Liederkranz : p
4. « Die Kaiserin, sie ist fûrwahr die Mutter in dem Land ; sie reichet Trost und Hiise dar dem Volk mit eigener Hand. Wo Not und Tod sich Bahnenbricht, darettet sie und wanket nicht Die Kaiserin leb' hoch. » Liederkranz : p. 39.
enrôlé dans les cadres de la Social-démocratie, l'Allemand, ainsi dressé, n'abjurera pas la Patrie : (( Assurément, déclare Wollmar, notre parti est internationaliste, au meilleur sens du mot. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait aussi pour nous des tâches et des devoirs nationaux. Si cosmopolite que soit un homme, il doit reconnaître que les différences entre les peuples ont des racines profondes. Nous aurons à attendre longtemps encore les États-Unis d'Europe ». EtLiebknecht confirme ce langage : « Aucun de nous, dit-il, quel que soit son enthousiasme pour la pensée internationaliste, ne prétendra que nous n'avons pas d'obligations nationales ». Bebel y insiste : « Je Taffirme, envisageant le cas d'une guerre offensive contre l'Allemagne et ses conséquences : Nous sommes Allemands, nous aussi, tout comme ces messieurs du gouvernement. Le sol allemand, la patrie nous appartient à nous, les masses, autant et plus qu'à eux ».
Quand, en 1891, au Congrès socialiste international de Bruxelles, Domela Nieuwenhuis, délégué hollandais, propose que « les socialistes de tous les pays répondent à une déclaration de guerre par une déclaration de grève générale », suivie d'un refus de mobiliser, — Liebknecht no tergiverse pas : il proteste, soutenu par les Aile-
mands*. Au Congrès de Hambourg, Auer admet qu' « un cas peut être admis où le parti socialiste soit pour la guerre et la juge absolument nécessaire », et il obtient l'assentiment de son auditoire. Enfin l'attaque étant le meilleur système de défense, Max Schippel est d'avis qu' (■( en cas de conflit, l'Allemagne doit porter la guerre loin de ses frontières et prendre l'offensive. »
Le congrès socialiste d'Iéna a eu à se prononcer, au mois de septembre, sur les incidents dont le Maroc a été la cause. M. Bernstein s'élevait contre la tiédeur de la Social-Démocratie à affirmer son internationalisme. Il avait déploré la liberté complète laissée par son parti au gouvernement pour la solution du conflit. Et, afin de donner à sa critique la sanction qu'elle lui semblait comporter, il invitait ses amis à blâmer le chancelier et le Reichstag pour leur attitude dans le différend marocain et dans la guerre russo-japonaise. Cette motion fut repoussée.
Le sens d'un pareil vote est clair. La France, — le congrès le sait, — a été contrainte par la menace à subir la nécessité de sacrifier un ministre des Aff'aires Étrangères qu'aucun vote du
1. Le projet de résolution fut voté par les Anglais, les Hollandais et les Français.
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Parlement n'avait atteint, auquel le Président de la République conservait sa confiance, mais dont TEmpereur exigeait le renvoi : Guillaume II, répond le congrès, a bien fait. Est approuvée aussi, sans la moindre réserve, l'abstention absolue oii se sont enfermés les députés socialistes, en présence de démarches qui, jusqu'au jour de la retraite de M. Delcassé, ont eu le caractère d'ultimatum et qui pouvaient faire couler des flots de sang*.
Et toute l'attitude du congrès est conforme à cette décision. Adler, délégué de Kiel, ne peut obtenir que soient désavouées les arrestations arbi-
1. J'invoque ici le témoignage de M. Clemenceau: « C'était le temps où Ton parlait cyniquement de venir prendre en France les milliards nécessaires à la reconstruction de la flotte allemande au cas où elle serait coulée par les canons des escadres anglaises. Nous n'avons pas pu l'oublier, suivant la remarque du Berliner Tageblatt : il n'y a pas si longtemps de cela. On nous disait alors (par quelles voix autorisées!) que si l'Angleterre déclarait la guerre à l'Allemagne, l'Allemagne, alors même que nous ne lui aurions donné aucun prétexte, se jetterait sur nous pour nous prendre en « otages ». Je ne crois pas que jamais dans les temps modernes une puissance « civilisée » ait manifesté des sentiments plus voisins de la pure sauvagerie. »
On peut dire aujourd'hui quelles sont les « voix autorisées » dont parle le sénateur du Var. Dans un entretien avec le président du Conseil, l'ambassadeur d'Allemagne, prince Radolin, signifia la volonté impérieuse de Guillaume : il exigeait le départ de M. Delcassé, auquel M. Loubet ne pouvait se résigner. Il fallut céder. Quoi qu'on pense de la politique d'un ministre, il est douloureux, pour l'honneur national, de le voir partir sous la sommation de l'étranger.
traires dont la Prusse est prodigue en Pologne et dans le* Schleswig-Holstein. Le compagnon Michelsen, ancien officier de cavalerie, essaie de faire décider que les socialistes allemands « ne participeront jamais à une guerre ». Le prolétariat allemand ne lui accorde pas la moindre approbation.
