t^éCùtÈ
aux Toix peifideâr et'eachanteresses des sirènes, ou ie^ conseils du saga Mentor , et la docilité de son jeune éidve» Encore faudrart-il peuirétre rairacher matgi^ lui i la séduction ^ et le précipiter dans la mer^ ponr
empêcher sa fragile \ertu de ûiire naufrage. Tant il est difiicilo de triompher d unepassiou quinaqoetiep de force et d'attraits.
^ Xel estaiéme le malheur de la condition BumaïAe' 9 qim la sagesse la plus consommée , et la prudenoe la plus èstimaUe dans tout le reste» éciiappent quelquefois avec peine «-^ l'amour. Les plus grands hommes ont , eu sur ce point les pins çrrandes faiblesses. Ceux qui , par TAge» par rexpérieucc et par d'excellens conseils^ seraient en état de conduire les au très » sont quelquefois assez malheureux pour se. laisser conduire eux-^mémes par cette aveugle passion.
Elle est dans un magislrat, dans un homme publie, encore plus honteuse que dan<« les antres, parce qu'il doit avoir plus de sagesse. Elle obscurcit l'éclat des grandes qualités qu'on possède. On est éclairé, incoi^ ruplible f si pourtant on peut Tétre long-temj^s avee* une telle passion ) , ami de Tordre et de la discipliné , attaché à ses devoirs , lèlé pour le bien public; mais plus on est rcspeclable })ar son rang, par ses grandes qualités, plus il y a de honte â (ievcnîr le vi! esclave d'un penchant malheureux, et plus le scandale est grand. Souvent même il se transmet h la postérité la plus reculée par les mains de l'histoire , qui ne le conserve que trop fidèlement dans ses fastes. Comhîcfft de granrls pi i rues ont terni une partie de leur gloire par celle houlcMise faiblesse , et auraient désiré de {pouvoir en effacer ie souvenir <ie la mémoire des hommesl Racine, chargé par Louis XIV de faire l'histoire de son régne , lui demanda une audience particulière, cr Sire, lui dit-il, un historien ne doit point flatter , il doit représenter son héros tel qu'il est , il ne doit inétne rien oublier : comment voire majesté veut-elle que je parle de ses amours? » Le roi lui répondit : ((.Passes là-dessus. — Mais, sire, reprit Racine, ce que fômettrai , le lecteur ne l'omettra pas , et me fera fin reproche de l'avoir supprimé, » Louis XIV ne se ççpdit point} il lui dit ^nc9rQ ; « Pas^ç/^ li-diiîj^ijs.
Ators Radne lui répliqua : a Comme il y â cfams la vie
de voire majesté des choses incroyables , la sincérité . avec laquelle j'ayouerais à mon lecteur les faiblesses de mon héros, lui persuaderait que je respecte toujours la vérité , ^ servirait de garant à mon histoire. » Le rot, après un moment de réflexion, lui dii ; « Je mie Anrt indéterminé ; tout ce qpie je puie^tou ik» à pri» èent , c'est de passer là-dessus. »
L'auteur de l'excellent ïiailé de Tusage des Passions * dit que quand les hommes seront devenus des anges, il leur sera permis de contracter amitié avee lee l^mmes. Quoique la sainteté do leur état^ l*obl%atlon plus étroite aune conduite irréprodudiley inter^ disent particulièrement aux ecclésiastiques tout commerce intime et frécjuent avec les personnes du sexe , les autres ne doivent pas plus se le ])ermcttre, puisque le péril est égal pour tous du cdtc de la nature; et que du côté de la loi il y a la même défense de a'exposer au péril , si Ton ne veut périr. Le comraeree des fem^ mes aimables y comme Tavoue lui-même M. de Ciaville** , est le plus propre à mettre h Tépreuvc la raison d'un homme délicat et^sensihle. N'en pas connaître le danger, c'est aveuglement ; ne pas craindre la déprava tion de son cosur , c'est présomptum. Malheur à celui qui compterait sur ses forces et sur sa sagesse I il nVn serait que plus près de sa cliute. Eût-on , par riiiuocence la plus conslaii((^ , ( t par la plus vertueuse éducation , nu lieu de se croire invincible, on ne saruait trop multiplier les précautions contre un emiemi qui est si dangereux. Le vice grossier fait horreur , Timpudenœ brutale donne de l'indignation ; mais la beauté modeste est bien plus dangereuse : en Taimant on droit n*aîmer que la v(m (ii , ( t insensiblement on se laisse aller aux appâts trompeuis d'une passion , qu'on -> " " * ' ■ ■ I. ■- ■ ■
Le Séant de l'Oraloiré, Tuii des plas grands prédicateiin de 8011 tempi. Il moiirei général des srstorieas » en 1672«
La morale de «et anlenr sur le commerce des femmes , âlnsl qïle sur les plaisirs, sar les Spectacles, etc., n est pas assex exacte ni bonne à suivre* Il a voulu , ce me semble , en plusieurs endroits de son ouvrage , allier les deux cnuemil les plus epp^s et les pluf irréconciiiobWa ^ rSvwi|ilo«l io fBmM \ «til Hlll««4€i9 ni
partoul itus9i mU
06 ^ ' L'JSCOLS
n'apêî^ii que lorsqu'il n'est plus temps de s*en défendre. Pour éviter cé piège et tant d'autres préparés contre l'innocenre, il faut vivre avec les femmes , lei plus honpétes même et les plus sages , d'une manière toujours décente et respectueuse , étayer sa vertu par la circonsneetion et par la vigilance , et la fortifier par line grande délicatesse de sentimens. Loin d'aller chez les femmes pour les corrompre , prenons auprès d'elles des leçons de- modestie et de pudeur. Si les hommea avaient moins d'impudence^ ils leur trouveraient moins de faiblesse.
Si vous êtes donc en quelque sorte obligé de voir de temps en temps les femmes, respectez- les, et soyez > sur vos gardes. Il n'arrive que trop souvent que des commencemens purs et honnêtes ont de3 suites hon* teuses et criminelles. L'homme est bien faible : con* naissez-vous et craignez. Les plus forts ont été vaincus. L'exemple de David, ce prince-selon le cœur de Dieu ; celui de Salomon, qui était le plus sage des hommes , et tant d'autres , doivent faire trembler les plus intrépides.
Ovous 1 qui voulez conserver vos mœurs et votre vertu 9 évitez soigneusement toute familiarité^ surtout avec ces femmes qui ne connaissent point les lois de la pudeur, et qui , par le peu de respect qu'elles ont pour elles-mêmes , apprennent aux bommes à ne pas les respecter, et les invitent à les séduire.
Redoutez et fuyez avec encore plus de soin ces fem- ^. mes cbarmantes et méprisables qui, ne rougiissant pas de prostituer les agrémens que la nature leur a donnés, se font un métier d'attirer et de faire tomber dans leurs pièges une trop imprudente jeunesse. Craignez leurs manières douces et engageantes ; craignez ces ^eux animés et éioquens « ces tons de voix tendres et insinuans^ qui savent si bien la loute du cœur. Elles n'ont rien de doux et d'aimable qui ne soit- mortel. Il ne faut à une de ces femmes artificieuses qu'un elind'œil, pour renverser à ses pieds votre vertu ciiancelance : il ne lui faudrait qu'un soupir, qu'une de ces larmes fausses et perfides comme elle , pour vous rengager dans ses fers , eussiez-vous enfin formé la ré* solution de les rompre. Ne vous laissez donc pas prendre
% M trompeaM flatterie» , à ces redoutables et fuhesteg attraits , qui en ont perdu tant d'autres. Si tous êtes libre , ne vous jetez pas dans ses chaînes : elle ne vous attire que pour vous perdre. Lorsque vous lui aurez tout donné, elle vous insultera et <îe rira de vous. Une courtisane reprochait à un jeune seigneur, qu'il aimait le changement* « Vous avez raison, lui répondit-il; car tout ce qui était dbez moi est passé chez vous, a
Ce serait bien pis encore , si déjà vous aviez contracté des cngagemens sacrés et inviolables. C*est un pcirjiire et une espère de sacrilège d'engager h d'autres un cœur qui n'est plus à soi* Les maximes corrompues du monde, toujours démenties par la voix de la conscience ; les prétextes les plus spécieux , suggérés par le libertinage , par le dépit ou par le désir de la ven-
Ïfeance; les exemples les plus imposans, donnés par es personnes mêmes qui doivent servir aux autres do modèle y ne sauraient prescrire contre la loi divine , ni servir d'excuse au tribunal de celui qui a été pris à témoin des sermons jurés à la face des autels. Si un honnête homme ne doit jamais , même selon le monde^ manquer à sa parole ni à ses sermens , celui qui y manque en un point aussi essentiel , mérite-t-il d'eu ^rter le nom? a Veillez sur vous, mon ûls, disait l'obie f et défiez^yous de votre cœur ; évitez Técueil des femmes : et content de celle que Dieu vous donnera pour épouse , craignez de connaître le crime » La femme d'un autre ne doit inspirer qae du respect,' ou, si elle n'en mérite pas, du mépris. Une femm© doit se faire gloire de penser de même à l'égard des hommes ; et quelles que soient ses raisons , elle a toujours tort de «'attacher à tout autre qu'à son époux» Une dame vertueuse , sollicitée par un gentilhomme ^ lui répondit : or Lorsque j*étais fille , je dépendais de mon père et de ma mère ; à présent que je suis mariée, j'appartiens à mon mari, d
il y a bien dé la honte et du malheur à se laisser Taincre par Famour criminel* Celui qui sait se garantir |de ses traits , est aussi heureux que sage. Les peines commencent où finit la sagesse. L'amour traîne après
98 t*BGQl.« *
lui les craintes , les chagrins , les regrets. Sî Ton iiw terrogeait toutes les personnes qui s-y scmt le ping, livrées 9 et qu'on aurait crues devoir être les heu-» reuses y dles conviendraient que leurs chagrins ont
passé de beaucoup leurs plaisirs. « Il n'y a pas une femme galante , dit madame la marquise de Lambert à sa iille , quî , si elle veut être sincère , ne nous avoue que c'est le plus grand malheur du monde que da «'être, oubliée, »
Une passion naissante étale, il est vrai, tous ses
charmes , et promet les plus constantes douceurs : les ^ commencemeps en sont doux comme le miel ; mais la fin , dit le Sage , est amère comme l'absinthe. C'est ce qu'éprouva la iameuse Anne de Boul^. Eblouie da Tédat du trône , comme Henri VUl le fut de &m char^mes , eUe eut la faiblesse de sacrifier sa vertu à son ambition. Ce prince répudia sa légitime épouse, et fit Anne de Ëoulen reine (rAn^lclcrre. Mais le comble de sa fortune fut le coaiiueucement de ses malheurs. Henri , dont l'inconstance en amour faisait le caractère, ayant conçu un nouvelle inclination pour Jeanne Sevmour , Anne de Boulen s'en aperçut , et résolut ae perdre sa rivale. Elle s'attacha quelques seigneurs de la cour, et fut soupçonnée d'avoir avec eux un mauvais commerce. Le roi lui (îf faire son procès : cl s;ins être con^ aincue, elle eut la tète tranchée sur un écha- &ud. Triste exeniple des funestes suites de l'amour criminel 1 Et combien d'antres aussi frappans ne pourrions-nous pas citer I
Un ancien poète, qui pouvait bien le savoir par sa propre expérience, avoue que les roules les plus fleuries de l'amour sont semées d'amertume , et que do venins cmels y sont souvent cachés sous la douceur du miell
itnpia tuh duîci melle venena latcnU
OTn>E.
