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CHAPITRE II

l'école française et la politique commerciale

I. Formes de la politique commerciale. — Les préférences des économistes français. — Comment la libre concurrence et la facilité des échanges assurent le développement de la richesse. — Importance des traités de commerce. — II. La production en grand, le marché international et les colonies. — III. La petite production et les marchés locaux. — IV. Les crises commerciales.

La politique commerciale des Etais varie suivant des causes nombreuses : économiques, morales et sentimentales. Elle subit les vicissitudes de Tamitié ou de Tanimosité des peuples : elle est liée à la politique complexe des gouvernants. En fait, elle se ramène à trois combinaisons pratiques: le système prohibitif, qui prétend supprimer la concurrence étrangère ; le système protecteur qui atténue cette concurrence ; enfin, la liberté commerciale.

La politique commerciale est par excellence la politique des intérêts. Elle contribuait déjà à la grandeur de Tyr et de Carthage. Au moyen âge, les villes italiennes et les Pays-Bas ont dû à de nombreux traités le développement de leurs richesses. Lorsque la découverte de l'Amérique eut ouvert à TEurope de nouveaux débouchés, l'habileté de Colbert assura, dans les échanges internationaux, la supériorité de la France sur les nations rivales. Nul n'aima plus que Colbert le commerce et les commerçants. Il rappelait sans cesse à Louis XIV leurs qualités distinctives : initiative, hardiesse et jugement.

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A la vérité, il les savait plus ir cosmopolites » que « natio naux », et il voulait les attacher au sol (1).

Aujourd'hui le commerce est essentiellement international et, dans tous les pays, le trait distinctif des manufactures est de travailler pour l'exportation. Mais la manufacture n'est pas seule en jeu ; Tagriculture, elle aussi, demande à écouler ses produits. Ainsi se retrouve ce grand et difficile problème de l'échange international. Faut-il que les gouvernements interviennent pour favoriser tels ou tels intérêts? Comment y arriveront-ils ?

Les économistes français, fidèles à cette théorie toujours vraie des « débouchés » dont J.-B. Say s'est fait le protagoniste, rencontre comme adversaires les partisans de la « balance du commerce ». Ceux-ci considèrent sans cesse le tableau des importations et des exportations et reprennent, en les rajeunissant, certains arguments qui, au XVIP siècle, avaient séduit l'école mercantile (2).

(1) Il écrivait à M. de Béziers, ambassadeur de France à Madrid : M Je vous prie d'examiner s*il ne se pourrait rien faire qui fût agréable aux marchands (français) pour faciliter leur commerce ou l'augmenter. » Il écrivait à M. de Pomponne, ambassadeur en Hollande, de s'occuper particulièrement du développement du commerce par mer, et, dans le même temps, il mandait à M. de Sonzy, chargé de l'administration des douanes, « de ne rien faire qui puisse troubler ni diminuer le commerce. Il est de très grande conséquence que les marchands ne soient vexés pour quelque prétexte que ce soit. Ne décidez jamais rien sans les avoir entendus. Soyez plutôt un peu dupe avec eux que de gêner le commerce, parce que ce serait anéantir les produits. » (Voy. Blanqui, Histoire de l'économie politique, 5® édit., ch. XXVI. Paris, Guillaumin et Cie, 1882.)

(2) 11 est bien vrai que la balance du commerce est favorable lorsque les exportations l'emportent sur les importations et défavorable dans le cas contraire, mais le public se trompe en concluant que la balance marque l'enrichissement ou l'appauvrissement des pays. Lorsque la France a plus acheté à l'Angleterre qu'elle ne lui a vendu, elle est sa débitrice ; mais dans le même temps elle est sa créancière parce que les Français sont détenteurs de valeurs mobilières anglaises et que, chaque année, ils ont à toucher, sous forme de

Si le système prohibitif est aujourd'hui abandonné, cependant la liberté commerciale se heurte à de nombreux obstacles. Les Etats modernes délaissent un régime de liberté internationale pour le système dit protecteur et s'attachent à leur institution séculaire, la douane, institution civile et militaire qui garde la frontière contre la libre entrée des produits étrangers. Que de fois a-t-on répété dans les parlements, que chaque Etat doit établir un tarif général de douanes et s'entourer d'un mur protecteur, comme s'il était seul en cause et sans s'inquiéter des nations rivales I Les parlements n'auraient à considérer que le développement de leurs différentes productions et à élever ou à abaisser le tarif légal suivant le degré de prospérité des industries nationales (1).

