CHAPITRE VI
La chute du Conseil d'éducation.
I. Démêlés du Conseil avec Mgr Odet, — Divisions et querelles intimes ; difficultés politiques. — La substitution de Tautorit^ civile à l'autorité religieuse dans l'école devait faire naître des protestations. Les personnes : Mgr Odet, Fontaine, Marchand. — La séance du Conseil du g mai 1 799 ; sourd mécontentement. Les Représentations de Mgr Odet au gouvernement.
— Un futile prétexte provoque une aigre correspondance entre l'évéque et le Conseil. Le « mémoire anarchique » du curé de Villaz. Boccard réclame pour l'évéque le droit du placet, — Mgr Odet renvoie son brevet de membreadjoint du Conseil. Ses mandements du 29 mars et du 8 mai 1801 ; il précise ses exigences : droit d'examiner les livres de classe et droit d'accorder le placet aux instituteurs. — Les ecclésiastiques du Conseil donnent leur démission; elle est refusée par le gouvernement, qui approuve la conduite du Conseil en cette affaire.
IL La désagrégation du Conseil et de son œuvre. — Le Conseil, fort de l'appui du gouvernement, se laisse aller à des excès de langage. Les conseillers ne sont cependant pas unanimes dans cette lutte contre les prétentions épiscopales. Un partisan de l'évéque : Boccard; un neutre : Zillwèguer. — Les prêtres, commissaires d'éducation, s'inquiètent ; plusieurs donnent leur démission. Démêlés, à ce propos, avec le curé d'Écharlens. — Les membres du Conseil, eux aussi, commencent à sentir leur zèle chanceler.
— La Chambre administrative offre de s'entremettre entre les conseillers et révêque. — La publication de VAdresse de Mgr Odet à la Diète cantonale ravive la colère des membres du Conseil; ils en appellent au gouvernement. Le Préfet national exige une rétractation de l'évéque. — Mgr Odet, sur les instances du Préfet, promet de louer l'œuvre du Conseil dans son mandement de Carême i8o3 ; il proteste de sa bienveillance à l'égard du Conseil.
— Le Mémoire de Mgr Odet à la Diète de Schwyz.
IIL La chute. — Dès le mois de mai 1802, les membres du Conseil n'assistent plus aux séances. Fontaine, demeuré seul, continue jusqu'en i8o3 de gérer les affaires scolaires pendantes. Chute du régime helvétique ; l'Acte de Médiation.
Le Conseil d'éducation, dès ses débuts, fut embarrassé dans son action par une triple difficulté, financière, politique et religieuse. Des difficultés d'un autre ordre surgirent-elles en
son sein, plus intimes, plus douloureuses aussi parfois et plus anihilantes, résultant de disputes, de déchirements intérieurs, de divisions parmi ses membres ? Le protocole est, là-dessus, d'une bien regrettable discrétion. Il ne nous renseigne que sur les décisions prises, sans se permettre un mot sur les discussions contradictoires qui les ont précédées. Nous savons pourtant par ailleurs ^ que le projet que caressait Fontaine de faire transférer le Collège Saint-Michel dans le couvent des Cordeliers et d'installer les Cordeliers dans les bâtiments du Collège rencontra une vigoureuse opposition ; Fontaine se brouilla même temporairement, à cette occasion, avec ses amis Girard et Marchand 2. Les modifications que Ton voulut faire subir à renseignement secondaire suscitèrent aussi, semble-t-il, quelques protestations de la part des professeurs du Collège ^, ainsi que la nomination d'un certain Barras, professeur de droit naturel *.
Les difficultés extérieures furent plus graves. Nous n'avons pas à revenir sur la difficulté financière. Assez longtemps nous avons vu le Conseil se débattre dans l'impuissance de fonder quelque chose de stable, faute d'argent, et les instituteurs réclamer, avec d'humbles prières d'abord, avec des sarcasmes irrités ensuite, ce qui leur était dû.
Le Conseil avait commencé sa tâche au milieu des troubles et des révoltes. La répression implacable, les actes de terrorisme et de cruauté, l'occupation militaire du territoire fribôurgeois inspirèrent au peuple, sinon un grand attachement au régime helvétique et à ses institutions, du moins une salutaire crainte et une prompte obéissance à tous les décrets et arrêtés des divers Conseils de la République. Après la victoire de Masséna sur les Autrichiens (25 septembre 1799), les partisans de l'ancien régime perdirent tout espoir de renverser le nouveau gouvernement. Il y eut, en Suisse, une accalmie relative, dont le Conseil profita. Du 7 mars 1799 au 11 décembre 1800, les communes ne
^ Daguet, I, 63»
2 Pr., 22 janv., f. 5; 14 févr., f. 7; 28 févr., f. 14; 7 mars, f. i5: 12 mars 1799, f. 16; a. f., 1437, passim,
* Pr.j octobre à décembre 1800.
* Pr.^ fin de 1800, commencement de 1801.
nomment plus illégalement leurs maîtres d'école ; les municipalités exécutent toujours, — de bon ou de mauvais gré, — jusque vers le milieu de 1801, les ordres du Conseil ; la question des traitements que Ton ne peut plus payer ne se pose sérieusement qu'en 1801. Les décrets du 4 et du 6 décembre 1800 ne rencontrent aucune opposition sérieuse ; quelques nouvelles écoles sont établies ; les inspecteurs visitent les classes, font leurs rapports, présentent leurs observations. Le Conseil ose faire acte d'autorité ; il blâme, destitue même les instituteurs ; il donne ses directions pour l'enseignement des diverses branches, fixe un minimum d'heures de classe, règle les congés, assure la régularité de la fréquentation. Il entretient de fréquentes relations avec le Ministre Stapfer et son successeur Mohr. C'est le temps de la bonne besogne et de la belle activité du Conseil. Sans doute, ces améliorations ne furent ni nombreuses, ni considérables ; mais « il est des tems où c'est déjà beaucoup que de venir à bout d'empêcher le mal et pour cela il faut nécessairement viser à faire beaucoup de bien » 1. La révolution qui, le 7 janvier 1800, remplaça le Directoire par une Commission executive, laissa la nation indifférente ; on s'en réjouit même à Fribourg 2 et l'on eut raison, car le gouvernement du 8 janvier et celui surtout du 7 août 1800 furent les meilleurs de la République helvétique. Le Conseil" exécutif essaya en particulier de faire face aux difficultés financières ; il rétablit, par les lois du 9 et du 24 juin 1801, les dîmes en faveur des églises et des écoles. Il était trop tard ; bientôt tout fut remis en discussion.
Cette paix relative fut quelque peu troublée, à Fribourg, dès les premiers mois de 1801. On parlait de remanier la carte du canton ; les districts de Payerne et d'Avenches auraient été cédés au canton du Léman ; Fribourg aurait par contre gagné Schwarzen bourg. Cette combinaison déplut. La réunion de la Diète cantonale et l'élaboration d'une constitution fribourgeoise maintinrent les esprits en ébullition.
^ Miss., 22 janv. 1801, f. 2.
2 TiLLiER, I, 2 25. — Cf. la curieuse lettre de la municipalité de Fribourg donnant son adhésion au gouvernement du 8 janvier 1800, a./., 282, f. i.
La Diète helvétique du 7 septembre 1801 enfanta, après nombre de séances mouvementées, une constitution qui ne demeura en vigueur que pendant quatre jours. Le 28 octobre, le Conseil exécutif fut renversé et remplacé par le Petit Conseil. Dès lors, les coups d'état se succèdent régulièrement tous les trois mois, et chaque nouveau gouvernement s'empresse de décréter un remaniement de la constitution, qu'il n'a pas le temps de mener à bien. Bonaparte avait raison de dire à Reding, le 6 janvier 1802 : « Vous êtes sans organisation, sans gouvernement, sans volonté nationale ». En septembre 1802, trois pouvoirs exécutifs prétendent gouverner THelvétie : le Petit Conseil à Lausanne, la « Standes-Commission » à Berne, la Diète à Schwyz. C'est l'anarchie, — et c'est la guerre civile. Les cantons de l'est s'arment; Auf der Mauer à la tète des fédéralistes, bat coup sur coup les unitaires d'Andermatt. Il ne reste au gouvernement helvétique, dès le 20 septembre 1802, que le canton du Léman et celui de Fribourg. Mais, le 3 octobre, Andermatt est culbuté une dernière fois à Faoug et, le 5, Auf der Mauer paraît devant Fribourg, oblige cette ville à capituler et y établit l'ancien régime, — pour une dizaine de jours seulement. Car Bonaparte avait jugé bon de mettre fin à cette équipée; une simple proclamation, lue à Lausanne le soir du 8 octobre, suffit pour faire rentrer chez elles les troupes fédéralistes, pour réintégrer à Berne le gouvernement helvétique et pour rétablir le statu quo dans toutes les capitales des cantons. La Suisse n'avait plus qu'à attendre de l'autoritaire Médiateur la constitution qu'il voulait bien lui octroyer. Elle fut signée à Paris le 19 février i8o3. Le 10 mars, le Conseil exécutif de la République helvétique une et indivisible tenait sa dernière séance 1.
Toutes ces agitations eurent leur contre coup dans le Conseil d'éducation 2. L'autorité de ce corps était liée à celle du gou-
^ La dernière séance inscrite au protocole de la Chambre administrative est celle du 28 février i8o3; on ne fait qu'indiquer les noms des membres présents : Wicky, Thorin, Carmintran.
^ L'inspecteur allemand de Morat se plaignait, en novembre 1801, « de la négligence des enfans et des parens, surtout de la campagne. Il croyait
vernement helvétique et en suivit toutes les fluctuations. Dès que Ton vit se désagréger de toutes parts le régime de 98, on se moqua des avis et des ordres du Conseil. Pendant les derniers mois de 180 1 et pendant les premiers mois de 1802, toute Tactivité du Conseil d'éducation fut absorbée par d'inutiles disputes avec les paroisses ou les communes. Elle fut absorbée surtout par son âpre querelle avec Tévêque et le clergé.
L'évéque jouissait, avant 1798, d'une autorité sans conteste sur les écoles du canton, autorité qu'il exerçait par le droit du placet surtout.
La Chambre administrative elle-même, suivant instinctivement la coutume et l'opinion publique, l'avait en fait reconnue. Le 7 juin 1798, Mgr Odet la pria de faire des réparations dans l'école des filles de la ville; elle répondit, le lendemain, que l'on satisferait immédiatement à sa demande ^.
Or, de ces écoles, que Tévêque considérait comme siennes depuis cent ans et plus, l'Etat s'en est emparé sans autre forme de procès et prétend bien leur donner une organisation, un programme, des livres et des maîtres sans que l'autorité diocésaine ait été consultée, ni même avertie, sans que l'on paraisse se soucier d'elle et se douter qu'elle a quelque droit à faire valoir. Il n'est pas étonnant qu'elle ait protesté ; si l'on doit s'étonner de quelque chose, c'est de ce que la querelle n'ait pas éclaté plus tôt, et l'on doit s'en étonner d'autant plus que les caractères et les idées des hommes qui l'engagèrent furent plus opposés.
Mgr Jean-Baptiste d'Odet d'Orsonnens (1752-1803) 2, austère
qu'on ne pouvait leur inspirer l'amour du travail, de Tordre et l'instruction qu'en rectifiant leurs idées des droits de l'homme et de la liberté. La plupart des paysans, dit-il, entendent les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la faculté de ne rien payer, de commander eux-mêmes et de faire tout ce qui leur plaît. Cette fausse interprétation ne peut qu'avoir les résultats les plus fâcheux » {Pr., 26 nov. 1801, f. 124).
* Ch. adm.y 1798, f. 56.
' Cf. Martin Schmidt, Histoire du diocèse de Lausanne (Fribourg, i858- 1859), H, 540.
et digne prélat, avait succédé, en lygS, à Bernard-Emmanuel de Lenzbourg.
