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CHAPITRE m

LES ATTRIBUTIONS ECONOMIQUES DE L ETAT OU LES FORGES TERTIAIRES DE L*ORDRE ÉCONOMIQUE.

I. L'individualisme ou la suppression du pouvoir. — Théorie anarchiste. — II. Absorption de l'individu par l'Etat. — Théorie coU lectiviste. — III. Simple exagération des fonctions de l'Etat. — Théorie des « chrétiens démocrates » et des « catholiques sociaux ». — IV. Le vrai système. - — Rôle distinct et hiérarchique de la commune, de la province et du pouvoir central. — Gomment l'intervention de l'autorité civile devient une « force » dans Tordre économique.

Lois économiques et coutumes ne sont pas les seules « forces » qui créent et maintiennent la richesse ; dans toute société organisée, TEtat a sa mission. Qui dit organisation, dit réglementation par le droit écrit ou non écrit.

Nous distinguons, à l'heure actuelle, quatre systèmes sur le rôle économique de TEtat.

Le premier système — absolument négatif — aboutit à la suppression même du pouvoir. En réalité, aucun groupe historique n'a permis d'observer le système « anarchique » ou « rindividualisme » absolu, mais ce système a ses formules et ses tenants convaincus.

Les théoriciens de Tanarchie offrent à leurs adeptes un programme politique autrement séduisant que l'école socialiste. Tandis que celle-ci supprime toute liberté, centralise

& outrance tous les services publics et privés et asservit le citoyen à TEtat, la doctrine anarchique réduit au minimum la mission du pouvoir et n'admet que des groupements libres et communaux. Avec elle nul pouvoir central ; nulle distinction entre Etats, aucune contrainte nationale, ni lois, ni tribunaux, ni force publique ; rien de cet appareil social qui pèse si lourdement sur le peuple, mais l'indépendance individuelle et la liberté des groupements. Si, en effet, Thomme est naturellement bon, pourquoi entraver sans cesse la libre manifestation de ses volontés? Les socialistes manquent de logique, lorsqu'ils prétendent assurer par la contrainte la félicité individuelle et c'est une des causes qui explique Tanimosité qu'ont à leur égard les pionniers de l'anarchie.

Tout anarchiste doctrinal prôné donc les « groupements humains » autonomes et indépendants. Grâce à eux, nulle hiérarchie, nulle administration, aucun gouvernement central. Telle devrait être la vie politique. Quant à la vie économique, le collectivisme des biens assurerait dans chaque « groupement » la satisfaction des besoins de chacun. Lorsque Michel Bakounine formula, un des premiers, la théorie de l'anarchie, celle-ci fut accueillie par les railleries de la presse européenne ; elle fut plus tard reprise par le prince Kropotkine et défendue par Elisée Reclus. Les uns et les autres rappellent quelle grande place a tenue dans le passé le communisme agraire ; ils montrent ce qu'est encore en Russie la propriété collective et le mir des villages. Pourquoi le collectivisme communal ne serait-il pas l'idéal des sociétés humaines? « La future organisation sociale, écrivait Bakounine, doit être faite seulement de bas en haut, par la libre association ou fédération des travailleurs, dans les associations d'abord, puis dans les communes, dans les régions, dans les nations et finalement dans une grande fédération internationale et universelle. C'est alors seulement que se réalisera le vrai et vivifiant ordre de la liberté et du bonheur général, cet ordre

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qui, loin de renier, affirme au contraire et met d'accord les intérêts des individus et de la société (1). » En attendant ce jour de rénovation sociale, les anarchistes publient des journaux et quelques petites revues ; ils ont des réunions périodiques et même des congrès. Les plus pressés d'entre eux aiment à troubler les réunions publiques; sous le nom de « libertaires », ils se montrent assez peu respectueux de la liberté dautrui ; de temps à autre ils épouvantent le public par quelques criminels attentats et choisissent de préférence pour victimes les chefs des Etats. Ce faisant, ils manifestent leur haine contre Tautôrité et ils espèrent que de tels attentats contribueront à la diffusion des idées. Les chefs anarchistes leur font voir la grandeur du but et leur promettent la reconnaissance de rhumanité. « C'est pourquoi elle entoure leur vie de respect, de légendes. Elle les embellit même et en fait les héros de ses contes, de ses chansons, de ses romans (2). » Si grande est en effet la séduction des doctrines que les professionnels de l'anarchie joignent à la propagande par ridée la propagande par le fait. Répartis par groupes indépendants dans les Etats civilisés, ces « professionnels » luttent à leur manière pour laffranchissement de l'individu. Ils ont le culte du moi, déclarent que l'organisation sociale seule déprave les êtres pensants, que le droit de révolte est sacré et que toute autorité est par conséquent insupportable. Fautil s'étonner si, de temps à autre, certains compagnons surexcités par les désirs enflammés des chefs de troupe, hypnotisés par la devise : « Ni Dieu, ni maître » se décident à frapper tel détenteur de cette autorité si combattue, qu'il s'appelle Carnol, Humbert, roi d'Italie, ou Mac-Kinley ? Ce qui nous surprend, c'est le petit nombre de ces propagandistes, alors

(1) La, Commune de Paris et la notion de VEtat, p. 15, Paris, 1899, ^2) p. Kropotkine, La morale anarchiste, p. 25. Paris, 1889.