Nous ne nions pas l'utilité d'un tarif légal à opposer aux Etats étrangers, notamment lorsque ceux-ci nous refusent des traités de commerce. Mais ce tarif étant établi, nous croyons qu'il est d'une bonne politique de conclure des traités^ pourvu qu'ils ne soient pas d'une trop longue durée. Le système des traités, c'est la réciprocité des avantages et c'est, pour nos industriels et nos négociants, la certitude que, pendant un temps déterminé, ils pourront exporter leurs produits sans aucune aggravation de charges de la part de tel Etat signataire du traité. C'est donc la sécurité pour nos nationaux, et en matière de commerce, rien ne vaut la stabilité

coupons, d'importants revenus. En outre, les dépenses faites en France par les riches anglais ramènent périodiquement un stock considérable de métaux précieux. C'est ainsi que des « compensations » se font à tout instant ; elles empêchent la sortie du numéraire et maintiennent l'équilibre entre les créances et les dettes de deux pays déterminés. Quant à la balance du commerce, elle est bien utile à consulter parce qu'elle fournit des données officielles sur les différentes branches du commerce et qu'elle permet d'année en année la comparaison des industries nationales.

(1) V. Simon N. Patten, Les fondements économiques de la protection, traduit de l'anglais par F. Lepelletier, avec une préface de P. Cauwès. Paris, Giard et Brière, 1899.

des engagements. Au contraire, l'absence de traités de commerce nous expose à des représailles incessantes : elle entrave les exportations, car les Etats répondent à notre tarif légal par des élévations de taxes. Ainsi c'est la lutte à outrance, lutte anliéconomique et désastreuse pour la grande famille européenne. Il faut donc voir avec satisfaction le retour des esprits vers les traités de commerce. A ceux qui nous demandent : « Etes-vous libre échangistes ou protectionnistes ? » nous répondons : « Nous sommes échangistes ». Nous croyons qu'il en est des peuples comme des individus : plus ils commercent, plus ils gagnent. Telle est l'opinion dominante chez les économistes français.

En France nous vivons, en 1902, sous le régime protecteur, et notre agriculture est censée en bénéficier largement. Cependant les prix des céréales ne répondent pas à l'attente des agriculteurs. Les libre-échangistes absolus vous diront : ce résultat n'a rien qui doive étonner ; la France arrive à produire plus de blé qu'elle n'en consomme et la preuve est qu'elle en exporte. Donc les offres dépassent les demandes, et si les statistiques officielles ne l'établissent pas nettement, c'est qu'elles sont incomplètes et mal ordonnées ; l'abondance des blés suffit à expliquer la baisse des prix. Les protectionnistes affirment, au contraire, que les pays étrangers nous fournissent du blé et que le droit de douane ne « joue » pas. Les spéculateurs tiennent, paraît-il, les tarifs en échec au moyen de Yadmission temporaire ; ils font entrer des blés qui ne paient aucun droit et qui, au lieu de sortir sous forme de farines, restent en France et encombrent nos marchés. Quoi qu'il en soit, nos producteurs se plaignent de la « mévente » des blés et tournent leurs regards vers les pouvoirs publics. Mais là aussi se retrouvent libre-échangistes et protectionnistes ; les parlementaires sont incertains et divisés sur la question des blés comme sur tant d'autres, et on ne voit pas encore quelle solution pourrait rallier les représentants de tant d'intérêts divers et opposés.

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Quelle que soit, en matière agricole, l'action du parlement français, nous croyons que la plupart des causes du malaise agricole signalées dans les Chambres, sont des causes secondaires.

On pourra accumuler les entraves, élever encore les taxes protectrices à tel point que le mur douanier rappellera celui de Colbert, mais la spéculation sur les blés ne sera pas désarmée ; elle prendra les allures de la contrebande ; elle se fera plus mystérieuse et plus ténébreuse ; mais pour être moins provocante, elle ne sera pas moins hardie.

Les causes du mal actuel apparaissent plus profondes. L'extension de besoins souvent factices accroît les charges domestiques, et nombre de jeunes hommes, après leur service de trois ans, délaissent la vie rurale, trouvant « qu'il faut décidément trop se courber pour travailler la terre ». En outre, la dépopulation, si souvent étudiée au point de vue moral, économique et militaire, a pournaturelle conséquence la raréfaction de la main-d'œuvre et Télévation des salaires. Enfin, les charges fiscales, — communales, départementales, — sont un lourd fardeau. Ainsi grevée de frais multiples, la culture française, malgré le labeur obstiné du producteur, lutte difficilement contre la concurrence de pays plus favorisés. Ce n*est pas encore la terre qui meurt, mais c'est la terre qui soufFre, qui languit, parce que les bras lui manquent et que le fisc l'écrase. Que serait-ce si un impôt général sur le revenu, impôt progressif et spoliateur, dont nous parlions plus haut, allait frapper le contribuable ?

