjpf adrpi^ temwt à celui qui l'a fait partir , il Texppge à la riséé et le charge lui-même du ridicule qu'4 yqulait jetef sur un aiUn;.
Louis Xlll, supportant avec beaucoup de patienc|& une hafangue enpuyeuse à la porte d'upe petite ville, un de ses courtisans qui s'imaginait ^re plaisir au rç^ en interrompant Porateur , lui demanda de quel prix étaient les ânes de son pays. L'orateur lui (iil , après l'avoir regardé depuis la tête jusqu'aux pieds : « Quand ils sont de votre poil et de votre taille , ils valent di^ écus. Jt) *
Le ton moqueur et méprisant est jjapg^r^x 1 on s'expose à eniendre des paroles fort offensapHes. On admirait dans une compagnie l'esprit vif et formé dii jeune Pie de la .Aîirandole. Un cardiual dit a'un air de raiiierie vÀ de mépris , que plus les enfans avaient d'esprit dan$ leur première jeunesse, moins ils en avaieui dans un âge plus avancé, (r Si ce que vous dites est vrai , repartit aussitôt ren&nt , il &at que vx)tre émi^ nence en ait eu beaucoup étant jeune. x>
U ne feint pas railler ses amis mêmes , si Ton veut les conserver. Racine aimait h railler, et il était alors amer et piquant. Ses meilleurs amis ne trouvaient pa^ grâce auprès de lui , quand il leur échappait quelqug chose qui lui donnait prise. Oespréaux, accablé un jour de ses railleries ^ lui dit après la dispute : a Àvex-vouf eu envie de me fâcher? — Dieu m'en garde! réponditson ami. — Hé bien , reprit Despréaux , vous ave^ donc tort, car vous m'avez tadié. » Une aulr<^ fois , Despréaux ayant avancé à l'académie qujdlque ckos^^ qui n'était pas juste. Racine m s'en tint piSi9 h nu»
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simple plaisanterie , qui part souvent du premier feu de la di&putç ; mais il ia poussa si loâa que Despréanx
fut obligé de lui dire : c( Je conviens q^e j'ai tort; mais
j aillée mieux ayok tuii , ^ue. u'avuii lai^ou cuniuiti vous l'avez. »
II y a de^ ge^s qui ue peuvent parler sans railler ^ pi r^Içr sans offenser. Leisrs mots âcrcs et mordans l le^i i^llfïriei miyiéçs de fiel et d'ahnnthf» les lendenl pçlîeux. €ar si l^n rit quelquefois d'un trait ^liriquo
etpiqu^i^(y ou déteste proâcîuc toujours i euxqqi le djscut.
II y a de petits défauts qu'op abandonne volonliers § liK censure y et dont nous sauffrons facilement qu'oa 99U^ raille* Ce ^qt deparaîb débuts que nous dévon^ fshoi^r pour railler les autres. Encore faut-il bien df l'esprit et de la finesse pour badiner joli-iient , et beaucoup de supériorité sur la personne qu'on badine, aliii cju'elle n'ait pas droit de s'en oRenser, ni lieu de croire qu'on manque au respect qui lui est dû. YoiU éfim railleries qui ont les eondîtionfl que nous venons ^'e^^jger.
Un historien romain * rapporte qu'un vieillard demanda un jour nue grAce à l'empereur, qui ne voulut pas la lui accorder. Ce bonlionuiie rroyaiit ((u'on la lui refusait k cause de sa vieillesse, s'ayisa d une plaisante inventioii pour tromper \^ prince. Il se fit peindre )^ pbeveux en noir, et retourna ainsi déguisé à la cour* L'empereur reconnut Fartifice , et lui dit en , j)]aisantant : « Ce que vous demaudez , je l'ai déjà ç^fusé à votre père. i>
Un courtisan s'adressa au roi Alphonse^ surnommé |§ PQurageux , et lui dit : 9 J'ai songé cette ^luit que votre majesté me faisait un ric^e préâenl. n Le rpi lui répondit : « Ne savez-voos pas que les chrétiens ne doivent point ajouter foi aux souîres ? »
On a (lit que la fine raillerie était la fleur d'uo bel' Q^prit. S il y a des oceasious nîi elle puisse être permi- ^9 c'est principalement iorsqueUe renferme uue^atire
îns^i^u^e et délicate d-ua vice 0u 4'un rîdicu|e. £n
Sparcim , de qui nous avons les vii8 d'AdrÎGû , de Garacalla , el de qua^œ autres enipcrcurs. - - • ♦ ,t /
68 * l'école
votci des exemples : Barnevelt , célèbre pensionnaire de Hollande , ayant embrassé le parti opposé à celui
de Maurice , prince d'Orange , on l'accusa d'avoir voulu livrer le pays aux Espagnols, et il eut la tête tranchée à l'Age de soixante-douze ans. Les juges qui le condamnèrent à mort eurent chacun pour leurs vacationsdeux mille quatre cents florins. Quelque temps aprèscette injuste exécution » un célèbre avocat dit à Tun des juges : « On dit de vous deux choses que je ne saurais croire : la première , que vous n'avez guère d'esprit ; la deuxième, que vous êtes avare. La première ne saurait être vraie , car vous avez su trouver le pensionnaire coupable d'un crime digne de mort : ce
3ue les plus babiles jurisconsultes n'ont pu faire. La euxième n'est pas moins fousse» car vous avez aidé » pour deux mille quatre cents florins , à rendre une sentence que je n'aurais pas voulu rendre pour tous les biens du monde. »
On demandait à un ambassadeur nouvellement ar«rivé^ ce qu'il pensait de la beauté de plusieurs dames , qui étaient toutes extrêmement fardées, «r Dispensezmoi d'en juger, répondit-il, je ne me connais pas en peinture. » .
Un bon mot , quand même il serait un peu piquant, n'est jamais mieux employé que lorsqu'on s'en sert pour humilier la vanité et 1 orgueil. Un fanfaron ayant eu avec un officier une querelle qui ne s'était pas ter^ minée à sa gloire, alla chercher son adversaire dans un café on il savait sans doute qu'il n'était pas. 11 dit font haut que, s'il l'avait trouvé , il lui aurait donné cent coups de canne. Quelqu'un qui savait son histoire lui répondit : <( C'est apparemment une restitution que vous vouliez lui faire. »
On peut rire d'un bomme vain et orgueilleux , qui va , pour ainsi dire , au-devant de la raillerie. Mais il y a de la honte h se moquer d'un sot, comme il y a de la puérilité et de la sottise à se railler de la difformité du corps. Celui qui insulte à la nature» mérite qu'on lui fiaisseun reprocbe plus grand et plus sensible, celui de n'avoir ni esprit ni savoir vivre. Un seigneur à cordon bleu, dont le génie passait pour être fort petit, voyait briller un gros diamant au doigt d'une dame qui n'était
pas ibelle , et qui avait la main assez maigre et âè^ char:jée. 11 (lit < n riant -k un de ceux qui étaient avec lui : a J'aimerais mieux la hague que la maiu. — Et moi^ repartit la dame qui Tarait eotendu , j'aimei^is mieux le licou que la bête. »
Le vrai usaf^e de la raillerie , lorsqu'on peut remployer, ne doit être que de nu)ntrer le ridicule d*nn vice ou d*un déiaut dont on peut se corriger. Quel sujet de railler n'est-ce pas néanmoins pour certaines gens , qu'une personne dont le corps a quelque difformité I quelque Imperfection ! quelle matière A la plaisanterie I- quel champ pour Élire briller leur esprit , ou plutôt pour montrer qu'ils rt'en ont point! Un sot raillait un homme d'esprit sur la longueur de ses oreilles : «Il est vrai, lui répondit la personne raillée. J'ai des oreilles trop grandes pour un homme ; mais Mnyeneas aussi que vous en avez de trop petites pour un ftne. »
XXVffl,
Consultez volontiers^
^BTTE maxime renferme un des conseils les plus pru- * dens que puisse donner la sagesse : en la suivant on évitera de iaiie bien des sottises, a Ceux qui font tout avec conseil , dit le plus sage des rois , sont conduits par la sagesse «> A tout âge ^ en tout état, sur toute ^matière , on peut tirer un grand fruit des conseils des antres. Quelque habile et quelque éclairé qu'on soit , on est souvent pour ses propres affaires , comme un médecin malade qui a besoin d'en consulter d'autres.
n voit des gens lr{»s-liabiles prendre l'avis des personnes d'un esprit inférieur, mais capables de réflexions judicieuses qui peuvent échapper aux plus éclairés. Le
• Qui agunt omit a cum consilio , reguntur sapientiéU PfOf.
