‹ L'école et la patrieChapitre 15 sur 31 · Da Costa : Revue Bleue, Juillet · texte numérisé non relu

Da Costa : Revue Bleue, Juillet

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de la jeunesse aux tâches que lui imposent, dans les conditions actuelles d'existence, la Patrie, l'Église et l'État. »

Les réformes de l'empereur dans l'enseignement secondaire contre les études classiques ont obtenu « les suffrages enthousiastes » de l'Université *. Elle les a adoptées comme une arme de combat bien trempée contre « un idéalisme abstrait et infertile et contre une opinion dépourvue de ^ditriotisme (Vaterlands /ose Gesinnung).,. »

« Le plus beau serait, écrit le directeur du Gymnase Frédéric-Guillaume à Cologne, M. Oskar Jager, que le maître eût une Gesinnung (tournure d'esprit) si complètement patriotique, si entièrement nationale, que lui-même ne s'en aperçût pas. »

« Sans faire entrer le chauvinisme à Técole, précise M. Hermann Schiller, on doit cependant montrer clairement aux élèves des deux classes supérieures, qui fut de tout temps le briseur de paix [Friedensbrecher) et qui, selon toute prévision, le sera encore; on doit les instruire qu en conséquence leur devoir est d'égaler leurs ancêtres de 1813 et de 1870 et de marcher de nou-

1. L'enseignement en Allemagne est beaucoup plus démocratl(j[ue, plus social, plus utilitaire qu'en France. Voyez : Maurice Lair : Vlmpérialisme allemand, p. 154 ; in-8% 1902.

veau contre le vieil ennemi au cri de : Dieu et la colère allemande !... Les générations actuelles et futures doivent apprendre à connaître la guerre de 1870 au moins aussi bien que celle de 1813... car Télève en voit encore chaque jour les conséquences^ et vraisemblablement, une guerre future avec la France ressemblera plus à celle de 1870 qu à celle de 1813. »

Si ces professeurs se préoccupent « de la divine ordonnance du monde », c'est, — suivant le conseil de l'un d'eux, fort peu « militariste », M. Rein, — pour choisir parmi les faits et les peuples « ceux dont l'histoire manifeste cette ordonnance d'une façon claire pour notre jeunesse ». Il faut les amener « dans le cercle de la pensée allemande... car celui-là seul comprend les choses étrangères qui sait les mêler à la masse des choses indigènes ». Considérées de ce point de vue, toutes les httératures n'ont pas la même valeur éducative : « Il est vraiment difficile, juge M. Schrader, de nommer dans la littérature française les ouvrages qui, pour notre fin d'éducation, si Ton comprend cette fin avec sérieux et délicatesse, seraient vraiment féconds. La poésie des Français n'est pas notre poésie : son pathos ne nous émeut pas le moins du monde. » Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, M. W.

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Munch estime que la tâche du professeur de français est proprement allemande : « Il ne sera pas, prononce-t-il, comme on l'a souvent exprimé dans un généreux élan d'optimisme, un agent de rapprochement, de paix et d'amitié entre les deux peuples : son rôle modeste, non plus que celui de ses autres collègues, n'a pas une aussi haute portée. »

Cet attachement sans partage à la Patrie allemande, ce culte dont elle est entourée, ces tendances militaristes et belliqueuses, l'instituteur s'en fait l'apôtre fervent*. Il se donne pour mission auguste d'enseigner la terre d'Allemagne, ses morts et ses destinées. Il ne mutilera pas arbitrairement les Annales nationales, et son intelligence pédagogique ne croit pas que le temps présent soit intelligible quand, dans la perspective des âges, n'apparaissent pas Charlemagne et Arminius,

« L'École, décidait en 1881 la conférence

1. Il faut avoir vu les cortèges d'instituteurs à Swimmùnde, les lèvres serrées, le regard mauvais, regardant la flotte anglaise, puis les hoch joyeux qu'ils poussèrent devant l'escadre allemande, « leur escadre », pour se faire une juste idée de la nature de leur patriotisme. Us sont revenus de leur visite convaincus que la marine impériale ne^ ferait qu'une bouchée de sa rivale. Au même moment le Congrès français des Amicales de Lille s'en remettait pour l'accomplissement du service militaire en temps de guerre à l'appréciation individuelle !

d^instituteurs réunie à Zerbst, doit donner aux élèves une éducation patriotique ; l'enseignement de l'histoire y est surtout propre. Il faut que l'enfant apprenne par l'histoire comment son pays a accompli les plus grands desseins, sous la direction de la divine Providence et par les vertus de ses ancêtres. » — « L'Ecole primaire, insiste en 1882 un inspecteur primaire d'Augerburg, atteindra son but, qui est l'éducation nationale des élèves, par l'enseignement de l'histoire, par les fêtes scolaires *, par la personnalité du maître. »

Si l'histoire se met allègrement au service de la patrie, la géographie est l'active propagandiste du pangermanisme ^. Les cartes qu'elle dresse incorporent TAutriche à l'Empire : celui-ci s'étend du Pas-de-Calais à Presbourg et de la pointe du Jutland au golfe de Fiume. Dans son étendue il embrasse la Suisse, le Luxembourg, la Belgique et les Pays-Bas; il absorbe nos départements du Nord, desArdennes, de la Meuse, de la Meurtheet-Moselle, des Vosges, de la Haute-Saône avec Belfort, et du Doubs.

1 . On sait que Faniiiversaire de Sedan, — Sedantag, — est une fête scolaire.

2. André Ghéradame en a donné maintes preuves dans son beau livre sur La France et la question cV Autriche ; in-S", Pion, 1900.

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« L'Allemagne, lit-on dans un manuel, est vraiment le cœur de l'Europe et comme dans Torganisme le cœur a pour fonction de faire circuler à travers les membres un sang qui renouvelle les parties vieillissantes et fortifie les plus jeunes, ainsi l'Allemagne a pour mission dans l'histoire de rajeunir par la diffusion du sang germanique les membres épuisés de cette vieille Europe. » — « Tout ce que la France compte de bon, elle le doit à la race germanique... Non seulement les Flamands, les Normands, les Bourguignons sont des Allemands, mais aussi les Champenois avec leur stature imposante, leurs cheveux blonds et leurs yeux bleus. » 11 n'est pas jusqu'aux Languedociens , « descendants de conquérants visigoths », et aux Provençaux, riches du sang goth et burgonde, qui ne soient de bonne prise. La France est toute en rile-de-France, « ferment de pourriture qui a réussi lentement à faire lever et à corrompre le reste*. »

Mais plus encore que sujet de connaissance, — et l'on voit ce que parfois peut être cette connaissance, — la Patrie est objet d'amour. Que M. Jaurès tâche à Miller ceux qui réclament pour

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