‹ L'école primaire fribourgeoise sous la République helvétique, 1798-1803Chapitre 8 sur 20 · II · texte numérisé non relu

II

2 Pr., 7 mars 1799, f. 16.

^ A. f.j II mars 1799, 1437, f. 24.

* Cf. Oechsli, 33 1, sqq.

5 Miss., f. 62, 72, 80, 94. — Le Conseil avait même, « dans l'espérance d'être bientôt remplacé, fait dift'érer le remplacement de quelques inspecteurs d'éducation > {Miss., 17 déc. 1801, f. 94).

tionnement de Tinstruction publique » ^. L'une de ces mesures était le maintien des Conseils d'éducation. Si le Conseil de Fribourg, écrit-on de Sàntis encore, « n'est pas du goût de la Diète cantonale, le Conseil d'éducation de Sântis offre de réunir les efforts de plusieurs autres cantons pour obtenir aussi cet établissement dans le nôtre » '-. Un long mémoire fut, en effet présenté à la Diète « pour l'inviter à prendre des mesures efficaces pour l'amélioration des écoles et l'entretien des instituteurs ». Ce mémoire fut rédigé par le chanoine Fontaine. Un exemplaire en fut remis au Préfet national, président de la Diète ; un autre fut envoyé au Ministre des Arts et des Sciences ^.

Comme nous touchons au moment où nos fonctions vont cesser, écrivait le vice-président du Conseil, nous croyons devoir vous faire part du résultat de l'expérience que nous avons acquise pendant les trois années de lutte que nous eûmes à soutenir... Une partie des obstacles que nous avons rencontrés, les froissemens révolutionnaires, la guerre, les insurrections, l'incertitude de notre existence politique sont levés, au moins en grande partie. Mais il en est d'autres qui ne peuvent être levés que par vous... [et Fontaine signale ici l'insuffisance des traitements, le manque de formation professionnelle des instituteurs, l'irrégularité dans la fréquentation des classes, le défaut de livres et de matériel scolaire]. Vous voyez donc, Citoyens, sans que nous vous le fassions apercevoir, combien il .est indispensable que, dans le Conseil d'administration, il y ait un Département, Chambre, Conseil ou Commission spécialement chargé de diriger l'instructioa publique. Il est nécessaire que cette Chambre ou Conseil s'adjoigne une ramification de coopérateurs qui s'étende dans tous les districts et même dans toutes les communes ; et qui serait plus propre à former cette ramification que les Pasteurs qui, en qualité de ministres de la Religion, sont d'ailleurs chargés de veiller à la pureté des mœurs et de l'instruction publique de leurs ouailles...? Nous croyons cependant que, pour que cette ramification soit solide et efficace, il faut qu'indépendamment des Pasteurs, qui nécessairement doivent avoir chacun l'inspection immédiate des écoles de leurs paroisses respectives, il y ait encore des Inspecteurs d'arrondissement... Mais afin que le corps préparé à l'éducation puisse travailler avec plus de succès que nous à l'amélioration de l'éducation, il faut non seulement qu'il

^ Pr., 26 juillet 1801, f. 144; Miss., f. 71.

' Pr., 26 juillet 1801, f. 114; II sept. 1801, f. 117.

3 Pr., 6 août 1801, f. 1 15.

ait quelques fonds à sa disposition, mais surtout qu'il soit établi sur des bases solides, précises et invariables, afin de ne laisser aucun espoir à la perfide malveillance de venir à bout de le renverser ou de l'entraver par ses manœuvres... Puissent nos successeurs être plus heureux que nous ^

C'était demander le maintien du Conseil dans son statu quo: il fut maintenu. La Constitution disait : « Il y aura un Conseil d'éducation, dont Torganisation, la nature et les fonctions seront réglées par un plan qui sera arrêté, à ce sujet, par la Diète cantonale sur le préavis du Conseil cantonal. La Diète cantonale devra composer ce Conseil de membres mi-parties d'ecclésiastiques et de laïcs. La présidence en appartiendra à un membre du Conseil cantonal » 2. En attendant que ce « plan » fut élaboré, le Conseil put fonctionner, non sans encombre, mais, en somme, assez régulièrement, jusqu'en 1802. La dernière séance inscrite au protocole est celle du i^^ avril 1802. Nous ferons plus loin le récit des événements qui interrompirent ses travaux.