Madame Desivonliéres , rendre cette vérité pluâ sensible , emploie une fiction ingénieuse et agréable.
Elle feint que dans un sonire elle crut voir sur les myrtes fleuris, un oiseau plus beau que tous les autres, dont la voix remportait sur les plus doux rossignols. Elle
CQunrt ton^^emis ayvôs , «ans pouvoir Tattnq^^ '
DS0 MOBCBS. 99
. Bntio II -en pourint phu , û ie vend » |e Fattripe 9
Camme f en avais «a dessein :
Bi fcdl^ que je suis , j'ai si peur qûll n^échappo ^ ' Que je l'enferme dans mon scin.
O déplorable avenlore l
Ce malicieux oiseau ,
Qui m'avait paru si beau >
Change aussitôt de figure »
Devient un affreux scrj>enl ,
Kt du venin qu'iî répand
Mon cœur fait sa nourriture.
Ainsi , loin de goûter les plaisirs innoeens , D^tsa trompeuse voix avait ilatté mes sens#
Je souffrais de cruels supplices.
LiC traître n'avait plus sa première douceur ;
Bl f selon se» divers caprices »
II troublait ma raisoa et déchiratt mon cœur.
Par des xsomoiencemeq^ si ru^es »
Vçfai^ que les plaisirs que je devais avoir »
Se changeaient en inquiétudes :
Renonçant tout d'un coup au chimérique espoir éont il voulait me faire une nouvelle amorce ,
D'un dépit plein de fureur
J'empruntai toute In force,
£t j'étouffai rimpostcur.
Un autre poète français ^ plus libertin peut-être dans ses pensées que dans sa conduite , ^uoiqull soit rare et difficile que le libertina|]^e de l'espnt soit san« celui des
mœurs , fait aussi un âvetiqui est rcxpression du cœur, dans nne de ses fables, où après avoir iail i è^gÇ3(3 l'amitié , il ajoute :
Cet aîîtro sentimont (juo l'on appelle amour Mérite moins d honneur : cqx iuiant chaque j|u^ , • > Je le célèbre et je le cbanle. i v ' ^ '
Uélas I il n'en rend pas mon àme plus ro n f en tpX i
La i'oMA;.^^^,^
Quels troubles, en effet, quelles peines, quels chagrins, quels tourmens s( < iets sont prosqne toujours les fruits amers des criminelles amours 1 Les premières peines qu'on y éprouve, à la place des plaisirs qu'où s'y promettait , sont des inquiétudes continuelles , tantôt de la part de la personne aimée, dont on a ou l'indifférence à vaincre, ou l'incoiislance à fixer, ou les rnpi j( ( s i\ souffrir ; tanUM de la part des pnreus et
d^s surveiUans attentifs « dont il est difficile de pouvoir
100 L^ÊCOLE
tromper la Tigilanee : tantôt de la part d'un rital qui , rebotô en apparence , est peut-être favorisé en seciet ; peut-être même que , plus aimé , il reçoit une partie de vos présens , et que deux fourbes , ïku lieu d'un , se divertissent à vos dépens : car il est rare qu'une femme galante n'ait qu'une intrigue et plus rare encore qu'elle n'ait que ce vice.
Cooilneii d'amertumes et de peines n'éprouve-t*oii pas aussi du côté de la religion , s*il en reste encore quelque sentiment 1 Dans certains momens où , l'ivresse du plaisir passée, on revient k soi , quels remords accablansl La conscience indignée, traçant l'épouvantable image des jugemens de Dieu, pousse un de ces cris qui retentissent au fond de l'âme , et la remplissent de sombres lerreurs. Mais nous aurons lieu de parler ailleurs des grands motifs que la religion fournit contre cette dangereuse passion. Nous ne voulons employer ici que la voix de la raison. C'est à son tribunal que nous appelons le voluptueux ^ pour le forcer à se condamner lui-même d'aveuglement et de folie.
Fut-il jamais un maître plus dur et plus impérieux que l'amour? C^est un tyran qui gouverne despotiquemcnt ceux mêmes qui sont les maîtres des autres. Is'est-ce pas une chose pitoyable de voir des hommes , qui tiennent un rang dans le monde, qui ont fait des prodiges de valeur^ trembler puérilement aux pieds ae la personne qiiHls idolâtrent , essuyer ses capnccs , ses bizarreries » ses humeurs » et passer aveuglément partout où il lui plaira? Combien de grands capitaines, de héros, ont donné sur cela les plus ridicules scènes I Combien de maîtres, tyrannisés par une passion qu'ils n'ont pas le courage de vaincre , se mettent indignement au-dessous de leurs propres domestiques I Avec quel ménagement , et pour ainsi dire avec quel respect» parlent-ils à celle qui a séduit leur cœurl Avec quelle patience dévorent-ils ses insolentes réponses! Sont-co donc là ces hommes , qu'ailleurs on respecte et on admire? Ces grands, si fiers, si impérieux, si dédai«* gneux , les voyez^vous, comme de méprisables esclaves^ ramper indignement aux pieds d'une vile créature ^
Îu'avant leur passion ils auraient cru trop lionorei 'une parole ou d'un regard ?
DfiS :UOEURS.
MaiSj fil Tainoor crimiDel est déshonorant pour les bommes , il Test encore plus pour les femmes , parce que la pudeur y la modestie /la décence^ doivent être surtout leurs vertus. Plus on a de respect pour leur sexe, plus on a de mépris pour relie*? qui le déshonorent. La chasteté est pour elles ce que l'honiieur est pour les hommes 9 leur plus bel ornement* Aussi une femme sage et vertueuse est elle respectée de ceux même qui ont tenté de la corrompre. Henri TV , à qui on ne peut guère reprocher qu'une trop grande faiblesse en ce genre, ayant voulu séduire Auloiiiettede Pons , marquise de Guercheville , la trouva inflexible. Il la loua de sa sagesse, et lui dit : a Puisque vous êtes véritablement dame d'honneur , vous le serez de la reine que je mettrai sur le trône* » Il tint parole , et elle fut lapremiîîrc qu'il nomma dame d'iioniicur de Marie de Médicis. Madame de Guercheville vécut estimée et respectée généralement.
Le monde » tout corrompu , tout relâché qu'il est à Tégard du vice dont nous parlons, ne manque jamais de mépriser les femmes qui s'oublient , et ii en faiit Tobjet de sa risée. Deux femmes , connues par leurs galante* ries, se querellaient au jeu. Quelqu'un leur demanda ce qu'elles jouaient : a Nous jouons pour l'honneur , dirent-elles. — Vous £ftites» leur répondit-il » bien du bruit pour rîen. »
11 est difficile de comprendre comment des femmes bien nées peuvent se déterminer à être , par leurs désordres , l'objet de la raillerie et du mépris public. Quelque complaisance que le monde ait pour les personnes du sexe , il ne Ta pas encore poussée jusqu'à approuver celles qui manquent à leur devoir. Si elles ne lui font respecter leur conduite , il ne Texcusera Mint ; et , si elles sont r^réhensibles à ses yeux , il les jugera sans indulgence. Le vice déshonore celle qui vit dans la splendeur, comme celle qui traîne une vie iniséral)le dans les ordures du libertinage. Le seul
|)riviiége du rang et de la naissance , c'est d'exposer es désordres à un plus grand jour ^ et de les faire plus connaître '; c'est de led rendre plus criminels ^ en au«* tdrisant le mal par un plus grand exemple. De quck|ue condition, de quelque état qu'on soit
102 t'SCOJJB
il est difficile de cacher un mauvais commerce , quand la nature même ne contribuerait pas à le découvrir. Le public est clairvoyant. On a pour les fautes d'autriii des yeux que la maUgnité » la rivalité , la jalousie ^ tiennent toujours ouverts ^ des yeux attentifs et perça ns. Les choses qui devraient être conduites avec le plus de secret, sont celles qui sont le moins ignorées^ Quel sujet de honte et de confusion pour une jeune personne aont la faute vient à éclater ! Que devint** elle aux yeux d'une &miUe sur qui rejaillit une partie du déshonneur I Quedevient^elle aux yeux dessales p et dans quel étonnement ne les jette- t-elle pas ? Que devieiil-Llle aux jeux môme des libertins? Ne sont-ils p^s les premiers à la mépriser , à l'insulter 2 Disons pins y peut-elle se déguiser à elle-même sa pn^re in^ tamiet
Encore si celui i qui elle a fait le sacrifice de son
honneur , avait pour elle les sentimens et les égards qu'elle devait en attendre , son ^ort du moins ne serait pas si à ])Ip.indre> et elle ne se croirait pas si malheureuse. Mais les hommes ne tardent pas à se faire payer les frais de leur conquête : ils se dédommagent ayee usure de ce qu'elle leur a codté. Ceux qui étaient les plus doux , les plus soumis , deviennent souvent , .iprês leur criminelle victoire , les pbis firrs , les pins impérieux, quelquefois les plus dédaigneux et les plus méprisanSf Pensée bien triste, réflexion hièn amére pour une jeune personne qui n'espérait trouver que de la douceur et du pliMsîr , et qui est désormais obligée de dépendre de son v.iinquenr , et d'avoir à chaque instant à craindre qu il ne publie son infâme virloire, conime il n'arrive que trop souvent* Gambienny cna-t-il pas qui y par un raffinement monstrueux de vclupté , se plaisent A séduire les plus sages, pour les abandonner ensuite, et divulguer leur* faiblesses I Sentimens hîeit indignes, sans doute, ( t trophées d'ignominie plutôt que de gloire I Mai??, n'est-il p?s étonnant qu'ils (rouvent encore tant d^ dupes? et n'y a-t*il pas là do quoi arrêter toutes eélles qui pensent? Car indépendamment de la bonté qui suit le dérèglement , n'est^il pas bien cruel de se Voir trompée par un indigne à qui Ton al fout sacrifié ? François de Roban l'éprouva. £ile
était laiisé séâuîre par lo dm de Nemours , qui , fax «a artffiee assez ordinaire en ce penre lai avait prcH mitf de Tépooser* Lorsqu'elle se yit eneeinte f elle somma le duc de tenir sa parole; mais ce prince pei^de se moqua de ses promesses.
Eoiin ce qui met le comble à la honte d'une jeune personne déshonorée par de crimÎDelles amours , c*es4 qu'elle est exposée à s'entendre reprocher sa faute par tous ceux qui aimeront à lui ftdrede k peine , ou qui Youdront se venc^er de ses plus innocentes railleries. On a toujours de quoi lui fermer la bonche , suppose qu'elle ose parler encore : contrainle à dévorer en si-» lance I(s mortifications les plus humiliantes» depuis que sa faiblesse a paru , à peine ose-t*«Ue paraître elle* même.
