‹ L'école primaire fribourgeoise sous la République helvétique, 1798-1803Chapitre 7 sur 20 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Conseil d'Éducation.

I. Établissement du Conseil d'éducation. — Le Ministre choisit trois membres ; la première séance : on se propose d'annoncer au peuple par une première « proclamation » l'institution du Conseil et de présenter au Ministre une liste de candidats ; nouvelles nominations. Les conseillers-* adjoints; leurs devoirs; Mgr Odet est nommé membre-adjoint du Conseil — La présidence du Conseil est dévolue au Préfet national, puis à un membre de la Chambre administrative ; Fontaine est élu vice-président. — En 1801, le Conseil faillit être supprimé; mémoire de Fontaine à la Diète cantonale ; le statu quo est maintenu provisoirement.

IL Les fonctions du Conseil. — Local, jour, heure et fréquentation des séances. — Les occupations du Conseil ne sont pas définies nettement; il n'a pas d'initiative; son rôle se borne à appliquer et à adapter les décrets directoriaux ou ministériels; son activité est absorbée par une immense correspondance : avec le ministre pour tout ce qui regarde l'instruction publique, avec le Préfet national pour les mesures de police, avec la Chambre administrative pour les affaires financières, avec les Conseils des autres cantons. — La « proclamation au peuple » du 16 mars 1799.

III. Les inspecteurs d'éducation. — Ils représentent le Conseil dans les districts et veillent à l'exécution de ses ordres ; leurs deux devoirs principaux : les visites d'école et les rapports au Conseil. — Leur nomination ; ils se partagent à l'amiable les communes du district ; d'où, manque de stabilité dans le territoire des arrondissements scolaires. — Les pasteurs et les curés les tiennent en suspicion. Leur dévouement désintéressé ; les affaires Bitzius et Rapin. Les difficultés du Conseil avec l'évéque provoquent des démissions. — Services qu'ont rendus les inspecteurs au Conseil d'éducation.

L'arrêté du 24 juillet 1798 renfermait les articles suivants :

Article premier. — Le Ministre de l'Instruction publique fera dans chaque chef-lieu de canton le choix de deux professeurs ou instituteurs qui seront membres du Conseil d'éducation sauf la ratification du Directoire.

Art. 2. — La Chambre administrative formera une liste de dix

citoyens, résidant dans le chef-lieu, distingués par leurs lumières et leurs vertus, pères de famille, pris dans toutes les professions, surtout des hommes qui aient des connaissances commerciales et morales, théoriques et pratiques.

Art. 3. — Cette liste sera remise au Préfet, qui la fera passer au Ministre de l'Instruction publique, accompagnée de ses obser\^ations sur la capacité et le mérite des citoyens proposés.

Art. 4. — Le ministre prendra cinq d'entre ces dix pour les adjoindre aux deux instituteurs déjà choisis. Ils formeront ensemble le Conseil d'éducation pour leur canton, sauf la ratification du Directoire.

Art. 5. — La Chambre administrative leur associera l'ecclésiastique du lieu qui lui paraîtra le plus propre à surveiller et à perfectionner l'instruction morale et religieuse.

Conformément à ces articles de rarrété du 24 juillet 1798, le Ministre des Arts et des Sciences demanda à la Chambre administrative de Fribourg cette liste des citoyens « distingués par leurs lumières et par leurs vertus », jugés dignes d'entrer dans le futur Conseil d'éducation. La Chambre choisit treize candidats 1. Trois d'entre eux furent nommés par un arrêté du Directoire du 10 novembre, communiqué aux intéressés le 17 décembre par la Chambre administrative : le chanoine Fontaine 2, Savary et Pierre Gendre ^. Le i^^ janvier 1799, Léon

^ Avant de communiquer cette liste au Ministre, le Préfet national marqua d'une croix les noms de ceux qui lui paraissaient plus aptes à entrer dans les vues du Directoire : François-Antoine Techtermann -j- ; Ignace Boccard -}- Xavier Féguely (trop occupé, fort capable) ; Jean Berguin, négociant Joseph Landerset, peintre f; Pierre Gendre, avocat ; Guidi père, négociant Ignace Girard; Delpéche Ney; D' Savary f ; Girard (ajouté en marge) Chanoine Fontaine (ajouté en marge) ; Biaise Barras (ajouté en marge) ; Père Esseiva, ex-jésuite (biffé). (A. /., 1487, f. i, 21 août 1798. )~