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que tant de causes — économiques, politiques et morales — les invitent à agir (1).

Tout autre Jious apparaît Técole socialiste. Elle poursuit aussi la transformation de la société, mais outre qu elle rejette comme inutile la propagande par le fait, elle combat le système anarchique, fondé sur Tindépendance communale et sans autorité centrale. Elle affirme au contraire la nécessité d'un Etat solidement constitué, disciplinant les forces nationales et concentrant dans un organisme puissant toutes les activités d'un pays. Sur le terrain politique elle veut la lutte des classes et pour cela une classe ouvrière formant un parti avec ses chefs et son programme ; ainsi seront conquis les pouvoirs publics. Sur le terrain économique elle réclame la

(1) On s'est étonné du progrès des idées anarchiques, dans un pays libre comme les Etats-Unis. Mais il faut remarquer que Tordre économique en effet, fondé sur la propriété privée, n'est pas moins attaqué que Tordre politique. Or, le spectacle qu'offre la répartition de la fortune aux Etats-Unis, est loin de prouver la supériorité économique de ce pays. Si la propriété individueUe, fruit du travail et de Tépargne, doit être défendue comme une condition indispensable de richesse et de progrès social, il est difficile de légitimer par les mêmes arguments, les coups de Bourse, les trusts et les accaparements. Or tout cela aboutit à la fondation rapide et à la consolidation d'extraordinaires fortunes, et le contraste saisissant entre Textrême opulence des uns et la misère souvent imméritée des autres rend haïssable le droit de propriété. Ce n'est pas une des moindres causes de Tanarchisme.

Si la propriété mobilière, obtenue par des spéculations souvent coupables, jette le discrédit sur le droit de propriété lui-même, il faut reconnaître aussi qu'à la différence de la propriété foncière, la richesse mobilière n'entraîne aucun devoir social et ne crée entre les hommes aucun rapport. Imaginez le développement rapide de la fortune mobilière dans un milieu rebelle à toute idée morale et vous comprenez l'antagonisme et la révolte de tant de miséreux. Ainsi s'expliquent les progrès des groupes anarchistes.

socialisation des moyens de production, c'est-à-dire l'expropriation de la propriété privée et l'exploitation des forces productive par TEtat. Cette théorie ancienne avait déjà été formulée par Platon qui disait dans sa République : « Je vous déclare, en ma qualité de législateur, que je ne vous regarde ni vous ni vos biens comme étant à vous-même, mais comme appartenant à toute votre famille et toute votre famille avec ses biens comme appartenant encore plus à l'Etat. » Au XVIII* siècle, Jean- Jacques Rousseau, Mably, Morelly ont vu dans la propriété privée la source de tous les maux. Au XIX° siècle, Karl Marx a recommencé contre le capital une lutte plus ténébreuse que scientifique et, au XX° siècle, ils sont, par milliers, les marxistes qui prétendent « socialiser » les instruments de la production et substituer à la propriété privée le capital collectif.

En attendant ce jour de la rénovation sociale, les collectivistes — c'est ainsi qu'ils se nomment, — veulent lutter sans trêve contre le capital et les capitalistes.

Le conseil national du parti ouvrier qui représente en France le socialisme intégral, créé par Karl Marx, a publié Thistoire des dernières années (1). On y voit la « continuité de méthode et d'action du parti, la fixité de sa tactique, qui, à travers les changements perpétuels du milieu politique, reste constamment une et toujours la même ». Les chefs de ce parti, en France, MM. Jules Guesde et Paul Lafargue, ont tenu à rappeler les principes, la méthode suivie et les services rendus, alors que de divers côtés, leurs troupes entraînées par d'autres chefs semblent vouloir les abandonner.

