LES ŒUVRES DE LA LIBERTÉ
Nous parlions tout à l'heure des écoles professionnelles de jeunes filles qui se sont fondées à Paris. Il faut raconter leur origine ; il n'y en a pas de plus simple. La situation naturelle des femmes, c'est d'être mariées et de gouverner leur maison et leurs enfants. On sait que, la plupart du temps, les mères de famille sont obligées de gagner, en outre, un salaire qui représente au moins leur propre dépense. C'est une tâche bien difficile quand on a un petit enfant dans les bras, un ou deux autres qui s'élèvent, etun pauvre ménage à soigner. L'ancienne industrie des femmes était de filer et de coudre. On ne file plus depuis qu'il y a des filatures, et on pourrait presque dire aussi qu'on ne coud plus depuis qu'il y a des ateliers de confection, des prisons et des couvents. Les
femmes, privées de leur travail par les usines, sont allées demander aux usines de les occuper. Elles y ont trouvé des salaires inespérés, avec une besogne relativement facile ; mais il a fallu mettre les plus petits enfants en nourrice, et abandonner les plus grands à eux-mêmes. Cette misère morale est plus grande que la misère qu'on a voulu fuir. Elle s'est étendue comme une lèpre. Depuis que les ouvriers mariés n'ont plus d'intérieur, beaucoup d'ouvriers ont pris le parti de ne plus se marier et de vivre en concubinage. Le sort des femmes s'en est tristement aggravé ; elles ont perdu leur dignité et le peu de sécurité qui leur restait. Comment les femmes éclairées et heureuses seraient-elles demeurées insensibles à de tels récits? Comment surtout n'auraientelles pas compris que la cause des mœurs était tout spécialement celle des femmes, et qu'il leur appartenait de faire au moins une tentative pour ramener l'ouvrière dans sa maison? Il n'y avait qu'un moyen pour cela : c'était d'y ramener le travail, et le travail lucratif. Or, quel est aujourd'hui le travail lucratif? Ce n'est pas le travail de force, car la force humaine n'est plus une valeur depuis que nous avons pris la machine à notre service ; et d'ailleurs qu'estce que la force d'une femme? On ne paye plus que le talent. Il fallait donc, pour donner plus tard à la femme un travail sédentaire et lucratif, commencer par donner un talent à la jeune fille. De là l'idée des écoles professionnelles.
On pourrait dire quelle est la femme d&cœur qui, la première, s'en préoccupa, qui nuit et jour rêva à la nécessité de fonder ces écoles, et qui, sans autre secours qu'un amour puissant et une volonté ferme, réussit à grouper autour d'elle quelques amies, en petit nombre, qui bientôt partagèrent son ardeur et se dévouèrent à son œuvre. On pourrait les nommer tqutes,etceneseraitpasundénombrementdelalorigueur de ceux d'Homère; elles demandent à n'être pas nommées, c'est un mérite et une grâce de plus . Il fallait d'abord de l'argent; elles donnèrent ce qu'elles avaient, et quêtèrent pour avoir le reste. Cinq écoles sont aujourd'hui fondées, fondées d'une façon sérieuse et définitive; on travaille à une sixième ; et si Dieu, qui bénit les bonnes œuvres, donne vie aux chères fondatrices, chaque quartier de Paris aura son école professionnelle dans quelques années.
Œuvre excellente, exemple meilleur encore, et qui suffirait pour nous apprendre à ne pas désespérer de la liberté. Voici deux autres sociétés, l'Association polytechnique et l'Association philotechnique, dont le but est de faire des cours aux adultes. L'Association polytechnique a montré le chemin ; l'Association philotechnique l'a glorieusement suivi. Elle compte à présent ses élèves par milliers. Administrateurs et professeurs donnent leur temps qui, pour beaucoup d'entre eux, est leur seule richesse ; s'il y a quelque menue dépense à
faire, ils s'en chargent par surcroît. Cours de graml'école. 26
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maire, d'histoire, de dessin, de chimie et de mathématiques appliquées; l'association donne, dans chaque centre, l'instruction la plus appropriée aux besoins locaux. Concentrée d'abord à Paris, elle commence à rayonner au dehors; elle a des succursales aux Batignolles, à Sceaux, àVincennes, à Ivry , à Saint-Denis, à Puteaux, à Corbeil, à Suresnes, à Nice, à Foix, à St-Brieac, à Lille. Il a suffi pour cela d'un membre de l'association, inspecteur de l'Université à Nice, d'un préfet dévoué à l'idée féconde et généreuse de l'enseignement gratuit des adultes, M. Mahias, d'un ami éclairé des ouvriers, M. Rossignol. Il ne faut que vouloir; répétons-nous toujours cela, c'est le mot de la liberté.
Outre ces deux sociétés modèles, qui donnent avec tant de dévouement leur temps et leurs services, plusieurs associations, dont quelquesunes ont déjà atteint un demi-siècle d'existence, se sont fondées tout exprès pour concourir aux progrès de l'instruction du peuple. La Société pour l'instruction élémentaire, qui a son siège à Paris1, doit être citée à la place d'honneur pour ses. cours normaux suivis par plus de 1,000 institutrices, présentes ou futures, pour sa sollicitude constante et pour les encouragements qu'elle ne cesse de donner aux auteurs et aux instituteurs. Il ne lui manque qu'un peu plus de liberté d'action pour réaliser
* Bot Btotafailto, x m$w
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tout le bien qu'elle brûle de faire. Il faudrait citer toutes les Sociétés analogues, qui honorent de grandes -villes de départements. Lyon surtout ne doit pas être oublié.
Partout où il existe une Société industrielle, elle fait sortir de terre des écoles ; tant il est vrai qu'un des premiers besoins de l'industrie est d'éclairer les ouvriers, et de former de bons contre-maîtres, qui deviendront peut-être à leur tour de grands industriels.
