IX. MODÈLE D'£DUCAT10i>i
Pour finir ce qui concerne la première éducation^ c'est-à-dire
celle qui doit éue encore plus Tobjcl des soins d'un père ou
d'une mère que d'un précepteur on d'un gouTernenr » n^us
allons rappoi 1er ici ia Jiuniùre dont madame de Veymur clcv;^ son fils et sa fille* Ce sera comme une récapitulation de tout ce que nous avons dit jusqu'à présent sur cet important sujet , un supplément instructif à ce que nous avons omis , et un parfait
* modèle de la plus excellente éducation. 11 y a sur ^ctte matière des choses si essentielles, qu'on ne saurait trop les remettre sous les yeux et en trop de façons.
Persuadée que^ des premières impressions qne reçoit un enfant, dépendent ses premiers penchans, ses premières habitudes y et de là souvent pour la suite les qualités ou les défauts de son esprit » et presque toujours les vertus ou les vices de son cœur y Biadanae de Veymur se fil une loi de n'offrir aux premiers regards de ses enCans rien qui pût leur Caire prendre une incli-*
» nation vicieuse. Leurs jouets étaient simples ; leurs véteroens propres , mais saus être recherciiés ; leurs moindres meubles tout ordinaires. Si quelquefois , toujours en sa présence^ ils se trouvaient mêlés avec d'autres enfans , elle voulait que , sans distinction f sans choix , ils fissent tous usaçe des mêmes choses, pour leur inspirer les premiers lentimens de l'humanité et d'une
hienveillance universelle.
De, tous les soins qui concernaient ses enCans , elle ne laissait aux autres que ceux qu'elle ne pouvait prendre elle-même, l^nolques domestiques y ceux seulemeiit dont elle ne pouvait se p^er , semblaient les aider plutét que les servir : ils leur donnaient, comme en les obligeant et par bonté, ^e nécessaire» et avaient ordre de se refaser à leurs caprices.
Ce petit nombro de domesliqaoi qui les environnaient, pleins
fl9 iiinnioNs'ralija^
de vénéwlîon pour leur maîtresse, prenaient sans effort le Loti de la 9agwf ei de U raiaon qu'elle leur inspirait j el il n'y en ■▼«U aocon parmi eus, dont elle oe voulût être sikre comme deiie-méme.
Madame de Veymur avait bien raison» Corromput et en même
temps corrupteurs , la plupart des domestiques communiquent la contagion dont iU sont infectés » aui enfans qui les fréquentent. Par leurs ducours y par leurs lâches flatleries , et par leurs pernicieux exemples^ ils gâtent ces esprits flexibles, pervertissent ces âmes pures et innocentes , et leur apprennent souvent ce qu'il faudrait toujours ignorer.'
Sans cesse madame de Vey mur observait ceux qu'elle avait mis auprès de sea enfans ; sans cesse elle s'observait elle-même. Elle n'ignorait pas connbicn l'œil de l'enfant est attaché sur ceux qui le gouvernent ( combien ^ naturellement imitateur, il ob-' serve leurs moindres actions , pour agir d'après le modèle qu'ion lui présente ; avec quel soin il étudie leurs affections et leur langage » pour se passionner d'après eux , pour aimer et pour hair à leur exemple f mais surtout elle savait avec qu'elle finesseil épie leurs moindres défauts , avec quelle sagacité , quelle justesse il saisit leur faible , pour s'en faire une excuse k hii-' même , ou une dispense de respect et de confiance envers cemc qui le lui laissent apercevoir. Auiti, d'après ces lumières, elle portait Jusqu'au scrupule l'attention qu'elle prenait â surmonter devant ses enfans , ses moindres laiblesses, afin de ne rient perdre sur leur esprit de tout le crédit qu'elle voulait j conlérver.
Naturellement vive, elle se contraignait jusqu'à ne laisser paraître aucun signe d'altération sur son visage, et d'impatience dans ses discours. Elle avait pour principe de ne jamais les reprendre dons le moment où elle se sentait trop affectée de ce qu''ils avaient fait de mal , et elle aimait mieux mettre quelque intervalle entre la fanLc cl U réprimande, cpie de s'exposer , par trop d'empresicaicnt, à leur donner lieu de croire qu'elle ne les reprenait que par passion ou par ht!meur.
