OWEN
On a ainsi traduit, ou plutôtimité cette épigramme:
Peu de médecin , Peu de médecine ,
Point de chagrin »
Sobre cuisine ,
Si tu prétends
Vivre long-lemps.
« La tempérance et le travail , dit le philosophe de Genève , sont les deux vrais médecins de l'homme ; le
travail aip:nise son appétit, et la tempérance Fempêche d'en abuser. » Un médecin avant demandé au père
* Propter erapulam muUi ob%$muif etc* £cdi. S7»
DBS MOBUAS.
Bourdaloue quel régime de yîe il observait , ce père lui répondit qu'il ne faisait qu'un repas par jour, a Gardez* yous , lui dil le médecin i de rendre public votre secrof ^ vous nous 6teriez toutes nos pratiques. »
Saint Charles Borromée , étant tombé malade h Rome, se vit obligé de consulter les médecins. Mai> comme ils ne tunvenaienl pas entre eux sur sa maItT<iii\ il profita de leurs contradictions pour ne pas se mettre entre leurs mains , et pour se faire lui-même un régime de vie. 11 commença par retrancher de sa table tout ce qui tenait de la délicatesse , et qui ne servait qu'à flatter le goût; et s'étant accoutumé peu à peu A une vie dure et sobre , H fut bientôt délivré de sa pituite , de sa toux , de ses fièvres et de ses autres incommodités ordinaires, 11 devint même si robuste » qu'on est surpris de la force avec laquelle il supporta les plus rudes travaux de i'épiscopat y auxquels son zèle le livrait.
La vie humaine, déjà si courte , semble tous les jours , pour la plupart des gens da monde , le devenir encore plus. On regarde avec raison les épiceries et les aromates, présens funestes du Nouveau*Monde> comme une des principales causes de ce raccourcissement , parce que tout ce qui hftte les battemens du cœur, fait qu'il battra moins long-temps , et que les organes s'useront plus vite. A ces poisons , qne Tart des cuisiniers prépare et varie en mille manières , comme s'ils crai-
Î paient qu'on n'en prît jpas assez, joignez ces boissons brtes et brûlantes , qui achèvent de porter le ravage et la flamme dans les entrailles , et il vous sera facile de juger quels eflfets perniciènx tout cela doit produire. Boit-on être surpris de tant de morts prématurées , dn tant de moVts subites , dont nous entendons parler maintenant.
Si^ vous aimez votre santé et votre vie , aimez la sobriété» n'oubliez jamais le précepte que vous donne ici la sagesse. Les plaisirs de la table » pris sans irodération, ne sont agréables que pour le moment : on les
achète souvent bien cher ; et la nature ne tarde pas à se venger, quand on la force ^îo prendre ce (|u elle ne demande point. La frugalité, au contraire llatte moins dans le moment ; mais les suites en sont douces et agréables, Timothée, illustre citoyen d'Athènes > avaitr
loi êJÈiÀ>LB
iliitchez Plalod un repas frugal » pii il avait ^ubeancouj^ de plaisir. L'ayant rencontré le jour suivant ; a Aipi, lui dit-il , vos repas me plaisent beaucoup , pance^u'àq s'cn^, trouve bien , mêipe encore le lendcro^jj^^ ^
L'auteur de l' Ecclésiastique se sert del^nififjfte^fj^iijçn pour inm porter à la sobriété, k fii yw^ Mei assis ait<-il , à une grande -table:, ii^,ypus laï^^ paçf aller 4 l'intempérance de votre boucne : usez » cpr^infs ni} homme tempérant , de ce qui vous est servi, et rte demandez pas le premier à boire. Un peu de vin nesL^ il pas plus que sutiisant h un homme réglé? Aiwif vpu^ n'aurez point d'inquiétude durant te sommeil ; et vpm ne sentirez point de douleur. L'insoimnie^ la coliqpfp et les tranchées sont le partage de l'homme ii^i tempérant. Celui qui mange peu aura un sommeil .de santé, il dormira jusqu'au malin , et à son réveil , il se féliciterai lui-même du bon étal où il se trouve. » « Ne soyez pas^ dit-il encore ailleurs, UisderniersÀ v^pA^ Uï^ â^ia^to, et bénissez le Seigneur qui vous a créé et qm vomi comble de ses biens \ )» ^
Voudra-t-on nous permettre de faire ici Une réflexion? On se pique d'être ou de paraître reconnaissait envers les hommes, et on oublie de l'être , on rougit de le paraître envers Dieu I Pourquoi» dans t^nt de maisons où Ton se dit chrétien » a-t-on abandonp/é {a religieuse coutume de nos pères, d'élever son cteyrijjt ses pensées vers le ciel avant et après le repas > pour en faire descendre la bénédiction , et y faire monter ses actions -le ^i^ràees , pour sanctifier et ennoblir par la religion ce qui nous confond avec les an inianx? Faisonsnous toujours gloire de reconnaitire et d^.reu^ercier Ja main bienfaisante qui répand sur nous ses dons avëp tant de bonté , et quelquefois avec tant de prqfusjq^ ^ plus elle est fsénéreuseà notre égard , plus nbusdevmis' être re( onnaissans , et moins surtout nous (levons . abuser do ses bien Ta ils.
Nous l'avons dit plus haut, et nous le répétons : qu se trompe , si Ton croit que les plaisirs de la «tahle .
Dnrnnot usque mono; (*t anima illius cnm. ipso delectahitur. Eccli. 31. Et super his omnibus benedicUe Dominum , ^tc* Ëccli. 32.
• jftW MOBCftS. 155
f^iisislëiU dâns la quantité oùdahâ la Jélicûtesse. Plus on court après les sensations exquises , plus on s'en éloigne. ï.es organes deviennent difficiles à mesure j^u'on les ilatte. Ce n'est qu'en restant dao9 une juste simplicité qu'on peut s'assurer de goûter constamonenl ce plaôsir agréable, destiné pair la nature à nous faire l^rendre-la nourriture convenable et nécessaire. Ce! :i qui ne manche que du pain bis , et ne boit que de Tean , les trouve toujours bons. Lliomme qui veut des meissuccu lens^ des vins exquis , est toujours dans le cas d'en désirer de nouveaux. Le sentiment s'émousse ; 4out ce qui n'est pas piquant et extraordinaire, devient indifférent ou insipide; et de là souvent un (!é^:oùt total , dont le meilleur et le plus sûr remède est la diète et la sobriété. Artaxerct»s, roi de Perse, ayant perdu une bataille, fut contraint, dans sa retraite, de manger des figues sèches et du pain d'orge. Il trouva excellens ces mets grossiers, n 0 Dieu I s'écria-Ml , de
Îuel plaisir je |n'était<privé jusqu'à présent par trop de élicatesse ! »
Il y a lonf^-tenips qu'on l'a dit : rappétit est le meilleur de tous les assaisonnemens, mais il fniU se le procurer par la tempérance, a Pour faire un souper délicieux, disait un philosophe , faites un dîner ffugaK» Socrateà la sobriété joignait l'exercice. Quelqu'un lui demandant pourquoi tous les jours il se promenait à grands pas jusqu'à la nuit : « Je prépaœ aii^i , pour mieux souper, le meilleur de tous les ragoûts, un bon appétit. »
L'exerdoe est , après la sobriété , un des plus ordi* «aires et des plus excellens conservateurs de la santé. ^ Une vie trop sédentaire accumule les humeurs , rend l'estomac paresseux, le corps délicat, et souvent peu propre aux foactions communes de la vie. L'action, au contraire, eit le mouvement entretiennent la vigueur du corps, raniment celle de Pesprit, et garantissent de beaucoup d'infirmités.
Mais ce qui vaut peut-être encore mieux , c'est la galté, cette .ii;i,able eflusion de l'àme , qui tient souvent lieu d'esprit dans la société, de compagnis dans la solitude , et de remède dans les maladies. Ce qui est certains, c'est que la médecine n'a point de plus excellens
remèdes pour prévenir les maux , que Texerdce » la> tempérance et la joie. On demanda un jour à LéODicéni, célèbre médecin italien , par quel secret il avait conservé pendant plus de quatre-vingt-dix ans sa mémoire, tous ses sens, un corps droit, et une santé pleine de force. Il répondit qu*ii devait la vigueur de son esprit à la pureté de mœurs dans laquelle il avait toujours vécu , et la santé de son corps à sa sobriété et & sa gatté. CeUe-ei , pour être pure et constante , doit avoir sa source dans le contentement de Tesprit et dans la tranquillité de la conscience. La bonne conduite est la mère de la gaîté, et la gaîté la mère de la santé.
xxxu.
Jouez puiir le plaisir , et perdez noblement.
IÈ|K j'en est ponr bien des personnes une des plus amusantes distractions. Il corrige, par sa douceur, Tamertume des peines ; et par ëon agrément » il délasse de la fatigue des affaires. Il est donc quelquefois permis , il est utile même de jouer. Mais on ne doit, selon la belle penséed'un saintPère'etrespritdu christianisme, prendre le jeu que comme une médec ine , pour le be- S'in seulement, ou lorsque les circonstances en fout comme une espèce de devoir à Tégard d'un malade , d*un ami ou d'un étranger , qu'il est de la politesse d'amuser quelques momens. Un sage païen » dont toutes les maximes de morale semblent avoir été dictées par la plus saine raison , ne permet de jouerqu'aprés une grande application et des occupations importantes Ou*eùt-il dit de ces personnes du monde , qui emploient ou plutôt qui perdent tous les jours tant d'beures au jeu , sans qu'aucune occupatidn sérieuse leur ait fait mériter ce délassement^ et pour qui même le
* Saint Augustin.
• l.udoetjoco frui ilUs quidem licct ^ tum cum graiil/us se^
AES MOBUBf. 157
jeu est si souvent une occasion de négliger leurs affeircs^ l'éducatioa de leurs enfans^ le soin de leur salut et leurs autres obligations ?
La sao^esso , qui condamne si sévèrement tous les abus, ne peut approuver celui du jeu , la perte du temps y l'oiibli de ses devoirs, Je goût pour une vie inutile et dissipée, Tattache au plaisir du jeu, que produit presque toujours un jeu fréquent. Si elle nous recommande id de jouer pour le plaisir» elle ne veut
ÎiaMà que nous défendre de jouer par intérêt, et de aire du jeu, comme tant de persouues, une affaire importante, une occupation sérieuse.
Voyez ce cercle de joueurs placés autour d'une table , quel air grave sur les visages 1 quel morne silence 1 iU ^ passent des journées et souvent des nuits entières sans se déplacer. Le hasard , aveugle et farouche divinité , préside au jeu , et y décide , en souverain , du bonheur ' ou du malheur , de la joie ou de la tristesse. A la
f|lace de la «»'aîté el du plaisir qui sont bannis de ces ieux , on y voit le désir de gagner et la crainte de
{»erdre, qui marchent toujours à la suite du gros jeu ; es plaintes , les regrets , les transports , quelquefois une joie maligne mêlée d'inquiétude , ou une flatteuse espérance qui souvent se chancre en désespoir. 0"i pourrait peindre tous les div( rs niouvemens qui s'élèvent tour à tour , ou se c^uibndent ensemble sur le visage de ces joueurs , et qui annoncent le trouble et le désordre de leur âme î
Changeons de scène , et transportons-nous dans une de ces honnêtes et estimables familles , auxquelles se joignent quelques amis choisis qui , après avoir employé ia plus grande partie de leur temps à d'utiles occupations, ou dans les jours accordés par la religion au repos et au délassement, jouent ensemble un petit jeu de commerce , moins pour gagner et pour vaincre , que pour se prêter mutuellement à une distraction nécessaire, ou pour éviter d'autres parties de plaisir plus dispendieuses et moins innocentes. Nous v vtM rons régner la joie, ia paix , la décence et la modéraiion.
Comme eux , ouvrez votre cœur aux plaisirs per m Is, et ne vous refusez pas aux ressources gracieuses d'un honnête amusement. Interrompez votre travail , lorsque
la raison et là nëcéssité te dettiiindént. louez , et
délassez totre esprit; suivez votre inclinalion , et choisissez eDlre les jeux celui qui vous plaira davaiUa^je , et qui sera le plus propre à vous diveHir. Mais a^ez pour ma^ume inviolable que le jeu soit toujours .lin
1)laisir noiir vous. Ne jouez jamais ^ ôn ibe saurait trop e Tépmty ni grôs jeu, ni jeux de hasara : uii jeu où Ton est transporté du désir du gaiu et désespéré sijir la perte , peut-il être le source d'un plaisir pur et délicat ?
De combien de chagrins et de malheurs même ne devient-il. pas souvent la cause I François I*^, m 'de France , étant ptisonnier en Espagne , joua un jour avec un grand , et lui gagna une somme immense. L'Espagnol , piqué de sa perte, en payant le ror, lui dit avec heau( oup de fierté : (( Garde cela pour ta rançon.» Le monarque^ irrité de l'insulte, lui donna sur la tête nn coup d'épée dont il mourut. Les parens en demandèrent justice à Charles^uint , qui» instruit de quelle manière la chose s'était passée , répondit : a Le grand
avait tort , tout roi est roi [)ar(out. »
Ne mettez jamais au jeu que ce que vous pouvez y laisser sans intéresser votre fortune et votre conscience, sans vous préparer des sujets de chagrin et de repentir* Sachez , avant de vous embar^er « ce que vous ^vez envie de perdre : regardez-le comme perdu ; et si la fortuné Vous fuit , ne courez pas après elle , et ne vous obstinez"pas à rattrapper votre argent lorsqu'il s'est échappé.
Détiez-vous même de la fortune , lorsqu'elle vous favorise : craignez ses perfides caresses. On se livre aveuglément à nn trompeur espoir qui , semblable à ces mtht errans qu'on voit voltiger dans les lieAx nià-
récageux ou sur les tombeaux , ik^ l)iille de temps en .
- temps aux jeux du joueur que pour le condî>ire dans le précipicevet causer sa ruine. Car voilà où se terminent la plupart des gros jeux; c*est-là presque toujours la triste destinée qui attend les joueurs de profession , les joueurs passionnés. On en voit bien peu s^enrîcLîr, I>ominés parla passion du jeu ou par le désir d'avoir
. encore plus , ils n'ont pas la forre de se borner à un gain considérable; et à force d'exposer leur argent ,
DES MOfiURS. lt>9i
il$ trouvent enûn le moment fatal où Hs échouent coup funeste ieUr enlève d'ordinaire lefniit de plnsméis victoires, te jeu est le tbéfttre de la IbHune; nulle part eltp n*est pitts inebn^tante. Elle comble aujourd'hui de richesses , elle élève autour de ses favons des mor^ ceaux d'or, et demain elle les dépouillera de tout ♦ elle les laissera ^ans argent , sans crédit , sans ressources : revers erael y d'autant plus aceablaDt, qQ^oH a été i»Iq8 hefarèux , et ^ae le plaisir que donne le gaiii n'égalé jâmnaîis lë chagnn que cause la perte* ^ Aussi n'est-ce pas l'avarice qui a inspiré aux hommes • lè désir de jouer. Cehii qui aime Targent ne le hasarde pas volontiers, et Ton trouve peu d'avares qui sachent a^ême les jeux les plus communs. C'est le plus souvent r.eiiQuI . l'oisiveté » la paresse p qui , détouimailt dés o^cupanoQS sérieuses, attachent au jeu eù F on ëspére se désennuyer, et où l'on cherche à couler le temps, ce' temps si précieux , dont on ajoute la perte à toutes les autres.
Pour vous, fidèle aux lois de la sagesse, faites<>vous du jeu un plaisir et non une occupation : ayez-en de plus u.tiles et de meilleures. De qoeUe uttficé est pour' l'état un joueur de profession? Ne jouez, comme nous
l'avoïis déjà dit, que pour vous délasser , pour vous dérober à un ennui passager (fui vous obsède , à des ch^^rins ^ui vous afUigent , ou lorsque vous ne pouvez
Sas £aiire autrement* Mais» sur toutes choses , tâchez 'être beau joueur. Cette qualité est tare : celui qui Fa , est modeste et garde un silence respectueux , lors* que le jeu lui rit. Tranquille et de bonne humeur quand il [jcrd , il ne se fîchè de rien. Il voil d'un œil égal le bonheur et le malheur ; son air est toujours serein et son front sans nuages : il parait même plus gai dans la perte que dans le gain*
Si vous voulez lui ressembler , nlntéressez le jeu que pour l'animer : il est plus facile de conserver oetle éij^alité d'âme dont nous venons de parler , quand on lie joue que petit jeu. Celui qui risque au jeu de {grandes . sommes, n'est, pour l'ordinaire > ni honnête joueur , pî noble joueur. On en voit qui ne jouent que des jeux pii rintcrét n'est pour rien, qui jouent peu de temps , peu de chose , et , malgré d'excellentes quaKtés , tont
très-mauvais joueurs. C'est que ce défaut ne vient pas touioui^ de resprild'iulérèty mais souvent d'un orgueil mal entendu , qui ne veut jamais être vaincu et qui aime à remporter. On ne saurait trop s'appliquer à prévenir ou i corriger ce défaut dans les enfans më* mes. I/inquiétude au jeu sur le gain ou la perle, est petitesse ; la colère est grossièreté , et l'avarice est bassesse d'Ame, ('.elui qui nionUe de l'humeur lorsqu'il perd, a un double chagrin ; il perd , et il est raillé , ou ce qui lui doit être encore plus sensible , personne ne veut jouer avec lui.
Rien n'est plus propre à faire connaître le caractère que le jeu : le naturel j échappe et se démasque. Sacliez. donc si bien vous y posséder, et y être tellement maître de vous-même que vous ne vous exposiez pas à perdre en un moment toute la bonne opinion qu on avait de vous. Ne perdez point de partie , que vous ne gagniez quelque chose de plus précieux qûe votre argent , l'estime de ceux avec qui vous jouez.
Ce n'est pas qu'il faille jojjer avec indifférence. Si trop d'attention au jeu décèle un fonds d'orgueil ou d avarice , une trop grande inattention ne convient qu'à un fat ou à un évaporé, qui ne réfléchit pas que le jeu ne peut faire plaisir qu'autant qu'il est bien joué« Ayez en jouant l'air libre et aisé , sans dtstraclion et saiis indoîence; l'esprit attentif et appliqué, sans vivo inquiéluiie pour le succès. Ne vous plaignez ni de vousmême, ni de vos associés. Ne disputez jamais sur le jeu 9 ou faites-le avec tant de politesse et d'égards » qu'on n'ait aucune peine h vous céder. Avouez vousmême sans peine votre tort « dés qu'on vous le fait connaître; et s'il le faut, relâchez de votre droit. Vous aurez gagné beaucoup, si vous avez su vous rendre aimable et vous faire estimer.
Sans prodigalité dépensez prudemment.
Qli: de rcgrels on se prépare , quand on ne veut pas approudtc le secret de mesurer sa dépense sur sa fortune I La cause la plus ordinaire de la ruine de bien
BRS MOEURS. 161
des personnes, c'est qu'elles règlent leur dépense sur leur état ci non sur leurs moyens , sur leur ambition et non sur leurs richesses* I^nr luxe , enfant de la mollesse et de la vanité , conduit & la pauvreté par des chenfîins bi il lans et agréables; niaisiln'y a que les fous . qui Je suivent.
Une espèce de luxe modéré entre dans les vues de la nature, qui a répandu sur la terre comme dans les cieux une magnificence éeale à sa grandeur : elle n'a pas prodigrué tant de bienraits aux nommes , pour leur eu interdire l'usage. Mais ce que la raison nous défend, c'est un luxe excessif ou ruineux ; c'est toute jouissante superflue , qui n'est prescrite ni par le rang , ni par l'usage légitime de la nation où 1 on vit , et dont Je retranchement ne peut que mériter l'approbation des gens sensés. A quoi bon cette multitude de laquais insolens et paresseux , qui jouent et dorment dans une antirliauibre ? Que sert aux femmes cet excès rîdi( ul(» (le parures, celle folle passion des modes et des nouveautés qui coûtent si cher et qui passent si vile ?
Je sais que la sagesse permet de suivre les modes qui ne sont qu'indifférentes , et qui ne blessent point les mœurs ni ne dérangent la fortune. Quoiqu'elles ne naissent le pins souvent que de l'inconstance et du caprice » les personnes les plus sages se trouvent quelquefois obligées de s'y conformer et de s'y soumettre , pour ne point paraître ridicules.
La mode est un tyran dont rien ne nous délivre : A son bizarre goût il faut s'acrommoder ; Mais sous ses folles lois (?lant foire» de vivre , Le sage n'est jamais le premier à les suivre • Ni le dernier à les quitter.
Pavillon.