2 Charles-Aloyse Fontaine est né à Fribourg, le 14 juin 1754. Il fit ses études dans les collèges des Jésuites de Fribourg, de Landsberg et d'Ingolstadt. Il faillit entrer dans la Compagnie ; elle fut supprimée pendant son année de philosophie. Après un professorat de quelques années au Collège Saint-Michel, il s'en alla terminer ses études à Paris. Il reçut les ordres et fut nommé chanoine de Saint-Nicolas en 1781. Il devint successivement secrétaire, archiviste, grand-chantre du Chapitre et archidiacre du diocèse. C'était un collectionneur et un érudit; il fut mêlé à toutes nos affaires religieuses, politiques et surtout scolaires du canton, de 1780 à i83o. Il mourut le 12 mai 1889. Sa biographie est encore à faire. On peut consulter, en attendant, la notice que le D' Berchtold lui a consacrée (Notice historique sur la Chambre des scholarques. Introduction, Fribourg, i85o).

^ Ch. Adm,^ 21 déc. 1798, f. 245; a. f., 10 nov. 1798, 1437, f. 3. —

Pettolaz, greffier du Tribunal, acceptait la charge de secrétaire du Conseil d'éducation : « Je travaillerai autant qu'il dépend de moi, écrivait-il à Stapfer, à procurer Tavancement d'une organisation au succès de laquelle sont attachées nos bonnes et mauvaises destinées... La réussite de ce grand but attirera la malveillance et fera jalouser et même estimer notre Révolution à ses plus grands ennemis » ^. Et il proposait de son .propre chef, au Ministre, Tabbé Niquille, de Charmey, prêtre fort instruit et zélé patriote, comme membre du Conseil d'éducation.

Le 7 janvier, le Conseil d'éducation tint, sous la présidence du Préfet national Déglise, sa première séance 2. Après avoir solennellement pris connaissance des ordres du Directoire et des lettres de nomination envoyées par le Ministre, les trois conseillers arrêtèrent « de faire connaître au peuple par une proclamation, contenue et insérée dans le Bulletin officiel de la Chambre administrative, la mise en activité du Conseil d'éducation, ses attributions et le désir qu'il a de travailler efficacement à l'instruction publique et à sa réforme d'une manière aussi active que le sujet en est inséparable du bonheur de l'Helvétie ».

Cette « .proclamation » paraît en effet, le 1 1 janvier déjà, dans le Bulletin de la Chambre administrative ^, Elle annonce pompeusement que le Directoire « a vu avec douleur les maux que produit l'ignorance ; il a senti que la force de la République repose sur les connaissances et les lumières et il a cherché à activer ces puissans ressorts en prenant les moyens qui procu-

Voici comment, dans un rapport (de Stapfer ?) au Directoire, on appréciait les trois candidats proposés : Fontaine « a des connaissances étendues, un esprit appréciateur des hommes, des choses, profond et sage » ; Savary est un « homme fort éclairé » ; Gendre est « jeune, mais ses talents, sa moralité donnent de grandes espérances ».

^ A. /., i" janv. 1799, 1437, f. 5. — Afin de pouvoir faire partie du Conseil d'éducation, et s'employer plus efficacement à la réorganisation de l'instruction publique, ne fut-ce qu'en qualité de secrétaire, Pettolaz, greffier du Tribunal, avait pris à ses frais, dans son greffe, un secrétaire surnuméraire (A. f., 1437, f. 7).

^ Pr., 7 janv. 1799, f. i.

^ Bulletin de la Ch. adm., II, 91.