Prenfira-l-ellîi l'affreux parti de lever le masque et de ne plus ro^igir de rien? Maisc'c sL une Irisfe consolation que do ne plus se soucier de ce qu'où pensera de soi, d'être réduite à se consoler du mépris public par un mépris pareil. Cest le désespoir d'une ftmeaTilieà ses propres yeux.
Le seul asile qui reste à u.io personne déshonorée par sa rhiife , est relui de la retraite et d une vérifnble conversion. Elle doit se cacher enlièrcment et se faire ouhliers'il est possible ; car si elle vent continuer encore à paraître dans le monde , son déshonneur la suivra partout. Ffit-clle dans la suite pins sage , plus rén^uH^v re, on se souviendra toiijours du faux pas qu'elle a fait : ce p:is denic^un* imprimé dans l'opprobre, et ne s'efface jamais. C'est connue une cicatrice qui reste • après ia guérison d'une grande piaie«
L*boimear est comme um lie escarpée et flans bords : On n'y peut plus rentrer , des qu^on eo est dehors;
BSSPRÉACX*
Quel puissant vr.oliÇ y.nuv r(^((^îiir snr !e bofd même du préripice celles: q iionf encoredes senlim'Mis d honneur et de vertu ! Une bourj^eoise aussi vertueuse que jolie avait inspiré une passion trés-forte à un grand seigneur, qui lui dit un jour : et Votfe yeilu est tout ce que j'aime en vous, — Hé bien I lui répondit-^Ile , ne m'exposez donc point au danger de perdre tout ce que vous aimez en moi, »
Uiyiiized by
l'école
Que les jeunes peiMnnes du sexe se défient de ceux qui les loueot, parce qu'ils ne les flattent d'ordinaire que pour les séduire ; mais qu'elles se défient encore
plus d'elles-mêmes , parce qu'elles sout faibles , et qu'elles ont naturellement le cœur tendre. D'ailleurs , 1 amour-propre, qui est le premier dis. tous les flatteurs, et la vanité , qui est presque toujours d'autant plus
frande qu'on devrait moins en avoir, les empêchent e sentir la fausseté des louanges qu'on leur donne» Elles rapportent à leur mérite les éloges intéressés qu'on leiii prodigue. Elles prenneutle langage de la passion pour celui de la vérité. Elles reçoivent avidement ces joHs riens , qui sont comme les flèches légères de l'amour, ces petites fleurs de galanteries, qui exhalent un parfum doux , mais empoisonné ; et elles ne lardent pas à en ressentir les funestes atteintes.
Elles commencent à perdre peu à peu cette précieuse pudeur, qui est le plus beau coloris de la vertu. La nature semble l'avoir accordée en partage aux personnes du sexe , non-seulement pour relever l'éclat de leurs grâces par un fard innocent , mais pour être la gardienne de leur chasteté , et les avertir des pièges qu'on lui tond.' C'est un secours que le ciel leur a donné contre leurfaiWesse et leur fragilité naturelles. Malheur à celles qui, ne connaissant plus la pudeur, l'ont effacée de leur firont et de leur âme 1 Elles deviennent la honte et l'opprobre de leur sexe ; elles sont perdues et déshonorées sans ressource. C!cst-là souvent où conduit une première faihlesse : le premier pas franchi , on ne i!:arde plus de mesures , ou se porte aux plus grands excès.
Dans le crime one fois il suffit qu*on débate ; Une ehute toiyoun attire une autre chute.
C'est ce qui arriva à la iXQf fameuse Messaline , dont le nom est venu jusqu'à nous chargé d'infamie. Elle avait d'abord gardé quelques mesures, ne se peimettant que certains crimes , et même en secret et avec précaution ; mais voyant que rien ne s'opposait à ses désirs déréglés , et qu'elle pouvait , par l'indolence stupide de son époux'*', tout entreprendre sans rien
* L empereur Qaude, • ^
craindre , elle seooua toute couirainte et tonte pudeùr. Elle se livra sans ménagement à ses infâme passions , pen à peu elle se familiarisa avee le crime : et cette
funeste habitude i'ajant rendue insensible à toutes les considérations qui pouvaient l'obliger à quelque retenue, elle se laissa aller aux désordres les plus scanda*» leux. Groirait*on qu'elle porta plus loin encore Fim^ podence, et qu'elle osa; au miuea même de Rome , en plein jour » devant témoin et par contrat , se marier, du vivant de Tempereur son époux , avec Silius , sénateur romain et consul désigné ? Rien n*est plus avéré que ce fait, quelque incroyable qu'il paraisse ; le stupide empereur fut le seul qui Tignora. On crut devoir enfin l'en avertir. Il fit mourir Silius ; et il eût peut-être fait grftce à Messaline , si Narcisse , son ministre et sou affranchi , n'eût envoyé , dans le lieu où elle s'était retirée , des soldats qui la massacrèrent. Juste punition de tous les crimes de cette indigne impératrice, dont la mort fut moins honteuse encore que la vie.
Si sa conduite , si son sort vous font horreur , crai->
gnez jusqu'à la naissance, même d'une passion qui entraîne souvent beaucoup plus loin qu'on ne l'aurait pensé. Lorsque la fameuse Ninon de Lenclos , si célèbre dans le dernier siècle par son esprit, par sa beauté et par le long cours de ses galanteries , réfléchissait à soixante ans, sur la vie qu'elle avait menée jusqu'alors, elle ne pouvait s'empêcher d'en rougir , et elle écrivait à un de ses amis : « Qui m'aurait proposé une telle vie, je me serais pendue. » Cependant elle n'eut pas le courage de vaincre son penchant, et à quatre vingts ans elle s'y livrait encore. Tant il est vrai que la pente qui nous entraîne vers le mal est douce et facile ; et que, lorsqu'ime fois on a marché dans les sentiers détournés du vice ^ il en coûte infiniment pour revenir sur ses pas.
Mais, quelque difficile que soit le retour à la vertu , il n'est cependant pas impossible à l'homme le plus faible et le plus fortement dominé par ses habitudes.
Aidé de ses propres réflexions sur la honte et Tindécence de sa ronduite, fortifié surtont des secours du ciel y que lui attireront la prière, ses bonnes œuvres et
sa n'solulion générense, le vieillard le plus corroî»ïMi. surnioiitera biffiitùt son malheureux penrhaVît. Quoi qu'il doive en coûter , peut-on acheter trop cher , el par de trop glands efforts $ une si nécesBaiie • el si glorieuse vietdre ?
Il ne faut sans doute pas moins de fenneté et encore plus do soins et de contraîntn , pour conserver son innocence au milieu de fous les périls qui TenviroDuent; rjais aussi quelle joie« quel contentement ne proçtire pas une conduite sage et irréprochable 1 Tous les plaisirs que donne la satisfaction de$ sens, n'ont jaaiaitf valu la douceur et la tranquillité que f oûte une Ame qui n'csL attachée qu'à son devoir. Celte maxime^ ^i vraie et si consolante pour la vertu , devrait être gravée dans tous les cœurs. Elle l'était dans celui de Catherine doRohan. Henri IV^ qui avait conçu de Hnclination pour elle^ lui demanda un jour par eù on allait à sa chambre. Cette dame vertueuse 9 qui, guidée par éee principes de religion et d'honneur, croyait ne devoir rien aieorder que le mariage ne l'eût rendu pf rmîs et légitime, lui répondit : < Sire ^ on y va par 1 glise* »
Les ^ pères et surtout les mères ne sauraient Irc^ inspirer à une fille , par leurs leçons et par leurs
exemples , les sentimens d'honneur. Sans celte sauvegarde , toutes les autres seront presque toujours inutiles; et elle aura trop d'occasions secrètes d'échouer , pour qu'on puisse se flattei^ de fempêcher autrement de jEaire naufrage*
Nous avons trouvé dans un ancien poète français * un dialogue ingénieux , composé pour les jeunes personnes du sexe. Les sentimens d'honneur et d'une juste crainte 9 propres à faire impression sur elles et à les retenir, y sont présentés d'une manière vive et intéressante. C'est ce qui nous engage , quoiqu'il soit un peu long , à le mettre ici presque tout entier* On admirera , pour le siècle où il a été fait, la délicatesse des pensées et la correction du stjle , auquel nous n'ayons eu besoin de faire que quelques légers chan- , gemens.
* Bertaat , éyéque de Séez , en Normandie • mort en Mil*
DES MO&VRS;
DULOGUE DE BÂMON ET DE PANOPÉE»
Dam. A quoi \oas sert tant de ficrlé»
Belle et cnicllc Pnnopdc?
Paic. a consener ma liberté ,
Et m'empêcher d'élrc tronipëc.
Dam. Oaindriez-vous de voir chaoger
L*amoiir dont mon cœur vous révère?
Pan. Ne ai'c\posanl point au danger
La peur ne m'en orcupc j^uere.
Dam. Vous feriez grand tort à ma foi
D'estimer mon Âme infidèle.
Paît. Je m'en feiais bieo pins à mot
De vous aimer la croyant telle* Dam. Il n*en tàni point avoir de pedr :
Taime trop U nœud qui m*eogage.
Pan. Il ne fut jamais de trompeur «
Qui ne tint le jnémù langage.
Dav. L*amour si long-temps éprouvé
Dut chasser de vous cette crainte* Pan« Le mal aux ntiircs irrivt^
L*y dut toujours tenir empreinte» .
Bam« Ne dois-je donc rien espérer ,
Hors toujours pleurer tnsle cl bléme?
Pan. J'aime mieui vous faîte pleurer ,
Que me faire pleurer moi-même.
Dam. Po:jr(|iioi vous déplaît mon bonheur ,
Dont vous servir sont mes délices?
Pan. Parce qu aui dépens de rhonnéur
Vous faites payer vos senrices.
Dah* Ah ! do moins voyez mon loarawnl #
Puisque c'est de vous quMl procède* Paît* J^envenraîs lemalvainemenL
N'y pouvant donner nul remède* Dav* Mars vous en avez le ponvoîr ,
Si ma peine en est susceptible* Pan. Ce que me défend mon devoir f
Je me le réputé impossible.
Dam* Ah ! fiérc et cruelle beauté,
Qu'inhumaine e^t voîre rudesse î PaN* Cf' nn'* vons rru.'Ulté ,
b'auUcs i'appeUeroui s.Jizessc.
Dam. Est-on sasre pour maltraiter
L'amour d'un lidële courage?
Pan. Fst-on cruelle d'éviter
Le péril de faire naufrage ?
Dam. Mais appréhender ce malheur
C'est à faire à moins belles damei* ' Paic* Mais n*en craindre pas la douleur^
Cest à foire à de folles âmes.
108 L'HCOLB '"^
Dam. Votre beûnté vous garanlil
Du sort d'Ariane abusée.
PArf. Votre jeunesse m*afertll
De rinconstaiMBe de Théséë.
Sah. Trop aimable esC votre prison ;
Il ne peut étie qu'on la quitte»
Pan» Je puis bien perdre sans raison »
Ainsi que f acquiers sans mérite.
Dam. C est faire un mauvais jugemeni
De votre œil et de sa puissance.
Fah. Mais c'est juger bien sagement
De votre fatale inconstance.
Dam. Ah i je perds enfin mes accens ,
Pleur? , et réponses et demandes.
