VII. LES SËNTIMENS
La meilleure éducatioli est celle où Foi» n^implî^* ri«n qam
par le canal de la raison cl de l'honneur. Ménngcz l*a sensibilité de votre élôve p et vous auree mille jaoyens» de- le récompenser ou do le punit. Qu'il CMÎgno plua que ImmI. 1» reste pêrète votre amitié , faites la lui valoir. J ai vu des enlans lurt jeunes , plus charmés d'être ks am» ée lenv mattro foe da toi^ les choses : e'ost qn'on le» élawl anaû«
Accoutumez le vôtre à penser nobiement j cela n'est pas aussi di(g«ile qiQi^oiile oroil^l»pmaqpMKd«a'lMMoar«sldansie^^ comme dans les hommes bits, puisque Tamour de aoi-mème et
Je restime des autres y est; il n'est questîoa q^a de lel>kn diriger 9 et de l'attacher iav^riableoieDl k œ qui e&t Iiaaa^ û% vraiment digne d''éloges.
. Les enfans ne jugent des cUofies, (me yac la [w k ^i^eib y mei» Mettez i uahaot prix cellas que «ons^Toudv^ que?it yétx9 értJ*ipe^ et.Toas veprez qu'ils les^esUmeca^ Fa'ttes^lai faire uneeliose louable, poar mériter d^ea faîte naeaiUi'» e'eai ww<«i6eMett<« pratique , qui tenrnera tout entBèMmr]|>ro6k4îi la^^evUii.
Accm'dcz-lni les cliosea de son égi^ , pai?^e ^Mles sont nécessaires à sa faibress&et qufellea l^iiaftiifc>; nm Mrle» iiiiî proposez point comme des récompenses dignes de lul. Cherehe» ces récompenses daiu» des ûbijÇl&-.qM^ii doive aioMUr^eb doni ii doive faire cas toute sa vie ; placez-le&daas les^eaveaset'ei'ikMie l'amitié de ses parens , dans, quelque devoir de religion- qu'il n'ait point encore r^eœpU^» da4;kSr<|ueLqiiiô«acte de bieniaiflanoe envers des jnelhenreux dans Facqaisîtîeii. de^ 4|iielqpi6sî béate, livres, de quelques caries utiles qu'on lui aura fait désirer, dans le-piaisir d'apprendre cpielq^ chose qtt'li%nore«< j^ui'itaii une noble envie do ftrirei mfiein que fe» antres , et ê&méwlfier d'élre loué. On n'est guère sensible aa blâme, quand on ne l'est pas à l'éloge*.
C'est aiost qu^m peut éleverson kake au-dessus d^s senl^mens fie son âge. Echauffée par l'émulation et par Famour de la gloire f elle s'ouvrira d'eUv-mème à toutes les semeneés- de raison, et de vertu que vous voudrez y répandre. Tètite l'activité qui i'aunait entt ainée vers le mai , la portera vers le bien. A mesure que voue y verres croître tes semences précieuses que vous y aurez versées, cultivez-les par les mêmes moyens que vous les aurez fait naître. Caressez , louez , applaudissez. Dès que d^senifropve ibouvement i( aura hit ou pensé quërqne chose dii^ne d^élogef ne manque^ pas de l'en féliciter aussitôt : que tout k monde vienne lui âîire compliment avec un air de cottsîdéraiiuii* llous>atmie dit que parens devaient être miésagen de leurs caresses ; mais ceci est un cas à part , c'est le seul où il leur soit permis de laisser éclater toute leur tendresse. Puisque Pfenfimt e été cipaBfe d^un sentiment vertueux il finit
48 wFLrâio^ p&mMiKÀmE^
pour rintUni le regwâw comme m homme ùii t loi rendra
rhommag^e qu'on doit à la sagesse età la vertu.
La Rochei'oucault dit que l'éducation qu*on donne d'ordinaire aut enftiiis. est un second amour-propre qu*on leur inq^ire* H semble y en effet , qu'on ne sache les louer que sur leur esprit , leur figure , leurs habillemens. Sont ce là les objets qu*il faut leur préienter comme estimables ? Yeut-on les teatre fiite , présomptueux, frivoles ? G^est pourtant tout ce que peuvent produire ces ridicules et méprisables louanges. Ce qu*ii fout louer défaut eux , ce sont les choses yéritablement louables. Ce qu'on doit louer en eux, c*est leur douceur, leur obéissance , leur exactitude à remplir leurs devoirs , leur respect et leur attachement pour les personnes qu'ils doivent respecter et aimer.