S'il est permis à certaines conditions de porter des habits riches et magnifiques , il est plus glorieux et plus estimable de rester un peu au-dessous de son état. La modestie et la pudeur seront toujours , potir les femmes mêmes, le plus bel ornement et la plus nnhie parure. C'était cellede la vertueuse épouse de Henri iil, Louise de Yaudemont. Au lieu du luxe et du faste le plus indécent I elle ne se distinguait (|ue par Ifisimpli-
l'écout
cité de ses habits : ce qui donna lieu à une aventure assez singulière qui lui arriva. Passaat un jour par la rue SaiutrDeais , elle entra dans la boutique d*ml mard^ad de soie. Elle j trouva la femnie d'un président magnijGquement parée , et fort attachée au choiK dequantilé de superbes éloffes. La reine l'observa quelque temps dans cette occupation ; et voyant qu elle ne prenait pas seulement garde qu'elle était dans la boutique, elle s'approcha de cette dame , et lui demanda qui elle était* La présidente , qui se voyait sanft eooiparaison beaucoup mieux vêtue que la reine , et qui avait tous ses sens occupés à considérer la beauté des étoffes qu'elle avait sous les yeux , lui répondit qu'on l'appelait la présidente une telle. La reine lui dit alors en riant : a Madame la présidente , vous êtes bien brave pour une femme de votre qualité. » La présidente répliqua , sans détourner la vue de dessus les étoffes : tf Ce n'est pas à vos dépens , madame. » Quelqu'un de la suite de la reine avertit la présidente de prendre garde à (fui elle parlait. Elle leva les yeux sur le visage de la relue, et, l'ayant reconnue , elle se jeta à ses ,pieds y en lui demandant pardon. La princesse , l'ayant relevée, lui fit avec douceur une remontrance sur le luxe de ses habits, et lui donna des témoignages de sa bienveillance.
Les jeunes gens puissamment riches, el ceux q\ii le sont devenus en })< u de temps , sotit ordinairement prodigues , parce qu'ils ignorent le vrai usage des richesses. Ils s'imaginent aussi que la fortune » qui les a traités si favorablement , ne les abandonnera Jamais : ils croient la tenir enchaînée dans leur maison; mais déliée bientôt par leur main piudigue, eîle s'envole et ne revient plus.
Kouâ devons nous souvenir que , quelque maîtres que r nous soyons des biens que nous possédons légitimement» ^ nous avons nous-mêmes un maître de qui nous les tenons : nous lui en rendrons un compte rigoureux , soit que par notre avarice nous les ayons rendus inutiles à nous et aux autres , soit que par notre prodigalité nous en ayons fait un mauvais usage , et que nous nous soyous mis dans l'impuissance de faire du bien aux malheureux*
Quoique lu dissipation ne soit pas aussi universellement méprisée que l'avaiirc , parce qu'elle a qiK îqîie chose d'ôclatanl, qui frapp(i les yeux de la nmluiude et les éblouit y le prodigue qni a tout dissipé et ^qi ti^ft plus rien f est peut-être encore plus méprisé que ftivare. Dans le temps même de son abondance , sfsg profusions ne le garantissent pas toujours àà mépris qu'il mérite. Entouré de faux amis et de f<);ir[)es, qui feignent de l'estimer et do l'honorer, il roroit l'encens trompeur d'une foule de libertins qui se divertissent ^ ses dépens, d'adulateurs parasites qui le louent et 1^ dévorent 9 de mendîans jalonnés qui lui font Thonneur de manger son bien avec lui y et le méprisent. Il s'attire; par une dépense excessive et par un faste ridicule, la raillerie de toute une ville (ju'il < roil éblouir , et il se ruine à se faire moquer de lui. Deux prodigues semblaient disputer entre eux lequel ferait de plus folles dépenses, a 11 me semble , dit une personne d'esprit , que je les vois se faire des complimens ili la porte de l'bôpital, pour s'inviter l'un et l'autre à y entrer le premier. »
Il en est de la prodii^alitê comme du feu , qui se consume en dévorant la matière qui doit l'entretenir. Kéduit a une mendicité imprévue , le prodigue est bientôt obligé d'avoir recours aux autres. Mais toute ressource lui manqua ; car si la libéralité fait des amis, la prodigalilé ne fait que des ingrats. Ceux (|u il a nourris, engrai>sés, ne le connaissent plus. Des amis plus nobles , qui l'auraient secouru s'il n'avait été que malheureux , l'abandonnent. Livré à lui seul et à ses réflexions , le souvenir de sa première situation, le déduire à Ions «omens : mille fois pltis malheureux que l'avare, parce qu'il sent tout son malheur, parce* qu'il est nécessairement et malgré lui ce que l'autre du moins est librement et par choix ; parce qu'il souffre d'autant plijis d'être dénué de tout» qu'il a plus agréa» hlen^^jt joui* Uiogëne voyant nn prodigue qiii n'avait que dp4 mm pour soa souper i cr Si tu avaif ^ ifil-il , toujours diné de la sor4e , tu «e souperais pas sf mai.»
te prodigue dépense comme s'il devait bientôt mou nr, et l^aVane épargne comme s'il devait toujours vivre. J:^lus môme il avance vers ce moment fatal oii tout doit
JG4
lui être ôté , plus il s'y attache. Mais '^la mort vient enfin l'enlever au milieu de ses trésors , et le force de
les abandonner à des héritiers avides, qui les attendaient avec impatience, et (|ui hîë dissiperont peut être aussi facilement et aussi vite qu'il avait mis de peiue et de temps à les amasser. K'auraît-ilpas fait bien plus sagement j d'employer pendant sa vie ses richesses à se procurer les choses nécessaires et utiles » & soulager les indigens , à faire plaisir à ses parens et à ses amis? II sn serait du moins fait honneur de ce qu'il possédait ; il aurait mérité Testime et la reconnaissance des hommes, et ses bienfaits l'auraient rendu heui'eux, comme le dit un poéto, qui ajoute aussi très-bien :
* A quoi bon cet amas i ri vole ?
Pourquoi l«nnt de biens superllus ?
Tout l'or iju>nlralnc le Taclole , IS'e vous rassasîrail pas plus.
L*avarice » à rhomme fatale , Est le vrai tableau de Tantale Qui brûle de soif dans les eaui.
Toujours esclave inséparable D'un bien qui la rend misérable , Klle n'aime que ses bourreaux f Ah ! faisons un plus doux usa^
Des biens qui nous viennent deiGieux!
Les richesses aux yeux du sage > Snnl comme un vin délicieux:
Cette liqueur enchaulcresse , Prsft avec pnidence et sagesse , Ranime nos goûts et nos coeurs ; L excès dégénère en ivresse »
La privation en tristesse.
L*abo8 de tout fait nos malheurs.
Ode à l'avarice, par M. db Fobcbs, abbé de Valmoni,
L'homme est si facile » et si ingénieux à se trompef
soi-même, que le prodigue ne se croit que généreux , et Tavare ne se croit que ménager. Soyez vraiment , toujours et tout ensemble, ce que tous deux se flattent d'être , et ce qu'ils ne sont pas ; ne soyez jamais ce qu'ils sout. Tenez le milieu entre les deux excès. Soyez
ménager pour l'ordinaire , et généreux dansFoccamon;
^ r II , - ■ ■ - ^- —
* 11 semble qa*i1 eût foUu inellre son bourreau , en le faltant rap« porter au bien , qui estle lounnenlde Tavarice. Mais on peut aassi 1 ^nleodie des trésors ou monceaui d'or et d'argent.
DES AlOI^UftS. 165
VOUS votts ferez honneur , et vous serez toujours en état de vous le faire. Un prodigue se plaignait à Socrate qu'il n'avait point d'argent. « Empruntez-en de vousmême, lui répondit ce philosophe, en retranchant de , votre dépense. »
Une sage économie, qui sait retrancher, quand il le faut , les dépenses peu nécessaires ou superflues , sou*tient le5 familles et les fait prospérer. La gloire et les richesses y entrent avec elle. Un fils disait un jour & son père qui avait acquis beaucoup de bien : a Comment, mon père , avez-vous fait pour avoir une si grande fortune? Pour moi, j'ai peine à gagner le bout de Tannée avec tous les revenus du bien que vous m'avez donné en mariage. — Rien n'est plus facile, lui répondit le père en éteignant une des deux bougies qui les éclairaient : c'est de se contenter du luVcessaire, et de ne brûler qu'une bougie quand elle suftit. »
Conserver son argent pour n'en faire jamais un bon usage, c'est une avarice criminelle; ne le conserver dans un temps que pour s'en servir & propos dans un autre, c'est une économie louable.
Nous avons dit qu'il fallait être généreux dans l'occasion ; car ce n'est pas être prodigue que de l'être à propos. Cette noble maxime était celle de Jean Daens , célèbre marchand d'Anvers. Il était extrément riche. Ayant prêté à Charies-Quint deux millions, il invita ce monarque à un grand repas qu'il lui donna- chez lui. II le régala somptueusement ; mais nul mets ne lui fut plus a«îréabie que celui qu'il lui servit à l;i lin. 11 se lit apporter sur un grand plat un petit fagot de bois odoriférant. Il y mit le feu , et y brûla le billet que Charles-Quint lui avait fait. <i Grand prince, lui dit-il , TOUS m'avez payé en me faisant l'honneur de venir manger chez moi. d
Unedépense bien placée a été pour plusieurs la source de leur fortune. C'est toujours la marque d'une personne qui pense bien ; et la gloire qu'on en retire vaut iinfiniment mieux que la dépense qu'on a faite. Mais si Von excepte quelques occasions rares , la prodigalité est le défaut d'un fou , qui dissipe son bien , et n'en faiit aucun. Le prodigue ^ pour l'ordinaire , n'est pas un Jiomme bienfaisant. On en voit qui lont de« dépensts
166 L'fiC#LE
en sottises de toute espère, et qui laisseraient périr un malheureuse pour un ccu. Cdui qui aiiue les bonnes actions, conserve son bien «jpour être toujours en étal cVen faire , pour ne se point manquer à lui-m^me, pouV n^étre pas à charge aux autres. Il* préféré 1e$ ac* tiens de justice 9ux actions d'éclat ; il aim^ mieux payer une dette qu'une passion, et s'acquitter que de donner. Mais un prodigue , qui veut passer pour généreux , comble de biens (les indignes , donne avec ostear tàtîoh à qui il nedoitrieD, et meurt chargé tle dettes: car cooihjea de prodigues qui , en mourant, ne paieh| qn*à ta nature I
Si vo!ià voulez ne pas leur ressembler , évitez la dixsipalion ])uérilc qui no sait rien retenir, la vanité ridicule qui veut égaler les grands ou surpasser ses égaux par le faste et par la dépense, les générosité^ excessives et déplacées » les fantaisies trop tôt satisfaitesj dont on se repent ensujte » èt dont la fortune souffre pVèsque toujours. Une jolie chose qu^oîi achète én demande quelquefois dix autres, alin que rassortiment sort complet. 0"îîud même la dépense de chacune serait peu de chose , celle de toutes ensemble est considérable; et d'ailleurs, ce qui coûte peu est toujours payélrop c%ér loi^squ'on n^en a pas besoin* Une âame achetait tnuft ce qui lui paraissait â bas prix ; elle fit tant âe bons marchés qfi'elle se ruina.
'l'àclioz d<^ \ (>u^ tenir loujuurs également éloigné de la prodigalité et de Tavariee. A la suite de celle-ci marchent les inquiétudes outrées; les défiances injurieuses û la t^rovidence divine , les frayeurs anticipées , les plaintes ennuyeuses et trop souvent répétées sur le rhaThenr des temps , surla facilité avec laquelle l'argent s*eîi va , et la lenteur avec laquelle il vient ; les petites attentions et les idées mesquines , la régularité servîle à se rendre compte de presque rien ^ les détails désho- * uôrans , et les épargnes minutieuses qui ne grossissent guère la fortune , et causent mille foils plus de peine ' qîi'elles ne valent. Le bien nous a-t-îl donc été donné ' pour nous rendre malheureux? Une dame de notre connaissance, qui jouit d'une fortune assez honnête, et qui a encore plus de hon sens, nous disait à ce sujet : « J^achôte tous les ans mon repos et ma santé par le ;
Mcrifice de quelques centaines de francs , dont j'aime TTiicux diminuer mon l evenii (jiif^ de ir.e tourhienter moi et les antres , par une vigilance inquiète à rien . perdre. D Nous avôns vu, au confraîre, un ^seigneur ti^s-riciie, qui n'éiait pas av^rè, inàis minutieux* Les * pfus ^andes pertes ne Ta^ectaient presque point ; et les plus petites dans îe détail du ménage dont il se mê- . lait trop, ou dans des journées d'ouvriers , le jetnîenl dans des vivacités et des emportemensjqui le rendaient odieux et insupportable ^ et qui , en lui bouleversant ^ fréquenniienties humeurs, n*opt fias peu contfjjbuéà atnfégèr âes jours.
On se rend souvent misérable, dans la crainte de le devenir. On s'attire (juel({uefoisdegrands maux, en se refusant qtielques petites dépenses , soit dans des voyages ou dans des commencemens de maladies , qui ensuite oceasionent àes frais bien plus considurabies > et peut-être la mort même. Ce fut une de ces épargnes sordides qui causa e^lle de Chapelain; car, à beaucoup de mérite il joignait une extrême avariée , qui ne le rendit pas moins rîdirnle que son j)e'Mne (]< la Pueelfe. Quelques académiciens l'appelaient en riant Chevalier dê l* ordre de f araignée , à cause de l'habit rapiécé et recousu <{u'il portait. S'étant mis en chemin , un jour d'académie , pour se rendre à l'assemblée et gagner deux ou trois jetons, il fut surpris par un orage. Ne voulant pas donner quelques liar i pour passer le torrent formé par la pluie, sur une planche qu on y avait jetée, il attendait que l'eau fût écoulée* Mais voyant qu'il était prés de trois heures , il passa au travers de « ]'eau , et en eut jusqu'à mi-jambe. La crainte qu'il eut qu'on ne soupronnAt ce qui était arrivé, l'empêcha de s'approcher du feu à l'a; a:iémie. Il s'assit à un bureau, cl cacha ses jauihes des-ous. «.e froid le saisit, et il eut une oppression de poitrine dont il mourut. On , trouva chez lui , après sa mort, cînquante mille écus comptant.
L'argfent ést un bon serviteur et un méchant mattre.
1 or qu'on tieni renfermé dans ses coffres est de nul jïcix ; il ne v<i;il (j 'a autant qnOn :e fait saloir et qu'on s'en sert : on l'a comparé au fnnner , (jui ii'est utile que lorsqu'on le répand. Deoys, roi de Syracuse » ayant.
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appris qu'un de ses sujets avait caché dans la terie im trésor., lui commanda de le lui apporter. Le Syracusain ne lui en donna qu'une partie » et s'en alla avec le reste
ilaiis un autre pays^ où il vécut plus librralement qu'il n'avait fait. Denys, qui en fut iustruit, le lit revenir; ii iuireudit ce qu'il lui avait [)i is , et lui dit : a A présent
Sue vous savez bien user de vos richesses , vous méritez e les avoir. »
Ne passe servir , dans Foccasion , de l'argent ou des
commodités qu'il a plu à Dieu de nous accorder , et se prodiguer soi-uiéme pour ménafi^er ce qui n'est fait que pour nous , c'est être en même temps avare et prodigue, c'est une double folie. Celui qui a un beau cheval le monte rarement, n'ose le mettre en haleine, craint de le travailler , s'en refuse Tusage, tandis que lui-même s'échauffe jusqu'à gagner une pleurésie.
II nous reste encore à dire un root sur les dépenses de la table. H y a des gens qui croient iaire bonne chère , quand ils la fout grande. Mais , excepté certains repas de cérémonie , où la qualité des personnes , la multitude des convives demandent plus d'apparat et d'ostentation, préférez plutôt de suivre ce que dit un poème ;
Bonnes façons et peu de plats »
Sans fiomptuosilé , de la délicatene »
Propreté , bon vin , polilem :
Cest ce qu'il faul dans un repas.
Ayez donc , dans les repas que vous donnez à vos
amis (et il faut rarement en donner à d*autre8), beaucoup de propreté sans affectation , beaucoup de liberté sans manquer à la politesse, une table servie selon votre état et vos moyens, mais jamais de somptuosité,
Socrate, a^ant un jour quelques personnes à recevoir, répondit à un de ses amis , qui paraissait étonné de ce qu'il n'avait pas fait de plus grands préparatife : «f Si ce sont d'honnêtes gens , j ai assez pour eux ; s'ils ne le sont pas , j'en ai trop. »
Il y a autant de fatuité à faire le magnifique quand • on ne doit pas l'être, que de petitesse à faire mal les honneurs de chez soi. Un fastueux , qui fait grande chère par orgueil , croit imposer ; mais il se trompe t
ôn ttdiUiie^ae de mépris une magnificefiaé mbat placée. Rmt cependanl n'est plus commun aujonrd'lmi. Ou
charge les tables de mcU. Chacun se pique d'émulation et d'honneur. On donne des repas magnifiques , où riea ne manque que la gaité ; on mange sompiueuseokent et ennuyeusement.
Mot pères étaient bien plus sages que nous. Ils man-* geaient moins magnifiquement et plus agréablement, lis n'admettaient de profusion que daus la joie. Us avaient peu de plats , mais beaucoup de gaité, que nous avons remplacée par une abondance de mets. U semble qu'on ne s'invite que poUr manger.
L'usage a tellement prévalu , que les plus avares mêmes se piquent de magnificence , et préfèrent , à la honte de paraître avares, le supplice d'être prodigues. Donnez à manger sans prodigalité ^ mais toujours de bon cœur, et noblement quand il le faut. C*est manquer à ses convives que de les mal régaler ; on n'invite pas les gens pour leur faire iSure mauTaise chère. Un avare , donnant un repas foil mesquin , disait à ses convives : <r Mon repas ne vous causera point d'indigestion. » On lui répondit : a Vous vous trompez^ car un pareil repas est fort difficile à digérer. »
Si vous êtes surpris par des convives que vous n'attendiez pas , donnez de bon cœur ce que tous avez. U vaut mieux leur donner un peu moins , que de leur faire acheter , par la faim et l'impatience , quelques
ElaLs de plus. Dites-leur ce que disait en pareil cas un* omme d'esprit : « Puisque vous n'avez pas jugé à propos de me faire avertir , ou de venir plus tôt, vous dînerez avec moi ; mais si une autre fois j'en suis prévenu , je dînerai avec vous, jd
xxxm. .
Ne perdes point le temps à des choses frivôles. qu'on a passé le premier âge de la vie > destiné p&f .
h mtuï^ presqM^ tout çnticir pouf le (H^rps , et que i4
17Ô ' t'icof^
raison cômtHetice à se dégager des tiiièbréi de Veliélttcé»
le temps devient précieux. Celui de la jeunesse Test irifinimenf. J.es p^res en seront comptables devant Dieu et devant les hommes , encore plus que leurs en fans , parce que c'est à eux de leur en £aire £ûre ua digi^e usage.
-^Pour TOUS , JiBme homme , qiii iroiilei paitltre nti
jour avec honneur dans le monde , reconrciss^ le temps de la bagatelle : ce doit être le premier fruit de la ré-jflexion. Prépare/ vons à remplir diijnement les emplois que ia Providençe vouft^ desline. !t aites des provisions pour l'âge mûr et pour la* vieillesse. Le tenpi> de ie jeunesse 6st te temps de eemér^ si Toft ventjreoQeiUjr. Dn bon emploi de ee temps dépend pour l'oldinaire le bonheur du reste de la vie. Profitez des leçons de vos maîtres ; les momenssont chers ; si vous attendiez plus tard , vous n'y reviendriez point. Qui sait si la fortune ou les honneurs ne vous attendent pas au bout* de la carrière , pomr êonrenner Totre diligence et réeompenser votre arderor ¥ Le célèbre RolKn avait nn talent sin** gulier pour former les jeunes gens et les animer à rétndc. Le premier président Portail se plaisait quelquefois à lui reprocher qu'il l'avait excédé de travail, c( il vous sied bien de vous en plaindre » lui dit Kollin ; c'est cette habitude au travail qui veus distingué dans la place d'avooat-général , et qui vouf a élevé h celle de premier président : vous me devex votre fortune. »
Appliquez-vous donc à l'étude dans votre jeunesse : c'est le seul chemin qui conduise an mérite et à la gloire. Aimez le travail , et ne soyez pas de ees jeunee désœuvrés, qui se lèvent le matin pour ae eoumer le soir, et qui , promenant tout le jour leur pénible existence, ne savent qin' laire de leur temps ni d'euxmêmes. Après avoir ainsi conmionré leur honteuse et ennuyante carrière , ils la continuent de même, et meurent sans avoir vécu.