Ce parti est le vrai représentant du socialisme scientifique ; il a été jusqu'ici le plus fortement organisé dans les luttes politiques. On ne peut nier qu'il ne traverse en ce moment une forte crise par suite de l'entrée en scène des socialistes

(1) Onse ans d* histoire socialiste^ 1889-1900, Paris, 1901.

utilitaires qui, faisant table rase des principes, abandonnent la lutte de classes pour favoriser les partis gouvernementaux et bourgeois. Les chefs du parti ouvrier, au contraire, qu'on accuse d'intransigeance, peuvent rappeler avec quelque fierté que si, en France, pendant plusieurs années ils ont si souvent conduit leurs troupes à la victoire, c'est qu'ils sont restés fidèles à leur programme,qu'ils en ont pénétré les masses, et que leur intransigeance même, en fortifiant la tactique adoptée, a été la première cause du succès. Les ouvriers sont venus à eux parce qu'on leur promettait Texpropriation future des capitalistes et, qu en attendant, on luttait sans compromissions, contre les détenteurs du capital. Celle lutte, sur le terrain économique, a facilité Tentente socialiste ; on lui doit la tactique qui a permis la conquête de tant d'hôtels de ville et de mandats parlementaires.

11 faut remarquer en outre que, tout en défendant un programme théorique de socialisme intégral, les élus du parti ouvrier, à peine maîtres des municipalités, ont réalisé, autant que les lois autoritaires et centralisatrices le leur permettaient, de nombreuses réformes (1).

(1) Ainsi, à la veille des dernières élections municipales de 1900, le conseil national du parti ouvrier, rappelant ces réformes, disait, en exagérant les services rendus :

« Partout où, avec le parti ouvrier, le travail a, dans la gestion communale pris la place du capital, pour la première fois l'on s*est préoccupé de l'enfant et de la femme autrement que pour les transformer en chair à machine et à profit. Des cantines scolaires — embryon de la véritable et future éducation nationale — ont été instituées qui, en l'abritant contre la faim et le froid, ont rétabli le « petit » du peuple ouvrier dans son droit à la vie, en même temps que s'élevaient des maternités, et que des asiles et des pensions à domicile épargnaient le pain de l'aumône aux vieillards et aux invalides du travail. Pour les adultes, c'étaient des Bourses du travail les arrachant à un éparpillement qui fait en grande partie leur faiblesse ; c'était la gratuité du placement, cessant d'être le plus voleur des commerces pour devenir un devoir communal ou corporatif; c'était, dans tous les travaux municipaux la journée de 8 heures, un

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Cependant pour des causes scientifiques et politiques diverses, nous voyons se développer un socialisme utilitaire qui est sous la direction de chefs parlementaires, impatients de jouir du pouvoir et d'en partager les bénéfices. Ils prétendent que le socialisme doit sortir de la période d'affirmations et de théoriques déclarations. Le but lointain est toujours la substitution de la propriété collective à la propriété privée, la lutte des classes et la conquête du pouvoir, mais la période d'action pratique est ouverte, et cette action doit se modifier suivant les milieux et les exigences des partis. Obtenir des lois réformatrices, s'unir aux classes bourgeoises pour mettre fin à des abus, entrer dans les conseils du gouvernement pour y réaliser quelques réformes, si minimes qu'elles apparaissent, voilà le but immédiat et prochain à atteindre. Aussi bien le socialisme intégral, dépouillé par Bernstein de sa rigueur scientifique, combattu dans sa forme rigide par de nombreux syndicats, des sociétés coopératives et les parlementaires, voit çà et là ses adhérents diminuer et il subit le sort des systèmes philosophiques d'autrefois qui, ayant eu des milliers d'adeptes, ont cédé la place à des combinaisons nouvelles, plus pratiques et plus accommodées aux idées et aux besoins d'une époque. On ne s'étonnera pas si les hommes politiques, désireux de se former une clientèle, ont cherché à briser à leur profit les anciens cadres du parti ouvrier. Appuyés d'abord sur le programme de Karl Marx et du socialisme intégral, ils ont fait alliance avec des ennemis avérés de ce programme, et malgré leurs déclarations réitérées en faveur de l'unité socialiste, ils sont les artisans d'une scission que le temps ne

salaire rémunérateur et le marchandage supprimé. » Ce sont là, en effet, des résultats précis, attestant une volonté persévérante d'employer les deniers communaux à l'amélioration du sort des travailleurs manuels. La conquête des pouvoirs publics — sans compromission avec les partis bourgeois — a donc été profitable à la masse [Onze afis d'histoire socialiste, Paris, librairie Jacques et Cie, 1900).

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fera qu'aggraver. Nul n a plus coopéré à cette scission en France que MM. Jaurès, Rouanet et Millerand.

L'école socialiste a compris du reste que les foules ne vivent pas seulement de belles paroles et de promesses et qu*il leur fautdes résultats tangibles : économiques et politiques (1). L'association coopérative s*est trouvée un merveilleux instrument pour grouper solidement les adhérents, améliorer leur existence et maintenir Tagitation politique.

