DU PIILGEPTEUR OU GOUVERNEUR
Si TOUS éle& assez habile pour servir vous-même de maître à voira ils, iiilet«YOii»-eii un plabir et un demr* La négligence
âcs uns el les affaires des autres , ont introduit la coutume de coaâer à des étrangers l'instruction de ses enfans. Ce n'est pas et que prétendait la nature. Loraqu'elle donnaîi dn lati et »des tendresses à la mère, de rintelligence et de la prudence au père y son dessein était de remplir la gloire de leur fécontiitô et d« les rendre père et mère d'an fila ffuî fut entièrement leur
fiis, et qiii ne dùl sa nourrilure et sa sagesse qu'à leur peine' et qu'à leur instruction ^ nul homme n'est parfaitement heureux d^avoir un fils , et ne peut se glorifier de ses belles actions , que celui qui lui a donné la vie , la science et la vertu.
Que votre fils , s'il est possible , reçoive tout cela de vous. Formez-le vons-mènie k la politesse , à la douceur , à la bonté, à raïuour de l'élude eldu Lravail. Dirigez ses premiers seuLimens vers la bien j réprimez ses passions naissantes , pliez son carac- 1ère; apprenea-lui à détester le vice et le mensonge , à aimer son devoir, à avoir beaucoup de religion et une probité à toute épreuve, a Instruisez votre fils , dit Salomon , il vous consolera, et il deviendra les délices de votre âme i>
Si vous ne vous sentez pas la capacité convenable pour cl ever vous-même vos enfans , comme vous désirez qu'ils le soient, ou si vos affaires et vos occupations ne vous permettent pas de donner tous vus soins à une chose qui cj^ige d'être suivie de si près, n'épargnez rien pour y suppléer, el pour eoi\fier en dea BUiins sàres un dépèi si précieux.
; *Erudi fdium tuum et refrigerabit te, et dàbit â€Uciaê ântmœ tuœ. Pro. 29.
StR l'EDUCATîGN,
Flioe ne connaîssaîl rien de plus importaiiC qvt*ùn lel cEibfs.
Philippe, roi de Macédoine , écrivît, le Join- Je la iial^sancff' d*AlexaDdre-le-Graa(l , au plus graod génie de tous ses étals : «Il vieni de me naître un fite. Je remercie les dieux de ce qu*ïU me Vont donné, mais beaucoup plus de ce qu'il est né de votre temps* £levé par un homme tel que vous» il sera digne de nouÉ ' et de Tempire qui lui est destiné. » Cette lettre* aussi honorable au prince qu'au philosophe, montre ie casque Philippe faisait d'un bon mettre. Mais il y a long-temps que les gens de mérite ne reçoti^nl plus de pareilles lettres. Le plus soirrent on cortiié l'éducation de ce qu'on a de plus cher à un homme qui est luimême sans éducation , et qui , dépourvu- de talens et d'expérience , n'a aucune élévation dans les senttmens , ni aucune politesse dans les manières. Le boa marché fdit tout prendro!^ Un père voulait mettre son fils entre les mains ifAristippe. Blonné du prix que lui demandait ce philosophe , il s'écriai qu'avec cet argent il pourrait avoir un esclave : (c lié bien 1 achète-^loi reprit ce philosophe » et ta en auras deilx. i>
On ne saurait acheter trop cher ie bonheur de ses enfaus , et ils ne peuvent trouver ce bonheur que dans la science et dans la vei tu j fi uiis précieux d'une sage éducation. Il est vrai qu'une personne assez habile pour la donner, serait en droit d'attendre des égards particuliers. Mais pourquoi les marques de considération seraienl-el1e<; réfusées k un homme qui les mériterait par de belles qualités? Serait-ce sa condition qui empêcherait de les lui donner? Mais autant qu'elle est utile au publie , antant estelle honorable quand on s'y conduit par des principes d'honneur et de religion. La profession d''in8truire la jeunesse n'a été avilie et dégradée , que par la faute de ceux qui Tout exercée , par leur ignorance , par leur bassesse , par la corruption de leurs mœurs. Mettez â leur place nn homme de mérite , seul digne qu'on lui confie l'éducation. Comme il sentira la noblesse de son ewploii il le respectera ie premier et ie rendra respectable*
Mais quand un insliiulcur n aurait pas absolument tout le mérite qu'il serait à désirer qu'il eût » on devrait toujours des ^ardset des distinctions au service essentiel qu'il rend et au
6» ttinAioin PnÊLiMiKAnM
poste mêtoe qu'il occupe. On veut que des enfans rffspectçnl eeiixqoi les instniiseoly et on les Iraile soî*méined'aiie manière qni nspire pour eux que du mépris. ,0n compte pour rien qu'ils déciurgent les parens d'un pénible Cardeau. On ne pèse que Targenl qu'on leur dooue; on n'estime ni leur gène « ni leurs désagrëmens ; et au lieu dé chercher à les adoucir , par des marques de con^idéralioa et de coudance , on les augmente iouvent soi»méme.