70 *' t'icout ' ^
moins habile pont quelquefois instruire èelui qui Test le plus. IVhoaHUC cresprit, qui que ce soit qui parle , écoule ce qu'on lui dit, et en- profite. U sait tirer de chacun quelque étincelle bu quelque rajron dô lumière; et de ces petite^ lumières réunies., u fait tïBltte ^tant de jour qu'il lui 'en faiiit poiir bien se dduÂiiire dan^ ^ entreprises: * ' -
"teco^tez tont le monde ; assidu cô'n^ltant ; " Vù là) quelqikelbft ouvire on importiiaf.
Âiinèz doAc à àémknàèt *coiàd\ ; et prteez ^tar rnakîm'c de ne jamais rîeli ïhïre dë cfôttséqucpce , sàlis avoir consulté. Plus les inU' lèts sont grands et h?s suites împorl'îules, plus le conseil est né(iessaire. Un conseil sage i jnpêclie souvent 4c faire de pi^randes faillis. Tandisqud la passion tient nos yeax^ttachés à regarder notre but , nous ne voyons pas ce qui est autour de %ati^«t tie *<|td tms IstAt : tnà âîm 'fidèle eti^iairésous lefaitvoîr.HenrilV, n'étantencorequeroî de Navarre, voulut épouser la comtesse de Guiche qu'il aimait. U demanda à d'Aubigné son sentiment sur ce mariage ; et contre la sacre maxime de ne faire jamais connaître k ceux q4ie Ton CM^ke , de quel côté on penche» il lui témoigna la grande envie qu'il avait de prendre ce parti. U lui allégua Texemple de plusieurs princes , ^i^i avaient trouvé leur bonheur en épousant des fem— •Vncsquils ainiaient, quoiqu'elles fussent au-dessous d'eux 'par leur condifion. Ce prince en disait assez pour 'déterminerd'Aiibis^né àiui donner un conseil conforme ^son iaclinatlcniv Mais , Incapable de le flatter et de trahir son devoir , d'Aubigné lai répondit avec une noFbtè hardiesse :
« Sire , ces excuses ne ftenvent vous convenir. Ces princes jouissaient tranquillement douleurs états, ils n'^ivaient point d'ennemis qui les inquiétassent ; ils iri'étaient point, sire, crrans comme vous, qui ne con-- 'isefrvez ^tre vie et ne soufenez votre fortune que par votre ^tu et |)ar votre renommée. Vous devez au^cj^ fVatiçais de grandes actions et de beaux exemples. Les mauvais exemples que vous avez cités , je ne vous Je» im^iuto i»oint j je sais aue vous n'aimez pas la lecture
DES MOEUAS#> 71
flg TOUS ont été fournis par les conseiller» infidèles qui ohï voulu flatter votre passion. Il faut qoe Vous soyez
'César ou rien; que vous vous rendiez assidu cians votre qônseil que vous abhorrez ; que vous ronsarriez plus dë temps aux affaires nécessaires : que celles qui sont essentielles aient la préférence sur les autres , et particiîlîérement sur le plaisir; que vous surmontiez les faibbsses que vous avez âams votre ddmifStique , et qui sont indignes (l'un errand roi. Le duc u Alençon est piort * : vous n'avez plus qu'un pas à laiio pour monter sur le trùue. Si dans le temps que vous éles sur le • point d'y arriver ^ vous faites une action qui voua déshonore 5 elle vous éloignera pour toiyours du trône nù vous devez être placé. Si vous devenez Tépoux de .votre maîtresse, le mépris que vous ferez rejaillir sur votre personne , vous fermera sans ressource le chemin
fu trône. Quand- vous aurez sulijugué le cœur des rançais par vos grandes actions , et que vous aurez .jnis votre vie et votre fortune à Tabii, vous pourrez imiter alors y si vous le voulez , les exemples que vous àviD^ allép^ués. »
.- Henri IV nes offensa point de la liberté avec laquelle d'Aubigné lui avait parir, îl le reineuia même de son conseil généreux , et, ce qui est encore plus grand , il lé suivit. Quel trésor pour un roi qu'un conseiller de ce caractère 1 C'est ce niéme ji'Aubigné qui se défendit d'écrire Thistoire de Henri III > à laqudle ce prince voulait l'engager, Je suis, dil-il , sire, trop votre serviteur, pour écrire votre histoire, »
Lorsque vo u s dem :\ n d ez co 1 1 sei î , fa i ios-I ( i n cère ni(*n t : car bien des g^ns ne, consultent que pour ^yoit dçs Approbateurs. Ils ne demandent un avis, que quand ils se promettent de l'avoir tel qu'ils le souhaitent Pour TOUS , soyez sincèrement disposé à bien recevoir les • conseils qu'on vous donnera, quelque contraires qii ils soient à vos vues, quelque peu flatteurs , quelque durs même que vous les trouviez. Laissez une entière liberté de vous dire franchement ce qu'on pense ; autrement
, ■* n était fils dp Tlcnrî îf , ain?i qui François II , Charles ÏX, et Henri lïl , qui régnèrent 5m cessivpment. Ces qnritre princes mov irurenl saus poslcnlé, et laissèrent la couromif: àileiiiiIV«
a l.*ÉCOLfî
il est intitile dé consulter. ' Appelle , qui fut le plitf srrand peintre de l'antiquité » et dont les tableaux
i^taiont des chefs-d'œuvre, les exposait aux yeux du public après les avoirfaits, et se cachait derrière, afin., disait-il y d'entendre ia censure sincère qu'on en ferait > et d'en mieux connidtre les défauts.
Tel vous semble applaudir, qui vous railîp ot vous joue : Aimez qu'où vous conseille, et non pas quou vous loue.
DKSi*li£AUX.
Ainsi pensait M. Godeau , évêque de Vence, et il en donna un bel exemple. Dans le temps que son Histoire ecclésiastique commençait à paraître, le P. Le Cointe , savant oraforien , se trouva chez un libraire avec quelques autres savans. M. Godeau j était aussi : il avait eu soin de cacher toutes les marques de sa dignité, qui auraient pu le faire connaître. Làconver* sation ne roula que sur cette nouvelle histoire; et, suivant la coutume assez ordinaire aux gens de lettres, on en parla avec beaucoup de liberté. Le P. Le Gointa convint qu'il y avait des choses excellentes dans cet ouvrage , et qu'on ne pouvait rien lire de plus judicieux que les réflexions du nouvel historien; mais il ajouta qu'il aurait souhaité plus d'exactitude dans les faits, et un peu plus de critique. 11 fit ensuite remarquer quelques endroits qui l'avaient le plus frappé. M. Godeau l'écoutait attentivement sans dire mot. Après le départ de ce père , il eut grand soin de savoir son nom et sa demeure. Le même jour il se rendit à l'Oratoire, et se iit annoncer. On peut iuiagiiu r quelle fût la surprise du P. Le Cointe lor$<iu il le vit. Il lui fit des excuses de «on indiscrétion. Le prélat le remercia, au contraire , de sa sincérité , le pna de continuer ce qu'il avait commencé le matin , et lui fit cette prière avec tant d'ins- . . fance, que le père ne put lui refuser sa demande. Ib lurent ensemble cette histoire, iur laquelle le P. Le Gointe fit d'amples remarques. Le prélat, après l'en avoir remercié, en profita dans une nouvelle édition. ' Depuis ce temps-là il honora le P. Le Gointe de son amitié.
Il serait à souhaiter que tourtes auteurs fussent aussi dociles : ils j gagneraient , et le public encore plus.