reront dans cette partie une réforme aussi avantageuse qu'elle sera générale..., un perfectionnement qui substituera un cadre et des plans méthodiques, uniformes et raisonnes au disparate, à l'incohérence, à la routine qui dirigeait généralement nos écoles villageoises ^. Le gouvernement central a commencé par établir dans chaque canton un Conseil d'éducation. Celui de Fribourg vient de commencer ses fonctions. « Il recevra avec reconnaissance tous les avis qu'on jugera à propos de lui faire passer ». Il ne s'occupera point de politique. « L'éducation des citoyens dans les campagnes excitera sa vigilance particulière. Il sait trop combien malheureusement elle a été négligée jusqu'ici, pour qu'elle ne donne pas lieu à toute sa sollicitude. Aussi l'examen et le choix des régens et des maîtres d'école seront-ils une partie considérable de ses travaux ». Il attend des « ministres du culte » une coopération active, ainsi que des pères et mères, qui devront se convaincre « que la naissance seule est un présent funeste, si elle n'est pas suivie des soins de l'éducation; ils travailleront à leur propre bonheur et à celui de leur famille, lorsqu'ils correspondront de leur côté aux vues du Conseil d'éducation et des instituteurs qu'il aura déterminés » ; « la jeunesse elle-même, sentant tous les avantages de l'instruction, s'y livrera avec d'autant plus d'émulation et de zèle qu'elle verra dans ses fruits le seul moyen d'obtenir de l'avancement et de ce (sic) faire honneur dans les emplois religieux, civils ou militaires. C'est l'excellence de l'instruction qui apprend à être bon fils, bon époux, bon citoyen et bon chrétien »... — « Les citoyennes forment une partie trop intéressante dans l'Etat pour ne pas attirer l'attention du Conseil d'éducation. Aussi, l'organisation prochaine de l'instruction publique comprendra-t-elle les moyens de faire partager aux jeunes Républicaines l'avantage d'une éducation à laquelle la patrie appelle tous ses enfans ». — « Le Conseil ne doute donc nullement du succès de ses travaux. Ils ont un but trop marqué et trop saillant d'utilité générale pour que chacun ne s'empresse d'en assurer la stabilité. Il compte sur le patriotisme éclairé de la plupart de ses concitoyens ; il ne regrettera de son côté, ni tems, ni sacrifices, le bien public étant sa loi suprême ».

Après avoir, en ces réconfortantes paroles, promis au peuple fribourgeois de le mettre non seulement « en état de rendre à sa patrie quelques-uns de ces services que lui refuse l'ignorance », mais encore de lui faire « un cœur bon, religieux, humain, compatissant, généreux, ami de la liberté, de l'égalité, attaché à la République », le Conseil, dans cette première séance, s'occupa de s'adjoindre des collaborateurs capables de le seconder efficacement dans la grande tâche qu'il venait d'assumer. On décida donc que l'on demanderait aux sous-préfets les noms des citoyens de leurs districts les plus propres à devenir « commissaires d'éducation ». Et, pour compléter le Conseil, on présenta au Ministre ^ les citoyens suivants : -J- Genoud l'aîné, professeur de morale; Brasey, professeur de théologie; Boccard, ci-devant conseiller; Féguely, ci-devant conseiller; Ignace Fontaine, négociant; Laurent Moosbrugger, négociant; Hartmann, chapelier; Guisan, d'Avenches, « résident à Fribourg comme secrétaire d'administration » ; Banneret, organiste ; Chassot d'Orsonnens, chanoine (biffé). On proposa comme professeur de la future école normale, Girard, cordelier; iVlarchand, cordelier et Genoud cadet, professeur -.

^ Pr., 7 janv. 1799, f. 2; a. /., 7 janv. 1799, 1437, f. 6. — La lettre au Ministre contient le nom de Gaudard, professeur de seconde réthorique, en sus des noms indiqués dans le protocole. Le Collège était soumis, lui aussi, au Conseil d'éducation.

* En envoyant au Ministre le compte rendu de cette première séance du Conseil, le chanoine Fontaine joignit à sa missive quelques renseignements secrets sur les candidats proposés, en le priant « de ne pas le compromettre sur ce qu'il a eu l'honneur de lui dire ». Je résume ces notes : Savary est trop occupé pour assister régulièrement aux séances, pour s'adonner tout entier à l'instruction publique et fournir un travail suivi. Gendre est zélé; mais il ne possède aucune connaissance pédagogique; il est d'ailleurs timide et trop absorbé par son office d'« accusateur public»; il est cependant tout dévoué; il est décidé à renoncer à son étude d'avocat qui lui rapportait 200 louis par an pour s'occuper d'éducation et « pour mieux servir sa patrie ». Féguely est vieux, cassé, mais actif et très instruit; « nous n'avons personne à lui comparer, même à beaucoup près ». Boccard a soixante ans ; il est très cultivé, quoique moins instruit que Féguely, mais indécis et « d'une conscience trop timorée, cependant pas fanatique ». Guisan n'est pas un esprit brillant, mais solide ; c'est un homme de bonnes mœurs ; il représenterait au Conseil la partie protestante du canton ; il sacrifierait une partie de ses intérêts matériels pour le bien du pays en acceptant de faire partie du

