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LA RÉORGANISATION DES ÉTUDES

LA CRÉATION DE l'eNSEIGNEMENT SPÉCIAL

LE RÉVEIL DE l'eSPRIT LAÏQUE

L'avènement de Victor Duruy marqua l'heure de la réparation.

Duruy fut nommé ministre de l'Instruction publique le 13 juin 1863. Il n'avait pas brigué une telle charge, mais il était prêt à en remplir tous les devoirs.

Deux mois après son entrée au ministère, il dessinait le plan général de son administration dans la lettre suivante qu'il adressait à l'Empereur :

« Dans un pays qui compte vingt-quatre millions de citoyens occupés par l'agriculture, douze millions livrés à l'industrie et au commerce, il

faut un enseignement secondaire français qui ne fasse ni le mécanicien, ni le tisserand, ni l'ébéniste, mais qui développe l'esprit moral avant que la pratique exerce la main. L'industrie moderne, surtout la nôtre, vit autant de science et d'art que de procédés traditionnels : travaillons donc à développer l'esprit, à épurer le goût de nos futurs industriels. Puisque la France est le vrai centre moral du monde, assurons aussi aux enfants de la classe aisée, à ceux qui remplissent les carrières libérales, à ceux qui, par leurs qualités naturelles, leur naissance ou leur fortune, sont appelés à marcher au premier rang de la société ; assurons -leur, par les Lettres et par les Sciences, par la Philosophie et par l'Histoire, la culture de l'esprit la plus large et la plus féconde. » Si par l'enseignement primaire étendu, honoré, et par l'enseignement secondaire français largement établi, nous relevons le niveau moral du peuple, relevons en même temps celui de la bourgeoisie par un enseignement secondaire classique vigoureusement institué et par un enseignement supérieur dont nous secouerons la mollesse somnolente. Le peuple monte; que la bourgeoisie ne s'arrête pas, car s'arrêter ce serait descendre.

» Il ne faut pas oublier non plus que les femmes sont mères deux fois par l'enfantement et par l'éducation. Songeons donc à organiser aussi l'éducation des filles, car une partie de nos embarras proviennent de ce que nous avons laissé cette éducation aux mains de gens qui ne sont ni de leur temps ni de leur pays*. »

Émanciper l'Université, relever son autorité et son crédit, la faire entrer franchement dans le courant du siècle, créer, à côté des études classiques restaurées, un enseignement moderne large et pratique, afin qu'aucune branche de l'activité nationale ne reste languissante, contenir par l'application des lois et par le développement des écoles primaires laïques les congrégations enseignantes ; former des hommes, préparer des femmes dignes de leur pays et de leur temps, tel était le programme d'éducation nationale que se traçait le nouveau ministre. Ces prétentions étaient nouvelles. Nul n'avait encore parlé avec cette hardiesse. L'Église s'émut et bientôt déclara au grand maître de l'Université une guerre qui ne prit fin qu'avec son ministère.

Le premier acte de Victor Duruy fut de rendre

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