‹ L'école des RobinsonsChapitre 6 sur 38 · TARTELETT PRESENTE AU LECTEUR · texte numérisé non relu

TARTELETT PRESENTE AU LECTEUR

sauvagesses », c'est, que ses élèves étaient fort civilisés, et, à l'en croire, il n'avait pas peu contribué à leur civilisation.

Tartelett, célibataire, se donnait quarante-cinq ans à 1 époque où nous le présentons aux lecteurs. Mais, il y a quelque dizaine d'années, son mariage avec une demoiselle déjà mûre avait été sur le point de s'accomplir.

À cette époque, et à ce propos, on lui demanda « deux ou trois lignes », touchant son Age, sa personne, sa situation : Voici ce qu'il crut devoir répondre. Cela nous dispensera de faire son portrait, au double point de vue du moral et du physique.

« Il est né le 17 juillet 1835, à trois heures un quart du matin.

« Sa taille est de cinq pieds, deux pouces, trois lignes.

« Sa grosseur, prise au-dessus des hanches, est exactement de deux pieds, trois pouces.

« Son poids, augmenté depuis l'an dernier de six livres, est de cent cinquante et une livres et deux onces.

« Il a la tête oblongue.

« Ses cheveux, rares au-dessus du front, sont châtains grisonnants ; son front est haut, son visage ovale, son teint coloré.

a Ses yeux, — vue excellente, — sont gris châtain, les cils et les sourcils châtain clair; les paupières sont un peu enfoncées dans leur orbite sous l'arcade sourcilière.

« Le nez, de moyenne grandeur, est fendu par une gerçure vers le bout de la narine gauche.

« Ses tempes et ses joues sont plates et imberbes.

a Ses oreilles sont grandes et plates.

« Sa bouche, de moyenne grandeur, est absolument pure de mauvaises dents.

« Ses lèvres, minces et un peu pincées, sont recouvertes d'une moustache et d'une impériale épaisses ; son menton rond est aussi ombragé d'une barbe multicolore.

« Un petit grain de beauté orne son cou potelé, — à la nuque.

« Enfin, lorsqu'il est au bain, on peut voir qu'il a la peau blanche et peu velue.

« Son existence est calme et réglée. Sans être d'une santé robuste, grâce à sa grande sobriété, il a su la conserver intacte depuis sa naissance. Il a les

bronches très faciles à irriter : c'est ce qui est cause qu'il n'a pas la mauvaise habitude du tabac. Il n'use pas non plus de spiritueux, pas de café, pas de liqueur, pas de vin pur. En un mot, tout ce qui pourrait réagir sur le système nerveux est rigoureusement supprimé de son hygiène. La bière légère, l'eau rougie, sont les seules boissons qu'il puisse prendre sans danger. C'est à sa prudence qu'il doit de n'avoir jamais consulté de médecin depuis qu'il est au monde.

a Son geste est prompt, sa démarche vive, son caractère franc et ouvert. Il pousse, en outre, la délicatesse jusqu'à l'extrême, et jusqu'ici c'est la crainte de rendre une femme malheureuse qui Ta fait hésiter à s'engager dans les liens du mariage. »

Telle fut la note produite par Tartelett; mais, si engageante qu'elle pût être pour une demoiselle d'un certain âge, l'union projetée manqua. Le professeur demeura donc célibataire, et continua à donner ses leçons de danse et de maintien.

Ce fut vers cette époque qu'il entra, à ce titre, dans l'hôtel de William W. Kolderup; puis, le temps aidant, ses élèves l'abandonnant peu à peu, il finit par compter comme un rouage de plds dans le personnel de l'opulente maison.

Après tout, c'était un brave homme, malgré ses ridicules. On s'attacha à lui. Il aimait Godfrey, il aimait Phina, qui le lui rendaient d'ailleurs. Aussi n'avait-il plus qu'une seule ambition au monde : leur inculquer toutes les délicatesses de son art, en faire, en ce qui concerne la bonne tenue, deux êtres accomplis.

Or, le croira-t-on? ce fut lui, le professeur Tartelett, que William W. Kolderup choisit pour être le compagnon de son neveu pendant ce voyage projeté. Oui ! il avait quelque raison de croire que Tartelett n'avait pas peu contribué à pousser Godfrey à cette manie de déplacement, afin d'achever de se perfectionner en courant le monde. William W. Kolderup résolut donc de les faire courir à deux. Dès le lendemain, \6 avril, il fit prévenir le professeur de venir le trouver dans son cabinet.

Une prière du nabab était un ordre pour Tartelett. Le professeur quitta sa chambre, muni de ce petit violon de poche qu'on appelle pochette, afin d'être prêt à tout événement; il monta le grand' escalier de l'hôtel, les pieds académiquement posés, comme il convient à un maître de danse, frappa à

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