Madame de Veymur était bien éloignée de penser et d'agir ainsi* Après avoir donné pa r elle-même à son fils la première et belle éducation que nous avons vue , elle sentit qu'elle avait besoin d'une personne sur qui elle pût se reposer de ce qu'elle ne pouvait plus liire par ses propres soies. 11 loi Csllait quelqu'un qui piît veiller st;i' lui , et le guider dans les exercices convenables à son sexe, à son âge, aux différons devoirs qu'il anrait à remplir ; qui pât le produire dans le moilde, le fam»* liariser avec lai sans danger , Faider à le connaître sans l'ex-^ poser au risque d'en être séduit , et qui fàt pon'r lui un guide , un ami , le supplément d'un père, si toutefois un père peot.ae suppléer ; un liomuie enfin qui méritât assez son estime pour lui confier le dépèl le plus cher , celui de son fils» et qui eût toutes les qualités qu'elle désirait trouver un jour dans son élève*
Elle tt'iguorait pas qu'un tel homme ne se paie point» mais elle savait aussi qu'il y a des hommes qui , avec beaucoup de
mérite et de senliicens , n'ont pas de bien , et n'en sont quel*» quefois que plus propres à conduire d'autres hommes. £lto croyait qu^en partageant avee Tun d'eux sa propre fortune» elle feîsait celle de son fils. Kilo se proj)osait de lui procurer tous les agrément d'une société honnête» et de Thonorer asseï poor qu'il tdi digne lui-même de lui faire honneur ët k son fils. Ella iMii le houheur de rencontrer un ami tel qu'elle le désirait et qu'elle le méritait. Elle mit en lui toute sa confiance. Leurv principes furent toujours les mêmes, leur concert clait parfait. Jamau aucune parole , aucune action de Tun ne contredisait les discours ni la conduite de l'autre i et ils s'observaient tous deux au point de ne rien dire et d^ ne rien faire <jai ne fût pour leur
SUR L^BDtJCATlOtf* 69
fîl^i^ noê leçon cl un modèle d« sagesse et de vertn. Slle lai»-» sait sur son fils , aa gouverneur, une aulorilé souveraine , et iie te réservait que le droit de la soutenir de toute la sienne » s'il en était besoin.
Le jeune homme ne s'aperçut qu'il avait un maître de plus , qu'aux nouvelles douceurs que sa société lui procurait , et aux connaissances plus élandues dont il lui donnait le goù.t , en même temps qu'il les lui faisait acquérir conjointement avec des maîtres : car on n'en épargna aucun pour son éducation , et l'on n'avait pas imaginé que ^n instituteur dut être un iioaame universel. •
Au reste, la manière dont il s'y prit pour achever de former et de perfectionner son élève » mérite d'être connue de tous ceux qui ont à remplir la même fonction. On en peut voir tout le détail dans le comte de Yaimont. Nous dirons seulement y en faveur de ceux qui sont bien aises de trouver ici tout ce qu'il y de plus nécessaire à savoir pour une parfaite éducation , que cet ami fidèle n'abandonnait pas un instant le jeune hoinine dont il était chargé. Il était de toutes ses études , pour les éclairer , pour les aplanir, pour cludicr en quelque sorte avec lui. 11 était de tous ses plaisirs ^ pour les régler, pour les épu- Ter , pour les lui rendre plus agréables par l'assaisonnement qu'il y savait raetlre. Il était de toutes ses sociélés pour lui apprendre à les choisir, pour en écarter les périls, pour l'éloigner ^adroitement de celles qiif ne lui convenaient pas. Il était sur toutes choses de ses pratiques de religion et de vertu, pour les
•'diriger, pour les lui foire aimer, pour les lui persuader par
* non exemple bien plus que par ses discours.
Ils allaient ensemble s'attendrir sur les misères humaines ,
.^pleurer sur. les malheureux , et les consoler en leur procurant tous les secours dont ils avaient besoin. De la manière dont il s'y
-'•prenait, c'était une des plus grandes récompenses de son élève
•^«qne de pouvoir faire du bien, et son gouverneur l'avait sévère^
.Vment puni, tontes, les fois que, mécontent do lui, il ne lui
:-^Vâit pas laissé la liberté d'en faire.