Le Conseil tint d'abord ses séances dans une salle de la ■Grenette. Elles furent, dans les débuts, assez irrégulières. D'après les Instructions de Stapfer, le Conseil devait se réunir une fois par semaine. On décida, le 25 février 1799, que l'on s'assemblerait tous les jeudis à 9 h. du matin ^; dès le 9 avril i8or, les réunions eurent lieu le jeudi encore, mais à 4 h. du soir *. Ni le jour ni l'heure ne furent toujours strictement gardés. Du 7 janvier 1799 au i^^ avril 1802, le Conseil tint 112 séances». En 1799, elles furent assez régulièrement présidées par le Préfet national d'abord, puis par un membre de la Chambre admi-

^ Miss., 6 août 1801, f. 72.

- ScTRicKLER, Vil, 1471 {Constitutiott cantonale fribourgeoise, titre VIII, n" 107-109).

3 Pr., 25 février 1799, f. i3; Bulletin de la Ch. adm., i" mars 1799, II, 208.

* Pr.f 9 avril 1801, f. 100.

^ 3o en 1799, 3i en 1800, 89 en 1801, 12 en 1802.

"^nt

âiistrative ^. En 1800, les présidents s'absentèrent souvent et Fontaine, vice-président, dut les remplacer -, Les Administrateurs se désintéressèrent presque complètement du Conseil en 1801 et 1802; une seule fois Tun d'eux, Thorin, se souvint qu'il était d office président du Conseil d'éducation. Fontaine eut donc à en diriger les délibérations ^. Les membres eux-mêmes n'étaient pas tous très assidus. Il semble que Fontaine assista à toutes les séances, sauf une, où, devant s'absenter, il s'en «xcusa par lettre auprès de ses collègues *. Après lui, les plus réguliers des conseillers furent Marchand, Zillwèguer, Gendre et Guisan ^.

Les salles de la Grenette furent bientôt trouvées incommodes. Le Conseil s'adressa aux Cordeliers, le 11 décembre 1800, par l'intermédiaire du P. Marchand, et leur demanda s'il ne leur était pas possible de lui céder, dans leur couvent, « un local stable et pour les assemblées et pour les archives » ^. Les Cordeliers cédèrent au Conseil un appartement que la Chambre administrative fît réparer et aménager ^. Dès les premiers mois de 1801, le Conseil pouvait s'y installer et vaquer paisiblement à ses occupations.

Ces occupations étaient, en somme, assez imparfaitement définies. Le Conseil est chargé, disaient les Instructions, i^) de l'exécution des lois relatives à l'instruction publique ; il les « adapte aux circonstances, y apporte les exceptions nécessaires ». 2^^) Il doit « tendre à introduire l'uniformité convenable

^ Fontaine, vice-président, n'eut à présider que trois fois en 1799.

2 On n'inscrivit pas dans le protocole, pendant l'année 1800, les noms des membres présents et sept fois seulement les noms des présidents ; celui de Fontaine revient quatre fois sur sept.

^ En l'absence de Fontaine, Marchand présida la séance du 9 avril 1801.

* Pr., 9 avril 1801, f. 99.

'^ En 1801, le protocole nous donne les noms des membres présents pour 33 séances sur 39. Fontaine assiste à 32 d'entre elles; Marchand, à 3o; Zillwèguer, à 28; Gendre, à 25; Guisan, à 23; Montenach, à 22; Boccard, à 10; Féguely, à 5. Sur 12 séances, en 1802, Fontaine assiste à 12; Marchand, à 12; Helfer, à 12; Zillvèguer, à 10; Banneret, à 10; Raemy, à 10; Montenach, à 7 ; Gendre, à 7 ; Guisan, à 6 ; Boccard, à 2.