L'auteur de ce livre aimait à vanter la Société industrielle de Mulhouse, dont il se fait gloire d'être membre. Et pourquoi ne lui rendrait-il pas encore aujourd'hui la justice qui lui est due. La guerre, qui brise si cruellement les liens politiques, ne change pas les cœurs. La société de Mulhouse n'a cessé de demander l'instruction obligatoire et la limitation à six heures du travail des enfants ; c'est sous son inspiration que se sont fondées les magnifiques écoles que Mulhouse montre avec orgueil, les trente bibliothèques communales du Haut-Rhin. Elle est moins fière des grands et glorieux services rendus par elle à l'industrie, que des victoires qu'elle a remportées sur l'ignorance. On peut faire le même éloge des Sociétés industrielles de Reims, de Nantes, d'Amiens et d'Elbeuf. Rouen et le Havre ont des écoles professionnelles en pleine voie de prospérité. Lille a des cours réguliers pour les mécaniciens et les chauffeurs. Quelquefois on a fondé des
cours temporaires pour familiariser le peuple avec une découverte importante; ou c'est un homme de bien qui, sans associés, fait tous les soirs , à qui veut en profiter , une leçon ou une lecture; ailleurs, on a organisé par souscriptions toute une université locale au profit des ouvriers de manufactures, et Ton ne sait ce que Ton doit le plus admirer, du dévouement des maîtres, ou de la bonne volonté des auditeurs, qui se délassent du travail par l'étude. Un jour, un manufacturier du Haut-Rhin, M.Bourcart, se dit qu'on ne facilite pas assez aux ouvriers la voie du bien, qu'on devrait mettre l'instruction à leur portée, et leur donner le choix entre le cabaret et l'étude, entre l'ignorance et la science. Quelques mois après, comme il suffit de vouloir, tous les cours étaient prêts, et les ouvriers montraient par leur empressement qu'ils comprennent quel avenir une instruction plus complète peut ouvrir devant eux. C'est un grand bonheur pour une commune quand ceux qui l'administrent ont la volonté comme le pouvoir de bien faire : des municipalités intelligentes fondent des chaires pour répandre dans une population laborieuse les connaissances qui lui sont les plus utiles; l'économie politique a été enseignée à Reims par M. Victor Modeste; M. Frédéric Passy l'a portée, pour ainsi dire avec lui, comme un apôtre, à Montpellier, à Bordeaux, à Nice. Ce ne sont peut-être que des commencements. Au premier souffle de liberté, tout cela va
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grandir. Il y a de ces réunions qui feraient battre d'enthousiasme le cœur le plus froid. Les orphéons aussi font des miracles. Au temps des palais, il était question d'en bâtir un, à Paris, pour leurs réunions générales. Un palais, soit; nous nous serions contentés d'une tente. Qu'on y mette au moins une bibliothèque populaire, comme annexe. Ce sont les écoles et les bibliothèques qui sont les palais du peuple.
M. Duruy a appelé l'Université à se transformer en une sorte d'association polytechnique pour faire chaque soir des cours gratuits dans toute la France. Il a trouvé là beaucoup de talent et de zèle. « Nous n'avons encore, disait-il, que 4,161 cours d'adultes '. » C'est bien peu pour ce nombre immense et toujours croissant des ouvriers des villes. Que fautil pour généraliser ce grand bienfait? Du zèle. Et encore? Du zèle. Répétons-le toujours : il ne faut que vouloir.
Ce qui importe encore plus que des cours, ce sont des livres. Il a fallu bien des années pour que Ton comprît que le meilleur moyen de remplir les écoles était de propager le goût de la lecture. C'est tout au plus si la lecture , qui est indispensable comme instrument de travail, rend moins de services comme instrument de plaisir. On accomplit quelquefois un très-grand progrès moral, rien qu'en substituant un plaisir à un autre. Si jamais la lec-
1 Bsoposi de la situation de l'Empire, 18G3, p. 69.
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ture devient 1 amusement favori des ouvriers, il faudra doubler le nombre des écoles. Il s'agit donc d'avoir des livres.
Dans les pays protestants, il y a, sous chaque toit, au moins un livre : c'est la Bible. Tout le monde sait la quantité de bibles qui se donne ou se vend en Angleterre. A Paris, si vous entrez dans un temple \ pour assister à un mariage, vous verrez toujours la i cérémonie se terminer par le don d'une bible. C'est • un acte de religion très-bien entendu, et en même temps, à un point de vue profane, c'est une coutume très-utile aux pauvres ménages. Il faut avoir réfléchi sur ces grandes questions de l'éducation pour savoir toute la différence qui sépare ces deux situations : avoir un livre, — un seul, — n'en avoir pas. La présence de ce livre unique ravive les souvenirs de l'école et en perpétue les enseignements. On trouverait chez les catholiques plutôt un paroissien qu'une bible , et le paroissien môme, il faut le dire, est une exception. Dans la plupart des églises, les femmes roulent un chapelet entre leurs doigts ; les hommes chantent les psaumes de mémoire. Rentrés chez eux, ils n'ont pas môme un journal, pas un almanach. Non-seulement ils ne lisent pas de livres, mais ils n'en voient pas. Le signe sensible de la civilisation est absent de leurs chaumières , et nous oublions de les en plaindre, comme si cette misère de l'esprit n'était pas la plus dure conséquence de l'extrême pauvreté.
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Nos lois semblent toujours moins préoccupées de la nécessité de multiplier les livresque de la crainte d'en laisser répandre de mauvais. Nous avons contre les mauvais livres la loi du colportage qui subsiste, quoique la commission soit supprimée, les lois sur la presse, les diverses lois qui régissent les professions de libraire et d'imprimeur. Si le livre traite de politique, il est suspect au gouvernement d'aujourd'hui ou à celui de demain. S'il n'y avait à craindre ni procès, ni confiscation, ni tracasseries administratives, on ne s'en plaindrait pas : ce serait une conséquence de la liberté politique ; mais la liberté politique est un contre-sens, quand elle n'est pas accompagnée de la liberté de la presse. Petit ou grand, brochure ou volume, le livre risque toujours d'être saisi, condamné, supprimé. Pour paraître, il faut qu'il soit acheté si Fauteur n'est pas riche, c'est-à-dire il faut qu'il soit jugé bon par un éditeur; ce suffrage est plus important pour lui que l'admiration du public, car il en a besoin, même pour naître. L'imprimeur, de son côté, est très-difficile à persuader, et il a cent fois raison, car il répond de tout ce qu'il imprime, et pourtant il ne peut pas tout lire. Il est condamné, comme complice, à la même peine que l'auteur, et aussitôt l'administration peut lui retirer son brevet; ce qui revient à dire que l'auteur est condamné à 2,000 fr. d'amende, et l'imprimeur, s'il est riche, à 2,000 fr. d'amende et à une perte qui peut s'élever pour certaines maisons
à près de 500,000 fr. Encore l'auteur a-t-il la consolation de souffrir pour ses idées ; mais l'imprimeur est tout uniment victime d'une mauvaise spéculation. Comment pouvons-nous dire, dans de pareilles conditions, que la censure n'existe pas chez nous t II y a juste autant de censeurs que d'imprimeurs.
La limitation à laquelle on revient, du nombre des libraires vendeurs de livres, est conçue dans le même esprit : c'est toujours la crainte du mauvais livre. U faut qu'il y ait peu de librairies pour rendre la surveillance facile : grande différence avec des pays voisins, où la police ne semble pas trop mal faite, et où l'on trouve toujours, dans les boutiques de mercerie ou dans les simples débits de tabac» un casier pour les livres nouveaux. Nous avons peu de librairies en effet : 5,659 libraires pour toute la France * ; et il en résulte deux choses : l'une, c'est qu'ilyapeude livres, et l'autre, c'est qu'il y a beaucoup de romans-feuilletons. On ne voit pas, en vérité, ce que peuvent y gagner la morale et la politique.