Mais la plupart sont idolâtres de leixts productions : ils n'en voient pas on n'en veulent pas voir les défauts , et sont Achés quand on les leur môiktre. L*anecdole
suivante en est la preuve. L'abbé de St-Pwpc , avant que de prononcer son discours de réception à T académie française , voulut le lire à Fontcncllc. Celui-ci lui avoua francheraent qu'il trouvait un certain endroit fort plat, c J'en suis bien aise^ dit l'abbé , il me re§fsemblera mieux ; i» et il ne changea rien.
Ce ne sont pas seulement les auteurs qui doive* Jt demander volontiers des conseils et les recevoir avec docilité , ce sont encore, comme nous Tavons déjàd il, tous ceux qui veulent se conduire sagement. M ais beaucoup de gens se font une mauvaise bonté de ce soumettre aux avis des autres , et on faux honneur de ne se gouverner que par eux-mêmes. Un prince d jsait «f qu'il aimait mieux faire une sottise de son crû , qu'une belle action par l'avis d'un autre, d En p arlant ainsi , il faisait moins son portrait que celui ^le bien des hommes, et surtout des jeunes gens qui n'aiment ni à demander des conseils , ni à en recevoir , parce qu'ils'croient toujours penser mieux que les t^Ius sages et les plus éclairés. ISlais on fait bien des fau tes , lorsqu'on est jeune et qu'on ne prend conseil r^ue de soi- Tn^me, « Mon fils, dit le Sage , ne faites rym sans conseil , et ^'OTis ne vous repentirez point de ce que, vous aurez fait p
Il n*j a que l'insensé qui se fie à lui-même . Moins on a d'esprit cl de capacité , plus on est d'ordi nairc orgueilleux et sufQsant. On se persuade qu'on e n sait plus que les autres. On croirait s'abaisser et fair -e l'aveu do son infériorité y si l'on consentait à suivre les conseils qu'un autre aurait donnés.
Ce délEoiut paraît peu de chose dans son principe ; cependant les effets en sont terribles. Bc» là nnîssontla. présomption, la bonne opinion de soi-mènie, laUachement opiniâtre à son sens : vices qui annooceol la petitesse d'esprit » la fatuité, la sottise. De Ih les faux jjugemeos , les mesures mat prises » les démanges
• Fili , sine comili^ nikil fac\ifM » $( pQ^$ facivm, n<m pm\
74 L*£coLÔ
iiiconsidérée!! , qui souvent sont suivies* dp la tioiitê et
du ridicule. Les plus uiauvais sujets ne sont devenus tels , que pour avoir refusé d'enttMidi e et de suivre les conseils des personues qui les portaient au bien. Tandis que Néroa suivit les sages conse^ils de Burrkus^t da Sénèque, tout Tempire retentit de sels louangès; mais dès que la flatterie l'eut corrompu , il dévinlTexicra* lion de l'univers.
Ecoutei .ivcc joîo les conseils et les remonlranros des pcîrsoiHHvs ])lns âgées, est la mrîrqne d nu esprit bien fait qui aspire ù la perfection. Faites-vous donc toujoues un honneur et un devoir de prendre et de suivre log hùu$ conseils de ceux qui ont plus de sagesse et d'ex« . pérîence que vous. L'expérience qu'on n acquiert que par ses i iuies , est un maître qui coûte trop cber. IS'iïîuiez pas ces jeiuios gens qui ne deviennent sages qu'après &*elrc épuisés à faire des folies ; (jui, dans tout ce qu'ils ont a faire » ne eonfultent jamais qu'enxmêmesf, ou ne consultent que des jeunes gens comme eux , et ne trouvent de personnes de bon sens que oeOes qui sont de leur avis.
J)éiiez-vous de vous-m^me et de voire jufi^ement ; mais ne vous fiez pas à toutes sortes de personnes, ni à toutes sortes de conseils. Tous ceux que l'on consulte vantent leurs avis ; mais tous les avis ne sont pas éga* lement bons: les démêler et les bien connaître, est le (iier-fV oeuvre de la prudenee; et il n'y a peut-être pas inoii s u'l)abi!elé à savoir discerner un bon conseil , qu'à bien conseiiier soi-même.
L1ionimes«age ne rougit point de consulter les'autres^ mais ii ne se rend pas esclave de leurs opinions ; il k!S pèse, les apprécie, et les détermine d'après ses propres réfloxiciis. ÎVe vous croyez donc pas toujours obligé de suivre les cnnseils qu'on vous donne. Ecoutez-les comme ami, examinez-les comme juge, exécufcz-les comme maître. Rejetez les mauvais , prolitez des bons , et entre les bons préférez les meilleurs. Si cctui jfui vous a donné un conseil , se cboque de vous en voir suivre un autre , il vaut mieux qu*nn seul homme s^oflense injTistemeul , que de donner à plusieurs de justes raisons de se plaindre, 1! \ a dps gens qu'il est fju lieux d'avoir
^çowiuk^^i quaiid m %\^ mxi ]pa« Itur ft\if ^ it|
choquent et 60 fbni des reproches. Cela doit vous rendre aiCaatiC à biea connaître tes personnes avant que d'où-* wir votre ixBur. .
La première qualité que doivent 9V(»r ceux dont on
recherche le conseil , c'est d'être in^riiits et d'avoir des connaissances. C'est la lumière dont on a besoin , quand on se trouva dans les ténèbres. Adressez-vous ùoiic. à des personnes sages , prudenles , habiles dans la matière qui doit faire le sujet du cbn^il ^ et pur préférence oonsuitezlea vieillards rle-Mnaeitlwr appartient ^ et l'exécution à la jeunesse* - * »' . .
Une seconde qualité qui n*€st «pas moitis essentielle dan»; les conseils, c'est le désintéressement : il est assez rare , et i on d^it soir qe peint se défier quelquefois de jsea 4ttfiMi8 , de aes' dooMtiqiiee , de aes amia mêmes. Qoelque fidèles que ^vais pararissent ceux dont vous prenez les avis , en écoutant leurs sentimens , ayez soin d'éclairer leur cœnr et de pénétrer leurs intentions. Sachez quels sont leurs besoins , leurs inclinations > leui^ intérêts. ïei pariMt vous conseiller uniquement padr votre bien ^ qut:ne vous conseille que pour le sien* Gombiett d'affàires , «ntreprises par des conseils de celte sorté^ odt ruiné T entrepreneur et enrichi le
conseiller I * * • •
Pour ne pas tomber dans les pié|]^es si communs do ces conseiileifs.infidèk&, prenez, dit l'auteur sacré do^ r£cclésiastique , .pour guide ordinaire ^ un homme vertueux V rèmplideiacrainle de Dieu ^ qui vous aime, et qui , lorsque volis Hures* Ait un faux pas dans ténèbres, prendra pârt à voUe accident. Affcrmissez- ' vous vo!is-nu*me dans nne conscience droite, et anî vous porte au bien : rar vous n'aurez point de meilleur cmseiller qu^eHe. JMais« sur toutes choses, priez le Trës^Uaut de vous conduire dans le drôitcbemin de la vérité *. a
. C'est aussi ce que le pieux Tobie recommandait particulièrement à son fils, <l;ins une de ces hi'Ilcs instructions qu'il lui donna pour ia conduite de sa vie. Or Yëm êtes jeune , mon iils^ lui dit-jl, H vous iiurîez
♦fn ht» omnibun dej^rmur^i AUininum^ ui dù mt i^ var^^
i encore long-temps besoin de conseil , quand même il y aurait un âge où Ton pourrait s'en passer. Choisisseï bien ceux de quÎTons le prendrez. Consultez un homme
sage, et ne faites rien d'important sans son avis. Mais cette précaution 9 toute nécessaire qu'elle est, ne suffirait pas sans le secours du Seigneur et sans ses lumières, Conjurezrle donc d'être lui-même votre guide dans Yos voies , et ne comptez que sur lui dans l'exécution de vos desseins \ a Lorsque l'empereur Charles VI confia , en 1717 » au
f)rince Eugène , la conduite de la guerre qu'il avait avec es Turcs , il lui dit que , quelque confiance qu'il eût en ses talens, il voulait établir au-dessus de lui un chef qu'il dftt consulter , et au nom duquel il agirait. Le prinee ui» peu étonné demande quel est ce supérieur. Charles lui présente à l'instant un crucifix enrichi de diamanSy avec cette inscription : Jéscs-Chkist , Géné- RALTssiME. « N'oubliez jamais , princo , ajouta-t-il, que vous allez combat (r(^ pour la cause de celui qui a répandu sur ia croix son sang pour le salut des hommes. C'est sous ses auspices que vous allez attaquer et vaincre ses ennemis et ceux du nom chrétien, a En effet , le prince Eugène remporta sur eux la même année f prés de Belgrade , cette fameuse victoire , où plus de vingt mille des infidèles restèrent sur le champ de bataille y et qui fut bientôt suivie de la paix que les Turcs furent contraints de demander. ■
Pour vous diriger sagement dans vos affaires secrètes et importantes 9 faites* ce que font , à Fégard d'un confesseur y les personnes qui veulent être bien conduites daus rarfaiie du salut : suivez Tavis du Sage» et choisissez un conseiller entre mille *.