Dites à votre élève que , lorsqu'on loue un enfant sur sa figure ou sur ses habits , c*est qu'on ne voit rien antre chose en lui qui mérite d*étre loué. Qu'il réponde à ceux qui le loueront la sorte , que ce n'est pas là ce qui fait le mérite de l'homme , mais la bonne conduite et la sagesse. Si votre fils , et plus en « core 9 si votre fille estjbelle , et qu'elle ne Tignore pas , répétez* lui souvent que la beauté san's le ( araetère n'est rien ; failes-Iu£ sans cesse Téloge de la vertu et dif bon esprit j dites-luî que ce sont là les premiers agrémens et les seuls qui soient durables
il faut sans cloute qu'un enfant ait des sentimens , mais on
doit prendre garde qu ils aillent trop loin , et qu'ils ne dégé* nèrent en fierté. Bans Thomme le vice est si près de la vertu f
Elevez le vôtre dans la modestie. Si vous lui inspirez de la hauteur et de Torgueil , vous «n serez la première victime.
Au lieu de nourrir la vanité d'un enfiint de condition 9 eu portant ses regards sur ravant-jge do sa naissance et de son rang, . ou sur les grandes richesses dont il doit être un jour possesseur ^ détoumex-les avec soin de ces objets que la flatterie se platt à > leur offrir et fixer les sur son état présent. Faites-lui voir «^u il est dépourvu de tout ce qui mérite l'estime des hommes ; qu'il n^a presque encore ni science p ni raison^ ni^rertn ; qu*ii ne.peut
* On peut se servir des mêmes moyeiis pow çon^okr^celjç qui aurait U mellmr d'être liiidot *
SUR i/i0lj(ÎATlON# 119
rien ipiir laî«nimé9 qu'il a besoin ée$ autres, |st què Ipersona» n'a besoin de lui. On ne saurait trop dire seatir aux enbna leur iùblesae et leur dépendance.
Induits dès leur naissance , par la mollesse dans laquelle ils eont noiirris , par les égards que tout le monde a pour eu^ , par là lacililé d'obtenir loot ce qu'ils désirent, à penser que tout doit céder à leurs fantaisies , les jeunes gens de qualité entrent dans le monde avec cet impertinent préjugé , et souvent
ils ne ft^en corrigent qu'à force- d'himiiliations» d'affronts et de déplaisirs.
Epargnât â voire élènre cette seconde et aaortifianteédoeatton, •n lui donnant par la première une plus juste opinion de luimême et des autres. Apprenei«>ltti , lorsqu'il sera capable de recevoir cette instmetion , que Tamour de soi , sage et bien ordonné, ne chcrcbe à nous rendre heureux qu'en agissant de manière que tous les autres le soient avec nous $ au lieu que l'amonr-propre y toujours injuste et exclusif , cherche son bonheur aux dépens des autres , et ne le trouve jamais.
Pour confondre l'orgueil qui vient de la naissance , des titres > dtt iMte et des richesses ^ éclairei-le au flambeau de la raison sur tous ces objets , faites-lui en voir le néânt et préjugé. instruisei*le à priser le mérite plus que les rfdiesses , k compter Its vertoB plus que les titres. Louis , dauphin , père du roi Louis XVI , donna une belle instruction à ses trois fils contre Foq^eil qu'inspire la naissance. Lorsqu'on leur eut suppléé lea cérémonies du baptême , il leur fit observer que leurs noms étaient inscrits sur les registres de l'église avec ceux des autres «nfana qoi avaient été baptisés avant eux* « Vous voyea, leur 4itpily que vos noms sont ici mêlés et confondus avec ceux du peuple. Cela doit vous apprendre que les distinctions dont vous joniaseï ne viennent paa de U iùiture , qui a lait tooa les hommes égaux î il n'y a que la vertu qui mette entre eux une vériUble différence ; et peut-être que l'enfant d'on pauvre, dont le nom précède le vôtre, aera pins grand aux jeux de Dieu, que vooa lie le serez jamais aux yeux, des peuples. »
m aonnez poifti de Ulrfa k Y^i é{èft ; et ne eeofbei Me
*50 KEFLEXIONS PHELdttNAtRfi^
qa'oD lot w dame $ «'il «a « » il sufâra qu'il les connataae quan i il caiMfa. d«m It «Hméfe. flUniiNmiit k vanité des fiâmes ^ ei
des Bières encore plus , aime à prévenir ce ieaips , et on les voit «ppelar 'm-^iDéittes leurs, ûis , mensieur le marquis , le cemle , le ckevalier , ou simplemenl monsieur , comme s'il y avait au monde un lilre piuâ i^au, plus Uonovâbie et ^>luâ doux que celui de la nature*