Il semble au premier abord que restreindre le nombre des vendeurs, ce n'est pas restreindre la
t Nombre des libraires à la tin de 1873 :
Dans les chefs-lieux de préfecture... 1,201
A Paris 1,008
Dans les chefs-lieux de sous-préfecture... 1,165
Dans les chefs-lieux de canton 1,696
Dans les communes rurales 499
Total 5,659
On peut ajouter à cette énumération la bibliothèque des chemins de ter Ion*
dée par M. Hachette en 1858, et qui ne compte pas moins de 435 bibUotbèqoef
on dépôts exploités dans 410 gares.
quantité de la marchandise ; mais le livre n'est pas une denrée de première nécessité; il faut qu'il soit offert. Un nouveau marchand, s'il est habile, peut se créer une clientèle sans rien ôter à la clientèle de son voisin, et Ton peut dire qu'un libraire qui s'enrichit dans ces conditions, si d'ailleurs il ne vend pas de mauvais livres, rend au pays un très-grand service. On compte beaucoup de libraires dans les grandes villes; il y en a peu dans les villes de second et de troisième ordre. Combien de chefs-lieux de préfecture n'en ont qu'un seul I Ce libraire, si on peut lui donner ce nom, vend plus de papeterie et de cartonnages que de livres. Il fait la commission sans intelligence, et le client qui lui demande un livre nouveau lui en apprend en même temps le titre. C'est bien pire encore dans les chefs-lieux d'arrondissement ou de canton. Là il n'y a ni livres dans les maisons, ni boutiques de livres. Une famille qui a le goût de la lecture est obligée de correspondre directement avec un libraire, de faire de grands frais en correspondances et en messageries. N'est-il pas plus naturel et moins coûteux de s'abonner à un journal? Le journal devient ainsi Tunique ressource de ceux qui veulent lire et qui habitent au fond des campagnes. Le livre remplacerait peut-être le journal, si le commerce de la librairie devenant libre, on pouvait, sans trop de dépenses, le porter jusque dans les villages. Il nous semblerait d'abord très-extraordinaire de voir chez l'épicier ou le mercier quatre ou
cinq rayons couverts de livres à vendre. Cela est pourtant ainsi en Angleterre et en Amérique, et c'est en partie pour ce motif que les Anglais consomment tant de livres, et que nous en produisons si peu. Il y a au fond de tout cela une question qui est tranchée depuis longtemps pour tous les esprits libéraux, mais qu'on agitera toujours. C'est la question même qu'Aristote pose dans sa Métaphysique, quand il demande s'il y a des choses qu'il vaut mieux ignorer que savoir. Il s'agit pour lui de décider si la science de certains objets, ou trop petits ou trop ignobles, n'est pas plutôt une diminution qu'un accroissement de la science. Aristote prend le mauvais parti et se décide pour le dédain. Une autre face du même problème, c'est de savoir si l'augmentation de la richesse intellectuelle totale au sein de l'humanité doit être considérée comme un avantage ou comme un péril. Cela revient à demander si la liberté est bonne ou mauvaise, car liberté, instruction, c'est tout un. La liberté sans lumière, c'est anarchie ; la lumière sans liberté, c'est oppression. 11 y a une éducation de l'humanité comme des hommes ; l'espèce humaine doit marcher constamment vers une plus grande instruction et vers une plus grande liberté. Est-elle dans l'enfance à l'heure où nous sommes, et doit-on encore aujourd'hui lui ménager la vérité? Peut-on exercer sur elle, en plein dix-neuvième siècle, d'autre ascendant que celui de la démonstration? A-t-elle besoin
(Tune police des esprits, et non-seulement d'une police répressive, mais de cette police préventive dont on ne veut plus nulle part, même dans le monde de la matière? Si la vérité est analogue à la raison, le plus grand service qu'on puisse rendre à la vérité et à la raison, et par conséquent à l'humanité, c'est d'affranchir l'intelligence. Il faut donc faire tout au rebours de ce que fait la loi française, favoriser l'enseignement sous toutes ses formes, et spécialement la production et la vente des livres, au lieu de la gêner, de l'entraver, de la diminuer, dans la pensée honorable peut-être, mais à coup sûr inintelligente, d'épargner à l'humanité la connaissance du mal.
Qu'est-ce que le mal? C'est une certaine chose pour les philosophes; c'est cette même chose et quelque chose de plus pour les théologiens. Les philosophes n'ont jamais été chargés de faire la police des 'esprits, et même ils sont, par la nature de leurs études, les ennemis de cette police ; les théologiens ne la font plus. Qui fait aujourd'hui la police? C'est la politique ; et qu'est-ce que le mal pour la politique? C'est ce qui lui nuit. D'où il suit que, quand la politique fait fausse route, ce qui paraît mal à ses yeux, ce qu'elle punit, ce qu'elle proscrit sous le nom de mal, c'est le bien. Il est clair que toute cette réglementation n'est qu'une suite de contre-sens. La justice et la vérité se défendent par elles-mêmes. Quiconque a la vérité pour lui demande à parler et
à discuter; quiconque Ta contre lui demande ou exige qu'on se taise.
On objecte qu'à défaut du commerce libre, qui répandrait à la fois les bons livres et les mauvais, on aura des sociétés philanthropiques, vouées exclusivement à la propagande des bons livres, et qu'elles feront le même bien sans mélange de mal, car c'est toujours là le problème qu'on se pose : ne cum bonis $6minibus spinœ coalescant, vel medicinisvenena intermisceantùr*. Nous répondons d'abord qu'il faut avoir confiance dans la force de la vérité, et ensuite qu'il ne faut pas comparer, pour leur vertu d'expansion, la philanthropie au commerce. Le commerce est bien autrement puissant, bien autrement actif; il meut bien plus de capitaux, il suscite plus d'écrivains, il crée plus de lecteurs. L'industrie vit par elle-même, tandis qu'il faut que la philanthropie renaisse tous les jours ; si le zèle s'arrête un instant, l'œuvre est perdue. Il ne s'agit pas d'ailleurs, entre l'industrie libre et la philanthropie, de choisir, mais de cumuler. En Angleterre, en Amérique, en Suisse, partout où on prend sérieusement à cœur l'enseigne* ment du peuple, on a tout à la fois la liberté de la librairie et des sociétés de bons livres. Le voisinage du commerce libre donne plus d'énergie et plus de ressources aux sociétés propagatrices ; elle les rend aussi, s'il faut tout dire, plus légitimes; car enfin,
1 LéonX, Concil. LaUr., sesi. 10.
l'enseignement libre 413
dans un pays où les livres ne circulent pas librement, les sociétés propagatrices agissent sous la sur-* veillance de la police ; elles font leurs choix dans les livres autorisés; les livres n'arrivent au public qu'après un double triage, celui que fait la police, celui que fait la société elle-même. Pour qu'une société des bons livres produise tout le bien qu'elle est appelée à produire, il faut d'abord qu'elle soit libre elle-même, et ensuite Qu'elle ait à côté d'elle la liberté.