Il descendait d'une des plus anciennes familles aristocratiques du canton i. Ses plus proches parents avaient fait partie du gouvernement renversé en 1798. Il devait avoir, par conséquent, assez peu de sympathie pour les révolutionnaires que les baïonnettes françaises avaient hissés au pouvoir. Ces nouveaux venus, non contents d'avoir évincé brutalement les gouvernants légitimes et séculaires, les dépouillaient de leur fortune privée, après avoir volé la fortune publique. Ils atteignaient Tévéque lui-même, et dans ses biens personnels 2 et dans le patrimoine de son église ^. Il est donc compréhensible que Mgr Odet, dans ses rapports avec ces fonctionnaires, — qu'il pensait pouvoir considérer quelque peu comme des usurpateurs, — qu'étaient les « citoyens administrateurs » ou les conseillers d'éducation, ait montré quelque hauteur et que, en voyant regimber et lui répondre d'égal à égal ceux mêmes dont il attendait l'obéissance et le respect à un titre spécial, il ait proféré des paroles sévères, même dures et blessantes parfois.
Et ces paroles, ni le chanoine Fontaine, ni le P. Marchand n'étaient capables de les entendre, sinon avec humilité et déférence, du moins avec un peu de calme. Le chanoine Fontaine avait une nature bien trop fougueuse, indépendante, susceptible et irritable pour ne pas se cabrer à la moindre observation ; la violence farouche et la paradoxale véhémence de ce partisan passionné de la démocratie et de la Révolution, que la moindre contradiction indignait et mettait en ébullition, firent tort plus
^ Cf. Mémorial de Fribourg (Fri bourg, 1854), I, 3.
'^ Cf. sur les contributions imposées à la famille d'Odet en 1798, La contribution du ig Germinal an VI (8 avril 1798), par Max de Diesbach, dans les Archives de la Société d'histoire de Fribourg, VII, 64, 74, 81. L'évêque lui-même dut payer 410 écus bons pour des créances diverses.
^ Cf. sur les biens ecclésiastiques dans le canton et leur administration sous l'ancien régime, Holder, Das Kirchliche Vermôgensrecht des Kantons Freiburg in seiner historischen Entwicklung und heutigen Geltung, Freib. Geschichtsblâtter, IV, 84, sqq. ; VIII, 98, sqq. ; IX, 180, sqq. ; sur la mise en séquestre de ces biens et la confiscation de quelques-uns d'entre eux par la République helvétique, Ibid,, VIII, 1 12-1 15.
d une fois au régime helvétique et firent tort surtout à la réorganisation de l'instruction primaire ^. Le P. Marchand, lui aussi, avait larispote prompte et peu mesurée, moins fougueuse peut-être que celle de Fontaine, mais plus mordante et plus gouailleuse. Tous deux portaient volontiers, l'un hors de sa stalle, l'autre hors de son cloître, l'exemption de la juridiction épiscopale dont ils y jouissaient. Tous deux étaient imbus des idées joséphistes. Et, tandis que ces admirateurs du roi-sacristain émettaient des propositions douteuses et inquiétantes, dans leur expression tout au moins, Mgr Odet se confinait plutôt dans une orthodoxie un peu ombrageuse. Aussi bien, aux questions de principes, se mêlèrent des questions de personnes qui rendirent la lutte plus âpre et plus implacable.
' On aurait cependant tort de se figurer Mgr Odet comme un esprit étroit et irréfléchi ; Daguet, qui certes l'aime peu, lui reconnaît « la finesse et le bon sens » ^, Il savait apprécier la valeur des hommes qui faisaient partie du Conseil d'éducation ; il en fit l'éloge en plus d'une occasion. Il ne le condamna pas avant de l'avoir vu à l'oeuvre; même lorsqu'il crut avoir à se plaindre de lui, il ne demanda pas sa suppression ; il ne fit que réclamer qu'on lui réservât encore ce droit du placet qu'il possédait avant la Révolution.
Non seulement il ne protesta pas bruyamment lorsque furent établis les Conseils d'éducation, mais il « exprima le regret » de ce que l'on ne lui eût pas proposé d'en faire partie ^, En manière de compensation, on le nomma, le 19 mars 1799, membre-adjoint ou suppléant du Conseil, nomination qui lui fût notifiée le 4 avril ; il assista aux séances du 1 1 avril et du 9 mai 1799 *. Dans cette dernière séance, on proposa l'adoption du manuel de Rochow, L'Ami des Enfants, comme livre de lecture obligatoire pour les écoles du canton. L'un des membres, le protocole ne dit pas lequel, exigea une correction « qui
^ Daguet^ I, 48, 69, et passim.
* Daguet, I, 40.
" Daguet, I, 58.
* Pr,, II avril, f. 20; 9 mai 1799, f- 21.
ne parut pas fondée » ^. Ce membre était peut-être Mgr Odet ^. Souvent, au cours de ses démêlés avec le Conseil, Tévêque rappela le droit qu'il avait d'examiner et d'approuver les livres destinés à l'enseignement primaire ; était-ce un souvenir de cette séance du 9 mai ? D'autre part, la Chambre administrative faisait-elle allusion à cette séance, lorsqu'elle écrivait au Ministre de rintérieur : « Dans le principe, l'évêque de Lausanne était disposé à seconder le Conseil d'éducation ; dans une séance à laquelle il assistait, le Conseil ayant manqué aux égards qu'il devait à la place de l'évêque, celui-ci en a un peu trop légèrement conçu ombrage en supposant au Conseil des intentions qu'il n'avait pas » ^,
Mgr Odet cependant ne témoigna pas tout de suite son mécontentement. Il n'entrava en rien l'oefuvre du Conseil d'éducation. S'il fît valoir ses droits, ce fut lorsque la paix parut être bien rétablie en Helvétie et lorsque le régime présenta des garanties de stabilité. Il présenta ses revendications au gouvernement lui-même, en un mémoire daté du 3 octobre 1800, intitulé Représentations de Mgr Odet au Gouvernement helvétique à Berne, sur le projet de Constitution *.
C'est, à la vérité, une attention digne du Gouvernement, écrivait- il à propos du ministère des Sciences et des Arts, d'établir un Ministre qui favorise les progrès et la perfection des connaissances humaines ; jamais la Suisse n'en eut plus besoin qu'aujourd'hui, parce que jamais elle ne fut si malheureuse ni si pauvre. Un coup d'oeil sur les ruines de certains cantons et l'épuisement des autres suffit pour s'en convaincre et faire sentir combien il importe de trouver dans une industrie des talens bien encouragés et dirigés des moyens de subsistance. Ce
^ Le rédacteur du protocole n'indique jamais les opinions contradictoires émises au cours de la discussion (sauf dans les deux ou trois séances où Boccard réclama pour l'évêque le droit du placet) ; s'il note celle de la séance du 9 mai, c'est qu'elle lui a paru extraordinaire; comment aurait-elle été plus extraordinaire que bien d'autres, émises en d'autres occasions, si elle ne provenait pas de l'évêque.
2 La séance ne fut fréquentée, le 9 mai, que par trois membres : Fontaine, Pettolaz et Mgr Odet. Or, ni Fontaine ni Pettolaz n'ont, vraisemblablement, réclamé des corrections dans le livre de Rochow; ce sont eux plutôt qui ont proposé l'admission.
' A, f., 26 juillet 1802, 1437, f. no.
* A, é)\, Magistratus. 3 oct. 1800.
vaste champ a de quoi occuper tout le zèle et toute la sensibilité du Ministre. Mais quant aux choses qui sont du ressort de la religion, les principes catholiques nous défendent de reconnaître en lui aucune autorité. Nous en disons de même des Conseils d'éducation pour tout ce qui regarde l'enseignement de la théologie et de la religion. Ils ne peuvent prescrire aucun livre qui y eût quelque rapport sans l'approbation de l'Ordinaire, ni confier l'éducation religieuse de la jeunesse catholique à des maîtres d'écoles qui n'auraient pas été examinés sur la doctrine et les mœurs par les supérieurs ecclésiastiques et approuvés *.
Sans nous attarder à d'inutiles commentaires, retenons les deux revendications de Mgr Odet : le droit d'approuver les livres de classe et le droit d'examiner les maîtres d'écoles « sur la doctrine et les mœurs ». Ces deux points font tout le sujet des revendications de l'évêque auprès du Conseil d'éducation 2.
La querelle éclata le 5 janvier 1801, pour le plus futile des prétextes.
Quelqu'un, un instituteur peut-être, était venu demander je ne sais quel livre à Mgr Odet. Celui-ci trouva plaisant de renvoyer l'emprunteur au chanoine Fontaine avec le billet suivant :
Le présent porteur s'étant adressé à nous pour avoir un livre où il puisse s'exercer à la lecture, nous le renvoyons à M. le chanoine Fontaine, vice-président du Conseil d'éducation, dans l'espérance que le dit Conseil faira (sic) au moins dans ce cas aisé et facile appercevoir son existence '.
Ce billet, lu en la séance du 10 janvier, provoqua quelque émotion au sein du Conseil. « On chargea le secrétaire d'y répondre de la manière la plus civile et la plus convenable d'après la nature et l'objet du dit billet » ^. Ce fut le P. Mar-
' C'est sans doute ce mémoire qui fut présenté au gouvernement helvétique par le beau-père de Girard, Savary. Fontaine le connut et y mit des apostilles rageuses (Daguet I, 94).
* Les professeurs du Collège, que Fontaine avait froissés en plus d'une occasion, ont dû aussi indisposer Mgr Odet contre le Conseil d'éducation (Daguet, I, 58, 97, etc.).
^ A. f., 1437, f. 61. — Ce renvoi au chanoine Fontaine de l'emprunteur ■d'un livre de lecture ne rappelle-t-il pas la discussion de la séance du ■9 mai 1799 sur le livre de Rochow ?
* Pr,, 10 janv. 1801, f. 78.
chand qui y répondit ^ par une lettre mordante et assez irrespectueuse :
Notre vice-président nous ayant communiqué la note que vous avez daigné lui adresser le 5 novembre, nous y avons vu, avec tout Tintérêt et la satisfaction qu'elle mérite, votre sollicitude pour l'avancement de l'instruction publique et surtout la déférence flatteuse avec laquelle vous nous laissiez absolument le soin d'indiquer à nos concitoyens quels sont les livres les plus propres à former leur cœur et leur raison. Sentant vivement tout le prix et l'influence que votre autorité peut donner à nos efforts pour éclairer le peuple de ce canton, trop longtemps asservi sous le joug de l'ignorance et des préjugés qu'elle enfante, nous mettons avec empressement en œuvre les moyens -que votre sagesse nous offre si bénignement, et la manière dont nous les emploierons détruira bientôt le sujet de reproche que votre tendresse paternelle nous a adressé en faisant appercevoir fréquemment et sensiblement, avec notre existence, le bien qui doit en résulter. Les preuves multipliées que vous nous avez données de votre zèle à nous seconder ne laissent aucun doute sur l'existence de votre autorité épiscopale dans le canton. Elles sont aussi un présage et un sûr garant de l'efficacité et du succès de nos travaux qui amèneront enfin le triomphe de la religion, de la morale et de la raison. C'est dans ces sentimens, etc. -.
L'évêque fut blessé du ton de cette épître. Il en prit occasion pour tancer ces ecclésiastiques qui étalaient par trop impudemment leurs théories sur le souverain pouvoir de la « raison » ; il leur fit sentir que, malgré les grands mots de liberté et d'égalité dont ils faisaient étalage, il était leur supérieur :
J'étais bien éloigné de croire, leur écrivait-il le i3 janvier, que la note que j'envoyais au chanoine Fontaine dût vous rappeler mon existence, encore moins qu'elle dût me procurer l'honneur de votre correspondance, sans cela j'y aurais mis plus de décence. Je vous fais, au nom du prédit chanoine Fontaine, des excuses pour vous avoir présenté ce chiffon.
Dans cette lettre du lo janvier 1801, vous rendez parfaitement justice à mes sentimens : ils sont tels que vous les avez saisis. Je suis cependant obligé de vous dire que c'est précisément ces préjugés que l'ignorance enfante qui font mon vrai et solide bonheur, que je n'envie à la philosophie du jour ni sa science, ni ses lumières, ni les progrès qu'elle fait sur ce qu'elle appelle la raison et le cœur ; je félicite même
* Daguet, I, 99.