Que voire élève sott attentif «t poli. Qu'il reçoive avec rccennaissance les bontëa qu'on aura peur lui* Que personne.ne aoit «en complaisant ni son adulateur. Le grand dauphin^ dit madume de Sévigiié , étant jeune, s'amusait à titre au blanc , et lirait foi'4 loin du hut. 1^ duc de Montausier, son .gouverneur j se moqua de lui , et dit au marquisde Créqui , qui élart fort adroit, de tirer. Mais ce jeune seigneur, qui chercliait déjà à faire sa ; cour^ lira un pied plus loin que le dauphin* a Ali ! petit corrompu, s'écria M. de Montausier, il faudrait vous élranglep. v Il ne lut permit plus déjouer avec son élève. Faites de mcme à l'égard du vAtre : éloignez de lui tous les flatteurs, â^i son ving ne vous permet pas de le garantir de certains respects , ^iiril sache que c'est à ses parcas qu'ils s^adressc al , et que ces distinctions sont le prix de leurs bienfaits et de leurs vertus , encore plus que de leur naissance ou de leurs dignités»-
Qu'il ne commande k personne; qu il demande avec douceur; qu'il remercie avec politesse. S'il commande , que loul le monde aoit sourd , et que le mot Je veux^ s'il sort de' fa booclie , «oit un arrêt de refos prononcé par lui-même. Que les domestiques aoient avertis do lui refuser tout ce qu'il ne deoMindeitt fias civilement.
S'il reçoit nn «erricetMi un ytéwnt de persolinei on-désadus ' de lut ^ qu'il leur en témoigne sa reoonnaissancë ^ qu'il les i^éicompense on Isur rende au-delà de ce qu'il a reçu^ S'il brise quelque choie qu'on lui aura confié, qu'il répane le donmuigel -par un présent qui y soit supérienr. Que tout cela se fasse par | ses mains et de son argent, Ccst ainsi qu'on lui en apprendra l'usage ^ et qu'en même leaipo on Inir mt>lrel*a les ^iremkrs «iiitimAi d!^iiin«nÈt|i^ d^ \>m^t 6é^é^o4l^, de jusUcc.
sim t'ÉmiCATfoy. . '51
Puisqu'on donne de l'argent aux enfàns^ il ne faut pas que ce mi pmit ramuser,. comme quelques parensie recommandeoi , b! pour le dépenser en faatafsies comme c'iest finlenlton de
beaucoup d'autres^ à moins qu'on n'ait envie de les rendre avares On dissipaleors.
La plupart sont avides de recevoir , lents à donner. Que le vdtre donne Toloalîers el de bonne grâce : qu'il s'empresse de partager avec ses frères et sœurs , ou avec d'antres , ce qu'il a reçu pour lui seul j si non qu'il en soit privé. Dites-lui souvent i|u'aîmer à donner cet la marque d'un bon cœur et d'une grande âme. Benys-le-TjTan , voyant dans la chambre de son fils plusietHs ouvrages d'or et d'argenl qu'il lui avait donnés : a Tu n'es pas digne de régner > lui dilril , puisqtte tu ne t'es pas encore fait des amis de ces présens que je t'ai donnés. »^
Qu'il reçoive difficilement des étrangers : qn'il ne demande Jamais : apprenez-lui qu'il est humiliant de recevoir, qu'il est doux de donner^ et que c'est un devoir pour ceux qui sont dans l'abondance , par rapport à ceux qui sont dans le besoin. S'il reHConlre on pauvre ou un malheureux , qu'il lui donne quelque secours. Raconlez-lui le beau trait que £t à quatorze ans le jeune doc de Berri ^ petU-fiIs de Louis XIV. Un pauvre officier réformé Iroiiva un niomcnl propre à lui «x poser ses besoins. Te duc de Berri lui répondit qu'il était bien lâché de ne pouvoir l'^arsstster sur^Ie^cbamp ; mais qu'il devait toucher le lendemain son mois , et qu'il pourrait lui donner ce jour-là quelque secours ib la chasse , on il lui dit de le joindre. L'ofiicier fut ponctuel au ren<ieK-voas. Dès qne le jeune prince le vit » il lui mit dans la m»! Il une bourse où il y avait IreiUe louis : c'était tout ce qu'il avait reçu pour ses menus plaisirs d'un mois. Le soir , les princes fir^wti une partie de lansquenet. Le due de Berri s'eticusa de jouer : il allégua plusieurs raisons dont on ne se paya pas : cl il TitC <obii|gé de dire la véritable. On loi .demanda ce qu'il avait fa i L de son argent* Il avoua qu^il ' l'avait donné à un pauvre of- £lci^^^ réformé^et qu'il avait m'euxaimé se priver de ses plaisirs, ^ij^^-x-M laisser mourir de iaim ua homme ifai avait bien servi le r^L^ 0^ férifia le Jaitj qui aelroafa«ésâl|iUe« etfatadmiré.