Imitez encore moins ces jeunes efféminés, qui perdent une grande partie de leur temps à leur toilette el i celle des femmes. L*ho:nme est-il donc fait pour placer une mouche ou nouer des rubans ? L'importand
chez teé damet , q«i n'ont gvèie d'auM MOâpftliMqiier celto 4e tear punnr^ > pcmr s'en occuper des hearcB MtîèPee ayeo elles , ou pour fuir l'ennui , qui semble courir après les désœuvrés et les suivre partout 1 Chnqne femme de Paris, dit le philosophe de Genève, rassemble daaë son apparteoieat ua séraii d'Uouunes plus femmes qu'elles^et lâchement dévoués aux voloniés du sexe que fe ndite^ doit protéger el non servir, Yoyeai-les dans ces prisons vmoDtaii*es , se lever , se rasseoir , aller et veiiir sans cesse à la cheminée , à la fenêtre, prendre et poser cent fois un écran , feuilleter des livres y parcourir des tableaux; tourner, piroueller par ia chambre ; tandis que Tidole f étendue sans mouvemens dans sa chaise longue, n'a d'actif que les yeux et la tangue. Imaginez quelle peut être la trempe ue Vàme d'un homme uniquement occupé de l'importante alïaire d'amuser les temmes, et qui passe sa vie entière à faire pour elles ce qu'elles devraient faire pour nous 9 quand épuisés de travaux , dont elles sont inca*» pables» nos esprits ont bcMin de délassement
Livrée i ces puériles habitudes, à quoi noire effé-* minée et frivole jeunesse pourrait-elle jamais s'élever de grand? Celui qui ue s<u t qu'après avoir passé deux ou trois heures devant un miroir à s'ajusicr, à se parfumer, i se farder, à se donner les airs qu'il croit être à la mode, fait honte aux femmes en les imitant, et se déshonore en voulant se taire admirer*
Heureux les jeunes p^ens qui connaissent mieux tout le prix de l'application et du travail , et i\uï savent mettre ù proGt tous |{»s niomeus du pluf; bel Arre de leur vie I Mais il y a pour la jeunesse un temps surtout bien critique : c'est celui où les jeunes gens livres à eox«mAmes se félicitent d'avoir secoué le joug de ïéàxh cMm , et font consister la liberté à éviter toutes les odcupations sérieuses. Leurs études (^l :irs exercices finis, quelquefois avant que i a^^i: soit arrivé de prendre un établissement, ils ne savent quelles occupations se prescrire, pour rtrupHr le vide que leur laisse ledéfaut d'emplois et d^affaires.
H le leur ai déjù dit : qu'ils fassent des provisione pMr l'avenir; qu'ils piéparciiL tout ce qui leur sera
17S L*ECOLÈ
ont du temps de resté , qu'ils le consacrent à la lécture : elle est le plus utile des arousenieDS* Locsqu'on proposait à une princesse de beanooup d'esprit le jeii ou
quelque autre partie de plaisir, elle refusait» disant que cela n'apprenait rien, cr Mais que ferez-vous? lui dit-on. — Je lirai , répondit-elle» ou je me ferai lire chez moi. n
Quels heureux efifeto ne produit pas la lecture I Elle enriehit'la mémoire , embeUit l'imagination , rectifie
le jugement, forme le goût, apprend à penser, élève Tàme et inspire de nobles sentimens. Les bon?, livres sont des conseillers aimables, qui nous instrutseni sans nous ennuj^er, nous avertissent de nos défauts san^ nous offenser , et nous corrigent sans nous déplaire. Alphonse, roi d'Arragon, disait que les livres étaieni les conseillers qu'il aimait le mieux , parce qu'ils ne le flattaient point, et qu'ils lui apprenaient ce il devait faire.
Ce sont des amis eomplaîsans , qui s'entretiennent avec nous quand il nous plaît, et que nous quittona quand nous voulona. Au milieu d'un peuple rustique et grossier , ils nous font trouver les douceurs de la
société la plus charmante, ils nous offrent les richessea les plus précieuses de Tesprit humain , et les découvertes de tous les siècles. Ils son tune source d'agréuiens dans tous les états , dans toutes les situations de la vie : ils procurent mille plaisirs dans tous les âges , dans^ celui même qui n'en goûte presque plus : plaisirs qui se renouvellent sans cesse , que nous trouvons piartoot^ tjue nous pouvons à tous les inslansnous procurer.
La lecture suspend le sentiment des peines dont la irie humaine n'est jamais exempte, et fait oublier, au moins pour un temps , les chagrins qui se font sentir dans tous les états. Elle est dans- bien des occasions un» grande ressource contre Tennui. On n'est pas toujours avec des personnes qui plaisent, et il vaut mieux être seul qu'avec des geiKs qui ne plaisent pas. Mais la solitude est bientôt à charge, quand on ne sait pas s'y occuper. Qu'elle est agréable , quand on sait tour k tour s'amuser par le travail et par la lecture 1 Livre» enchanteurs , que d'heures et de jours yotis m'aves dérobée à l'ennui 1 que d'heureux momena vousm'ayes
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DBS MÛBURS. 173
fut eooler dans le sein pur et innocent des plus doux
plaisirs ! 0 vous pour qui j'écris 1 si j*ai pu faire naîlru en vous ramour de la lec Lure, que d'avantages ines- ^mables ne vous aurai-je pas procurés î
La lecture est pour l'esprit ce que Talinient est pour le corps. C'est ce que fit entendre ingénieusement le duc de yivonne à Louis XIY , c[ui lui demandait un jour à quoi pouvaient lui servir toutes ses lectures : a Sire , répondit ce seigneur qui avait de belles couleurs et de remboupoiiit , les livres fout à mon esprit ce que vos perdrix font à mes joues. »
Les bons livres nous font part des lumières de ceux
Jue la distance des temps et des lieux nous empêche e Voir et de consulter. Ils nous rendent présens les plus grands hommes de l'antiquité , qui, dans leurs ouvrages immortels, semblent converser avec nous et nous instruire, lis procurent mille connaissances utiles ou agréables^ et nous servent comme de flambeau pour nous éclairer dans le cours de la vie. ^ Mais pour recueillir sûrement ces fruits précieux , lisez avec choix. La vie est trop courte pour lire toutes sortes de livres. Il y en a d'ailleurs de si dan^jereux , de si obscènes, de si impies, surtout dans ce siècle, qu'il a beaucoup à craindre pour celui qui lit au hasard, ais que dis-je? nesont-ce pas ces Uvres-là mêmes que l'on recherche avec le plus d'empressement , qu'on * dévore avec le plus d'avidité? Que voît-on pour l'ordinaire entre les mains des jeunes gens ? De misérables romans, dont la lecture, si souvent dangereuse pour les mœurs par le penchant û l'amour qu'elle inspire , serait toujours un grand mal , quand elle n'aurait d'autres eirets oue de corrompre le goût , de nourrir la paresse naturelle de Tesprit , et de dégoûter des lectures plus sérieuses et plus utiles; des brochures frivoles ,
Î[ui n'ont d'autre mérite que celui de la nouveauté ; de^ ivres effrontément cyniques, qu'on ne lit que pour apprendre à ne plus rougir de rien , et qui n'apprennent €{ue ce qu'on devrait toujours ignorer ; des ouvrages * impies qu'mi se hâte de lire , parce qu'on espère y trouver de quoi calmer ses remords , parce qu'ils sont bien écrits , souvent parce qu'ils sont rares et défendus.
îi'y a-t-ii donc plu» 4'l^utrc$ t>Qos livres i qù Toû puisî^e
se former Tesprit , se perfectionner le stjle , s'aoiuser agréablement ? ou les a-t-on lus tous ?
Un jeune Iioumie , qui avait reçu une excellenté éducation , ayant un jour troavé un livre ôbscè&é p n*en eut pas plus tôt lù qtielqdes Hgnes, qu'il le jeta au feu. Ayez le courage dlmiter cet exemple, et perdez plutôtun mauvais livre que de vousperdre vous-même* Mieux il est écrit , plus il est dansfcreux. Le serpent ^ caché sous des Heurs ^ n'en est que plus àcraiiidre.
Ce n'est pas assez de lire avec choix , il faut lire avee réflexion» Lisez moins de livres, et lisez-les bfen. Û n'e reste rien des lectures trop rapides. II en est des livres comme de la noitrrilui e, ([tii ne profite que quand elle est prise lentement et bien digérée. Un homme se vantant à Arislippe d'avoir beaucoup lu : (( Ce ne sont pas, répondit ce philosophe, ceux qui mangent da-^ vantage qui sont les plus gras et les plus sains , maïs ceux qui di^^èrent le miéux. » D ne faut pas, si Ton veut se ori!.er l'esprit , lire beaucoup de îi\Tes, mais lire be;: ico . le même livre , quand i! est excellent. Prétend e à nue universalité de connaissances , est une ilh sion de 1* amour-propre, et la folie de noLr0 siècle. La manie de tout savoir ou de savoir un peii de tout, ne fait que des esprits superficiels el de pré^ somptueux ignorans. Lorsqu'on Vent trop savoir^ on ne pcîit ricii approfondir.
Ne lisr.^ pas pour les autres, mais pour vous : voyez ce qui vous convient, et ce qui peut vous servir de règle de conduite. Lisez , non pour devenir plus savant, mais pour en être meilienr. Cest ainsi qnç voos devez lire rhistoire même , et noh par tin ^ple atnnsement ou p<n ( iiiiwsito. Que vousserviia d'ètnî né après tant de grands hoinmes, si vous ne les prenez pas pour modèles ? Que vous servira d'être né api-ès tant de fous et de scélérats , si vons n'en devenez pas plùs sage Jet plus vertueux î
Enfin , lisez quelquefois avec nti dVbi -juctldi^x , ét communiquez-vous muluellemertl vos réflexions ; vous eu lirez avec plus de plaisir et avec plus de fmil. Eu lisant à haute voix, vous aurez encore l'avantage de vous exercer à bien lire : talent rare , que la. nàtnre
ï^(\m auvent anx homtaes tùéûie» «jn'eti^ 9 ^ooit^lés
ées dons dy féaie. Saint Evranond disait qu'il n'avait
pas voen sa vie trois p(^rsoiines (uii sussent bien lire. Le grand Corneille Usait toul-à-fait mal. Rncine , an contraire, lisait très-bien : aussi Louis XIV aimail-ià Tentrendre lire, parce qu'il avait un talent singuiicK pour faire sentir la beauté des ouvrages qu'il lisait. Ou devrait peut-être moins négliger cette partie de Tédu^ cation. On peut se trouver souvent dans la cas de tire à haute voix , et il esi aussi honteux pour soi (^uc Jc^a-
gréâbie pourie^i autres do ie iaire uiaL
Le sage est ménager du temps et des paroles.
On a dît qu'on devait être ménapfor de soii hien et de sa conlianoe ; ou ne doit pas l'être moins de sou temps et de ses paroles. La seule avarice qui soit permise est celle du temps. « Il n'y a rien de si cher que le temps , disait Théophrnsie , et ceux qui le perdent Kont les plus condanin ihlrs de tous les pi()îliiJ!:iîes. w Aussi ie sage est-il toujours ominé. Il aime rap[))ication et le travail , qu'il regarde comme un ue nos plus grands besoins, comme Tami des hommes et leur consolateur : aussi il Taime et s!en occupe. Il se délasse d'un trâvnil par un autre , ou par des lectures instructives et agréahles, qui, en ornant son esprit d*utiles connaissances, le garantissent de l'ennui inséparal)ie de l'oisiveté, ou de ces conversations oiseuses plus pernicieuses encore. Il a de bonne lieure accoutumé &oa esprit i penser et à pouvoir se suffire. Il aime mieux
Eour rerdinaire s'entretenir aTec lui-même qu'avec is eutres , parce qu'il n'esljamais moins seul > comrrie le disait uu ancien , que lorsqu'il est seul ; et que d'ailleurs il a remarqué plus d'une fois, avec une personiie de beaucoup de piété » qu'il n'avait presque^ jamais été avec des hommes» qu'il n'en fût revenu moins homme. CottiÉie lui 9 fuyez les longues conversations , parce qu'elles sont presque toujours ou inutiles , ou ennu^ yeuses , ou criminelles. Les choses indifférentes no plaisent guère, et celles cpû douneutdu plaisir ne sont
pas toujours inaocentes ^1 faut avpir daps i'e^j»rit bien
176 t'icous'
delà ressource, pour entretenir plusieurs heures de suite une conversation, sans i épélitions , sans hî\'i\\i mens, sans médisance; et Ton jcduirail <nu silence lin r (les grands parleurs^ si on les obligeait à ne dire que de bonnes choses.
Le peuple le plus heoreux et le plus sage fut celui où Ton parlait le moins, et où Ton savait le mieux employer le temps. Quelle république fut jamais pins florissante et plus admirable que celle des Lacédénia- DÎens ? Mais dans quel éint fut-on plus avnie du temps cl des paroles? Ils étaient si concis dans leurs réponses, que leur style est devenu Fexpression de la brièveté. Un peuple voiân les ayant fait menacer que , s'il entrait dans leur pay s , il mettrait tout ft feu et à sang ; ils répondirent : Si. On voit souvent dans leur histoire, que, pour toute réponse aux dépêches les plus importantes, ils n'employaient qu'un monosyllabe, parce que rien n'approche plus du silence que Lycurgue leur avait si souverainement recommandé. Un peuple , qui avait tant de soin de ménager les paroles , n'avait pas moins d'exactitude à ménager le temps. On le regar* dait à Sparte comme le plus précieux de tous les biens; on le révérait comme une chose sacrée , parce qu il 6 enfuit et nous échappe avec la plus grande rapidité p et qu'une fois perdu , il Test pour toujours.
Mais quelque rapide que soit le temps > combien de personnes le trouvent encore trop long , parce qu'elles ne savent à quoi le passer ! On le déchire, on le perd à ne rien faire , ou à faire des choses qui ne valent guère mieux. Voyez tous ces désœuvrés, espèces d'hommes ou de femmes qui font la partie la plus brillante et la moins utile de la société , quel usage en font*ils? A un long repos, que la mollesse aime à prolonger, succèdent rhabillement et la parure , dont la vanité s'occupe des heures entières. Le reste de la journée se dissipe , tantôt dans de longues parties de jeu, où Ton cherche à écarter l'ennui qui assiège toujours ceux qui no»t rien à faire ; tantôt dans des entretiens stériles et dans des visites, où Ton ne cause que pour se dire des riens» que pour s'apprendre réciproquement des choses dont on est également instruit, ou dont il importe fort peu iju'on le soit* Assemblées , visites j conversationa «
DES MOBURS«
ajustement , parties multipliées 4e ptaisirs ou de jeux^ soins profimes , oecopations frivoles : n'esl-ee pas
là tout ce qui compose la vie de tant de personnes du grand monde y qui regardent cette vie oisive comme un des privilèges de leur condition , et qui la croient fort innocente, parce qu'il leur semble qu'ils ne font pas beaucoup de mal VO serait facile de leur faire voir qu'ils sont dani l'erreur » et qu'une teUe vie est souvent beaucoup plus criminelle qu ils ne pensent , parce que tout y favorise les passions, y nourrit la volupté et la mollesse, y produit la négligence et l'oubli de ses devoirs les plus essentiels. Ce qui a £ait dire à une personne d'esprit 9 en parlant du temps que les dames mettent à leur toilette , qu'elles emploient la moitié du Jour pour se préparer à perdre l'autre et & se perdre elles-mêmes.
Et, en effet, quand il n'y aurait dans une vie oisive que la perle du temps, ne serait-ce pas assez pour la rendre condamnable devant Dieu? Nos années ne a'écoulent pas en vain. Toutes les minutes de la vie vont
frapper à la porte de Tétemité. Les heures , disait m
fincien, s'envolent au ciel, j)oijr y rendre compte do l'usage que les hommes en ontiait.
DoDS à peine obtenus , qu'ils nous sont emportés ; Momens que nous perdons » et qui nous sont comptés
SI la vie oisive et inutile est condamnée par les païèns mêmes y combien plus doit-^lle l'être par des chrétiens qui savent qu'une destinée éternellement heun^use eu malheureuse , selon l'usage qu'ils auront fait de la vie , les attend à la fin de la courte carrière où ils marchent I
Un auteur persan , voulant rendre plus sensible et plus frappante cette importante vérité ^iFa , suivant le
goût des Orientaux, enveloppée sons le voile transparent d'une allégorie ingénieuse. « Un étranger, dit-il, ayant éfé jeté par la tempête dans une île inconnue, y fut proclamé roi. Etonné d'abord de sa brillante fortuite ^ il se familiarisa bientôt avec elle , et il ne songeait
! Et nobi^ ^çreunt et imjputentur.
» Martul. 8«,
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qu'à jouir des platâics qu'elle lui offrait » lorsque le dnjf de la religion » qui ^st Wféim dans celle île grande aotorité<> HMt te lieaver^ irt Jim dU ; « ^ croi^ tiriiHie 9 devoir *reM e'vwtir qlie «ien s'est fim eliaoce»-
îant que le Irône où vous êtes placé. Au inonieni qité vous y penserez 1<^ moins, on vous en fera descendre 5 vous serez dépouillé des ornemeus royaux , et révèle d'iialttte grossiers ; des soMaU 4ii^^yables Vùus érair nermt sur le bord de la tuer , et vous jetterait presque nu sur un vaisseau y qui vouseenduim dan^ Une Mli*e 4ie lort éloignée de celle-ci. Telle est la loi imnouable de cet état, et aucun de vos prédécesseurs n'a pu la chang^er ni s'y soustraire. Mais quoiqu'ils ne l'eussenjt ipas ignorée y la plupart d'entre «fiix 4i*ont pas euie courage de fixer sur uu ayeeir désagi^ble des yeux éblouis par l'éclat qui environne le tr&ne : ils n'ont <pa| etf pvévenir la fin qui les menaçait, et le jeur jatal ^st toujours venu , sans qu'ils eussent rien fait pour adoucir leur funeste et inévitable sort. Les plus sages ont agi autrement. — Qu'ont-i^ fàitf reprit vivement le roi ^ et que faut-il que je fasse moi-même? — Us ont fait passer , répondit le ministre de -la religion » dans Tiie qui leur était destinée , toutes sortes de bonnes proyt'sions et de secours , pour y mener une vie agréable et heureuse. Imitez leur exemple; le temps presse, et l'instant écbappé ne renaîtrait plus. Souvenez-vous surtout que vous ne trouverez dans celte île qu» ce ^e votis y aurez fait transporter d'ici dans le^eu de jours peut-être qui vous restent. » t«e monarque suîvijt un si sage conseil. Il envoya dans le nouveau séjour qui l'attendail, autant de magasins de toute espi^e qu'il en crut nécessaires pour se le rendre agréable. Tout ce qui lui avak été |^éd^ lui arriva* Il £ut dépouillé de. la couronne » et ean^mt dans sa nouveUe lie : il .7 arriva heureusement» -et 7 véout.plus beureur sèment Mcore. »
Oui doute que les femmes ne soient pas moins obligées que les bommes à faire un bon usnge de leur temps? Ne dirait-on pas néanmoins • à voir et à entendre presque toutes celles du grand monde, qu'elles n'ea sont que faiblement 'persuadées? Elles ne savent que faire» nî*commen.t occuper le loisir que leur procurent
le bonlieur de leur naissance et l'agiémeat de leur fortune. Tout leur soin est de chercher i sb dérober à TeiiQui inséparable d'une vie oisive ; et Ton est sûr é*«v<rit un mérite de plus auprès d'elles , dés qu'on a
le talent d'abréger leslieures et de les fai^e couler plus rapidement.
Quoiqu'elles aient la plupart une familla i régler , des en&ns à élever , un ménage & conduire ^ des do« ttie$ttques à surveiller , cette oceupalion si utile , si loaabM et si digne d'elles , ' n'est pas ce qui leur pkiit
tïi ce qui les amuse. La toiîelle, le jeu, les visites, sont leurs occupations les [)]us ordinaires, et le cercle uniforme qui environne le vide du leur vie. Elles sont de tous les plaisirs; elles volent à tous les spectacles ; ellesaimentà briller, à voir , et encoreplusà être vues.
L'illustre Génoise que nous avons déjà plu^eurs fois proposée aux dames pourmodéle, VincentineLomelin, faisait de son temps un emploi bien plus sage. Hou époux ayant é(é fait gouverneur de la principauté de Melfe au royaume de Naples, Yincentine emploja les treize années qu'elle demeura dans ce pays à soulager les çauvres» à faire régner dans sa maison la paix , Tunion et la piété. Elle voulut élever ses enfans ellemême : et dés que leur Age le permettait, elle lenr . pprenait les préceptes de la religion, et les foraiail do bonne heure à la vertu.
Sa maison était une des mieux réglées de Naples. Semblable à la femme fortede l'Ecriture > elle y offrait un modèle toujours présent de sagesse dans les paroles, de douceur dans la conduite , de vii:;ilauce dans les moindres choses; et tandis que son époux renîplis.siîit avec honncîir les fonctions de sa charge, et maintenait le bon ordre dans son gouvernement, elle entretenait dans sa famille l'ordre , l'abondance et la paix : elle était persuadée que ce soin important regarde surtout la femme , comme celui de bien administrer les affaires du dehors doit être Temploi de l'homme. Toujours en action, elle y meffnit les autres. Chacun savait son ouvrage et le faisait. Elle avait l'œil à tout sans cm- , barras } sans inquiétude , et il ne sepassaitrien qu elle ne le sût. Sa bonté s'étendait sur toute sa famille sans . exception, sur ses domestiques mêmes. £Ue n'était pas
seulement leur maîtresse > elle était leur mère. Elle
avait soin que rien ne leur manquât , et qu'ils ne man-> qiKisseiit à rien ; elle croyait que l'exactitude des domestiques faisait également et leur éloge et celui des maîtres.
