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CHAPITRE IX

iL FAUT DONNER A L INSTRUCTION PRIMAIRE TOUS LES MILLIONS DONT ELLE A BESOIN, ET NE PAS LES BEGRETTER*

La France, depuis dix ans, ne ménage guère ses revenus ; les malveillants prétendent même qu'elle entame son capital. Elle a sur pied une armée de 400,000 hommes, qu'elle pousse quelquefois à 420,000; elle n'entretient pas moins de 259 navires armés au lieu de 188, qui est le chiffre normal; elle double, triple et quadruple les traitements de ses grands fonctionnaires. Elle a des flottes en Chine, en Cochinchine, au Mexique. Elle a encore à Rome une armée dont la présence, nous dit-on, cessera d'être utile dans deux ans. Elle donne 300 millions au Mexique sans sourciller; *Ue en a jeté 26, comme cadeau de baptême, dans

les fondations du nouvel Opéra. Elle trouve chaque année, dans son trésor inépuisable, 1 ,500,000 fr pour les théâtres de Paris, 15 millions pour les maisons de détention, 5 millions et davantage pour le pénitentiaire de Cayenne. Puisque les millions ne nous coûtent plus rien, ne pourrions-nous en ajouter 5 ou 6 au maigre budget de l'instruction primaire f

On s'étourdit avec ce chiffre de 6,843,100 franc» inscrit au budget des dépenses ordinaires pour 1864 *. Comparons-le, pour rabattre cette joie, au budget de l'instruction primaire dans d'autres États. En Angleterre, pour l'Angleterre et l'Irlande seules, environ 27 millions d'habitants, l'État donne à l'instruction primaire 25 millions. Ce chiffre est celui de 1870; l'adoption du bill Forster pour l'Angleterre et le pays de Galles ne peut manquer d'accroître encore la dépense. En Belgique, pour 4,500,000 habitants, l'État donne plus de 3 millions. A Genève, pour 66,000 habitants, l'État donne 97,000 francs. A New-York, pour 3,851,563 habitants, l'État donne 4,395,387 dollars (près de 22 millions); au Massachussets, pour 1,231,066 habitants, l'État donne 3,100,000 dollars (15,500,000

i Co passage était écrit en 1864. Le budget de l'Etat, pour l'instruction primaire, proposé par moi en 1873, ne s'élevait qu'à 17 millions. La nécessité de faire face à une dette de cinq milliards et aux dépenses de la guerre avait empêché le gouvernement de réaliser, dès cette année, les améliorations dont il ne cessait de proclamer l'urgence. Il était d'ailleurs nécessaire d'attendre la rote de la loi pour dresser un budget définitif de l'instruction primaire. Quelques chiffres ont changé depuis 18*4 ; moto tous les raisonnements que Je ft*sais aloirt futwlftass*

francs). Si la France, an lieu de 7,500,000 francs, donnait 100 millions, elle ne serait ni au premier, ni au second rang. Qu'on n'essaye pas de ranger en ligne de compte l'apport des départements et des communes, parce qu'alors notre infériorité serait encore plus marquée. Les 25 millions de l'Angleterre n'étaient pas à proprement parler un budget; c'était un subside donné par l'État à celles des écoles qui consentaient à le recevoir. Le bill Forster (adopté le 9 août 1870) donne au département de l'instruction et aux comités locaux des écoles le droit de frapper une taxe locale, et de compléter les ressources quand cela est nécessaire par une allocation prise sur la subvention de FÉtat. Pour comparer avec quelque exactitude ncs ressources et celles de nos voisins, il faudrait énumérer toutes les fondations, toutes les dotations paroissiales ou privées, toutes les associations charitables qui concourent à l'entretien des écoles en Angleterre : la liste en serait formidable. M. Dechamps, dans un discours à la Chambre des représentants belges1, en portait le chiffre à 40 millions, ce qui ferait 65 millions avec te subside, sans compter les taxes. L'instruction primaire est bien autrement riche en Ecosse*. M. le général A. Morin a établi •, pour différents États de l'Europe, la proportion des sommes affectées au

t Séance du 18 février 1863.

* Cf. Blot, Instruction élémentaire en Ecosse.

» Séance annuelle des cinq Académies de V Institut, !• aoftt 1864. D!»

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service de l'instruction publique et aux servie*" militaires de terre et de mer. Dans la liste, noub venons bien loin après l'Autriche, la Prusse, la Bavière, le grand-duché de Bade. Chez nous-mêmes, n'est-ce pas à mourir de honte, que notre budget de la guerre, comparé à celui de l'instruction publique, soit dans la proportion de 295 à 11 ? Oui, sans doute, ce triste chiffre de 6,843,100 fr., inscrit au budget des dépenses ordinaires et extraordinaires, a encore l'air de quelque chose quand on le compare aux 5,000 fr. du premier Empire, aux 50,000 fr. de la Restauration. Mais, vraiment, de quoi s'agitil ? De triompher des fautes de nos pères, ou de remplir aujourd'hui notre devoir? Ce n'est pas aux défaillances du passé qu'il faut songer, c'est aux besoins du présent. Il ne nous sied pas de faire les pauvres et les timorés en matière d'éducation, quand nous sommes généreux et prodigues à tout propos, et souvent hors de propos. Si un père de

cours de M. le général À. Morin, p. 28, Hoos reproduisons ici ce document :

PABX PROPORTIONNELLE DU BUDGET DB L*BTAT INDICATION DES ETATS ALLOUEE AUX BEBV10EB

Militaire. de l'Instruction pabNqn%

France 0.295 0.011

Autriche 0.270 0.019

Prusse 0.276 0.0H

Bavière 0.219 0.022

Wurtemberg 0.218 0.047

Saxe 0.2H 0.037

Grand-duché de Bade 0.182 0.033

Eoyaume de Hanovre 0.128 0.011

LÉGISLATION DE ^INSTRUCTION ffilMAIRB 11?

famille se faisait bâtir des palais et des colonnades, et venait nous dire ensuite : « Je ne puis donner des maîtres à mon fils, parce que l'argent ma manque, » comment jugerions-nous cette conduite et cette morale? Prenons garde de faire une colonnade à notre maison et de ne pas donner de maîtres à nos enfants, car nous ne pourrions nous laver d'une telle infamie, ni devant Dieu, ni devant les hommes. Un peuple, comme une famille, a ses enfants. Il doit avoir pour eux les mêmes entrailles, il a envers eux les mêmes devoirs. Nous souffrons encore, dans tous nos intérêts et dans notre amourpropre national, des fautes de nos pères, dont nous ne saurions être responsables. Nous souffrirons encore plus de la décadence des générations qui s'élèvent. Mais ces générations, nous les avons dans les mains ; cette décadence, il dépend de nous de la prévenir. Toutes ces vérités sont évidentes. On dirait volontiers à ceux qui les oublient ou les négligent et se croient encore bons citoyens : € Où donc mettez-vous la patrie ? »

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