® Pr., 1 1 déc. 1800, f. 74.

^ Ch. adm., 6 mars, f. 164; i3 mars, f. 190; 18 avril, f. 276; 3o avril, -f. 307; 27 juillet 1801, f. 514.

dans réducation publique »; une correspondance suivie avec le Ministre « montrera à celui-ci Tidée générale de Tétat de la nation relativement à Téducation et aux lumières »; il fera en sorte que « la nation entière s'avance vers son perfectionnement avec toute l'harmonie possible ». 3°) « L'accroissement et le développement progressif des lumières et de l'instruction » seront l'objet spécial de ses soins ; l'action lente et continue du Conseil sera plus avantageuse qu'une réforme brusque et totale, toujours dangereuse. 4^) C'est pourquoi le Conseil « donnera de l'activité à la marche de l'éducation » en appliquant avec tact et discrétion les ordres et les directions du Ministre des Sciences et des Arts ^. Ce sont là des devoirs importants sans doute, mais qui ne laissent pas d'être vagues. La compétence du Conseil, un peu mieux définie, est singulièrement restreinte. Le Conseil i^) nommera les inspecteurs et les instituteurs, — mais sous réserve de l'approbation du ministre; 2°) il se prononcera, si les circonstances le nécessitent, sur l'exemption des statuts et des arrêtés généraux, — après en avoir référé au ministre; 3°) il approuvera les livres de classe, — en attendant qu'on en prescrive d'obligatoires pour toute la Suisse ; et réglera la manière de s'en servir, — jusqu'à ce que l'on ait adopté une méthode uniforme; 4^') il fera visiter les maisons d'école et veillera à ce qu'on les répare convenablement. C'est dire que le Conseil n'aura qu'à appliquer, avec les ménagements nécessaires, les décrets du gouvernement, à renseigner le Ministre sur l'exécution de ses ordres et sur l'état de l'instruction dans le canton. Toute initiative lui est interdite. Il sera dans la machine helvétique un rouage intermédiaire, transmettant passivement le mouvement de haut en bas; son activité se bornera à échanger une abondante correspondance avec les magistrats et les subordonnés. Si le Conseil eut, de fait, quelque initiative, il le dut à ce que le gouvernement n'eut guère le temps de promulguer beaucoup de décrets scolaires, ni le Ministre d'intervenir à tout propos. La grande partie de son activité cependant fut dépensée en mémoires, en comptes-rendus, en consultations, adressés aux Ministres, au

^ Pour tout ceci, cf., les Instructions de Stapfer.

Préfet national, à la Chambre administrative; en explications, en renseignements, en avis, adressés aux inspecteurs et, par eux, aux maîtres d'école ou aux municipalités.

Le Conseil devait envoyer chaque mois au Ministre des Arts et des Sciences un rapport « de ce qui avait occupé ses séances ». Il devait de plus, tous les trois mois, y joindre un minutieux Tableau général de Tétat des écoles et de l'instruction dans le canton. Il fallait encore lui notifier tous les changements, mutations ou démissions d'employés, prendre ses ordres et ses directions, le consulter sur les projets à mettre en exécution, etc. Aussi il ne se tint guère de séances où l'on ne lût quelque lettre du Ministre, où Ton ne se proposât de lui écrire. Outre ces correspondances officielles, il y en avait d'officieuses ou de secrètes, — témoin cette lettre de Fontaine sur les qualités des candidats au Conseil d'éducation. Girard, attaché au ministère de Stapfer, ne se faisait pas faute de renseigner le Ministre et de le conseiller sur les affaires fribourgeoises i. Une fois même, à propos d'une nomination au Conseil , Girard fut prié de désigner au Ministre des Arts et des Sciences, « au nom du Conseil, ceux qu'il croirait les plus capables » 2. Dès le commencement de 1802, le Ministère des Arts et des Sciences fut réuni à celui de l'Intérieur ^. Les relations entre le Conseil et le Ministre devinrent moins fréquentes.

