AVERTISSEMENT XXII
peut-être que j'ai proposé au Sénat d'inscrire les devoirs envers Dieu en tête du programme; le Sénat, obéissant à sa conscience, avait voté ma proposition; la Chambre lui a renvoyé le projet de loi, après avoir rayé cet article inconvenant, et le Sénat, obéissant cette fois à la Chambre, a accepté cette radiation. Ainsi le nom de Dieu a été officiellement rayé de l'enseignement. A la suite de ce vote mémorable, l'administration dans certaines communes a redoublé de rigueur, comme il y eut, en 4793, un moment de ferveur pour la déesse de Chaumette. Mais je dois convenir que, comme en 1793, cet enthousiasme a été de courte durée et qu'il n'a pas été général. L'Université avait trop de bon sens pour s'y abandonner, et M. Ferry trop d'honnêteté pour ne pas y mettre terme. Il est resté pourtant de cette courte période, une prétention qui est un danger, parce qu'il suffirait de Tavénement d'un ministre athée pour en faire sortir des conséquences désastreuses; et cette prétention, à demi maintenue, à demi abandonnée, est la théorie de l'école neutre.
Les partisans de la liberté de conscience, accommodée à la façon de 1882, faisaient ce raisonnement : L'école communale est fondée, entretenue, dirigée par l'État. Elle est essentiellement une institution d'État. L'État n'est pas athée, il n'est pas déiste non plus; il n'est rien. (Cela les met bien au-dessous de Robespierre, qui reconnaissait l'existence de l'Être suprême.) Puisque l'État n'est ni athée ni déiste, l'école ne doit ni nier Dieu, ni l'affirmer. Elle doit n'en pas parler. Elle est neutre. Les élèves assis sur ses bancs ont une famille dans le sein de laquelle ils sont libres d'être catholiques, protestants, juifs, musulmans ou libres penseurs. Ici, ils ne sont rien de tout cela, parce que l'État n'est rien de tout cela et qu'ils appartiennent à