Il existe des villes où, comme à Gand, tout leffort socialiste se concentre sur le groupement coopératif. Le Vooruit, fondé en 1880, est devenu pour l'ouvrier gantois la maison du peuple par excellence. Le Fooru/f s'est fait boulanger, industriel, négociant, banquier, entrepreneur de fêtes publiques, caissier d'assurances et de pensions viagères ; il est devenu le centre de la propagande socialiste, une citadelle que ses défenseurs déclarent imprenable. De Belgique, les sociétés coopératives socialistes se sont implantées dans le nord de la France ; on les retrouve à Paris comme dans les départements du Midi ; elles ont donnée leurs adhérents un manuel où,dès la première page, le but est nettement indiqué : « Il ne s'agit pas de savoir si la coopération est pratiquée par des ennemis du socialisme ou si elle ne l'est pas, mais de répondre à cette question : entre les mains du parti socialiste, la coopération est-elle propre à hâter la disparition delà société capitaliste et l'avènement du régime socialiste? » L'auteur répond affirmativement (2). Il rappelle que la société de consommation est chère à Touvrier, parce qu'elle lui livre de bonnes marchandises à un prix avantageux, qu'elle répartit les bénéfices annuels entre les associés,et que « entre les mains des socialistes, la coopé-

(1) V. Pierre Verhaegen, Socialistes anglais, Gand, 1897. L'auteur explique les causes du lent développement du socialisme en Angleterre, chap. II, XI et XII.

(2) Manuel du coopérateur socialiste, par Maurice Lauzel, p. 6 et

suiv. Paris, 1900.

ration est un puissant levier, capable de remuer le monde capitaliste sur ses bases de propriété individuelle et d'injustice sociale. Nous ne voulons pas être coopérateurs pour la satisfaction de diminuer un peu Tinfinie misère du prolétariat ; cette satisfaction n'est pas suffisante. Nous voulons coopérer pins efficacement à la révolution sociale (1) ».

L'expérience a montré que toute société coopérative de consommation, gérée avec prudence, réalise des bénéfices constants ; ce sont ces bénéfices qui favorisent la propagande et la lutte des coopératives socialistes. Voici à Paris, V Avenir de Plaisance, société du XI V° arrondissement, qui a prêté une somme importante à la Verrerie ouvrière ; elle a secouru une société sœur, YAiiiancey du XVIII® arrondissement; elle a souscrit cinq actions à une cordonnerie ouvrière et, en 1899 elle votait, en assemblée générale, la résolution suivante : lorsque les bénéfices dépasseront 5 pour 100, Texcédent sera versé au Comité d'entente socialiste, en vue de la propagande. Nombre de sociétés coopératives sont entrées dans cette voie et ont donné un précieux appui à la propagande socialiste. Dans certains pays, comme en Belgique, les associations coopératives ont favorisé les coalitions ouvrières et recueilli de vives sympathies. Les socialistes aiment à rappeler l'habile intervention de la Maison du Peuple, de Bruxelles, lorsque les carriers de Quenast se mirent en grève. « Ces carriers étaient des hommes très religieux, soumis à la puissance cléricale, si redoutable en Belgique. Les coopérateurs de la Maison du Peuple virent en eux, comme il était juste, des travailleurs luttant contre le patronat et décidèrent de les soutenir. Tous les matins, les charrettes de la grande coopérative partirent pour Quenast, remplies de pain, pavoisées de drapeaux rouges. Aujourd'hui, la région est devenue socialiste (2). »

(1) Lauzel, op. cit., p. 17.

(2) Lauzel, op, ci7., p. i8.

Les deux tendances socialistes, déjà signalées plus haut (1), se sont nettement accusées, en Autriche, lors du dernier congrès socialiste tenu à Vienne le 2 novembre 1901. Les théoriciens du parti ont de nouveau exposé leur programme.

Les uns restent fidèles à la doctrine de Karl Marx et considèrent que l'ordre économique actuel doit céder la place à une transformation intégrale ; les autres réclament des améliorations transitoires, en attendant le jour de la rénovation totale. Les premiers semblent des visionnaires, et lorsqu'ils soutiennent que « les riches deviennent toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres », ils affirment une hypothèse démentie par les faits. Les autres sont des utilitaires ; ils reconnaissent que, sous l'action des mœurs et des lois, la situation de l'ouvrier, au commencement du XX* siècle, est très supérieure à ce qu'elle était vers 1850 et qu'il dépend des travailleurs eux-mêmes d'améliorer sans cesse l'état social. Il est certain que l'ouvrier, grâce aux sociétés coopératives, aux syndicats et à la grève, a dans la main trois instruments d'une rare vigueur, s'il sait les manier avec habileté et prudence.