Ce sont surtout les spéculateurs, auxquels on reproche de tenir la douane en échec, que Ton voudrait atteindre. Mais comment y arriver ? Depuis des siècles les spéculations sur les blés ne sont-elles pas les plus connues et les plus combattues ? Dans l'ancienne France, comme en Allemagne et en Italie, on voyait des hommes d'une rare habileté accaparer les blés et élever artificiellement les prix de vente. Avec la hausse

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du blé, c'était bientôt la hausse du pain. Parfois le malaise était général, lorsque la récolte manquait dant tout un pays, mais plus souvent c'était telle région du Midi qui souffrait, tandis que le Nord et TEst étaient dans l'abondance. Alors la difficulté des communications, l'isolement des marchés, les douanes intérieures empêchaient le nivellement des prix et favorisaient les spéculateurs locaux ou régionaux. L'imagination populaire voyait bien vite le fantôme de l'accaparement et s'exagérait les périls. « Si le roi savait », disait la foule, mais le roi était bien loin, et lorsque le hasard ou les intendants l'avaient renseigné, il prenait des mesures hâtives et sans grand effet. Tel, Philippe le Bel, qui, en 1304, voulant empêcher la spéculation et « réfréner la commune tempête », fixe le prix du blé et ordonne que tout producteur viendra approvisionner les marchés. Ceux-ci étaient déserts et chacun gardait ses céréales au logis. Ce que voyant, le roi se moqua des légistes et rapporta son édit : « Ordonnons que quiconque aura du grain susdit, il puisse le donner pour le prix qu'il voudra et commandons que sûrement on puisse venir au marché sans crainte pour chevaux et charrettes. » Ce fut un des premiers triomphes de la liberté commerciale. Nombreux apparaissent les rois qui sévissent contre les spéculateurs, mais ceux-ci ne se découragent pas. La Convention crut être plus heureuse. Tandis qu'elle fabriquait sans limites les assignats, elle voulut imposer un maximum au prix des subsistances, et le 3 mai 1793, elle punissait de mort ceux qui désobéissaient à son décret (1). Producteurs et consommateurs allèrent à Téchafaud, mais le décret n'eut aucun résultat économique. Aujourd'hui encore, le Code pénal frappe les spéculateurs, mais les peines

(1) Le décret était ainsi libellé : « Quiconque aura vendu ou acheté au delà du maximum sera puni d'une amende de 300 à 1000 francs, et les grains ou farines encore en sa possession seront confisqués. Pour ceux qui seront convaincus d'avoir méchamment gâté ou enfoui farines ou grains, la mort, »

sont bénignes et rarement appliquées (1). Aussi les joueurs à la hausse comme à la baisse spéculent sur les blés et sur les farines ; ils faussent parfois les cours et suscitent des crises passagères. Si quelques joueurs s'enrichissent, la plupart se ruinent ; c'est une satisfaction pour les producteurs et les modestes commerçants.

Dans la vie économique contemporaine, tout a contribué à faciliter la production et à multiplier les échanges. La science avec ses inventions, lé capital par son accroissement continu, les transports avec leurs incessants progrès, voilà autant de causes qui expliquent Tessor du commerce international. Mais en même temps les concurrents se multiplient et la rivalité des pays neufs et de l'Amérique en particulier crée un ordre de choses nouveau, inconnu à nos pères : novus rerum nascitur ordo.

Le peuple américain a l'espace et le nombre ; il s'assimile les races les plus diverses, et de cette humaine fusion il a fait un peuple énergique et libre qui a surtout le culte de la richesse. Ceux qui voudraient apprécier la force économique des Etats- Unis et l'intensité de leur concurrence d'après les trusts, les spéculations et les coups de Bourse des « rois » de la finance américaine, se tromperaient étrangement. Ce sont là des faits exceptionnels, qui, tout en ayant leur répercussion sur le mouvement des affaires, atteignent peu la vie même de la nation. Trois causes expliquent la prospérité des Etats-Unis :

(1) « Tous ceux qui, par des voies ou des moyens frauduleux quelconques, auront opéré la hausse ou la baisse du prix des denrées ou marchandises ou des papiers et effets publics au-dessus ou au-dessous des prix qu'aurait déterminés la concurrence naturelle et libre du commerce, seront punis d'un emprisonnement d'un mois au moins, d'un an au plus et d'une amende de 500 francs à 10.000 francs, » (Art. 419 du Gode pénal.)

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la richesse naturelle du sol, les progrès constants de l'industrie et du commerce, les libertés publiques et l'usage de ces libertés. Tout cela explique l'initiative des habitants, les progrès de la production américaine et le développement des échanges.

Lorsqu'en 1783, le traité de Paris, conclu entre l'Angleterre et les Etats-Unis, assura à ces derniers les bénéfices matériels de l'indépendance, ils disposèrent d'un territoire de 827.844 milles carrés de superficie. Par suite d'annexions et d'acquisitions diverses, leur territoire est aujourd'hui de 3.457.432 milles carrés. Sur ce sol fécond, les habitants ont trouvé l'ensemble des matières premières nécessaires à la production des richesses, et les Européens sont venus, par une immigration successive, renforcer sans cesse le contingent anglo-saxon.