Les Conseils devaient s'adresser aux Préfets nationaux toutes les fois qu'ils avaient à faire prendre une mesure de police à l'égard des instituteurs, des communes ou des particuliers. De fait, le Conseil de Fribourg s'adressa de préférence directement aux sous-préfets. Il s'abstint d'ailleurs le plus possible de se servir de la force publique. Il ne voulut pas compromettre son autorité déjà bien chancelante par l'odieux de tracasseries policières.

La Chambre administrative devait seconder le Conseil dans l'organisation matérielle et financière de l'école. Hélas ! elle-

^ Daguet, I, 63.

^ Pr., 5 nov. 1801, f. 122; Miss,, f. 80.

3 Pr., 10 déc. 1801, f. 128. •

même manquait de ressources; elle dut souvent faire la sourde oreille. Elle devait aussi acquitter les frais d'ameublement ^, de bureau ^, de correspondance ^ du Conseil et les six louis annuels que percevait le secrétaire*. En i883, les frais de 1801, qui ne dépassaient pas la modeste somme de 198 livres, n'étaient pas encore couverts ^.

Les Instructions recommandaient aux Conseils des divers cantons de communiquer activement entre eux. Il ne semble pas que le Conseil de Fribourg ait beaucoup tenu compte de cette recommandation. En 1799, « le Cit. Savary, devant faire un voyage à Lucerne, se présentera au Conseil d'éducation de ce canton et conférera avec lui pour établir une correspondance active et nécessaire et l'uniformité indispensable entre tous les corps chargés de la matière importante de l'éducation publique. On écrira dans le même sens aux Conseils d'éducation du Léman et de Berne » ^. Le tout restera à l'état de projet. Tout au plus recevra-t-on une lettre 4c insignifiante » du Conseil des Waldstàtten '^, accusera-t-on réception de « tableaux de toutes les écoles confiées aux soins » des Conseils du Léman ® et de la Linth (Claris) ^. Le citoyen Raemy fut chargé de dresser un pareil tableau des écoles fribourgeoises ; le 29 décembre 1800, le plan et le commencement de ce travail furent soumis à l'approbation du Conseil ^^ ; en i8o3 seulement, le chanoine

* Arrêté du 19 janv. 1799; Ch. adm., 14 nov. 1799, f. 528.

* Pr., II déc. 1800, f. 74; Ch. adm., 28 janv. 1799, f. 39; 24 nov. 1799, f. 5 18; 16 déc. 1800, f. 56 1 ; a. f., 1437, f. 37 et 38.

8 Ch. adm., 9 déc. 1799, f. 566; fr., 10 déc. 1799, f. 32; a. /., 1423, f. 88. — Stapfer aurait désiré obtenir la franchise de port pour la correspondance du Conseil d'éducation. Le Directoire refusa.

* Pr.y 2 2 janv. 1801, f. 78; Ch. adm., 3o juin 1801, f. 452. — Les Chambres administratives * étaient tenues, à la réquisition des Conseils d'éducation, de leur envoyer un de leurs secrétaires (copistes) pour la rédaction de leur travail » {A. f., 19 janv. 1799, 1423, f. 64.).

" Ch. adm., 7 janv. i8o3, f. 9. — Cf. Gindroz, 232.

^ Pr., 14 fév. 1799, f. 7.

^ Pr., 28 janv. 1800, f. 38.

^ Pr., 8 oct. 1801, f. 119; Miss., f. 76.

•* Pr., 26 nov. 1801, f. 124.

^^ Pr., 29 déc. 1801, f. 129.

Fontaine le termina et l'envova au Conseil d'éducation du

Léman i.

Une seule fois, le Conseil s'adressa directement au peuple fribourgeois, dans « une adresse sur les bienfaits de l'instruction » qui parut le i6 mars 1799 en une brochure de 16 pages in- 1 2 2. Cette seconde « proclamation au peuple » devait être « lue en chaire par tous les curés et ministres du culte et suivie d'un sermon qui en expliquât le but et fît sentir la nécessité d'une bonne éducation » ^. Le chanoine Fontaine en est nommé « l'auteur et le traducteur » *. Le ministre la loua beaucoup ; ^ elle ne peut que produire d'heureux effets », disait-il ^.

