ACTE I, SCÈNE I
Tes conseils le guidaient dans Tétât qu’il exerce.
Tu livres sa fortune aux chances du commerce;
Tu t’éloignes de lui ; c’est un grand tort , et tien :
Je connais en province un fils comme le tien,
Qu’un père comme toi vient de laisser sarts guide.
Le fils a mal compté : voilà sa caisse vide ;
Le mois touche à sa fin ; dans ce besoin urgent,
Pour le tirer d’affaire il faut beaucoup d’argent.
11 aurait dû lever cet impôt sur son père :
Mais comme ils sont brouillés , c’est en moi qu’il espère ; 11 faut vingt mille francs : peux-tu me les prêter?
DANVILLE
C’est ma femme, monsieur, qui va vous les compter : Elle est mon trésorier.
BONNARD
C’est superbe ! et d’tivance Je lui veux de ma place offrir la survivance.
Ta femme!... Ah! mon ami que tes goûts ont changé! Que je t’ai vu plus sage à mon dernier congé !
Tu t’occupais alors de tes travaux champêtres,
A l’ombre des pommiers plantés par tes ancêtres , •
Debout avant le jour, doucement tourmenté Du démon vigilant de la propriété-
Tu pâlissais de crainte au bruit d’une visite;
À tirer des perdreaux tu bornais ton mérite,
Ta joie à faire en paix bonne chère et grand feu , Et ton piquet du soir, quand j’avais mauvais jeu. Te voilà citadin! le luxe t’environne;
Un gros suisse est là bas qui défend ta personne : Et tout cela, pourquoi? ta femme l’a voulu.
DANVILLE
Hortense! elle me laisse un pouvoir absolu ;
Mais elle y voit très-clair; quand on a ma fortune, Une capacité qu’elle croit peu commune,
Sans prétendre à Paris au rang d’un potentat , Dans un poste honorable on peut servir l’état. L’espoir qu’elle a conçu me semble légitime,
Et je lui sais bon gré d’une si haute estime. Toi-mème, qu’en dis-tu?
BONNARD
Rien.
DANVILLE
Parle franchement.
BONNARD
Sur une chose à faire on dit son sentiment-