Au milieu du dix-neuvième siècle, là superficie du sol cultivé était de 113 millions d'hectares ; elle était, en 1900, de 300 millions d'hectares, environ. Céréales, élevage du bétail, cultures accessoires, tout a suivi un accroissement qu'on observe aussi bien dans les industries extractives. Les mines de houille et d'anthracite, la production dufer, de l'or, de l'argent, du cuivre, du pétrole, ont donné naissance à de puissants syndicats dont les chefs sont appelés journellement les rois du fer, du cuivre ou du pétrole. Il en est de même des chemins de fer dont le réseau est tellement étendu que Ton compte 40 kilomètres par 10.000 habitants, tandis que la statistique n'en assigne à l'Europe que 7, 3 et à la France, en particulier, 10,9 pour le même chiffre d'habitants.

Protégés par les tarifs douaniers, les Etats-Unis ont pu non seulement satisfaire aux demandes des marchés intérieurs, mais, depuis 1870, ils travaillent pour l'exportation. Lorsqu'on compare leurs achats et leurs ventes, on constate le développement de ces dernières, à tel point que les Etats-Unis sont aujourd'hui créanciers de l'étranger pour des sommes considérables. Non seulement ils cessent d'emprunter à l'Europe,

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mais ils lui offrent des capitaux. « Depuis dix ans, les importations sont stationnaires, elles tendent même à diminuer. Les exportations sont, au contraire, passés de 4.397 millions de francs à 7,389 : c'est une augmentation de 72,4 pour 100. Jamais pays n'a offert l'exemple d'une semblable balance commerciale ; c'est un fait sans précédent dans Thistoire économique du monde (1),

Si le marché américain échappe de plus en plus à TEurope, la France ne trouve-t-elle pas de grandes compensations dans son empire colonial ?

Tandis que les premiers économistes, Adam Smith et J.-B. Say ne voyaient pas avec faveur le développement des colonies, se rappelant les errements de TEurope connus sous le nom de « pacte colonial », aujourd'hui l'école économique française ne cesse de pousser à l'émigration et à la colonisation (2). On ne dit plus que les établissements coloniaux sont pour la métropole une perte d'hommes et de richesses. Encore moins soutient-on que le fait d'émigrer dénote un affaiblissement du sens patriotique et une infériorité de sentiments. Mais l'émigration suppose les familles nombreuses, un régime successoral moins restrictif que le nôtre et une éducation virile chez l'enfant. Ce sont là quelques-unes des qualités qui distinguent les Anglais, mais qui n'excluent chez eux ni l'âpreté ni l'égoïsme. Tel qu'il est, le Français ne quitte jamais la métropole sans esprit de retour, et s'il fonde au loin quelque établissement, c'est un lien de plus qui le rattache à son pays (3).

(1) G. Blondel, La France et le marché du monde, Paris, Larose, 1901, p. 14.

(2) V. notamment Paul Leroy-Beaulieu, De la colonisation chezles peuples modernes, 7« édit., Paris, Guillaumin et Cie, 1900.

(3) Ceux qui traitent de politique coloniale ne disent pas assez qu'elle doit se diversifier suivant les milieux économiques et politiques et que le Tonkin, la Tunisie, les Antilles et la Réunion ne

sont pas susceptibles d'un régime uniforme. Gomment admettre que

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Comment expliquer qu'avec tous les sacrifices d*hommes et d'argent consentis pour nos colonies, les résultats soient relativement assez minimes ? Notre domaine colonial est aujourd'hui considérable, mais les diverses régions ne sont pas toutes utilisables ; on peut même dire que plusieurs ne sont pas connues. La première mesure à prendre serait de faire étudier*, « monographier » chaque région nous appartenant ou placée sous notre protectorat. On la connaîtrait pour ses richesses et pour le caractère des habitants. Annamites ou Malgaches ont une histoire, une langue, une vie morale ignorées trop souvent des fonctionnaires de la métropole. Ce n'est pas trop demander aux futurs administrateurs des colonies que d'exiger la connaissance de la langue du pays. Dans les Indes, les Anglais ont imposé divers examens à leurs jeunes fonctionnaires, et les traitements sont calculés en raison des connaissances individuelles. Quant aux indigènes, il est nécessaire de les associer peu à peu au gouvernement de leur pays. Quant aux colons, enfin, pour qui tant de travaux et de sacrifices sont consentis journellement, ils doivent compter sur eux beaucoup plus que sur la métropole, et comme ce sont les capitaux qui, trop souvent, leur font défaut, ils doivent recourir aux sociétés commerciales et compenser par Tasso-

