CONCLUSION
Plusieurs personnes pensent peut-être qu’après avoir raconté quelques unes des injustices dont ont accable nos compatriotes, je vais dissuader la jeunesse du pays de se presser a l’école militaire, en aussi grand nombre qu’elle l'a fait depuis son ouverture, Elles se trompent du tout au tout si elles croient cela. Loin de là: la conclusion de ce travail ne peut être qu’une exhortation à y aller, sans se préoccuper lo noins du monde du sort qui l’y attend, Et voici pourquoi :
1. li est bien certain que les taquineries et lus ini astices des Directeurs de cette école n’iront que très rarement, ou peut-être jamais je v"? refuser aux élèves leurs ceriificuts, poarvi, bien entendu, qu'ils méritent de les e ir et qu’ils en manifestent l’intention inébranlable ; on pourra, il est vrai, leur refuser une pratique très utile, les décourager, essayer de les faire renoncer à leurs espérances; on ies irritera, on les aigrira, mais on ne les forcera point à partir sans voir couronner leurs travaux, Que ceux-ci soient récompensés de bonne ou de mauvaise grâce, peu importe, pourvu qu'ils le soient. Et tis le seront presque toujours. Or il y à bien peu de jeunes gens qui ne;
puissent supporter trois mois de persécutions. Depuis bientôt neuf mois, plusieurs y ont bien résisté ; personne n’en est mort ni même devenu malade. Il est nécessaire de donner aux anglais des preuves fréquentes que quand les vanadiens veulent une chose, ils la veulent forte. ment, et la poursuivent jusqu’au bout. Qui sait ! peut-être que, voyant notre indomptable énergie, les directeurs cesseront des tentatives infruv‘'ueuses! peut-être s’abstiendront-ils enfin des petites intrigues, des petits moyens qu’ils mettent en jeu pour assurer à leurs gens la supériorité !
2. Je suis bien convaincu que si les Canadiens cessent de se porter en foule à l’école, les Anglais s’y presseront plus que jamais, sûrs alors d’avoir tous les avantages, tous les grades supérieurs, lorsque plus tard notre milice sera formée. Comment se fait-il que presque t:utés les commissions élevées, que les places d'officiers, daas la milice volontaire, sont échues à des Anglais? C’est qu'ils ont pris l'initiative ; c’est qu’ils ont vu une chance de primer les Canadiens et qu’ils ne l’ont point refusée. C’est pour la même raison que les dix ou douze premiers élèves de l’école de Québec furent des jeunes gens d’origine anglaise. Îls espéraient sans doute accaparer les bénéfices de cette institution. Hevreusement pour nous, nos compatriotes leur en ont enlevé le monopolé, et aujourd’hui les trois quarts, sinon les trois quarts et demi, des élèves sont des Canadiens-Français. N’osant point lutter ouvértement avec nous, ils le feraient du moment que nous cesserions de profiter de l’enseignement militaire.
3. Les persécutions trempent le caractère d’un homme, lorsqu'il est jeune surtout. Elles l’habituent à se roidir contre les difficultés, à considérer les obstacles comme rien, et à poursuivre Sans regarder en arrière toute entreprise qu’il aura à cœur. Amsi, l'élève qui «era maltraité à l’école en retirera probabiement du profit : il acquerra de l'énergie, une opiniâtreté qui sera moins de l’entêtement que de la fermeté ; il apprendra à résister à tout empiètement sur ses droits ; 4: secouera cette napathie moutonnière si faneste aux particuliers comme aux nations ; il saura défendre ses droits ; il deviendra un homme, wir, suivant ls belle expression des Romains. Cependant, Je conseille à ceux qui ne savent pas, au moins un peu, la langue anglaise, de ne point se rendre à l’école militaire. Ils s’exposeraient à y perdre léur temps et leur argent.
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taires, qui seront indispensables à nos compatriotes dans un temps fort peu éloigné. Aujourd’hui que le. vent est à la guerre et qu’une partie de la presse américaine cherche à soulever contre nous le flot de l'invasion, il est plus que jamais nécessaire de se mettre en mesure de : défendre notre sol, notre langue, notre au-
tonomie, \,
T'elles sont à mon sens les principales raisons qui doivent pousser la jeunesse du pays à fréquenter l'école militaire, D’ailleurs, le pa: triotisme lui commande de se préparer à venir au secours de la patrie menacée sérieusement par nos voisins. Il faut obéir à cette voix si impérieuse pour des Canadiens. Laissons nos confrères de Ja province supérieure ne la
point comprendre ou lui résister.