Four qu'il pût sati9£|irt a^nepl cette pinion ai belle qu'il
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avdit eiioiUe en. lui » il le rendait aagemenl écôttoine dans «ofts les achats qi^'Hs faisaient ensemble des choses qui Ini étaient
tiécessairts. li lui en ofû ail oi dinaireraent de plusieurs qualités et de différena pris : «c Ceci« lui disail^ily suffit à vos besoin* , à la l>ienséance, et n'est point au*dessotis de roire état : ceci lui coQvical encore , et n'^est point au-d^sus » mais il coule davantage y et tous laiasera moins de bien & faire. » L'esamen était court, et le choix bientôt fait.
11 ne s'appliquait pas seulement à rendre son élève plus btt* main , plus bienfaisant % mais aussi plus éclairé , plus juste appréciateur des choses. 11 Tinstruisail à ne itiettre dans la poursuite de ce qu'on appelle des biens , qu'un degré de chaleur proportionné à leur prix : ce qui en prévenait la passion , et souvent m^ine en éteignait le désir. 11 lui enseignait à ne pas confondre le bonheur avec l'opulence > la grandeur avec les dignités et les titres, la vertu avec son masque^ et rhomme avec son habit* Mais pour ne pas lui former un esprit caustique et un caractère méchant, les leçons étaient générales, et Ton ne faisait aucune application sur personne en particulier , à moins que les vices ne fussent manifestes ; encore lui fassaitHui de leur spectacle une école de vertu. On lui apprenait à séparer toujours l'homipe de ses défauts, à respecter «a nature, à gémir de ses erreurs , en même temps qu'on détestait ses vices*
Telles étaient les leçons que lui donnait son guide 5 mais elles ne suffisaient point à sa sagesse. Il voulait encore former en lut une âme forte, et la remplir de courage, non-seulement à gard des événemens et des revers , mais surtout à l'égard des hommes et de leurs jugemens, 11 Tinstruisait à braver le ridicule en faveur du devoir, à mépriser le^ plaisanteries de gens sans mœurs» et à triompher ^ par le sentimeoi du véritable lionnettr» de la lâcheté du respect humain.
Ce n'est pas qu'il prétendit parvU lui faire coi^ trac ter le ca- .raclère d'une vertu rude et farouche : il voulait, «u contraire> qu''U se pliât à tout ce qui né lai l point un mal et ct»i ne pouvait pas le devenir; et que sans.géne^ aaaa grimaces, sans feinte^ tliiâit^ j2àl était ;pQMihle^ la^plus ^li dotona ka liomiiiei*
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-C^ftt aîmi que te fils de addamè de Vevmur étaît instruit et formé pâr -stm s.?î;e Alentor. H^urent les jnireiis qui peiti^eiit airoir de tels insliluleurs , de tels pères en second pour leurs eftfims I Si vous avez eu le bonheur d'en trourerun 'semblable , vous pouvez vous déchargei* sur lui de Védocation des vôlrcs , ou plutôt y travailler de concert avec lui : car rieu ne peut vou» dispenser, aataatqoe TOns le pourrez, d*y travailler aussi vousmêmes. Quelques leçons données à propos dans vos momens fibres feroDt beaticoup d^impression ^ si vous savez tous faire aimer et respecter. •
Avez-vouseu le malheur de donner, sans le savoir , un mnu- .^ais mettre vos enfens » bàtez-vens de le renvoyer. £n le gai daiil , vous vous rendriez coupable de tout le ma! qu'il ne manquerait pas de faire à ses élèves. On raconte qtic sous le règne du célèbre Kan^i , empereur de la Chine , un riche insj)ccleur des aiânufacîui ts de ce vaste empire , t'Iaikl 6ur le point de faire une longue tournée , donna un gouverneur à ses deux itls. Tous deux annonçaient d'heoreoses dispositions. Le père fut à peine parti , que le gouverneur, abusant de lautorité qu'on lut avait confiée , devint le tyran de la maison. Il éloigna les honnêtes g<îns qui pouvaient éclairer ses démarches , et fit chasser ceux d'entre les domestiques qui avaîeut le plus à cœur ies intérêts de leur maître absent. Ou eut beau instruire le père de ce désordre . il n'en voulut rien croire, parce qu'ayant une belle àine, il n'imaginait pas qu'on pût jamais en agir ainsi. Ce mal n'aurait pas été sans remède , si ce méchant pédagogue eêt pu donner à ses élèves quelques vertus cl des talens. Mais , comme il en manquait lui-même , il n'en ât que des en fans grossiers , impérieux , faux , libertins y ignorans. Après cinq années de courses , rinspecLeur, de retour, vit enfin la vérité , mais trop lard \ et sans autrement punir celui qui avait sbusé de sa confiance, il se contenta de le renvoyer. Ce mauvais gouverneur eut i'itnpudence de citer l'inspecteur au tribunal d'un mandarin^ pour qu'on eût à lui priyer la pension qu'on loi avait promise*
« Je la paitiais très-volontiers, el niéaie double, répondît le
père en présence do juge « si ee-nudheoreux m'avait rendu mes
92 ftiptÉttoKs MtuiiiirÂiB»!!