Sâ E£FJLBXIONS PBBLIMINAlltBS
Mêlez •Savent à rot leçon» de pareils exemple» ï tiUté iëlrfe
adion vertueuse est plus {lersuasive que dix trailés siu h veiin. Portez votre élève au bîea par dea exliortations touchautet^ par des exemples firappaôa $ car c'eal par la persuasion et par des
•iungcs sensibles y bien plus que par des leçoub sèches ou des chdLiuiens » qu'on peut faire naître dans son jeune cœur Tauiour iïiis vertus dont il aora besoin ponr son bonheur et pour celai des autres hommes*
VUL LE TEMPS ET LA MAMÈUE D'iNSTRCIRB.
Si vous voulez relirer du fruit de vos instructions , choisissez votre temps. Ce n'est pas quand l'enfant est dissipé , que les choses sensées qu'on lui dît peuvent faire impression sur lui ; Cesi dans le particulier , quand son âme est tranquille et son esprit reeaeilli.
Ne négligez néanmoins auenne occasion de Tinstruire^ font Cil jouant avec lui ^ mais en peu de mois et comme en passant : les sermons trop longs oo trop multipliés ennuient et rebutent t. ni le monde, à plus forte raison les enfans. « J'ai été jeune aiilreroist dit Salomon, tendrement aimé de mon père et gouverné par ma mère qui me tenait tonjoors auprès d'elle » pour V rccuvoir autant d'instruclloiis que j'y recevais de caresses. Je ny perdais point le temps , juéme durant le jeu : car , tandis que }ti prenais les diverlissemens de mon âge » elle voulait que j'.'ussc toujours l'esprit attentif et le cœur ouvert pour écouter, parce qu'elle avait toujours quelque bonne parole à me dtre« Son discours le phis ordinaire était ? Mbn fils , aimez la sagesse t: la vertu plus que tous les biens du loonde : le reste n'est que vanité. Il n'y a do vrais biens que ce qui vous rendra hoonéte tiomine , ni de vraie grandeur que ce que Dieu estimera dans vous. Observez sa loi, et obéissez à ses volontés
' A'am et ego films fûipatris mei, tenellus etunigeniiug fiiatre mea, etdocebatme atque dieebat : Suscipiat V0tba cor tHum^fouidê êapi$ntiam, efc* Proy, 4,
iom il&PocjLTios. 53 Qui la tagme ; ^ouâe oà de se» niatlkun interprétai * , «
de grandes inrentions en de petites choses ! qu'elle a une politique Miblline et relevée en la conduite d'un enfant qui sort du berceau ! que voici de betnit et d'admirables eouteils dans un illustre exemple 1 Airccr un enfant tendreraent , sans gâter la fleur de son âge , ni flétrir la candeur de sou ionocence et de simplicité > Tarr^r auprès de soi ,, sans le gêner , le tenir dans la crainte et le devoir , sans lui èler la liberté ; faire en sorlu iqu'ii ne perde ni le respect durant les familiarités, ni l'amoisr 4lans les corrections , ni le temps durant le jeu ; qu'il appreniv.> toujours quelque chose qui Vdkla à devenir sage , et que si<r cliaque accident qui lui arrive on lui fasse nue utile leçon. Qu'il est beau de voir une mère faire sucer à son fils , avec lé latt> len premières douceurs de la sagesse , cl imprimer de bonne heint: en son âme cette maxime : «c Qu'il n'y a point sur la terre d*ftiitre félicilé que Je vivre selon les luii. do îa raison et de la tice } » lui redire souvent la même cbose eu des façons diflércnles , et avec tant d'adresse^ qu'il ne s'ennuie point de l'écouler; et pour lui dire un beau mot , prendre le temps le plus propre, tandis qu'il joue et qu'il a le cœur ouvert par la tendresse, afin que les paroles entrent plus doucement , et qu'il né sente que du* plaisir en apprenant ce qu'il doit apprendre*
Laissez donc jouer un enfant $ mais veilles sur lui dans ser« heures même de récréations. Présidez à ses jeux , toujout<s comme maître, et rarement comme égalj pour ne pas coniprn- «neitre votre autorité. C'est dans ses lienres de liberté qu'un enfant se fait roiruix connaître : un maître habile sait en prriiiev , et faire tourner le plaisir même à inutilité de son élève. C'est le moment de l'accoplumer à la douceur , à la compKi; sauce , à la modération , à la politesse ; de lui apprendre surhi'Jl à être beau joueur » ce qui fait honneur dans la société*
Blélez l'instruction avec le jeu $ mais quittez les leçons dtV^ qu'elles peuvent ennuyer. Que la sagesse ne se montre à lui
* Le P. Boollioud , jésuite* auteur dés ConMêih de la Sagesse ; le preouer volwe , à quelques défauts de style près , eircllcnu
54 RÊFX;EX10îfS PUELIMJNAIRES
qmfm 4A4tmUM»«i «v«e un «ÎMge. H»n*> &mm ie lUiirt FaormPt à» m irie, «toiehai loojoiirs let frutlt girai le» ftsin^ nffi
se faiadit une idée triste el sombre de ses devoirs^ vous trdraiilerîes eo T«îa à i«î ta ÎMpnrer i'mvor.