Ecoutez à ce sujet le Courrier du Canada, et vous pourrez vous édifier sur le compte du patriotisme haut-canadien :
‘ Depuis l’ouverture de l’école de Québec les cadres ont toujours eu un surcroit d’applicants et ce surcroît s'élève à l’heure qu’ii est, à plus de mille. Le nombre de diplômes donnés jusqu’à ce jour s'élève à 301.
« Cette ardeur militaire de la population du
. Bas-Canada contraste singulièrement avec l’a-
pathie de la population du Haut-Canada. En parcourant la Gazette Offvielle, on voit que le nombre des diplômes donnés jusqu’à ce jour à l’école militaire de Toronto ne s’élève guère au-delà de 50. On dit même qu’à l’heure qu’il est il y a près de soixante vacancés dans les cadres de l’école, vacances qu’il est impossible de remplir vu l’absence d’applications.'”?
Et cependant le Haut-Canada est de 309, 000 âmes plus populeux que le Bas-Canada !
Comparez et jugez!
Le même journal dit encore :
‘ Il est question, dit-on, de combler ce vide, qui, entre parenthèse, fait peu d'honneur au Haut-Canada, en transférant à l’école de Toronto le surcroît d’applicants qu'il y a pour l'école de Québec.” ,
Je serais heureux que cette rumeur fût fondée. Car tout en ne me dissimulant pas que mes jeunes compatriotes, étant en minorité à Toronto, y soufiriront ncomparablement plus qu’à Québec, ils y trouveront une nouvelle facilité à apprendre la science militaire ; ils donneront un nouveau soufflet au patriotisme duHaut- Canada ; ils se perfectionneront dans la connaissance de la langue anglaise. Je leur souhaite courage et persévérance,
Le Courrier du Canada ajoute :
‘ En fin de compte, notre ami le colonel Su-
zor pourrait bien avoir eu raison lorsqu'il écriait dans la préface de son Code Militaire les paroles suivantes qui ont si fort scandalisé M, Browa et qui ont dans le temps soulevé dans l'enceinte du Parlement des récrimipations tellement violentes «1e le col. Suzor fut forcé, pour ne pas trop bl: sser lés susceptibilités des députés haut-canadiens, de les retrancher de la préface de son ouvrage :
“ L'on a pu se convaincre, une fois de plus, (lors des deux ouvértüres des deux,écoles de Québec et de Toronto) qu’en fait de loyauté, lorsqu'il s'agit de la prouver par des actions, les Bas-Canädiens le -sont infiniment plus que ceux de l’autre section de la province, lesquels cependant ne cessent de nous accuser injustement.”
En terminant, je dois remercier, au nom des canadiens-français, le colonel Suzor, du plaisir aveo léquel il emplois son ivfluence à protéger nos compatriotes dans toutes les océasions où il peut les servir utilement. Il remplit à Québec le même rôle à peu près qu'un consul dans le pays où il représente sa nation, avec moins de ‘pouvoirs et d'efficacité, il est vrai, mais avev non moins de zèle.
Encore un mot, et c’est tout: ce mot est pour louer l’idée qu'a eue le gouvernement canadien de fonder les écoles militaires. Venant de deux adversaires du gouvernement qui les à créées, il ne sera pas suspect.
Dans un pamphlet que vient de publier M.
Cartwright, l’un des représentans du Haut- Canada, il est dit que cette mesure est “ a very useful and proper measure in itself.”
Dans un discours qu’il a prononcé au conseil législatif durant la dérnière session, Sir E P. Taché a dit: “ Ici je dois avouer que les écoles militaires fonctionnent mieux que je ne m’y attendais ; et c’est pour moi un besoin aussi bien qu’un acte de justice de reconnaître que j’ai eu tort l'an dernier, lorsque, sans expérience préalable, j'ai exprimé des doutes sur leur utihté. Je pense maintenant que si la loi actuellement en force contient quelque chose de bon, c’est assurément la création des écoles militaires, et je suis heureux de pouvoir en accorder tout le mérite à mon prédécesseur.?
[l est évident par le contexte de ce discours, qu’en parlant du bon fonctionnement des écoles militaires, l’hon. ministre de la milice faisait allusion à l’efficacité de l’enseignement, et non à leur administration intérieure,