LE PRÉSIDENT ROLLAND — J.-.T. ROUSSEAU
DIDEROT ET l'eNCYCLOPÉDIE
Au commencement du xviii^ siècle, Rollin, en qui vivait l'esprit de Port-Royal , voulut, pour le plus grand profit de l'Université, dont il fut huit fois le recteur élu, recueillir l'expérience scolaire du siècle précédent et en codifier les préceptes. 11 publia le Traité des Études-, l'ouvrage parut en 1725. Après deux siècles il nous instruit et nous conseille encore. Le Traité des Etudes est une synthèse. Rollin y a résumé l'expérience des autres et la sienne propre.
Le but de l'éducation reçue dans les collèges est de faire des braves gens et des hommes de
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bon sens. « Les bons maîtres estiment peu les sciences si elles ne conduisent à la vertu. Ils préfèrent l'honnête homme à l'homme savant et, en instruisant les jeunes gens, ils songent moins à les rendre habiles qu'à les rendre vertueux, bons fils, bons pères, bons amis, bons citoyens* ». C'est pour ce motif qu'on met la jeunesse à l'école de la Grèce et de Rome, des chefs-d'œuvre et des beaux exemples qu'elles nous ont laissés. Mais faut-il pour cela exclure les modernes? Uollin ne le pense pas. Et voilà pourquoi l'étude des langues grecque et latine doit être accompagnée par une étude raisonnée de la langue française, qui a produit, elle aussi, ses chefs-d'œuvre. « Les Romains, dit-il, nous ont appris par l'application qu'ils donnaient à l'étude de leur langue, ce que nous devrions faire pour nous instruire dans la notre. Chez eux, les enfants, dès le berceau, étaient formés à la pureté du langage. Ce soin était regardé comme le premier et le plus essentiel après celui des mœurs^». Le français doit donc en réalité être la matière primordiale de l'instruction secondaire. Aussi, dans l'étude du
1. Traité des Études, discours préliminaire, première partie.
2. Ibid., livre f, chap. ii. — Voir aussi Gaston Boissicr, Tacite.
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grec et du latin, Rollin préfère-t-il à l'usage du thème celui de la version qui fait mieux approfondir à la lois le génie des langues anciennes et de la nôtre. Au culte des lettres, Rollin joint le culte de l'histoire : « Je regarde l'histoire, écrit-il, comme le premier maître qu'il faut donner aux enfants, également propre à les amuser et à les instruire, à leur former l'esprit et le c(rur, à leur enrichir la mémoire d'une infinilé de faits aussi agréables qu'utiles. Elle peut même beaucoup servir, par l'attrait du plaisir qui en est inséparable, à piquer la curiosité de cet âge avide d'apprendre et à lui donner du goût pour l'étude. Aussi, en matière d'éducation c'est un principe fondamental et observé dans tous les temps que l'étude de l'histoire doit précéder toutes les autres et leur préparer la voie*. » Rollin ne néglige pas la philosophie dans laquelle il comprend comme ses devanciers les éléments des sciences, et parmi celles-ci, la physique, la botanique et l'anatomie. On a raison : « outre les cahiers de classe, de faire lire, soit en public, soit en particulier aux écoliers les plus forts, certaines parties des traités de philosophie, comme