la législation compliquée de la France peut utilement s'appliquer h rindo-Chine, par exemple ? C'est cependant ce qui a été fait. Un des successeurs de M. Paul Bert se fit un jour apporter le recueil de nos lois, le volumineux Code Rivière. « Il l'ouvrit, le feuilleta avec curiosité et bientôt avec intérêt ; il y trouva non seulement ce qu'il cherchait, le titre des hypothèques, mais bien d'autres trésors législatifs : la loi de 1807 sur le dessèchement des marais ; celle de 1841 sur l'expropriation pour cause d'utilité publique ; celle de 1855 sur la transcription, etc. ; et, surpris et charmé, jaloux de doter ses administrés d'une législation aussi judicieuse, promulgua le Code Rivière dans l'étendue du protectorat. Entre autres lois, le Code Rivière comprenait la loi de 1881 sur la presse ; et voilà pourquoi la presse est libre au Tonkin, » V. J. Chailley-Bert, Dix années de politique coloniale [Journal des Débats, 16 août 190J).

dation leur faiblesse personnelle. C'est, du reste, le meilleur moyen pour eux de faire une œuvre durable et de créer des établissements qui survivent à leurs fondateurs. Les socié* tés de colonisation ont puissamment contribué à la mise en valeur des pays neufs et ont favorisé une émigration riche et régulière.

C'est TAlgérie surtout qui nous intéresse, parce qu'elle est vraiment terre française et que sa population s'accroît, comme le témoigne le recensement de 1901. La population totale est de 4.739.331 habitants, comprenant 4.070.000 Musulmans,584.000 Européens, 57.000 Israélites indigènes naturalisés et quelques milliers de Tunisiens et de Marocains. Sur les 584.000 Européens,Ies Français sont au nombre de 364.257. Depuis dix ans le nombre des indigènes et des Européens s'est sensiblement accru (1). On reproche parfois aux uns et aux autres de faire concurrence à nos départements du Midi, de ne produire que du blé, du bétail et du vin. N'a-t-on pas, dans quelques journaux, agité cette question bizarre de frapper de droits de douane les produits algériens ? Certes, il serait très profitable que l'Algérie nous fournit du café et du charbon, mais elle fait partie du bassin méditerranéen au même titre que la Provence, l'Espagne et l'Italie, et elle ne peut nous donner que les produits agricoles. Il faut donc que les procédés de culture se perfectionnent aussi bien par l'effort des colons que par l'instruction et l'activité des indigènes. Tout cela se fera peu à peu, si la haute administration de l'Algérie adopte une politique coloniale prudente et persévérante. Nous en sommes à la troisième méthode de colonisation (2). On a reconnu que

(1) L'ensemble des habitants de TAlgérie est de 4.739.331 ; il était, d'après le recensement de 1896, de 4.429.421, et, d'après celui de 1891, de 4.126.395. Le nombre des Musulmans était de 3.554.000 en 1891, et le nombre des Européens n'atteignait pas le chiffre de oOO.OOO à la même époque ^

(2) Voy. Discussions parlementaires, Chambre des députés. Journal Officiel, 2^ mai 1901.

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deux populations de mœurs et de mentalité absolument opposées peuvent vivre côte à côte : Tune façonnée par le Coran, issue de familles nomades et patriarcales, aux coutumes séculaires, à ridée fataliste, Tautre d'origine européenne et de civilisation chrétienne. Il ne semble pas que celle-ci puisse avant longtemps s'assimiler celle là.

Une nouvelle période vient de s'ouvrir pour l'Algérie, période d'autonomie et d'indépendance relative. Elle a son budget spécial et une représentation officielle connue sous le nom de « Délégations financières algériennes ». Elle va réaliser des emprunts et donner un nouvel essor aux travaux publics, au service des forêts, à la mise en valeur de sols jusqu'ici abandonnés. Il lui faut surtout une administration impartiale, se tenant en dehors des partis, au-dessus des colons, des indigènes et des races diverses, ayant par-dessus tout le souci de rendre justice à chacun, suum cuique tribuens»

La science économique, en étudiant les causes qui rendent le travail productif et qui multiplient les capitaux, constate, dans toute société, une infinie diversité d'efforts qui, tous, concourent au même but, la production des richesses et la satisfaction des besoins.

L'école socialiste qui traite sans cesse de la suppression des « intermédiaires », qui, dans sa lutte contre le capitalisme, réclame pour l'Etat le monopole de la production et des échanges, sacrifie grands et petits producteurs à un régime de contrainte qu'elle appelle : le collectivisme. Sous ce régime, il n'y aurait qu'un propriétaire anonyme : l'Etat. Les économistes ont réfuté facilement les théories décevantes du socialisme, mais plus d'un parmi eux semblait accepter, il y a cinquante ans, comme une nécessité économique la disparition des petits ateliers et du commerce de détail.