De ces divers candidats, furent nommés par un arrêté du 19 janvier Boccard, Féguely, l'abbé Joye, Girard, Marchand 1. Boccard, Féguely et Marchand s'excusèrent d'abord de ne pouvoir agréer leur nomination ; ils l'acceptèrent cependant sur les instances de leurs collègues. Stapfer chargea Girard et Marchand de « l'inspection générale » et Fontaine, « comme homme de lettres, présidera les études théologiques » 2. Le 22 février, on adjoignit à ces divers conseillers Genoud l'aîné, professeur de morale au Collège Saint-Michel, comme étant, selon le décret du 24 juillet, « l'ecclésiastique du lieu qui paraissait le plus propre à surveiller et à perfectionner l'instruction morale et religieuse » ^. On nomma, plus tard, en 1801, les citoyens Guisan, Jean Montenach, ex-représentant au Conseil législatif^;

Conseil. Chaillet est trop occupé. Fontaine ne voudrait pas que l'on nommât son frère Ignace : il ne serait pas convenable que deux frères siégeassent ensemble au Conseil. Les autres n'ont pas les qualités requises. Hartmann est un bon agriculteur et un bon marchand de chapeaux, « mais il n'entend rien à la partie des sciences ». Banneret a quelques études et du bon sens; « contre l'ordinaire des musiciens, il est riche et économe ». Moosbrugger est un voyageur de commerce de moralité douteuse. Le chanoine Chassot est fort charitable et cultivé, « sans être au courant de la littérature moderne ; au moins sçait-il douter y>. Brasey est un bon prédicateur ; « l'adhérence qu'il a dans le public pourrait être très avantageuse à nos opérations qui, d'ailleurs, ne manqueraient pas d'avoir des contradictions ». Genoud l'aîné est un penseur profond, mais extrêmement scrupuleux et obstiné dans ses opinions. Girard est « notre homme universel ; nous voudrions l'avoir partout et je crois qu'en qualité de directeur de l'école normale il devrait être ipso facto assesseur surnuméraire au Conseil ». Séraphin Marchand, ami du P. Girard, est un « homme de beaucoup «d'esprit, bien loin du fanatisme et de la superstition ; il a fait d'excellentes études en Autriche, du temps de Joseph II ; il possède bien les deux langues -et est généralement fort instruit, même dans la littérature moderne ». Genoud cadet est un « bon sujet, rempli d'esprit et de beaucoup pas si scrupuleux que son frère » (A. /., 11 janv. 1799, 1437, f. 7). — La plupart de ces candidats jouèrent un certain rôle comme conseillers ou comme inspecteurs d'éducation dans l'histoire de l'instruction publique à ^ette époque.

1 A. /., 19 janv. 1799, 1437, f. 9, 19; Pr., 14 fév. 1799, f. 6.

2 A. f., 24 janv. 1799, 1437, f. 21.

3 A./., 22 fév. 1799, 1437, f. 23; Pr., 25 fév. 1799, f. i3.

* A. f., 10 nov. 1800, 1487, f;. 36; 21 déc. 1800, f. 39; 24 déc. 1800, f. 45; 10 janv." 1801, f. 46 et 47. Pr., 10 nov. 1800, f. 67; 22 janvier 1801, f. 78.

-et, plus tard encore, Philippe Raemy, membre du ci-devant Conseil législatif, le chanoine Helfer et Banneret, organiste ^.

Quelques-uns de ces nouveaux membres remplacèrent des démissionnaires comme Carmintran, élu membre de la Chambre administrative, comme Tabbé Joye qui s'était retiré à la campagne, comme Savary, devenu membre du Conseil exécutif, comme Girard, qui partit pour Lucerne en février 1799 déjà, appelé par Stapfer dans les bureaux de son ministère, avec le titre d'archiviste 2. D'autres furent nommés simplement pour augmenter le nombre des conseillers, car « plusieurs ne pouvant siéger que très rarement, on était fort peu nombreux en séance » •^.