Pan. Quand vous perdriez encore le sens.
Vos perles ne seraient pas grandes»
Ni de vin 9 ni de jeux.
Ni dê vin. La passion du vin n'est pas moins à fiiir que celle de Tamonr : toutes les deux sont le plus
funeste écueil de la sagesse, a Le vin et les femmes , dit l'Esprit saint , font tomber les sages mêmes , et jettent dans l'opprobre les hommes sensés. N*excitez pas à boire, dit-il encore, ceux ^ui aiment le vin : car le vin en a perdu plusieurs* Le vm, bu avec excès, produit la colère etremportement, et attire de grandes ruines:
il est raincrIunK? Je Tàme *. d
Si le vin est le père de la joie, il Test aussi de la fureur. S'il fait naître quelquefois des pensées vives , brillantes, ingénieuses, il produit aussi les idées les * plus ridicules y les plus folles , les plus extravagantes. Il éteint par ses vapeurs ce noble flambeau que la nature îious a donné pour nous éclairer et nous conduire, ou il l'obscurcit de si épais nuages , qu'il ne jette plus qu'une sombre clarté. Privés de cette lumière , les yeux s'égarent y les pas chancellent» les idées se confondent, le jugement se trouble, les passions s'enflamment et portent aux excès les plus honteux. , ^ Xénophon , dans sa Cyropédie , rapporte l'impression' sincruHére que fit sur le jeune Cvrus la vue de plusieui-s
* Amariiudo animœ , vinum muUum potatunu Eccli. 3L
Digiti/co by C ji.jv.Kii^
DES MOEims. 10!^
pejrsounes ivres. Ayant obtenu d'Âslyage y son grand* père , la permission de lui donner à boire , pour imiter réchanson de ce prince , il s'en acquitta de fort bonne
grâce, a Je suis content, mon fils, lui dit Astyage, ou ne peut pas mieux servir; mais puisque vous vouliez imiter Sacas ( c'était le nom de Téchanson ) , pourquoi ^ n'avez-vous pas , comme lui, goûté le vin? — J'ai * craint » répondit avec naïveté le jeune prince , qu'il n'y eût dans cette liqueur du poison ; car au festin que vous donnâtes, le jour de l'anniversaire do votre naissance, aux grands seigneurs de votre cour, je vis clairement que Sacas vous avait tous empoisonnés. — Comment vites-vous cela 2 dit le roi. — C'est , repartit Cyrus^ que je m'aperçus qu'après qu'on eut un peu bu de cette liqueur, h tête tourna à tous les convives. Je vous voyais faire des choses que vous ne pardonneriez pas à des eufans ; crier tous à la fois sans vous entendre; puis chanter tous ensemble de la façon la plus ridicule; et lorsqu'un de vous chantait seul, vous juriez , sans ravoir écouté, qu'il i^ntait admirablement bien. Chacun de vous vantait ses forces; mais lorsqu'il fallut se lever pour danser, loin de pouvoir faire un seul pas en cadence , vous ne pouviez pas même vous tenir fermes sur vos pieds. — Comment ! reprit Astyage, , la même chose n'arrive-t-eile pas à votre père ? — Jamais > répondit Cyrus. Que lui arrive^t-il donc quand il a bu , ajouta le roi? — Il cesse d'avoir soif , répliqua l'enfant. »
Les Lacédémoniens y pour détourner leurs enfans de l'ivrognerie , leur faisaient considérer un esclave ivre. Quoi de plus propre» en effet , pour en inspirer de l'horleur , que de mettre sous les yeux le tiîste spectacle d'un homme que le vin a privé de sa raison ; de faire remarquer toute la laideur d'un état où Ion ressemble plus à une bètc qu'a un homme ; de rendre témoin de toutes les sottise s et de toutes les extravagances dont alors on est capable ! Nous allons en rapporter quelques exemples : puissent-ils par leur ridicule même , faire faire des réflexions sérieuses sur les excès de folié auxquels le vin peut porter les personnes qui ont le
plus (i'espiil I
Chapelle , aussi connu par son amour pour la vie
Tolupfueuse et pour le vin, que par ses vers délicats » soupait un soir tête à tête avec un marédial de France. Quand ib eurent bien bu , ils se mirent à faire des léflexiens sur les misères deeette vie, et sur rineerlilnde
de ce qui doit la suivre. Ils convinrent que ri<Mi ;ui monde n'était si dangerex que de vivre sans relii^inn ; mais ils trouvaient en même temps , qu'il n'était pas Possible de passer en bon chrétien un grand noniDre d'années , et ^e les martyrs avaient été bien he«reux de n'iiyoir eu que quelques roomens à souffrir pour gagner le ciel. Là-dessus Chapelle imagina qu'ils feraient fort bien l'un et l'autre de s'en aller en Turqrne pour y pr^ber la religion chrétienne, a On nous prendra , dbatt-il i Où nous œnduira à quelque bêcha. Je lui répondrai avee fermeté : vous ferez comme moi , mensitur lematéchal. On m'empalera, on vous empalera après moi , et nous voilà en paradis. )> Le maréchal trouva mauvais que Chapelle se mît ainsi avant lui. c( C'est à moi, dit-il , qui suis marécfaaide France, duc et pair, à parler an bâcha , et à être martyrisé ie premier 9 et non pas à un petit «xmipagnon comme vous. — le me moque du maréchal et du duc » » ré> pliqua Chapelle. Siu cela le maréchal lui jette son assiette au visage. Chapelle se jette sur le maréclial î ils renversent tables , buflets , sièges. On aecourt au bruit. On peut penser quelle scène ce fut de leur eatendre expliquer le sujet de leur querelle.
Ce que fit dans une autre occasion le même Cha«* pelle, avec ses eompagnons (Irhîuuhe, est encore plus extravagant , et faillit avoir des suites hien plus tragiques. Sur la fin de sa vie, Molière vivait de régime ; et lorsqu'il allait à sa maison d'Âuteuil , il engageait Chapelle , son ami , à faire les honneurs de sa table f et lui laissait le choix des convives. On peut juger qu'il les choisissait bien. Un soir que Molière était allé se coucher, et les avait laissés à taWe, vers les trois heures du matin , la conversa (îoîî tomba insensiblement sur la morale. « Que notre vie est peu de chose, dit Chapelle , et qu'elle est remplie de traversesl Nous sommes à Taffùt pendant trente ou quarante ans,, pour jouir d*un moment de plaisir , que nous ne trouvons jamais. » Dégoûtés des misères de la vie , ils
Uiyiiized by
prirent tous ia résolution d'aller se noyer dans la rivière qui était proche. Ils se lèvent , et vont gaiement à la rivière. Des domestiques et des gens du Heu coururent
{^romptement à ces débauchés qui étaient déjà dans 'eau y et les repêchèrent. Indignés du secours qu'oa, Tenait de leur donner , ils mirent Tépée à la main^ coururent à leurà ennemis , les poursuivirent jusque dans Auteuil, et les voulaient tuer. Molière, qui avait, été averti de l'extravagant projet de ses amis, et qui s'était levé aussitôt, arriva sur ces entrefaites. Il leur demanda ce qu'ils voulaient faire, a Fatigués des peines de ce monde-ci , lui répondit Tun d'eux , nous avions pris la résolution de passer en l'autre pour être mieux. — Vous avez raison, reprit Molière; mais que vous ai-je fait pour former un si beau projet sans m'en faire part? Quoi I vous voulez vous noyer sans moi ! je vous oroyais plus de mes amis. — II a parbleu raison , dit Chapelle, voilà une injustice que nous lui faisions:: viens donc te noyer avec nous. — Ohl doucement , répondit Molière : ce n'est point ici une affaire à entreprendre mal à propos ; c'e^t la dernière action de la vie» il n'en faut pas manquer le mérite. On serait assez malin pour lui donner un mauvais tour. Si nous nous noyions à l'heure qu'il est , on dirait à coup sûr que nous l'aurions fait la nuit comme des désespères ou comme des gens ivres. Saisissons le moment qui nous fasse le plus diionneur : demain, sur les huit à neuf heures du matin, bien à jeun et devant tout le monde, nous irons nous jeter dans la rivière*. j> On. approuva ce conseil , et on alla se coucher. Le projet s'évanojuit avec le vin.
Les fjrands hu vcurs étaient autrefois fort communs. I!s TrVslimaienl que ceux qui buvaient beaucoup. Lo maréchal de liassompierre, ambassadeur de Louis XIII, était fort aimé des Suisses , parce qu'il tenait tête aux députés des treize cantons , quand il fallait boire. Après un repas magnifique qu'ils lui firent le jour de son départ , et où l'on avait bïi largement , ils proposéreut, lorsqu'il fut h rheval , de boire le via de i'étrier. Us avaient tait apporter pour cela quantité de flarons et de grands verres. Ce n'est pas ainsi, leur dit le maréchal ^ qu e se boit le vin de l'étrier , c'est dans
l'écolb
la botte. JS) En m-èiw temps il tira une de ses bottes , et la fit remplir de via. Il y but à grands traits , et tous les députés après lui.
On trouve encore quelquefois aujourd'hui , mais plus rarement , de ces béros bachiques. Pour boire à leur saiilé on est obligé d'altérer la sienne, et il faut s'enivrer pour leur prouver qu'on les aime. C'est-là sans doute une amitié bien raisonnable, qui ne se prouve qu'en perdant la raison! Si vous en rencontrez de tels , n'ambitionnez pas d'acheter à ce prix leur amitié ; et pour quelque chose que ce soit , ne vous enivrez ]a« mais. C'est un principe, dit M. de Claville, dont il ne faut s'écarter dans aucun cas. Si dans des lieux, si dans des maisons où la vraie politesse n'est pas encore connue , on veut vous forcer , soyez inébranlable. Echappez aux sollicitations , usez ae ruses ^ laissez boire les autres ; et si c'est chez vous-même , ne ménagez pas votre vin , mais ménagez-vous. Soyez à table gai et de bonne liuineur , mais soyez prudent.
Ce n'est pas que, quand un heureux hasard vient allonger le plaisir , quand tous les cœurs se développent , quand la conversation devient plus brillante et plus vive, sans cesser d'être polie, on ne puisse jouir de l'occasion et se livrer davantage. Mais les gens d'un goût fin savent animer un repas sans le rendre tumultueux et bruyant. Tout y est délicat. Le feu du vin fait briller le feu de leur imagination , et fait éclore d'heureuses saillies. Tant qu'ils savent répandre de l'esprit et jouir délicieusemeqt de celui des autres, ils ne craignent rien pour leur raison. Mais ils cessent de boire dès qu'ils s'aperçoivent que leur tête commence à s'embarrasser, et ils préviennent le nuage qui obscurcirait ^ leur raison.
IX Le vin, dit le Sage, a été créé dés le commencement pour réjouir l'homme et non pour l'enivrer. Le vin , pris avec modération , est la joie de l'âme et du
cœur. La tempérance dans le boire est la santé de l'esprit et du corps*. »
L'effet de l'intempérance, au contraire;, est de ruiner ^ la fortune et la santé ; elle dégrade l'homme , alièno
* SanUat $$i animw eieorporii sobrius jpom, Eccli. 31.