Il est certain que la production en grand est devenue le fait normal de notre époque. L'industrie manufacturière et, dans bien des pays, l'industrie agricole sont servies par les machines, par une ingénieuse division du travail et par l'abondance des capitaux. Elles voient ainsi diminuer leurs frais généraux et, grâce au bas prix de leurs produits, elles rendent de plus en plus dure la tâche des petits fabricants. Il en a été de même pour les grands magasins et pour les sociétés coopératives dont rhabile organisation et le bon marché devaient attirer et retenir la clientèle. Mais si on analyse avec soin les causes de succès des grandes entreprises, on en distingue deux principales : Tusage des machines et l'emploi de forts capitaux. Faut-il croire, avec l'école socialiste, que les petites entreprises ne puissent garder leur place dans la vie économique contemporaine ?

Les Allemands désignent sous le nom de Mittelstand^ cette classe qui tient le milieu entre le prolétariat et la classe riche. Nous y comprenons : P le petit commerce ; 2«la petite industrie ; 3** les fonctionnaires et employés de moyenne catégorie. Quant à savoir où finissent le petit commerce et la petite industrie, c'est là une question de fait dont la solution varie suivant les milieux.

Il s'agit donc de la classe moyenne des villes, mais non de la population des campagnes où la petite propriété et le fairevaloir tiennent une place considérable, surtout en France. Deux questions résument, au sujet des classes moyennes ou de la petite bourgeoisie dont s'occupent les congrès (1),

(i) Les Belges ont, sur cette question, pris l'initiative de congrès internationaux depuis quelques années. Le Congrès d'Anvers de 1899 avait eu 400 adhérents ; le Congrès de Namur de 1901 en a recueilli 800. Une « association pour Fétude et la défense des intérêts de la petite bourgeoisie » s'occupe, en Belgique, d'une façon permanente des questions intéressant les classes moyennes. Elle a à sa tête MM. Koch et O. Pyfferoen, professeur à TUniversité de Gand. Elle a demandé et obtenu qu'une enquête officielle fût faite, en Belgique,

le problème attachant qui se pose aujourd'hui : 1» la petite bourgeoisie est-elle en voie de disparaître, et si cela est, quelles sont les causes de cette disparition ? 2^ quelles mesures de protection faut-il proposer ?

Est-il exact que les classes moyennes disparaissent ? On ne Tobserve pas dans les grandes villes, où les petits loyers, les statistiques de Tirnpôt, le prix des places (pour les transports, les théâtres) et le prix des consommations dans les restaurants et les cafés, attestent, au contraire, le maintien de la petite bourgeoisie. Tandis que des branches nombreuses d'activité humaine sont rebelles à la production mécanique, Thomme emploie de plus en plus les moteurs domestiques. Grâce à cette <( décentralisation » de la force motrice, le producteur arrive à réunir certains avantages de la grande industrie avec le maintien des petits ateliers. Que si on considère les grandes entreprises de la banque, du commerce, des assurances et des multiples administrations publiques ou privées, combien sont nombreux les employés qui constituent la classe moyenne et qui préfèrent de beaucoup la stabilité de leur position aux risques d'une carrière indépendante. En outre, ils sont légion ceux qui, par la nature même de leur métier ou de leur commerce restreint, maintiennent, dans nos villes, une bourgeoisie travailleuse et contente de son sort. Enfin, dans les campagnes, la petite et la moyenne propriété font vivre des millions de ménages, dont Taisance et Tindépendance sont les traits caractéristiques de la bourgeoisie européenne.

Ces faits ne permettent donc pas de signaler la « dispari^ lion » des classes moyennes, mais il n'est pas moins certain que, dans tel milieu déterminé, la grande industrie et le grand magasin suppriment un certain nombre d'emplois, en même temps qu'ils rendent très dure la concurrence de rivaux moins

sur les classes moyennes, par les soins du ministère de l'industrie et du travail.

bien armés au double point de vue du machinisme et du capital. Ce qui est incontestable aussi, c'est que si la disparition progressive de la petite bourgeoisie s'accentuait, elle aurait pour résultat d'augmenter le fossé qui sépare aujourd'hui patrons et salariés et d'accroître singulièrement la force du socialisme.