Ces sociétés sont nombreuses et puissantes chez nos voisins; mais disons-le sur-le-champ, c'est presque toujours le zèle religieux qui les suscite. Il suffit de rappeler le nom des principales : the pure Literatùre Society, the Christian Knowledge, the religions Tract Society. De même à Genève, nous trouvons la Bibliothèque d 'édification, V Union chrétienne des jeunes gens. C'est tout simple : l'ardeur de la propagande est une conséquence, ou pour mieux dire, une forme de l'esprit religieux. D'ailleurs l'association est facile entre personnes unies par un même dogme. D en est tout autrement dans le monde de la libre pensée.
Est-ce à cette cause qu'il faut attribuer notre infériorité évidente dans l'œuvre de la propagation des livres ? Il est certain que la foi est moins vivace en France, sinon dans le peuple des campagnes, qui est la matière et non l'agent de la propagande, au moins dans la partie éclairée de la population. Au
reste, même chez nous, presque tout ce qui a été fait a été inspiré par la foi religieuse.
Ainsi les catholiques ont à Paris la Société pour l'amélioration et V encouragement des publications populaires, qui publie depuis quelques années un bulletin. L'œuvre de Saint-François de Salles, fondée vers 1852, les œuvres plus récentes de Saint-Michel et de Sainte-Anne, sans avoir pour unique but la propagation des livres, en répandent un grand nombre à très-bas prix. Beaucoup de bibliothèques paroissiales, beaucoup de publications périodiques, ont été fondées en province.
Quand une de ces publications disparait, une autre la remplace. Les noms changent : l'œuvre reste, et l'ardeur de la propagande ne 'fait que grandir.
Les protestants, de leur côté, font de très-louables efforts, avec des ressources moindres. Ils songent aujourd'hui à fonder une Faculté. Qu'ils ne renoncent pas au journal, et surtout au Moniteur des Bibliothèques. Un pareil recueil ne doit pas échouer, il ne doit pas végéter; en un moment où la passion de s'instruire se réveille de toutes parts, l'œuvre des bibliothèques devient une des plus considérables parmi celles que la liberté doit encourager, et le premier journal qui s'est dévoué à cette œuvre doit croître et prospérer avec elle. On ne peut s'empêcher de dire ici que les livres destinés au peuple et vendus à bon marché doivent être faits
l'enseignement libre ** 415
pour éclairer l'esprit, non pour l'abêtir par de vaines superstitions ; pour élever et fortifier l'âme, non pour la souiller; pour répandre la fraternité, et non pour souffler la haine. Ce n'est pas la loi, ce n'est pas la police qu'il faut invoquer contre le mauvais livre; c'est le bon livre. Rendez-le accessible et aimable. Voilà le vrai combat, le seul honnête. Apprenons à nous fier à la liberté, à connaître la force de la vérité.
Il ne s'était, pour ainsi dire, rien fait jusqu'à ces dernières années en dehors des associations religieuses. Nous avions plusieurs journaux ou revues bibliographiques, œuvres spéciales d'une congrégation protestante ou catholique. Aucune publication n'avait pour but unique l'instruction elle-même. Nous voudrions mentionner, avec un soin pieux, toutes celles qui se sont produites, même celles qui ont péri, et jusqu'à de simples prospectus. Le plus humble effort nous est cher. Montbéliard avait une Société spéciale pour la propagation des livres; il y en avait aussi à Strasbourg, Mulhouse, Colmar et Lyon. Une Société s'était fondée en 1850 sous le titre d' Association universelle pour la fondation des Bibliothèques communales. Le ministre de l'intérieur l'avait recommandée aux préfets dans une lettre insérée au Moniteur du 31 mai. Elle a avorté. La Société pour l'Instruction élémentaire, fondée en 1815 sous l'inspiration de Carnot, et qui a eu longtemps à sa tête Mv de Lasteyrie, a suscité de bons livres par
ses encouragements, mais elle ne se charge pas de les répandre elle-même. C'est seulement depuis douze ou treize ans qu'on peut constater un véritable mouvement en faveur des bibliothèques populaires. Trois faits principaux l'ont caractérisé : une circulaire de M. Rouland, ministre de l'instruction publique, en date du 26 juin 1860; l'autorisation accordée à la Société Franklin par le ministre de l'intérieur le 19 septembre 1862, et enfin la fondation de bibliothèques populaires dans plusieurs des arrondissements de Paris et dans un grand nombre de villes de province.
La Ligue de ï Enseignement, fondée par M. Jean Macé, est une preuve triomphante du pouvoir de la liberté. Un homme de bien, avec de.faibles ressources, fait quelquefois ce qu'un gouvernement ne pourrait pas faire.
Disons sur-le-champ que nous sommes de l'avis des sociétés catholiques et des sociétés protestantes, de l'avis de la circulaire de M. Rouland, de l'avis de la Société Franklin, et surtout de l'avis des fondateurs de bibliothèques populaires. Nous trouvons que tout le monde a raison, que tout le monde fait du bien ; nous voudrions obtenir la liberté du commerce de la librairie, pour ajouter cette grande force à toutes les forces déjà existantes. Pour un besoin si pressant, pour un intérêt si sacré, ce n'est pas trop de tous les dévouements et de toutes les ressources. Il y a pourtant dans tout cela des diffé-
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rences de degrés, et même des différences de principes, puisqu'il y a la propagande religieuse, la propagande par l'État et la propagande par l'action individuelle. Il faut dire pourquoi et dans quelles conditions nous acceptons les deux premières, pourquoi nous leur préférons l'action libre, individuelle, laïque, et quelle règle nous lui proposons pour assurer son succès au point de vue matériel et au point de vue moral.
D'abord pour la propagande religieuse, ce qu'il importe de déclarer avant tout, c'est qu'elle est de droit. Ceux qui s'en plaignent, ceux surtout qui se réjouissent des rigueurs exercées contre elle par certains gouvernements, n'entendent rien à la liberté. On peut répondre à la propagande de ses adversaires, on ne doit pas l'étouffer, ni souhaiter qu'on l'étouffé. Les catholiques et les protestants ont incontestablement le droit de professer leur culte, et par conséquent de le propager. La liberté, sans la propagande, n'est que la permission d'aller et de venir dans l'intérieur d'une prison. Ce droit, quoiqu'il soit réclamé pour des communions religieuses, est un droit philosophique. La raison et la loi sont d'accord pour le leur assurer. Il est impossible * de les troubler dans l'exercice de ce droit à quelque degré que ce soit, sans attenter à la liberté de tous, car on ne peut violer la liberté de personne sans violer la liberté de tous. Jamais le droi t ne peut être exceptionnel, sans cesser d'être le d /oit pour l'école. 2/
devenir un privilège, c'est-à-dire le contraire du droit. Quiconque est libéral doit donc réclamer pour les catholiques la liberté d'être catholiques, et par conséquent la liberté de répandre le catholicisme. Il n'y a rien de plus évident.
