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AVERTISSEMENT XXI

dans ses affaires de conscience. Bien de plus incompréhensible que cette doctrine. On est libre, ou on ne Test pas. Si la liberté est un droit, si elle est le droit, elle s'étend à tout. Je ne vois pas pourquoi je choisirais librement mon architecte, si vous vous chargez de choisir mon médecin et mon confesseur. De toutes les libertés, celle à laquelle je tiens le plus parce qu'elle est le fondement de toutes les autres, c'est la liberté de mon esprit.

On répond à cela que la liberté reste entière en dehors de l'école communale. L'école communale sera laïque, en dépit de la commune; et elle sera tenue par le protégé du préfet, dont la commune ne veut pas. Voilà désormais le régime légal, qui n'est pas un régime libéral. Mais, dit-on, le prêtre peut ouvrir, à ses frais, une école congréganiste, et si la commune, comme corps officiel, ne le peut pas, parce que nous lui avons été toute initiative et toute liberté en matière scolaire, tous les citoyens qui l'habitent, peuvent envoyer leurs enfants, à leurs frais, dans l'école qui leur convient. C'est, dit-on, la liberté pleine et entière.

Non. Cest la liberté comme en Irlande. Le catholique irlandais paie d'abord, en vertu de la loi, le clergé protestant. Après quoi, en vertu de sa volonté, il paie le clergé catholique. Il ne trouve pas que ce soit le meilleur régime du monde ; et quand on ose lui dire que c'est un régime de liberté, il répond, avec M. Gladstone, qu'on se moque de lui et du sens commun.

H y a cette différence, au détriment des communes françaises, que les Irlandais trouveront toujours un prêtre ; mais quand la liberté sera un objet de luxe, les habitants de nos campagnes, qui seront assez riches pour se livrer à cette prodigalité, ne trouveront pas

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toujours un maître d'école à leur portée. Il serait ruineux de recourir à un précepteur. Ainsi cette liberté, qu'on se vante de nous donner sous la république démocratique, sera à l'usage exclusif des riches, et les riches mêmes ne pourront pas toujours en profiter.

Il est en vérité bien difficile de respecter les lois de la logique. Nous sommes une démocratie, et nous faisons de la liberté un objet de luxe. Nous sommes pour la liberté des communes, et nous ne laissons pas aux communes la plus indispensable et la plus précieuse des libertés. Nous, crions bien haut que nous voulons la liberté de conscience, et on se demande en présence des faits, pour qui nous la voulons, et si ce n'est pas uniquement pour les athées.

Voici la marche que nous avons suivie. Premièrement, nous avons ôté les membres du clergé de tous les conseils scolaires. Gela fait, sous prétexte que la présence du prêtre porterait atteinte à la liberté des incrédules, nous avons décidé que l'enseignement religieux serait donné uniquement dans les églises, et qu'il n'en serait plus question dans l'école. Nous avons, comme conséquence de cette décision (ce qui n'étaitpas une conséquence nécessaire), interditla récitation du catéchisme. Presque toutes les mères demandaient à grands cris qu'on fît réciter le catéchisme à leurs enfants. Impossible ; cela pourrait blesser un enfant incrédule qui par grand hasard se rencontrerait dans quelqu'une de nos cinquante mille écoles. La découverte d'un catéchisme dans le pupitre d'un élève a suffi pour motiver des mesures disciplinaires. Avec le catéchisme et le prêtre nous avons supprimé les emblèmes religieux, crucifix, images, etc. Dans leur zèle de réaction contre le christianisme, quelques inspecteurs ont été jusqu'à exiger que le nom de Dieu ' ne fût pas prononcé dans les écoles. On se rappelle

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