‹ L'école historique de Jérome BolsecChapitre 2 sur 9 · ORIGINE DU PRÉSENT DEBAT · texte numérisé non relu

ORIGINE DU PRÉSENT DEBAT

mais qui ont le tort de tomber à cùlé de la question, surtout de la question historique, la seule que je veuille débatti'e ici. Si j'ai mal vu ou mal compris, si MM. Galifle père et fils n'ont voulu déshonorer personne, si mon accusation est fausse, injuste et téméraire, il faut le démontrer. Or, c'est en reconnaître la justesse, au contraire, que de répondre par une réponse qui ne répond pas, et de dire en commençant :

... Il ne s'agit nullement d'une polémique scientifique, mais d'une explication devenue inévitable, non plus avec M. Bordier, mais par-devant le public, dont il ]>rétend faire son complice. Il me sera aisé de démontrer qu'il ne s'agit de la p.irt (le M. Bordier de rien moins que d'une tentative de diffamation préméditée ; — d'une tentative étayée d'assertions qu'il savait être absolument fausses ; — et que le tout n'est que l'assouvissement d'une misérable rancune personnelle, qu'il a voulu rendre plus sensible en y mêlant le nom et les travaux de mon père, mort depuis près de trente ans. Que le nom de Bolsec ne soit là qu'un prétexte, c'est évident

Ce sont donc assertions fausses que M. Galiffe père se soit mis du parti des ultramontains de Genève en 18.3.^? que celte attitude ail soulevé contre lui ses concitoyens et coreligionnaires i qu'il ait déclaré n'être pas bien sur (]ue Calvin n'ait pas été marqué à l'épaule comme criminel? que les Français réfugiés à Genève pour fuir les perséciilions religieuses étaient tous fanatiques ou hi'igands? que la Réformation loin d'avoir affranchi la religion n'a produit que des crimes ? Alors il fallait montrer en quoi sont faux les textes ((ue j'ai cités et dans lesquels tout cela se trouve. El c'est une assertion fausse aussi que M. Galitîe le fils ait été plus injurieux encore? Et c'est une assertion fausse que les écrivains catiioliques se soient délectés et se délectent tous les jours de ce qu'ils appellent les « services inappréciables • de ces deux messieurs ! — Bolsec n'esl qu'un prétexte ? .Mais il y a un ai-tide Bolsec dans la première édition de la France protestante; je suis forcé (le le mettre dans la deuxième édition et je suis forcé aussi d'y apporter toutes les améliorations en mon pouvoir, notamment les renseignements bibliographiques, y compris les réimpressions et rcmastications de cet auteur exécutées en 1868 par un comité de propagande catholique, en 1875 par nn magistrat cathohque de Lyon, etc. Pouvais-je, en mentionnant ces rbajisodies, cacher que les travaux publiés au grand jour par MM. Galiffe en (ml fourni la matière? Et n'eùt-ce pas été leur donner une approbalidn tacite (pie de ne pas leur opposer d'énergiques protestations?

Mais vovdiis la vieille rancune, la misérable rancune personnelle dont je poursuis r((.v.so(»/.«('m«(f.' Qu'on m'excuses! je suis obligé, poui- un inslanl. (le faire le jeu d'un contradicteur qui, au lieu de discuter des points sérieux, se jette expi'ès dans de fastidieux et filandreux commérages, dépourvus de tout intérêt. Il continue sa Lettre en ces termes :

A l'une des séances annuelles de la Société d'histoire de la Suisse ronLiiulo, dit-il