' A, f., 10 janv. 1801, 1437, f. 61.
notre chétif canton de ce que le peu de philosophes qu'il produit sont trop peu significatifs pour être dangereux ; un mot orthodoxe que produit le bon sens vaut mieux que tout le fatras d'une grosse tête philosophique.
Vous me félicitez aussi, Messieurs, de ce que malgré les entraves qu'a voulu mettre la dite philosophie à mon zèle et malgré Tobscurité à laquelle m'a voulu condamner la Révolution, je ne vis point ignoré et de ce que je jouis de mon existence dans le bonheur que j'ai de pouvoir contribuer tous les jours à la satisfaction de tant d'âmes religieuses qui ne trouveront que dans leur piété un soutien contre rimmoralité et la déraison du jour.
Quel qu'ait été l'esprit qui a dicté votre lettre du lo courant, j'ose espérer que celle-ci éprouvera quelques faveurs chez les âmes bien pensantes et que vous daignerez recevoir les assurances de la considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, etc. \
Le protocole ne nous renseigne pas sur les sentiments du Conseil à la lecture de cette lettre. Mais les revendications de révêque, bientôt divulguées dans le pays, y provoquèrent quelque émotion. Le 5 février 1801, le curé de Villaz-Saint- Pierre, Fracheboud, donna bruyamment sa démission de commissaire d'éducation. Il écrivit à ce propos, dit le protocole du Conseil, « un long mémoire dans le sens le plus anarchique >». « Il soutient avec les expressions les plus exaltées, qu'aucune puissance sur la terre ne peut forcer à établir des écoles, ni obliger les parens d'y envoyer leurs enfans, ni astreindre les enfans de les fréquenter, ni prescrire tels ou tels livres élémentaires, etc., etc. Il prétend en conséquence que les arrêtés du Conseil exécutif en date des 4 et 6 décembre derniers ne peuvent être exécutés sans se rendre coupable de parjure, etc. » *. Le Conseil se borna à « faire connaître les principes dangereux de cet homme au sous-préfet de Romont, le priant de le surveiller afin qu'il ne fasse pas de prosélytes et n'entrave pas par là l'avancement de l'instruction publique et l'exécution des lois y relatives >► ^.
Dans la séance même où Ton lut le « mémoire anarchique » du curé de Villaz, le citoyen Boccard, celui que Fontaine avait
^ A. f.y i3 janv. 1801, 1437, f. 62.
^ Pr., 24 févr. 1801, f. 91.
» îbid.
autrefois qualifié d'esprit « indécis et timoré » i, « fit la motion que le Conseil exigeât expressément qu'aucun maître d'école ne fût admis à l'examen sans être muni d'un Placet d'approbation du Révérendissime Evéque ». Cette fois, c'était au sein même du Conseil d'éducation que se posait la question des rapports de l'ancienne juridiction avec la nouvelle. Le Conseil d'éducation fut très embarrassé pour y répondre. D'une part, le Ministre et le Directoire voulaient une école civile et neutre et ne reconnaissaient aucun droit à Tévèque ; d'autre part, le Conseil désirait ménager l'opinion publique, imbue de l'ancienne conception religieuse de l'école, — et, dans l'école religieuse, 1 evêque devait continuer d'avoir son mot à dire. Il s'arrêta à un compromis qui devait satisfaire tout le monde et qui, comme il arrive toujours, ne satisfit personne.
Après une mûre délibération, le Conseil rejette la motion, fondé sur ce qu'étant mixte et gouvernant l'instruction d'un canton mixte au nom d'un gouvernement mixte, il ne peut prescrire à la partie catholique ce qu'il ne peut pas prescrire à la partie protestante ; qu'en outre, il ne peut exiger dans le canton de Fribourg ce que l'on n'a jamais exigé dans les cantons de Soleure, Lucerne et autres pays catholiques ; que le respect et les égards dûs à la religion sont suffisamment et efficacement exprimés et assurés en exigeant impérieusement que les régens soient examinés et approuvés par les Révérens Pasteurs chacun dans leur Communion [Voilà pour le Ministre]. Si les Pasteurs croyent devoir se faire spécialement autoriser par le Révérendissime Évêque pour examiner les régens, ou si même ils croyent devoir les envoyer à lui-même pour en être examinés sur ' leurs croyances, le Conseil ne s'y .oppose nullement, mais il ne peut pas l'exiger [Voilà pour l'Évêque],
Et, en effet, le Conseil n'avait aucune autorité pour conclure un tel arrangement sans l'autorisation du Ministère des Sciences et des Arts.
Le 12 mars, l'Evèque renvoya son brevet de membre-adjoint du Conseil d'éducation.
Tout homme sensé m'a plaint, lorsque, cédant aux circonstances, j'ai bien voulu m'asseoir un moment au Conseil d'éducation. Je ne doute aucunement que tout homme sensé ou religieux n'applaudisse à la démarche que je fais aujourd'hui en demandant une radiation de
^ A, f., II janv. 1799, f. 7.
la liste des suppléans au Conseil d'éducation. Vous obligerez celui qui a rhonneur d'être, etc. ^
Le Conseil remit à plus tard la discussion sur ce sujet afin de ne rien précipiter ^. Le 19, « par égard dû âf Ig religion et vu les circonstances qui ont exaspéré le Gouvernement contre une partie des ci-devant Gouvernans ^, le Conseil se résolut de ne pas donner suite aux démarches inconsidérées du Révérendissime Evêque » *.
Nous avons reçu, avec votre brevet de membre- adjoint de notre Corps, votre demande de radiation de la liste de nos suppléans, et nous devons avoir Thonneur de vous observer :
r Que nous n'avons jamais eu de suppléans \ mais des membresadjoins, qui, à raison ou de leurs occupations majeures ou de Téloignement du chef-lieu ne pouvant pas être astreins à fréquenter régulièrement nos assemblées, étaient appelés à nous éclairer de leurs lumières chaque fois que leurs affaires leur permettraient de venir prendre part à nos délibérations.
2" Que la nomination des membres tant ordinaires qu'extraordinaires, soit adjoins, de notre Conseil ne dépendant pas de nous; leur radiation ne peut non plus en dépendre. Que nous serions donc obligés de faire passer votre demande sous les yeux du Gouvernement, qui, quoique s'estimant être composé de gens sensés, pourrait être très surpris que vous vous soyez trouvé si déplacé parmi nous dans un Conseil préposé à l'éducation de tout le canton, tandis que ci-devant vous ne trouviez pas indigne de siéger dans une commission dont l'inspection ne s'étendait pas au delà des écoles primaires de la ville ^ C'est pourquoi noos avons cru devoir vous retourner ici votre brevet en vous priant de faire d'ultérieures réflexions d'après lesquelles nous espérons que vous n'insisterez pas à ce que nous donnions suite à votre première démarche. Salut et Respect '.
On voit poindre ici, avec l'irritation croissante, des menaces à peine déguisées. Mgr Odet renvoya cependant, le 25 mars,
2 Pr., 12 mars 1801, f. 96.
2 Cf. Berchtuld, III, 410, sqq.
•* Pr., 19 mars 1801, f. 96.
* Ce n'est pas tout à fait exact; les membres honoraires furent bien tout d'abord appelés membres -adjoints ou suppléants. Cf. A. /., 1428, f. 83; 1437, f. 22; Pr., 22 janv., f. 5 et 4 avril 1799, f. 19.
® La Chambre des Écoles de la ville de Fribourg.
^ Miss. y 19 mars 1801, f. 37 ; a. /., 1437, f. 62.
mais directement au Ministre cette fois-ci, son brevet de membre-adjoint, prétextant que « diverses circonstances, entre autres sa santé, le forçaient d'aller s'établir dans sa maison de campagne », à Avry ; « il se trouvait dans l'impossibilité de siéger au Conseil ». Le Ministre lui accusa réception de sa lettre le 27 mars 1.
Jusqu'ici, rien ne s'est produit qui dépassât les limites d'une brouille ordinaire. La dispute s'est bornée à un échange de lettres plus ou moins vives. Mais voici que, le 29 mars, Mgr Odet adresse #< aux doyens, curés, prieurs, vicaires, chapelains et autres prêtres du diocèse » un long mandement en latin. 11 y blâme les prêtres qui se laissent fasciner par les idées modernes et les mœurs modernes. Il s'élève plus particulièrement contre les ecclésiastiques qui se réclament de la « philosophie », qui répandent parmi les fidèles des opinions suspectes, qui sapent inconsciemment cette foi que l'on n'a conservée dans le canton de Fribourg qu'au prix de tant de vigilance -. Il condamne
* A, /., 1437, f. 5o et 5i.
* A. év., Mandements de Mgr Odet. — Voici le passage le plus violent de cette lettre, que Ton a pensé (Daguet, I, 99) viser plus directement le chanoine Fontaine : « Verum unde majores Ecclesiae venerunt jacturâe ? A quo inflicta sunt crudeliora vulnera ? Quis inconsutilem Christi vestem scidit ? quis, FF. CC, sine intimo doloris sensu ferat dedecus inustum dignitati clericali, memor per ipsos perversos sacerdotes introducta schismata et sparsas hsreses fuisse ? Quis non defleat ipsos sacerdotes fuisse inimicos qui superseminaverunt zizaniam in agro Ecclesiae, falsos Prophetas loquentes mendacium, docentes doctrinas dsmoniorum in hypocrisi, lupos rapaces qui vastaverunt gregem Domini ? Nonne per Photium..., Nestorium..., Arium..., Lutherum..., Calvinum ?
Apperta via ab hœresiarchis ad sacrilegas nuptias, infernus protinus evomuit tota fœcem ordinis sacerdotalis ad disseminandos errores. Nova supervenit, exeunte saeculo decimo octavo, tribulatio a modernis praetensis philosophis ac pseudo-politicis, qui formidando progressu undequoque religionem et fidem romano-catholicam aggrediuntur, illamque penitus toi 1ère tentant. Nolumus vos ignorare, Fratres, de tribulatione nostra, quae facta est nobis, quoniam supra modum gravati sumus (II Cor., i, 8), timentes ne inter sacerdotes nostrae diœcesis sint qui, prœtensae philosophie vertigine decepti, incaute sesse immisceant illis hominibus de quibus gentium apostolus scribit in secunda epistola (c. 3) ad Thimotheum, de quibus idem apostolus prœdicit fore ut in novissimis diebus quidam discedant a fide, attentantes doctrinis dœmoniorum, cauteriatam habentes conscientiam (I Th., IV.). Sic fiet, FF. CC, ut, neglectis boni pastoris officiis, spargant inter
ensuite divers abus, comme l'impression des livres sans l'approbation épiscopale, le recours aux tribunaux civils, le port -de vêtements civils, etc. Personne ne douta que Tévêque n'eût visé, dans cettre lettre, le chanoine Fontaine et ses amis. Ce •que pensèrent ceux-ci, nous ne le savons pas ; mais la circulaire adressée par Mgr Odet, le 8 mai 1801, à son clergé, pour « lui témoigner de sa vive satisfaction de la docilité avec laquelle •celui-ci a reçu le mandement du 29 mars et de l'empressement qu'il témoigne à s'y conformer ^ nous renseigne, je crois, suffisamment.
Notre lettre pastorale eut à peine paru, que les prétendus philo-v sophes du jour, profitant de toute la facilité que leur accordent quelques feuilles publiques, l'ont attaquée d'une manière très indécente. Selon eux, les ecclésiastiques devraient souiller leurs écrits et les chaires même évangéliques d'idées philosophiques ; ils devraient s'avilir en affectant, dans la manière de s'habiller, toutes les modes ridicules du siècle. Selon eux, tout ce qui respire l'ordre, la décence •ecclésiastique, le respect des lois et des canons de TÉglise doit être impitoyablement livré au ridicule. Cest ainsi que nous traitent ceux qui font profession, mais à la manière des philosophes, de respecter les principes de tous les cultes *.