Dig'itized by
D£S JIIOEURS. 113
ao mofais pour un temps la plus noble de ses fiicultés , et Tabnitit à la fin. C est ce qui faisait dire au philosophe Aiiacharsis , que la vigne portait deux, sorlcs de raisins, les uns doux , et les autres amers. « Ne regardez pas le viii| dit Salomon ^ lorsque sa couleur brille dans le yerre : il entre agréablement , mais il mord ensuite comme un serpent , et il répand son venin comme un basilic. Le vin est une source d'intempéran* ce , et rivi ognerie entraîne avec elle bien des désordres. Quiconque y met son plaisir ne devieadra jaiuais sage j» '
Soyons donc sobres et modérés, évitons la débauche: nos plus chers intérêts nous y engagent. L'Espritsaint nous avertit que celui qui aime les festins sera dans
rindigence, et celui qui aime le vin et la bonne chère ne s'enrichira point. « Ne vous trouvez pas , dit-il , avec les grands buveurs ni avec les gens de bonne chère ^ car ceux qui passent le temps à boire et à se relier, deviendront pauvres ; et celui qui aime à doiv mir ne sera vêtu que de haillons x)
Mais ce qui doit faiie craindre encore plus de s'abandonner à ce vice , c'est qu'il n'est presque plus possible de s'en rorricrer , quand une fois on a eu le malheur d'en contracter Thabitude. Cette inclination se change en nature ; et , pour en triompher , il ne faut pas moins que le courage et la constance héroïque de (Charles XII , roi de Suéde. Ce qu'il fit à ce sujet donne de ce monarque une plus haute idée que la plus éclatante de ses expéditions. 11 avait un jour , dans l'ivresse , perdu le respect qu'il devait à la reine sa mère ; elle se retira dans son appartement , pénétré de douleur^ et y resta renfermée le lendemain. Gomme elle ne paraissait pas, le roi en demanda la cause. On la lui dit. Il fit remplir un vene, et alla trouver cette princesse. c( Madame, lui dit-il , j'ai appris qu'hier , dans le vin , je m'étais oublié à votre égard. Je viens vous en demander pardon ; et afin que je no tombe plus dans cette faute , je bois ce verre de vin à votre
* Quicumque his delectatur, non erit sapiens, Prov. 20. Dacanm potilms 61 àante» êumbola » cçMumntur , cU* Pfov. 2;»»
Oigitized by
santé : ce sera le dernier de ma vie. » 11 tint parole , et depuis ce jour il ne but pi us de vin.
Ni de jeu. Il est sans doute permis déjouer, comme nous aurons bientôt occasion de le dire. Il est même si nécessail^ à ceux qui sont dans le monde de savoir le jeu, au moins pour défendre leur argent, et pour s'amuser quelquefois ou pour amuser les autres, que le jeu doit en quelque sorte entrer dans le p!nn d'une belle édîTration. C'est souvent le moyen de s'introduire dans les bonnes compagnies, de se faire connaître , et faire apercevoir un mérite qu'on eût ignoré : on s'attire de$ suffrages importans et depufcsans amis. Ce que la sagesse défend dans cette maxime, ce n'est donc pas absolument le jeu, mais deux grands vices qui se glissent souvent dans le jeu : la fureur des jeux de hasard. Cl la passion du jeu.
Parmi les différentes sortes de jeu , il y en a où le basard décide de tous les coups : c'est l'intérêt qui y présidc, et non l'amusement. II y en a où la seience seule du joueur emporte le prix , comme aux échecs ; ces jcux-Ià sont plutnl (U s ( tudes que des jeux. II y en a d'autres où la science du joueur et la fortune triomphent tour à tour : ce sont les plus beaux jeux ; Tapplication qu'ils demandent occupe Tesprit sans le fatiguer; et les caprices de la fortune, ménagés par la science du joueur, y produisent un véritable plaisir qui se soutient sans Tattrait d'un srros intérêt. Ces jeux, qu'on appelle des jeux de commerce, sont presque les seuls qu'on devrait se piquer de bien savoir , parce qu'on est le maître de n'en faire qu'un amusement, li n'en est pas do même des jeux de hasard, qui ont si souvent de tristes effets. Si vous êtes sage, vous vous forez uno loi de n'y jouer jamais.
Evitez avec le même soin de vous attacher avec passion à quelque jeu quecésoit. Platon , trouvant un de sesdisciples qui jouait avec trop d'attache , lui fit une réprimande. Le disciple s'excusa , en disant qu'il ne jouait qu'un petit jeu. h "^tfais, lui dit PhUon, coni[)lestu pour rien la passion ue jouer, que ce petit jeu le fait contracter? jj Cette passion ne tanle pas à augmenter, et s'accroît « comme le feu , par les alimens qu'on lui donne. l«e jeu qui devient passion se changera
tm uoBUBfi* lis,
bientôt on fnreiir. On commence par jouer peu, mnîs bieulùt la perte irrite , on le gaiu enflamme. On fait succéder les profusions énormes à de iégei^ gains « ou l'on veut recouvrer ses perles par des excès accumulés,
Îni en attirent de nouvelles. L'obligation de payer les ettes énormes du jeu , dettes qui sont toujours les premières et souvent les seules acquittées, lait engager ou aliéner les fonds; et de là souvent la ruine subito des maisons les plus opulentes. La passion du jeu est un des plus terribles fléaux qui conspirent à la désolation des familles. Combien de joueurs art-on tus prospérer? Pour deux ou trois aventuriers, ou quelques heureux joueurs , dont on vaule les succès, que do milliers d'autres réduits h une honteuse misère 1
Jouer par Tespoir du gain , c'est jeter son bien dans la mer y pour aller le recueillir sur le rivage. S'exposer sans nécessité à une grande perte, c^est puérilité, c'est sottise. Mais risquer le nécessaire pour avoir le superflu, abandonner au sort d'une carte ou d'un dé , sa fortune, son nm^ et son état , ceux de sa femme et de ses rnfans, n'est-ce pas folie et fureur ? Que reste-t-il à celui «qui aperdu au jeu tout son bien^ que les regrets , les larmes et le désespoir? On dit que M. de Salie ^ de qui nous avons rapporté dans le premier volume on si beau trait d'Iiunuuiii:? , ayaiU peniii au jeu cent mille écus qui faisaient tout son biert, en moîirnt de rliairrin. Qui pourrait compter toutes les autres personnes que la
f>assion du jeu a ruinées > et qiri » ayant joué et perdu eur argent, leurs revenus» leurs terres» leurs hôtels et leurs équipages , se sont livrées aux transports de la rage et de la fureur, et se sont donné la mort, en vomissant contre elles-mêmes les plus alTieuses imprécations , et contre Dieu les plus horribles blasphèmes 1 Quelle horreur ne doit on pas avoir d'une passion qui est capable de porter & de tels excès !
L'homme raisonnable ne se livrera pas à la folle espérance d'une espèce de fortune, qu'on faitraremcnt, et qji Ou ne fait presque jamais sans crime. Il n'est permis qu'à un fou ou à un fripon de jouer gros jeu ; > î'honnéte homme qui le joue ne le sera pas long temps: [ il est trop difficile d'y garder toute sa probité. Quand on est avide de gain , si l'on peut gagner par la fraude^
Digilized by
116 L'àCOtE
si l'on est sûr qu'elle demeurera secrète » si on la regarde peut-être comme un jeu ou comme uoe partie de rhabileté du jeu , n'est-on pas tenté de s'en servir
au besoin , et ne succoinbe-t-on jamais à la tentation? On chc^rcbe h réparor par la ruse les inauvais tours de la fortune ; de la ruse on pasue bientôt à la fourberie , et Thonnétc homme se trouve changé en fripon . Tout le monde connaît ces beaux vers qui méritent d'être relus souvent :
Les plaisirs sQnt amets , sitôt qa'oii en abuse.
Il est bon de jouer un peu ; Mais il fiut seulement que le jeu nous amuse.
Vn joueur , d'un commun aveu ,
N'a riefl d'humain que rapparenco ; Et d'ailleurs il n'est pas si facile qu'on pense , U'êlre fort honnête homme et déjouer gros jeu. Le désir de gagner , qui nuit el jour occupe »
Est un dangereux aiguillon.
Souvent , quoique l'esprit , quoique Je cœur suit bon ,
On commence par être dupe ,
Ou finit par être fripon.
DBSHOiniËttBS.
Qael motif pressant pour tout honnête homme d'éviter
le gros jeu 1 Qui ne doit pas craindre d'être dupe et de dpvonir fripon ! Madame Deshoulières pratiquait ce quelle enseignait aux autres : elle jouait, mais elle n'était pas joueuse ; elle jouait deux heures par jour , petit jeu , et de ces jeux , où ni l'espoir du gain , m la crainte de la perte ne se trouvent jamais de la partie » et qui furent toujours permis pour se délasser.
Tout le monde joue, disait une dame à une de ses amies * ; mais il ne faut accorder à cet amusement que les momens qu'on ne peut employer mieux. Quand nnefemme enfait sa passion dominante, elle est perdue. Plus elle joue, plus eUe veut jouer. Elle néglige le soin de sa santé , de sa réputation , de son repos ^ de sa famille; et pourquoi? pour confier au hasard le soin de sa fortune. Quel aveuglement 1 Mais il faut înoliis s'en prendre à celte femme» qu'à celles à qui on en
• Conseils à une amie , par madame de Puîsieux. Tous ses avis ne sont pas également bons , et cllo parle quelquefois plus en lemmc du monde , qu'en personne instruite d<îs vrais princi4)es dç la morale.
VBê MCBOBS.
avait confié l'édncalion. Si on tious accoutumait de bonne heure à aimer la lecture et do? occupations qui poQtraient nous amuser en nous instruisant , on ne jouerait point , ou fort peu. Comment trouvez-vous ces femmes qui, depuis quatre heures qu'elles sortent de table jusqu'à dix qu'elles s'y remettent, ne quittent pas le jeu? Elles se retirent k plupart avec la rage d'avoir perdu, ou avec la joie maligne d avoir gagné leurs amies. Toutes les joueuses aiment 1 argent, et rien n'est si vil que cet attadiement.
Une femme joueuse n'est pas seulement intéressée , elle est encore presque toujours une mère dénaturée. Voyez ces enfans qui portent sur leur front un caractère de noblesse, que dément leur air malpropre et négligé. Laissés à eux-mêmes, ou livrés à des mams mercenaites , qu'on paie mal et qui servent de même , ils languissent dans l ordure, et restent sanséducaùon, ou, ce qui est encore pis , n'en ont qu'une vicieuse. Milte fois plus à plaindre que s'ils étaient orphelins, parce
3u'ils ont une mère que la passion du jeu a dépouillée e tous les sentimens de la nature; une mcre qui ne les re<?arde qu'avec indifférence , ou plutôt qui ne les regarde pas, qui les oublie entièrement pour ne s'oi>cuper que de son jeu , et qui ne leur laissera pour héritage, avec ses mauvais exemples , que Tindigcnce , et les regrets de l'avoir eue pour mère.