Ne consultez pas ordinairement beaucoup de personnes* La multitude des conseils , ainsi que le granA nombre de recettes dans les maladies , remplit d'in« certitudes et d'irrésolutions ; on ne sait phis ce qu'on doit faire, pane qu'on a voulu trop le savoir. Bornezvous donc pour l'ordinaire à prendre conseil, de quelques personnes éclairées et d*une probité reconnue ,
• CamUntm $emper à sapiente perquire , ete, Tob. 4, *Coiift7îorîtis tii tm unui de melle. Eccli. 0*
DBS MOEOBi
qui vous soient sincèrement attachées 9 qui oonnaissenc Tos vrais intérêts et qui les aiment.
Craignez les mauyais conseils , et ne tous laisse^ point conduiré .par des hommes intéressés à yonsflatter
et à vous tromper. Leurs conseils entrent facilement dans l'esprit, mais on a souvent lieu de se repentir de s y être kvré. Vous savez ce qu'il en coûta à Roboam » pour avoir iuivi les conseils de ses jeunes flatteurs , et avoir, par leors avis , menacé le peuple de le traiter encore plus durement que n'avait fiut Salomon soa pére. Dix tribus se révoltèrent , et il perait pour toujours la {dus belle et la plus considérable partie de son royaunî^.
Consultez volontiers, et conseillez difficilenjent. S'il est aisé de donner des conseils , il ne Test pas également d'en donncvr de bons. Oomliieri de fois aussi n'arriVe-t<il pas que ceux qui paraissent lés meilleurs, ont des suites funestes qu'on aurait pu naturellement prévoir ; et quoiqu'on ne doive pas toujours juger des conseils par 1 événement qui peut tromper les vues les plus
Îrudentes de la sagesse humaine f il est toujours trèsésagréable d'avoir été la cause même innocente du malhenr de son ami* Pradon , plus connu par les satires de Despréaux que par ses tragédies, ayant fait une nouvelle pièce de théâtre , se mil avec un ami dans un coin du parterre, afin de se dérober h la flatterie , et d'apprendre par lui-même ce que le public pensait do son ouvrage. Dés le premier acte , la pièce fut sifllée. Pradon , surpris et désolé , perd contenance : il rougit, il pftlit, il se mord les doigts et frappe du pied. Son ami le tire par le bras et lui dit : a Vous n'y pensez pas; mettez-vous au-dessus de ce revers : croyez-moi , sifflez hardiment comme les autres , afin de ne pas vous faire connaître, a Pradon revenu à lui , et trouvant ce conseil bon f prend son sifflet , et âffle de son mieux. Un mousquetaire, qui se trouvait prés de lui , le pousse rudement, et lui dit tout en colère : a Pourquoi sifQezvous ? La pièce est belle : l'auteur a de l'esprit, » Pradon repousse le mousquetaire , et jure qu'il sifflera jusqu'au bout. Le mousquetaire prend le chapeau et la perruque de Pradon , et les jette dans le parterre. Pradoc doniie un soufOet mousquetaire ; qui jMt
Tépée à la main ^ tire deux ligne» e^ eroix sur lé visage d^ Pradon i et veut le tuer. Pradon porte à son ennemi , qui Tavdit terrassé ^ quelques coups de poings et (Jl' pieds à la dérobée. Maisenfio, retire d'entre ses mains par de cliaritables spectateurs, Pradon, sifflé el battu pour Tamour de lui-même, gagne la porte et va se idir^ panser, accompagné de son ami i €[ui n'é*^ tait pas moins triste que lui du mauvais sqccés de son conseiK
iNe donnez les vôtres qu'avec beaucoup de dkcfétloit et de prudcDce. La cbarité en<;aij:c, la justice oblige en certaines rencontres à prévenir , lorsque nous le pouvons, les foUes ou les malheurs du prochain : l'E-^ criture nous avertit de ne pas retenir la parole qui peut lui ôtre salutaire, et de ne point cacher notre sagesse *. Mais cette sagesse elle-même doit nous con* duire, et présider aux conseils utiles que nous donnons, afin de ne les donner qn'à propos, quand on nous les dâmaude ou qu'on est disposé h les bien rere- ^ voir. N'ayez donc pas , comme quelques-uns , la vanité ou la fureur de donner des conseils à tout le monde 0t en toute occasion. Les conseils, ainsi que les louanges, sont peu estimés quand on les prodigue.
En général , et à moins que vous n'y soyez obligé , si Ton ne vous demande pas votre avis , ne le donnez point, et ne soyez pas fàphé que Von consulte d'autiies que vous. Les plus sages conseils ne réussissent pas toujours ; et le nlâme , quoique mtl à propos , en ri&tombera sur vous seul. Vous aurez quelquefois donné trop légèrement des conseils décisifs sur la fortune, sur le choiiç. d'un état de vie , sur un engagement ofi ik liberté ne se recouvre point ; et toute la vie yousjser^ tourmenté par vos propres regrets, ou par le9 reproches des personnes que vou|i anr^^ re&dues maD^u*
reuses. *
Cen'ost pas néanmoins, lorsqu'on vous demande uji conseil, et que vous êtes en étnt de le donner, que vous ne puisiez et ne deviez le iaire en bien des occasions^ On doit se prêter à conseiller ef à diriger
ceux qui ont besoin de lumières «4 de secovr»^ comme
III ' ' ' ' 'r
J^ec rçdmas verbum in Um^orc salutis , etc^ £ccUt 4«
on doit fairç TaumOpe à cc^ux qui sid trouveiot dans U nécessUét Mais qui que co soit qui vous consulte , ne craig^oes pas de lui fiiire connaîtra 8oa devoir. Que, nulle considération humaine ne vous porte h décfuiser
vos senti ruens. Ajez le courage de dire» mèma aux grands / non ce qui leur plairait , mais ce qu'ils doivent faire ; et ae sQ^^f jainai» a$sQ« Iktik^ pouf Irabir. la vérité,
Jacques I""' P toi d'Angleterre , étant un jour i table avec plusieurs seigneurs, parmi lesquels se trouvaient
deux évéques, il leur demanda s'il ne pouvait pas prendre l'ar^i^ent de ses sujets , quand il en avait besoin, ^ms tout,Q cette iornialité du parlonieut. Vuu de& évéques ne balança pas à répondre qp'U le pouvait, puisqu'il était rpi« JU'autre» interrogé et pressé de dîr^. soa sentiment » répondit ; (t Je crois, en effet , que votre majesté peut prendre légiliinemeut l'argent du
révoqua mon iVère, car il i'oifte, i>
£vitez'le$ proçé$«
On ne saurait avoir trop d'horreur des procès ; ih sont la ruine dea fanûUe«î> iasource de bien des inquié* tildes f de beaucoup de peines «t df péchés. Soqs pré* texte de défendre son droit, on se permet des reproches désbonorans, des paroles offensantes, qui ne font pas la cause meilleure, mais rendent les plaideurs plus envenimés. On emploie la supercherie et la chicane : si l'artiiice réussit^ ce succès engage ù s'en servir encore dans dé noavoavst proeésqu on entreprend ensuite
Elus facilement, et peut-fttre sans assez consulter le on droit et la justice. Perd-on quelqu'un de ses procès, car il est bien difficile de les gagner tous, on en conçoit un dépit, un ressentiment qui durent quelquefois toute la vie, et sèment pour toujours entre des proches une haine scandaleuse , qui se perpétue dans lea familles. Bautru , Tun des seigneurs les plus spiritneb de la cour de Louis XIII, considérant un jour au-desi5ug d'une cheminée h Justice et la Paix en sculpture , qui
