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D’antres représentations ne portent pas toujours des ailes. On connaît la statue de la Victoire Aptère et son célèbre temple (d). L’ancienneté de cette statue prouve aussi que dans les temps les plus reculés, on représenta sans ailes des êtres qui en eurent dans la suite. Tlianatos et Hypnos, presque toujours ailés, n’ont pas d’ailes sur un vase Campana (2), car les deux hommes portant le cadavre d’Hector ne peuvent se prendre que pour ces deux génies, peints ailés sur d’autres vases représentant la même scène (3).
Il serait curieux de rechercher si les artistes ont toujours attribué un sens précis aux diverses espèces d’ailes et à la place qu’ils leur donnaient. Les génies ont d’ordinaire de grandes ailes attachées au dos (4); mais lorsque les ailes indiquent l’intensité de la passion, elles sont petites et semblent sortir de la tête. C’était peut-être un moyen de distinguer la rapidité d’un être de l’activité purement morale.
Le Caducée de Mercure est, de tous les attributs ailés de dieux ou de héros, le plus généralement connu. Nous
(1) Une autre preuve que la Victoire fut quelquefois représentée sans ailes, c’est que Pausanias, parlant de celle du temple de Héra à Olympie (V. 17. 1) dit: Kcd sxouœû: NLkij Trrepi* Il n’aurait eu aucune raison de la désigner ainsi, si la Victoire avait toujours été représentée avec des ailes.
(2) M. d. I. V, 1 1. La plus belle statue de Hypnos ailé se trouve au Musée de Madrid. Hübner, Die antiken Bildwerke in Madrid, n® 59 ; dernièrement encore on a trouvé, à Étaples (Portas I tins?) près de Calais, un petit bronze représentant Hypnos avec des ailes dans la chevelure. A. DanicoüRT, dans la Bev, arch. 1882, p. 7.
(3) On en trouve des exemples dans G. Robert, Thanatos (39*" Winck. Progr. Berlin. 1879).
(4) Il y a des exceptions. Nous connaissons un bas-relief représentant un génie ayant de petites ailes attachées à la tête. M. d. I. VIII. 15.
pouvons citer en outre le trépied d’Apollon, le char de Triptolème (1), les foudres de Jupiter. Au Musée de Lyon on voit un foudre ailé sur l’oreille d’un casque (2), et sur une hydrie de Vulci, on a même donné des ailes aux carquois d’Apollon et d’Hercule (3).
Parmi les mauvais génies ailés, exerçant une action malfaisante sur les mortels, il y a les Harpyies (i), les Euménides (8), les Grées (6), leurs sœurs les Gorgones et parmi celles-ci principalement la Méduse. La tête de la Méduse d’Angleur est aussi ornée d’ailerons, et sur une terre cuite de Milo, la Méduse est représentée avec de grandes ailes (7).
Les ailes étaient ainsi devenues un symbole indiquant l’exaltation de l’âme. Il eût, dès lors été bien étrange que l’artiste ne se fût jamais emparée de cette forme nouvelle pour représenter avec plus de vérité les personnages du plus passionné des cultes, du mythe dionysiaque.
Une notice de Pausanias nous fournit un renseignement bien précieux à ce sujet (8).
(1) Ainsi dans Millingen Unedited monuments. London. 1822. Vases, p. 24.
(2) N° 285 du Catalogue de Gomarmond.
(3) Roulez, Hercule saisissant le sanglier d' Erymanthe (Bull, de TAc. roy. de Belgique, série, t. VIII).
(4) Ainsi : Millingen, Un. Mon. Vases, p. 3.
(5) Trre^o'fopoi Trorv/àt^eç 3-saL Eürip. Or., 34.
(6) On en voit des représentations dans R. Gaedechens, De Graeis. Gottingæ. 1863.
(7) Millingen, Un. Mon. Statues, pl. 2. Sur le vase de Milo la tête de Méduse n’est pas encore ailée. Gonze, Mel. Thongef. pl. III.
(8) Paüs, III. 19. 6. 0ec5v aé^ouaiv oî tccut^ roy ts ' kfx.vK\(uov
KOÙ kiovvGov., opBoTOLTOL (s/xol ^okûv) M'/Aaxa iTTovopàçovTf;* yàp
xcikouGiy oî AojpeTç tol TrrEpà, dyOpUTTOUi; dè oivoç gîratpf/ ts xa/ ccvolxovÿ içSt yyu/x}^y oùdsv n vjaaov jf opw6aç Trtfpà.