A Vienne, il s'agissait pour les « intellectuels » du parti de discipliner les deux tendances socialistes et de les fondre, pour ainsi dire, dans un programme unique. Tandis que le D' Adler, disciple de Bernstein bien plus que de Karl Marx, parla au nom du socialisme utilitaire, on vit le D' Kaulzky, un des apôtres du marxisme, faire appela l'unité et à l'union. « La bourgeoisie, dit-il, en attendant qu'elle puisse nous écraser par la violence, occasion qu'elle guette chaque jour, cherche à nous discréditer, à donner aux masses cette idée que nous sommes divisés intérieurement, que nous ne croyons pas à ce que nous enseignons. On a laissé tomber, ces derniers temps, beaucoup de paroles imprudentes qui ont été exploitées

(1) Liv. II, chap. I, Les lois économiques»

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contre nous. Ne donnons pas à supposer que nous sommes des sceptiques, que nous avons perdu notre foi. » C'est alors qu'on adopta de nuageuses formules qui ne compromeUront pas leurs auteurs. En voici quelques-unes : « La masse du prolétariat s'accroît en môme temps que le degré de son exploitalion (1). » « La coopération n'est admise que sur le fondement de la propriélé sociale (2). » D'où il résulte que l'unité des programmes ne dépend pas de la clarté des formules et que, dans bien des milieux, moins on est compris, plus on est certain d'être acclamé. Ce qui est évident, c'est que les partisans d'un socialisme utilitaire et mitigé croissent en nombre et en autorité.

Ainsi compris, le socialisme adouci n'apparaît plus comme devant supprimer^ mais simplement diminuer les inégalités sociales, par l'action de la loi. Aussi devait-il rencontrer la sympathie de groupes religieux ou politiques connus, en Autriche, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie, sous le nom de « chrétiens démocrates » ou de « catholiques sociaux ».

Y aurait-il deux espèces de christianisme : le christianisme primitif dont l'Evangile a marqué l'origine et le christianisme social que nous pourrions dater du XX® siècle ? A lire quelques auteurs, on croirait qu'une ère nouvelle s'ouvre pour les disciples du Christ. Une meilleure interprétation de l'Evangile, une conception plus parfaite des rapports sociaux, une volonté plus énergique de servir ses semblables et d'aimer son prochain comme soi-même, tels seraient les caractères de cette nouvelle et féconde période du christianisme.

(1) En d'autres termes : « Plus la poiiulation s'accroît, plus la misère augmente. » On réfute cette proposition en réfutant la théorie de Malthus.

(2) On a voulu dire que la coopération n'est qu'une étape dans la marche forcée vers le collectivisme intégral.

Il serait facile de montrer que le christianisme n*est ni individualiste, ni libéral, ni social, parce qu'il est le christianisme intégral. Mais d'où vient cette volonté de chercher dans le christianisme une vertu nouvelle, sinon du besoin impérieux de résoudre des difficultés qui, sans lui, paraissent insurmontables? L'Europe et l'Amérique ont vu des millions d'hommes devenir « souverains » grâce au suffrage universel ; ces hommes que le socialisme appelle esclaves, parce qu'ils sont dépendants de la mine, de la manufacture ou de la glèbe, forment l'immense majorité du contingent humain ; ces mêmes hommes enfin ont été, dans un grand nombre de pays, soustraits à toute influence morale, religieuse et consolatrice ; ils ne croient plus aux récompenses futures promises à celui qui gagne son pain à la sueur de son front. C'est ainsi que la question sociale est à la fois politique, économique et religieuse, et c'est sous ce dernier aspect qu'il existe un christianisme social, c'est-à-dire qu'il est un fadeur indispensable à la solution du problème actuel.

Pour l'avoir compris, des groupes se sont formés qui, sous le nom de « catholiques sociaux » ou de « démocrates chrétiens », veulent attirer à eux les travailleurs des villes et des campagnes. Il serait puéril de critiquer les noms sous lesquels s'abritent ces groupement nouveaux ; ce qu'il faut rechercher ce sont leurs idées directrices et leur méthode d'action. Les programmes ne sont pas les mêmes en Autriche, en Italie, en Suisse, en Belgique ou en France, mais, en les comparant, il est facile d'apprécier tout ce qui, dans les statuts de ces associations, en forme l'élément caractéristique.

Si tous les mots doivent être définis, ceux dont le langage courant use et abuse méritent une attention particulière ; tel est le mot « démocratie », mystérieux et troublant,discnt quelques-uns, simple et clair pour ceux qui ont étudié, réfléchi et médité sur les choses politiques et sociales (1).

(1) Ceux qui voudraient, dans la question qui nous occupe, re-r

On peut dislinguer trois espèces de démocraties : l'une « politique » ; Tautre « sociale » ou « socialiste », telle que l'entendent Karl Marx et ses continuateurs; l'autre enfin « chrétienne » que Léon XIII, dans une récente Encyclique, a voulu définir (1).

courir aux dictionnaires, éprouveront quelque déception. On y définit ainsi la démocratie : « Gouvernement où le peuple exerce la souveraineté » ; ou encore « Forme politique où chaque citoyen a sa part dans le gouvernement par opposition à l'aristocratie et à la monarchie » ; ou encore « Société libre et surtout égalitaire où l'élément populaire a Tinfluence prépondérante » ; ou enfin « Régime politique dans lequel on favorise les intérêts des masses ».