OEKilSE i)V PRESEXT DEUAT. 5

(p. 2), c'était à Xj'on, — j'avais lu un travail sur l'aocien comté Équestre, ain>i uummé de la ville (Colonia equestris) qui nous dounait l'Lospitalité et sur le quartier genevois de Saiut-Gervais, qui avait fait partie de cette antique circonscription féodale; le sujet était donc de circonstance. Ce travail, duquel il résultait entnautres qu'au WI"»" siècle encore, les habitants du quartier genevois d'outre Rbonc n'étaient pas sur le même pied que les citoyens de l'ancienne Cité de la rive gauche, est le même ' qui tigure au chapitre II de ma Genève historique et arcliéologique, où chacun peut le consulter. 11 est vrai qu'à l'ouïe des rapports un peu tendus qui avaient existé entre les habitants de ce quartier et l'autorité rigoriste de l'époque, une observation (pas de M. Bordier) s'était fait entendre; mais écartée aussitôt comme hors de saison, elle aurait passé inaperçue, jusque dans les comptes rendus aussi concis qu'impartiaux que nos journaux ont l'habitude de donner de nos réunions scientitiques. Quel ne fut donc pas l'ébahissemeut du public, et plus particulièrement des membres de notre Société romande, en lisant peu de jours après dans une de ces feuilles une violente diatribe dont l'auteur anonyme, sans même aborder le sujet traité à Nyou, faisait de MM. Galiffe père et fils, le point de mire des attaques les plus déplaisantes, tout à fait dans le u-oùt de celles qui ornent l'article Bolsec! — Le résultat immédiat fut la très verte leçon qu'un certain nombre de journaux, tous protestants, se chargèrent d'administrer au publiciste anonyme, leçon qui (pour ne parler que de celle-là) dut être d'autant plus sensible à son amourpropre, que M. Bordier, que personne ne soupçonnait, fut obligé de se nommer et de s'excuser en c renvoyant à des temps meilleurs la passe d'armes > à laquelle il disait « avoir voulu me provoquer. » Les pièces relatives ù cette affaire sont à la disposition des curieux. Quant au sujet plus archéologique qu'historique qui y avait donné lieu et auquel M. Bordier n'a jamais touché depuis, il ne pouvait être pour lui, comme Bolsec, qu'un prétexte de dispute. C'est ce qu'il appelait déjà de la « critique historique. » L'incident vidé, à mon évident avantage, je m'empressai do témoigner à M. Bordier que je n'en gardais aucun ressentiment. Lui-même m'écrivit

• qu'il m'embrasserait de grand coeur. >

Ne voilà-l-il pas une iiffaire? une iinporlanle affaire? J'en avais, quant à moi, peidu lout souvenii', et j'ignore encore quelles leçons m'ont été aiiniiiiislrées et par quels journaux de la Suisse M. Galiffe se les est fait écrire. Cependant les pièces secrètes de cette affaire ténébreuse, il les garde à ce qu'il paraît pour l'amusemenl des gens curieux de scandale. Eh bien, alin de l'y aider, voici d'abonl le compte rendu que j'avais rédigé de celte méniorahle séance teime dans la ville nomniée Colonia equesiris.

Journal de Genève, 8 septembre 1867. i La Sociélé d'histoire de la Suisse

• romande a tenu mardi dernier à Nvon sa séance ordinaire d'automne.

• Plus de tiO membres y a.ssistaienl. Ils .se sont réunis d'abord à 'J heures

• du matin sous les platanes de la jolie lerra.sse, etc. Après quoi, lecture a

• été donnée par M. Galiffe d'un travail sur l'histoire du quartier St-Ger-

• vais, de Genève, et M. le profe.sseiu- Gh. Le Fort a terminé la séance par « une très pi(iuante communication, basée sur la lecture d'une charte

• du XIV"" siècle, tl'après laquelle un évoque de Genève ayant acheté un

' Voy. plus loin page 11.

b ORIGINE DU PRESENT DEBAT.

« cheval est obligé, pour le payer, de déléguer son frère qui, en cas de iioii-

« payement, s'oblige à aller tenir prison à Nyon. L'assemblée comptait

• dans ses rangs plusieurs étrangers de dislinction, nolaniment et l'un

« des membres les plus éminenls du pi-olestanlisiiie français, M. de Félice.

« Ce dernier, à la lecture du mémoire de M. GalilTe, n'a pu retenir les

« marques de son étonnement profond en entendant représenter les liaiii-

« tants de St-Gervais comme des étrangers, presque des ennemis campés

« hors de Genève et surtout opprimés par Calvin, car telle est cette nou-

« velle face du paradoxe éternel de MM. (ialilTe, qu'on ne peut comprendre

« si l'on n'est initié de longue date à leurs théories. En revanche, l'auteur

« de ces aperçus, inconnus jusqu'ici, sur la tyrannisation subie par St-Ger-

< vais a obtenu toute l'approbation d'un autre auditeur, M. Vuy, qui préci-

• sèment la veille avait pultlié un article destiné à prouver, sans aucune

• espèce de preuve, que le mannequin promené dans les rues par les « enfants le jour de sainte Madeleine est une trace vivante delà haine nour- « rie contre la Genève pi-otest.mte, depuis trois siècles, par le quartier de la « Madeleine. Ces histoii'es fantaisistes n'ont pas eu d'autre suite et, grâce au " bon esprit de la presque totalité de nos érudits, elles ont plutôt activé " qu'affaibli la bonne Immeur qui n'a cessé de régner pendant la durée du « banquet par lequel s'est terminée celle journée, dont Nyon gardera, nous « l'espérons, un bon souvenir. »

Tel est l'innocent article au sujet duquel M. J.-B.-G. GalilTe, criant comme un écorché, écrivit le jour même au Journal de Génère, demandant à répondre « de parle droit qu'a Inute persoime injustement calomniée à se défendre dans l'organe môme qui a accueilli les calomnies. » Ne jugeant pas qu'il valût la peine d'élever un conilit sur un motif aussi mince, je m'en référai à l'amitié de M. J. Adert pour faire insérer l'article suivant :

