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LES RÉFORMES DE 1902 LES HUMANITÉS — LES SCIENCES

Les humanités telles que nous les concevons au XX® siècle ne consistent pas à former comme au moyen âge le logicien retors et subtil ou comme au XVI® siècle l'homme qui écrit avec élégance et pureté. Elles doivent former des esprits souples et forts, ouverts à toute science; elles doivent provoquer et entretenir en nous la recherche du vrai, le culte du beau, l'exercice permanent et libre de la pensée.

Les critiques dirigées contre ces études ne leur ont rien enlevé de leur crédit et de leur force. On les a attaquées de front et de biais ; on a

essayé de les compromettre et de les mutiler ; on a dressé contre elles des études rivales. Elles ont résisté à tous les assauts.

Les humanités ont plusieurs sortes d'adversaires : ceux qui disent qu'elles sont nuisibles, ceux qui disent qu'elles ne servent à rien et ceux qui concèdent qu'elles sont seulement propres à former des écrivains et des orateurs.

Il est vrai, elles sont nuisibles si on ne voit en elles que le côté littéraire et la forme élégante qu'elles donnent aux esprits, si on les rabaisse à n'être que de la rhétorique, si on leur demande la discipline qui apprend à bien parler, plutôt que celle qui apprend à bien penser.

Il est vrai, les humanités ne servent à rien, si on entend par là qu'elles sont sans profit utilitaire; qu'elles ne donnent pas des connaissances immédiatement applicables.

On peut aussi soutenir qu'elles ne sont pas indispensables pour l'homme qui écrit et qui parle, puisque les plus grands écrivains et les plus grands orateurs de l'antiquité, Platon et Démosthène, ne savaient que le grec, puisque l'on peut citer du xvf au xx'' siècle de très grands écrivains et orateurs français qui ne savaient que le français.

Il n'en est pas moins vrai que les humanités

uiit une vertu spéciale pour exciter à l'invention et à la critique des idées, pour apprendre à analyser les sentiments et les passions qui gouvernent le monde moral et qu'elles constituent par là, la méthode la plus sûre pour arriver à la connaissance de l'homme ^

Il est incontestable que la culture des anciens donne à ceux qui s'y livrent un goût sûr et exigeant, une manière d'être et de sentir qui sont une force et une beauté. Or, la vigueur et la souplesse de l'esprit, la noblesse et la beauté morales ont leur prix en elles-mêmes.

Descartes disait de l'étude des lettres anciennes qu'elles étaient « une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés ». Les esprits superficiels pourront croire que cette conversation est inutile; les esprits avisés et clairvoyants penseront qu'elle est le complément nécessaire de toute éducation libérale.

Une nation qui supprimerait dans l'éducation publique la part la plus désintéressée et la plus noble et qui formerait tous les citoyens indistinctement en vue d'une profession ou d'un métier, ne tarderait pas à déchoir.

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