se baisaient ; a Yoye;$-YQUS ^ dit-il à un de se3 amis
ayec qui il était ^ elles s'embrasseot» elles le baisent , dies se disent adieu pour ne se revoir jamais, m Oh s'expose donc , en plaidant , à perdre la cbarité
et r union , l'honneur et la probité. Le gain d'un procès pciU-il b<ilancer tant de pertes? et l'espérance de le gugner, espérance si incertaine > si trompeuse, si souvent démentie par révénement» peut-elle rassurer assez contre la crainte de perdre avec son bien ce qui vaut mille fois plus que toutes les richesses T
Nous avons droit, il est vrai, de demander ce qui Tïous appartient. Dieu a établi pour cela des tribunaux dans la société , qui ne serait qu'un amas de brigands et une succession de meurtres et de crimes p sans rexercicc de la justice. Mais la raison et la sagesse permettent^elles de poursuivre ses droits avec tant . d'animosité et de rigueur, lorsqu'on risque par-là de faire tort aux intérêts de son âme? Les biens du monde, ces biens si fragiles, si périssables, dont ou doit jouir si peu de tcmj^y sont-ils dignes d'être mis en parallèle avec ceux qui sont promis au détachement et à la modération? -
Aimez donc la paix : il n'est pas si honorable de vaincre ces ennemis que de n'en point avoir ; et il est moins glorieux de renverser la fortune de ses adversaires , que do gagner leur cœur. Prètez-vous volontiers à toutes les voies honnêtes d'accommodement : c'est gagner un procès que de ne pas le poursuivre. On doit trembler d'en entreprendre , même avec le meilleur droite et quelqu'un a eu raison de dire :
Ne plal^ point » snisrsvls ijpfon te donne ;
Laisse là le procès , erois^moi* Ton procnreor t'a dit que Ion affiiire est bonne :
Oui , ponr Ini » mais non pas poor toi*
On connaît aussi la belle fable de VBuUre et les Plaideun « mise en vers par La Fontaine et par Despréaux* Celle dé ce dernier est plus courte » et Ton ne sera peut-être pas fiché de la retrouver ici. Elle renferme une excellente instruclioQ, uu on ne saurait trop méditer :
Un jour, dit un auteur , n'importe en quel rhapiUQ Pçux Yoyagett» à jeCin reiicçalrér^u^ vMi bui^Q«
Tûos detn U eootestaient, lorsque dans leur dmin La Jostice passa , la balance à la main. DevanI elle à grand bruit Useipliquenl la choee^ Tous deui avec dépens veulent gagner leur eaaia^ .
La Justice , pesani ce droit litîgieuï , Demande l'huttre , l'ouvre , ei l\ivale à leurs yeux; / Et par re bel arrêt terminant la bataille :
Tenez , voilà , dit-clle , à chacun une écaille» soitises d autrui nous vivons au palais» McsêieurSf l/huitre était bonne : adieu ^ vivez enpaiaté
Quoique la justice ne se vende point, il en coûte souvent beaucoup pour l'obtenir ; et après l'avoir obtenue y on bst presque tou jours moins ricbc qu'au-
Saravant. Oa reprocbait h Racao p célèbre poète du ernier siècle» qu'il laissait détériorer toutes sesafTairesy parce qu'il se livrait entièrement à la poésie. Ces reproches , souvent réitérés de la part de ses amis, le portèrent enfin à prendre une exacte connaissance de se» biens. 11 s'y appliqua , et réussit tellement qu'il gagna trente procès*. Mais» loin d'améliorer par-là sa fortune » il se vit plus pauvre après tant de victoires» Ce qui donna lieu à ce vers :
Trente procès gagnés Font réduit à TaunidDe.
Craignez les procès, mais ne paraissez pas trop les craindre : ce serait le vrai nidyen d'en avoir. Faites bonne contenance , mais du reste ne négligez rien do tout ce qui dépendra de vous pour n'en avoir jainais. C'est être foti de les aimer ; c'est une sottise , quand oti peut les éviter, d'en avoir avec qui que ce soit ; mais c'est une extravagance d'en avoir avec ses proches , de les ruiner ou de se ruiner soi-même pour cnricbir des étrangers. Nous nous rappelons ft ce sujet un beaiî mot de M. de Vintimille , archevêque de P«iris, Des évéques de province lui disaient un jour qu'ils s'étonuaient do ce qu'il n'avait jamais eu le moindre procès avec son cbapitre. 11 leur répondit : ce J'ai toujours été persuadé qu'il n'y avait que les maris de village qui battaient X leurs femmes, d ]
Evitez encore d'intenter des procès pour des sujets légers , mais qui ne deviennent que trop considérables f par rentéteraent qui les accompagne , et par les frais qui les suivent» Ne rendez pas publique votre honte
83l t'iCOLE .
ou votre déshoîiiîcur qu'on ignorait , en portant aux tribunauK des insuU^îs q.uil fallait dissimuler OU mépriser. On ^xhorUil SocraCe à demander réparation d'un outrage que lui avait fait un brutal, a Hé quoi 1 répondit ce philosophe , si m çhev^ ou un ftn e m'avait donné un coup de piodt Vûudm<»V0U9 que jH Tappejasse en justice ?»
Combien de gens se sont rendus la risée du public et des, juges mêmes , pour avoir trop éj:outé un amourpropre oÂensé, qui les sollicitait à la vengeance ! L'abbé Malautru , qui joignaità une figure laide.et risible lîqe perruque toujours de traversât mal peignée, disait ua jour la messe aux cordeliers de Caen , à un autel od 'il y avait un tableau de la Cène dont il avait fait présent. Il s'était fait peindre pour un des douze apôtres dans ce tabkau. Au premier Dominus vobUcum , il s'arpeçut qu'un monsieur de sa connaissance liait aveo un de ses amis. L'abbé , qui se douta avec raison oue c'était de lui , ajanl aclievé sa messe , envoya chercher ua liuibsier pour faire assigner le rieur en réparation d'insulte. Celui-ci , qui dessinait parfaitement bien , iit le portrait de l'abbé tel qu'il était à l'autel. L'affaire fut portée au bailljïige : tout Caen s'y trouva pour entendre les deux parties. Après que l'abbé eut fini son plaidoyer, qui prêta beaucoup à rire , l'autre déploya sou poriiait. « Messieurs, dit-il, il est vrai que je n'ai pu m empêcher de rire, en voyant la figure du célébrant , et je l'apporte ici, persuadé que , tout Gâtons que vous êtes , vous ne pourrez vous dispenser de faire de même. Je demande que cette figure soit mise au greffe et paraphée , né varietur , comme m meilleure pièce de mon f ac. » Les juges , ne pouvant s'empêcher (i éclater de rire ea voyant une si burlesque figure , se levèrent de leurs sièges , et renvoyèrent les parties hors de cour et de procès , dépens cornçcnssé. , .
Dsa uosuRsu 83
Où la discorde rcgno, appoitez-jr la p^x,
RÉCONCILIER des paren»s ou des amis brouillés ensemble , réunir des époux divisés , jcLablir la concorde dans Im fomilies, aaoQtnmodQr proci^^s c'est une chose aus^i belle doraQl ks bonnnos quelle ^st agréable à Bm. lin mré trau va i$M m\) a mm p)u« ^0 cen t p rocés lorsqu'il y entra ; à sa mort il n'y en restait plus qu'un. Il avait terminé et pacifié tous les autres. Aussi ses fuuérailies lurent-elles honorées des regrels el <les larmes d« toua m9 paroisfiieos» qui fi^ardai^al a>miaa m saio t «t oàmaie leur pire .