Aux conseillers d'éducation proprement dits devaient s'adjoindre un certain nombre de conseillers honoraires qui portaient précisément le nom de « membres-adjoints du Conseil d'éducation ». Ces membres-adjoints étaient nommés i^ pour représenter au sein du Conseil le pays tout entier et chaque commune dans les affaires importantes; 2° pour renforcer les « lumières » du corps central de leurs « lumières » respectives ; 3° pour « rehausser la considération du Conseil d'éducation dans les cérémonies, prix, etc. ». Ils étaient membres effectifs du Conseil et jouissaient des droits et privilèges des conseillers ordinaires, sauf qu'ils étaient élus par nomination immédiate du gouvernement et que leur nombre était indéterminé. En conséquence, ils pouvaient prendre part aux séances; ils devaient même y être formellement convoqués, s'ils demeuraient non loin du cheflieu ou si l'on devait discuter d'« affaires d'un grand intérêt ». L'inspecteur leur devait les égards dus à un membre du Conseil. L'adjoint était « associé à l'inspecteur et le secondait dans les examens d'écoles plus hautes, littéraires ou techniques; cependant, l'adjoint non inspecteur [ces fonctions n'étaient pas

1 A. f.j 12 nov. 1801, 1437, f. 48 ; Pr., 5 nov. 1801, f. 122 ; 26 nov. 1801, f. 123; Miss., f. 80.

* Daguet, I, 59. — « Je désirerais, lui écrivait Stapfer, pour plusieurs raisons avoir parmi mes associés un prêtre catholique et je désire beaucoup plus encore me rapprocher d'un homme de lettres tel que vous ».

3 Pr., 5 nov. 1801, f. 122 : Miss, f. 80; a. /., 1437, f. 49.

incompatibles] ne pouvait s'attribuer les fonctions d'inspecteur^ ni entraver celui-ci dans son domaine ».

Les conseillers-adjoints devaient percevoir pour tout émolument 4< la douce conviction d'avoir fait le bien, d'avoir préservé leur patrie, dont les lumières et la moralité ne peuvent qu'influencer leur propre sort et celui de leurs enfants par une réaction puissante, des abîmes de l'ignorance agreste et des vices qu'entraînent à leur suite la superstition et la barbarie » ^. Les conseillers actifs eux aussi recevront des honoraires pareils : « l'honneur de travailler à la régénération de leurs concitoyens, le sentiment de l'importance de leurs fonctions peu brillantes en apparence, mais grandes et sublimes ». Une rétribution pécuniaire d'ailleurs ne ferait que compromettre l'activité du Conseil ; dans la « sphère de l'instruction publique », en effet, « ce n'est que d'un zèle pur et désintéressé que Ton peut attendre des eff'orts soutenus et des travaux utiles » ^

Dès le 14 janvier 1799, le Ministre demanda donc au Conseil une liste de membres-adjoints, choisis « non moins parmi les protestants que parmi les catholiques dans les districts plutôt qu'au chef-lieu » ^. Les sous-préfets furent chargés d'indiquer ceux qui, dans leurs districts respectifs, leur paraîtraient dignes

^ A. f.j 1423, f. 83, sqq. (Projet d'Instructions pour les membresadjoints des Conseils d'éducations.)

2 Instructions pour les Conseils d'Éducation, section II, ârt. 3. — Stapfer, cependant, ne tenait ce langage que parce que le trésor helvétique n'était pas à même de fournir à ses fonctionnaires une moins légère rétribution. Il eût désiré leur accorder tout au moins « un mode de compensation relativement aux dépenses peu considérables, mais toujours onéreuses à des individus qui vouaient à l'État leurs talents, dont l'emploi leur serait personnellement utile ailleurs et qui sous tous les rapports méritent du Gouvernement ». (A. f., 1437, f. 11; rapport au Directoire sur la marche du Conseil d'éducation du canton de Fri bourg.)

* Pr., 22 janv. 1799, f. 5 ; a. /., 1437, f. 9. — « Je suis persuadé, écrivait Stapfer au Conseil, que vous trouverez dans les districts de Payerne, Avenches, Morat, des secours, des lumières que vous chercheriez en vain ailleurs et c'est de la combinaison des efforts, des différentes manières de voir que vous pourrez seulement espérer ces progrès rapides qui doivent bientôt vous mettre au niveau de vos voisins du Léman et des régions pluséclairées de l'Helvétie. Le mérite de ceux qui auront dû communiquer un tel essor à l'instruction sera d'autant plus insigne qu'ils doivent pour atteindre jusque-là triompher de plus d'obstacles ».

<Ie cet honneur. Le i5 février, cette liste est élaborée. Elle est longue (49 noms) et variée. Chacun des douze districts y est représenté par deux ou trois candidats. Elle porte en tête le nom du « Cit. Odet, évêque de Lausanne » ^ Quand Girard et Marchand « allèrent, par convenance, demander au prélat l'autorisation de siéger au nouveau conseil, Mgr Odet la leur donna gracieusement, en exprimant toutefois le regret qu'on n'eût pas jugé opportun de lui offrir un siège dans cette administration scolaire » 2. C'est pour réparer cet oubli sans doute que l'on proposa Mgr Odet comme membre honoraire ou adjoint ^.