(1) Encyclique a graves de communi », 18 janvier 1901. Elle élargit plutôt qu'elle ne restreint le domaine doctrinal et l'action de la démocratie chrétienne. C'est moins la « démocratie » que la « démophilie »,dont traite l'enseignement pontifical, comme on peut en juger par le texte suivant :

« 1» La démocratie chrétienne, précisément parce qu'elle se nomme chrétienne, doit s'appuyer sur les principes posés par la loi divine comme sur sa base même. Il lui faut pourvoir aux intérêts des petits de telle sorte qu'elle guide vers la perfection, comme il convient, les âmes créées pour les biens éternels. Il importe par conséquent que rien ne lui soit plus sacré que la justice ; qu'elle prescrive le maintien intégral du droit de propriété et de possession, qu'elle conserve les classes distinctes qui, sans contredit, sont le propre d'un Etat bien constitué ; enfin qu'elle veuille donner à la communauté humaine une forme et un caractère conformes à ceux qu'a établis le Dieu créateur. »

« 2o De la même manière, il faut écarter de la démocratie chrétienne un autre grief : à savoir qu'elle consacre ses soins de telle sorte aux intérêts des classes inférieures qu'elle paraisse laisser de côté les classes supérieures ; cependant l'utilité de celles-ci n'est pas moindre pour la conservation et l'amélioration de l'Etat.

« 3° Pas un seul homme ne blâmera ce zèle qui, selon la loi naturelle et la loi divine, tend uniquement à ce que ceux qui gagnent leur vie par un travail manuel soient ramenés à une situation plus tolérable et aient un peu de quoi assurer leur avenir ; à ce qu'ils puissent, chez eux et en public, pratiquer la vertu et assurer leurs devoirs de piété ; à ce qu'ils sentent qu'ils sont non des animaux^ mais des hommes, non des païens, mais des chrétiens ; enfin à ce qu'ils marchent ainsi avec plus de facilité et d'ardeur vers ce bien unique

1* La démocratie politique et traditionnelle s'exerce dans la commune pour la gestion des intérêts locaux. Elle se rencontre dans les sociétés simples comme la Suisse, la Norwège et la Serbie, aussi bien que dans les sociétés compliquées comme l'Angleterre. Mais, tandis que, dans les sociétés simples, la démocratie communale jouit d'une souveraineté très étendue, au contraire, dans les sociétés compliquées, elle partage avec d'autres pouvoirs la direction des affaires publiques. C'est ce genre de démocratie que certains publicistes voudraient développer en introduisant dans la nation ce qui jusqu'ici était observé dans la commune, chez plusieurs Etats, à savoir la souveraineté directe du peuple (1).

2° La démocratie sociale ou socialiste se présente sous un tout autre aspect. Elle a pour programme la lutte des classes et la substitution de la propriété collective à la propriété privée. En attendant le jour de l'expropriation pour cause d'utilité sociale, elle convie ses adeptes à la conquête des pouvoirs publics. Nous venons de signaler les deux courants qui la partagent.

3" Qu'est-ce maintenant que la démocratie chrétienne? On la considère, souvent, soit en France, soit en Belgique, soit en Italie, comme une école de doctrines sociales opposées aux théories socialistes. Elle tient à manifester son action sur le terrain électoral. Envisagée soit comme école, soit comme parti, la démocratie chrétienne défend les principes du chris-

et nécessaire, vers ce bien suprême pour lequel nous sommes nés. » 4« « C'est à dessein que nous avons fait mention tout à l'heure des devoirs que comporte la pratique des vertus et de la religion. En effet, certains professent l'opinion, qui se répand parmi la foule, que la question sociale, comme on dit, est seulement économique ; tandis qu'au contraire il est très exact qu'elle est principalement morale et religieuse, et que pour ce même motif elle doit être surtout résolue conformément à la loi morale et au jugement de la religion. »

(1) E. Duthoit, Le suffrage de demain, p. 103, Paris, Perrin, 1901.

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lianisme et elle travaille à la transformation de la condition matérielle de roiivrier(l). Ce qu'on a pu lui reprocher parfois, c'est d'exagérer le rôle économique de l'Etat et de sacrifier des libertés sociales précieuses. Telles sont notamment les libertés du travail, de l'assurance et de l'assistance (2).