Faileswv9us toujaani vn plaîw d« rétablir la paix » la eoDcorde > la bonne union ; et si vous aveK réussi ^ • croyez que c'est une des plus belles et des plus glorieuses actions de votre vie. Plus vous y aurez trouvé de difiicultos ai de peine , plus vous aurez de mérite et de gioire; car, ilfiiut l avouer, cola n'^st pas toujours facile* II y a des oosora si aigris , si WTenimés les uns cont^ les dutras^ qu'il est quelquefois bien difficile de les réunir. Il y a des esprits si cntéléj^ , si opiniâtres , qu'où ne peut les rendre dociles à la voix de la raison. 11 y a des caractères si opposés , si discordan$9 qu'il esl oecune impossible de mettre autre eux quelqtf^ barmoai*. Loaia XIV sa plaignait qua las brouilleriea fréquentes de madaBsede Monlespan elde madame de Main tenon lui donnaient beaucoup d'embarras, (f J'ai plus de peine , disait-il , h doQuer la paU ^ dm^ ittes qu à toute i'£urope. )>
. Loin de ramener la jpaix dans les eœurs dcoEi t elle est bannie» il y a des f^em, au cantraîra» qui se plaisent i la ebasser des lieux où elle régno , par do sourdes
intrigues I par de mauvais conseils , par de noiœs calomnies, par des rapports indisciels. Voilà ce qui souvent trouble la paix delà société, aigrit les citoyens, désunit les amis, sème la discorde entre les frères et divise les époux. Que de chagrins de larmes , de malheurs et de crimes n'ont pas causés dans tous les temps ces ennemis cruels de la paix 1 Aussi lescou^iabi^'s autei^rs de ces funestes divisions sont-'ls souvent punis
84 l'bcolb
par l'horreur qu'ils inspirent pour eux , lorsqu'ils viennent à être connus, a Evitez y dit i'£cclé$iastiqQ6 » de passer pour un semeur de rapports, et prenez gardé que votre langue ne devienne pour vous un piège et un sujet de confusion ; car la langue double sera punie par de rigoureux châlimens, et le semeur de rapports s'attirera la haine, l'inimitié et l'infamie *. »
Qu'arrive-t-il , en effet? on s'explique, on se justifie* les amis reviennent , les frères se réconcilient , tout se pardonne entre les époux , on répare ce qu'on avait dit dans un moment de chagrin , et ceux que le semeur do discorde avait mis en mauvaise intelligence , s'accordent à le haïr. Ln personne qui a fait naître ou qui a entretenu la division, est la première victime que la partie la plus offensée demande. On sacrifie avec plaisir celui qui a rendu un si mauvais office« On se trouve heureux d'en être débarrassé. On lui interdit l'entrée ' des maisons qu'il a troublées ; il y paraît plus dangereux qu'il n'y paraissait utile, et il devient l'exécration de tous les honnêtes gens : juste puuition de ces sortes de scélérats 1 car, peut-on appeler autrement deshom* més qui ne connaissent ni justice, ni vérité?
Et au fond , à bien examiner les rapports y en est-il de fidèles? Ne sont-ils pas tous défigurés et enipoisonnés? N'est-ce pas presque toujours la hai/ic ou l'envie qui porte à les faire? Rien n'est donc plus méprisable;, pins baïssableque ces sortes de gens, a 11 y a , dit Salomon » six choses que le Soigneur hait, et son flme déteste la septième : les yeux altiers ^ la langue sujette à mentir , les mains qui répandent le sang innocent , le cœur qui médite de noirs desseins , les pieds légers pour courir au mal , le témoin trompeur qui profère des mensonges, et celui qui sème des divisions entre les frères* Quand il n'y aura plus de bois, dit-il enoore , le fea s'éteindra ; et quand il n'y aura plus de semeurs de rapports , les querelles s*apaiseront »
Ce sont des insectes rarapans , dont le rœur et la bouche > remplis de fiel et de malice ^ ne cherchent qu a
* SutiÊ/mratwi autem odium , et inimieitim et eontumelia^ EccU. 5.
£t iueurratore euhtraeto # jurgia eonquietcenté Prov* 26.
DKS \iti£|iK8* 85
infecter la tem. Ce sont des ennemis de la société civile y et des perturbateurs du repos public. Ce sont - de faux amis , qui viennent vous enfoncer le poignard dans le seÎQy et troubler la sérénité de vos jours* Ite . vous apprennent ce qu'il vous serait presque toujours plus avantageux d'ignorer. Il y a mille choses qu'il est bon de ne pas savoir , mais surtout le mal qu'on pense ou qu'on dit de nous. Ne soyons point curieux de savoir ce qui nous déplairait. C'e^t folie de courir apns ce qui peut chagriner.
Une personne sage se gardera donc également et dn fiiire de mauvais rapports , et de les écouter. Celui qui en fait trouble le repos des autres , et celui qui les écoute nuit à sa propre tranquillité. Une personne malintentionnée , voulant brouiller Platon avec un de ses disciples y lui dit que ce disciple avait tenu des discours désavantageux de son maître. « Je n'en crois rien , répondit Platon ; et l'on aurait bien de la p<^ine h me persuader qu'on homme que j'aime de bonne foi , eût Tftme assez lâché et assez ingrate pour me décrier comme vous le dites. » Mais ^ voyant que l'aulre appuyait par de grands sermens ce qu'il avait avancé : • c( Il faut, reprit-il, que j'aie effectivement les défauts dont vous me parlez ; et celui que vous voulez me rendre suspect a jugé à propos qu'on m*en avertit* a
En fermant Toreille aux faiseurs de rapports , on ^ « leur fermer bientôt la bouche. L'attention avec laquelle on les écoute , les encourage ; mais les écoufe-t-n)n avec indifférence , marque-t-on du mépris pour ce
3u'ils disent y on les déconcerte , et on leur Ote Tenvie e faire de nouveaux rapports. C'est la conduite que tienne à leur égard les hommes prudens. On vint dire un jour à un célèbre philosophe , qu'on ne l'avait pas épargné dans une compagnie, et qu'on avait dit de lui mille choses qui lui auraient fait de fa peine , s'il les avait entendues. Il reçut ce rapport d'une manière qui dut bien sub*prendre celui qui le lui faisait, a Si l'on me connaissait bien, lui répondit-il » on pourrait en dire beauGou p plus , sans que je fusse t?n droit de me fâcher. Je suis extrêmement oblii^é à ceux qui parlent ainsi de moi en mon absence : s'ils en parlaient devant moi , comme ils le paurraient , je rougirais de honte et de
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confusion, vous prie de leur en témoigner ma reconnaissance,
Gustave lU^ roi de Suède . a signalé les commence^ mens de son régne par plusieurs beaux traits , entr^
lesquels on peut placer celui-ci. Une personne, ayant demandé à lui parler, dit qu elle venait l'avertir <ju'un homme on place formait des projets contre sa majesté.
roi , n'ignorant pas que le dénonciateur était ennemi du prétendu coupable , le renvoya en lui disant : crAUea^vous réconcilier avec votre ennemi| et je pourrai ensuite vous ucoutcr et vous croire, jd
XXK.
Avec les inconnus uses^ de dé&iuce*
(^N ne saurait trop se défier des personnes que Tonne connaît pas« Combieu de fripons se cacbent sous le manteau de rhonnétebomme 1 Dans les premiers siècles où la bonne foi régnait sur la terre, la défiance étati
presque inutile ; mais aujourd'hui , par la corruption de nos mœurs , elle est devenue nécessaire.