Souvent elie leur faisait îuivc le reprocho par d autres que
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SUR l'éducation. és
par Mb', afin de les acooutamar k aimer la wirlié l de quelque
part qu elle leur vint; et eiie avait soin alors de leur fuirc regarder cooiflAe nu service iteportant ra\it qa^oa Toalait bien leur donner*
N««a aolaal elle a'inl^resaait à ee qu'on lea reprit avee boni^ » el à ce qu'ion morlifiàl leora fanfaisîea , autant a'opposail-elle ea secret à ce qu'on le» contrariât dans ce qui était raisonnable,
ponr ne paa leur donner l'exemple eontagieuii des fantaisies ike antres , et ne pas altérer le caractère de doncenr et de \èquîi6
qu^elie Youiaii former en eux.
Le aséflie esprit de raison et do sagesse présidait à toute* lea lois qu'elle leur prescrivait. Avant que de rien commander , elle observait si elle ne pouvait pas le suggérer. Elle se condui-* sait de manière qu'ils paraissaient s'y porter comme d'eux-
mémes. Elle faisait si bien, que ce qui lui ])laisaiL leur plaisait aussi. Si cependant la cbose devait être pénible» si elle avait besoin d'être commandée » etie' commençait par essayer leurs forces, pour ne pas compromettre sou auLoiilé. Ansi>i ne filelle jamais un commandement inutile ; et lorsqa'enûn elle ve« nait è donner un ordre , on à faire une défense, elle ne les révoqua il sous aucun prétexte « tant que les circonstances étaient * les mésMSy |»our ne pas se montrer faible ^ ou ne pas paraître déraisonnable.
Ce ton de fermeté lui assu^it leur respect et leur obéissanoe. Elle avait également réii«sî à gagner leur amour par celui qu'elle
leur témoignait , leur conOance par la persuasion ou elle les avait mis , qu'elle ne taisait rien et n'exigeait rien d'eux qui ne tût pour leur bonheur : par-là même elle les avait amenés ait
point de lui confier leurs secrets, de hii exposer leurs désira , de lui révéler leurs fautes » et ce les faire convenir intérieure^
ment qu'ils remportaient toujours quelque avantage de leur sincérilé. Leur crainte de lui déplaire était si grande, qu'un air froid de sa part les glaçait*
Mais clic clien hait encore pins à leur faire aimer leur devoir et à le icar rendre agréable* Jamais elle n'employait , peur y réussir 9 lea reisorU dangereux de la vanité » de l'enTle* de k
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goumiandite, et de toutes ces païuoat Ibnestet dent en ne
corrige l'une qit^en nourrissant Tautre, et qui ne pré?ienneiit un petit défont que pour nous donner un grand vice. Elle n'i* gnoraîl pas qne toutes les passions sont sœnrs , qu'une ienle suffit pour en exciter mille, et que les combattre l'une par Taulre , n'est qu'nn moyen de rendre le cour pini sensible à tontes. '
C'est donc une très-mauvaise méthode qu*ont la j)lnpart de ceux qui gouveruent les enfaus. ils semblent n^avoir d'autre moyen de les porter au bien qu'en leur inspirant des passions qui sont la sQurce de loiiics les autres. Ils OuïlerA et augiiietUent leur orgueil, leur avarice» leur gourmandise, leur amour des plaisirs, leur paresse, en leur promettant de beaux babits, de l'argent , des friandises» des diverlissemens , l'exemption du travail. 11 faudrait leur faire estimer les choses qu'on leur promet ou qu'ion leur accorde , moins par ce qu'elles valent ou ce qu'elles sont en elles-mêmes, que par ce qui les leur a méritées , et comme étant la récompense de leur sagesse et de leur conduite.