Ce sont là trois écucâls en naufrages fiimeux*
La passion des femmes , du vin et du jeu , est le funeste écueil où la fortune et la vertu de plusieurs
font un triste iiaufracre. Le jeu est un abîme profond où les plus grandes richesses vont tous les jours s'en- ^ gloutîr et se perdre. Les excès du vin ne sont pns moins pernicieux, parce que non-seulement ils troublent la raison et privent l'homme pendant un cerUiiu temps <iu plus bel apanage de notre nature; mais ils altèrent santé, abrutissent Tesprit, détrui§ent le plus heureux
118 t^àcoLÈ
naturel , et portent^ dit FEsprit ftaÎBt ^ à la eoléfe^ à la violenoe et à la luxure \
ti'dmour criminel ne produit pas toujours , il est
vrai, des désordres si sensibles; mais les conséquences n'en sonl pas moins daup^ereuses ni moins funestes. L'amour est Tivresse du cœur , et il est rare que le
Cnchant à ce vice ne conduise pas à la perte de toiitea ^ ; vertus, La volupté infecte le corps ^ empofeonae ' Y&mc , mène à rirréligiou, sème dans les familles les soupçons, les défiances, les divorces scandaleux , et quelquefois même en cause la ruine entière. Conmie c'est Técueil le plus dangereux et le plus commun , le vice de tous les âges , de tous les états , de toutes lea 'conditioite> on nous permettra bien de revenir eftcôre une fois sur cet objet , un des plus importans èe la morale. Tandis qu'une infinité de livres obscènes présentent partout à la jeunesse la coupe fatale, où elle va boire avec avidité le poison impur , n'e^il pas de notre devoir de lui faire entendre ici la voix sabitaire de la sagesse , et de la prémunir contre un mal ai contagieux et si funeste, en lui mettant sous les yeux le vrai et trop affreux tableau des désordres et des crimes qu'enfante ce monstre malheureusement fécond?
Jetez les regards sur la vaste scène du monde. Partout où ce vice règne , vous verrez marcher à sa suite les vols domestiques , les noires perfidies , et les ii^déliiéa sacrilèges , les évéuemens tragiques , et les scandales éclalans. Au milieu de ce triste cortège, vous apercevrez les maladies honteuses , les douleurs aiguës , Tafiaiblissement des tempéramens les plus vigoureux , la corruption du saug^ la jeunesse languissante, la vieiV lesse prématurée , la mort tantôt lente qui frappe de mille coups redoublés sa victime , tantôt précipitée qui moissonne quelquefois dans leur printemps les plus chères espérances des familles :
Vois ces spectres dorés s avancer à pas lents , Traîner d'uD corps usé les restes chancelans , Eisnr lin front jauni qn*a ridé la mollesse ,
* Ltiruriosa res vinujn , et fumtiUuosa elrietas. Prov. 20.
vin , pris avec cicès, dit on moralise, nuU à labeimtéi hU, sant^ et à la chasieié..
Etaler h trente ans leur pr^^coce vieillesse î C'est la main du plaisir qui creuse icur tombeau»
A quels excès cette malheureuse passion ne por(e-telle pas 1 Pour la satisfaire , il faut de l'argeat. C'est au poids de l'or qu'<m achèle les cruninels plaisirs. 11 faut parer Tidole et foarair à toutes ses folles dépenses. Deux Espagnols se disputaient la conquête d'une courtisane^ lepée à la main. « Messieurs, leur dit-elle, ce n'est point avec le fer, c'est avec l'or qu'on se bat chez moi. Plus jalouses des dons 4e leurs amans que d^ leur tendresse p ces espèces d'animaux voraoes persécutent à toute heure avec um avidité importune. Oii trouver de quoi rassasier une cupidité insatiable? Ou trouver de cjnoi jeter incessamment dans un gouffre immense, qui absorbe toujours sans se remplir? Que lera-t-on? On prendra de toutes mains et par toutes sortes de voies. Un fils dépouillera secrètement la maison paternelle ; un père laissera ses enfans sans entretien , sans éducation ; un maître refusera la nourriture et les gages à ses domestiques ; on ne paiera ni le créancier, ni l'artisan malheureux, que le besoin réduit au désespoir ; on sera insensible aux cris des pauyres , à la misère des indigens. Ainsi^ pour contentet sa passion y on foulera aux pieds Tliuinanité, la jus« tice , l'intérêt de sa famille , les devoirs de sa condition, les bieiiséancGs de son état, le soin mémo de son honneur et de sa réputation.
Ce n'est pas tout. Est-on supplanté ou traversé par un rival , à quelle violence de ialouâe et de rage ne se laisse-t-on point aller ? La calomnie , le poison , lesr poignards , les combats singuliers fournissent des armes à la fureur et à la vengeance. Qui pourrait dire tous les meurtres, tous les assassinats ^ dont cette funeste pas* sion a rempli l'univers ?
Mais voici des excès plus affreux encore. Gombim de personnes du sexe , pour conserver un reste d'honneur , après avoir perdu ce que leur honneur avait de plus précieux, ont détruit le fruit de leur crime par un crime plus grand , et sont devenues parricides avant c{ue d'être mrVes 1 Combien d'hommes aveuglément
impies I dans llyresso de leur ont bit 9
120 L*ÈCOUt
celle qui en était l'objet , leur divinité , lui ont prolesté que toute leur vie, et à la mort même, ils n'en auraient point d'autres > et n'ont été ^ue trop lidéles à leurs sermens I
Et Ton appellera une telle passion , faiblesse , ba*gatelle , galanterie , amusement 1 Car c'est sous ces
expressions adoucies que souvent on déguise un si grand mal. Mais depuis quand donc est-il permis de traiter de faiblesse piirdonnabio et de bagntelle , ce qui conduit presque toujours aux plus grands crimes^ ce qui rend un objet d'horreur aux yeux de Dieu , ce qui, dépouillant l'homme des traits augustes de sa ressemblance avec la Divinité , le réduit à la condition des bétes, le fait même descendre au-dessous d'elle, par les honteux excès auxquels on ne rougit pas de s'aban* donner?
Que dans le paganisme , où cette passion était etk quelque sorte consacrée par la religion et divinisée par l'exemple des dieux y elle ait trouvé des protecteurs et
des apologistes , on ne doit pas en être surpris. N'estil pas même étonti.mt que , malgré les préjusrés de leur religion, tant de pauîns aient eu sur ce point des idées si pures , et donné des exemples si admirables de continence et de chasteté? Mais n'est-il pas plus étonnant encore que , dans une religion aussi sainte et aussi chaste que la nôtre , des hommes qui se disent chrétiens , entreprennent de juslifier l'amour criminel, d'affaiblir les traits odieux qui le €ara( térisc at^ et de lui prêter un nom qui le rend presque innocent et permis 3
O vous qui , dans le sein du christianisme , vous fai tes gloire d'avoir ce que vous appelez des inclinations,
des attachemens, des intrigues; qui mettez votre honneur h ravir à une jeune personne le sien , à dépouiller une honnête femme de sa sagesse , et qui vous faites un indigne trophée de ces honteuses victoires ; libertins .voluptueux, venez à l'école des païens mêmes, tous instruire ou vous confondre. Scipion l'Africain , un des plus grands hommes de la république romaine, ayant été envoyé en Espagne, soumit ce pays aux Romains en moins de quatre ans. Au milieu de ses victoires , on.
lui amena une jeune captive de la plus rare beautés
DBS MOEURS* 121
Scipion était dansl'âge où les passions se font sentir avec le plus de force. Mais plus vainqueur cik ( re de luimême qïie des nations qu'il avait domptées, il ne voulut point la retenir. Il fit venir celui à qui elle était promise, la lui remît entre les mains, et ordonna qu'on anginentât sa dot de la rançon qu'on était venu offrir pour elle.
Ce qu(* i\t, dans une occasion à peu près semblable , Gonsalve-Ferdinarnl do Cordofie, surnomme le fjrand capitaine, n'est pas moins beau , ni moins digue de servir le modèle à toutes les personnes du même état. L'honneur dont on y est si jaloux , devrait leur rendre celui des autres également cher ; et la grandeur d'âme, dont on y lait profession, dcvrail les faire souvenir qu'il y a bien peu de gloire à triompher du sexe le p!us faible. Ceux d'entre eux qui blâmeront le beau trait que nous allons rapporter, ou qui ne se sentiront pas le courage de l'admirer, n'ont pas l'âme faite pour les grands sentimens ni pour la vertu. Gonsalve passait souvent devant la maison de deux demoiselles , filles d'un écuyer qui avait peu de pari aux laveius do la fortune. Leur pèro s'éînut aperçu qu'il paraissait avoir quelque inclinution pour elies, à cause de leur
Srande beauté, crut que c était une occasion favorable e sortir de l'indigence. Il alla trouver le grand capilaine y et le pria de lui donner le soin de quelque affaire hors de la vil!e. (iorisalve comprit d'aI)ord rinîeiition du père, et lui deaiai^da : a Quelles personnes laissezvous dans votre maison? — Deux jeunes demoiselles , mes filles, répondit l'écuyer. — Àltendez-moi , reprit leccipitaine» je vais vous expédier votre commission. » Il alla prendre deux bourses, dans chacune desquelles il mit deux mille ducats. Il les donna au père, en lui disant : a Voilà les provisions que je vous dotine , mariez-en vos filles au plus tôt; et pour vous, j'aurai soin de vous donner de l'emploi, n
Nous l'avons déjà dit, et l'on ne saurait trop le ré * péter : ce n'est que dans la pratique de la vertu et dans la fidélité à ses devoirs qu'on trouvera les vrais plaisirs. Toutes les voluptés sensuelles ne valent pas la noblesse des sentimens. Qui de nous, en effet, s'il n'a pas eu le malheur de recevoir en naissant une àme vile, ne
i22 L*ÉC0L«
5 référerait aux plai.^irs ijnitaux d'un voluptueux , la oucc jQÎe que doooe uoe action vertueuse , telle que celle de Gonsalve» ou de ce jeune homme doni nous allons rapporter le beau trait? Peu de temps après son entrée dans le monde, il fut tenté d'aller cbex une courtisane qui vendait à i^rand prix ses faveurs. Prés de frapper à la porte , il se s(»nt arrêté f)a[ une voix secrète qui lui crie au fond du cœur : Ton vieux gouyemeur languit dans la misère, U retourne sur scspas^ court chez le vieillard, et verse entre mains Tor qu'il destinait à sa passion. Quelle satisfaction déii-> cieuse, en voyant des larmes de joie rouler des jeux de <iou maître , ne dùl-il pas goûter lui-même en ce niouientl s-ntisraclion d'autant plus agréable et plus douce 9 qu'elle est plus pure » et n'est jamais suivie de remords ni de repentir; au lieu que les plaisirs criminels le sont toujours. On sait ce que répondit un païen & une courtisane qui lui demandait dix mille drachmes , cVst-à-dire , environ quatre mille francs de I ra née : « Je n'arhi'He pas si ch{^r un repentir. » Ix'splus belles fleurs de l amour sont entourées d'épines cruelles, qui piquent et qui déchirent, comme est forcé deTavouer lui-même le chantre d*Epicure\
C'est ce qui faisait dire A un ancien philosophe qu'il s'abstenait des voluptés par volupté.