Ce qui ne iest pas nioin^, r/est de la cacber. 11 en est ici comme du secret ; la vraie prudence est ^e no pas faire même soupçonner qu'on se défie. En laissant trop voir la crainte qu'on ne nous trompe , nous découvrons souvent la manière dont on peut nous tromper. Des soupçons trop nuirqués outragent les honnêtes
Ï;ens sur lesquels ils tombent , et engagent ceux qui ne e sont pas à se faire un plaisir maliu de pous attraper. U n'y en a pas qui soient plus souvent trompés , que ceux qui naraissent trop craindre de rétre*
Quiconque est soupçonneux ln?lte à le trablr
Celui qui se défierait de tout le monde | serait aussi injuste .que malheureux. On ne doit se méfier que là
où les hommes sages cl prudcns le font , et quand il j
Digilized by
a un motif raisonnable de h faite , fondé Wt qpelque« traite de mau vaise foi et sur te caractère cornu de la personne. La qualité d'inconnu est aussi une raisom
juste et SQflisaute do su défier. Tio|> de confiance aux personoes que l ou ne conuaii pas assez» expose souvent à être dupe. C'est ce qui arrive surtout à ceux qui ont un grand fonds de probitt^. Pins on est honnête nommer pins m soupçonne diffîaiieni^t les antres de ne l'être pas^ Un bon cœur, une belle Ame ont de la
peine à croire les autres capables de ce qu'ils ne voudraient pas faire, el c-e n'est qu'après plusieurs expériences, qu'ils sont convaincus enfin , à leurs dépens,
qu'ils ont faii trop d'bmneur à ceux qu'ils ont cru leur ressembler,
'Mais comment concilier deux maximes également
sages, qui paraissent si opposées : se défier des hommes , et ne juger mal de personne ? C'est de ne se permettre, comme nous l'avons dit, que des jugemens fondés et des défiances légitimes. Nous ferions de la prudence nn vioa affreux ; si elle nous portait à ncns défier tellement de tous les hommes , que nous crai*
gnissions toujours de trouver dans chacun d'eux un méchaut homme , un traître , un fripon : nous ne saurions nous ioruier une telle idée , sans détruire les principes de b justice et de notre propre bonheur. Mais néanmoins^ attendons-nous à trouy(ur dans le monde peu de bonne foi , peu de probité, peu de désintéressa ment, peu de vérité , peu de justice. Nous prendrons ainsi, dans les occasions importantes, toutes les précautions que la prudence peut suggérer pour ii être la dupe de personne.
Je dis dani lep occasions importantes : car prendre ses précautions dans les petites choses , c'est petit f énie ,
et si c'est en matière d'intérêt, c'est en même temps * petit génie et avarice. Une dame fort riche et encore phis avare allait elle-même à la boucherie à pied : elle ne se fiait à personne. Elle avait sur de beaux habits un tablier de grosse toile , oiï elle portait la viande qu'elle avait achetée. Un jour qu'elle revenait et qu'elle marchait fort vite, il s'échappa de son tablier inip épaule de moufon. I.e comte de MéclialÎT), q^a vit cet accident^ ramassa la pièce do viaudu ^ et appela la
S6 l'bgolb
dame » à qui il la présenta , en lui disant : c Madame^ TOUS avez laissé tomber yotre éyentail* é
Nous sommes cependant bien éloignés de vouloir <H)ndamncr ici ces dames respectables qui , conduites par les vues sages d'une louable économie , vont de temps en temps elles-mêmes au marché ^ pour y connaître le prix de ee qui s'y vend , ou qui y conduisent leurs jeunes demoiselles , pour leur apprendre à ne pas se laisser tromper un jour par leurs domestiques. Les motifs difTérens ennoblissent ou avilissent l.es mêmes actions.
Mais il n'est pas moins vrai qu'il vaudrait encore mieux être trompé quelquefois que de vivre dans une défiance continuelle. Si la méfiance est la mère de la
sûreté , elle est aussi , quand elle est portée à l'excès » celle des soupçons cruels, des noires inquiétudes, des peines dévorantes , des chagrins mal fondés avec lesquels le bonheur n'habita jamais. On disait à Jules* César que Ton conspirait contre lui : a 11 vaut mieux mourir une fois, répondit-^'il , que d^avoir toujours à se défier. » D'ailleurs > si on ne saurait montrer moins d'esprit qu'eu se défiant à tout le monde , on ne saurait aussi montrer plus de petitesse d'âme qu'en se défiant de tous les hommes. Je mépriserais le premier , mais ,
i'e me défierais du second : il est au moins d'une pnw lité fort équivoque ; et il est presque à parier que 'celui qui se défie de tout le monde , est lui-même tra^ trc et faux. On ne juge souvent les autres que d'après soi-même.
Prenez donc le milieu entre les deux excès : penchez même, si vous le voulez^* un peu plus du côté de la défiance. Tant d'autres se sont repentit de ne s'^re pas assez défiés , que cela doit vous tenir anr vos gardes »
au moins jusqu'à ce que vous connaissiez. Combien de gens ne cherchent que des dupes ! méfiez-vous surtout , comme ie disent les Italiens, de celui qui vous fait plus de caresses qu'à Tordinaire : ou il vous a trompé, ou il veut vous tromper.
Le jeu est une des occasions où les jeunes gens doivent apporter le plus de défiance , quand ils se trouvent av(c des personnes qu'ils ne connaissent point, parce qu'il est plus facile et j^lijuk ordinaire d'jf être trompé ,
msà iiOBuA. 89
6t que les plus habiles mêmes le sont quelquefois. En voici un exemple qui pourra servir d'instruction aux ^rsonnes trop ci^dules. Un joueur de profession , Toulant attraper nn riche médecin , fit le malade, et eovoya le mafia chercher TEsculape* Celai-cî le trouve au lit 9 loi tàta le pouls , et ordonne une purgation ; mais c'était lui-même qu'on roulait purger. 11 promet de revenir le soir. Lorsqu'il arriva, un pharaon «îtait établi ; on n'y jouait qu'avec de l'or , et la banque était de deux cents louis. Le prétendu malade , après avoir entretenu de son état le médecin , qui jetait toujours des yeux avides sur la table , lui dit : « Vous avez la physionomie heureuse , voudriez-vous uie faire le plaisir de ponter dix louis pour moi. — Très-volontiers , répondit le médecin. » Le joueur lui donna ks dix louis, et aussitôt il se mit à jouer. Il était si heureux , qu'il ne mettait sur aucune carte sans gagner. Toute la partie était surprise de son bonheur. En moins d'un quart-d'heure, il gag^na cinquante louis. Il les compta au malade, en lui témoignant qu'il avait eu plusieurs fois envie de lui proposer d'en être de moitié. « Ah I mon Dieu I monsieur le médecin , dit le malade , j'en suis au désespoir : que n*avez-vous parlé 1 J'aurais été charmé de partager avec vous ce petit profit ; mais ce
Jui est différé n'est pas perdu. Vous n'avez qu'à revenir emaiu à la même heure : ces messieurs seront ici
Eour prendre leur revanche , et nous jouerons ensemle ce que vous voudrez. » Le docteur n'y manqua pas. Il s'associa avec son malade. On laissa d'abord gagner quelques louis au médecin ; mais dans peu la chance tourna. II perdit ce jour-là et les suivans vingt milhï livres qu'il avait gagnées à force de courses et d'ordonnances.
Avec vos amis même avez de la prudence.
Si tous les amis étaient tels qu'ils devraient être, la prudeuce a vec eux ne serait pas une vertu si nécessaire ;
mm }€9 vrm» amis mit auw rares, que les Um amis
sont communs. Au^i Tauteur de l'Ecclé^astique nouf i recommande^t-il de De prendre ua ami ^'aprèlSir^voiil
- éprouvé , atcbiie pa»Miii» ââr fàVA k lui ; lar , ajovlik \riif tel est «m qui se obange en ennemi; toi ^ am qui pnmdfa fueveUe aveo vons, et qui par haino » découvrira d(» cbo$Q$ qui ue vous feront ii>uiut d iioa^* neur *. n
Combien , en e(fot , n>n a-t*on pas vu qui , étant devenus ennemis , d'amia qu'ib éUiî^t auparavant , ont abusé de la confiance qu'on avait eue eu eun l niécontentemeot » le dépit > la vengeance leur ont £iit
indignement publier les secrets et la bonle de leur ancien ami. C'est donc un bon conseil que celui que donnait le philosophe Tbalès , n de vivre avec nosami^i comme s ila devaient un jour cesser de 1 être, a II fout pourtant convenir que cette maxime étant plus selen les régies de la politique que de la vroif amitié, elle doit plutôt avoir lieu avec nos amis qu'avec nof re ami. Une union intime s'actommode mieux de toute l'ou-» verfure du cœur que d un excès de prudence.