Elle ne se bornait pas A yeiiler et à commander. Jamais oisive , elle donnait dans sa maison Texerople
du travail. Bien différente de ces femmes , qui regardent le travail comme quelque chose de trop au-dessous d'elles ou de trop pénible , elle ne dédaignait pas de prêter ses mains aux ouvrages de son sexe^ et de travailler A Taiguille , donnant ainsi des leçons et des exemples aux antres dames qui venaient Tadmirer et s*instruire à son école.
Quelques rares que soient aujourd'hui de si beaux exe mples, on voit néanmoins encore , malgré la corruption des mœurs, de ces femmes vertueuses et vrai* ment estimables, qui mettent leur bonheur à se passer de ce que le monde appelle les plaisirs*. Elles font consister leur gloire ft vivre ignoré^ » convaincues que lafemnu la plus louable est celle dont on parle le moins. HI!os s'applaudissent de leur.journée, non lorsqu'elles
sont bien amusées, mais lorsqu'elles ont bien rempli tous leurs devoirs ; renfermées dans ceux de femme et de mère, elles consacrent leurs jours & la pratique des vertus obscures. Occupées du gouvernement de leur ' famille , elles régnent sur leurs maris par la compIai«* sance , sur leurs enfans par la douceur, sur leurs domestiques par la bonté. Leur maison est la demeure des seutimens religieux, de la piété filiale , de l'amour conjugal, de la tendresse maternelle, de l'ordre , de la paix intérieure , du doux sommeil et de la santé. Economes sédentaires , elles se plaisent à gouverner leur famille, à eu écarter les besoins, et ne goûtent nulle part plus de plaisir que chez elles. Le grand monde et la compagnie des hommes n'ont aucun attrait pour elles : elles savent que d'ordinaire la moindre perle qu'on y fait est celle du temps , que les discoum y sont encore plos pernicieux que les exemples , el q ne ce qu'on appelle société, iTcst souvent qu'un amr.s do ridicules et de vices colorés d*un vernis [>i iîlanL ; ukie ficène liiclce de sérieux et de comique, ou les passions
font mouvoir , rintèrél fàit agir , et TenYie &it parleir ; où Ton se loue sans s*estinier , où Ton se déchire de
sang-froid , et où il n'y a presque rien de sincère que la haine et le mépris réciproques. Laissant aux folles» dont elles sont entourées , la coquetterie , la frivolité , les caprices y les jalousies ^ toutes ces petites passions , toutes ces bagatelles qui paraissent à quelques-unes si importantes et qui le sont si peu , dles ont un caractère de sagesse et de vertu qui les fait estimer, de réserve et de dignité qui les fait respecter, d'indulgence et de sensibilité qui les fait aimer. Ce temps , dont les autres dames de leur condition ne savent que faire ^ elles eu destinent une partie à essuyer les lannesdes infortunés, à yisiter les malades ^ à découvrir et à soulager la ver-» tueuse indigence , que la honte condamne à dévorer ses pleurs en secret.
Ce n'est pas ici un portrait d'imagination que nous venons de tracer y pour servir de modèle aux mères de famille , et aux jeunes personnes destinées à l'être un jour. Il est peu ae villes où il ne se trouve des dames » aussi respectables par leur rang que par leur sagesse » qu'on pourrait y reconnaître, et dont la conduite est louée de celles mêmes qui leur ressemblent le moins. Maïs pour suivre le conseil du Sage et ne parler que de celles dontles vertus, soutenues constamment jusqu'à la fin de leur carrière, ont, si Ton peut s'exprimer ainsi , été couronnées par les mains de la mort , telle fut dans le dernier siècle madame la présidente de Boivault. Née avec tous les avantages qui donnent un rang distingué dans le monde , son esprit , sa iigure , et les rAces séduisantes répandues sur sa personne , la rouaient l'idole des cercles. Mais à peine eut-elle aperçu les périls auxquels ces avantages extérieurs exposent une jeune personne , qu'elle en fit hommage à ceTur qui l'en avait si libéralement pourvue. Méprisant le ridicule que le monde attac he à la dévotion , elle pratiqua hautement la vertu et la fit aimer. Devenue veuve parla mort de son mari, qui était président au parlement de Dijon, elle se livra tout entière aux bonnes œuvres. Elle était la mère des pauvres , l'appui des
* Àn%^ mortm m laud$$ hominm qu9mquamw Eccli. il*
orphelins, le lefage des malheureux^ Tandis qu'elle se contentait pour elTe-même d'un simple potage, et souvent d'un morccàn de pain, elle nourrissait de pauvres et vertnéiises ftimilles des mèt^ qui couvraient sa table» £ile rempli t« jus({ù'à la mott , tous séjours de bonnes œuvres et de mérites. Ëlle n'en peinlit aucun , parc^ qu'elle savait qu'il lui en fendrait rendre compte.
Le temps où il ^t)us faudra le rendre, ce compte re4 doîitaM^ , qui que vous soyez , n'est pas fort éloigné. On meurt à tous les instans , à tous les âges ^ et la fiusf loûgne vie est Meû courte. Mais prévenus^ dans notre ^ùéfisey de ce préjugé si ùiùXp que .cinquante on sôix^nte ans de vie sont nne espèce d'éternité , sembla^ibles aux enfans qui rcîçardent une pièce d'oi comme une fortune inépuisable, nous ne pensons alors qu'à jouir des délices et des ac^rèmens de la vie présente , sans songer à celle oui doit suivre , sans oser penser à la mort , dont la triste et affligeante idée troublerait uo6 plaisirs.
Cependant elle arrive au moment quenous Tatlendons le moins , elle vient nous surprendre comme un voleur, elle nous dépouille des titres passagei s et des richesses fugitives que nous possédions. Mais quand tout disparaît et s^anéantit autour de nous^ éclat » dignités , forttine , âmis , famille , société > nos œuvres seules ne nous allandonnent pas ; elles nous accompagnent dans les réîîions de rétcrnilè. Voilà le seul trésor que nous eTnpOi î?ron> dans le monde nouveau qui doit nous recevoir eu sortant de celui-ci. De quelle importance n'est-il donc pas pom nons de songer à nous les pro-» curer , ces richesses précieuses ? Si l'on èoiisidérait Bien que diatpie moment de céttevi^ peut nous mériter une éternité de bonheur, pounail-un se rcsoudiu à le perdre si facilement :
Nos jours passent raqîdciBcnl :
t^eure de notre mort s' avance» , Kl maïïi(5ur^»iix jnnrî? folle espérance , Sfins ]>révoir l avctiir , nons perdons le présent. Jeuues, nous négligeons; ?c seul bieu nécessaiie;
Le temps, rc tr. sor salntaire, 'S'enfuit, é<ha|)pc de nos mains.
Au sortir desjeujL enfantins, ^ *
BBS VOEDAS. ISS
Xes pTaisin » les homeoif, let ricbesseë frivoles » i Agitent lour à tour nos désirs incertains. Hais , 6 fanf»slc erreur ! îfMes vaines et folles ! Pendant que nous romptnns nos trésors snporfîns ^ * l^a Odort vieutnous ëbaltre an ])ied de nos idolfs^ La fiiori V. Que wuKîiif pcff^ t
Combien de porsonncs du grand Tnontîe ttïl^tiiinrit , après avoir passé presque lonle leur vie datis uïie espècé de prestige éblouissant et d'encbantemcnl agréaMc eii apparence , qui les a comme endormies et leur a fait oublier leur vëritable destinée ! Mais si eltés n^nnt à présenter au tribufial du Dieu de Vérité ^dré 'die^fThi^ ^ons et des sonp:es , quel jugement AoiV(*ti*t-CÏ)6s t^h attendre, et quel sera leur élonneiUeul à leur l'éveil ?
bacbez à vos dcvoir$ immoLei' vos plaisirs.
VANT que. de développer cette belle maxifne f^e ht i^agesée, il ne sera peut-être pas inutile d'eKairâMa* ioi vne question ioipoitante de la morale* On dmamAi quelquefois ^i Ton peut aimer les piaisiffi , im diinMti»
seracns ; et si l'Evangile ^ qui prononce anathéne'coohv ceux qui vivent dans la joie et dansl^^ ris , en même temps qu'il canonise ceux qui soultVent et qui pleurent, ne sembla pas avoir décidé le contraire.
Mous avouerons , et tout homme qui a de la rolif;vè|t avouera certainement avec nous y que la vie d'uncbr^ tien sur la terre doit être une vie de mortification et de pénitence. Il faut poi tersa eroix, renoncer à soi-même, se faire une guerre continuelle, et marcber sans cesse dans cette voieétroite^ qui seule doit conduire au cieK Mais craignons de donner dans le rigorisme d'une mo* raie outrée , d'être plus sages qu'il ne fauL Gardonsnous de représentei* la religion comme un t^ran dur et cruel, qui ne se plaît qu'à ciilondre des gémissemens, ^t à voir couler des larmes : uiie telle idée ne servirait qu'à iosjpirer de l'aversion pour elle* Si l'£criiUm
184 &^JBCOLS
Boui éit qu'il vaut mieux aller dani une ttaiseu de
deuil et de tristesse » que dans une matison de'feslins et de divertissemens , parce que dans la première on apprend quelle sera la fin de tous les hommes , et ce que BOUS deviendrons nous-mêmes ; elle nous dit aussi que nçus pouYODS jouer » nous délasser et nous récréer , pourvu que bous le dissions dans rinnocence
« La sagesse , disait Mentor à son élève , n'a rien d'austère ni d'afTecté : c'est elle qui donne les yrais plaisirs ; elle seule sait les assaisonner , pour les rendre
i>urs et durables ; elle sait méier les jeux et les ris avec es occupations graves et sérieuses ; elle prépare le plaisir par le travail » et elle délasse du travail par le plaisir. I41 sagesse n'a point de honte de paraître enjouée
quand il le faut. »
11 est donc certain , et il est admis dans la morale la plus exacte , que les divertissemeris honnêtes ne sont pas incompatibles avec la véritable sagesse. Mais si BOUS voulons que Boa plaisirs soient dignes d'elle » qu'elle les approuve, il bo faut pas y placer notre bonheur , ni les goûter pour nous-mêmes. Nous devons les épurer, les ennoblir par la pureté de nos motifs » et les réduire dans les bornes du délassement et du remède. Me les proscrivons pas tous sans réserve , mais aussi ne les admettras pas tous sans distinction ; ne les rejetons pas eptièiémèat , mais ne nous y livrons pas sans mesure. Dans la morale , c'est entre les deux extrémités qu'est le chemin de la sagesse*
Laissons donc les sectateurs d'une philosophie sombre et mélancolique s'élever contre les plaisirs , même le^ plus conformes & la raison :
Je ne prends point pour verla Les noirs accès de tristesse D'un loup-garou , rev(Mu Des babils de la sageiie.
ROUSSSAU.
Plulosophes misanthropes , n'enviez pas aux hommes , qui ne sont déjà que trop malheureux , quelques amusemeiis passagers , qui les aident à supporter les
* ^^are et lude, et âge conc^tione$ tua$î^ in Mic^
maux de cette triste vie. Hé quoi 1 destinés » eminne ils le sont , par la nature , à travailler et à souffrir , leur
arracherez-vous encore ce qu'elle a bien \oulu leur laisserpour adoucir ratnertume des peines, pour rendre plus lé^er le fardeau des affaires, et délasser des fatigues d'un travail pénible % Qui est*ce qui n'éprouve jamais , au sein même du repos et au milieu du travail , certains momens de dégoAt et d*ennui , qui accableraient l'esprit et le jcLtciaicnt dans la lan^jneur , s'il n'appelait à son secours les délsasemons et les distrac- ' tîons? Us le tirent de son abattement , ils le réveillent ^ le raniment , et lui rendent toute son activité ?
Mais si quelques plaisirs sont nécessaires , il en est sans doute de dangereux* Il y en a de si flatteurs, qu'il est bien difficile de ne pas s'y livrer avec excès, et de ne leur jamais rien sacrifier de ce qui est dii à la vertu et au devoir. 11 y en a dont le poison est si subtil et si trompeur, qu'on le prend avec avidité , et que lors même qu'on en éprouve les funestes effets , on insulte à la simplicité de ceux qui les redoutent et les fuient. Il y en a qui , par des routes semées de fleurs , conduisent aux plus horribles précipices. 11 faut donc savoir les choisir avec sagesse et les goûter avec modération. L'abus des plus innocens mêmes est aussi funeste que l'usage modéré en est gracieux. Déridez la sagesse , à la bonne heure, et égayez la vertu ; mais consultez* les toujours dans vos divertissemens : les plaisirs les plus agréables sont ceux que les remords a accompa-* gnent jamais.
Préferez les plaisirs doux et tranquilles : on les croûte mieux quand ils ne sont pas si vifis. D'ailleurs, la joie immodérée est courte , les sentimens violens ne durent , l'âme ne peut y suffire, et le corps s*en tessent. plaisirs bruyans ne seront jamais ceux du sage. On les cherche pour se désennuyer , et l'on ne s'ennuie jamais tant qu'après les avoir pris. Ils laissent un vide u'on croit remplir par de nouveaux plaisirs ; on s'en j^oûte bientôt comme des premiers. On court de plaiairs en plaisirs, parce qu'on ne peut être rendu un moment ft soi-même , sans éprouver un ennui mille flûs plus insupportable que celui qu'on a voulu éviter,
malbeur est encore ^ue çes grands plaigin» irendeat
Itifi l'jégole
tous le& autres insàiÂdfis i et Ton devieai m à charge i •oi-même , qu^on ae peut plus s'en jpasser. MnA, ce qu\ ne deyrait être qu'amusement se change en passion ; ce qui n'était destiné qu'à délasser et à réparer les
forces, fatigue, épuise, ruine la sanLé et abrège les jours ; car la vie 8*use aulaut , et souvent plus dans les plaisirs que dans les travaux* Démocrile disait qu'il était parvenu à une extrétoe vieillesse» en ne donnant rien aux plaisirs du corps. Le sage , qui sait que la patur» nous a rendus plus sensibles a la douleur qu'à la joie, renonce aux grands plaisirs, pour éviter les maux qui eu sont la suite ordinaire.
Inaitez son exemple, vous ne vous repentirez jamais de l'avoir suivi. Ne courez pas inconsidérément après toutes sortes de plaisirs» et ne prenez pas trop souvent ceux mêmes qu il vous est permis de prendre* PriVezr vous-en quelquefois , vous les trouverez plus délicieux : car telle est la triste destinée de 1 iàomnie , jusque dans les plaisirs mêmes, que plus on les prend, moins on les goûte* âoyez toujours assez maître de vous-même, |Miur,He pas vous y livrer avec trop d'ardeur. U vient un temps où l'on est bien fàdbé de les avoir sentis avc^ trop de force et de passion. Les jeunes gens , qui se forment des plaisirs l'idée la plus riante, croient qu'ils ne les goûteront jamais assez tôt ni assez souvent. Ils ont dans la suite tout le temps de. reconnaître qu'ils se aonttrompés«
Ce u'f^ pas que nous voulions leur défendre les praisirs de leur âge, et que nous trouvions - xrauvaM qu'ils se divertissent : ils doivent avoir cette aimable gaîté qui convient  bien à la jeunesse ; mais ce que nous leur recommandons, c'est de ne pas employer la première partie de leur vie à rendre l'autre misérable, c'«^ 4'aUier lomours la sagesse avec leurs diverlissetneas» « U faut y disait un ancien philosopha « être J c une dans sa vieillesse , et vieux dans sa leunesse ; être toujours gai et toujours saire. » A quelque âge et de quelque état que Ton soit, iJ faut se prêter aux divertisseiniens sans s'y livrer, nen prendre jamais que de liennts» et ^ ne puissent nuire à soi-même ni a^x. autres^
%Ylf n'é\^ut eacorp que daupluû, ea idénua
D£S M<^UUà. IS^
un kmr m exemple nmsi beau que rare daiia «n «^b «t MM UD taug où l'on ne connaît guère d'autre répe
dé ses plaisirs que de n'en point avoir. Il n'aTàit que quatorze ans, et suivait le roi à la chasse , avec les pHncos ses frères. Oti (nitciid crier tout-à-coup que te cerf était aux abois. Les priuces, par empressement ^1 naturel ^ leur âge , veulent être prë^eiis à lu imst du ^mt* cocher , pour servir leur impatîéuoe $ tMt iravei^lr un ekamp de blé. Le dauphin qni a'èfi apei^
çoit , se précipite à la portière , et commande âu cocîier, de prendre un autre <'h'^min. a Ce blé, dit-il, ne trous appartient pas^ nous ne devons point Tendominager. ^ On s'écria, rempli d'admiration : ce Ah! que la France est heureuse d^avoir un prince si juste 1 »
Ce que fit dans sa jeunesse , et avani de 'porlef la couronne, Henri V , roi d'Angleterre, est aussi très*beau. Ce prince s'amusait avec d'autres jeunes pcns de son âge , à arrêter les passans, à les voler et à jouir de la peur qu'il leur faisait. Un de ses coibpagnons dë débauche fut cité en justice. Le prince o^ l'y aecotn^ pnj^ner , et frapper le magistrat venait de condamner le coupable. Le jup:e ordonne, d'un air grave et tranquille, de conduire le prince en prison. Les a^sîsitans frémissaient; on tremblait pour le juge : mais je prince, comme s'il eût été tout-à^tout terrassé par la taâjesté des lois, avoue sou tort, se soumet à la Ééli^ teneèi et se lafese conduire en prison. lioi^^fi^ vtMtti sur le trône , il congédia lés éoYnpa^notisdesés p^aislr^. « Allez, lenr dit-il , changez de conduite; je vais vous en donner i'exempio ; ie temps m'apprendra quand je pourrai vous rendre mon amitié à un titre plus hono*rable. Quand à présent , voici les amis dont J'^i besoin, t> ajoiita-t-il, en monfranlt les ministres sagià jft^^Vévifs qui avaient le plus hautement condamné sa vîe lieen** cicuse. Le juge qui l'avait fîiil mettre en prison , n'osait
f)araître devant lui. II le fit venir. « Ce serait à moi , ni dit-il, à redouter votre présence : pour vous> vous avez acquis des droits éternels à mon estime , je vais travailler à mériter la vôtre. » 11 dit aut i^Andé^ \qai voulaient lui rendre hoitimage avant la cérétoMlië du couronnement : <r Attendez, pour me jurer tAéi«Mi*c^#, que j'aie moi-mêmt> juré obéissance aux lois». » Go
L*ÉCOLB
prince 9 dont les auteurs anglais font les plus magnifiques élojges y est célèbre dansi'bistoîre , par les heureux •ueoès qu'il eut contre la France ; il en ayait ratrepris la conquête sous le régne de Charles VI , et il eût peutêtre rempli ce projet , si la mort ne Tavait enlevé à Tâge de trente-six ans.
C'est surtout aux devoirs sacrés et indispensable de notre état, que nous devons immoler nos plaisirs. .Exigent-ils 9 ces devoirs» ^u'on leur sacrifie les plaisirs Jesjpus agréables * les plus innocens même? il faut être déterminé à le faire dans toutes les occasions. ïelleest la loi de rbonneur et de U conscience ;
Le devoir avant tout, et le plaisir après.
Tout doit être immolé au devoir : on doit aimer à le remplir, on doit le préférer à tout* les amusemena les plus honnêtes , d ailleurs , deviennent blâmables ,
dès qu'ils demandent un temps qu'on doit mieux employer. C'est ce qu'un musicien osa un jour faire sentir A Philippe, roi de Macédoine. Ce prince lui faisait un reproche de ce que T^air qu'il venait de chanter n'était pas selon las régies, a A Dieu ne plaise, seigneur, répondit ce musicien , que vous soyez jamais si habile , que de savoir ces choses-là mieux que moi I a
Tandis que les Anglais ravageaient les états de Charles VII , roi de France, ce prince faisait exécuter un ballet qu il avait imaginé. « N'ai-jepas bien trouvé^ dit-il à quelques-uns de ses courtisans^ le moyen de me div^lirT — Eh I oui » sire , lui répondit un zélé et fidèle ofBcier, il faut convenir qu'on ne saurait perdre une couronne plus gaîment. » Charles VII ne se fâcha point de la liberté de cette réponse , et il en profila pour travailler lui-même au rétablissement de ses affaires.
Le • chevalier Folard » dans ses Commentaires sur Poljbe, rapporte un trait encens plus singulier. Il avait été, en 1706, envoyé à Modéne, pour aider de ses conseils , en c^s de siège, le gouverneur de celte place. c( Je me rendis chez lui , dit cet auteur» mais je choisis mal mon temiHS. J'avais déjà appris qu'une infinité de maîtres s'étamit chargés de son éducation. » Je le
trouvai avec m ritbbin célél>re, nommé Baba-à*Chai.