Il n'y avait rien, dans ces deux circulaires, qui attaquât, comme tels, les membres du Conseil d'éducation. Mais la condamnation des idées qui leur étaient chères discrédita leur oeuvre pédagogique elle-même. L'opinion se déclarait contre Fontaine et ses collaborateurs.
D'ailleurs, ces fonctionnaires étaient enveloppés dans le mécontentement et Timprobation qu'excitait le régime helvé-
ûdeles prœjudicatas et a fide et moribus aliénas opiniones quibus extinguetur zelus religionis, fidei titubabit fîrmitas, negligentur pietatis officia, ac demum corruet religio, religio sancta, cui fidèles hujus diœcesis in hune usque diem tam firmiter adhdeserunt, erga cujus fidei mysteria tanta veneratione imbuuntur, ad cujus ofHcia divina tam ardenter convolant, cujusque sacramenta tam sedulio fréquentant... » Ce mandement du 29 mars, ainsi que la circulaire du 8 mai 1801, parut en une brochure de 24 pages <Fribourg, 1801).
* Allusion à un écrit du chanoine Fontaine intitulé : Un mot sur la tolérance religieuse d'après les lumières de la raison (Fribourg, 1800). — "Cf. sur cette brochure, Daguet, I, 90 et A. ^y., Villaz-St-Pierre. (Lettre de Fracheboud. curé de Villaz-St-Pierre, à Fontaine).
tique tout entier. Le Conseil ne comptait pas beaucoup sur la protection du gouvernement. Il sentit le besoin de transiger. En je ne -sais quel acte, Mgr Odet avait encore affirmé ses droits sur Técole. Le Conseil lui demanda compte de ses critiques.
Révérendissime Évèque,
Le désir sincère que nous avons de remplir la tâche qui nous est imposée par notre institution d'une manière avantageuse et agréable à tous nos concitoyens ne pouvant se réaliser que par le concours simultané et la plus parfaite harmonie des autorités ecclésiastiques et civiles, nous croyons qu'il est de notre devoir de solliciter auprès de vous cette réunion, afin que nous puissions travailler avec fruit à l'instruction de nos concitoyens et obtenir en même tems leur confiance;
En conséquence, nous sommes dans le cas, Révérendissime Évéque, de vous prier de vouloir bien nous apprendre en réponse jusqu'à quel point peut être fondée l'assertion qui nous a été faite que vous auriez défendu aux curés de ce diocèse de reconnaître en aucune manière l'autorité des comnriissaires d'instruction publique que nous avons nommés dans les districts et, qu'en recommandant, comme nous l'avons fait, à ces curés de visiter fréquemment les écoles de leurs paroisses, vous y auriez interdit tout autie enseignement que celui de la lecture, de l'écriture, et de l'arithmétique, ainsi que l'usage de tout autres livres que ceux que vous prescrivez.
Aimant à croire que ce rapport est tout au moins exagéré, s'il n'est pas totalement infidèle, nous vous demandons instamment de nous instruire des mesures que vous auriez prises à cet égard, ne doutant pas qu'elles ne soient telles que nous puissions y concourir, ce qui cependant ne serait pas le cas, si le rapport qu'on nous a fait était exact en tous les points, tel que nous avons l'honneur de vous le transmettre.
Salut et respect K Mgr Odet répondit en ces termes, le 1 5 mai :
Au Conseil d'éducation du louable canton de Fribourg.
Honorables Membres,
Très flatté de la confiance que vous me témoignez dans votre lettre du 7 mai de la présente année, je me hâte d'y répondre et de vous édifier sur ce que vous me demandez.
Je considère l'éducation de la jeunesse de mon diocèse sous deux points de vue, comme éducation religieuse et comme éducation civile.
^ Miss.j 7 mai i8oi, f. 55 ; a. /., 1437, f. 63.
Ce serait faire injure à vos connaissances et à vos sentimens que de penser que vous voulez vous arroger quelque droit sur la première, puisqu'elle m'appartient exclusivement. En conséquence, j'ai nommé chacun de mes curés commissaire soit inspecteur des écoles de sa paroisse pour ce qui regarde la religion. Je leur ai ordonné de ne laisser introduire dans icelles aucun livre qui puisse influer sur la religion et sur les mœurs, que je ne l'ai vu et approuvé ; j'ai de plus exigé qu'il ne reconnaisse pour instructeur que celui dont la religion et les mœurs auront été examinées par mon théologal et qui, en conséquence, aura obtenu un brevet de moi ; cette précaution est nécessaire pour prévenir la séduction d'une jeunesse faible et aisée à s'égarer.
Quant à l'éducation civile, je conviens que je ne dois point m'y immiscer, aussi peu que les autres ministres de la religion, et quoique je sois très persuadé que le Conseil d'éducation jouirait d'une plus grande confiance et que ses succès seraient plus rapides s'ils n'étaient composés que de laïcs, je n'ai cependant défendu à aucun prêtre d'y siéger, encore moins d'être commissaire civil ; je ne veux pas même que mes curés mettent obstacle à leurs fonctions. Tout ce que je souhaiterais, c'est que le Gouvernement connût mieux ceux à qui il confie les intérêts de la jeunesse et que les ecclésiastiques, revêtus d'une autorité purement civile, comprissent qu'ils ne mériteront la confiance, qu'ils ne travailleront avec succès que pour autant qu'on les verra exercer cette autorité sans démentir leur vocation et sans trahir leur ministère. Qu'ils jettent les yeux sur ceux qui, dans les premiers momens de Ma Révolution française, se sont empressés d'occuper des places dans le Gouvernement, et que leur sort les fasse trembler. Tout prêtre hors de sa place ne peut faire aucun fruit.
H en est bien autrement de ces ecclésiastiques subalternes qui, sans ambition et par le seul désir de faire le bien, veulent bien se charger de faire les écoles. Ceux-ci, loin de leur mettre des entraves (ce qui doit vous convaincre de mes bonnes intentions), je les ai multipliés ; j'en ai établi à Schmitten, à Wallenbuch; mais auront-ils le chagrin de recevoir des ecclésiastiques membres du Conseil d'éducation des invitations de faire les écoles au saint jour du dimanche ? Non, Citoyens, nous ne sommes plus dans les premières fermentations de la Révolution, où on se plaisait à tout confondre, à tout bouleverser...; des jours plus heureux commencent à naître; l'ordre revient petit à petit; ceux qui en sont les ennemis sont réduits au silence.
Aussi, je savoure avec la plus grande joie cette première démarche que, depuis que vous existez, vous daignez faire auprès de moi pour que je concours avec vous vers un but commun, qui doit être une bonne éducation religieuse et civile de la jeunesse de ce canton. Vous me trouverez tout disposé, non seulement à vous seconder, mais à
employer toutes mes forces vers ce même but, moyennant r qu'il ne soit rien innové dans la méthode d'enseigner notre sainte religion, qui a été, qui est, et qui sera éternellement la même.
2' Que si vous trouvez à propos de donner quelques ordres à mes ecclésiastiques ayant charge d'âmes ou tenant des écoles, cela ne se fasse pas de l'autorité privée des ecclésiastiques membres du Conseil d'éducation, mais d'autorité épiscopale, toutefois après nous avoir fait les observations que les circonstances exigeront.
3' Que certains commissaires, que leur emploi paraît détacher de leur Évêque et que je désignerai, soient mis de côté.
4* Que je sois consulté toutes et quantes fois qu'il sera question de la religion ou des mœurs dans le Conseil d'éducation.
Citoyens, si vous voulez le bien de la patrie comme je n'en doute pas, vous n'hésiterez aucun moment à donner les mains à ce que je vous propose. Si mon attente, au contraire, devait être trompée, il ne me resterait qu'à gémir sur les maux qui en seront la suite et ramasser mes forces pour les détourner.
Je suis avec toute la considération possible... Avry, le i5 mai i8oi ^
Pour juger de la valeur des prétentions de l'évêque, il faut se souvenir de la conception purement religieuse que se faisait l'ancien régime de l'enseignement primaire ; il faut se souvenir aussi — et Ton trouvera l'insistance de Mgr Odet moins indiscrète qu'elle peut nous le paraître, à nous qui sommes éloignés déjà de ce temps et de cet état d'esprit, — que l'évêque avait exercé jusqu'ici une juridiction incontestée sur l'école, non seulement au point de vue religieux, où elle était exclusive, mais encore au point de vue matériel et intellectuel, où elle était très importante, quoique non absolue 2.
Et maintenant, dans ses diverses lettres, Mgr Odet abandonne au pouvoir civil toute l'organisation matérielle et tout l'enseignement profane, et cette concession est considérable, en 1801, dans la bouche de 1 evêque de Lausanne. Un pouvoir ne cède pas, généralement, avec tant de facilité et sans compensation, à un pouvoir rival, qu'il sent, de plus, faible et chancelant, qu'il considère bien un peu comme illégitime et usurpateur, un droit aussi considérable, ancien, établi par des documents
* Cf. rintroduction de ce travail.
— iSq —
€t par des faits. On ne peut donc que féliciter Mgr Odet d'avoir compris, fut-ce obscurément, que les temps nouveaux demandaient une réorganisation de Técole, à laquelle TËtat prendrait une plus large part qu'auparavant.
Que révoque eût le droit de surveiller tout ce qui touchait à la religion et aux mœufs, le Conseil d'éducation ne le contestait pas. Dans sa réponse du 3o mai, il protesta, au contraire de son attachement à la religion, de son dévouement au chef du diocèse ; les principes de l'évêque étaient les siens :
Les principes que vous y établissez sont ceux que nous avons inviolablement suivis depuis que nous fonctionnons, et les craintes que vous y manifestez ont dû d'autant plus nous surprendre que, plus que dans aucun autre canton, nous avons constamment fait profession solennelle du plus grand respect pour tout ce qui regarde la religion, dont nous ne nous sommes jamais immiscés autrement que pour remplir ce que le Gouvernement lui doit : l'appui et la protection. Nous croyons devoir vous rappeler à cet égard le contenu de notre première proclamation, que nous avons eu l'honneur de vous remettre en mains propres, et vous prier de prendre une connaissance plus exacte de nos opérations. Vous y verrez quelle est et a toujours été notre manière de voir et de faire. Loin de craindre des reproches, nous comptions avoir mérité là reconnaissance des gens de bien. Nous pouvons nous être trompés sur cet article, car la reconnaissance est fort rare. Mais au moins osons-nous nous flatter de n'avoir fait que du bien, et de n'avoir jamais eu d'autres intentions que de le faire. C'est pourquoi nous ne saurions trembler à l'aspect de la fin tragique que vous paraissez prédire aux ecclésiastiques, nos collègues. Si l'échaffaud devait être le prix de nos bonnes œuvres, qui de nous redouterait un sort si glorieux ? Il est vrai que, pour empêcher les enfans de la campagne d'oublier entièrement pendant Tété ce qu'ils ont appris dans les écoles d'hiver, nous avons exhorté les instituteurs de rassembler alors leurs élèves après ou avant le service divin du dimanche afin de les tenir par ce moyen un peu en haleine, tant pour le catéchisme que pour la lecture et autres objets d'instruction publique. Cet usage existait déjà avant nous dans plusieurs paroisses où les curés zélés avaient rencontré des régens dociles à partager leur sollicitude, et nous étions assurément bien éloignés d'imaginer que, dans cette institution salutaire, vous trouveriez une profanation du saint jour du dimanche et l'effet d'un esprit de bouleversement révolutionnaire. Nous avons cru, au contraire, qu'instruire les ignorans hors des heures consacrées au service divin était une bonne œuvre, digne de contribuer à la sanctification des plus sains jours. Nous avouons que
les inspecteurs que nous avons établis dans les districts n'ont pas tous également rempli nos vues. Quelques-uns ont manqué de zèle. ou peut-être seulement de courage pour braver les sarcasmes de la malveillance. Comme la nouvelle constitution entraînera une nouvelle répartition d'arrondissemens, et par conséquent une nouvelle organisation d'inspection, nous vous prions de nous faire connaître quels sont ceux des inspecteurs actuels contre qui vous avez des plaintes. ainsi que de préciser la nature de ces plaintes et leur objet K
On aurait donc pu transiger et peut-être s'entendre. On aurait pu remettre à plus tard la question de l'approbation des livres, puisque aucun livre n'avait encore été proposé par les écoles helvétiques. On aurait pu discuter sur le droit du placet et aboutir à un concordat, et le Conseil lui-même proposa plus tard un certain modus Vivendi. Mais le Conseil, simple commission executive, n'avait aucun mandat pour conclure un tel compromis : « Quant aux conditions que vous nous proposez, écrivait-il à l'évêque, comme nous ne sommes que les agens du Gouvernement et qu'outre cela votre diocèse s'étend dans trois autres cantons où nous n'avons rien à dire, nous en faisons part au Cit. Ministre des Sciences, avec lequel nous vous prions de vous entendre. Tout arrangement que vous prendrez avec le Gouvernement nous sera agréable et nous aurons le plus grand soin à nous y conformer scrupuleusement... »
Un accord aurait été d'autant plus difficile que les animosités personnelles avaient envenimé le débat. Et, précisément, la lettre de Mgr Odet contenait une phrase bien fâcheuse à l'adresse des ecclésiastiques du Conseil. Froissés et courroucés. Fontaine, Zillvèguer et le P. Marchand envoient aussitôt leur démission au Ministre ; ils protestent cependant « qu'ils sont bien éloignés de croire à l'incompatibilité et à l'inconvenance gratuitement présumée par le Révérendissime Evêque, attestant d'ailleurs que le Conseil d'éducation n'a, dans tous ses procédés et toutes ses démarches, eu d'autre objet en vue que le perfectionnement de l'instruction publique, civile, religieuse et morale, malgré ce que ses détracteurs ont pu dire de contraire » '-. Ils protestent
* Miss., 3o mai 1801, f. 59.