Aussi bien il en serait des déclarations des congrès comme du vent qui passe. De même qu'autrefois, quand l'observait madame de Staël, ce peuple est demeuré « vigoureusement soumis ». Pas un compagnon ne se dérobera à l'appel de Guillaume IL Croyons-en M. Bernstein luimême : « L'armée allemande, dit-il, est une machine sûre entre les mains du gouvernement et de l'Empereur. Elle ne lui refuserait pas ses services, pas plus pour une guerre que contre un mouvement révolutionnaire. Les officiers, les sous-officiers sont d'un loyalisme indiscutable, ET le service militaire est entré dans le sang de NOS paysans au point qu'il est impossible qu'il ne
FASSE PAS SA FONCTION d'iNSTRUMENT PASSIF ET DISCI- PLINÉ, — et cela malgré les ouvriers des villes, les éléments turbulents^ qui suivraient, du reste,
DANS LE RANG COMME LES AUTRES. PcUt-êtrC SCraicnt-
ils moins sûrs; mais ils seraient encadrés. » — « Si jamais l'Allemagne était attaquée, si son
existence était en jeu, eh bien, je vous donne ma parole, du plus jeune au plus vieux, nous serions prêts à mettre le fusil sur Fépaule et à marcher ! Et si je parle ainsi, ce n'est pas pour vous plaire à vous (Torateur désigne la Droite), mais c'est pour exprimer notre sentiment. Oui ; je le jure, tous les socialistes combattront jusqu'à leur dernier souffle pour la Patrie. » Ainsi parle Bebel au Reichstag, dans la discussion du budget de la Guerre le 9 mars 1904. Le ministre, général von Einem, exprime un doute : « Je prends acte de vos déclarations avec plaisir. Mais comment y avoir foi? Comment concilier ces paroles et vos actes ? Les socialistes ne veulent-ils pas provoquer des grèves au moment de la mobilisation? » — Une tempête de protestations s'élève sur les bancs où siègent M. Bebel et ses amis : « Jamais, crient ceux-ci, nous n'avons ainsi parlé. Vous nous confondez avec les socialistes français *. » De ces derniers les Allemands
1. Avec beaucoup de finesse M. Maurice Lair a très bien pénétré la psychologie du travailleur allemand : « Il déclame contre le patronat, contre le luxe des classes « dirigeantes». Mais vous ne l'entendrez jamais protester contre l'essor du commerce mondial, contre le développement de la grande industrie. Le parti socialiste allemand demeure encore un parti de classe, un parti d'ouvriers. Et ces ouvriers savent que leur sort est lié à celui de l'industrie nationale : dans cette Germanie surpeuplée, au sol peu fertile, seuls l'essor de cette industrie, l'activité des échanges peuvent assurer à ses en-
prétendent se distinguer encore par l'indifférence en matière constitutionnelle : personne n'a oublié, — et M. Jaurès, sans doute, moins que quiconque, — la réplique de M. Bebel, à Amsterdam, sur la forme des gouvernements *.
Ainsi en Allemagne, le sentiment national est partout. Il tend à l'hégémonie en Europe et dans le monde ; il a envahi les plus calmes cerveaux. Il domine les préoccupations des partis les plus
fants leur pain quotidien... L'Allemagne impériale a monnayé sa gloire en beaux bénéfices. Sedan et Metz ont porté aux extrémités du monde le nom de Krupp, et, après le canon, celui-ci a fourni la locomotive. L'auguste voyageur se rend à Jérusalem au nom de la Croix et du Gantelet, mais avant il passe à Ildyz-Kiosk, directeur d'une grande usine et représentant de commerce... 11 envoie M. de Tattenbach à Fez, afin d'éviter que le Maroc ne devienne pas une Tunisie. Sans doute la durée de la floraison industrielle et commerciale dépend du maintien de la paix, mais celle-ci est une paix armée ; la force armée doit être capable de faire respecter partout les intérêts du peuple allemand ». — « L'Empire, dit ailleurs M. Lair, exploita son prestige militaire dans son intérêt de fabricant ». Un écrivain, qui n'est pas suspect de tendresse pour la guerre, n'a pu se défendre de l'exprimer : « Le militarisme a facilité la grandeur de l'Allemagne commerciale, en inculquant à toute la nation les qualités d'endurance et de sobriété, les habitudes d'ensemble et de travail commun, qui sont les vraies forces du commerce allemand. (Victor Bérard, V Angleterre et V Impérialisme, ^.^^Q.)
Je suis convaincu que beaucoup de socialistes français ne méritent pas l'outrage qui leur a été fait au Reichstag par leurs « camarades » allemands.
1. M. Bebel prétendit démontrer la supériorité sociale de l'Empire allemand sur la République française.
avancés ; il les incline devant l'Empire, il les contraint au vote des crédits militaires. L'enseignement public est la source inaltérée où s'alimente et se renouvelle son irrésistible courant.
Les victoires des Japonais et les émeutes dont Tokio fut le théâtre, à la nouvelle d'une paix qui ne satisfait pas toutes les espérances nippones, témoignent de la vivacité du sentiment national. Pour ce peuple, qu'on disait hier internationaliste, le patriotisme est devenu une religion, « ogamu », qui lui tient lieu de toute autre. Ici la caserne et l'école ne sont point antagonistes. Celle-ci prépare à celle-là. Un instituteur aguerrit, en 1900, ses élèves pour les campagnes sibériennes, — qu'il prévoit prochaines, — en les faisant marcher nu-pieds dans la neige ; cet autre marque sur la carte de Chine la presqu'île de Liao-Tuang comme une dépendance japonaise * : (1 De tous les pays, chantent les éco-