Y a-t-il, en cette matière, quelques mesures de protection à proposer ? Qu'il s'agisse des petites industries domestiques, recevant la force motrice à bon marché, ou bien de la lutte contre le grand magasin et la société coopérative, c'est toujours le « syndicat » qui offre à la petite bourgeoisie ses meilleures armes et sa meilleure défense (1). Les congrès belges ont fourni, sur ce point, des faits nombreux et décisifs. Dans certaines villes d'Allemagne et de Belgique, chapeliers, cordonniers, menuisiers se sont unis pour Tachât en commun des produits et ont trouvé auprès des fabricants les avantages accordés jusqu'alors aux sociétés coopératives ou aux grands magasins. Pour lutter contre ces derniers, la vente au comptant est devenue une nécessité ; aussi une « ligue M s'est-elle fondée à Namur pour le paiement au comptant, et l'initiative de M. O. Pyfferoen a-t-elle été accueillie avec une grande faveur. Il n'avait pas eu de peine à rappeler que la vente à crédit ruine le petit commerce, tandis que la vente au comptant a contribué au succès des grands magasins. Sans doute on recommandera aussi aux petits négociants d'afficher leurs prix et d'éviter les majorations variables suivant la ténacité des acheteurs.

Si les lois ne peuvent modifier les phénomènes économiques

(1) Nous comprenons, sous le nom de « syndicats », les divers groupements qui ont pour objet soit de fournir les matières premières, les instruments de travail et le capital circulant^ soit de faciliter la vente du produit. Les études du T>^ Hans Crueger, en Allelemagne, d'Hector Lambrechts en Belgique, ont fourni de nombreux renseignements sur ces questions. V. Brants, Un organisme de la vie moderne dans la petite industrie. La Réforme sociale,!*'^ mars 1902.

naturels, elles doivent supprimer les entraves qui s'opposent au travail de rhomme et à une équitable répartition des biens. Aussi approuvera-t-on le Congrès de Namur d'avoir réclamé, — pour le crédit, les patentes, les frais de justice, la procédure, les faillites, le colportage, la concurrence déloyale, — une législation destructive de nombreux abus. L'expérience montre que ces abus se traduisent par une élévation du prix de la vie et qu'ils pèsent plus lourdement sur les petites et les moyennes fortunes. Aucun Etat civilisé ne peut se vanter d'échapper aux difGcultés que présente aujourd'hui la situation de la petite bourgeoisie. Aussi faut-il louer nos voisins de Belgique de leur initiative et du succès des deux premiers congrès internationaux.

Quel que soit le développement du grand et du petit commerce et si habile que puisse être la politique commerciale des gouvernants, un pays ne saurait échapper aux crises économiques qui paralysent et entravent, à certains moments, l'essor de la richesse. Les novateurs socialistes ont attaqué souvent la science économique qui, disent-ils, édifient un « ordre » économique soumis à des désordres continuels. L'observation méthodique des faits a fourni la réponse.

Il est rare qu'un homme soit dans un état de parfait équi libre ; des causes multiples, physiques ou morales, troublent, à tout instant, le rythme normal de ses facultés. Nul n'y échappe, ni l'enfant, ni l'adulte, ni le vieillard. Toute rupture d'équilibre est une crise. Le même fait s'observe dans les sociétés humaines, où le défaut d'équilibre entre la production et la consommation, les disettes comme l'encombrement des produits^ causent une perturbation économique. Désordre et crise sont synonymes. Telle crise apparaît comme une fièvre ardente et passagère, telle autre est une lente anémie ; les unes affectent

une industrie particulière, les autres sont générales. Chaque crise présente les mêmes phénomènes. Après une période de grande prospérité, le mouvement delà production se ralentit, les échanges sont paralysés, la hausse des prix s'arrête. Et la solidarité des industries est telle que les villes comme les campagnes sont atteintes, et que parfois tous les Etats d'un continent sont frappés. Alors les banques voient en foule accourir leurs clients : ceux-ci ont à payer les matières premières, alors qu'ils ne vendent plus leurs produits ; ceux-là demandent un sursis et la prorogation de leurs échéances. Bientôt la crise s'aggrave en raison de la pénurie du numéraire. Les banques élèvent alors le taux de leur escompte et font payer plus chèrement leurs services ; elles refusent même tout crédit. A ce moment, la crise bat son plein. Les producteurs imprévoyants, les spéculateurs inhabiles, les entreprises peu solides sont durement frappés. C'est la débâcle ou, selon le mot des Gnanciers, la période de liquidation.

Comment prévoir une crise et juger de son intensité ? C'est encore un économiste français, M. Clément Juglar, qui a fourni la théorie des crises, comme autrefois J.-B. Say avait édifié la théorie des débouchés. Il a observé minutieusement, pour la France,les crises de 1837, 1847, 1857, 1867, 1877, 1882, 1891, et il en proclame ainsi la périodicité. Ce qu'il envisage particulièrement, ce sont les crises commerciales, où se reflète, du reste, la situation économique générale. Il étudie le mouvement des échanges et le bilan des banques ; il contrôle ces résultats par la hausse et la baisse des prix, parle chiffre des importations et des exportations. Ce sont là, en effet, les témoins et les indicateurs de l'activité ou de la stagnation des affaires.