• Mais ce droit, que tout esprit libéral accorde de toute nécessité aux communions religieuses, doit-on regretter qu'elles en fassent usage? Pourquoi le regretter, si nous sommes libéraux? Le caractère propre du vrai libéralisme, c'est de compter sur la force de la vérité. C'est le fait des oppresseurs, de protéger la vérité par la contrainte, et celui des libéraux, d'en appeler toujours à la persuasion et à la démonstration. Nous devons croire, et nous croyons en effet que, pourvu que tout le monde combatte à armes égales, la victoire restera à la bonne cause, qui est la ndtre. Il ne s'agit donc pas pour nous de permettre que nos adversaires soient libres, mais d'aimer la liberté en eux. On objecte qu'ils sont intolérants: que noos importe? S'ils ne font que prêcher l'intolérance» c'est une doctrine, et une doctrine certainement fausse ; nous la réfuterons. S'ils obtiennent au profit do l'intolérance l'appui du bras séculier, c'est autre chose alors, car il ne s'agira plus d'opposer une doctrine à une autre, mais de lutter contre la force. Il nous faut à tout prix la liberté de penser et de parler, mais il nous la faut aussi pour nos ennemis. On nous dit qu'ils ne nous rendront pas la pareille ; nous le croyons» bien, et
c'est pour cela que nous sommes les meilleurs et les plus forts !
En fait, si nous étudions les catalogues des sociétés religieuses, les livres qu'elles répandent peuvent se diviser en trois classes : les livres de polémique, les livres de dogme et les livres dé morale. Les livres de polémique ne sont pas nombreux ; ils ne sont que l'exercice du droit le plus naturel, quand ils ne contiennent pas d'injures pour l'adversaire qu'ils combattent ; et quand ils en contiennent, à qui nuisent-ils? Nous ne sommes plus aux temps où protestants et catholiques entreprenaient des croisades les uns contre les autres dans les rues d'une même ville. Aujourd'hui tout le monde se fait honneur d'être modéré ; on feint de l'être quand on ne l'est pas; la vérité est qu'on l'est un peu trop, carie principe de lavolérance au dix* neuvième siècle est moins encore l'amour de la liberté qu'un fonds regrettable d'indifférence. Les livres de dogme sont plus nombreux que les livres de polémique ; ils ont pour effet, ou du moins pour but, de raffermir les fidèles dans leur foi. On peut ranger parmi eux une multitude de petites brochures consacrées à des récits de miracles ou à des spiritualités qui offensent le bon sens et ne sont pas toujours sans inconvénients pour la morale. Ces pu* blications alimentent la polémique des incrédules, Contre les religions positives; elles sont désavouées et regrettées par tous les esprits éclairés; elles né
font guère de mal qu à la cause qu'elles prétendent servir. Restent les ouvrages de morale, et ils forment plus de la moitié des publications religieuses. Beaucoup de livres de piété sont évidemment des traités de morale sous une forme particulière. Cette statistique sommaire suffit pour montrer la vanité de certaines alarmes. La propagande religieuse tourne à la propagande de la morale humaine ; elle répand le goût et l'habitude de la lecture ; elle doit être en somme acceptée comme un bienfait, même par les incrédules. Il faut être bien aveuglé par les préjugés pour se plaindre de la quantité des publications religieuses, quand on est partisan de la liberté de l'imprimerie et de la librairie. Pourquoi donc aimezvous la liberté, si vous la croyez si terrible ? Et comment F aimez- vous, si vous la croyez compatible avec des exclusions ? Les protestants, qui donnent une bible à chaque couple dont ils bénissent l'union, ne rendent pas seulement service au protestantisme, mais à l'humanité. Pourquoi les communions chrétiennes n'ont-elles pas la pensée de faire imprimer à des millions d'exemplaires le Sermon sur la montagne en forme de tableau illustré, et de le répandre dans toutes les chaumières, à la place de ces grossières images dont le seul tort n'est pas toujours d'offenser le bon goût? Avec quelle ardeur les libres penseurs n'apporteraient-ils pas leur obole pour concourir à cette œuvre bénie !
Nous dirons un mot de la propagande des livres
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par l'État. Elle nous plaît moins. Nous ne voulons pourtant pas la repousser» pourvu qu'elle coexiste avec la liberté et l'action individuelle. La liberté est un remède à tout. Il y a cette première différence entre l'action de l'État et celle d'une communion religieuse, que la communion religieuse défend un dogme et l'État une politique. La religion, quoi qu'elle fasse, parle toujours aux hommes de Dieu et du devoir ; la politique, même la plus pure, parle toujours à leurs passions. On dira que l'État se mettra au-dessus des questions de partis, qu'il dédaignera les controverses. Cette réponse n'est pas sérieuse. L'État ne parle pas lui-même ; ceux qui gouvernent parlent pour lui et confondent dans leurs écrits leurs intérêts avec les siens. Prenez garde que des petits livres publiés par l'État, quel que soit d'ailleurs le gouvernement, ne seront jamais qu'une forme nouvelle de la presse officielle. Cette action sera terrible pour la liberté s'il n'y a pas de presse libre, et terrible pour l'État s'il y en a une. On peut d'ailleurs signaler cette différence entre la presse religieuse et la presse officielle dans un pays sans religion d'État, que les diverses religions se font contre-poids, tandis que l'Etat est seul et transforme aisément toute contradiction en délit politique. L'intervention directe du gouvernement dans la création et la vente des livres est donc pleine de périls. Si même il ne fait que choisir dans les catalogues des libraires, il est à craindre qu'il n'em-
ploie la fortune publique à récompenser des dévouements politiques et à porter l'inégalité et le trouble dans la première et la plus importante de toutes les industries. Ce qu'il fait en petit avec les annonces judiciaires, il le ferait en grand avec les achats de livres, ou même avec une simple désignation officieuse. En un mot, si c'est le gouvernement qui fait les bibliothèques populaires, elles seront plutôt un moyen de gouvernement qu'un moyen de civilisation. Cependant nous ne les repousserons pas, nous ne les dédaignerons pas; nous les accueillerons même comme un service, tant est grande notre foi dans la puissance de la liberté en matière de presse, pourvu qu'à côté des bibliothèques gouvernementales et des bibliothèques religieuses, il nous soit permis de placer à notre tour des bibliothèques libres.