Cette règle de rendre l'inttrttctieii agréable k m enftrat doit être saat exception. 11 faut même que , dès le premier moineat •à l'M wn jii9é«0ttf«Mbte <le lui wpprwéte k lir» . on lui ai
fasse un amusement et lin plaisir. On y réussira si i on ne s'y prend fia» trop tôt , et si l'on a aoin d'exciter en lui le désir d'apfmndre* « On ae ùil one grande èfhnrB , dit Roasaeau , do chercher les meilleures méthodes d'apprendre à lire 3 on invente des bureaux » des cartes ^ on fait de la chami>re d'un enfant on atelier d'Imprimerie. Locke veut qu'il apprenne à lire aveu deo dés» Ne voilà-t-U pas une invention Lieu trouvée ? Quelle pitié! Un moyen pluatùr qqe loua ceux*là, ti qu'on oublie toujonrs , est le désir d'apprendre. Donnez à FenfanI ce désir, pois laissez*là vos bureaux etvosdési toute méthode lui sera bonne. L'intérêt
présont, voilà le griand iiu^le » le seul qui mémo sûrement el
loin un enfant.
Cherdiez donc tous les moyens de lui faire aimer les choses que TOUS exigea; de loi. En aYea-voua quelqu'une de difficile ou de désagréable à proposer ? Faites-lni entendre que ia peine sera bientét suivie '<lu plaisir. Faites <-hti connaître Tutilité des . cboses que vous lui enseignez : sans cteta l'étude lut parattratt un travail stérile v.i épineux. Rendoz-lui raisdn de tout ce que vous lui enseignez. Montrez-lui toujours m but solide et agréable qui l'anime dans le travail. A mesure que sa raison augmcQ* ^ tera, vous raisonnerez de plus en plus avec lui sur le besoin et . la nécessité de son éducation. Mais ayez soin de lui faire sentir tout l'avantage qu'il peut retirer, pour le moment même^ ûm ce qu'on lui apprend : cncouragez-le par d^s récompenses bien ménagées et proportionnées à son.âge ; s'il est un peu lent à I comprendre , ne le reprenez point rudement , vous ie rendriez ' encore plus siupide. Commencez par les plus aisées et les plus faciles. Cest pour eela qu'une excellento méthode , et qui nous «réussi i nous-méme»e8t de fairci avant l'étude de ia grammaire
SUR i:mmtA!mK iKt<
ayantagcs de celte pratique est d'épargner bien des peines et dès impatîeiiees aox maltm , bien des pépnÎBiMid» ei. des diàritkoens anv enftiiis , en leop - Fendant la lâobe ^ns agréable et moins difiicile. Us apprendront plus volontiers ce qu'ils coiftprtndroDt mieux $ et foaad ila aatiroBt biao lea règles de leur prepre langue , ib eurent beanceup d'avance et de fàcUit^ pour 'apprendre celles de la langue des anciens Romaias Fleury y dans sen traité anr les études , appreave celte
thode, qui paniil pi éférable à celle de faire apprendre le lalin aa& enfans de i'âge de einq ou nïx anSi comme on le fait souyent en France. Cest forcer leurs fibres tendres et délicates , r'est les exposer à concevoir du dégoût pour l'étude , qui est la source des plus belles et des plus utiles cannaîasancea. Les enfans ai^ ment l'histoire. Ule serait-il pas plus à propos de cooimencer |)^r*là? Oii les instruirait en les amusant , on les accoutumerait insensiblement et agréablement au traTail , jusqu'à Pége de dix on douze ans que Ton pourrait commencer les premiers prin** cipes jde la langue latine : ils y ferAÎcni des progrès beaucoup plus rapides» parce qu'ils auraient l'esprit plue ouvert etie ^ jugement plus formé.