- Pr.j 28 mai 1801, f. 104; a. /., 27 mai 1801, f. 70-72.
auprès de Tévêque aussi de la pureté et de leurs intentions et de leurs œuvres : « Ils ne se croient point dans le cas de lavertissement que vous leur avez donné de ne pas démentir leur vocation, ni de trahir leur ministère, et ils estiment que loin qu'ils aient été hors de leurs places en étant membres du Conseil d'éducation, un ecclésiastique ne peut être mieux à sa place qu'en soignant l'éducation de la jeunesse, soit qu'il soit proposé par le Gouvernement pour l'éducation publique, soit par quelques pères de famille pour l'éducation privée. D'ailleurs, si un prêtre dans le Collège n'est pas déplacé en se chargeant d'enseigner la Poésie, à plus forte raison ceux qui sont chargés de diriger cet enseignement ne peuvent-ils pas être censés hors de leurs places » i.
Les membres laïques écrivent à leur tour au Ministre, lui envoient une copie des lettres échangées entre le Conseil et l'évèque, lui racontent par le menu « les altercations et tracasseries suscitées jusqu'ici au Conseil par le Révérendissime Evêque, sa correspondance peu décente avec ce dernier, enfin ses prétentions actuelles au sujet de l'Instruction publique, qu'il semble vouloir faire rétrograder jusqu'aux époques des X"*^ et Xl^^e siècles, tems auquel les préjugés qu'enfante l'ignorance faisaient alors le bonheur des prélats ordinaires » ^. Si les démissions demandées par les trois membres ecclésiastiques leur sont accordées, les membres laïques eux aussi se retireront du Conseil. Le Ministre est instamment prié d'agir vigoureusement. « Nous attendons avec confiance la décision du Conseil exécutif ; le sort futur et moral de ce canton en dépend ; les préjugés qu'enfante l'ignorance seront-ils désormais son seul
apanage, comme ils sont le bonheur de notre Evêque, ou la vraie philosophie, celle du chrétien éclairé, commencera-t-elle enfin à luire sur nous et sur nos concitoyens ? » "^
Le Ministre Fûssli, qui avait succédé à Mohr, se mit immédiatement à l'œuvre, aidé et conseillé par le P. Girard, curé de
* Miss., 3o mai [8oi, f. 60.
' Pr,, 28 mail 801, f. 104; a. f., 3o mai 1801, 1437, f. y3.
' Miss. y 3o mai 1801, f. 58.
Berne, qui eut avec lui trois longues conférences et lui remit deux mémoires sur cette affaire 1. Le 3 juin 1801, il nantit le Conseil exécutif des « prétentions extraordinaires que forme rÉvêque de Fribourg, relativement à une prétendue suprématie qu'il s'arroge sur l'instruction publique, sur ceux qui y sont préposés et sur le Conseil d'éducation lui-même, dont il méconnaît les agents et les ordres ».
Il propose donc « i» d'adresser au Conseil d'éducation une lettre dans laquelle sa conduite serait approuvée et les citoyens Fontaine, Marchand et Zillvèguer seraient invités de rester à leur place ; 2^ de faire vivement censurer l'Évêque en lui enjoignant de se conduire avec plus de prudence à l'avenir; 30 de proposer au corps législatif une loi sur l'organisation de l'instruction publique dans ses rapports avec la religion et les cultes y>. Le Conseil exécutif ne fît que désaprouver .les prétentions exagérées de l'évêque, louer le Conseil de sa sage modération et enjoindre à Mgr Odet d'avoir à respecter les fonctionnaires et les institutions de l'État. Si cette simple admonestation ne devait pas suffire, le gouvernement saurait prendre des mesures plus énergiques 2. Le Ministre envoyait à son tour aux membres du Conseil, le 3 juin 1801, une réconfortante missive.
Votre conduite à Tégard des prétentions de TÉvéque de Lausanne prouve que vous êtes dignes des places honorables que vous occupez au Conseil d'éducation ; par contre, la manière d'agir de l'Évêque paraît sous un jour peu favorable. Persuadé que vous ne pouvez oublier que TEcclésiastique est également citoyen, et qu'en cette qualité il a des devoirs de citoyen à remplir, desquels aucune autorité ne peut le libérer, dans cette persuasion, le Conseil exécutif fait inviter par mon organe les membres ecclésiastiques de votre Conseil de relever leur démission et de continuer avec le même zèle les importantes fonctions qu'ils ont remplies jusqu'à présent à l'entier contentement
du gouvernement et sans dépasser les bornes de sa compétence Je
vous somme, vous tous membres du Conseil d'éducation, de persévérer d'une manière prononcée et zélée dans vos fonctions si utiles à la patrie, de surveiller une autorité qui s'aggrandit si volontiers, qui vise
* Daguet, I, 102 ; a. f.^ i4^7> ^- 7^-
* Strickler, VII, 5; a. f., 1437, f. 60, 66, 76, 77.
à la dictature sur l'éducation et les mœurs et de la tenir dans ses limites respectives en transmettant au Gouvernement de suite toutes les nouvelles anticipations portées de ce côté au droit des autorités civiles ^
Réinstallés dans leurs fonctions, forts de Tapprobation du gouvernement, forts aussi de leur réélection par la Diète cantonale, les membres du Conseil d'éducation s'élèvent plus que jamais contre les prétentions de Tévéque ^. Du reste, celui-ci n*émet nulle revendication nouvelle : il veut qu'on lui reconnaisse le droit du placet et l'examen des livres de classe. Dans son emportement, le Conseil laisse échapper les plus regrettables expressions. Mgr Odet est « un homme qui se joue de la bonne foi de chacun » ; l'évêque et ses amis « ne craignent rien tant que les lumières et croient apercevoir un germe d'hérésie dans toutes les institutions qui tendent à les propager ». Le Conseil « est et sera toujours pénétré de respect pour l'Episcopat, mais il lui est impossible à! estimer [souligné dans le texte] la personne de celui qui en remplit aujourd'hui si mal les fonctions dans le malheureux diocèse de Lausanne » ; il a l'obligation « de s'opposer ouvertement aux prétentions du dit Prélat, J.-B. Odet, qui, sous le manteau de la religion, vise à la dictature » ^; aussi « le Conseil, vu son incompétence à renvoyer à l'hôpital le Révérendissime Évéque Odet, où il serait beaucoup mieux à sa place que sur son trône épiscopal, se résume à écrire à la Chambre administrative pour la prier de prendre des mesures rigoureuses et capables * d'arrêter les excès et les scandales du Révérendissime Évoque » *. On ne signale cependant aucun fait ni aucun écrit nouveaux de l'évêque, capables d'exciter à ce point la bile des membres du Conseil.
Ils n'étaient pas cependant unanimes dans cette lutte contre les prétentions épiscopales. Boccard demanda à plusieurs repri-
^ A. /., 3 juin 1801, 1437, f. 76.
* Pr., II juin 1801, f. io5; 9 janv. 1802, f. i3i.
* Pr., 6 août 1801, f. ri5.
* Pr., 9 janv. 1802, f. i33.
ses 1, — et sans doute il n'était pas seul, — que l'on accordât à révêque le droit du placet. On lui répondit d'abord que le gouvernement ne permettait pas une telle concession, qu'il en avait, au contraire, « fait la défense expresse en ordonnant au Conseil de s'opposer ouvertement aux prétentions ambitieuses du dit Prélat J.-B. Odet, qui, sous le manteau de la religion, vise à la dictature sur l'éducation et les moeurs, dans l'espérance d'acquérir par là assez d'influence pour rendre nulles les mesures les plus sages d'un Gouvernement qui n'est pas de son goût, parce que ses parens n'en sont plus les chefs ». De plus, ^ le Conseil croirait mettre la main à l'encensoir, s'il déclarait les curés indignes et incapables d'examiner les régens et surtout s'il prononçait que ce droit appartient exclusivement à l'évêque, parce qu'alors ce serait vouloir déterminer les limites de ses pouvoirs ; ce serait même lui rappeler ses devoirs et lui ordonner €n quelque façon de les remplir, ce qui n'est pas de la compétence du Conseil » ^. Mais il déclara que les régents, après avoir subi l'examen requis par les autorités civiles, pourraient se faire approuver par l'évêque. Ai -je besoin de faire remarquer que ces raisons n'étaient que de pures arguties. Reconnaître officiellement un pouvoir ou un droit, est-ce le délimiter, est-ce se mettre au-dessus de lui ? Et, d'autre part, puisque l'évêque avait reconnu à l'autorité civile un plein droit sur l'enseignement civil, en se réservant l'enseignement religieux, pourquoi ces deux pouvoirs n'auraient- ils pas délimité à l'amiable leurs compétences respectives. Quant à la concession de l'examen ecclésiastique à subir après l'examen civil, elle ne pouvait être qu'illusoire dans les circonstances présentes, puisqu'elle n'avait aucune sanction officielle et que l'évêque n'avait aucun moyen d'obliger les instituteurs à se présenter devant lui ; cette concession cependant, accordée un peu plus tôt, après la lettre épiscopale du i5 mai, par exemple, aurait peut-être mis fin à la querelle. Deux régents furent ainsi approuvés simultanément et par le Conseil et par l'évêque : Joseph Frossard, approuvé pour Sales
^ Pr., 24 févr., f. 91 ; 6 août 1801, f. 114; 9 janv. 1802, f. i3i. « Pr., 9 janv. 1802, f. i3i. — Cf. Miss., 22 oct. 1801 et 9 janv. 1802, f. j-j et 97.
par le Conseil le 19 février et par levêque le 28 février 1801; François Chassot, du Châtelard, approuvé pour Estavayerle-Gibloux par Tévêque le 2 septembre et par le Conseil le i^^ octobre 1801 1.
Les partisans du chanoine Fontaine eux-mêmes ne laissaient pas d'être hésitants. Ainsi le chanoine Zillwèguer, que cette x^uerelle affligeait et troublait, s'abstint de paraître en séance, du 3o juin au 8 octobre 1801. On dut lui écrire pour le faire revenir.
