ACTE III, SCÈNE VIII. io
Et sa mère !... ah ! morbleu ! quand une vieille femme Aime encor les plaisirs, pour eux elle est de flamme.
Je dois, je dois punir tant de légèreté;
Courons à cette fête où je suis invité.
En galans procédés vous êtes un grand maître , Monsieur le Duc; eh bien ! vous allez me connaître.
On trouve à qui parler, quand on s’adresse à moi.
J’irai , je le verrai , je veux lui dire.... Eh ! quoi?
Que je viens.... moi jaloux ! non , cette frénésie N’a point part aux transports dont mon âme est saisie. Je ne suis pas jaloux; ma femme est jeune encor,
Je veux l’accompagner pour qu’elle ait un mentor,
Par simple bienséance. Oui, quelqu’un! qu’on s’empresse! Mon habit!
VALENTIN
Quoi, monsieur?
DANVILLE
Obéis et me laisse.
VALENTIN
Où voulez-vous aller ?
DANVILLE
Je veux... je vais... je sors.
Obéis. *
n>4 L’ÉCOLE DES VIEILLARDS,
VALENTIN
Il est tard : que ferez-vous dehors ?
DANVILLE
(Valentin sort.)
Ah ! je te chasserai C’est vrai , que vais-je faire?
Un éclat ! non , sans doute. Amant sexagénaire ,
Suivant ma femme au bal d’un pas mal affermi ,
J’y vais pour l’épier v j’y vais en ennemi,
Et là , comme un fantôme errant avec tristesse ,
J’y vais troubler ses jeux et glacer son ivresse.
Pauvre Hortense! elle est jeune, est-ce un crime à mes yeux? Peut-elle se vieillir parce que je suis vieux?
A sa suite aujourd’hui si le dépit m’entraîne,
J’irai demain, toujours, et toujours à la chaîne ;
Plus esclave cent fois, cent fois plus inquiet,
Rongé de plus d’ennuis qu’au lems , où l’intérêt Tenait à ses calculs ma jeunesse asservie ,
Je vais à soixante ans recommencer ma vie!....
Allons , Danville , allons , sois homme ; il faut rester.
(Valentin rentre.)
Au fait sa mère est là , que puis-je redouter?
(Il met son habit.)
Je reste. Prouvons-lui qu’on peut se passer d’elle.
Mon chapeau !... Des amis Bonnard est le modèle!