A M. RIBOT, PRÉSIDENT
DE LA COMMISSION DE l'eNSEIGNEMEjNT
Monsieur le Président et cher collègue,
Les entretiens que j'ai eus avec la Commission de l'enseignement m'ont permis de constater, dès l'origine, avec une vive satisfaction, qu'un accord général existait entre les idées qui ont prévalu devant la Commission et celles dont je me suis inspiré dans le projet d'ensemble que j'ai soumis au Conseil supérieur sur les réformes de l'enseignement secondaire.
A la suite des explications échangées dans ces entretiens, cet accord s'est confirmé et étendu à
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des points nouveaux. Vous en avez pris acte dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser, tout en marquant avec précision les points sur lesquels des divergences subsistaient encore. J'ai l'espoir, Monsieur le Président, que les conférences que nous venons d'avoir ensemble sur ces points réservés ont amené entre nous une entente complète et que les propositions ci-jointes obtiendront l'approbation de la Commission ellemême.
REGIME DES LYCEES
En ce qui concerne le régime des lycées, une partie de ces projets est, dès à présent, en voie d'exécution. J'ai réalisé par un décret en date du 20 juillet dernier la réforme de comptabilité qui rend distincts et indépendants le budget de l'internat et celui de l'externat. Un second décret, paru à VOfficiel, le 20 novembre, incorpore au traitement des répétiteurs les indemnités de logement et de nourriture et assure ainsi à ces fonctionnaires, au point de vue de la retraite, aussi bien qu'au point de vue du traitement, une situation égale à celle des professeurs de même ordre.
Budget. — La séparation des budgets de l'internat et de Texternat qui n'apparaît d'abord que comme une affaire de comptabilité et d'écritures, permettra de déterminer, ce qui était impossible jusqu'à ce jour, d'une part la subvention nécessaire aux externats et, d'autre part, celle qu'exigera encore, pendant une certaine période, l'internat de la plupart des établissements. La fixité de la première de ces subventions, la suppression graduelle de la deuxième, jointes à la libre disposition des excédents devenus propriété des lycées, augmenteront la responsabilité et les pouvoirs des Administrations collégiales, stimuleront leur zèle et leur initiative. Une certaine décentralisation devient dès lors possible. La réforme de la comptabilité conduit ainsi à l'autonomie des lycées : non pas à leur autonomie absolue, car un tel régime serait incompatible avec leur caractère d'établissements publics, mais à une autonomie suffisante pour que chaque maison en reçoive une physionomie propre et pour que son personnel trouve des raisons de s'y intéresser et aussi de s'y attacher. A cette fin, un projet de décret préparé par mon Administration a été soumis pour avis à MM. les Recteurs.
Proviseurs. — Ce nouveau régime imposera aux chefs d'établissements des devoirs plus étendus. Leur situation devra être relevée et leur autorité renforcée ; dans l'internat surtout, le proviseur, aidé d'un Conseil d'administration, devra pouvoir réaliser les modifications propres à rapprocher le plus possible le régime intérieur de la vie de famille.
Répétiteurs. — Une des difficultés qui surgissent dans l'organisation du régime des lycées naît de la situation des répétiteurs. Cette situation a été depuis quinze ans sensiblement améliorée; les prérogatives d'une investiture ministérielle ont été conférées aux répétiteurs. Des garanties leur ont été accordées au point de vue de la discipline, du service exigible, et de l'externement après un certain temps de service. Leur assimilation avec les professeurs de collège de même ordre, déjà réalisée au point de vue du traitement, vient de l'être aussi au point de vue de la retraite. Dès lors, le répétitorat, s'il reste la carrière définitive d'un certain nombre de maîtres, devient pour ceux-ci une carrière équivalente à celle des professeurs de collège.
Cependant la question n'est pas résolue : il y a
encore du malaise. Ce malaise semble être le résultat de la discordance qui existe entre les titres requis des répétiteurs et leurs fonctions actuelles.
Ces fonctions ne comportent pas assez de participation à l'œuvre d'éducation et d'enseignement à laquelle en entrant dans l'Université, les répétiteurs ont pu se croire appelés. Il y a dans ce personnel un fonds de bon vouloir, d'intelligence et de savoir qui s'use dans l'inaction et que nous devons mieux utiliser.
La séparation du service de l'internat et du service de l'externat rend possible une solution. Le proviseur sera maître de s'adresser pour les divers services de l'internat soit à des personnes prises en dehors de l'établissement qui lui offriront des garanties d'honorabilité et d'autorité suffisantes, soit à des répétiteurs, soit à des professeurs. Il est permis de croire qu'il s'en trouvera, et non des moins estimés, qui, n'étant pas retenus par les obligations de la vie de famille, pourront être séduits par l'avantage d'un complément appréciable à leurs traitements.
Leur service étant ainsi allégé du côté de l'internat, les répétiteurs pourront être d'autre part effectivement associés à l'enseignement.
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On leur confiera avec la direction du travail dans les études, la répétition de certains cours, la direction de certains exercices et même de certaines classes. Auxiliaires réels des professeurs, ils deviendront de véritables professeurs-adjoints et seront désignés pour les fonctions de professeurs titulaires.
Je ne me dissimule pas les difficultés d'exécution de cette réforme si simple en apparence. Les répétiteurs sont plus nombreux que ne le comporportera le nouveau régime.
Ce régime d'ailleurs ne saurait être, avant l'épreuve, arrêté dans tous ses détails. Qu'il s'agisse de pourvoir au service de l'internat ou, dans l'externat, de déterminer les conditions et la mesure de la collaboration du professeur-adjoint à l'enseignement magistral, l'expérience sera indispensable pour contrôler les prévisions et fixer des règles. Il faut donc prévoir une période transitoire peut-être assez longue. Mais les difficultés à résoudre ne doivent pas nous arrêter. Le régime actuel a donné tout ce qu'il peut donner. Il provoque trop de critiques légitimes pour qu'il soit permis de s'y tenir.