De ces nombreux candidats, sept seulement furent élus par le Directoire : Mgr Odet; Jean Berguin; Louis Guisan, avocat; Rodolphe Chaillet, ci-devant Banneret; Labbat de Grandcour; Pettolaz, greffier du Tribunal *; Genoud l'aîné, professeur de morale ^. Fontaine et Boccard furent désignés pour porter sa lettre de nomination au « Révérend issi me Évêque ». Mgr Odet assista aux séances du Conseil du 11 avril et du 9 mai 1799 ®.

Le Conseil ainsi composé fut présidé tout d'abord par le Préfet national Déglise. Le 9 février, le Directoire décida que la présidence serait attribuée alternativement aux membres de la Chambre administrative. « Un administrateur, disait Stapfer, présidant chaque Conseil d'éducation, rattache celui-ci au système des autorités; il est l'intermédiaire légal entre le gouvernement et lui, Torgane de la surveillance publique » ^. Chacun

. * Pr., i5 fév. 1799, f. 8.

' Daguet, I, 58.

» Ibid., 63.

* Il était déjà secrétaire du Conseil d'éducation.

^ Il fut nommé peu après membre actif du Conseil.

® Dès le 4 juin 1799, le secrétaire n'inscrivit plus les noms des membres présents aux séances. Nous verrons ailleurs qu'il y a lieu de croire que Mgr Odet n'assista pas aux séances suivantes.

' ScTRiCKLER, III, 1072 ; cf. Ck, adîTi.j 22 fév. 1799, f. 81. — Ce n'était qu'une application d'un décret du Directoire du i5 juillet 1798, qui remettait aux Chambres administratives la surveillance des conseils scolaires ou ecclésiastiques : « La Chambre administrative nommera un commissaire de son sein qui assistera à leurs délibérations afin qu'ils n'outrepassent pas les limites de leurs droits, qu'ils remplissent leurs devoirs dans l'esprit de la constitution, qu'ils n'exercent sur leurs subordonnés aucun despotisme scolaire ou religieux incompatible avec les droits des citoyens. Le Commis-

d'eux devait présider le Conseil pendant un mois. Le cit. Déglise remit donc solennellement, le 25 février, ses pouvoirs au cit. Herrenschwand, pour le mois de mars ^ On élut, dans la même séance, le chanoine Fontaine vice-président 2. « Je tâcherai, écrivait celui-ci en annonçant sa nomination à Stapfer, par ma bonne volonté de suppléer à mon insuffisance et je vous prie d'avance de me pardonner mes fautes ; elles ne seront dues qu'à mon inhabileté ». Et il ajoutait : « Le Fribourgeois, en général, est susceptible d'instruction ; mais il faut de l'encouragement, pour le tirer de sa nonchalance; une fois que cela aura pris, ça ira. Mon ordinaire à moi n'est pas de perdre facilement courage; vanté par les uns bien au-delà de mon faible mérite, et calomnié par les autres à toute outrance, je vais toujours mon petit train et j'en ai toujours fait de même. Je ne serais chagriné que si j'avais le malheur de perdre votre bienveillance, que je me ferai toujours un devoir de mériter » ^. Telle fut la composition du Conseil de 1799 à 1802. En 1801, cependant, il faillit être supprimé. La Diète cantonale se réunit pour élaborer une constitution fribourgeoise ^. On pouvait croire que le Conseil, assez impopulaire, ne serait pas maintenu, « du moins dans son état actuel » ^. L'évêque demandait, sinon sa suppression, du moins un remaniement dans sa composition et dans son mode d'agir. Les conseillers d'éducation de Sàntis (Saint-Gall) adressèrent à leurs collègues des autres cantons un mémoire par lequel ils les conjuraient de faire aux diverses Diètes cantonales « des représentations pour les engager à prendre des mesures efficaces pour l'amélioration des écoles et le perfec-

saire a le droit de vote et peut remettre à la Chambre administrative toutes les résolutions qui lui paraîtront contraires aux principes républicains et à l'utilité publique » (Sctrickler, II, 5o6).

^ Pr., 2 5 fév. 1799, f. 12; Bulletin de la Ch. adm., i3 mars 1799»

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