Quant aux commissaires d'éducation, des prêtres pour la plupart, ils se trouvent dans une situation délicate. D'une part, ils ne veulent pas déplaire à l'évêque; d'autre part, ils ont à obéir au Conseil d'éducation. Aussi le Conseil doit-il multiplier ses réconfortantes missives à des commissaires inquiets dont le zèle paraissait faiblir 2. On les rassure sur les intentions du Conseil : « Peut-être l'adroite malveillance aura-t-elle su jeter à vos yeux quelque louche sur la pureté de nos intentions; mais nous n'en attendons pas moins de votre zèle éclairé que, sentant combien il importe que l'inspection de l'éducation publique soit mise entre bonnes mains, vous ne refuserez pas cette occasion de vous rendre utile et, en même tems, de vous assurer par vous-mêmes de nos intentions et de notre manière d'agir » ^. On les rassure sur les intentions du Gouvernement : « Quel ■qu'ait pu être le système religieux de quelques membres des autorités suprêmes de notre République, il faudrait avoir l'esprit bien mal tourné pour oser accuser la masse du gouvernement
^ Pr.^ 19 févr., f. 86, et i" oct. 1801, f. 118 ; a. év.. Liber examinumt aux ^ates indiquées. — L'évêque accorda le placet d'après l'ancienne coutume à un instituteur en 1799; il n'en approuva aucun, semble-t-il, en 1800; mais en 1801, il en approuva cinq, et trois dans les premiers mois de 1802. Ces instituteurs paraissent avoir été élus sans le brevet ni l'autorisation du Conseil ; leur nomination n'est du moins pas mentionnée dans le protocole.
* Au curé de Grandvillars (Pr., 26 févr. 1801, f. 94; Miss. y f. 3o), au curé d'Estavayer-le-Gibloux {Miss., i" oct. 1801, f. 74), au curé de Nuvilly (M/5s., 22 oct. 1801, f. 77), au curé de Vaulruz (Pr., 29 oct. 1801, f. 121 ; Miss., f. 79), au curé de Carignan {Pr., 29 oct. 1801, f. 121; Miss., f. 80), au curé d'Écharlens (Miss., 17 déc. 1801, f. 94), au curé de Riaz {Miss,, .2 févr. 1802, f. 108) et à d'autres encore.
3 Miss.,. 17 déc. 1801, f. 94 (Lettre au curé d'Écharlens).
d'avoir Tintention de renverser là religion en introduisant par ses agens dans les écoles publiques des maximes antireligieuses aussi longtems que ce même Gouvernement en confie l'inspection à des hommes tels que le citoyen Grand, révérend curé de Grandvillars » ^.
Si le Gouvernement a toujours déclaré de la manière la plus positive et la plus solennelle que non seulement il respecterait l'intégrité de la religion, mais qu'il la protégerait d'une manière efficace, ou bien Ton se fie à la parole du Gouvernement, et alors la garantie que vous demandez existe ; ou bien Ton ne s'y ûe pas, et dès lors toute garantie est impossible et des arrangemens particuliers ne pourraient pas donner plus de sécurité, parce que, dès qu'on suppose l'absence de la bonne foi, tout est supposé devoir être enfreint. Quant à nous, d'après nos principes, nous ne savons pas allier la méfiance avec l'esprit de charité qui est l'essence du christianisme ; nous nous faisons un devoir de faire le bien si longtems que nous pouvons le faire et nous pensons qu'il serait bien tôt de nous retirer lorsque le Gouvernement, parjure à ses sermens, viendrait à exiger de nous, contre notre attente, ce qui ne serait pas d'accord avec nos consciences. Voilà notre manière de voir; dès que la vôtre ne vous permet pas de prendre part à nos travaux, nous n'insisterons plus à vouloir vous y associer -.
Si les curés hésitent à remplir cette charge sans rautorisation de révêque, qu'ils la lui demandent ; le Conseil n'y voit aucun inconvénient ^. Ces protestations calmèrent tout d'abord les inquiétudes de plusieurs. « Depuis environ une année et particulièrement dès le commencement de celle-ci (1801), il nous parvenait de fréquentes demandes en démission de la part des commissaires d'instruction publique; les causes de ces demandes, très futiles en elles-mêmes, nous indiquaient assez qu'il en existait d'autres que l'on ne voulait pas dire ; mais, à force d'insistance, nous avons réussi à les écarter ou à en diminuer l'effet, et la plupart des démissionnaires reprenaient leurs fonctions » *.
Mais bientôt les bonnes paroles ne suffirent plus. Les démissions se succédèrent, nombreuses ; il devint de plus en
^ Miss.j 26 févr. 1801, f. 3o.
' Miss., 2 févr. 1802, f. 112.
^ Pr., i" cet., f. 118; 29 cet. 1801, f. 121; Miss.^ f. yb et 79.
* Miss.j 3o mai 1801, f. bj (Lettre au Ministre des Sciences).
plus difficile de repourvoir aux postes vacants. Les curés ne se souciaient que fort peu d'accepter une mission si délicate. Presque tous les commissaires nommés en 1799 furent remplacés en 1801 et 1802. Les écoles de certaines communes du district de Romont, par exemple, ont eu, pendant ces deux années, quatre et même cinq inspecteurs consécutifs ^. Le curé d'Écharlens, Zillvèguer, refuse, le 17 décembre ïSoi, la succession de rinspecteur curé de Vuippens. Il craint que « son acceptation ne renferme quelque approbation des dangereux principes réduits en pratique par le Conseil d'éducation et peu d'accord avec ceux qui ont été constamment reçus dans l'Eglise catholique. Ces principes dangereux, il les trouve dans la proclamation du Conseil en date du 12 mars 1799, où il est dit : 1° que la manière d'enseigner les vérités de la religion peut et doit varier d'après le génie et le besoin des tems; 2^ qu'on ne peut mieux sanctifier le dimanche et les fêtes que par l'instruction de la jeunesse » ^. On rassure cet esprit timoré et on essaie de le convaincre que ni le Conseil ni les commissaires n'empiètent sur les droits de l'évèque ou des curés, puisqu'ils ne sont que des fonctionnaires civils, des organes du gouvernement, qu'ils n'ont, par conséquent, qu'à surveiller l'instruction profane dans les écoles ; l'évèque et les curés conservent le plein droit de surveiller l'instruction morale et religieuse. Quant aux objections du curé Zillwèguer, elles tombent d'elles-mêmes, s'il veut bien admettre que les méthodes d'enseignement n'ont aucun rapport avec la morale ou la religion et que l'instruction des ignorants n'est point une « œuvre servile », mais une de ces bonnes oeuvres que le catéchisme recommande pour la sanctification du dimanche ^. Le curé Zillw^èguer renvoya au Conseil une contre-réfutation en une lettre « impertinente et grossière..., où il vomissait les sottises les plus dégoûtantes contre le gouvernement et le Conseil d'éducation » ^. Celui-ci transmit toute
* Voir plus haut, p. 43.
2 Pr., 9 janv. 1802, f. i 3o.
'^ Pr., 9 janv., f. i3o; 2 févr. 1802, f. i36; Miss., f. 97 et 112.
* Pr., II mars 1802, f, 144; Miss., f. i3i.
cette correspondance à la Chambre administrative, en la priant de venger Thonneur de l'instruction publique.
Il lui transmit, dans le même temps, la correspondance de révêque avec les Cordeliers ; Tévêque y accusait ces religieux — avec « des épithètes les plus fortes », les considérant comme <c des philosophes, des novateurs, des révolutionnaires, des jacobins » ^, — de divers méfaits qui ne regardent point l'instruction primaire, si ce n'est celui de donner l'hospitalité au Conseil d'éducation. Le 8 janvier 1802, les Cordeliers demandèrent au Conseil de bien vouloir choisir un autre local pour ses réunions - ; comme la Chambre administrative, d'abord consultée, ne se pressait pas de donner une réponse 3, c'est au Petit Conseil de la République que s'adressèrent les Cordeliers *.
Un tel état de choses ne pouvait que hâter la désorganisation de l'oeuvre scolaire de la République helvétique dans le canton de Fribourg. Les commissaires démissionnent ou demeurent inactifs. Les conseillers d'éducation, eux aussi, abandonnent le poste de confiance que leur avait confié le gouvernement. Dès le i«^ avril 1802, les séances ne sont plus mentionnées au protocole. Elles se continuent encore cependant durant quelques semaines ; mais les membres y deviennent de moins en moins nombreux, jusqu'au jour où Fontaine se trouva seul. Tout ce travail de désagrégation, ainsi que l'état d'esprit des plus actifs membres du Conseil, à ce moment-là, nous sont bien montrés dans une lettre confidentielle de Fontaine au Ministre de l'Intérieur 5, datée du 2 juin 1802 ; je la reproduis en grande partie. Fontaine rappelle d'abord « les tracasseries que le Révérendissime Evêque n'a cessé de témoigner au Conseil d'éducation dès que l'esprit de résignation qui l'avait dirigé dans les premiers tems de la Révolution se fut changé en espoir de voir susciter l'ancien état de choses ». II continue :
Dès lors un de nos collègues, le ci-devant conseiller Boccard, excédé
^ Cette lettre se trouve dans les archives du couvent des Cordeliers.
"^ Pr.j 9 janv. 1802, f. i32 ; Miss., f. loi.
8 Miss., II mars 1802, f. i3i.
* A. f., 28 mai 1802, 1487, f. 11 3.
•'"' A. f.y 2 juin 1802, 1437, f. III.
de tous ces désagrémens et ayant la conscience extrêmement timorée, cessa à peu près de fréquenter nos séances. Nous n'y vîmes non plus presque plus Tinfiniment respectable Féguely, mais ses absences pouvaient être attribuées à ses infirmités autant qu*au dégoût de se trouver impunément en butte à toutes ces tracasseries odieuses... Comme les plaintes que nous avions portées au Gouvernement Tannée passée n'avaient produit aucun efiFet, nous nous bornâmes cette fois de donner connaissance de ces faits [lettre de Pévèque aux Cordeliers ; lettres du curé d'Écharlens] à la Chambre administrative, comme étant censée nous présider. Mais en attendant le résultat qu'elle pouvait effectuer, succombant sous le poids accablant de tant de dégoûts et de contrariétés, mes collègues commencèrent insensiblement à ne plus fréquenter nos séances, et enfin ceux qui avaient été les plus patiens me déclarèrent positivement, le mois passé \ qu'ils n'y paraîtraient du tout plus jusqu'à ce que le Révérendissime Évêque et consorts fussent entièrement et efficacement remis à l'ordre et que l'harmonie étant parfaitement établie avec lui, on pût travailler avec quelque espoir de faire le bien si désiré et si nécessaire dans notre canton. Dès lors, j'écrivis moi-même le 24 et de nouveau le 28 mai dernier à la Chambre administrative, pour lui déclarer que je me retirais de même et me tenais pour démis de la place que j'occupais dans le Conseil d'éducation.
Il ne me convient pas sans doute de faire ici le dénonciateur de mon évêque et ce n'est pas non plus ce que je prétens faire. Mais ayant été chargé de la vice-présidence du Conseil d'éducation, j'ai cru qu'il était de mon devoir d'avoir l'honneur de vous écrire cette lettre purement confidentielle, afin que vous sachiez où en sont les affaires, de peur que les affaires pendantes au bureau du Conseil ne souffrent de trop longs retards. Je sais que, dès le mois de février dernier, la Chambre administrative, comme censée la présidente du Conseil, a fait des démarches à l'égard du Révérendissime Évêque ; mais je crois qu'elle s'est trop fiée aux belles promesses qu'il n'aura pas manqué de faire. Il est vrai qu'au synode de Pâques il fit, en présence de tous les doyens, l'éloge du Conseil d'éducation et les invita à se laisser employer par le dit Conseil ; mais cette mesure , révocable et interprétable à volonté et manquant de la publicité nécessaire, est aosolument inefficace pour détruire les impressions funestes qu'ont faites ses lettres, ses propos et sa conduite passés. D'ailleurs les doyens, ou du moins une partie d'entre eux, n'ont fait aucune mention de tout cela dans les rapports qu'ils firent à leurs décanats de ce qui s'était passé au synode, et l'on m'assure que le Révérendissime Évêque continue comme de coutume ses sarcasmes contre nous. Comme, malgré les services que je n'ai cessé de lui rendre chaque fois que j'ai pu, c'est moi qui suis sa
* En mai 1802.
principale pierre d'achoppement, je crois qu'il est réellement à propos de me remplacer par quelqu'autre qui soit mieux à son gré, et c'est ce que je désire instamment et bien sincèrement.