DBS uMm. ii9 :
Dèi qû^il me vit , il me dit fort potiméttt qu'il MVâit le sujet de ma venue, et qu'il était fort ravi de ui'avoir pour collègue, a J'apprends l'hébreu , comme vous Yùyez, ajouta-t-ii , un peu tard à la vérité, maiii j'e»* père en voirie bout , et de bien d'autre» oonnaissaiicei.» Je répondis que je le louais d'employer si Uen son temps. Il renvoya le rabMn ; mais à peine étail-il dehors , que voilà un maître à danser qui entre. « Vous me pardonnerez » dit-il » je mets ainsi la matinée à profit ; l'aprés-dinée sera toute pour vous. » Je lui répondis que t s*il le permettait, je le verrais en mouvement avec plaisir. Je le vis donc danser et bondir avec une légèreté surprenante , pour un homme de soixante-huit ans. Je crus en être quitte pour cette folie ; mais je me trompais. Le maître à danser était à peine sorti, qu'un maître de musique se présenta. Je tombai de ma hauteur , en voyant tout cela. Voilà mon homme qui se met à chanter , ou , pour mieux dire» à croasser : J'en fus étourdi. Gela finit enfin par un poète qui venait, aussi régulièrement que les autrès, lui expliquer les plus beaux endroits du Tasse. On peut bien juger qu'il n'avait aucun temps à perdre. « Je fus obligé de le laisser là , el d'avoir recours au commissaire-ordonnateur , sur qui le bonhomme s'é* tait déchargé de toutes les fonctions de gouverneur , tant ses occupations étaient grandes, n
Ce ne sont pas seulement les amusemens honnêtes et permis , ce sont les occupations sérieuses , les travaux même les plus louables, qui cessent de l'être, dès qu'ils BOUS empêchent de remplir nos devoirs ; mais je ne sais comment il arrive que les occupations étrangères nous plaisent souvent plus que celles de notre état* M. Huety Tun des plus savans hommes du dernier siècle, ayant été fait évèque d'Avranches, continuait à étudier beaucoup. Un paysan de son diocèse vint plusieurs fois pour lui parler. On lui disait toujours
Îue monseigneur étudiait, et vqu'il n'était pas visible, e paysan » rebnté» dit en murmurant : «Pourquoi ne nous a-t-on pas donné on évéque qui ait fait ses études? Ce prélat, s'apercevant que son amour pour les occupations littéraires l'empêchait de se livrer, comme
il le devait^ 4 celles de l'él^copat ^ abdiwason évéché.
190 ' h ÉCOLE
e% il fit Ueii i pai«e ^a'ii Smt rem§liv le^ àmçin 4e son élut» ou k .4w(ter« ; $i Kélode et l'applmtioii viême soDtcopdamBpbles,
lorsqu'elles sont incoinpalibtes avec Jes dt^yoirs qqe noire état nous impose > que faudra-t-il penser des ptaisirs? et cependant combien n'y en a-t-il pas qui lepF sacrifient le% joun (eurs plMs esseiUieliçs obligar
qUel^M. À&rge împortMle , Qil 4^y^flH ^ n)^UrB en état de faire honneur à sa dignité, et de justifier son
élévation pav unecuiiduilti adive et laborieuse ; il faui dmit étendre les connaissances don Ion a besoip, étudier lei choae«i et hsi voir par soi-même , aiin de prévenir pat «atte éhide le péril R etire fiwpi^fi. Mai^ ql|^ fail^rr^p ? On ne jimad, de^ pièces e«i Vouent, mopt^» im^ ies avdntage^ qu'elles procorent-: le plaisir de coipmander aux autres , le droit d'exiî^er leurs services , la vaine snlisfaclion d'adirer leurs homuiages, le privilège de jes enchaîner à sa suite et de les faire servir de rortege i sa vaBité^ Les devoirs qu'imposent les postes éminens, eq^iiaeiiit de» éétails trop é(mlu& et trop pénibles : ce serait se rendra malheureux , que de s'iminoler |^ desseins si fatigans. Il faudrait pour cela se priver d'une grande partie des plaisirs qu ou aime; plutôt que d'en rien perdre , on décharge de ses obligations sur des secours mercenaires; on se repose de tout sur d(^ |ilîfM$fi*es subalterBes» dont on favorise souvent , sam h Peveir^ les pratiques criroiiieli^y doot en sert les peinions y dont on autorise les injustices ; et par-|à t de combien d'iniquités ne se rend-on pas responsable! Princes, grands ou nionde , magistrats, bomm^ ei)L place, quejliî vaste matière à vos réflexions 1
Une lemme éîant venue. pour demand^er juslÎAe & Pllplippe, roi de Macédoine, sur quelques mauy^ia trfiîtemefls qu'on lui avait foits , çe prince repvoTe r^xamen de son affaire à un autre jour, parce qu il allait se diverlir, et(fJi'il n'avait pas le temps. « Cessez donc d'iHre roi , lui dit-eile avec émotion. )) Philippe , frappé de cette Içoon , écoula sur*le-cbamp ce qu'elle avait à \^i dire /et répondit à sa demande,
princes les plus dignes du trône sentit taillis
iihj^dsé, etilsieg préÉ&ren( à leurs plaisirs, l^urantlout lë séjour que Tempereur Joseph H fit à Prague, la première fois qu'il vînt en Bohème, il ne voMlut pa8 aller une seule fois aux spectacles. « J'ai trop d'affaires, répondit-il à ceux qui iuvilaiept^ ptiur jperdre flioo
4ureBg«eh> qui est mort empereur du Mogol au cfmméncement 4u tfix-septièroe siècle , et l'un des plus grands princes qiii aient gouverné ce riche et vaste cppire, sortait d'une longue maladie. Un deses courtisans, le voyant travailler plus que sa faiblesse ne le lui permettait, lui représenta combien cet excès de travail était dangereux, Aurengzeb lui lança un regard i^éprîsaht et ipdjgné , se tourna vers les autres courtisans , et leur dit : <x IÎ>voaezi-vpu9 paç qu'il y a des circonstances où un roi doit hasarder sa vie et périr les armes à la main, s'il le faut, pour la défense de la patrie? etce vil flatteur ne veut pas queje consacre mes veilles au bonbeur de nje? sujets 1 Croit-il donc que j'ignore que la Divinité ne m'a conduit sur le trônQ que pour la félicité de tant de milliers d'hommes qu'elle ' ma soumis? Non, pon, Aurengieb n'oubliera jamais lt;s vers do S*idi :
Rois « ceMM d*étffe rais , on régnes par vouf-BitafB ; Op mérite k ^ frîx le9 digaiiés suprêmes.
Hélas 1 ajouta-t-il, la grandeur et la prospérité ne nous tendent déjà que trop de pièges. Maihéureux que nous sommes , tout nous porte àla mollesse t les femmes par leurs caresses , les plaisirs pàr leurs attraits !
Faudra-t-il encore que de lâches adulateurs élèvent leur voix perfide , pour combattre la vertu toujours faible et chancelante des rois, et les perdre par de funestes conseils ? »
' Un des meilleurs rois de Naples^ nommé Charles , rendait tons les jours la justice i ses sujets, assisté ses ministres et de ses conseillers. Dans la crainte que
les gardes ne fissent pas entrer les pauvres, il avait fait placer dans la salle même où il donnait ses audiences», une sonnette dont le cordon pendait bors de la première
enceinte, U arriva à ee «uj^ un trait mn fM$mt «
moins là tonte de ce prince que sôh atinoiit pour' là justice. Un vieux cheval, abandonné de son maître ^ vint se frotter contre le mur, et fit çonner. <( Qn'on ouvre, dit le roi, et faites entrer. — Ce n'est que le cheval do seigneur Capëce, d dit le garde en rentrant. Toute rassemblée éclata de rire. «Vous riéz, dit le prince ; sachez que l'exacte justice étend ses soins jusque sur les animaux. Qu'on appelle Capéce. d Ce seigneur étant arrivé : a Qu'est-ce que c'est que ce cheval que vous laissez errer? lui demanda le roi. — Ah I mon prince, répond le cavalier , c'a été un fier animal dans son temps ; il a&it vingt campagnes sous moi ; mais enfin il est hors de service , et je ne suis pas d'avis de le nourrir à pure perte. — Le roi mon père, reprit le prince , vous a cependant bien récompensé. — Il est vrai , j'en suis comblé. — Et vous ne daignez pas nourrir ce généreux animal, qui euttant de part à vos services? Allez de ce pas lui donner une place dans kos ' écuries ; qu'il soit tenu à l'égal de vos autres animaux domestiques , sans quoi je ne vous tiens plus vousmême pour lojal chevalier , et je vous retire mes bonnes gr Ares. »
Loin de nous les satires améres , les censures outrageantes contre ceux que nous devons honorer et que nous respectons. Mais le désir de rendre cet ouvrage utile à tontes les conditions, ou , si Ton veut, à la "jeunesse qui doit remplir un jour les différons états de la société , nous invite à vous adresser aussi la parole, (S vous h qui les princes ont confié une des plus importantes et des plus redoutables parties de leur puissance 1 /Chargés d'être parmi nous les interprètes^ de la loi , les organes de Téquité, les arbitres de la fortune, de l'honneur et de la vie des citoyens , vous devez appro^ fondir les affaires portées devant vos tribunaux, étudier les droits , discuter les preuves , érlaircirles nuages que Tartilice et la chicane ont le talent de répandre p et peser mûrement toutes les raisons dans la balance de la justice.
ComhnUpz, délruîsez Thydre de la chicane ; Veillez pour Vorphclin, secourez l'innocent; - Rendei: surtout an faible une promplc jusiîcc ; Qu'aux yeux de ia beauté , qu*à la voix du puissant |
Leflambéaa de Thémis jamais ne s'obscUrcitô6«
Aux devoirs d'un si nuble emx)l()i Immolez vos plaisirs , immolez-vous vous-même ; Sachez qu'on ne s*élève à la gloire suprême ,
Qu'autani on ne vit pas pour soi*
Voilà 9 yi^es delà terre ^ vos obligations. Mais si vous TOUS livrez à vos plaisirs , que deviennent vos respectables engagemens? Pour entrer dans ces discus?» sionsavflri désagréables qu'elles sont éptnenses^ ilfau* dsait relrandker à ces plaisirs qui vous flattent , des momens qui sollicitent en leur faveur ; on serait obligé d'abréger ce jeu dont on s'est fait une occupation régulière et périodique; il serait nécessaire de supprimer cesfisites superflues» où Toa n'est conduit que par la crainte de s'ennuyer avec soK^mâme, .Mais de pareil» sacri^ces semblent trop rigoureux : on se les épargne » on ferme les yeux sur ses obligations ^ on ne oompto pas si scrupuleusement avec le devoir; et si les plai-^ sirs l'exigent, on le leur sacrifie. Content de porter à la suite de son nom un titre bonorable qui tient lieu de mérite et suppose des connaissances» on se dispense de lesaequérir. On est de l'avis des autres» parce qu'on est incapable de donner le sien. On prononce au ba* sard» et Ton porte un arrêt injuste , qui dépouille, le maître légitime ou fait gémir Tinnocent. Au lieu d'être; le protecteur de Téquité contre les entreprises de Tin— térét , de la mauvaise foi , de la calomnie» on élève deses propres mains les trophées de Tinjustice qui triompha avec insolence » et traîne » enchaînés à son char » le bon droit vaincu et Tinnocence opprimée, Minislrcis infidèles de la justice, vous êtes à ses yeux plus injuste» et plus criminels que ceux dont vous avez servi les injustices et les crimes» parce que vous deviez les réprimer et les punir.
.£t vous » chefs de famille » nous vous l'avons déjà dit : une de vos principales obligations , c'est de procurer à vos enfans une éducation qui les empêche , dans uil Age plus avancé , de regretter le temps de leur jeunesse, une éducation non-seulement polie et conforme à leur état , mais vertueuse et chrétienne. Vous devez de bonne heure éloigner de ces Ames pures et innocentes,
le MiiiB^ enipoisoi|iaé de Is^ contagion i cultivei; «ye^
If-t L^BfiOUl '
soin leurà lalens naturels, et préparer h la patrlé^ dans ces jeunes élèves^ des sujets capables de la servir utilement. Mais potivez-^vous lés remplir, ces obliga* tîons, et les remplissez'voug en effet, lorsque^ vous livrant à vos plaisirs, vous leur offrez l'exemple trop persuasif d'une vie inutile et dissipée ; lorsque, pour , vous épars^ner à vous-mêmes les embarras de la vigi- ï lance, vous ne leur donnez d'autres surveiilans que^ des domestiques qui en auraient euxmémeê beioiii ?
Ne pôurr&itKin pas égatoueut demander mnc mètmÊ * si elles remplissent leurs deivoirs à Tégard de leurs ' enfans, lorsqu'au lieu de veiller assidûment, comme il serait nécessaire, sur leujs in( liîKitions naissantes , pour les tourner vers le bien , au lieu de leur donner de sages leçons , telle» que la mére de Salomon en donnait à son fits , leçons qui , dictées par la lendvesM et Tamour , passeraient en traits de flaaorme dans ces jeunes cœurs ; au lieu de se livrer à des soins si doux pour une vraie mère qui veut doublement en mériler ie nom , on les voit ne s'occuper que d'elles-mêmes et de leurs plaîsi»!
Que sont , .en effet, la plupart de ces femmes du * monde, dont nous parlons t. Au sortir d'un sonMOieil , ' dont la mollesse seule règle la durée , elles pensent à ra juslcment, à la parure , y consument les plus belles heures du jour, et dans ces toiletles où la vanilé préside y tiennent une école quelquefois publique de mondanité et d'indécence. Après avoir paré d'idole de tout ce qu'on croit plus propre à lut attirer desradorateuiis , et ravoir assez déguisée pour qu'on ne reemifaisse plus dnns les traits du visage la main du Créalour , elles se proîîiènent de rom})aîïnies en compaîjnîeg, d'où elles lie remportent que la vaine satisfaction de s'être mon* trées et de croire qu'elles ont plu* Le reste de leurs journées, absorbé par le jeu ou par lesspectaalés, leur laisse à peine le temps de penser qu'elles ont une inai*^ son à conduire , des enfans à élever; et peut-on même croif<^ qii'rllos y p(;nsent?
Cet oubli de ses devoirs les plus essi^ntiels, si orÉR-» naire parmi les dames du graod monde , fera lé plus juste smet de leur eraiQte h la mort i et de imf
répondre , lorsqu'il leur opposera l^exéûiple , nonseulement de pliisîenrs dames chrétiennes et de princesses même, mais de dames païennes , dont la conduite fui bien différenle de la leur? On sait le beau liait de Cornélie,fiUedu grand Scipion. Cotte illustre Romaine, d'un mérite luùssi distingué que sa naissance, se trouva dans une compagnie de dames qui étalaient leurs pierreries et leui*s ajustemens. On lui demanda à voir les siens. Elle lit venir ses enfans , qu'elle avait élevés avecsoinpour la gloire de la patrie, et dit enlesmou- Irant : « Voilà mes oruemens et ma parure. »
Y a-t-il en effet a,u monde» s'écrie avec raison le philosophe de Genève, un spectacle aussi (midiant, au^si respectable que celui d'une mère de famille entourée de ses eufaus , réglant les travaux de ses domestiques , procurant à son mari une vie heureuse, et gouvernant sagement sa maison ? Cest-là qu'elle se lEOQiredans toute la dignité d une honnéle femme ; c'est^là qu'elle impose vraiment du respect^ et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu. Une maison dont la maîtresse est absente est un corps sans àme , qm bicatùt tombe en corruption. Une femme , hors de sa maison , perd sou plus grand lustre; et dépouillée de ses vrais orneracns, e!b3 se montre avec indécence. Si elle a un mari, que cherchet*elle parmi les hommes? Si elle n'en pas, comment s'expose-t-elle à rebuter par un maintien peu modeste celui qui serait tenté de le devenir? Quoi qu'elle puisse faire, on sent qu'elle n'est pas à sa place en jiublic. Partout oa .eH persuadé qu'il n'y a poiiit de bonnes mœurs pour les femmes , hors d'une vie retirée et domestique; que les paisibles soins de la famille et du ménage doivent faire leurs plus agréables occupations et leurs plus doux plaisirs, puisque c'est à cela principalement que la nature les a destinées.
Peut-on; douter qu'on ne doive sacrifier ses plaisirs à son devmr f puisqu'on doit même , s'il le fhut , lui sa^-^ crifier soo repos » ses biens , sa vie , tout ce qu'on a u.. plus cher? Rotrou , célèbre jwèle français , connu prises pièces dramatiques , était revêtu de la première m.iç»i.vh alure de la petite ville de Dreux , sa patrie ,
1^^^ 'oU&f lU ïC^i^ée uae oi^^ladie épldémi^ue, Fres^
lis VkoLfi
par ses âmkdo Paris de mettre sa vie en sftreré, et dé quitter un lieu si dangereux , il répondit que sa conscience ne lui permettait pas de suivre ce conseil^ parce
Su'il n'y avait que lui qui pût maintenir le bon ordre àns ces droonstances. cr Ce n'est pas , ajoiitaît-il en finissant sa lettre , que le péril où je me trouve ne soit iôrt grand, piiisqu au moment où je vous écris , les cloches sonnent pour la vingt-deuxième personnes qui est morte aujourd'hui. Ce sera pour moi quand il plaira à Dieu* » Qu'il est beau , qu'il est grand de penser ainsi ! et quel sort plus digne d'envie , que celui d'une per^ûiiiie qui meurt en faisant son devoir !
£t pour vous tendre heureux , modérez vos désirs«
Voulez-vous vivre heureux? sentez le prix des biens
q\ie vous possédez, et sachez en jouir. Mettez des bornes à vos d(îsiis et à vos besoins : plus on désire, plus il manque de choses. Contentez-vous du néc^saire : la modération Yaut mieux que tous les trésors de la fortune^ et la possession des richesses ne donne pas le repos qu'on trouve à n'en point désirer. Quelqu'un disait un jour à Ménédème , philosophe grec : « C'est un grand bonheur d'avoir ce qu'on désire. — C'en est un bien plus grand , répondit-il , d élie content de ce qu'on a. » On jouit d'une heureuse tranquillité, inconnue à ceux qfui sont agités d'une foule de désirs. Ceux-ci , en proie & une ambition aveugle ou à une cupidité effrénée , désirent sans cesse et ne sont jamais contons. Jouets éternels d'une trompeuse espérance , ils empoisonnent le bonheur de leurs jours par de vains désirs , qui lies dégoûtent de leur état , les empêchent d'ea.remplir les devoirs et d'en sentir les avantages.
Rien n'est plus étonnant que de voir les hcnnmeâ courir sans cesse après le bonheur , sains pouvoir l'atteindre. Au lieu de le chercher dans la modération de leurs désirs et dans la jouissance de ce qu'ils ont, ils croient toujours rapercevoir dans des postes , des richesses ou des plaisirs qu'ils n'ont pas ; et lorscjii'ils les ont
obtenu$y honteux de ne fy point trouver^ et non guéris
DES MŒUBS; 197
de leur folie, ils continuent taule leur vie à l'aller cher* éher dans d'autres objets , et meurent ayec la douleur .
de ne se voir pas plus près du terme, que le jour qu'ils avaient commencé à y tendre.
Ces songes d'un homme éveillé, ces souhaits inquieU, qui nous jouent et nous trompent , sont bien décrilit par l'auteur d'une ode morale, intitulée les Désirs*
L'heureux , s'il en était nu monde ; '
Ce sm\i riiomme sans dpsîrs.
Dans le soin d'une paix profonde llgoiilerail de vrais plaisirs , Mais la cupidiié , sans cesse L'aiguillon à la main nous presse, Et nous met tous en mouvements En courant nous quittons tous la source D'un bonheur, qu'au bout de Ja course Nous nous promettons vivement.
Pour un souhait que Ton contente y.
Quand on est chéri des destins »
On en sent éclore cinquante ,
Plus irrités et pins mutins.
Le ma! s'aigrit par le remède :
On compte tout ce qu'on possè<îe :
Ou pour peu dtî chose, ou pour non;
Et les mortels toujours avides ,
Se trouvent toujours les mains vides ;
Alui â t[uils regorgent de .Lieu.
. Malheureux qui lâchent la bride A leurs désirs immodérés , Qui Yont à Taveugle et sans guide p De la droite voie égarés.
Ahl qu'il serait bien plus facile D'empéclier la foule indocile D'ouvrir ia porte et de sortir.
Que du milieu de la carrière Les faire tourner en arrière , Quand on les a laissés partir !
La raison n*est guère éeoutée Panni les agitations D'une multitude emportée
D'impétueuses passions.
. Quand Koîe a frappé la grollcv A quoi te sert, triste pilote , Et ton génie cl ton travail?