En effet, elles sont presque toujours empoisonnées ; elles trouvent (î;\ns elles-mènios leur supplL(e; et par un secret Jugement de Dieu , qui punit dés cette vie même par les douleurs les plus aiguës les plaisirs les plus criminels» souvent elles ne sont pas moins funestes au corps qu'à l'âme du voluptueux. Combien de liberw tins ne voit on pas aujourd'hui , doi»t l-es nu nibres inferlér^ par un mal ronta<^iru\ , a|>rf's a\oir » té 1rs iustruniens de leurs crimes, le deviennent d'une punition au^i juste qu elle est terrible I
Ayez soin , dit BeUegard('.
De n'prinier \os désirs ♦ Souvoîîl , si l'on n'y prend garde »
On p<^rtt par ses plaisirs.
fJsque adea de fonte le/ orum» ^ Siiur^t amari aliquid « quo4 in ipii$ florihuf angaii
DES WciEl iiS. 123
Jeune hommo , si jamais vous été;; soUiciié par des roinpo;gnon8 iibectiDs» ou par vos passions « à goûter les
plaisirs de l'impureté , rappelez-vous alors la leçon iVappnnl(^ qu'Hii prre douna un jour à son fils. Cet homthè dt; beaucoup de Imn sens et plein de religion , voyant le tempérament naissant de son iiis se porter aux femmes^ ii'épargna rienfour lé contenir ; mais enfin, malgré toosses soins, le sentant prêté lui échapper , il s'avisa de le mener dans un hôpital destiné à la ^iiéri ifKî de ces maladies infâmes qui sont le triste ïvuil du liljertinage. Sans ie prévenir de rieii , il le fit entrer xlans une salle , où une troupe de ces malheureux expiaient par la cure la plus douloureuse leurs crimes idt leurs débauches* A ce hideux aspect , qui révoltait j^i la fois tous les sens , ie jeune homme frémît d'hors iciir , pàiil et fut prés de tomber. « Va , misérable débauché, lui dit le pére d'un ton véliéuient, suis le vil penchant qui t'entraîne; bientôt lu seras trop beîireux d'être admis dans cette salie , où , victime des plus infâmes douleurs » tu forceras ton père à remercier Dieu de ta i^nort. Ce peu de paroles , jointes à réneigi([ue tableau qui frappait le jeune homme , lui firent une impression qui ne s'effara inniais. Destiné par son état à passer sa jeunesse dans des irarnisons, il aima mieux es-uyer toutes les railleries de ses camarades» que d'imiter leur libertinage. Il se distingua tonjours par ses mœurs » autant que par sa bravoure. Lorsqu'il racontait coCle histoire dans sa vieillesse : « J'cii élélionuuu, aji)i; Lail-il , j'ni fait (îi^s fautes; mais parvenu jnsqîi'à mon âi^e , je n'ai jamais pu regarder une fille publique sans horreur. »
<ir Je suis chrétien» disait un autre officier » et je crois A un enfer; mais n'y eût-il pas d'enfer pour punir ce crime , ce que j'ai vu dans Icsliôpitaux de Lodi, quand nous étions en Italie, suffirait pour m'en donner une invincible horreur. »
Jermes gens , si de telles leçons iio vous frappent point» si la cmintedune si honteuse contagion neptnit servir de frein à votre incontinence, il ne me reste tplus rien à vous dire ; car inutilement ouvriraîs^e & vos .yeux ces abîmes, spécialement destinés parla verigeancB 4ivine à punir le^ coupables voluptueux. Coiitiau%
lâl l'égolk
donc, (éméraîre jeunesse , continue de l'applaudir de •tes honteuses débauches. Tes plaisirs passeroni vite,, «t ils seront suivis d'une éternité de tourmens qui ne jpassera point. Tes feux criminels seront Taliroent et la proie des feux vengeurs, allumés par le souffle de la colère céleste.
Celui qui rit de ces terribles chi\limens , n'en est que plus digne y et ses railleries n éteindront pas les flammes «qui lui sont préparées. Si l'on espère de les éviter un jour par les larmes du repentir, pourquoi veut<-on vivre conime on ne voudrait pas mourir I Nesail-on pas aussi qu'un des effets les plus ordinaires de l'impureté est de conduire h rirrôlii^ion , ù l'endurcissement, A rimpétinence ? l'habitude se forme , et Ton traîne jusqu'à la fin de sa vie des chaînes qu'on n*a plus la force de porter.
Je ne le sais que trop , dans le cours da bel Age , Quand la nature ardente > échauffant nos désin * Noas rend si propres aux plaisirs ,
Il est malaise d'élrc sage.
Cependant , malgré tant d'attraits , On no peut trop lo dire et le faire connaître,
f/rsl dans ce Inv^^-là qu'il faut l'être. Ou l'on caurl grand danger de ne Tétre jamais.
Pavillon.
Je déplore le malheur d'un jeune nomme qui, entminé par la fougue de ses passions , se laisse aller à un criminel penchant ; mais je plains encore plus, ces honteux vieillards qui , courbés sous le poids des an* néeçy conservent 9 comme on n'en voit que trop sou* vent, dans des membres glacés , le feu qu'une jeunesse libertine souffla dans knirs veines : olnels de risée et de mépris aux yeux dos hommes, objets d'borrcur et d'abomination aux yeux de Dieu l
C'est une terrible passion que l'amour : si vous le laissez croître et se fortifier , il se jouera de toutes vos xésolutions ; et , dans le temps même qu'il vous déchirera le cœur ou qu'il vous couvrira de honte, vous ne pourrez vous résoudre à vous en détacher, Ilompez donc courageusement vos fers, tandis qu'il en est temps encore , et^ rentrez généreusement dans la voie de la vertu; mais, pour cela, interdisez-vous absolument
BBS MOEURS. J2o
tout commerce. Tant (\iw vous continuerez de voîr eeïte personne quia biessé votre cœur, le poison se glissera de nouveau , et il vieadraun moment où votre repentir vous abandonnera. Un feu mal éteint se rallume de lui-même.
Pour vaincre plus sûrement, implorez, à l'exemple lie l'auteur du livre de la Sagesse , le secours de celui qui peut .^enl donner la continence Faites descendre du ciel , par l'ardeur de vos prières , ces armes puissautes qui vous feront triompher. Employez souvent les remèdes que la religion vous présente ; et pourquoi rougirais-je de le dire? pourquoi , dans ce siècle même , craindrais-je de parlerai ianj^ap^e delà religion, puisque je parle à des chrétiens? Non, ce n'est que par l'usage fréquent des sacremens, qu'on pourra résister à tons les assauts de Fesprit impur , et remporter la plus difficile de toutes les yictoires. Si l'on néglige ces sources abondantes de grâces , si Ton s'en éloigne ^ exposé sans force et sans défense à de continuelles atta([in"S, et abandonné h sa propre fail)lesse, on ne se soutieudra pas long-temps , et l'on retombera bientôt dans les mêmes désordres dont on avait eu tant de peine à sortir.
Celui qui a fait plusieurs fois la triste expérience de sa fragilité , ne saurait être trop réservé et trop prudent: il y aurait plus que de la tétuf rilé à compter encore sur ses forces. Les plus sages mêmes se sont perdus ^ parce qu'ils ne se sont pas assez défiés de leur faiblesse. Pour vaincre dans ces sortes de combats » il £aiut craindre et fuir : nous ne sommes forts que loin du danger. Quelque solide, quelque inébranlable qu'ait été ju^ qu à présent votre vertu ^ si vous comptez sur elle, vous périrez.
il y a , pour la chasteté des femnies surtout p de& ten rations bien fortes et des momens bien critiques. La fuite des occasions leur est peut être encore plus nécesK sairequ^aux bommes, parce qu'elles sont plus sensibles et plus faibles. Aussi une dame , célèbre par la délicatesse de son esprit^ la leur recommande-t-elle dans une
* Ui fctt» quoniam aliter non ^ium me continent nisi ihu» dei f etc* Sap. S.
lié i/fxole
]>(nile de vers que uous les cxhortuiis à relit*;
sou veut :
lionlrc i'duiour voalcz-vous vous défcndic? EtnpérheZ'Vûiis ci dp voir et d'ciUendie GcMS dont le r'vur s'explique avec esprit ; Il en est peu de ce genre maudît , * Mois trop encore pour nit;ttre un c<rur en cendre. Ouand une fois il leur n!< de nons rendit; . D'amoureux soins , qu'ils prennent un air tendic , Ou iil en >ain toiil cp. qu Ovide écrit
(^onlre r.imour.
V(' !a mi^on il n'en faut rien iiitendre : i n)[i (]..' mulùeurs n'ont su (jJio trop apprendre Qu elle ii'cî=l. \iv:\ Hês qi;c ie ru'ur agit, ï.a «eule fuils^ , , pous g.'ir.uilit ; Cci^l le i^uïii le î'':;s utile à pren -ro
€ Si l'on faisait avec moi , disait une atitre dame très-sag[e, un pas de trop en avant , j'en ferais deux en arriére. C'est In froideur, ajoule-(-ello , (jai e>t la sanve-y:tude de la vcrlu ; il n'y a point de meilleur retranciiement contre les attaques du vice : elle éleiiidra les flummes de Tamour , comme l'eau éleiut le feu. D
Quelque dangereux que soit poTir les femmes le
commerce des lioiiifïuvs , iioo fréinieut et trop lamilier , ceUii des feniines l'est ( ui ore plu* pour les hoiïiine>. Ce sexe, à qui les grâces et la douceur sont échues ea partage» et dont ie désir est, dans tous les pays, de plaire aux hommes, esl d'autant plus séduisant et plus k craindre pour eux , qu'il tes enehatne en se jouant , et les ihaîtrise en paraissant les flaller. Henri IV , voyant daiis inid lete un bel escadron dedari i s hablllées en amazones, (»i pniées de tous leurs cLarmes , avouait qu'il u'avait jamais trouvé d'escadron plus redoutable.
Qui que vous soyez , si vous voulez conserver votre vertu, craignez le péril , et fuyez avec soin toutes les
occasions dangereuses. t';:;s.viez-\ous u'érïrouTer jamais de (juei courage il (aut èlre armé poui ne pas céder alors ! Kvitez dt» votis trouver seul avec la personne dont vous avez touché le cœur , ou qni a fragné h>
vMre. Vojes-la le plus rarement qu'il est possible.
DIS MOBUMB. kH
oraignez pas de manquer à la politesse ; ne craignez pns ae mancpier à votre devoir. Si l'on veut vous sollicilcr au crime ^ dérobez-vous par la fuite ^ et laisseas phitôt votre manleau que votre iuDoeence. Imitez Id vertueux Or^ius. Né à Florence » de parens pauvres ^ il alla faire ses éludes à Rome* Il demeurait dans une petite maison bourgeoise. Il y éprouva les mômes sollicitations que le chaste Joseph. Il s'enfuit de la maison de ?^ori hôtesse, et il aima mieux passer une nuit d'hiver dans la rue, sans habits» que d'y rentrer* Le eardinal Betlarmin , instrait de la vertu decejeuue homme , conçut de raffection pour lui > et le fit élever dans un collège avec ^es pensionnaires de la première qualité. Il devint dans la suite cardinal et archevêque de Bénévent Jtiste récompense de bon amour héroïque pour la chasteté I
Plus Tattaque est violente , pins il faut s'armer de courage pour défendre ce qui est plus prédeux que tout l'or do monde. Mais si vous vouiez le conserver encore plus sùrt'.ment , évitez le [)!ms (jue vous pourrez les assauts d un enrienrîi qui n'est que trop d'intelligeuco avec les pcnchans de votre cœur , et ne néi:;li(;ez aucune des précautions qui sont comme les gardiennes de rinnocence.