C'est dans cette intention qu'a été fondée à Paris la Société Franklin, qui a eu pour présidents M. Boussingault, M. Chasseloup-Laubat, et pour secrétaires généraux M. Charles Robert, M. Marguerin. Cette Société a été autorisée le 19 septembre 1862 par le ministre de l'intérieur. Voici l'art. 2 de ses statuts. « La Société a pour objet de proposer l'établissement de bibliothèques municipales dans les localités qui en manquent, d'aider de ses conseils celles qui s'organisent, de leur communiquer le catalogue des livres qui méritent d'être recommandés, de les encourager par des dons en livres ou en ar-
gent, de se charger pour elles de leurs acquisitions, le tout sans frais et sans aucune responsabilité à sa charge Elle ne s'immisce jamais dans les détails d'intérieur de ces bibliothèques, à moins d'y être invitée par ellas. »
Ce peu de mots expliquent parfaitement le but, le rôle et l'importance de la Société Franklin. Elle existe depuis peu de temps, et n'a encore qu'un nombre restreint d'associés. Cependant les auteurs et les éditeurs commencent à prendre l'habitude de lui envoyer des livres; elle a déjà pu elle-même contribuer par des dons de quelque importance à la fondation de plusieurs bibliothèques. La cotisation annuelle, qui était de 12 fr., a été abaissée à 5 fr., dans l'espérance, déjà réalisée en partie, d'augmenter considérablement le nombre des adhérents. C'est une bonne mesure, qui remplira la caisse de la Société et lui apportera ce dont elle n'a pas moins besoin, de nombreux et actifs collaborateurs. La plupart des maisons importantes de librairie se sont empressées, sur la demande de la Société, d'accorder des remises de prix considérables aux bibliothèques qu'elle fondent qu'elle patronne. Peutêtre pourrait-elle rendre aussi de très-grands services en obtenant pour ses correspondants la faculté de payer à longue échéance, ou de payer par annuités. Elle avait, dès les premiers temps de sa fondation, pour donner signe de vie, publié un catalogue de livres inoffensifs, qui n'étaient pas tous
; de bons livres. Elle a composé, depuis, un catalogue beaucoup moins étendu, mais mieux composé, et qui peut être consulté avec fruit par lés fondateurs de bibliothèques. C'est prendre, on doit Vavouer, une grande responsabilité ; mais les membres de la Société ne s'épargnent pas eux-mêmes. Ils ont la conscience de la grandeur de leur œuvre, et ils y apportent un dévouement sans bornes. Ils ne peuvent choisir que dans ce qu'on leur offre, et la librairie française n'est pas très-riche pour le moment en livres dignes de devenir populaires : elle le sera peut-être un jour, sous l'impulsion de la Société Franklin. Il est d'ailleurs très-difficile de donner de loin des conseils pour le choix des livres. Une commune est agricole ou industrielle, éclairée ou attardée, catholique ou protestante. Le goût de la lecture y est déjà répandu, ou bien il y a tout à créer, les lecteurs aussi bien que la bibliothèque. Tantôt il faut fournir des aliments à des esprits déjà avides de science, tantôt il faut révéler à des esprits naturellement paresseux une nouvelle source de plaisirs. Dans une telle diversité d'aptitudes et Ae besoins , il est assez difficile d'établir quelques formules générales. Il y a pourtant deux ou trois principes dont il est urgent de ne jamais s'écarter. Le premier de tous assurément, c'est que la bibliothèque doit être absolument irréprochable au point de vue des mœurs. Tout le monde en tombera d'accord ; mais la morale est une reine très-van tée,
très-respectée et très-mal obéie. En voici une preuve singulière. Le théâtre, chez nous, est soumis à la censure. Évidemment on a composé la commission de censure des hommes les plus intelligents, les plus probes, les plus versés dans la connaissance du cœur humain et dans l'étude de la philosophie morale. Nous ne craindrions pas pour notre part la suppression de la censure , nous serions même les premiers à la provoquer; mais du moment qu'elle existe, elle constitue un ministère de Tordre le plus élevé. Un de ses effets est de rendre l'administration responsable de la moralité de tous les vaudevilles et de tous les mélodrames. Cependant que voyons-nous chaque soir? Pourvu qu'à la fin de l'histoire et pendant qu'on prend son chapeau et son manteau, la vertu soit récompensée et le vice puni, tout est bien, tout est dans la règle; c'est l'avis de la commission et celui du public. Croit-on que le spectateur en soit dupe? Il voit le monde à côté de la comédie ; il sait très-bien que la vertu et le succès ne sont pas rivés à la même chaîne. Quelle est cette singulière aberration, d'aller dire à des ouvriers qui se sentent honnêtes et qui se savent pauvres, qu'il suffit d'être honnêtes pour devenir riches, ou malhonnêtes pour finir un beau jour par être ruinés? Dites-leur qu'on est heureux, même dans la pauvreté, avec une bonne conscience; ditesleur qu'il faut remplir le devoir à tout prix, parce qu'il est le devoir et parce que Dieu le veut, hf
devoir est austère ; si vous connaissiez bien 1m hommes et si vous les estimiez ce qu'ils valent, vous sauriez que cette austérité même est un charme. Quand le peuple est attentif, tout ce qui est grand l'enflamme. Il est généreux, il est fier; il aime le récit des grands sacrifices et le spectacle des grands caractères. Un moraliste se plaint avec raison de l'usage où nous sommes d'avoir un langage enfantin, une* science enfantine pour les enfants; il faut leur parler du premier coup la vraie langue, elle n'est pas plus difficile que le jargon des nourrices, et les initier graduellement, mais directement, à la vraie science : elle est plus analogue à la raison, et en définitive plus accessible que les sottes superstitions par lesquelles on la remplace. De même pour le peuple : c'est une étrange fatuité que de s'abaisser pour lui parler. Il a si peu besoin qu'on lui fabrique des mélodrames, que, quand il a le choix, il court à Corneille. Si on lui faisait des lectures le soir, institution qui serait excellente potirvu qu'elle fût libre, le moyen d'avoir du succès serait de choisir Épictète ou Sénèque. Donnez-lui sans hésiter la grande morale, et, autant que possible, donnez-lalui dans le langage des maîtres, car il ne faut pas séparer ces deux choses, la belle langue et la belle doctrine. Un livre mal écrit n'est pas assez honnête pour le peuple. S'il faut à toute force des spectateurs pour les mélodrames, envoyons-leur nos bacheliers déclassés, notre jeunesse dorée; mais pour ce grand
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enfant qu'on appelle le peuple, Corneille, Molière, Racine, Shakespeare , Schiller, ne sont pas tropbeaux. C'est presque la même faute, c'est presque un attentat contre la morale, que de faire à son usage des ustensiles sans grâce, des gravures ou obscènes ou ridicules. En coûterait-il plus de copier l'antique? Estce que la tâche de dessiner un tableau de Raphaël et de le tirer à des milliers d'exemplaires pour que le peuple puisse l'avoir à vil prix serait au-dessous de nos premiers artistes ? Pourquoi ne chante-t-on pas dans nos rues des airs de Gluck et de Mozart, au lieu de ces refrains ignobles dont nous sommes poursuivis, et qui sont une honte, non pour le peuple, mais pour ceux qui se chargent de l'amuser et qui ne savent l'amuser qu'en le dépravant ? Comment s'étonner des erreurs de nos romanciers et de nos écrivains dramatiques quand les gouvernements donnent eux-mêmes le signal de la démence? S'ils ont quelque fête publique à commander, ils appellent des saltimbanques, ils élèvent des tréteaux; bien heureux s'ils n'ont pas, comme au moyen âge, des fontaines qui versent du vin. Us ouvrent les théâtres de vaudevilles et de mélodrames, et ils ne sont pas avertis par la foule qui se presse pour entendre Polyeucte, Cinna, les Horacesl
Nous n'irons pas jusqu'à interdire un livre amusant qui ne serait qu'amusant. Une erreur, à notre avis, des sociétés religieuses, c'est de publier exclusivement des livres sérieux. Elles ont raison, si leur
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but est d'édifier les fidèles ou de recruter des prosélytes ; mais ce n'est pas par de pareils moyens qu'on accoutumera la foule à regarder la lecture comme un délassement. Douze heures de travail manuel ne sont pas une bonne préparation au travail de l'esprit. Pour quelques hommes intelligents, passionnés, qui préfèrent à tous les plaisirs le bon* heur de penser, et qui veulent toujours tirer profit de leurs lectures, combien trouve-t-on d'ouvriers qui ne demandent aux livres qu'un repos et un plaisir, et qui cherchent à échapper par la rêverie aux tristes réalités de l'existence ! Les bibliothèques, il n'est pas permis de l'oublier, ont à vaincre deux ennemis redoutables : l'ignorance et le cabaret. Avec une pareille bataille à livrer, elles ne se feront jamais assez attrayantes. Tout ce que nous leur demandons, c'est de ne sacrifier ni i la morale facile ni au mauvais goût. Jamais nous n'admettrons que le vice soit plus aimable que la vertu, ou le laid plus séduisant que le beau. Il y a de certaines délicatesses et de certains raffinements qui ne vont qu'aux esprits éclairés ; mais cela n'est vrai, dans l'art et dans la vie, que des vertus et des beautés de convention. Tout ce qui est grand est fait pour l'éternité, et s'impose de plein droit à l'admiration des foules et à l'assentiment de la postérité. On a dit que tout le mande avait plus d'esprit que Voltaire ; le mot a fait fortune, sans être juste. La foule n'a pas d'esprit ; elle a du bon sens et du sentiment, et
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même elle en a plus que personne. Quelque grand qu'il soit, aucun homme n'est aussi grand que l'humanité.
