L ENSEIGNEMENT LIBRE
gent, de se charger pour elles de leurs acquisitions, le tout sans frais et sans aucune responsabilité à sa 'charge. Elle ne s'immisce jamais dans les’détails d’intérieur de ces bibliothèques, à moins d’y être invitée par elles. »
Ce peu de mots expliquent parfaitement le but, le rôle et l'importance de la Société Franklin. Elle existe depuis peu de temps, et n’a encore qu’un nombre restreint d’associés. Cependant les auteurs et les éditeurs commencent à prendre l'habitude de lui envoyer des livres; elle a déjà pu elle-même contribuer par des dons de quelque importance à la fondation de plusieurs bibliothèques. La cotisation
annuelle, qui était de 12 fr., a été abaissée à 5 fr.* dans l’espérance, déjà réalisée en partie, d’aug-' monter considérablement le nombre des adhérents. C’est une bonne mesure, qui remplira la caisse de la société et lui apportera ce dont elle n’a pas moins besoin, de nombreux et actifs collaborateurs. La plupart des maisons importantes de librairie se sont empressées, sur la demande de la société, d’accorder des remises de prix considérables aux bibliothèques qu’elle fondent qu’elle patronne. Peutêtre pourrait-elle rendre aussi de très-grands services en obtenant pour ses correspondants la fa- > culté de payer à longue échéance, ou de payer par annuités. Elle avait, dès les premiers temps de sa fondation, pour donner signe de vie, publié un catalogue de livres inoffensifs, qui n’étaient pas tous
l’école
de bons livres. Elle a composé, depuis, un catalogue beaucoup moins étendu, mais mieux composé, et qui peut être consulté avec fruit par les fondateurs de bibliothèques. C’est prendre, on doit Yavouer, une grande responsabilité ; mais les membres de la société ne s’épargnent pas eux-mêmes. Ils ont la conscience de la grandeur de leur œuvre, et ils y apportent un dévouement sans bornes. Ils ne peuvent choisir que dans ce qu’on leur offre,, et la librairie française n’est pas très-riche pour le moment en livres dignes de devenir populaires : elle le sera peut-être un jour, sous l’impulsion de la Société Franklin. Il est d’ailleurs très-difficile de donner de loin des conseils pour le choix des livres. Une commune est agricole ou industrielle, éclairée ou attardée, catholique ou protestante. Le goût de la lecture y est déjà répandu, ou bien il y a tout à créer, les lecteurs aussi bien que la bibliothèque. Tantôt il faut fournir des aliments à des esprits déjà avides de science, tantôt il faut révéler à des esprits naturellement paresseux une nouvelle source de plaisirs. Dans une telle diversité d’aptitudes et de besoins , il est assez difficile d’établir quelques formules générales. Il y a pourtant deux ou trois principes dont il est urgent de ne jamais s’écarter.
Le premier de tous assurément, c’est que la bibliothèque doit être absolument irréprochable au point de vue des mœurs. Tout le monde en tombera <Taccord ; mais la morale est une reine très-vantée,