Il est à présumer que les instructions nouvelles du St- Siège, comme aussi les progrès du socialisme antichrétien amèneront les esprits impartiaux à une compréhension plus nette du rôle de l'Etat. Il ne faut pas se lasser de répéter que l'école socialiste ne poursuit pas seulement la suppression des libertés économiques, mais de toute liberté civile et politique. On sait quel débat a suscité naguère et suscite encore, en France, la liberté de l'éducation et de l'instruction. Voici comment la Bévue socialiste (3), dans un article très étudié, examine le principe et les conséquences de la liberté d'enseignement (4). Quant au principe, « c'est l'Etat seul qui peut exercer ou déléguer l'autorité sur l'adulte et la tutelle sur le mineur, fixer les formes et les bornes de l'une et de l'autre. Sous quelque point de vue qu'on l'examine, l'autorité paternelle rentre dans la sphère du droit collectif. Il ne faut donc pas plus parler du « principe » de l'autorité paternelle que du « principe » de la liberté d'enseignement. Il n'y a

(d) G. Toniolo, Le concept chrétien de la démocratie, traduit de ritalien par L. Poisat, Lille, 1898 ; H. Getty, Esquisse d^uîi programme social chrétien, Rixheim, 1896. — Gpr. G. Decurtins, Etudes sociales catholiques, Bâle, 1892 ; Naudet, Notre œuvre sociale, Paris, 1894 ; Castelein, Le problème social et ^Encyclique rerum novarum, Louvain, 1892 ; Gaudron,Z)e la fin de l'Etat, Amiens, 1894 ; J. Rambaud, L^ Encyclique de Léon XIII sur la démocratie chrétienne, Lyon,

(2) V. D' Scheicher, Le clergé et la question sociale, traduit de l'allemand par G. Morel, avec une préface de G. Decurtins, Bruxelles, 4897, et de Girard, Ketteler et la question ouvrière, Berne, 1896.

(3) Fondée par Benoit Malon, dirigée aujourd'hui par Gustave Rouanet, Paris, Stock, rue Richelieu, 27.

(4) Juillet 1901, no 199, t. 34.

rien de primordial ni de sacré dans ces formes variables de la vie sociale. Quand donc, au nom du droit individuel, l'autorité du père de famille se dresse devant l'autorité de l'Etat, elle intervertit les rôles et devient usurpatrice » (1).

Veut-on connaître les conséquences tirées de ces principes par la Revue socialiste ? Examinant ce que devient, en fait, la liberté de l'enseignement, la Revue ajoute : « Quelle que soit la forme de la concurrence et quels qu'en soient les motifs, économiques ou moraux, il ne parait pas qu'elle puisse échapper à ces trois conséquences ; la servitude de l'éducation, la servitude des éducateurs, la servitude des parents (2). » L'auteur conclut ainsi : « La socialisation de l'enseignement ne serait pas une violation du droit individuel, mais l'application la plus juridique du droit social. La collectivité est souveraine pour socialiser la justice du père, comme elle a socialisé autrefois la justice du seigneur et l'armée du seigneur (3). »>

Nous n'avons pas à relever ici les sophismes de la Revue socialiste et nous rendons justice à sa franchise. Par elle nous comprenons mieux le sens du mot « socialiser ». La « socialisation », c'est la confiscation de la liberté, quel que soit le domaine de l'activité humaine que l'on envisage. Dans un Etat « socialisé », il n'y aura ni liberté de conscience et d'enseignement, ni liberté du travail et du salaire, ni liberté d'association, d'assurance et d'assistance. Du berceau à la tombe, l'homme sera dirigé, conduit par l'Etat, tuteur et sauveur de tous.- C'est un nouvel esclavage social plus dur, à certains égards, que la situation de l'esclaye africain ; car lui, du moins, n'a aucune culture morale et intellectuelle. On ne lui a pas appris, dans quelque manuel civique, qu'il est un homme libre ; on ne lui a pas donné l'instruction scolaire et il ignore que le christianisme a apporté à l'homme l'indépen-

(1) Op. cit. y p. 5.

(2) Op. cit., p. 7.

(3) Op. cit., p. 23.

dance individuelle et le droit inviolable de ne jamais être asservi (1).

Ainsi apparaît Tabime qui sépare la démocratie socialiste de la démocratie chrétienne. Celle ci a, entre autres missions, de faire comprendre à celle-là qu'à toutes les époques, l'oppression des consciences a eu pour contre-coup une diminution de la richesse nationale. Il suffit de rappeler, en France, les guerres de religion, la révocation de Fédit de Nantes, la Terreur de 1793, pour évoquer, avec des souvenirs amers, des époques de trouble économique et de pertes matérielles considérables. Aujourd'hui, Tidéal socialiste, c'est la servitude des consciences et la suppression de la fortune individuelle. On le répète à l'envi dans la presse, dans les conférences publiques et au Parlement. En Allemagne, Bebel et Singer ; en Autriche, Adler ; en Belgique, Vandervelde ; en Italie, Andréa Costa ; en France, MM. Lafargue, Jules Guesde, Viviani, Jaurès, tous ont un programme uniforme de négation et de destruction. Il appartient à la démocratie chrétienne d'opposer un programme très net de libertés et d'affranchissement (2). Pourquoi ne se rallierait-elle pas au quatrième et dernier système sur le rôle économique de l'Etat ?