L'e ffroy a hle orage qui gronde»
A la violence de IViinJo
Fait çjD^ii' [m gouyerotûU ,
198 h* ÉCOLE
Àdiea » seul charme de la vie ,
Sacrifié mal à propos ;.
Adieu» seul bien digne d^enTle^
Repos , souhaitable repos*
En le cherdiaDi on I*at>aa4(»iii6 #
Par lea non? anaas qu'on se donpe
Pouf jouir d*nn tranquille sort ;
On fa trouvé , dés qu'on s*arréte.
Pour ne plus craindre de tempête f
Que ne se tienl^n dans le port ?
Non , un vaisseau battu d'une tempête affreuse , roulant au gré des flots en fureur, au milieu des éclairs, n'est pas plus agité qu'un esprit inquiet qui se livre à tous ses désirs. Celui , au contraire » q ui sait les modérer et les tenir sous son empire > fessmble i tm vaisseau qui y poussé par les doux zéphirs^ vole légèrmient sur Jos ondes, et arrive heureusement au port.
L'auteur des vers que nous venons de rapporter , demande trop sans doute, en voulant que nous vivions sans désirs. L'inquiétude naturelle de notre esprit, les besoins qui nous tourmentent, et notre propre faiblesse, ne nous permettent guère d'aspirer à cet état de tran* quillilé parfaile, où l'on ne désirerait plus rien. Ce qu'on doit donc faire , c'est de tâcher de régler si bien sou cœur, qu'il ne désire rien trop ardemment ; c'est
aant qu'en bornant ses désirs.
II faut savoir se borner. II y a plusieurs années que
vous dites : Quand j'aurai fini cette affaire, je serai content. Vous en avez fini heureusement plusieurs, et vous êtes plus inquiet que jamais. Vous vous flattiez
Îue , lorsque vous auriez obtenu cette place , cette ignité, vous seriez an comble du bonheur; mais dès que vous l'avez eue , vous en avez désiré une autre plus grande, dont vous vous voyez piqs proche. Le désir augmente quand on le croit rempli, et l'on n'est jamais ni heureux , ni content.
Tous les hommes cherchent le bonheur, et peu le trouvent, parce que la plupart le mettent diins la pos« session de ce qu'ils «n'ont point on de ce qui ne peut le leur donner. Il fuit souvent aussi eem qui le ]loursuivent Itvec trop d'ardeur, il en est du bonl^epr , en ^elque
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j>Bs noBims.
sorte , ainsi 'qnè cle la santé : rcux qui le cUerdieiU tn^t ceux qui le trouvtHii le moins ; -
Modérons nos propres vœux , Tâchons à nous ïnir ux ronnailro Désires-tu d'élrc heureux ?
Désire un peu moins de 1 éUe.
: Voici comment j'ai compté
Dés ma plus kJidrc jeunesse .* La vertu , puis la santé ; La ^loàie , puis la riciiessc.
Gharleval.
Ainsi pensait Gharleval, qui, quoique poète , avait
beaucoup de religion. Sa complexion était si faible et si délicate, que, dès son enfance même , ses hérilic rs regardaient sasuccc s ûcm comme très-prochaine. Cependant « par 80O bon régime et par &a conduite modérée > . il trouva le seicret de prolonger sa carrière jusqu'à sa quatre*vingtiéme année.
Pères et mères qui voulez rendre un jour vous enfans heureux, aii lieu de leur répéter sans cesse les usages et les maximes du monde, les droits do leur naissance, les avantages des- richesses , formez-les surtout à la .vertu I et apprenez-leur cette précieuse modération dont nous parlons. Ils seront toujours assex polis s'ils SQi|t humains y assea^ nobles s'ils sont vertueux » asseye ;:iches s'ils ont appris à modérer leurs désirs.
La des plus grands obstacles au bonheur de la plupart des hommes, c'est le désir trop vif des biens de la terre. Plus on a , plus on veut avoir. On est moins ppntfint de ce qu'on possède , que jaloux de ce qu'ont les autres, et empressé d'en avoir encore davantage. (( Mais, dit Salomon , l'homme qui se hato de s'enrichir , et qui porte envie aux autres, ne sait pas qu'il se trouvera surpris tout d'un coup par la pauvreté *. » On perd souvent tout , envoûtant tout avoir.
Trois habitans de Balke , grande ville des Tartares » voyageant un jour ensemble » trouvèrent un trésor. Us le partagèrent, et continuèrent leur route , en s'entretenant de Tusage qu'Us feraient do le^rs nouvelles
* Vir qui feêtinai dUari et ^liU invidçt , ignorât ^uod $09 iuperveniçf ehVm^29f ; *
200 t'BGOU
richesses. 11^ manquèrent de vivres, et il fallut envoyer à la ville voisine en chercher. Le plus jeune fut chargé de cette commission , et partit. Il se disait en chemin : <r Me voilà riche; mais je le serais bien davantage, si j'avais été seul quand on a trouvé le trésor : mes compaj^nons de voyage m'ont enlevé deux parts, ne pourrais-je pas les reprendre ? Cela me serait facile : je 'n'a n rais qu'à empoisonner les vivres que je vais chercher. A mon retour , je dirais que j'ai diné à la ville : mes compagnons mangeraient sans défiance , et ils nnour«* raient. Je n'ai que le tiers du trésor , et j'aurais le toat.» Cependant les- deux autres voyageurs étaient assis à l'ombre, et ils se disaient : « PSous avions bien affaire que ce jeune homme vint s'associer avec nous. Nous avons élé obligés de partager le trésor avec lui ; sa part aurait dû nous appartenir, et c'est alors que nous serions-riche. Il reviendra bientôt t nous avons de bons
fmignards. » Le jeune homme revint ; ses compagnons 'assassinèrent. Ils mangèrent ensuite des vivres empoisonnés; ils moururent ^ et le trésor n'appartint^à personne.
Ce qui devrait satisfaire Tavarice » ne fait que Tirri tm c'est la soif de l'hydropique. L'avare , au milieu de ses trésors , est toujours malheureux , toujours pauvre ^
parce qu'il ne sait ni se borner , ni jouir. Le sage , au contraire , l'homme modéré , avec peu est toujours riche, toujours noblo et libéral, toujours heureux. c( Si vous voulez rendre quelqu'un véritablement riche » disait un ancien philosophe , il ne faut pas ajouter à ses biens , mais seulement retrancher de ses oésirs et de ses cupidités, jd
Savoir jcndr de ce qu'on a ,
Ne rien soulisiter au-delà , Ne craindre en ses procès Targent ni la cabale » Un bon livie , un ami : voilà le vrài boiihe«r«
La modération du cœur
Bêi k piene phitosophale.
BSfillOER-DBailAtBXS.
L'auteur de ces vers l'avait trouvée, et c'est à elle qu'il dut le bonheur de jouir de toute sa santé et de tout son esprit» au-delà de quatre-vingts ans 9 ooinme il le dit lui-même ;
Soumis aux lois , Hbie da mto; Je me sois proposé ibajotrirs i ' De suivre Je trénqQille oo«rs
IKlme vie égale et modeste , { . ^ 0& m^aceommodant à monsort» '
Ne comptant pour rien de parattre^ Et de mes désirs rendu maître , ^ Je Vécusse à moi-même en aitcndanl la mort. Mainlonant gràcrs à mon ÀgGp , Grâces à la droite raison ,
Qui ne luit jamais davantage Que dans notre arriére-saison ; ^ "r Eïempt de crainte , e\( mpt d'envief Satistail d'un modique bien , Je commence à mener la vie D*un homme qui n'aspire à rien* Je ne fais la cour à personne ; De la paix de l'esprit je goûte les plaisirs i Et je jouis dans mon automne »
De rindépendance que donne le retranchement des désirs*
- L'homme heureux n*est pas celui qui n'a besoin de rien 9 mais celui qui peut vivre sans ce qu'il n'a pas ^ et que la privation de ce qui lui manque n'affecle poinC. Un soHiairc avait mis sur la porte de sa solitude:
Dans un lieu du bruit retiré,* f Où f pour peu qu'on soii modéré »
On peut trouver que tout abonde »
Sans amonr, sans ambition * Exempt de tonte passion p le jouis d'une paix profonde x Et pour m*assurer le seul bien • - Que l'on doit estimer au monde i' Tout ce que je n'ai pas » je le compte pour rien*
Il est plus fiacile de réprimer un preniier désir que de satisfaire tous ceux qui viennent ensuite, c<Mnme le
disait le prince de Conti* Il se refusait aux goûts les ' plus iunocens, à la curiosité même des peintures où ses infirmités auraient pu trouver un délassement. Il répondait aux instances que lui faisait là-dessus Ja pnncesse son épouse, qu'en se livrant à un goût , on s'accoutume à se livrer à tous , et qu'il faut savoir , ou ne pas tout désirer , ou se passer souvent de ce qu'on désire. '
Ce retranchement , ou plutôt c^V» modération de
202 L'iBCQt.«
désirs; est^ en çlM^ Aeiil doyen Boni^ rendre heureux. Nous ne piéleneons pas néanmoins qu'elle puisse nous procurer une félicité pleine et inaltérable. Ce bien n'est réservé que pour l'autre vie, et la religion seule est chargée c|e nous conduire dans la route du bonheur qu'elle Aoiui ^pare au-del^ du temps* Cette vie-d «si atte vie ds tentatimis et As eembats , de peines et de traverses » afflietiefis et de chagrins. La constitution de notre corps , la faible^e de notre nature, l'activité des éîémens, la variété des saisons , les différentes sortes d'esprits, de caractères et d'humeurs des personnes avec l^sc|uelles nous sommes obligés de vivre. ^ le choc des passions et des intérêts ^ toutes ces choses nous empêcheront toujours d'être icibas parfaitement heureux. Dieu l'a ainsi voulu, afin que nous ne nous attachions pas trop à la terre, et que nous portions nos vœux vers celui qui seul peut les remplir*. M^is il est vrai aussi oue, si quelque chose est capable die diminuer le nombre et le irielence des maux que nous avons à sonffirir dans netoe epi^tt, «'est «ette modération de désirs que nous recommandons. C'est elle qui peut nous rendre heureux autant qu'on peut l'être sur la terre, sans que le bonheur présent ruine les espérances de l'avenir. Elle est conune les heureux prémices et le garant de la félicité qui nous est destinée dans le ciel « puisque rien n'est plus conforme à l'esprit de la religion , que de metti^ dés bornes à ses désirs , de n'avoir aucune attache au monde ni à tous ses hiens^ dont la ligure passe, et s'évanouit comme l'oudire.
Lorsqu'on vint apporter le bâton de maréchal de France à M. de Gastetnau » six heures avant sa mort » il répondit ; « Gela est heau en ee «onde ; mais je vnis dans un pays où cela ne me servira guère, » Nous devons penser de même. La grandeur, la gloire, les richesses , les honneurs distingués , rien de plus beau ni de plus flatteur en ce monde ( «aïs ei| rattt|re« 4qu t cela sera compté pour rien , et neeervire mtaie senyeât qu'à rendre plus malheureux , parce qu'il aura vendu plus criminel. Que deviendront toutes ces choses frivo^ les , qui paraissent successivement sur la scène du
monde ^ et après Ics^ii^lles pQus po^rep avfc taiàt
ras MOEfms; SOâ
d'ardeur 2 Que deyiendronlrelies quand le monde luimême aura disparu ? il n'en restera plus aucun vestige : tout ira s'^enfoneer et se perdre dans les espaces immenses de' rétamilé. La vertu , qui pourrait bien plus
sûrement nous conduire à la vraie félicité, que tour» ces faux biens ^ Ja vertu que nous négligeons, survivra seule à la ruine de l'univers et ne périra point. ' Salomon, qu'aucun prince n'égalera jamais ni pour la vaste étendue des connaissances , ni pour la multi* tude des richesses » et qni avait accordé à son cœur tous les plaisirs qu'il pouvait désirer , avouait néanmoins lui-même qu'il n'avait trouvé dans toutes ces choses que vanité , et qu'il n'y avait de vrai bien et de vrai bonheur que pour celui qui cherchait à servir pieu et à lui plaire* C'est ce que fait bien sentir une fiction ingénieuse, attribuée à mademoiselle Bernard, qui s'est rendue célèbre par son esprit et par son talent pour U poésie ;
I/imagination , amante du Bonheur , Sans eem le désire et sans cesse Ta^Ne; Mais m elle il etem une eitréaie rigueur t El , fait pour ses désirs^ il est peu M% pour elle* maus tendre jeunesse elle, alla le Ghercher
Jusque dans Tamoureux empire ; Hais lorsque du bonheur elle crut approcher »
T>e Soupçon , le jaloux Martyre »
La Délicatesse encore pire , Soudain à ses transports la vinrent arracher. Dans un âge plus mûr , du même objet charmée ,
Au pal.'ii'^ de l'Ambition.
Elle crut saiisiairc cik or sa passion ; Mais elle n'y trouva qu'une ombre , une iumée, Fantôme du Bonheur et pureillusion, EnfiD dans le pays qu'habite la Ridiesseï
Séjour agréable et charmant , Bile va demander sou fsgitif amant ; Vûetf vU PAlMBdanee , elle y ylt k IMIesfle , <
Avec le Plaisir eaebanleur ; * II n'y manquait que le Bonheur, La voilà donc encor qui cherche et se promène. Lasse des grands cheaiiiis , elle trouve â l'écart (la sentier peu battu qu'on dcconvrati à peine.
Une beauté simple et sans ait, Du lieu presque désert était la souveraine ; C'était la Piété, Là, notre amante en pleurs
Lui raconta son aventure, (c II ne tiendra qu'à vous de linir vos malheurs }
204 t'BCOU
Vous verrez le Bonheur , c*est moi qui vous l'assure, m Lui dit la tille sainte : il faut pour l'attirer , Demeonr avec moi » s*il se peut » sans l'attendra Sans le cbeieher » an moins sans trop le désirer* Il arrive aôssilAt qu'on cesse d*j prétendre t On que dans sa recherd» on sut se modérer* » L*Jm agi nation à Ta vis ant so rendre; Le Bonbenr vint sensdiiTéier*
epoeooaooaooooeooooceooeeoéeoeooeeod^oopoeoooooaooewooe
Ne desiandei ft Dieu ni giandinv^ ni licb^a^e.
(^'est-la 9 il est yrai ^ ce qui fait l'objet des désirs et des vœux empressés de la plupart des hommes ; mais ils ne désireraient guère avec tant d'ardeur > s'ils con-
Baissaient parfaitement ce qu'ils désirent, «r Tn demandes aux dieux ce qui te semble bon, disait Diogéne, .et ils t'exauceraient peut-être, s*ils n*avaient pitié de ton imbécililé* ^ Qu'est-ce » après tout , devons-nous nous dire à nous-mêmes » que cette grandeur qui m'en* chante que ces honneurs qui me transportent , que celte poignée d'or qui m'éblouit? Ne sufGf-il pas de les examiner attentivement et dans le silence des passions, pour en être bientôt détrompé? Essayons de le faire , et avant que d'aspirer aux honneurs ou aux richesses , méditons un peu sur leur yanité*
Rien de plus brillant que les grandes dignités et les emplois honorables ; on se vmt éleyé au»dessas des autres hommes, on commande à ses semblables, on reçoit leurs respects et leurs hommages. Mais perçons cette enveloppe éclatante : nous serons surpris de trouver que ces dignités et ces emplois ne sont le plus souvent que de grands fardeaux et de vraies servitudes» ou , pour se servir de l'expression d'un ancien pl^ilosopbc , d'honorableê toriureê \
On a trés-bien comparé ceux qui occupent les plus liants rangs, à ces corps célestes qui ont beaucoup d'éclat et n*ont point de repos*
Ad speciosa torm$nta alligatuê 9ub ingenH iiiulo. Senec.
Du'iiOBins. 906
La charge la plus belle en charges est féconde; Elles astres commis aux réglcmcns du monde , Poarle meUre en repos nea éprouvent jamais. , Hallbyiixb*
" Un seigneur disait à Henri IV » que le bonheur d*étre roi passait pour si indubitable , que lorsqu'on voulait exprimer qu'un homme était heureux , on disait ordinairement : Il est heureux comme un roi. « C'est , répondit ce grand prince, qu'on ignore tout le poids d'une couronne qui est dignement portée, »
Ornement plus riche et plus noble que tu n'es heureux , disait An ligonus en considérant sa couronne, si l'oîi savait combien de soins, combien de périls et de misères t'accompagnent , lorsque tu sciais par terre, on ne daignerait pas seulement le ramasser. »^
Ne croyons donc pas avec le vulgaire imbécile , que les plus élevés des hommes soit les plus heureux. Le bonhçur est rarement assis sur le tr&ne , comme Tavoua un jour Théodose-le-Jeune.
Ce prince, s étant éloiiîné de ses gens dans une chasse , arriva très-fati{çué à une cabane. C'était la ceîîule d'un anachorète. Le solitaire le prit pour un officier de la cour, et le reçut avec honnêteté. Ils firent la prière et s'assirent. L'empereur , jetant les yeux do toutes parts, ne vit dans la cellule qu'une corbeille où étaient un morceau de pain et un vase plein d*eau. Son hôte l'invite à prendre quelque chose : le prince l'accepte. Après ce repas frugal , s'étant fait connaître
Kur ce qu'il était , le solitaire se jeta à ses pieds. Mais mpereur le releva, en lui disant : a Que vous êtes heureux , mon père , de vivre loin des affaires du siéde ! Le vrai bonheur n'habite pas sous là pourpre. Je n*ai jamais trouvé de plus grand plaisir, qu'à manger votre pain et à boire votre eau. »
L'empereur Charles-Quint lit le même aveu . Lorsqu'il se dépouilla de ses états en faveur de Philippe II , son fils , dans une assemblée composée des plus grands seigneurs de ses royaumes , il lui dit : ce Mon fils , je voiis cliaro:e cVnn iardeau bien pesant. Je vous mets sur la tête une couronne , dont les fleurons sont entrelacés d'épines bien piquantes : #1)@ n a qu un faux l>riliant«
206 i/fiCOL^
Je n'ai pas goiilé dans la royauté une seule heure de repos ; je n'y ai eu aucun plaisir qui n*ait élç empoi-
L*homme s'ennuie au milieu de sa gloire , de ses litres et de ses envieux. Ces honneurs qui auraient dû^ ce semble» satisfaire son co&uri n'y partout que le 4é«gotit et rinquiélude, La fortune peut nous readre plus puissans, mais non pas plus heureux, 0 Que ne puis» je, dit madame de Maintenon dans une de ses lettres, TOUS peindre l'ennui qui dévore les grands, et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées 1 Ne yoye^-vous pas que je meurs de tristesse, dans une fortuue qu'on aurait eu peine à imaginer? Je suis parvenue 4 la pljul haute faveur, et je vous proteste que cet état me laisse un vide affreux, n Quoi de plus capable de détromper du bonheur prétendu des grandeurs humaines, qu'un tel aveu , fait par une pers^onne que la duchesse de Chaulnes appelait la plus heureuse des lemmes f £t eette pensée de Maynard n'esMle pas avssî vr^ie qu'elle est ingénieuse :
Toutes les pompeuses maisons Des princes les plus adorables , Ne sont que de oelles prisons.
Pleines diUusIres misérables.
Madame de Pompadour , qui était parvenue , comme on sait, ft la plus haute faveur , dit aussi dans ses lettres * : <r Je m'aperçois de plus en plus que la condilion des rois et des grands est bien UisUk Qu'il faut payer cher la pompe, la gloire et les magniiiqnes bagatelies, ^ue le peuple ignorant a la hêlise d'envier l Pour moi , ie vous avouerai que je n'ai pas eu six momens agréa- Ues, depuis que je suis ici. Tout le monde tAche de me plaire , et presque tout le monde me déplaît. Les plus brillantes conversations me donnent la migraine. Je bâille au milieu des tètes, et j'éprouve sans cesse qu'il n'y a point de bonheur dans la vanité. » *
M'ambitionnez donc pas les distinctions et les hon^ neurs : c'est y mettre un trop grand prix que de les
♦Quoiqu'elles ne soient pas d'elle , mais de Crébillon fo fils , les a expnqaçui ici c^'u» çeoUinent aussi vrai li est ordiajiire^
reeliercher arec evspressèmeot* Lorsque lei Wfimê , accordés par la Providence divine pour vous donner
lieu d'exercer les Uileni qu'elle vous a ooiiliês , viennent s'offrir à vous , rscevez-les avec reconnaissance , et remplissez-les avec honneur. Mais si Ton vous parle de les aller chercher 9 répondez avec autant de modestie que de grandeur d'âme , que les mmndieA dignités ^ quand eues sont ofFertes connue la récompense du jmérite, sont dignes d'être acceptées, et doivent l'être; mais que les plus grandes sont trop peu de chose pour «tre briguées, et que c'est cesser de mériter les hon- • neurs» que de demander ceux qu'on mérite.
