‹ L' école des vieillardsChapitre 19 sur 96 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

Qui , vous solliciteur ? vous êtes candidat ;

Vous ne demandez rien , vous acceptez. L’Etat N’a pas dans ses bureaux de puissance intraitable Pour l’heureux candidat qui la courtise à table ; Protégés , protecteurs au dessert ne font qu’un :

Mais ne me parlez pas d’un protecteur à jeun. Recevoir me fatigue , et , pour être sincère ,

C’est un mal , j’en conviens , mais un mal nécessaire.

Donnez donc vos dîners , madame , et donnez- les Sans nourrir à l’office un peuple de valets ,

Sans payer un cocher, et sans faire étalage D’un grand chasseur perché derrière un équipage. Ce carrosse , à quoi bon ? que n’a-t-il pas coulé !

Qui vous force à l’avoir?

HORTENSE

Qui ? la nécessité.

Vous-même; oui , pour vous j’en ai fait la dépense. Quand on est candidat on court plus qu’on ne pense Visitez donc les grands durement cahoté ,

Sur les nobles coussins d’un char numéroté :

Vous jouerez à leur porte un brillant personnage !

Y viendrez-vous à pied ? ce n’est plus de votre âge.

4o L’ÉCOLE DES VIEILLARDS ;

De fatigue accablé, que ferez-vous le soir?

Qu’il se présente alors quelque spectacle à voir,

Eh bien ! j’irai donc seule , et j’irai sans m’y plaire ;

Car vous m’y forcerez. Quel plaisir au contraire ,

L’un près de l’autre assis , tête à tète , en causant , D’aller chercher sans peine un spectacle amusant!

D’en jouir tous les deux!... peut-être c’est faiblesse, Mais heureuse avec vous, j’y veux être sans cesse.

Je fis tout dans ce but, j’ai tort; mais un tel soin, Superflu pour vous seul, est mon premier besoin.

Et moi qui t’accusais! je suis touché , j’ai honte D’avoir...

HORTENSE

De votre argent je veux vous rendre compte :

Vous ne savez pas tout; je veux, pour votre honneur. Justifier en vous ce mouvement d’humeur.

La lecture vous plaît; d’un cabinet d’étude J’ai su vous préparer l’aimable solitude.

Il me coûte un peu cher; mais vos auteurs chéris, Rangés autour de vous , en couvrent les lambris.

Le Duc, qui vous protège, est plein de complaisance; Il m’a de son jardin cédé la jouissance,

Pour qui? pour vous, monsieur., ne convenez-vous pas

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