Cette « proclamation » fait tout d'abord un éloge pompeux de l'instruction. Elle est la sourco de la « prospérité des familles et par elle de la richesse de l'Etat ». « Si les habitants de nos communes eussent reçu dans les écoles primaires la connaissance qu'on eût dû leur donner, si dès l'enfance on eût travaillé à développer leurs facultés en les accoutumant à réfléchir et à donner un noble essort à leurs talents, le commerce et l'agriculture fleuriraient parmi nous, la mendicité serait inconnue et nos ressources auraient triplé ». L'Etat se fait un devoir d'assurer cette prospérité et cette richesse, mais « il ne portera pas la main aux vérités fondamentales » de la religion ; il se contentera de l'instruction purement « civile ». Cette instruction, tous la recevront; car, « comme tous peuvent aspirer aux plus hautes magistratures du pays, tous ont droit à une éducation proportionnée à la grandeur de leur destinée ». Elle doit être uniforme. « La Suisse ne doit plus former qu'une seule et même famille, et le gouvernement est le même pour tous les

^ Ch. adm., 1 1 janv. i8o3, f. 16. — Qu'étaient ces tableaux ? Le protocole n'en parle que d'une manière vague; aucun d'eux ne nous est parvenu.

^ Cette brochure est actuellement assez rare ; un exemplaire français m'en a été communiqué par le R. P. Bibliothécaire du Couvent des Cordeliers, à Fribourg.

3 Pr., 7 mars 1799, f. 19. — Herrenschwand lut pourtant un projet de proclamation en allemand qui fut sans doute abandonné.

^ Pr., 12 mars 1799, f. ib. .

^ Pr., II avril 1799, f. 20; a. /., 1437, f. 32 (10 avril) et f. 35 (17 avril 1799).

cantons; les intérêts sont communs et Tesprit public doit tendre au même but ». Cest pour « acheminer l'exécution de ce grand œuvre » que le Directoire a établi dans chaque canton un Conseil d'éducation ayanj seul l'autorité en matière d'instruction publique dans son arrondissement. Le Conseil prend contact avec le pays tout entier par les membres honoraires et par ses commissaires d'éducation. Ceux-ci ne dispensent point les « vénérables Pasteurs » de leurs devoirs et ne les privent pas de leurs droits sur Técole.

C'est vous qui êtes les visiteurs et les inspecteurs-nés de nos paroisses et votre charité nous est un sûr garant de votre zèle pour le perfectionnement de l'instruction ; ne craignez pas de nous fatiguer de vos lumières; la multiplicité de nos occupations nous empêchera peut-être de toujours vous répondre; mais soyez assurés que ce sera toujours avec une vive reconnaissance que nous recevrons toutes les réflexions dont vous et tous les concitoyens zélés nous feront part pour éclairer la carrière si difficile et si importante que nous avons à parcourir. Faites donc connaître à vos ouailles et la droiture de nos intentions et la nécessité d'y correspondre. Faites sentir aux pères et mères tout le poids de la responsabilité qui leur pèse par rapport à leurs enfants; faites-leur bien comprendre que de leur avoir donné la vie est un cadeau funeste s'ils n'ont pas soin d'en faire un bon usage; ditesleur qu'ils n'ont rien fait pour la patrie si longtemps qu'ils ne font qu'augmenter le nombre de ses habitants sans donner leurs soins à lui fournir des citoyens utiles et vertueux.

Le Conseil espère donc que les curés visiteront une fois par semaine au moins les écoles de leurs paroisses; ils profiteront de ces visites « pour graver toujours plus profondément dans les coeurs encore flexibles de leurs jeunes élèves les principes solides et immuables de la moralité » et, comme récompense, ils auront « la consolation de trouver dans le fond de leurs consciences le témoignage inappréciable que par leurs soins redoublés ils auront bien mérité de la patrie et que, dignes coopérateurs de Dieu lui-même, ils auront efficacement contribué à la félicité publique par le perfectionnement moral de leurs concitoyens ».