* M* de Wftiiy % Ait dans cette mun abrégé de sa granmiidni ihin^aibe ; I! est de beaucoup préférable à celui de Reslaut. Quoijqu'oii puisse cacore le perfectionner , c est ce que nous connaissons de Bileuit eu cç gen^. On pouirait en mémo temjutt pour eiercer et cultiver la mémoire des enfans , leur faire apprendre par cœur les plus belles fables des mcuilleures fal^uli^^tes français, et surtout 4e La Fontaine » dont plnaievrs sont des chefs^d'cnivre d'une aim* plicilé ingénieuse. Mais comme elles ne sont pas toutes & beaucoup près de la môme beauté, et qu'il y en a même qu'il ne serait pas à propos de faire lire aux enfans^ il faut se borner à leur faire apprendre et déclamer les plus belles et les plus riantes* Les vers sont circlîcns pour rofnrncivcer à exercer la mémoire ; ils ont sur la prose Tavaulage d'entrer plus facilement dans le dépô| de nos connais* sanccs ; leur cadence etleur barmonfe triondpiient de la mémoire ià plus diire et la plus oi)slinéc.
56 ÛPtBXIORd MUÉUiaKlIEBi
. ËM pèM do céltbre Piîeal , était préttdent à la eoar des
aides de Germont en Auvergne , homme très-savant , et qui fui loi-méme le précepteur de son àh, ne loi apprit le latin qu'à l'^Age de dôme ans » et qu'après lot avoir rènipli Tesprit d^avlrea
connaissances utiles , telles que celles de la religion , de la géographie, derbîaloîre aaeréeet proCane» de la aaythologie* Mais il ne faut pas néanmoins vouloir trop les accumuler , cl quand mémo vous pourriez avancer beaucoup Tespril d'on enûinl sans le presser , vous devriea craindre de le faire* Il est datt<gereuz que ces études prématurées ne le remplissent de vanité et de présomption, et ne soient pas méins funestes au tempérament. Les médecins observent que , dans un enfant trop appliqué» les nerfs agissent très-peu sur le corps ; et comme leur action est absolument nécessaire h l'augmentation de ces forces, obliger un enfant délicat à s^appliquer beaucoup, c'est achever de détruire sa santé , jeter chez lui le germe de tous les maux de ner6 ^ et loi préparer une vie douloureuse.
Ln célèbre médecin de ce siècle avait y depuis long-temps ,
entendu parler avec admiration des vastes connaissances que possédait un enfant dans Tâge le plus tendre* L'occasion se pré-
heaU de le voir et de Tentrelenir : il en profita pour lui faire des questions sur l'histoire , la physique » Tanatomie » la gèo** , métrie , l'astronomie et les mathématiques. La justesse des réponses que lui fit Tenfant sur toutes ces matières^ et la s»tbtilité aveclaqoelle il leva les doutes que le médecin lui proposa , le remplirent d'étonnement. Mais ayant jeté un coup-d'œil sur la structure de son corps , sur la longueur de ses cheveux , et sur l'é&pression des muscles de son visage » il comprit que Tirrita-
tîon qu'on avait faite aux. fibres du cerveau avait délerminé les sucs nourriciers à se porter vers la té te. £t comme il est de la dernière importance que ces sues se dist^buent également dans
toutes les oariiCi du coips pour leurs dëveloppeinens , il crut ' devoir conseiller au père de cet eofant de discontinuer » au moins pour quelques années , une éducation si précoce. Cest , lut dit-il , un grand mal d*appliquer l'esprit à des choses abstraites . dès qu'il commence à s'ouvrir i on dessMbe les fibres du
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SUR ItftmCCÂTHM* 9t •erveta , on !«• met dans un état de tension qui les gêne , on les empêche de se fortifier. La nature , qui ne devrait être occupée
"\u*à prendre des forces, en est détournée par la perte des esprits animaux qu'on lui £ait ùire. 11 suit de là que les enlans restent fiiiblet et délicats pendant toute lear vie. D'ailleurs , ajoutait-il , ils ne jouissent pas toujours fort long-temps des connaissances qu'on s'est efiorcé de leur inculquer. Ainsi j'en ai vu plubicurs qui , après avoir lait l'étonuement des gens d'esprit dans leur jeune âge, étaient devenus stupiJes et liébéléâ par la suite.