Il est une sorte d'ouvrages qui pourraient être écrits spécialement pour les bibliothèques populaires : ce sont les livres techniques destinés à propager les découvertes scientifiques et les meilleurs procédés industriels. D'une part, les progrès incessants de l'industrie ; de l'autre, l'avènement d'un très-grand nombre d'ouvriers à la vie intellectuelle, rendent les ouvrages anciens tout à fait insuffisants. Le temps n'est pas éloigné où chaque ouvrier voudra savoir quel est l'inventeur du métier sur lequel il travaille, de quels organes ce métier se compose, à quel engin il a succédé, de quels perfectionnements il est susceptible. Du métier, la curiosité glissera jusqu'au moteur qui lui donne la vie, et on voudra se faire expliquer la composition de la machine et la nature de la force motrice. D'autres esprits seront attirés par les problèmes économiques et sociaux, et voudront savoir quelle est la part du capital, celle de la science et celle de la main-d'œuvre dans la fabrication d'un produit. N'est-ce pas pour un ouvrier à la fois un vif plaisir et un grand sujet d'émulation que d'apprendre ce qu'était Richard Arkwrigt avant d'être baronnet et millionnaire? Si jamais tous les hommes qui, comme lui, ont créé une industrie en créant un instrument, sont mis à la place qu'ils méritent dans l'admiration de
l'humanité, ce sera déjà un progrès moral que d'avoir remplacé le culte du sabre par celui du génie.
Voieidonc en peu de mots les conseils qu'on peut donner aux fondateurs de bibliothèques : Avant tout une morale austère ; non pas un semblant de morale» une morale hypocrite, mettant certaines conventions sociales au-dessus du devoir, mais la vraie, la généreuse, l'inflexible morale; et de la morale jusque dans les traités scientifiques, jusque dans les ouvrages frivoles ! C'est là le premier et le plus grand précepte ; en second lieu, un choix habilement et sévèrement fait dans les chefs-d'œuvre classiques. Si on a recours aux classiques de l'antiquité ou aux littératures étrangères, que les traductions soient faites avec tout le soin possible et par les meilleurs écrivains. Troisièmement,* des livres d'agrément en assez grand nombre pour rendre la bibliothèque très-attrayante, mais des livres irré» prochables pour la morale et pour le style : que Ces livres, avant de flétrir et de punir le vice, ne commencent jamais par le rendre aimable, car on enten* drait les descriptions et on n'entendrait pas les anathèmes ; enfin, des livres techniques, écrits en langage usuel, simple, correct, pas trop scientifiques, pour rester clairs et parfaitement accessibles, toujours au courant des dernières découvertes de la science, dignes enfin d'être lus par les ouvriers et consultés par les savants.
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Verrons-nous de nos yeux le jour où toutes les espérances des véritables amis du peuple seront réalisées, où chaque commune, chaque fabrique, chaque école sera pourvue d'une bibliothèque populaire, où le livre deviendra le guide, le compagnon, l'ami fidèle de l'ouvrier, où le souvenir de la dernière lecture amusera et soutiendra son esprit pendant le travail manuel, rendra la tâche moins dure, l'ennoblira, l'abrégera? Car tel est le glorieux privilège de l'imagination : elle fait oublier la fatigue et la douleur; elle triomphe même de la durée. Il ne s'agit pas de quelques fades histoires ou de quelque insipide lieu commun de morale. Non, c'est la grande science, c'est la grande littérature qu'il faut enfin porter jusqu'à ces lèvres avides de s'abreuver aux sources véritables de la civilisation et de la liberté. Un cri s'élève de tous les ateliers ; il serait à la fois insensé et criminel de n'y pas répondre. Partageonsnous fraternellement la science; aidons-nous de notre mieux, dans notre tâche diverse et notre destinée commune. Nous sommes tous assis à la même table; travaillons de bon accord, puisque tous doivent profiter du travail de chacun.
Quand une personne étrangère à l'industrie entre pour la première fois dans un atelier, il est rare qu'elle éprouve un grand sentiment d'admiration. Quelques ateliers plaisent par leur élégance ; d'autres frappent l'imagination par les grandes masses qu'ils font mouvoir. Ce sont là des sensations éphémères,
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telles qu'en pourrait donner un beau spectable. Il y a au contraire des ateliers qui ne comportent ni trop de régularité ni trop d'élégance, où tout parait confus au premier abord, où l'on ne voit ni ces puissantes machines, image animée et redoutable de la force, ni ces transformations rapides par lesquelles le génie humain semble triompher de la nature ; quelquefois même le produit fabrique dans ces ateliers est un de ces agents de l'industrie qui,' malgré leurs importants services, n'ont pas réussi à vaincre l'indifférence du public, et font obscurément des merveilles. Cependant, si, au lieu de se borner à une visite superficielle, on étudie à fond la matière et les procédés du travail, les outils, les machines, la fonction de chaque ouvrier et de chaque contre-maître, les transformations successives et les divers usages du produit, non-seulement ce qui avait l'apparence du désordre et de la confusion devient un ensemble régulier et merveilleusement approprié à sa fin, mais l'esprit se sent pénétré d'étonnement à la vue de ces grands et féconds résultats si simplement et si infailliblement obtenus. Plus l'atelier est compliqué, plus l'effet est grand, parce que l'unité est toujours d'autant plus belle qu'elle résulte d'un plus grand nombre d'éléments différents, conspirant ensemble à produire un résultat simple.