La même consolation vous attend, dignes instituteurs de la jeunesse helvétique. Qui plus que vous peut contribuer au bonheur de la patrie? C'est de vos mains qu'elle attend ses législateurs, ses préposés, ses

administrateurs, ses juges, ses défenseurs, ses pères de famille, ses pasteurs, ses artistes, et tous les membres de la grande famille que l'esprit de fraternité doit unir à jamais. Redoublez donc de courage et d'activité pour concourir à ce grand œuvre de notre régénération. Gravez en caractères ineffaçables dans les cœurs de vos élèves le principe d'unité qui doit être le caractère essentiel du nouvel ordre de choses. Attachez-les fortement à la patrie et à sa constitution. Faites- Jeur bien saisir la différence de la liberté et de la licence, de l'égalité constitmionnelle et de l'anarchie, et que surtout vos exemples leur servent de leçons. Ne regrettez pas vos peines quelque grandes qu'elles soient; que les obstacles que vous aurez à surmonter ne ralentissent pas votre zèle. Pensez à la satisfaction qu'il y a de n'avoir rien négligé pour faire le bien. Qu'aucun objet dans une affaire aussi importante ne vous paraisse indigne de vos peines.

Comme les travaux de la campagne interrompent pendant Tété rinstruction primaire <( de manière que les enfants oublient nécessairement pendant Tété presque tout ce qu'ils ont appris pendant Thiver », le Conseil demande que Ton fasse l'école, pendant les vacances, au moins une fois par semaine, « par exemple, le jeudi ou encore rhieux le dimanche. Eh ! par quelle oeuvre plus méritoire, après le service divin, pourrait-on sanctifier les dimanches et les fêtes, que par l'instruction de la jeunesse? » — Enfin, le Conseil espère que les membres honoraires et les commissaires « s'empresseront de l'enrichir de leurs lumières et qu'en conséquence ils assisteront aussi souvent <]u'ils le pourront à ses délibérations, afin que, tous animés du même esprit, soutenus du même zèle et forts d'une confianee sans bornes en Celui qui peut tout, nous concourions d'un commun accord à remplir les vues bienfaisantes du gouvernement et l'attente de tous les citoyens ».

C'est par les inspecteurs d'éducation uniquement que le Conseil comjTiunique avec les instituteurs et les municipalités. Les inspecteurs représentent le Conseil et sont investis de toute son autorité dans leurs arrondissements respectifs.

S'ils avaient suivi les Instructions que Stapfer avait rédigées à leur intention les inspecteurs ou commissaires d'éducation auraient eu à exercer des fonctions bien absorbantes et bien

compliquées. L'inspecteur faisait parvenir aux instituteurs de son ressort les lois et les règlements qui concernaient leurs écoles ; il devait, au besoin, les commenter dans des conférences ou par des circulaires. Il surveillait Tapplication de ces lois et de ces règlements par de fréquentes et minutieuses visites (au minimum quatre par an). Les examens étaient faits sous sa direction ; l'un de ces examens, celui des « promotions d'une classe à l'autre ou d'une table et d'un banc à l'autre », qui avait lieu en décembre ou en janvier, devait être particulièrement sévère. Il pouvait accorder les permissions et les dispenses nécessaires et ordonner les mesures urgentes. Il devait surtout renseigner exactement le Conseil sur l'état de l'instruction publique dans son arrondissement. A cet eflFet, il avait à lui envoyer tous les trois mois, après chacune des quatre visites obligatoires, un rapport très détaillé « tant sur l'état des écoles considérées comme instituts que sur la personne de l'instituteur » 1.