Si le cerveau mou et humide des en fans es) propre à y graver des images, ce qui lait qu'ils ont d'ordinaire beaucoup de mémoire et d'imagination , il faut convenir que cet âge Test moins au raisonnement y parce que ra^ttation continuelle de leur es* prit empêche toute application suivie*. Ainsi il faut ménager avec soin les organes , jusqu'à ce qu'ils se soient affermis. Faites seulement dans ia mémoire un amas de bons matériaux : le temps viendra où c^ matériaux s'assembleront d'eux-mêmes , el que le jugement les liera ensemble. En attendant , bornez* vous à redresser doucement l'esprit de Tenfant , quand il ne raisonnera pas juste. Instruisez-le peu à peu , et le plus souvent en causant avec lui. Comme les en fans ignorent bien des cliuses, ils ont beaucoup de questions à faire : aussi en font-ils beaucoup. Leor curiosité est un penchant de la nature qui va comme au-devant de riuslructioa : ce sont des ouvertures qu'elle offre. Ne manques pas d'en profiter , pour apprendre au vêtre mille choses dont il est bon qu'il soit instruit. Ne dctlaigiu^ pas de salii»faire à ses questions , quelques puériles «qu'elles soient ;
. ÎmA substance du cerveau dans les enfaus él^mt extrêmement '^le et humide , cette mollesse et cette humidité » jointes à une grande chaleur, Ini donnent une mouvement faeile et conlinucl. C'est comme une bougie allumée dans un Ueu exposé au vent , et dont la lumière vacille toujours. De là vient cette agitation des ei^ fans , qui ne peuvent arrêter leur esprit à aucun objet , ni leur corps en aucuu lieu.
58 MËFlEXlOitiS PilBLfMINAIRBft
rendf!2-loî f aiton de loot ce qui en est rasceptible ; féjiendei-
lui précUément et uellement, et ajoutez quelquefois certaines petites comparaîiéni!» j pour radre plut «ensibies les ëciairciMe*
mens que vous lui donnez. Ne paraisses jamais importuné de ses demandes i au contraire , témoignez-y prendre plai&in
S'il lui échappe des absurdités ou des contradiçtioiM f fsites*
les lui sentir avec douceur. Nq lui donnez jamais que de bonnes raisons , pour l'accoutumer à la justesse et A la vérité» Soyez toujours vrai et simple avec lai ; c^est l^unique moyen de l'en-* courager et d'acquérir sa confiance. Si vous riez d'une objectiou singulière qu'il vonsferà^ si vous vous moquez de sa simplicité » ou, ce qui est pis encore, si vous la IraiLez de liètise, vous le déconcerterez^ vous rhumilierez ^ et pour n'être plus exposé à cette sorte de mortification , il se gardera désormais de tous proposer ses doutes. En vain tâcherez-vous de le faire revenir : sa confiance est évanouie ; il va apprendre à dissimuler vis-à-vis de vous. Vous aurez beau vouloir éclairer son esprit , il vous dira toujours qu'il comprend, et la plupart du temps il n^en sera rien. « On oblige un enfant à se renfermer en lut-méme, dit M. Formey , on lui ôic tonte envie de s'ouvrir , dès qu'on pèse scrupuleusement toutes les syllabes , et que d'un ton magistral on lui demande les raisons de ce qu'il a avancé. Il faut s'y prendre avec beaucoup moin§ d'art, ou plutôt avec un art
bien plus délicat* »
S'il demande des explications qui soient an-destbs de son ègOj il faut les lui faire observer, et lui dire qu'on les lui donnera quand il aura l'esprit plus formé 5 car il ne faut pas trop raisonner avec les enfans , de peur de les rendre trop r<iisonneurs^ ni vouloir leur rendre compte de tout. Lorsqu^on s*est fait une loi de leur expliquer les cboses mêmes qu'ils ne sont pas en éUl de comprendre, ils attribuent au caprice la conduite la plus prudente, celle de Dieu même, sitèl qu'elle est au-dessus de leur porlée.
Si le vôtre juge de quelque chose «ans le bien savoir , il faut l'embarrasser par quelque question nouvelle , pour lui faire ^ntir sa fàuie . sans le coafondre duremcnl. On peut aussi Itti
mm. l'éducation. 6% éAré TéoMrqàtr ; I cette occasion j combien ces Jugement eent
encore imparfaits, par ceux qu'il a portés de certaines choses il y a un an ou deux. TéiDoignei*lui que vous i'approuvez bien plus quand il doute et qu'ail demande ce qu'il ne sait pas^ que quand il décide le mieux. C'est le Trai moyen de le prémunir contre la présomption et la précipitation dans ks jugemens f source ordinaire d^une infinité d'erreurs , et de mettre dans son esprit , avec beaucoup de politesse , une modeslie vériuble ^ qui est presque toujours là compisgne et ranoonce du mi
méitle.