Il< est vrai que la plupart des grands , plus occupés d'eux-mêmes que des autres , ou assiégés par des solliciteurs qui leur arrachent les grâces , ne pensent guère à prévenir et à placer le mérite modeste qui ne demanda rien.
Sans cesse Timportun demande , sollicite ; On le trouve partout , et l'ou^n'entend que lui. Cest ainsi qu'un obtient les faveurs aujourd'hui » £t Pou va raicmcut au devant du mérite.
BicuEa.
Mais il n'est pas moins vrai aussi qu'il vaut mieux ne pas obtenir les places dont ou est digue , que d'avoir celles qu'on ne mérite pas. L'éclat des grands postes , qui rejaillit sur ceux qui les occupent» n'éclaire que leur honte , s'ils sont incapables de les remplir. La fortune, ainsi que le soleil, fait briller les insectes , mais elle ne les rend pas moins vils. Un sot dans l'élévation est comme un homme placé sur une éminenec, du haut de laquelle tout le monde lui parait petit, et d'où il parait petit à tout le monde. Â quelque haut rang qu il soit, on méprise celui qui est vraiment digue de mépris ; et on le méprise avec d autant plus de , plaisir qu'il est [)liis élevé.
\ Les dignités ne conviennent bien qu*à celui qui est déjà grand par lui-même. Mais un tel homme ne s'empressera pas d'aller » comme tant d'autres » offrir son encens à l'idole de la grandeur : il en connaît trop
la vanité. Il sait qu'il ne faiU qu'un instant pour fa faire disparaître , et que bien cei tainemeut la moi t ,
808 t'àcéiz
ce ministre de la Majesté et de la Justice divine, destiné pour confondre l'oi^ueil kumain , la bn&eia et la rtdaira en poudre*
n laitte donc aux autres briguer les ^andes places, aîmer à se revêtir de charges et d'honneurs , pour se distinguer de leurs égaux et s'élever au-dessus d'eux. 1! aime mieux triompher de lui-même que de ses toncurrenSf et vraincre son ambition que ses rivaux. Il a les beaux sentimens exprimés dans ces vers sublimes :
Loin de nous, vains désirs de ces pompes suprêmes : Il faut nous élever, mais c'est contre uous-méines » . Et triompher du vice à nos pieds abattu. Ne cherchons qu^en nous seuls des conquêtes nouvelles. Et croyons qu'il n'est point de palmes elerneHcs, Que celles qu'on reçoit des mains do la venu.
Mâllevilll.
Ce n^est pas qa'il faille mépriser les honneurs et les
emplois distingués : on doit tâcher même de s'en reiuîrc dijîue. Mais le sage se console , s'il ne les a pas , loi sque , pour y monter, il lui faudrait suivre ces sentiers obscurs et tortueux , par lesquels rambition conduit si souvent aux grands postes, et qui ne furent jamais le chemin de la vertu. « Oui » dit-il quelquefois , je re-» nonce sans re^^ret à toutes les dip^nités , si , pour y parvenir , je dois , comme tant d autres , fouler aux pieds honneur, probité, sentimens, et sur ces ruines élever l'édilice de ma grandeur. )) Combien dcserpens, à force de ramper» arrivent enfin à la cime d'un arbre qui n'était fait que pour servir de retraite aux oiseaux du ciel!
Lorsque la fortune nous néglige , pour élever aux premières places des hooimes méprisables et sans mérite , ce n'est pas nous qui sommes le plus à plaindre ;
' et c'est peut-être moins uneinjurcqu'elle nous fait qu'un bon office qu'elle nous rend. Le changementde fortune change d'ordinaire les mœurs : en quittant son ancien état , on y laisse sa vertu et son mérite ; et Ton ne cesse
■ souvent de paraître digne des emplois honorables, que lorsqu'on les a obtenus. t 11 y a dans la vie de Timur-Lench , c'est-à-dire» Timur-le-Boiteux, plus connu sous le nomdeTamerlan»! un trait qui montre bien ce que ce fameux conquérant
Uigiiizea by Googlc
M» (HOINM.
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pattSdît des honneurs et des dignités qui paraissent les plus dignes d'envie. Après avoir défait et prisBajazet, empereur des Turcs , il le fit venir en sa présence* S'élant aperçu qu'il était boif ne » il se mit à rire. Bajazet» indigné lui dit fièrement : c Ne te ris point» Timur , de ma fortune ; apprends que c'est Dieu qui est ie distributeur des royaumes et des empires, et qu'il peut demain t'en arriver autant qu'il m'en arrive aujourd'hui. — Jeisais» lui répondit ïimur^ que Dieu est le dispensateur des couronnes. Je ne ris point de ton malheur» à Dieu ne plaise I mais la pensée qui m'est venue en te regardant , c'est qu'il faut que ces sceptres et ces couronnes soii^nt bien peu de chose devant Dieu, puisqu'il les distribue à des gens aussi mal iaits ^ue nous deux : à un borgne tel que tu es « et à un boiteux comme moi. y>
Ne pourrait-on pas dire la même chose des richesses, i voir la manière dont le plus souvent elles sont distribuées? Les plus heureux ou les plus habiles , quelquefois les plus mécbans et les plus indignes les attrapent. Les honnêtes gens n'ont souvent que de belles espérances : ils restent dans Tindigence et dans Tobscurité, tandis que d'autres , qui auraient dû n'en sortir jamais » s'élèvent et laissent bien loin derrière eux la vertu indignée. Ainsi Técume des mers s élève sur leur surface p tandis que les perles restent au fond. Un financier qui avait amassé de grands biens aux dépens de l'élaf, disait à un sage : <r 11 faut, je crois, bien de la force d'esprit pour mépriser les richesses. — Vous vous trompez , lui répondit le philosophe , il suffit de regar^ . der entre les mains de qui elles passent. »
Peu de bien avec l'innocence et la probité vaut mieux que des tonnes d'or amassées par les mains de l'injustice. Le grand Xurenne étant dans le comté delà Mark
, le moyen des contributions , cent mille ècus » sans que la cour en eût aucune connaissance. Il répondit en
riant : « Après avoir eu beaucoup de ces occasions sans en avoir profité» je ne suis pas d'humeur de changer de conduite à mon âge. » On ne trouva dans ses c^Sbes, , à sa mort , que cinq cents écus.
A quoi servent les richesses^ quand on est dévoré de
en Allei
lui
de lui faire gagner , par
t'écoui
remords, ou que le Iropas vient enfin les ravir â leuf injuste possesseur^ Qui ue sait y d'ailleurs, que te bien mal aeqii» se dissipe yile > qu'il profite rareBient, et
Ïasse eAcere plais ratanent à la troîsîëoie génératicvi ? I pois cotfiUèii n'en ee4te-trjl pas^ lorsqa'il faut , par la restitutioii , léparei ses injustices ? 11 est plus aisé de ne point prendre le bien d'autrui, que de le rendre. Ce que nous possédons semble , en quelque sorte ^ s'étro identité ayee nous, et au^ioment même qu'en ¥a en être estidromeiit dt^miillé, on se résont enoere avec peine à en faire le sàerifice* Un fiinieux usiuier, se voyant près de mourir, fit enfin appeler un confesseur. Celui-ci , ayant trouvé que tout son bien était acquis par la voie injuste de l'usure , lui dit qu'il fallait absolument lent restituer, a Mais que doYieD^ dront mes enfans , dit le malade? Le salnf de iroive Ame f répondit le confesse» » doit Tons être plus dier que la foilune de votre famille. — Je ne puis me résoudre à ce que vous exigez, reprit le moribond au désespoir, et j'en courrai les risques, d 11 se retourne vers la muraille de sou lit » et meurl.
Il n'est pae défendu , sanedotite , de désirer de devénir riche si on le peut ^ mais il ne.fttntpas le souhaiter trop ardemment. Le désir de faire fortune est souvent un grand écueil pour la vertu, cr Celui , dit l'Esprit saint, qui se hâte de s'enrichir, ne sera pas innocent. •L'or ^ ajouie-t-il , en a précipité plusieurs dans le malheur^ et son éclat a causé leur perte. L'or est un sujet ' de chute A ceux qui lui sacrifient : malheur ft ceux qui le recherchent avec ardeur! il fera périr tous tes insen* sés *. » Un philosophe ayant perdu tout son bien dans tme société qui Favnit trompé : « .T(^ me repose, dit-il, sur Targent que j'ai perdu , du soin de me venger de la mauvaise foi de mes aissoclés. i^Cralés, qui pourtant aurait pu en faire un meilleur usqgev^ jeta tout son argent dans la mer. « l'aime mieux , dit^l , te latte périr, que de périr par toi. »
Il est' plus facile de se passer des richesses que d'en
* Qui festinat âitari , nofi erit innoeéns, Prav. S8. Vm iUi* qui sectantur iUud , 0t qmnf? tmpfiHfeni iêp^tUf fl» Hhm
lo^at»
bien jouir, ûa dit communément , et tout le monde se le persuade 9 que» si Ton était ridie, on ferait un bon usage de ses richesses. Mais est-ce donc nnct chose si aisée ? Est^-il si facile qu^on le pense , de résister contl-
nucllemontà ses passions, lorsqu'on a tant de morons et d'occasions de les satisfaire? Et ne faut-il pas bien de la saj;esse pour ne faire jamais de son opulence
Su'un usage permise! légitime ? L'emploi que la plupart es riches font de leurs trésors , devrait consolerde ne les avoir pas.
Les richesses sont des biens, sans doute ; mais, par l'usage qu'on en fait, elles deviennent souvent plus nuisibles â l'homme que ce qu'il appelle des maux. On abuse de ces richesses , qui donnent le pouvoir de fa ire bien des choses qu'il est bon de ne pouvoir faire. Au lieu de les employer à secourir les malheureux , & consoler l'affligé , à récompenser le mérite et la vertu , combien n'y en a-t-il pas qui s'en servent pour opprimer le pauvre , pour étaler un luxe orgueilleux et insultanty pour nourrir une sensuelle délicatesse, et pour satisfaire enfin toutes leurs passions ! II me semble les voir, ces passions, se rassembler en foule autour dii riche , crier avecimportunilé, et s'agiter avec fureur, ou le presser plus puissamment encore par leurs attraits, parce qu'elles lui voient entre li s iii;nns de quoi les apaiser. Comment résitera-l-il à tant d enneuiis? Oue pourra sa faible vertu , quand tous ses sens flattés se ligueront contre elle , et qu'il lui fandra lutter sans cesse contre ses pins doux penehans ?
Mais je veux (ju'il en triomphe : trouvera-t-il dans ces biens tout le bonheur qu'il en attend? Tonrmenlé par l'inquiétude ou par la satiété même dos désirs, fatigué par les embarras de son état , dévoré par l'en* nui , combien de fois ne portera**t-il pas envie aux plaisirs innocens et à Thenreuse tranquillité des conditions moins riches et moins éclatantes ! Henri IV , du faîte des grandeurs, qui l'embarrassaient pourtant moins qu'un autre, faisait Télogc de la médiocrité. 11 trouvait heureux le gentilhomme qui, avec dix mille livres de rente, et moins encore, savait vivre loin de ta cour.
Uo0 fbrfme médiocre suffit i nos véritableâ-beiNiiii* s
l'bcolb
le reste n'est qu'ostentation et vanilé. II faut du bien ; sans doute, mais à quoi sert le superflu? On est riche avec peu de bien , quand on sait se passer des choses inutiles. Archélaûs , roi de Macédoine , ayant offert de grandes richesses à Socrate p s*il voulait venir à sa cour^ ce philosophe lai répondit : «r La mesure de farine se vendpeu de chose à Athènes, et l'eau n'y coûte ricn.)> ^
Quand on a le nécessaire , c'est une folie de souhaiter de grands biens. Si l'on est plus riche, on dépense à proportion de ce qu'on a, et Tes fantaisies augmentent comme la facilité de les satisfaire. Combien de choses qu'on désire avec ardeur , parce qu'on les croit nécessaires , et qui pourtant ne le sont pas I Le trait si connu de Diogène, quoique sans doute poi ié trop loin , ne le prouve peut-être que mieux par sa singularité même. Ce philosophe y qui n'avait pour tout bien qu'un tonneau» une besace y une écuelleet une fasse ^ avant aperçu un jeune homme qui buvait dans Je creux de sa main y jeta sa tasse comme une chose peu nécessaire. . Voussavez qu'Alexandre vint un jour le voir, et le pressa de lui demander ce qu'il voudrait. Mais ce philosophe, qui se chauffait alors aux rayons du soleil dans son tonneau 9 rejetant les offres de ce prince ^ le pria seulement de ne pas lui 6ter par son ombre la chaleur du BoIeiL
Ce détachement des biens et des honneurs , qu'Alexandre admira , et qui lui fit dire que , s'il n'était pas Alexandre, il voudrait être Diogène , n'était dans cet homme singulier^ ainsi que dans la plupart des anciens pUlosophes^ qu'un orgueil plus raffiné » qui lui faisait, comme le lui a reproché Platon , fouler aux
f)ieds le faste par un autre faste. Ce n'est guère que dans es sectateurs de la religion chrétienne que peut être sincère et véritable le mépris de ces biens, qui sont si chers au cœur de l'homme. Pour quelques exemples , admirés parœ qu'ils étaient rares , que vante la philosophie pafomie, et ^e la philosophie de nos jours a mieux, aimé louer qu'imiter, combien d'autres, en plus ^and nombre et plus parfaits , le christianisme n'offre- t-ii pasl On a vu dans tous les siècles , et dans le nôtre même, des personnes distinguées dans le monde par leur rang
^t par leur imssance i renonçer ^ Tagr^meot 4' une
fortune aU moiùs suffisante » la oerlltude d'un avenir encore plus jBattéur, pour embrasser la pauvreté évangélique. lUont quitté avec joie des biens fugitifs et pas» i»a^ers, pour s'assurer des biens étemels et infinis » promis surioiUà ceux qui auront fait à Dieu un généreux sacrifice des richesses et des espérances de la terre.
Parmi une inûnité d'exemples que nous pourrions citer ^ nous rapporterons celui du pieux prêtre Bernard. Né à Dijon en 1588, d'une famille distinguée^ il se livra d'abord aux plaisirs et aux amnsemens du inonde; mais enfin, touché de Dieu, il se dévoua tout entier au soulagement des pauvres, et leor donna tout son bien. II refusa constamment les bénéfices que la cour lui offrit. Un jour le cardinal de Richelieu lui dit qu'il voulait absolument qu'il lui demandât quelque diose , et le laissa seul pour y penser. Le cardinal étant revenu une demi-heure après : or Monseigneur, lui dit le prêtre Bernard, après avoir bien rêvé, j'ai trouvé enfin line îrrAce à vous demander. Lorsque je vais conduire les pa tiens à la polence , pour les assister à la mort , les planches de la charrette sur laquelle on nous mène sont si mauvaises > que nous courons risque à chaque instant de tomber à terre. » Le cardinal rit beaucoup de cette demande, et ordonna aussitôt qu'on mît la charrette en bon état.
Ce saint homme , qui n'avait rien à demander pour lui-même, parce qu'il était détaché de tout^deman* dait souvent, au oontraire , pour les malheureux. Ayant un jour présenté un placet à une personne en place » qui était trés-vive, celte personne entra en colère, et dit mille injures contre celui pour lequel Bernard s'intéressait. Celui-ci insistant toujours , le seigneur irrité lui donna un soufflet. Sur-le-champ Bernard so jeta à ses genonx, et lui dit, en lui présentant Pantrejerne : «r Monseigneur , donnez-moi encore un bon soufflet sur celle-ci, et accordez-moi ma demande. » Le seigneur , confus de son emportement , et plein d'admiration pnnr la vertu du ftèitQ Bernard , lui accorda tout ce qu il voulut.
La fortune n'est jamais petifi8 , quand on a peu de besoins et de désirs.
2 14 ,a KGat« .
Ba bien ! j'en «arais moins , que j'en aurais- asset* A qui vit sans désirs en foul-il davantaget ^
AKGiuiR-DsarAinn.
Heureux celui qui, (ouunc ce poète, sait mépriser Tinutile ei^ouir du nécessaire t Content avec uu biea médiocre^ il yoit du port j à l'abri de la tempête , tous Jes naufrages qui se font sur la mer orageuse de la fortune. Grands postes » biens immenses ^ les hommes voua désirerai<ïiil-ils si passionnément, si l'éclat doiU vous brillez ne les empêchait d'apercevoir les écueiis semés autour de you$ ?
le b}e9 de la forlaoe est .iw bien périssable :
Quand oa bâltt sur elle ^ on bèlit sur le sable.
Plus on est élevé» plus on court de dangers.
Les grands pins sont en butte aux coups de la tempête f
Et la rage des vents brise plutéi le faite
Bes maisons de nos rois que des toits des bergers»
Oli ! bienheureux celui qui peut de sa mémoire
Effacer pour janiais ce vain espoir de gloire
Dont l'inutile soin traverse nos pî'îisir^î ;
Kt qui , loin retiré de la feule importune.
Vivant dans ha maison, content de sa fortune»
A, seiu^ son pouvoir, mesuré se« désiis.
Bacait.
Vous Toyez bien des g^ens qui ont beaucoup plus de ridiesses et d'honneurs que vous n'en souhaitez pour vivre heureux , et ({ni îîp lo sont pourtant pas: pourquoi espère riez-vous de l'être plus qu'eux? Cchn qui n'a pas assez de ce qu'il possède, est aussi pauvre que celui qni ne possède rien. Peu, au contraire, est beaucoup a celui qui se contente de ce qu'il a. Ainsi Font pensé les païens mêmes. Pbocton , célèbre Athénien , avait dissuadé Ahîxaiulre de faire la ^tîerrcnnx (iîtcs, parce que c'était sa patrie , et Ini avait conseillé de tourner plutôt ses armes contre ies Perses. Alexandre , après seseonquéles , lui envoTa , par reconnaissance , un
{>Tésent de cent talens \ Pbodon demanda à ceux qui es lui apportaient pourquoi Alexandre voulait faire à lui seul une si grande libéralité. « C'est , répondirentils, parce que vous êtes le seul (inns AtlK'iies qu'il ait reconnu pour un hommo do bien. — Si Alexandre., reprit Phocioo, m'a connu tel dans la médiocrité de
* U U^l^a( aUique yalait cinq mille quatre cents ftancs^
ma forfiine, qu*\\ me laisse dans rotte tiiédiocrilù, et qu'il me perinetle de rester homme de bien. » En disant cela f il s'occupait à tirer lui-même de l'eau d'un puits, et sa femme faisait du pain. Il persista toujours dans la suite & refuser avec ta même fermeté les présens d'Alexandre, qudque instance que ce prince lui fit. Il refusa également les grandes sommes qu'Anlipater , lin des successeurs d'Alexandre, lui fit aussi offrir; et comme on lui représentait que , s'il n'en voulait point pour lui* il devait du moins les accepter pour ses en* ' fans : « Si mes enfans sont sages , répondit-il , ils aurpnt assez de ce qui me suffit à moi-même j et s'ils ne le sont pas, ils en auront Irop. »
<r Heureux, dit le Sage, celui qui n'a point couru après l'or I Qui est cet homme, et nous le louerons* ?ji> mépris de ce métal si recherché^ si dang^ereux , et si souvent funeste à l'innocence, est un des plus sûrs remparts de la vertu. Il est difficile de corrompre celui qui n'est point avide de richesses, qui a peu de besoins, et qui sait se contenter de ce qu'il a. î.n cour d'Angleterre avait intérêt d'attirer un seigneur anglais dans son parti. Walpole va le trouver, « Je viens, lui , dit-il , de la pari du roi vous assurer de sa protection , vous témoigner le regret qu'il a de n'avoir encore rien * fait pour vous, et vous offrir un emploi plus digne do votre mérite. — Milord, lui répliqua ce seiirnenr , avant de répondre à vos offres, permettez-moi de faire apporter mon souper devant vous. » On lui sert au même instant un hachis, fait du reste d'un gigot dont il avait dîné; Se tournant alors vers Walpole : <r Milord, ajoula-t-il, ponsez-vous qu'un homme qui se contente d'un pareil repas suit un homme que la cour puisse aisément gagner? Dites au roi ce que vous avez vu : c'est la sente réponse que j'aie à lui faire. »
Que ces exemples de désintéressement et de modération sont rares ! et combien peu sont i l'épreuve de cet aimant puissant et enchanteur , qui sait tout attirer, tout vaincre, et tout obtenir ! Le maréchal de la Ferlé étant arrivé à Metz, les Juifs vinrent pour le saluer et
lui demander sa pr<Heeiion« On alia l aveiiir qu'ils
21C L*ÉCOLÊ
étaient danâ l'antichambre, a Je ne'veui paâ voir cef. marauds-là p répondit-il ; ce sont eux qui ont fait mourir mon Maître. » On leur dit que le maréchal ne
pouvait pas leur parler. <r Nous en sommes fâchés , reprirent-ils, nous aurions désiré extrêmement de lui offrir nos respects avec un petit présent de qnatre mille pistoles. » On se hâta d'aller porter leur réponse au maréchal , qui dit aussitôt : a Faites-les entrer, ces
Kuyres diables : ils ne le connaissaient pas quand ils nt crucifié. »
Telle est la faiblesse des hommes , qu'ils se laissent presque tous éblouir à Téclat de Tor , comme s'il pouvait les rendre plus heureux. Cependant il suffirait d'examiner sans prévention la vie des riches , pour apprendre à mépriser ce que nous adorons. Les ri-> chesseSy qui devraient nous procurer Taisance et le contentement, ne font d'ordinaire qu'ajouter quelque chose à nos soins et à nos peines. Cramt-on de s'en servir, et ne s'ocrupe-t-on qu'à les accumuler : c'est la vie honteuse et misérable de Tavare, qui se refuse k lui-même le nécessaire» qui se tourmente nuit et jour pour amasser des trésors dont il ne jouira jamais , pour entasser des richesses qui feront encore après sa mort son supplice et la joie de ses héritiers. Tel était ce fameux avare anp^lais , nommé Cuttler , dont parle Pope. Cet homme , très-riche et encore plus avaricieux , voyageai4; ordinairement à cheval et seul , pour éviter toute dépense. Le soir» en arrivant à l'auberge» il feignait d'être indisposé, afin qu'on ne lui servit point à souper. II ordonnait au valet d'écurie d'apporter dans sa chambre un peu de paille pour mettre dans ses bottes. Il faisait bassiner son lit et se courbait. Lorsque le domestique s'était retiré , il se relevait» et avec la paille de ses bottes et la chandelle qu'on lui avait laissée , il faisait un petit feu » ofi il grillait un harend qu'il tirait de sa poche. 11 avait toujours la précaution de se munir d'un morceau de pain , et de se faire apporter une bouteille d'eau. Il soiipait ainsi seul et à peu de frais. C'est ce même Cuttler , qui , croyant donner un excellent avis au prodigue Yilliers» duc de Buckingham , lui disait : or Que ne vivez-vous comme moi ? — Vivra comme tous , ehevaJier Cuttler 1 répondit Yilliers ; j'ea
levai tonjonrs le ïrwiître , quand je n'aurai plus rîen* » L'avare est un riche honteux qui ne s'occupe qu'à ftire sentinelle nuit et jour auprès de son trésor : il ie cache et cache son or ; il vit seul ; c'est un homme
détaché de la société civile , c'est un crimmel isolé. Il meurt presque toujours misérableuieni ^ et sa mort en cela ressemble à sa vie.