^ Voici, en résumé, ce que Stapfer demandait, dans ces rapports trimestriels :

a) Qualités personnelles de l'instituteur : nom, âge, état de santé, vocation première, etc. ; nombre des membres de sa famille, état de propreté de son intérieur, santé, bonne harmonie, activité, etc. ; état de fortune, occupations hors de l'école ; caractère moral, « aptitude à se perfectionner », moyens qu'il prend pour se « perfectionner » (livres, etc.), talents dans l'instruction (lecture, langue, chant, catéchisme, etc.), méthode d'enseignement. — Observations diverses sur « l'histoire de ses progrès », sa manière de vivre, etc. ; donne-t-il du scandale par ivrognerie, chicane, emportement, querelles domestiques, fanatisme, malpropreté, brutalité, etc. ? — Son patriotisme; conduite de sa famille; «commerce habituel avec la jeunesse de la commune », etc.

b) Les écoles « considérées comme instituts ». Leur organisation; mode du salaire, source des revenus (en nature, en argent, en jouissances particulières, immunités, etc.) ; fonds d'école et usages auxquels ils sont affectés, leur administration ; somme totale du salaire ; la maison d'école, son entretien, usage auquel elle a servi auparavant, sa situation dans le village. (Le Gouvernement doit chercher à rendre le plus agréable possible l'extérieur et l'intérieur des écoles : local propre, spacieux, commode ; il faut ménager devant la maison une place, partie en plein air, partie à l'abri, pour les récréations.) — Occupations de l'instituteur dans l'école, nombre des écoliers. A quel âge entrent-ils à l'école et à quel âge en sortent-ils ? Distribution des écoliers, par classes, tâches, bancs, etc. ; l'ordre, les règlements, les usages établis; heures du commencement et de la fin de la

Stapfer désirait que les commissaires instituassent des conférences régionales. Les instituteurs, réunis en tel jour, en tel lieu fixés d'avance, apprendraient à se connaître, se stimuleraient mutuellement, se feraient part des résultats de leurs expériences, etc. L'un ou l'autre pourrait y lire quelque travail pédagogique que Ion discuterait ensuite amicalement. Il y aurait lieu d'établir aussi de petites bibliothèques à Tusage des maîtres d'école. Le ministre propose même d'établir un concours qui n'aurait pas manqué d'originalité, s'il avait eu lieu, pour exciter l'émulation des instituteurs. Chacun d'eux aurait, tous les six mois, amené à l'inspecteur un certain nombre de ses meilleurs élèves, âgés de quatorze ans environ. L'inspecteur leur aurait fait subir un examen ; les noms de ceux qui lui auraient paru le plus intelligents et le plus instruits auraient été transmis au Conseil d'éducation qui aurait choisi parmi cette élite écolière les « élèves de la Patrie », contingent tout prêt à peupler les écoles normales, dès qu'elles seraient fondées, voire même l'Université nationale. Les instituteurs les plus diligents auraient été récompensés.

Le Gouvernement helvétique n'eut ni le temps, ni l'argent nécessaires pour réaliser ces beaux projets. Le Conseil eut fort à faire pour obtenir que les inspecteurs fissent leurs visites à peu près régulièrement et lui envoyassent les renseignements dont il avait besoin.

Les inspecteurs ou commissaires d'éducation furent nommés

classe; combien de jours de classe par semaine? combien d'heures par jour ? En hiver ? En été ? Y a-t-il des lois pour punir la paresse des enfants ou la négligence des parents ? Les parents les retirent-ils arbitrairement de récole ? — Les prix ; les examens, etc. — Programme, branches, etc. ; la religion est-elle enseignée par les parents ou par le régent ? Les livres sont-ils fournis gratuitement ? Si oui, de quels fonds tire-t-on l'argent pour les acheter ? Les modèles d'écriture sont-ils imprimés ou écrits par l'instituteur ? Distance de l'école des dis erses habitations par V4 d'heure; distance des écoles voisines ; distance de l'école du domicile de l'instituteur ou de son suppléant, etc.