Dans le moment où je termine ma lettre, on m'apprend que la Chambre administrative fait de nouvelles démarches auprès du Rêvérendissime Évêque, surtout à l'occasion de la lettre du curé d'Écharlens. Je ne sais quelle en sera l'issue. Quoi qu'il en soit, vous sentez que j'ai des raisons majeures pour vous prier de ne pas me compromettre dans l'usage que vous pourriez faire de ce que je prens la liberté de vous écrire en vue du bien et nullement par esprit de vengeance. Veuillez agréer l'expression de mon respect.
Le chanoine Fontaine.
Les autorités helvétiques cependant n'approuvaient point absolument les procédés du Conseil d'éducation. On était fatigué de rinsistance et de racrimonie de ses revendications et de ses protestations. Girard et son beau -frère Savary, membre du Conseil exécutif, ne laissaient pas de « blâmer » Tintransigeance de quelques-uns de ses membres, et spécialement du P. Marchand 1.
La Chambre administrative était fort ennuyée de tout ce tapage; elle ne savait trop de quel côté se ranger. D'une part, elle « rendait hommage au zèle, aux soins et aux peines du Conseil d'éducation »; mais, d'autre part, elle ne voulait pas « compromettre l'évêque et l'autorité de sa place » 2. Ces hésitations se traduisent dans la réponse qu'elle fit, le 26 juillet 1802, à une lettre du Ministre de l'Intérieur du 10 juin, qui l'invitait à pacifier les partis en dispute.
Il serait nécessaire de connaître, écrit-elle, et les plaintes que le Conseil d'éducation vous a portées et les raisons de défense que l'Évêque de Lausanne aurait à y opposer. Or, n'ayant qu'une notion vague et superficielle de cette malheureuse affaire, il nous est impossible de vous édifier sur les détails. Mais si les renseignements sommaires que nous avons pu acquérir vous étaient agréables, nous aurions l'honneur de vous observer que tous les hommes ont leurs faiblesses. Il paraît que, dans le principe, l'Évêque de Lausanne était disposé à seconder le Conseil d'éducation et que, dans une séance ^ à laquelle il
* Daguet, I, 102.
2 Ch. adm., 28 juillet 1802, p. 415.
3 Voir plus haut, p. 127.
assistait, le Conseil ayant manqué aux égards qu'il devait à la place de rÉvéque, celui-ci en a un peu trop légèrement conçu ombrage en supposant au Conseil des intentions qu*il n'avait pas. Voilà la première et peut-être la principale cause des dissensions funestes qui existent entre TÉvéque et le Conseil d'éducation. C'est à cette cause plutôt qu'à tout autre dessein que nous croyons pouvoir rapporter l'éloignement de rÉvéque envers le Conseil, avec les traverses et les entraves dont le Conseil se plaint.
Mais l'Évêque a eu tort de soupçonner les vues du Conseil et de mettre des obstacles aux mesures qu'il prenait pour l'avancement de l'instruction ; il nous semble qu'il les a bien réparés dans le synode diocésain qui a eu lieu après Pâques dernier et où il a rendu au Conseil d'éducation une justice propre à le satisfaire, en ordonnant à tous les curés qui seraient appelés par ce Conseil aux fonctions de commissaires de s'y prêter.
Quant au reste, nous devons le dire, le zèle, les lumières du Conseil d'éducation, les soins, les peines qu'ils se sont donnés (sic) pour améliorer l'instruction, lui acquièrent des droits incontestables à la bienveillance du Gouvernement et à la reconnaissance de notre public, et, certes, nous nous faisons plaisir de lui témoigner la nôtre en particulier.
La seule chose qui nous reste à désirer de la part des membres distingués qui composent ce corps respectable, serait la reprise de leur place et un peu de condescendance à t'envie que nous aurions de concilier cette affaire d'une manière qui satisferait le Conseil sans compromettre l'Évêque ni l'autorité de sa place.
Nous croirions pouvoir y réussir pour peu que nous fussions autorisés à parler aux parties au nom et de la part du Gouvernement. Le bien de l'instruction, la nature de la chose, les suites funestes qu'un éclat pourrait entraîner, l'alarme qu'il pourrait répandre parmi le clergé, tout exige la conciliation de cette affaire.
Si, contre notre attente, ce rapport que nous avons l'honneur de soumettre à votre sagesse ne pouvait pas vous agréer, il nous resterait à vous prier de nous faire passer les plaintes du Conseil, afin que nous puissions les communiquer à l'Évêque et vous les retourner avec les observations.
Salut et considération.
Gendre, Wicky, Chollet ^
Cette offre de médiation de la Chambre administrative, aussi bien que celle du Préfet national Badoud, qui venait de remplacer Déglise et de son successeur Gapany, dont Tattitude en ce
^ A. f.j 1437, 26 juillet 1802, f. 1.10, sqq.
conflit ne fut pas moins indécise, était bien inutile ; on le vit dans Taff'aire de l'Adresse à la Diète cantonale qui occupa les derniers moments de l'activité du Conseil d'éducation. Mgr Odet avait présenté, en 1 80 1, à la Diète chargée d'élaborer une constitution cantonale, un mémoire où il exposait ses droits épiscopaux et demandait que la nouvelle Constitution les reconnût. Ce mémoire fut publié, semble-t-il, dans le courant d'août 1802 1.
Ce n'est plus au Conseil d'éducation que s'adresse l'évêque, mais au public, au « peuple fribourgeois » et à ses représentants, les membres de la Diète cantonale. Il ne se contente pas de réclamer le placet ; c'est le principe de l'école « laïque » et « neutre » préconisé par la République helvétique qu'il discute.
Il est hors de conteste que « l'étude de la religion , parmi toutes les nations civilisées, et spécialement chez les peuples catholiques, fait une partie essentielle de l'éducation ». Or, si l'étude de la religion « fait la principale partie de l'éducation », et si l'école est essentiellement « éducative », il s'en suit naturellement que « l'autorité temporelle et la spirituelle » doivent toutes deux « concourir à soigner et à perfectionner » l'enseignement primaire. Mais « un tel concours ne pourrait effectivement avoir lieu qu'autant que les membres composant le Conseil dëducation seraient revêtus les uns de l'autorité civile, les autres de l'autorité religieuse, et qu'ils représenteraient chacun la puissance dont ils seraient les délégués ». Or, tel n'est pas le cas. « L'église ou la puissance ecclésiastique n'est nullement représentée dans le Conseil. Les ecclésiastiques qui en sont membres n'y sont admis que comme citoyens; et quand ils y seraient comme ecclésiastiques, ils ne pourraient y tenir la place de l'évêque, n'en étant pas chargés de sa part ». Le Conseil lui-même avait d'ailleurs maintes fois répété qu'il n'était revêtu que d'une autorité purement civile, et nullement d'une auto-
^ Ce mémoire Aux Citoyens, membres de la Commission chargée du Projet de Constitution cantonale pour le canton de Fribourg^ parut en une brochure de 1 5 pages, sans date ni signature. Un exemplaire de ce mémoire se trouve dans la collection des Mélanges fribourgeois de la Bibliothèque économique de Fribourg. Ce document est reproduit à la fin du présent volume.
rite .religieuse quelconque ^. L'Église est donc, en droit, exclue de récole ; elle n'a plus, officiellement, d'autorité sur elle ; elle est devenue ^ civile », comme disait Mgr Odet; nous dirions aujourd'hui qu'elle est devenue « laïque ». On laisse sans doute à l'instituteur la liberté de se présenter devant l'évéque et d'en obtenir le placet pour l'enseignement religieux ; mais cet enseignement est en dehors et à côté de l'enseignement officiel, qui ne « s'immisce pas dans la religion » ; l'école est devenue « neutre ». On a bien ordonné aux inspecteurs de prendre l'avis du curé dans la nomination de l'instituteur; mais « l'évéque étant le chef religieux de l'enseignement religieux, les régens d'école sont ses subordonnés à cet égard, et conséquemment comptables envers lui de leur doctrine et de leur capacité »; quant aux curés, ils ne sont « représentans de l'Ordinaire que dans les matières où ils ont mission pour l'être, ce qui n'a point lieu dans le cas dont il s'agit ».
Et, puisque l'on va réorganiser l'instruction publique, l'évéque demande que le futur Conseil « soit composé moitié de membres séculiers et moitié d'ecclésiastiques, les premiers à la nomination des autorités cantonales, les seconds à la nomination de l'Ordinaire » ; que les « règlemens concernant l'enseignement religieux » ne soient promulgués que du consentement de l'évéque ; et que les inspecteurs et régens d'école ne soient revêtus de leurs emplois que de son aveu et par son autorité. « Par ce moyen, les droits des deux puissances, civile et ecclésiastique, seraient respectés ; ils établiraient entre l'une et l'autre un concours dont l'effet ne pourrait être que très avantageux à la jeunesse en procurant efficacement le perfectionnement de son éducation tant civile que religieuse ».
La publication de ce mémoire raviva la colère des membres du Conseil. Ils protestèrent aussitôt auprès du Ministre. Celui-ci, le 25 août, ordonne au Préfet national de sévir contre l'évéque. Il doit « lui faire sentir sa faute en usant d'ailleurs des ménagemens convenables », lui demander une rétractation, — et le Ministre en indique même les termes, — écrite et signée de
^ Voir plus haut, p. i3, 1 5, 87, 46, i32, i36, 148, 147.
sa main, de tout ce qui, dans cet écrit, pouvait offenser les conseillers d'éducation, rétractation qui doit ensuite être remise au Conseil d'éducation. « Vous interviendrez auprès de lui |^le Conseil] pour qu'il s'en contente. Vous ferez tous vos efforts pour rapprocher ces autorités, de manière que leur désunion cesse tout à fait et qu'une réconciliation sincère redonne à leurs travaux respectifs l'harmonie qui est nécessaire pour en assurer le succès » i.
Le 28 août, le Préfet national envoyait à l'évèque la note qui suit :
Révérendissime Évêque,
Le Conseil d'éducation de ce canton a adressé au Département de rintérieur une pétition pour demander satisfaction des inculpations que vous avez dirigées contre lui dans le public sous le titre : « Aux citoyens membres de la Commission chargée du Projet de Constitution cantonale pour le camton de Fribourg ». Les inculpations sont graves et tendent nécessairement à déconsidérer le Conseil d'éducation aux yeux du public et à détruire l'effet de ses travaux. Je me persuade, Révérendissime Evêque, que l'intention qui a dirigé cet écrit n'avait pas en vue un résultat pareil, mais il n'en est pas moins vrai que le Conseil d'éducation a été inculpé et cette inculpation est de nature à obliger le gouvernement à intervenir dans cette affaire, puisqu'il a consacré l'existence de ce Conseil qui doit, en toute confiance, réclamer son intervention.
Je vous invite, Révérendissime Évêque, par tous les motifs du bien public, par tous ceux que nous présente cette Reltgion sainte dont vous êtes le premier Pasteur dans ce diocèse, à prévenir un éclat qui aura des conséquences fâcheuses.
Intimement convaincu que dans ce but vous saisirez avec empressement les moyens que la justice pourrait vous présenter, je crois que l'on éviterait tout éclat si vous remettiez une déclaration signée de vous, portant : « Que vous, n'avez point eu [ce sont les expressions « dictées par le Ministre] l'intention d'inculper le Conseil d'éducation « ni ses membres, que vous rétractez par là même ce qui, dans votre « écrit, pourrait l'attaquer directement ou indirectement et que vous « reconnaissez au contraire la pureté de ses vues, ainsi que. celles du « Gouvernement qui protège ses travaux ».