Monsieur le Kédacteur,

L'article anonyme que vous avez inséré samedi dernier sur la séance de la Société d'histoire de la Suisse romande, tenue à Nyon, a suscité les réclamations de M. le prof. Galiffe et a été attribué, me dit-on, à une personne qui n'en est pas l'auteur. Cette double considération m'impose le devoir de me nommer. M. Galiffe sait de longue date qu'aux sentiments d'estime et d'amitié que j'ai toujours eus pour lui, je joins malbcurousement nue certaine défiance de sa manière de comprendre et et d'écrire l'bisloirc. Je ne lui ai jamais caché mou opinion à cet égard. En parlant publiciuement de son dernier mémoire, relatif il Saint-Gcrvais, j'ai eu le tort peutêtre déjuger un épisode de détail avec mon impression générale sur le système de l'écrivain, sans y ajouter les développements nécessaires pour justifier mon assertion. Je comiirends que la susceiitibilité de M. (ialift'e se soit éveillée et je le regrette; mais je vous denuinde la permissi<in de prendn^ date pour discuter ce que j'appelle son système lorsque le mémoire sur Saint-Gervais aura paru. Ce sera, vous pouvez le croire, un débat à armes courtoises.

ORIOIXK Ï)V PRK8EST DKBAT. 7

El j'écrivis ce billel à M. Galiffe :

Mon cher monsieur, comme vous y allez avec la critique. Vous savez combien je vous aime et vous estime, mais vous ne savez pas moins, je vous l'ai dit souvent parlant à votre personne, que je tiens vos travaux sur l'histoire de Genève pour très erronés. M. A'iert vient de me communiquer votre lettre et vous ne serez pas étonné que ce soit moi qui vous réponde, puisque je vous avais à peu près dit mon article à Nyon, immédiatement après votre lecture. Je vous assure que je n'en ai pas moins la plus grande envie de vous embrasser de tout cœur.

Trois jours après, je lui écrivis encore :

Il paraît que je me suis préparé une tâche épineuse en me proposant, par pur amour de la vérité, de vous critiquer un brin, car il est évident que vous ne supportez pas la critique. Vous venez de faire beaucoup de bruit pour les mots de paradoxe, de système et d'histoire fantaisiste ; ce ne sont cependant pas de gros mots et je ne leur avais pas donné une tournure très aiguë. Que sera-ce donc lorsque je chercherai à prouver ce que je n'avais qu'insinué d'une main légère? Je vois que vous êtes un très fort discuteur et que je ne réussirai ni à vous faire avouer que vous vous êtes trompé, ni à vous arrêter sur la |)ente que vous avez suivie jusqu'ici, ni à obtenir que vous sacrifiiez cette haine amère contre la Genève protestante qui perce h chaque ligne de vos ouvrages. Aussi n'ai-je aucune de ces prétentions; j'ai seulement celle de mettre les faits en pleine lumière et de bien édifier le public, afin que la vérité ne resti" pas embrouillée par de faux renseignements. Moi, j'aime Genève d'une affection respectueuse et reconnaissante; j'aime aussi m'incliner, je l'ai fait toute ma vie, devant c les sources pures de l'histoire. » Rien donc de plus naturel et de plus juste que cette campagne future ;\ laquelle je me vois amené par vos bouillantes réclamations contre mon anodin anonyme; mais c'est en laissant un libre cours à ma sympathie pour l'homme que je m'efforcerai consciencieusement de démolir de fond en comble l'historien qui s'applique depuis vingt ans ou davantage à écrire de parti pris pour contrister ses concitoyens les plus honorables.

Voil;i mes sentimenls de haine et le langage de ma v;iiiité lilessée. J'avais dil « vingt ans ou davantage, » exagérant exprès, afin de viser courtoisement son père. Je conservais encore à ce moment quelque espoir de le dissuader de ses paradoxes, tâche que j'avais commencée cinq ans avant cette babiole de Nyon, lorsqu'à ses Pages d'histoire inexacte, qu'il m'envoya, j'avais répondu par plusieurs lettres irritées, au bout desquelles il m'avait reparti peur dernier mol : cpie si je savais ;'i ([uelle espèce de contradicteurs il avait affaire, je comprendrais qu'il eut forcé quelquefois la vérité '. J'eus le temps depuis lors d'oublier et Nyon et St-Gervais, et mon attentionné fut rap-

* Cet aveu est répété dans la Lettre d'un protestant, page 8 : t Nous ne nions pas que la < violence parfois trds amére des contradictears ne nous ait entrâmes çd et lA trop avant dans la « même voie... • — Il oublie que les premières violences et les premières contradictions an l>on sens public émanèrent de M. Galitîe père et de toute son attitnde à Genève de 1817 à 1846.

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