Ueveuons à madame de Veymur. Elle animait» elle vivifiait toutes ses instructions par l'esprit de cette religion sainte , qu'elle se plaisait à faire connaître à ses enfans. Elles les accoutumait à tirer de ses dogmes les plus grandes leçons pour les mœurs. Elle les environnait sans cesse de la majesté dé l'Être supi ême , cl leur faisait voir Dieu partout, plus soigneusement que les nourrices et la plupart des mères ne font voir partout à leurs enfans des spectres et des Intins
Madame de Veymur ne négligeait pas les autres moyens de détourner ses en&ns du mal y dont elle cherchait è leur inspirer la honte p|ir l'idée du mal même. Elle avait mis dans leur éme une très-grande délicatesse sur tout ce qui s'u[irail à eux sous cette idée , qu'elle leur montrait toujours accompagnée de
La pratique si commune d'épouvanter les eul'ans , pour les empêcher de pleurer ou de faire quelque autre chose , esttrés*pernidense parles îropresnons de frayeur qtfelle laisse souventpour la
vie. 0:i devrait, an contraire, s\i>)pliqucr plutôt aies enhardir , en les iamUiarisaol peu à peu avec les objets qui les ont effrayés.
iini c'iiiDCAnoir* 6S
cnofusKKi et d'horreur. Ella l«nr apprenait à haïr le péché plot. <|pe ta morl, et elle leor aTiit limldil quand elle avail dît:, « Céia est.mal. »
TaalAt elle les prenait par les senthnenf honnêtes èt par la raison : <c Etre né raisonnable , leur disait*e1te quelquefois , et agir ainsi 1 3> ïanièt elle les encourageait en les comparant à enx-mémes* « Je suis contente , mes enfans^ lear répétait-elle songent ; voilà le point où tous étiez il y a tel temps, voilà celui où vous êtes arrivés : vous avez crû de tant de degrés en mérite et en sagesse. Je compte qne tous aères dans un an encore une fois plus grands que vous n*étes. »
Son gouverneoieiu et sa conduite à leur égard étaient une sévère dooceur. Très-indulgente sur ce qui ne prorenait que do ràge, elle ne punissait dans «ïux que la mauvaise volonté et l'entêtement. Une faute avouée était presque toujours une faute pardonnée , et si Taven n'était pas suivi tontes les fois d'un pardon tnlivr, parce qu'il sciait deveau un jeu, il ne manquâit jamais de fiiminuçr la punition*
Elle allait à la source du mal, elle Varrèlait dans son comnienceinenL , pour en empêcher les progrès : elle punissait d abord , pour ne pas avoir un jour à punir avec trop de rigueur. ' ^i un air de mécontentement de sa port, si de la leur le sentie» ment ne suffisait pas, elle les traitait alors commodes malades dans Taccès de la fièvre et du délire : elle les éloignait de se ' table, elle les envoyait coucher, elle venait ensuite le« veiller tlle-ntûine , et les réduisait à Tennui de ne pouvoir rien faire , et au déplaisir d'être traités comme quelqu'un qui a perdu la santé ou la raison.
Une fois elle punît son fils pour un mensonge ^ mais d'une autre manière. Elle regardait celte Dinle comme capitale , persuadée que ce vire lient à tous les antres , et que la mùuc lussesse d'âme qui porte à celui-là rend aisément capable de plus grands» Elle voulut donc que tout se réunît pour loi en fairo honte et po^r l'en punir. Elle lui montra une défiance qu'elle n'avait jamais ene : tout le monde » à son exemple , semblait se délier de lui ; on r^oquaii en doute sei sentiaien^ les plus
6ft KKFLmOW MAtillfflATllES
iMtiirels. Tandis qu'un mût 4^n$ k bouche de sa scBor arriit toatr 1« pmiJt éê Ift vérité , de» murancet réîlérées d« mi part us
paraissaient encore aux autres qu'un mensonge. Ce cliâtimenl ♦ pri&da«( U mUire même 4e la cUoae» e4 qui, de ta maai^re dMi il ini owliiit , lui pairul un wpplice , le corrigea powp toujoura*