« Les dieux qu’on adore à Amyclée, dil-il, sont Apollon Amycléen et Dionysos que les Amycléens surnomment, très-exactement à mon avis, Psilax (les Doriens appellent les ailes car le vin élève l’homme et rend son esprit plus léger, tout comme les ailes élèvent les oiseaux dans les airs. » Dionysos y était donc spécialement adoré comme dieu chassant les soucis et procurant la joie
(xa.ptSôTi]ç); et il n’est peut-être pas inutile de rappeler que dans ce sens les poètes aimaient à rapprocher Dionysos de certaines divinités des eaux (1). Zoega (2) a cru que le Dionysos d’Amyclée n’était pas représenté avec des ailes, que Psilax n’était rien qu’un surnom. Pausanias ne l’affirme pas, dit-il, mais il indique pourquoi on l’appelle de la sorte. Cette interprétation me paraît peu fondée. Pausanias ne dit pas pourquoi les Amycléens surnomment Dionysos Psilax, mais pourquoi à lui ce surnom paraît très-exact. L’épithète de Psilax doit provenir d’une figure ailée et l’explication de Pausanias est trop subtile, trop recherchée, pour avoir une origine populaire. Si le dieu n’avait pas été ailé, pourquoi lui donner un surnom aussi étrange? Il eût été, dans ce cas, plus rationnel de le nommer %ap((?(îT)ÿ;, dénominations bien plus usuelles.
Du reste, les monuments donnent tort à l’interprétation de Zoega. Nous possédons des Dionysos ailés et nous avons ainsi toute raison pour croire que la statue d’Amyclée l’était aussi. Comme Psilax, Dionysos est représenté juvénile ou barbu et ayant des ailerons au diadème.
A Émile Braun revient l’honneur d’avoir le premier appelé l’attention des archéologues sur les monuments
(1) Welcker, Gr. Gôtterl. II, 606.
(2) Zoega dans le Bh. Mus. VI, 580.
représentant Dionysos Psilax, et son interprétation fut confirmée par la haute approbation de l’illustre Welcker(l).
Sur des indications fournies par G.-Mart. Wagner, Ém. Braun reconnut le Dionysos Psilax dans un hermès ailé, découvert à Narni et actuellement au Musée de Berlin (2), dans une peinture d’un vase de la collection Hamilton et dans un buste barbu du Museo Pio-Clementino que Visconti avait décrit comme représentant le Sommeil. Poursuivant ses recherches, l’ancien secrétaire de l’Institut de correspondance archéologique expliqua une terre cuite de Uffizzi de Florence sur laquelle on voit, séparés par un calathus rempli de raisins, deux masques de Dionysos au front ailé, l’un barbu, l’autre imberbe avec un troisième masque non ailé d’un jeune Satyre (4). Le savant numismate Cavedoni reconnut, de son côté, un Dionysos Psilax dans une tête ailée d’une monnaie de Q. Titius (5). La même divinité est représentée ainsi sur une cylix de Vulci, actuellement à Paris (6), et un double hermès du cabinet des médailles représente la tête barbue et ailée de Dionysos, adossée à celle d’un jeune Satyre (7). Nous citerons encore le Dionysos barbu et ailé qui se voit sur un siège de marbre à S. Gregorio à Rome (8).
( I) Em. Braun, Kunstvorstellungen des geflügelten Dionysos, München 1859; Welcker dans le Rh. Mus., 1839. VI, p. 592-610.
(2) B. d. I. 1858, p. 23 ; Muller, Denkm. II 587.
(5) ViscoNTi, Mus. Pio-Clem. Borna 1792. VI lav. 11 etp. 19.
(4) B. d. I. 1839, p. 15. Celte terre cuite est reproduite dans Saglio, Dict. des Anliq. I p. 617.
(5) Cavedoni, Dichiarazione di alcuni tipi di medaglie di famiglie romane. A. d. I. 1859. XI. p. 516.
(6) Welcker, Gr. Gott. Il, 607.
(7) DE Chanot, dans la Gaz. arch. I. 111.
(8) Matz u. V. Duiin. Antike Bildwerke in Rom, n® 5706.
On possède aussi des représentations ailées de Dionysos enfant et de plusieurs génies bachiques. On voit ainsi des Bacchus enfants sur des bas-reliefs de la villa Borghèse, sur une pierre gravée de Florence (1) et sur des camées publiés par K.-O. Müller (2). Les génies bachiques ne sont pas rares non plus. Je citerai une peinture de Pompei (3) et un bronze d’Herculanura qui pourrait cependant représenter aussi un Eros (4).
Le plus beau génie bachique ailé que je connaisse est un Acratos monté sur un lion, magnifique mosaïque découverte dans cette Casa di Fauno où Ton trouva la célèbre bataille d’issus (5). Les génies se distinguent d’ordinaire du dieu lui-même en ce que celui-ci a les ailerons attachés au diadème, tandis que les ailes des génies sont fixées aux épaules. Ces génies ailés ne sont, du reste, pas propres à Dionysos, d’autres divinités en ont aussi. Une lampe de bronze du Musée de Naples représente un génie ailé d’HérakIès (6); et deux autres du même héros se voient sur un bas-relief de la villa Borghèse (7). Il convient cependant de ne pas décider trop vile que tel génie appartient à Dionysos, car, bien souvent, on pourrait le confondre avec Eros. D’un autre côté, il se peut aussi que plus d’un buste, considéré jusqu’ici comme représentant
(1) Müller, Z)enA:m. II. 390.