Comme les enfans à un certain âge savent peu , et qu'ils nt )|>euTênt presque encore rien penser* ni dire d'eux-mêmes » ils tie parlent pas beaucoup , à moins qu'on n6 les y accoutume ^ él c'est de quoi il faut bien se garder. Mais sonrent , pour s'a«muser, on sous prétexte de fenr donner de l'assurance, on les excite à hasarder tout ce qui leur vient dans l'esprit. Ils prennenl dès lors , et quelquefois pour toute leur vie , l^habitude de parler sans réflexion et déjuger de tout sans connaissance.
Jf y a des personnea.qui ont la folie ou l'imprudence d'admirer tout ce que disent ou ce que font les enfans. Les yeuk d*une fnère sui loul ne sont pas coiniuc ceux des aulrts. Elle trouve dans ses enfans des beautés » des qualités , des perfections que personne ne découvre. Faîtes tout ce qui dépend de vous pour que vos enfans soient dignes de louanges^ mais laissez aux autrès le soin de les louer : encore deTez^-Toua rarement souffrir qu'on lè fasse en leur présence, à moins que ce ne soit sur lenr sagesse et leur vertu , comme nous Tavons dit ailleurs. Quand ils s'ajperçoivent qu'on les regarde avec complaisance , qu'on observe tout ce qu ils font, qu^on les écoute avec plaisir , ils s'imagineat n'avoir rién que d'extraordinajre et d'admiraUe , ce qui les rend fats et présomptueux.
> <c Que peut penser un enfant de lui-mérae , dit à ce sujet Rousseau » qnand il voit autour de lu! tout un cercle de gens sensés récouler, Tagacer . rau.nirri' , al'nrffrc avec uu lârhe ea)|)re.s:2eaienl les oracles qui sortent de sa bouche* et se récrier avei^des ressenlimens de joie k chaque impeHinence qu'il dit t
6U. MîruçuoKB nâuMOUiXBm
La léU d'un Itomnie anrait bien de la peine à lenîr à tou:. ce& iaus apptaudÎMemeos; jugez de ce que de?ieadr« la sitniie. Il «n est dn babil dnTeBiiiia eomme det préliclioiit des almaiitch«« Ce ftcrait un prodige, si , sur tant de vaines paroles, le hasard ne fournissait jamais une rencontre boiirme* Imaginei c» que (ont alors les exclamaltons de la flatterie sur une panvre mère 4}^jà trop sihmé^ par son propre Cttur, et sur un enfant qui ne sait ce qn'il dit et se voit célébrer. »
La ait'i e de son Emile n'avait pas celle faiblesse , oa plutôt elle avait l'esprit on l'adresse de la mieux cacher* « Ne penses pds , lui faSt-U dire à elle-même , que pour démêler Terrenr je m'en gararilisse. Non y je vois U faille et j y tombe. Mais si Tedmire les réparties de mon fils, au moins je les admire e» secret. Il n'apprend point , en me voyant les applaudir , à de^ venir babillard et vain ; et les flatteurs , en me les £aisant répé* ter , n'ont pas le plaisir de rire de ma laiblesse.
» Un jour qu'il nous était venu du monde , étant allée donner quelques ordres, je vis, en. rentrant» quatre ou cinq grande nigauds occupés à joner avec lui , et s'apprèlant à me raconter »
d'un air d'emphase , je ne sais combien de genlillesses qu'ils venaient d'eulcndrCi et dont ils semblaient tout émerveillés; » < Messieurs^ leur dis^e assez froidement, je ne doute pas qne vous ne saciuu2 faire dire à des marionnettes de fort jolies choses ; mais j'espère qu'un jour mes enfans seront hommes ^ qu'ils agiront et parleront d'eux-mêmes ; et alors j'apprendmi toujours dans la joie de mou cœur tûut ce qu'ils auront dît et fait de bien. » Depuis qu'on a vu que cette manière de foire sa céur ne prenait pas , il ne leur vient plus de compères ^ et tbi «n valent sensiblement mieux.
Prenez donc soin de vos enfansi sans leur laisser voir qne vous pensez Ix lueonp à eux. Faites- leur entendre que c'es^par amitié el par le besoin où ils sont d'étr(S redressés , qne vous êtes attentif à leurs discours et à l^n actions > et non point pa|;
i'adtniralion de leur esprit. ^
Ke permettez pas non plus qu'on leur fasse» et ne leur faites lies T0us7i|iéines , dans la vue de les fcire briller ♦ tray de
sus L'iDUCATlOlf. 61 d« suite ; au bout de quelques minutes , Fatteatioii diet enfims se laise, ils n'écoutent plus ce qaW obstiné qois^
tipuneur leur demande, et ne répofident pins qu'au hasard. '