Veillez sur vos sens, et particulièrement sur vos yeui^.
cr Ne les arrêtez point , dit le Sage , sur une fille , de peur que sa beauté ne devienne pour vous une occasion de chute. f)p|ournez vos regards d'une femme pan'^e , et ne ronsidérez pas curieusement une beauté élrangère. Plusieurs se sont perdus par la beauté de la femme ; et en la regardant , la passion s'allume comme un fen\j» Faites, ainsi que Job, un pacte avec vos jenx , afin qu'ils ne se portent sur aucun objet qtii excite dans votfe cœur des dé>irs criminels, (le n'est pas qu'il fyiille avoir toujours les yeux baissés; mais regardez , ne fixez pas » contemplez encore moins. Saint François de Sales avait été en conversation avec une belle dame. On lui demanda ce qu'il pensai! de Sa beauté. « Je l'ai vue, lépondil-il, mais je ne l'ai pas regardée, jd
T Vifjgiiêm fit coiupiotai , ûk. Secit» 9.
i2R LÉCOLG
Inierdisex-yous aussi la lecture de ces ouvrages licencieux , qui y déchirant le voile de la pudeur, étalent
avec uno liberté cynique les imap^es de la voioplé. Ils salissent l'imaîrinalion |):u' des poitrails voluptueux , qui s'y impriment d*auiaiiL plus facilement qu elle est plus pure et plus vive , et laissent dans la mémoire des traces importunes qui ne s'effacent jamais. Malheureux ceux qui aiment à lire ces sortes d'ouvrages I mais plus malheureux encore ces auteurs lascifs qui se plaisent à e\ii;i!( r toute ia corruption de leur cœur, pour la conimuiuquer aux autres , ou pour se faire goûter de lecteurs aussi corrompus qu'cuiL 1 Cest en vain qu'ils se flattent d'arriver à la gloire par la voie de rinfamie. Le public , en admirant les talens et le génie de quelques-uns d'entre eux > en condamne l'abus , en plaint la prostitution; et les sages, qui seraient bien fâchés de lire leurs ouvraires les plus vantés en ce genre, seraient encore plus fàciies de les avoir faits. Ne vous laissez pas attirer par les charmes du style : ce sont des appâts brillans qui n'en sont quç plus propres à faire tomber dans le piéi^e. Quand ces ouvrages seraient encore niu-ux écrits qu'ils ne le sont, il y a , pour celui qui les lit, beanconfi moins à fjagner qu'à perdre. Ils opèrent insensibiemeni sur l'àme , et ia corrompent , comme ces poisons doux et lenis , qui donnent peu à peu la mort. Faites* vous donc une loi de n'en lire jamais*
Evitez encore ces di vertissemcns nocturnes ces assemblées bruvanles, où se réunissent un grand nombre de personnes (!e l'un et de l'autre sexe, pour se divertir , OÙ le moindre crime est de passer les nuits au milieu des plaisirs et des pompes du monde , et d'où l*on sort persque toujours moins pur qu'on n'y était entré.
Le préjugé pour les danses et les b^s , ainsi que pour les speclacles , est si universel et si fort, que ce serait sans doute trop nous llaltcM- , que d'espérer iiouvoir fair<^ revenir de leur prévonlion ia plupart de ceux que le prestige a séduits; mais il est de notre devoir et du but de cet ouvrage, de faire connaître et de combattre tout ce qui peut corrompre les mœur^. Si beaucoup de persanes regardent comme purs et innocens, ou du wipi ns comme indifférens, les plaisirs dont nous parlons.
Dig'itized by
il en est un grand nombre d'antres dont la dédnont doit paraître bien moins suspecte ^ qui les regardent avec fondement comme une des principales sources d%
la corruption générale.
Pour une mnîlitudedp tf^moii^nages que nous pourrions rapporter ici, boraons-nous à quelques-uns qu'on ne paisse récuser* L'autorité de personnes mêmes du monde » connues et estimées , sera d'un plus grand poids que la nôtre. Pourra-t-on , si Ton n'est point crbslinémeiit décidé à justifier et à se permettre tout co qu'on aime , ne pas se rendre à ce que dit , sur les dangers des bals, un homme qui vivait au miliëu du monde , qui en connaissait tous les plaisirs , qui en avait vu par lui-même tous les dangers ; en un mot , un militaire et un courtisan, qui , par caractère autant que [Kir état , était bien éloigné de condamner les div'ertissemens permis ? Nous parlons du comte de Bussi-Rabutin, si célèbre par son esprit et par ses disgrâces. Dans la réponse qu'il fit à M* de Noailles , alors évéquedeChàlons, qui l'avait consulté avant que de donner à son peuple une instruction sur cette matière, il lui dit :
(( J'ai toujours cru les bals dangereux. Ce n'a pas été soîilenient ma raison qui me Ta fait croire, ç'a encore été mon expérience ; et quoique le témoignage des Pères de l'Eglise soit bien fort , je tiens que, sur ce chapitre , celui d'un courtisan doit être de plus grand § poids. Je sais bien qu'il y a des gens qui courent moins de hasards en ros lieiix-Iî\ que d'antres : cependant les j| tempéramciis les plus froids s'y échauffent, Co ne sont d'ordinaire que des jeunes gens qui composent ces sortes d'assemblées , lesquels ont assez de peine à résister aux tentations dans la solitude, à plus forte raison dans ces lieux-là , où les objets , les flambeaux , les violons et Taii^italioii de la danse échau lieraient des anachorètes. Les vieilles gens, qui pourraient aller au bal, sans iuféresser leur conscience, seraient ridicules d'y aller; et les jeunes gens » h qui la bienséance le permettrait , ne le peuvent sans s'exposer à de trop grands périls* Ainsi je tiens qu'il ne faut point aller an bal quand on est ehréficn , et je crois que les directeurs feraient leur devoir, s'ils exigeaient de ceux
Dig'itized by
ISd %.*icoïM
dont ils goQvern6âil la coRScieDCC > i[u'il u ^ aUass^nk jamais. »
M. ^ CiavUIe tout porf*^ qu'il e&t à pennetire les plaisirs aux jeunes ^en« , convient iui-nième qu'cno mf)re qui m(^ne sa fille au ba) » sans songer à tous les
pprils qui l'cnvironiic ni , pi onvo bien qu'elle aime plus SCS pro[)r(\^ plaisirs que In m l iu dans ses cnfans. c< Quelle eavie de p!aire , ajoule^i«.i| , toujoui'& cl^og4> reuse dans mie p(U'soni)e libre, et souvent criminelle dans celle qui ne Test plus., inspirent C9S sortes d*as« semblées I »
Lu autre auteur, qui a écrit avec le plus grand succès pf>ur l'éducation de la jeunesse , madame Le Prince de Beaumoat, eopermellanl la danse eutre personnes dii mémo sexe , condamne la bai sans exception , et ses raisons paraissent bien fortes, a Ecoutez , dit-elle aux jaunes demoiselles qu'elle instruisait , et parloiul franebement. Kous naissons lontis faibles, et porires au mal. Parmi les p. iirhans corrompus qui dominent dans notre cœur, celui de plaire est sans doute le plus violent. C'est lui qui produit , chez les femmes , Tamour de la parure» la jalousie , la vanité. Or, le lieu où ce désir de plaire prend une nouvelle force , c'est le bal ; on n'y va ^uf reqne popr< ela , si l'on s'examine à fond. Croyez-vous bonne foi que, parnu refrraud nomhre (rhcmuies au\(pîe!'? vous tacheroz de plaire, il ne s'en trouvera pas quelques-uns qui vous plairont à leur tour, et peut-être qui vous plairont trop?
» Ce n'est pas tout. Vous vousaccoulumerczA aimer le bal : vous aurez un violent désir d'y aller le plus souvent que vous poum . Qu'en arrivem-t-il ? vous vous échanfforez losani;, vous déiruirez voire sanlr en changeant les heiues du sommeil. J^endant que vous dormirez , vos en fans , si vous en avez , vos domestiques auront toute liberté ; vous ne pourrez veiller au bon ordre de votre maison ; il faudra l'abandonner li un aulro, et vous devi^'n^l^ ^ z coupable de toutes ks fouîes qui se comrnedrnnî vhvi vt)ns. »
Enfin , et ceci e^t de la dernirre importance, au bal oùsoiivent, avec inie pîîjs rrandç multitude . entre plus de licence , et où les. visages ne se masquent que pour montrer les cœurs plus à découvert, les hommes
i6 permettent des discours qu'ils noseraient tenir ailleurs; c'est un lieu de plaisirs , de liberté. Votre imagination » échauftee par le tumulte du bal , par raclian de la danse, ne vous [^ermelira pas de toi» apercevoir 9urole*champ de Tiudécenee oea discomt qu'on vous y tiendra ; ot qui pourra vous répondre que vouîî ne tomberez pas alors dans quoiqu'un des pièges que tend en ros liiuiv le détnou de l impureté? « Celui qui aime le péril , y périra. »
Il m faut pourtant pas porler les choses à Texcés ; et en condamnant » avec le^ auteurs que nous venons de citer 9 la plupart des bals, qui, comme ie disait siint François de Sales dans son slyle simple et naïf, r 'ssomblent aux champignons dont les meilleurs no valent rien , nous ne voulons pas proscrire générale* ment la danse. C'est un exercice salutaire , agréable , propre A la vivacité des jeunes gonSi et qui leur apprend à se présenter les uns aux antres avec grâce. La uorale la plus austère ne pvul défendre de s éu:ayer en commun par une honnèle récréalion , pourvu qu'on prévieniK* oti qu'on empêche les priucipaux abus qui f:0urraient en naître.
Car il ne fout rien dissimuler : les danses , mémo publiques , sont souvent la cause de bien des péchés , et de beaucoup de désordres et de scandales. Plus les plaisirs sont vifs et brnyans , plus il est Oidiaaire et iialîiri^î ;i riiommo d'en abuser.
' . C'est ce qui faisait désirer à un auteur célèbre * » qu on n'accusera certainement pas d'une doctrine trop scrupuleuse et trop sévère , non-seulement que les danses se fissent toujours on public et au grand jour , parcequc celui qui veut faire mal, craint la lumière , et que le vice est ami des ténèbres; mais il voudrait encore que les pères et méresy assistassent , pour veiller sur leurs enfans , pour Stre témoins de leur grâce et le leur décence , des applaodissemens qu'ils auraient Hérités, et jouir ainsi du plus doux spectacle qui pui^
.T.-J. Hoossean. dans sn leftre h (r4lembert sur les spectarfes. Quoiqu'on y trouve un grand nombre d*escelleotes choses, oîen vues et supérieurement dites , nous n'^n croyons la lecture ulHe ^*aux penonnes éclaiiéest et capables de démêler le vrai du faux»