On prévoit une crise et on apprécie son intensité principalement par Texamen de la Banque de France pendant un certain nombre d'années (1). On sait que notre grand établisse-

(1) Cpr. Les crises commerciales et leurs retours périodiques en

ment de crédit, appuyé sur de nombreuses succursales, imprime son impulsion aux différentes banques du pays. Bien connaître le mouvement d*affairesde la Banque de France,c*est se rendre compte de la circulation et de la production nationale. En effet, sauf pour les opérations peu importantes qui se font au comptant, les affaires commerciales se traitent à terme et aboutissent, de la part des débiteurs, à des promesses de payer. Ces innombrables promesses de payer sont les effets de commerce que les créanciers font escompter à la Banque et qui leur permettent de toucher immédiatement le numéraire dont ils ont besoin. Si les escomptes sont considérables, rencaisse métallique se raréfie en proportion. Voilà donc, dans le bilan annuel de la Banque de France, deux articles intéressants à observer : le portefeuille,— plus ou moins bourré d'effets de commerce, — et l'encaisse métallique. Or Texpérience a montré le phénomène suivant. Une crise commerciale est imminente quand le portefeuille de la Banque est encombré de titres et que la réserve métallique est faible ; au contraire, la crise touche à sa fin, quand le portefeuille est dégarni et que l'encaisse d'or et d'argent est très élevée (1). Il y a là des indications très précieuses pour les producteurs, négociants, commissionnaires et banquiers de notre pays.

Si les crises étaient simplement commerciales, on pourrait plus facilement les prévenir et s'en prémunir, mais elles ont aussi des causes morales et politiques. L'élément humain y joue un rôle considérable. A certains moments,une véritable fièvre s'empare des esprits ; chacun veut faire vite et grand ; c'est un emballement général. En outre, la politique imprévoyante des gouvernants, les facilités données à la

France, en Angleterre et aux Etats-Unis depuis 1800, Clément Juglar, 2«édit., 1889, Librairie Guillaumin.

(1) Clément Juglar, L'Economiste français, 24 août 1901 et Journal des Débats, 17 janvier 1902,

spéculation et à l'agiotage, Tabus du crédit public et du papier-monnaie, tout cela facilite les crises et en accroît Tintensité. Autrefois, on souffrait des crises de famine ; aujourd'hui, on souffre des crises de surproduction qui ont pour cortège les faillites, les chôipages, la baisse des salaires. C'est ainsi qu'au XX® siècle, Textrôme abondance des produits a momentanément le même effet que les disettes au moyen âge. En 1901 et 1902, nous avons traversé une crise de surproduction ; cette crise a été générale en ce sens qu'elle a atteint la plupart des produits et que l'Amérique ni l'Europe n*ont pu y échapper. Certains gouvernements se sont imaginé qu'ils pourraient par des mesures artificielles réglementer la production et éviter les crises. Leur intervention passagère a présenté parfois des avantages, mais on n'imagine pas facilement un « conseil des Dix » procédant à une organisation officielle et autoritaire de la production . Les expériences actuelles, au sujet de la question des sucres, ne montrent-elles pas que les systèmes de primes, de douanes, de cartells ne peuvent ni supprimer les crises partielles, ni assurer l'équilibre entre la production et la consommation (1).

(i) La conférence de Bruxelles de 1902, où les nations sucrières étaient représentées, voyait la question des sucres posée de la façon suivante :

L'Allemagne, protégée par son tarif douanier, vend son sucre très cher à ses nationaux, mais bon marché aux Anglais, grâce à son cartell ou syndicat de financiers qui monopolise le produit et le vend à qui il veut, quand il veut et comme il veut. En outre, le gouvernement accorde encore des avantages pécuniaires, c'est-à-dire des primes à l'exportation du produit.

La France, dont Phabitant^ grevé d'impôts, paie le sucre très cher, voit ce produit partir aussi pour l'Angleterre, où les consommateurs rachètent bon marché. C'est que, en effet, nos vendeurs français, favorisés par les primes directes ou indirectes que le Trésor alloue à notre industrie sucrière, peuvent consentir aux Anglais un véritable prix de faveur.

L'Angleterre, enfin, qui reçoit chez elle à bon compte les sucres allemands et français, n'achète plus ce produit à ses lointaines co-

i2i LIVHB m. — CHAPITRE II

lonies ; celles-ci dépérissent et la canne à sucre se meurt. Les Anglais, toujours pratiques, ne veulent pas de colonies inutiles, et ils ont la pensée de frapper de taxes douanières les sucres européens qui entreront chez elle.

Nous signalons les trois pays principalement intéressés. On sait que la Conférence de Bruxelles a décidé la suppression des primes directes et indirectes dont bénéficiaient la production et l'exportation des sucres.

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