Ayez , s'il eat possible y beaucoup de bons amis ^ \\ B'y a pat d'bounéte bomme qui ue 4ésire et qui mérite d'en avoir plus qu'il n'eu a ; mais u'ayezqu'un confident. On a dit qu'il doit en être du cœur de rbom-- Bie, comme d'un habit magnifique et bien fait, qui * peut prendre pour devise : agréable à tous .propre d un $euL Tâchez , par vos manières polies et par votre indinAtion bieuietsante # d'être aimé et estimé de tout le Buwde ; ouvrea vos mains et vos trésers à quantité de personnes : mais n'ouvrez votre cc^r et ne donnei: votre confiance qu'à uu seul. Encore ne faut-il le faire qu'après vous être assuré qu'il en est digne» Faittjs , pour cela , choix d'un ami sûr , et d'une si exacte probité que , venant à eesser de l'être , il ne veuille pas abuser de votre confiance. Si vous avez eu le bonheur d'en trouver un semblable , ue craignez pas de lui donner toute votre confiance. Jouissez avec lui sans mesure de toutes les douceuis de la plus sincère amitié, et croyez qu'il vous serait plushonteux. tlo VOUS 4â£ier d'un tel ami que d'en être trompé*
?£e e$t aitt^s, qui eonvertiiur ad inimieiiiam, etc. Eccll, 6
ras wtmm. Si
Ne confiez néanmoins jamais , si vous êtes sage ^ ' certaines afCiires à vos plus iotimes amig mâmat ^ lartout lonqu'ik peuvent trouver quelque evantago à profiter dé vetre confiance. L'intérêt est plus puissant
que l'amitié. Il y a souvent des momens critiques pouc Famitié comme pour rinnocence. £a voici un exemplo
frappant.
Un marchand fort riclie , étant sur le point de partir de Rouen pour Paris» alla prendre eongé d'un de ses amis. Il Ini dit ie sujet de son voyage, et lui parla des lettres de diangeet de l'argent qu'il voulait porter avec lui. Celui-ci forma sur-le-ciianip le dessein de profiter d'une si belle occasion. II In pria dedinérer son voyag^o de quelques jours, eo lui disant qu'il partirait avec lui , et qu'ils s'anusoraient sur la route. Le marchand n'ayant pu se reudié à sa peière , il le chargea d'uné lettre , et le pria de la remettre d'abord en arrivant ^ avant même, lai dit-il, que vous soyez descendu à aucun Io<2^îs , parce que rien nVst plus pressé. Le marchand prit la lettre, et promit à son ami de faire exactement sa commission* Il partit dans un codie; Dés qu'il fut à Saint^Denis , à deux Keues de INirf s , ^n eicempt , eseorlé de quelques arcbere, fit svrêter ie coche, et obligea le marchand d'entrer dans un fiacre, où l'on mit aussi sa valise. Le marchand fut conduit chez M. d'Argenson , lioutenant-génôral de la police de Paris. Quoique sa conscience ne lui reprochât rien , il ne laissait pas d'être fort inquiet, u Vous avez sur TOUS , lui dit ce magistrat ^ des papiers dangereux qu'il faut que vous me donniez ; il y va de votre vie , si vous nw cachez quelque chose. » Alors le marchand lui lit le détail de toutes ses lettres de change. « Vous avez d'autres papiers, hii dit M. d'Argenson ; je tous f^te«quil est pour vous de la dernière conséquence que TOUS mé disiez la véritA. » Le marchand se souvint alors delà lettre de son ami. Il la montra. M. d'Argenson lui dit de l'ouvrir. Il s'en défendit en disant qu'il aimait mieux qu'on le conduisit en prison, que de faire cette infidélité k son ami. Il fut enfin cdiligé d'obéir, parce qu'on lui ordonna d^ouvrir la lettre soius pdne de la vie« Il lut une lettre fort courte , en eqs termes ; a Sajsissez-vQUs du porteur , et expédiez-lo
L*ÉCOUS
sans perdre de temps ; j'arrive incessamment , et nous partagerons sa dépouille. » Le marchand s eranouit. A peine fut-il revenu à lui par les secours qu'on lui donna , qu'il s'écria : « Ciel ! à qui désormais me fier? » M. d'Ârgenson lui dit jfu'il n'avait rien A craindre ; qae celui à qui on l'avait recommandé âait arrêté , et que celui qui avait écrit la lettre était pareillement eu lieu de sûreté. Il avait été informé de tout par une personne à qui le faux ami avait confié son dessein. Qui peut ne pas reconnaître ici une de ces permissions assez ordinaires de la Providence divine , qui déeon-** certe les mesures des scélérats, et les fait tomber entre les mains de la justice, lorsqu'ils s'y attendent le moins?
Comme les exemples instruisent autant , et peut-être mieux que les leçons de morale, nous allons enrore en rapporter un , qui fait beaucoup d'honneur à la sagesse ingénieuse de M. de Snrtine«G9 n'est pas le seul où il ait montré , ainsi que M* d' Argenson , des talens supérieurs dans l'ei^erdce do la même charge de lieutenant-général de police.
Un homme de province, étant venu à Paris pour y acheter une charge , déposa cinquante mille livres entre les mains d'un ami. Lorsqu'il eut arrangé et terminé son aflSftire , il alla redemander le dépôt qu'il avait confié. L'indigne ami fit l'étonné , et dit qu'il n'avait rien reçu. L'autre , au désespoit, vînt trouver le lieutenant-général de police , et lui exposa sa malheureuse situation. M. de Sartine lui demande s'il a pris un hillet , ou s'il y a des témoins. 11 répond que n'ayant pas cru devoir se défier de son ami il n'avait tiré aucun billet» et qu'il n'y avait eu d'autre témoin que la femme de son faux ami. Le magistrat , après un moment de réflexion, lui dit d'entrer dans un cabinet voisin , et de l'y attendre. 11 envoie aussitôt chercher l'infidèle dépositaire, et lui dit : a II vient de me revenir par la police, que tous avez reçu un dépôt de cinquante mille firancs f et que vous refusez de le rendre* » L'autre nia qu'il eût jamais reçu un tel dép6tde personne, a Je le veux pour un moment , reprit M. de Sartine ; mais pour mieux m'en assurer , écrivez à votre femme , qu'on dit en avoir été témoin ^ ce. que
je vais vous dicter ; Je toos prie , m tré^-i^ére époiiacii
de remettre an porteur de celte lettre la semme de
cinquante mille livres , que j'ai reçue devant toiia en dépôt de monsieur un tel. » Il fallut obéir, et écrire le billet. M. de Sarline Fenvoya par une personne sûre, qui rapporta la somme« Le traître amij,^ con* TaincD de sa fourberie » se jeta aux pieds du magistrat, qui loi fit une sévère réprimande. Pour achever de le couvrir de confusion , M. deSartine fit paraître Pau tre, à qui il remit ses cinquante mille livres, en lui recommandant de prendre mieux dans la suite ses assurances et ses pré<âtttions.
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Pomt de folles amours
ES premiers soupirs d'un fol amour sont les derniers soupirs de la sngesse. Dès qu'on a commencé une fois à donner entrée dans son cœur à cette passion, que les progrès en sont rapides ! C'est-là surtout qu'il faut s'opposer aux commencemens , et que le remède vient trop tard > lorsqu'on a laissé au mal le temps de se furfifier. Jeune homme, si vous élcs sage , résistez aux impressions naissantes , étouffez les premières étincelles, Il en est de l'amour comme le feu : il ne faut pas jouer avec lui» et il est plus aisé de le prévenir que de l'arrêter
La jeunesse est le plus' dangereux de tous les âges. Le temps oîi l'on a le plus besoin de réflexions est celui où l'on en fait le moins. C'est, pour ainsi dire, une ivresse continuelle et la fièvre de la raison. L'amour semble y être au guet , pour épier les premiers momens, A peine la nature se développe , qu'il commence à dé-^ cocher ses traits. Qu^ils sont redoutables, auand ils tombent sur un cœur facile à s enflammer 1
Le jeune homme se trouve entre deux écueils bien dangereux pour lui : la corruption du siècle et ses propres passions. Pour les éviter , il ne lui faut pas noms que la pradenoe d'Ulysse , qui ferma ses oreilles