VeutHon , au contraire , fkire usage de ses grandes richesses et les dépenser avec éclat : on se jette dans le plus dnr et le plus pénible esclavage ; on n'a plus un moment à soi : le repos s'enfuit avec la liberté. On est obligé de recevoir chez soi, à sa table môme, une infinité de personnes que la splendeur et Tabondance attirent. Il faut se contraindre et se gêner sans cesse , ne pas faire ce qu'on voudrait , et faire souvent ce qu'on ne voudrait pas , dissimuler ses vrais sentimens , en affecter d'autres , voir des personnes dont la présence est à charge , dont !a vue même est odieuse , faire politesse à des gens qu'on n'aime point, et à qui on refuserait l'entrée de sa maison, si la hienséance ne forçait pas de les admettre.
Dans combien d'occasionscette bienséance du monde, dont les riches sont le plus esclaves , n'exige-t-elle pas d'eux qu'ils s'ennuient avec décence , qu'ils s'incommodeut même, vX nuisent à leur santé, pour se fairo honneur ! Plus ils ont de bien, plus il leur faut ti\oit de liaisons et de rapports avec mille personnes , dont ils ont besoin ou qui ont besoin d'eu^. 11 faut , moinj pour le service que pour le faste , avoir une multitude de domestiques , qui sont , comme les riches le disent eux-mêmes, la croix des maîtres et la ruine des maisons*
Que de peines et d inquiétudes ne donnent pas le§ grands bi( ns ! Que de momens d'humeur et de (ristessrt obscurcissent les plus beaux jours du riche i Que de regrets surtout et de frayeurs n'a-t-il pas à la mort 1 ' On a bien peu d'années à posséder les plus immenses richesses. Quelque considérables qu'elles soient » il faudra bientôt les quitter ; et plus le sacrifice est grand, plus il coûte. Ce sont comme autant de liens , qui attachent à la vie. 0 mort 1 s'écrie avec ce roi infidèlo de r£criture le riche mondain , près du tombeau où il ta être déjiouiUé de tout ; <> mort ^ C[ue tu es amère 1 et
<Sl8 . l'cgols
qu'il est douloureux de se séparer de ce qu'on aiim t
Plus la vie a élé douce et cigréable , plus on se la voit arracher avec regret. Et peul-on même dire pour l'or* ^iiuiii:i9 qu^elle ait été douce ei agréable? Victime de ses intemBécanccs et, de ses excès, en proie aux douleurs et aux maladies » le riche souvent oé goAl0 a«iettii plaisir» La joie pure et douce fuit loin de son cœiir. Les meilleurs nicls de sa (able sont moins pour Ini que pour iesauties. On se divci lil, on se n'jonil chez Itii , tandis qu'il souiïre et qu'ii sti plaiuL Telle est la triste awuUtion de» bieu des ridîek. A moins qne^ l-bomme opulent ne vive comme les personnes d'un état rn^NiKK cre,» ses richesses , loin de lui être avantageuses, ne font qu'abrc*^er ses jours et le rendre iiialbeureux.
Aussi le plus sage des rois, convaincu de la vanité des p^raudes richesses, et les raetlant bien au-dessous de riieureuse médiocrité , ne demandait à Dieu que celle-ci : ce Seigneur, lui disait*il , ne me donnez ni Ja mendicité , ni les richesses ; donnez-moi seulement ce qui m'est nécessaire pour vivre, de penrqu'étani dans r*ibondance, je ne sois tenté de vous renoncer , et de dire : Qui est le Seigneur? ou que» pressé par riodigeuce, je ne dérobe le bieu d'autrui *. »
Il pensait avec raison que, si la grande pauvreté est quelquefois dangeureose , la multitude des ricbesses. ne 1 est pas moins« L'indigence porte aux murmures et aux , blasphèmes, engage à devenir le vil ministre ou l'esclaves des passions des riches : l'opulence conduit à l'iuipiété, Toubli de Dieu et de ses devoirs. La pauvreté, locsqii'elie n'est pas soutenue et ennoblie par la religion , rend vil et malheureux : les richesses enflent le cœur et le corrompent* L'état le plus sûr» le plus honorable et le plus doux, est donc de vivre , quand on le peut , entre l'abondance et 1 indigence, et le plus loin qu'il est possible de ces deux extrémités. C'est entre Jt'une et l'autre qu'habite le bonheur avec la sagesse.
Mais c'est-là une de ers vérités qu'on aura bien de la p^ineà persuader aux hommes. Ceux même qui pai^aissent le plus convaino4]s que le bonheur de cette vie ne oonsiste pas à posséder de grands biens , se laissent
prendre les premiers aux charmes de la fortu ne^ gnand elle vientseprésenteràeiix» Amiot» qui futpiécepteur de Charles IXi» rd de France > était né si pauvre^ qu'il fat él0?é dans- un hApital. Lob bîBofaits de son prince M donnèrent de quoi Tivre gracieusement. II fut pourvu de révéchc d'Auxerre, dont le revenu allait à plus de trente mille livres, et d'une riche abbaye. Un jour qu'il demandait encore à Charles IX un bénéfice considéra-* Ue^ le roi lui dit : a Ué quoi t mon maître, vousdisiez ^ue , si vous aviez mille écus de rente , vous seriez content ; je crois que vous les avez et au-delà. — Sire, répondit Amyot, Tappétit vient en mançreant. »
Pierre du Vair , ovOfine de Vence , avait bien plus de désintéressement. Son évéché étarît le plus petit de la Provence, et ne valait guère plus de six mille livres. On lui en offrit de plus considérables^ mais ils les refusa toujours , disant qu'il ne croyait pas qu'il lui fût permis én conscience de répudier son épouse , parce qu'elle était pauvre, pour en preiiih(^ une plus riche. « Nous avons vu dans ce siècle renom oîcm* co bel exemple par de vertueux évè(|ues de ^Egli^e de France, que Téclat d'une plus grande fortune n a pni éblouir ni tenter. »
Si vous avez du bien , ne travaillez pas à en amasser beaucoup plus : en devenant plus ricne , vous ne deviendrez pas plus henYéux. Ayez de Tordre dans vos aflaires , de l'économie daus voire iiiaisoii, nue juste proportion entre vos revenus et votrr d<'i)ense ; et voua aurez toujours assez de bien pour vivre tranquillement et avec honneur. Si votre fortune est au-dessous de votre condition et de votre état, tâchez, s'il se peut , de Faui^menter, mais avec modération. Contentez-vous d'acquérir un honnête nécessaire : car, encore une fois, il faut tâcher de l'avoir , et la réponse d'un philosophe à Deu}s le tyran, est très-jusfe. Ce prince lui disait que le saf^e n'avait besoin de rien, a Oui , répondit*-il , qoand il a ce qu'il lui faut. »
Ayez assez de bien pour vous acquitter envers vou&méme, envers votre famille et vos domestiques , des devoirs indispensables de la justice et de la sagesse chrétienne ; mais n'en avez jamais assez pour satisfaire à l'ambition et à vos autres passions. Que cette impnisaance glorieuse soit un des exemnles et iia d«a héritait^^
qae YQiid transmettiez à vos enfans* Yowiie^e^Émftai a leur procurer pour Favenir une fortune honnête selon
leur étal; mais ce devoii , dont nous ne préteudons
I»as vous dispenser, et qui sert si souvent de prétexte à a cupidité , à F avarice , remplissez-le avec sagesse». Ne travaillez pas à élever vos enfans beaucoup au-de£H sus de votre condition , ou à les rendre fort riches : plus on laisse de biens à ses héritiers, moins on est regretté d'eux. Si vous devez un jour leur laisser des richesses, laissez-leur encore plus de vertus et de bons exeiDples. Si vous ne pouvez leur en aiDnssor beaucoup, dites-leur cette consolante maxime du Sage : « Peu de bien avec la crainte du Seigneur, vaut mieux que des trésors accoaipagnés de trouble et d'inquiétude, j» Répétez-leur souvent ces belles paroles du vertueux Tobîe : <sr Ne craignez point, mon fils : nous vivons dans la pauvreté; mais nous aurons beaucoup de bien , si nous craic^nons Dieu, si nous n*r>us éloiG;nons de tout péché, et si nous, fcîsons de bonnes œuvres. »
Celui ({ni a peu est aussi riche que celui qui a beau** coup , sMl sait également en faire un bon usage, comme Tin curé le dit un jour à son évêque , qui lui deman* dait ce que valait sa cure : « Autant que votre évêché, joioaseigioeur ; le paradis ou l'enfer, selon l'usage que nous aurons fait de nos revenus. »
Mais pour vous gouverner demandez la sagesse.
La. bonne conduite est le plus nécessaire de tous les bieii^ et le plus précieux de tous les trésors : elle procure .
autres biens ou les conserve, et y supplée quand 001 ne les a pas. Mais elle n'est donnée qu'à ceux qui
4 Hit ra?u en partagt^ la sagesse ; et cette sagesse est elle- 1 tveme un don de Dieu , qui ne l'accorde qu'a ceux qui 1 a lui demandent. Adressez-vous donc à lui pour l'avoir, e t faites-lui souvent la même prière que lui fit Salomon.
Dieu lui ayant offerl , lorsqu'il monta sur le trône , taut ce qu'il plairait à son cœur de désirer , il fit le choix le plus judicieux qu'on puisse jamais faire. Bien différent de$ dvitres^^hoaime^, <iui (J(ins leurs prières
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demandent tout à Dieu , excepté la sagesse , ce fat Tu* nique chose qu'il lui demanda, cr Puisque vous voulez que je règne , lui dit-il , donnez-moi ce qui m'e&t nécessaire pour régner avec justice et avec équité : un esprit droit j un discernement juste , et surtout ce cœur docile qui est en même temps le principe et un de^ premiers fruits de là sagesse. C'est la sagesse seule qui peut faire les vrais rois et les grands princes. C'est elle> Seigneur , qui ( onçut avec vous le dessein de former le monde , et qui eu ût le chef-d'œuvre de votre puissance; c'est par elle encore que vous le gouvernez oepuis tant de siècles , avec ce bel ordre qu'on ne peut considérer sans admiration , et qui porte si visiblement les traits divins de voire providence. Envoyez-la-moi donc aussi, pour m'éclairer durant celte vie mortelle, pour diriger mes pas incertains au milieu des ténèbres et des précipices qui m'environnent y pour m'instruire de tout ce que je dois faire afin d'être agréable à vos yeux. »
Salomon eut le bonheur d'obtenir ce qu'il demandait. Dieu lui accorda la sagesse , et avec elle tous les autres biens qu'il ne demandait pas. C'est aussi ce qui vous arrivera , si vous ries assez heureux pour obtenir la sagesse* Elle vous procurera tout ce qui vous est nécessaire pour passer heureusement cette vie > et voiig tiendra lieu de tout le reste. Que peut-il manquer à celui qui est sage y pour être heureux autant qu'il est permis de l'être sur la terre? N'a-t-il pas cette tranquilliJô d'ànie, qui est , selon Fi \pression de l'Ecriture , comme un festin continuel; celte paix delà conscience et cette modération de désirs, qui sont les plus doux fruits de la vertu ? Voilà ce qui le rend le^ plus heureux des hommes. Tout ce que la fortune peut donner ne vaut pas ce qu'il possède , })uisqu'il a la sagesse ; et que sont tous les biens du inonde au prix d'elle? ce Oue servent à l'insensé tous ses Ik sors , suivant la belle pensée de Salomon y puisqu'il ne peut en acheter la sagesse »
Mais ce bien précieux , c'est » après Dieu , aux parenâ à le procurer à leurs enfans par une vertueuse éduca«tion ; et c'est aiix enfans à le mériter par une grande
* Quid prodost stuUo kab^re 4ivi(i(i^f eùm 9afi$nU<m €m^§ non fomt ? Vm* 27t
228 l'école
docilité* n y a tout à. espérer de celui qui est docile , et qui reçoit avee attention les sages leçons qu'on lui donne* Ainsi cette qualité si nécessaire , qui est ^n même temps leprincipe etle fruit d'une bonne éduea tien, le danpliia, fils de Louis XIV , avait eu soin de Finspi ai de bonne heure à ses enfans; et son fils aîné, le duc de Bourgogne, jeune prince de beaucoup desprit et d'une grande espérance , en donna un jour un bel exemple. Il avait contredit son gouverneur, et dans la« vivacité de la dispute, il s'écbappa jusqu'à lui dire: «r Nous verrons qui de nous deux aura raison, » Mais , faisant aussilAf réflexion que celte saillie était ronfraire à la déférence el à la docilité qu'il lui devait , il ajouta sur-le-cbamp : a Ce sera vous , sans doute, parce que vous êtes plus raisonnable que moi« p
Cette estimable docilité est un des meilleurs moyens d'acquérir la sagesse et toutes les vertus. En ouvrant Toreille aux bonnes instructions , elle les fait descendi e jusque dans le cœur, pour y répandre des gernies féconds. Mon fils, dit rÈcclésiaslique , aimez dès votre première jeunesse à être instruit, et vous acquerrez une sagesseque vonsconserverezjusqu'àla vieillesse. Approdiez^vous de la sagesse de tout votre cœur. Cherchez-la avec soin , et elle vous sera découverte ; et quand vous l'aurez une fois embrassée, ne la quittez point : car vous y trouverez n la fin votre repos, et elle se changera pour vous en sujet de joie \ »
Les lumières de la raison ont découvert aux païens méme^ cette excellente vérité; et l'on nous a conservé à ce sujet une belle fiction morale de Crantor , philosophe platonicien. Il disait que les divinités qui président à la richesse , à la volupté , h îa santé et à la vertu , se présentèrent un jour tons les (irecs rassemblés aiix jeux olympiques , afin qu'ils leur marquassent leur ranff , suivant le degré de leur influence sur le bonheur de l'homme. La richesse étala sa magnificence , et commençait ft éblouir les yeux de ses juges , quand la volupté représenta que Tuninue mérite des richesses était de conduire au plaisir. La sauté dit que sans elle
* In novissimis entm inveni0$ requiûmin ea, êt convûrMur tibi in obUctationem. £cdi. 6«
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les plus grands plaisir» sont amers, et que la douleur Tveïi bilnlôt la%lace de la joie. Maisla verlu ler^j» fa dispute, et fit convenir tous les Grecs que la nchewe, le plaisir et la santé ne durent pas long-lcmps sans elle, ou deviennent des maux pour qui ne sait pas user avec sagesse. Le premier rang lui fut adjuge le second à la santé , le troisième au plaisir, et le qualnemeà U
En effet , la sagesse seule , à parier exactement , mérite le titre de bien , puiMiu'elle seule pe"^»"« ^ bonheur de l'homme dans . elle vie , et plus sûrement encore dans l'antre. Elle apprend h faire nn noble et diime usage des richesses , ou à s'en passer sans rc<;ret ÎSid on ne les a pas. Elle éloigne de nous les soudes Tes plus ordinaires de nos peines , le regret du passé , le chasrin du présent , l'inquiétude sur 1 avenir , en renfermant nos désirs dans rétendue de ce qui est * notre portée, et en plaçant notre bonheur non dans une possession d'objets qui promottentunelél.c.le dU ils ne donnent jamais, mais dans l'accomplissemen de nos devoirs. Elle écarte même de noUSJ'Jsqu a"^ leurs, qui le plus souvent ne sont que les fruiw de l'intempérance et des excès. Les pialMi» ue l esprli «l du cœu r , qne donne toujours une conduite vertueuse , etquirenaissentsnns cesse dans une conscience pur* et tranquille , marchent à sa suite et l accompagnent josqne dans l'adversité. . . ,
Henreux donc mille fois 1 homme qui a trouve la sagesse 1 c'est à son école qu'il apprendra à connaître , à remplir tons les devoirs de l'honnête homme , et mettre en n.alique les excellentes maximes que nous venons d'expliquer. Toute sa conduite en sera le tableau fidèle. Essayons , en finissant , de rassembler fous les traite de ce tableau ; el afin de réunir comme sous un point de vue tout ce que nous avons dit, traçons ici le portrait du sage. Plus ce portrait sera beau , plus il fera naître le désir de lui ressembler.
portant nos regards sur toutd k terre » poorrions-nous y dé«
couvrir quelque chose de plus grand, de plus Beau , de plus admirable que le parfait honnête homme» le mi sage, tel que nous
aimons a nous le représenter?
Convaincu , par le témoignage éclatant de TuDiTers , de Texistence d'un Elre-Supréme, ilont tout public la gloire, dont tout annonce la puissance et la grandeur, il est pénétré profondénient de la crainte du Seigneur, qui est le principe de la véritable sagesse ; il redoute ses chàlimens terribles , réservés aux infracti^urs de la loi , et craint plus ce qui lui dépiait, que tous les maux du, monde*
^ Parle-l^deDieu, de la religion et des choses saintes : c'est tonjour? ayec îcSpêct. il repousse avec force les traits satiriques des IÇ'piSêx Su4e§4ncpnsÊr5arpiêlé est dans son cœur encore plus que sur les lèvres ; mais comme il n'affecte point de la montrer , il ne cherche pas non plus à la cacher. Il se fait honneur de servir le Hattre des rois » bien plus qu'on ne se fait . gloire de servir les princes et les grands de la terre. Il ne rougit ni d'être dévot» ni de le paraître » quand même , ainsi que Tobte * il serait presque seul à payer au Seigneur le tribut de ses hommages. Comme on voit un rocher s'élever au milieu des ondes d'un flonve rapide, et présenter mi front toujours inébranlable à leur ^il)l("lln' , le sage verrait de toutes parts autour de lui des hommes empoilés par le torrent de la corruption , sans s'y laisser entraîner.
Ami de la vérité , aucun intérêt ne peut engager rhonnéte homme à la trahir; et il porte, ^?ravées dans son cœur, ces belles paroles , qu'un prince répétait souvent à son fils : Plutôt mùurir qm de mentir* Il laisse aux âmes vulgaires les ruses, les artiGces : la droiture règle toutes ses démarches « et la vérilé ses paroles. Il est aussi fidèle à tenir que prudent à promettre , et il n*a jamais recours , pour éluder ses engagemens » à de mauvaises finesses , indignes de sa bonne foi. .
Toujours prêt à obliger quand il le peut» plein de douceur dans le caractère , affable envers les plus petits , complaisant sans bassesse , il gagne tous 1rs cœurs. Persuadé que les manières polios donnent de Féclat au\ grandes qualités et rendent le mérite agréable, il est poli , mais sans géne et sms affectation. Vous no
yemf jamais en lui ces inégalités d'buoieur , «jut f6Adeiit o4i^Ui ^
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