(1) Le système de Karl Marx veut que rhomme soit esclave du développement « économique ». Voy. Winterer, Le Socialisme contemporain^ 4« édit., p. 38. Si tel est le vœu de Karl Marx, le créateur du socialisme allemand, ses disciples sont restés fidèles à son programme. Au congrès de Halle (octobre 1890) Liebknecht fit une profession solennelle d'athéisme. Déjà Bebel avait dit, au Reichstag, le 31 décembre 188i : « Notre but sur le terrain politique est la république ; sur le terrain économique, le socialisme ; et sur ce qu'on appelle le terrain religieux, l'athéisme. »

(2) C'est ce programme qui permettrait de reconstituer, à l'époque contemporaine, un ordre social chrétien. V. Claudio Jannet, Les grandes époques de l'histoire économique, Paris, Delhomme et Briguet, 1896. Introduction, p. 23 et suiv. ; Millot, Que faut-il faire pour le peuple? Paris, Lecoffre, 1901, sixième partie : Les agents de la Réforme sociale;

Toute fonctioa de l'Etat a sa répercussion par l'impôt dans le budget des citoyens. On comprend que les économistes français invoquent Taccroissement des impôts, l'élévation du prix des produits et en général le renchérissement de la vie pour repousser les continuels envahissements de l'Etat moderne. Mais ils avaient un autre motif d'ébranler sinon de détruire la confiance que tant d'hommes se plaisent à placer dans l'Etat. Cet être impersonnel et irresponsable en qui s'incarnent, disait-on, les plus hautes vertus et spécialement la prévoyance, s'est chargé, depuis quelque vingt ans, de détromper ses fidèles. L'impuissance des parlements, les rivalités stériles, les scandales dans le personnel administratif et surtout les gaspillages financiers de tant de gouvernements n'auront pas peu contribué à éclairer les esprits. On a compris ce que deviendraient les finances nationales, avec un pouvoir dont les attributions sans cesse accrues nécessiteraient un prélèvement toujours plus grand sur la fortune des citoyens.

Il appartenait à la science de tracer la véritable mission de l'Etat dans l'ordre économique. C'est elle qui, établissant nettement les trois organes naturels de la puissance publique, a caractérisé le rôle distinct et hiérarchique de la commune, de la province et du pouvoir central, ne laissant à celui-ci que les fonctions dont les collectivités inférieures ne pouvaient se charger. Grâce à des multitudes de faits recueillis en Europe et en Amérique, elle a montré la merveilleuse puissance de l'initiative privée dans l'œuvre économique contemporaine. Enfin elle a donné la véritable formule du progrès, en enseignant que l'Etat ne doit agir que lorsque Tinitiative privée, individuelle et collective, est ou bien se déclare impuissante. Ainsi se justifient, en présence de l'indifférence ou de l'inaction des citoyens, les lois protectrices de

l'ouvrier ; ainsi s'expliquent les mesures législatives destinées à réprimer les abus et à mettre un terme à des souffrances imméritées (1).

Cette conception du rôle de TEtat, dans les temps modernes, est justifiée par l'histoire. Les premières migrations, comme les colonisations plus récentes, offrent presque partout le même et uniforme tableau. Sur les espaces illimités, quelques familles ont formé d'abord de petits groupes indépendants et souverains. Il en fut ainsi au Canada, lors de la fondation des premiers établissements français, et dans l'Afrique australe, lorsque les Boërs y portèrent la civilisation européenne. Mais le développement de la population et la complication des rapports sociaux obligèrent bientôt les chefs de famille à déléguer à quelques-uns d'entre eux les services nécessaires à tous. La justice, l'administration, la police furent partagées entre les plus dignes. Parfois les rivalités empêchèrent l'organisation paciGque du gouvernement et c'est parla force que l'autorité civile s'implanta et assura Tordre et la sécurité. Mais, en toute hypothèse, et quelle que soit la société observée, le consentement exprès ou tacite du peuple a toujours marqué et justiflé l'origine du pouvoir. L'Etat a été créé par l'individu et pour l'individu ; il n'est une « force » dans l'ordre économique que s'il supplée et complète la libre activité des citoyens. Nous allons le montrer en traitant de l'action de l'école économique française.

(1) Claudio Jannet, Le socialisme d'Etat et la réforme sociale, Paris, Pion, 1889, chap. I ; A. Castelein, Le socialisme et le droit de propriété, Bruxelles, Goemare, 1896, chap. XII; Paul Leroy- Beaulieu, L'État moderne et ses fonctions, 3« édit., Paris, Guillaumin etCie, 1891.

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