entàUi tels que je devais nalureliemenC l'espérer. Les roici , poortaivîuU eD •'«drecsant à rhorame de loi , eianiiiei-les el prononcez. 9 En effet , après les «TOir inlerrogét , et «près âvotr eolendu toutes leurs îaeptîes , le mandarin porla celle sentence : « Je condamne cet éducateur à mort comme homicide de ecs «élèves , el leur père à trois livres de poudre d'or , non \touv ravoir choisi mauvais, car on peut se tromper^ mais pour avoir eu la faiblesse de le conserver ai long*lemps. Il faut qu'un homme, ajoula-t il, ail la force d'en perdre un autre^ quand il le mérite » et surtout si le bien de plusieurs Teiige. »
On sera rarement dans ce cas-là , si l'on apporte toutes les précautions qu'on doit à un chois de ceite importance, et si l'on a moins égard an bon marché qU'aa mérite. Pères de famille , vous mellc/. dans vosaffaiics le bon ordre et l'arrangeraenf, vous arrondissez votre fortune et celle de vos enlans ^ mais vous négligez l'essentiel. Quelques arpens de terre de plur p^iuvenlils compenser une acquisition qui substituerai L le mérite dans les familles » et pourrait ott?rii^ les portes des emplois et des honneurs ? Sans éducation on ne sera jamais aimé.
Vous donc qui aspirez à i approbalion des hoiuines ci qui voulez bien sérieusement vous perfectionner ^ recueillez tout le fruit que vous pouvez tirer de l'éducation précieuse que vous donue un père tendre p connaisseur et attentif. La peine est
courte^ et les avantages durent toujours. Faites valoir au centuple l'argent de votre père, amassez du mérite. Entrez courageusement dans le senlier qui mené à la vraie gloire. Songez qne rien n'est plus beau ni plus utile pour vons , que de vous rendre estimable. Tôt ou tard les qualités et les taleus ont leui part à la distribution des grâces ; et riionnète homme ne veut devoir sa fortune qu^an mérite. Un ministre avait élevé une personne à une place éminenle. Celle-ci vint l'en rciuercirr : «c Vous n'avez, lui dit le ministre » aucune grâce à me tendre ; je n^at en en vue que l'utilité publique, et vous n'auriez point eu mon choix, si j'avais trouvé quelqu'un qui en fut plus digue que vous* b
Lorsqu'on a négligé ihm^ la jeunesse tie fair^ provisiop de
8Œ L'iavcATioic. . ' 78 tcMii€6i et ixmnaiwacei uû}m, oa t'en repent Uh^is daat
la toite. On se tronre souvent sans état , sans fortune et ckn$ la misère , soit parce qu'on a manqué 4e conduite, Irait ontînaire 4'iine édnèation négligée, ou parce que, faute de capacité, on ne peut parvenir h des emplois qui auraient fourni aux besoins et ans oommodîAéa de la vie. L'oiiÎTeté a iMqonra été h aière de Findigence , et Tignorance la fille de la paresse.
Les momens sont bien chers, mettea-let à.profit. Voua étea dana eet âge henrenz oft Tespr it commence à penser , et o& le cœur eu pur et tranquille. Cest peutrètre à présent le seul temps que tous pourrez employer k yoos instruire. BienlM le goAt des amnsÔBens , Tamoar des plaisirs emportera tous vos momens^ ou le soin des afitaires domestiques» les relations nécessaires à m état qne tous embrasserea , lea infirmités qui peuvent survenir, ne vous permettront pas d'acquérir les connaissances qui font honneur. £i quand même, eoimineade lear grande nttli té ^ yons voudriex alors vous y appliquer sincèrement, le dégoût que vous éprouveriez vous empêcherait d'j faire de grands progrès; parce qne votre esprit n'ayant plus alors cette flèxibilî té , qui est le partage de la jeunesse , il vous faudrait acheter, par un travail pénible , ce qne vous pouvez apprendre aujourd'hui avec une grande facilité. Mettez donc à profit^ je vous le répète^ Taurore de votre vie, et tâchez de vous garantir de l'ignorance qui , indépendamment de la honte qni raccompagne, est toujours un défaut de plu» et un mérite • de moins. Oa ne recueille point ce qu'on n'a pas semé*