Voici un atelier d'une espèce particulière, hors de proportion avec tous les autres, plus compliqué
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assurément, plus confus en apparence, où les ouvriers de diverses sortes semblent ne pas se connaître, et se contrarient quelquefois dans leurs tendances et leurs efforts ; atelier où règne cependant la plus grande harmonie, la solidarité la plus entière, quand on sait s'élever au-dessus des préjugés et ranger les détails sous les lois qui les résument et les gouvernent. C'est l'atelier dans lequel, depuis le commencement du monde, l'espèce humaine travaille à connaître toutes les choses qui existent, et, après les avoir connues, à les transformer pour les approprier à son usage.
Connaître d'abord; travailler ensuite. C'est la science qui féconde le travail. On peut poser comme un axiome que les écoles font les ateliers. Il y a, entre le travail général et le travail spécial, un lien aussi étroit que celui qui unit la conséquence au principe. Tantôt le savant tout occupé de la théorie rencontre une application sur son chemin ; tantôt, au contraire, c'est l'application même qu'il cherche, multipliant les études et les essais jusqu'à ce qu'il Tait trouvée et perfectionnée. Un jour, l'industrie reçoit un bienfait inattendu, tel que la lampe deDavy ; une autre fois, c'est l'industrie qui, sous la pression d'un besoin, sollicite la science et lui commande une découverte. Quand nous écrivons notre histoire, nous ne la remplissons que de batailles : la véritable histoire de l'humanité est celle des découvertes utiles. Le jour où pour la
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première fois, on s'est servi du fer, ce jour-là, la puissance de l'homme a été décuplée. A une heure bénie dans l'histoire de l'humanité, on a trouvé l'art de dompter le cheval, de mettre le bœuf sous le joug. La force des animaux est devenue la propriété de l'homme, en attendant que, par une révolution nouvelle, il s'emparât des forces mêmes de la nature, grâce à la mécanique et à la vapeur. Gomment ne savons-nous pas le nom de celui qui a créé le rabot ou la scie, quand tous nos poèmes retentissent du nom d'Alexandre, qui n'a rien créé, pas même un empire t L'inventeur de la boussole nous a, en réalité, donné la moitié du monde. Nous voyons de nos jours des événements qui sont bien autre chose qu'une guerre glorieuse ou une révolution politique ; car c'est en ce dix-neuvième siècle, c'est sous nos yeux que la vapeur a vaincu l'espace, et que la télégraphie électrique a vaincu le temps. Cependant la chute d'un roitelet à l'extrémité de l'Europe fait plus de bruit que la création du télégraphe de Morse. Il n'y a pas un général ayant gagné ou perdu une bataille, dont le nom ne soit plus populaire que celui de Crampton. C'est qu'avec toutes nos prétentions d'hommes civilisés, nous sommes encore à moitié barbares. Quand on invente une mitrailleuse ou quelque autre engin de guerre, qui ne servira peutêtre qu'à donner à quelque insensé le goût de verser le sang, nous crions tous au miracle; tandis que nous transmettons des ordres et des nouvelles,
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en une minute, de Lille à Marseille, avec autant de sacg-foid et d'indifférence que si les hommes jouissaient depuis des siècles de cette véritable baguette de fée. La vraie civilisation consiste peut-être i savoir admirer et dédaigner à propos.
Il ne faut pas croire que la science ne rende pas d'autres services au travail spécial que de lui fournir la vapeur, l'électricité, la lumière. Il y a des services au jour le jour, sans éclat, services, pour ainsi dire, anonymes, mais qui comptent autant, parce qu'ils sont continuels. La chaudière avait des parois trop minces et était sujette à éclater ; la machine était trop compliquée et absorbait par son frottement une partie de la force ; la fumée infectait l'air à l'entour et rendait le voisinage de l'usine incommode et onéreux ; le métier n'avait qu'un seul mouvement automatique et exigeait de la part de l'ouvrier conducteur une dépense de force pour produire les autres mouvements nécessaires ; " la chaleur développée par la machine et l'odeur des matières premières rendaient le séjour des ateliers malsain; telle opération se faisait au moyen de chariots contenant de la braise, qui condamnaient les ouvriers à vivre perpétuellement dans un commencement d'asphyxie ; telle autre les exposait à la mort par l'explosion du gaz ou l'absorption d'émanations délétères. Économie de temps et de force, perfectionnement des produits, hygiène des ouvriers, la science a de la sollicitude et des res-
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sources pour tous les besoins. Quand on visite i dix ans de distance une usine constamment tenue au courant des améliorations et que Ton compare l'état où on l'avait laissée à celui où on la retrouve, on a peine à comprendre que tant d'heureux changements aient, été l'ouvrage de si peu d'années; et c'est à peine si la science parait plus digne d'admiration et de reconnaissance pour les présents qu'elle fait de temps à autre à l'humanité, que pour cette tutelle bienfaisante et infatigable qu'elle exerce sur le travail et l'industrie.
L'industrie, de son côté, même la plus humble, rend de grands services à la science, tant la solidarité est étroite entre l'atelier et l'école. Non -seulement elle lui fournit des instruments et fait pour elle, sous sa direction, les expériences nécessaires ; mais elle l'exprime, elle la traduit; elle en écrit l'histoire, pour le savant et pour le vulgaire, dans les expériences successives qu'elle réalise ; elle contrôle ses théories par l'usage, elle les rend plus présentes et plus intelligibles à la science elle-même en les reproduisant dans une image vivante. De même qu'un peintre, après avoir achevé un paysage, désire malgré lui de voir cette eau s'écouler, ces animaux bondir et ces feuilles s'agiter au souffle du vent, le théoricien, qui sent la puissance de sa création, aspire à contempler de ses propres jeux la machine qu'il a conçue, à en suivre les mouvements, à en compter les produits, à les voir s'ao-
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cumuler en piles glorieuses, ou circuler dans les masses profondes de la population et y porter de nouveaux éléments de civilisation et de bonheur.
Situation de renseignement primaire en 1886
En écrivant le livre de V École, nous nous proposions d'obtenir :
L'augmentation des ressources de renseignement primaire1;
Le relèvement des traitements du personnel1 ;
L'assimilation du personnel de l'enseignement primaire aux fonctionnaires du service actif au point de vue de la retraite9 ;
L'acquisition des maisons d'écoles dans toutes les communes4;
La fondation de nouvelles écoles dans les communes qui en étaient dépourvues *;
La fondation, dans chaque département, d'écoles normales d'instituteurs et d'écoles normales de filles6;
La création d'un enseignement complet pour les filles?-,
L'extension de la gratuité, ou la gratuité absolue8 ;
L'obligation de l'instruction primaire1 ;
La suppression des lettres d'obédience 10;