J'ose attendre l'honneur d'une réponse satisfaisante. Honoré de la première magistrature d'un canton qui s'est toujours distingué par son
^ A. f., 1437, 2 5 août 1802, f. 100.
zèle pour la Religion sainte quMl professe, comme aussi par son attachement vrai au Gouvernement, je puis sous la double qualité de votre diocésain et de magistrat vous assurer de mon empressement à terminer cette affaire d'uVie manière qui évitera tout éclat et par conséquent les désagrémens qui en sont la suite.
Salut et Respect ^
Le Préfet national :
G. Badoud.
Sur ces entrefaites, Mgr Odet demande un passeport pour le Landeron (Neuchâtel) ; ce n'est que lorsqu'il l'aura reçu qu'il répondra à la lettre du Préfet national. Et celui-ci, en communiquant cette requête au Ministre, de remarquer : « Tout commentaire est superflu, et les résultats d'une marche semblable se présentent d'eux-mêmes : Un premier pasteur réfugié dans le seul coin de terre qui peut lui servir d'asile, et se faisant passer pour une victime auguste de la persécution d'un gouvernement irréligieux, tel est le rôle que l'on paraît vouloir jouer; et le fanatisme profitera avec avantage de cette circonstanice pour semer le trouble et miner la confiance du peuple dans son gouvernement. Je répondrai simplement à l'évêque que j'attendrai avant tout sa réponse à ma lettre » ^. Du reste, le Préfet « croit avoir usé de tous les ménagemens possibles ; il en a même conféré avec des personnages qui auraient pu avoir quelque influence sur son esprit et les a engagés à faire sentir à ce prélat, confidentiellement, les conséquences qu'aurait un refus de satisfaire à la demande du gouvernement » ^.
Mais cette « satisfaction » est vainement attendue. Entre temps, le Conseil d éducation ne fonctionne plus ; les régents sont nommés sans brevet ni approbation ; c'est, dans l'école, le désordre et l'anarchie.
Le 29 octobre, le Préfet Gapany réclame de nouveau du Ministre de l'Intérieur « des mesures définitives à l'égard du <lit Conseil ; le motif de la suspension de ses fonctions lui est connu et il subsiste encore dans toute sa force » ^. Tout
^ A. f.y 1437, 28 août 1802, f. io3.
2 A, f., 1437, i" sept. 1802, f. 102.
3 A, f., H^?» 7 sept. 1802, f. 99.
* A, f.^ 14^7, 29 oct. 1802, f. loi.
ce que fit le Conseil exécutif, qui était alors absorbé par bien d'autres affaires, — ses troupes venaient d'être piteusement battues par les fédéralistes, et, s'il n'était pas tombé, c'était grâce à l'intervention de Bonaparte, — fut de donner Tordre au Préfet national « de réitérer à l'Évéque l'intimation de donner la rétractation qui lui avait été demandée au sujet de son écrit contre le Conseil d'éducation » ^ Le 27 janvier i8o3, Gapany rendait enfin compte au Ministre de sa mission auprès de Mgr Odet.
J'avais jusqu'à présent hésité de quelle manière j'exécuterais et remplirais les vues du gouvernement. Une rétractation pure et simple me paraissait un peu dure pour un Prélat de son rang; je craignais même que la malveillance saisît ce prétexte pour cabaler, induire le peuple en erreur et lui donner des craintes sur la religion. Dans cette conjoncture, j'ai cherché à concilier autant que possible et la satisfaction que devait en attendre le gouvernement et le bien général qu'on pouvait retirer en engageant l'évêque par des moyens de douceur à manifester des sentimens plus pacifiques et plus conformes au système actuel. Pour parvenir à ces fins, j'ai dû faire pressentir de quelle manière l'évêque se conduirait en cette affaire, et il m'est revenu qu'il serait charmé d'avoir une entrevue avec moi. J'ai donc bien voulu faire cette première démarche dans un voyage que je fis chez moi ^ et je trouvai ce Prélat très disposé à faire tout ce que le Gouvernement trouverait convenable, en faisant observer cependant qu'une rétractation pure et simple serait trop humiliante et peu convenable à la dignité de la place qu'il occupe. Voici ce qu'il m'a proposé et ce que j'ai accepté dans l'espérance que vous l'approuveriez, que vous laisseriez de côté les petites animosités du Conseil d'éducation, dont le but n'est certainement point de prendre le parti du Gouvernement, mais de satisfaire de petites vengeances particulières. D'ailleurs vous en conviendrez facilement quand vous aurez l'état nominatif des citoyens qui le composent, à la tête desquels sont Montenach et xMarchand.
L'Évêque propose donc de faire une instruction pastorale au commencement du Carême, dans laquelle il manifesterait à l'égard de l'instruction de la jeunesse tout ce que le Gouvernement exige de lui par une rétractation et, de plus, il recommanderait à son clergé et au peuple la concorde, l'union et l'obéissance aux lois.
Si cette marche. Citoyen Ministre, vous convient, je la ferai connaître à l'Évéque, et je ne doute aucunement qu'elle n'obtienne un
^ Gapany était originaire de Marsens. Mgr Odet résidait alors à Avry, où il avait une maison de campagne.
résultat très avantageux pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité dans le canton '.
Le Gouvernement « approuva entièrement ces ménagemens pris par le Préfet national au sujet de la rétractation exigée de révêque et le chargea de terminer cette affaire dans le sens qu'il avait proposé » ^.
L'évêque, lui aussi, déclare à maintes reprises qu'il est fâché de la tournure qu'ont prise les choses. En réclamant ce qu'il croyait être de son droit et de son devoir de réclamer, il n'a nullement voulu supprimer le Conseil ni l'entraver. « Les détails dans lesquels il a été obligé d'entrer à son sujet ne doivent point être regardés comme une dénonciation de sa part contre les membres qui le composent » ^. N'a-t-il d'ailleurs pas fait son éloge au synode de Pâques 1802? Il ne cesse de protester de l'intérêt qu'il porte à l'instruction de la jeunesse; toujours « il s'empressera de seconder le Conseil d'éducation dans tout le bien qu'il est appelé à faire... Ses membres doivent se persuader qu'il serait au-dessous de lui de fomenter aucune animosité relative à ce qu'il peut avoir essuyé et que, lorsqu'il voit le bien prêt à éclore, toute autre considération n'a plus lieu chez lui » *.
Le 5 octobre 1802, Fribourg capitulait devant les troupes fédérales d'Auf der Mauer et rétablissait l'ancien régime. L'évêque pensa que les beaux jours d'antan allaient reparaître. Il envoya donc à la Diète de Schwyz « une adresse relative au* maniement des affaires ecclésiastiques par le gouvernement helvétique, à l'état des couvents et séminaires, à l'éducation de la jeunesse négligée ou abandonnée aux philosophes » ^. La Diète lui fit, le 19 octobre, une réponse respectueuse et vague. Si la Diète réussit dans ses projets, elle s'empressera de rendre à la religion
' A. f., 1437, 27 janv. i8o3, f. 97.
2 Ibid., f. 96.
^ Adresse à la Diète cantonale, publiée en août 18 12, p. 12.
* Ch. adm., 18 juin 1802, f. 339; a. /., 26 juillet 1802, 1437, f. iio.
^ TiLLiER, II, 269. — Cette adresse de Mgr Odet ne se trouve malheureusement pas dans les archives fédérales. Les recherches de M. l'archiviste cantonal de Schwyz dans les archives de cette ville n'ont abouti à aucun résultat.
la pleine et entière liberté des jours heureux d'autrefois. Pour le moment, elle ne peut que souhaiter que Dieu bénisse ses plans et souffrir avec patience les tribulations actuelles i.
Au cours de cette querelle, le Conseil se désagrégea rapidement comme se désagrégeait, à cette date, tout le régime helvétique. Dès le i^'' avril 1802, les séances ne sont plus mentionnées au protocole. Elles se continuent cependant encore, mais les membres y deviennent de moins en moins assidus 2.
Fontaine lui-même donne sa démission le 24 et le 28 mai. Comme on la lui refuse, il fait observer que, « pour être président, il faut avoir des présidés ; que tous ses collègues ont cessé leurs fonctions ; que tout ce qu'il peut faire est d'offrir ses services à la Chambre administrative pour travailler sous ses ordres » •^. Il prend en effet sur lui de continuer tout seul l'œuvre du Conseil d'éducation * ; il la poursuit jusqu'en i8o3 ; son dernier travail paraît avoir été un « tableau des écoles du canton de Fribourg » envoyé au Conseil d'éducation du Léman en retour d'un tableau semblable des écoles de ce canton ^.
Ainsi finit chez nous le Conseil d'éducation. Il périt, non point sous le coup des condamnations de l'évèque, comme on l'a trop répété, mais de la mort du régime helvétique lui-même; révêque ne voulait point qu'il disparût absolument, mais qu'il lui reconnût certains droits qu'il croyait fondés en justice. Si le gouvernement helvétique avait pu se maintenir, le Conseil ne serait probablement pas tombé; tout au plus aurait-il subi quelques remaniements dans sa composition ou dans l'extension de ses pouvoirs.
* Une copie de cette lettre, extraite du protocole de la Diète fédérale (séance du 19 octobre 1802), m'a été bienveillamment adressée par M. l'archiviste fédéral, à Berne. Elle ne fait aucune allusion aux difficultés scolaires dont a dû parler, si l'on en croit Tillier, Mgr Odet dans son mémoire.
2 A. /., 2 juin 1802, f. m; Ch. adm., 4 juin, f. 3 16; 7 juillet i 802, f. 378. ^ Ch. adm., 4 juin 1 802, f. 3 1 6.
* Ch. adm. y 18 juin 1802, f. 339.
° Ch. adm., 11 janv. i8o3, f. 16. — On n*a, malheureusement, pas pu retrouver ce tableau dans les archives de Lausanne.
L'Acte de Médiation avait réorganisé le régime fédératif en Suisse. Le i6 avril i8o3, le Canton de Fribourg élut son Grand Conseil, et celui-ci nomma à son tour, le lendemain, le Petit Conseil. Ce dernier eut à réorganiser l'instruction primaire; il ne sut mieux faire que d'élire, le i^*" décembre i8o3, un nouveau Conseil d'éducation, de concert avec l'évêque cette fois, composé de seize membres, quatre ecclésiastiques et huit laïcs ^ Mais, dès le mois de mars déjà, avait commence l'histoire de l'école fri bourgeoise sous l'Acte de Médiation.
^ Le premier Conseil d'éducation avait laissé dans le pays de si mauvais souvenirs que l'on vit avec défiance et mécontentement le Petit Conseil rétablir cette institution. Un certain nombre de décanats protestèrent officiellement auprès de l'évêque contre le rétablissement de ce corps. (.4. év., Scolae.) « Nous envisageons le Conseil d'éducation, établi comme on l'annonce, défectueux et quant au mode que l'on suivrait pour le former et quant au nombre inégal des membres ecclésiastiques et laïcs : quatre ecclésiastiques contre huit laïcs. Entre ces ecclésiastiques, membres du Conseil d'éducation, mais de création civile, et entre le reste du clergé, il en résulterait à coup sûr une scission et une espèce de schisme dont les suites pourraient être funestes au bien de la religion... Une telle démarche de la part de la puissance civile attente manifestement aux droits et aux fonctions de la puissance ecclésiastique et entraînerait peu à peu sa destruction ». (Décanat de Sainte-Croix; lettre signée de Bieler, curé-doyen de Barberéche et des douze prêtres du décanat). « L'établissement d'un Conseil d'éducation est une preuve de la sollicitude paternelle du Gouvernement pour l'instruction ; mais le mode, pour la partie religieuse et ecclésiastique, ne peut s'accorder avec la religion catholique. Dans l'Église catholique, l'enseignement public appartient exclusivement au corps épiscopal... Nul ecclésiastique ne peut siéger dans un Conseil d'instruction publique sans y être envoyé par son évêque. S'il y entre par une autre porte, l'Église le regarde comme un schismatique à opinion nouvelle, aussi dangereuse pour les États que funeste à la religion » (Décanat de la Part-Dieu ; lettre signée de Fracheboud, curé-doyen de Gruyères).