On voit que Stapfer s'intéressait aux moindres détails de l'organisation des écoles; peut-être allait-il même jusqu'à l'indiscrétion." Et n'était-ce pas par trop multiplier la paperasserie qu'exiger tant de rapports et si détaillés et des résumés de ces rapports et des mémoires sur ces résumés, — car il ne pouvait compulser tous ces dossiers lui-même.

par le Conseil dans sa séance du i5 février 1799 1. Il y en avait deux ou trois par district. La plupart étaient ecclésiastiques -. Presque tous ^ acceptèrent cette charge, peu lucrative, puisqu'on ne leur remboursait pas même leurs frais de voyage, et peu agréable, car, comme ils avaient à traiter directement avec les intéressés, ils devaient se trouver plus d'une fois en difficulté, en délicatesse, avec les municipalités, les instituteurs ou les curés. Quelques-uns répondirent avec enthousiasme à Tappel qui leur était fait de rendre service à leur patrie ^. « Le clergé fribourgeois, dit à ce propos Berchtold dont le témoignage ne sera pas suspect' de flatterie, donna à cette époque une preuve de patriotisme qu'on ne saurait trop louer. Convaincu que les devoirs d'un bon citoyen ne sont pas incompatibles avec ceux du sacerdoce, il prouva que, loin d'être hostile à l'instruction, il eût aimé à la voir se répandre parmi les classes inférieures du peuple auquel il appartenait. On eût dit, comme l'a observé quelqu'un, que TEglise remontait à son origine et que le prêtre était redevenu l'apôtre de la liberté » ^. Non, point n'est besoin

^ Pr,, i5 février 1799, f. 8-1 1.

2 Sur 33 inspecteurs nommés par le Conseil le i5 février 1799, 28 étaient prêtres catholiques, 4 pasteurs protestants et i laïc, Genoud, président du Tribunal de Châtel, qui ne remplit jamais ses fonctions.

8 Trois seulement furent empêchés d'accepter par leur âge ou leurs occupations.

* L'abbé Musy, de Romont, pai exemple : « Lorsque le Conseil d'éducation de Fribourg jeta les yeux sur moi pour le seconder dans ses opérations élémentaires, il ne pensa pas qu'il aurait trouvé parmi les ecclésiastiques du district des juges qui auraient certainement mieux fixé sa détermination ; cependant il ne cesse de me combler des marques de sa confiance et de son estime... Je désirerais voir naitie chaque jour des occasions favorables où je puisse donner l'essor possible au zèle dont je suis pénétré pour le bonheur et le salut de la patrie. Aussi, en parcourant les communes de ma surveillance, j'ai fait tous mes eftbrts pour tranquilliser, rassurer, pacifier même bien des personnes que l'intérêt religieux que le Gouvernement veut appliquer à l'éducation de la jeunesse semblait alarmer. Je leur ai persuadé vivement que le Gouvernement nouveau que la Providence a régénéré dans notre République va faire le bonheur et le salut de ses concitoyens, tant par la sage, bonne et vertueuse éducation qu'il tâche d'établir, que par les lois justes et sages avec lesquelles il Veut régénérer notre patrie et lui rendre son premier lustre » {Enq., rapport Musy, 22 mars 1799).

^ Berchtold, Histoire de l'instruction primaire^ 8.

de remonter aux catacombes. Le clergé fribourgeois, qui avait si largement participé à la fondation et à la multiplication des écoles dans le canton, ne faisait que continuer de se dévouer pour elles.

Les inspecteurs de chaque district eurent à se partager amicalement entre eux les écoles de leur ressort ^ Cette répartition se fit un peu légèrement, puisque des communes furent complètement oubliées -. Une fois fixés, les arrondissements ne demeurèrent pas stables; leurs limites varièrent même beaucoup. Chaque nomination nouvelle amenait presque infailliblement un nouveau remaniement du ressort assigné à chaque inspecteur. Ainsi, dans le seul district de Romont, les écoles furent d'abord confiées à trois commissaires; en septembre 1799, il n'y en a plus que deux; en février 1801, il n'y en a plus qu'un; en mars 1801, il y en a deux, mais Tun n'a que les écoles de la ville sous sa surveillance; de septembre 1801 à février 1802. les écoles de la campagne n'ont pas d'inspecteur; elles en ont quatre par contre dès le 2 février 1802. Tous ces changements ne laissèrent pas d'embarrasser l'organisation scolaire.

« Comme le principal but de l'établissement des inspecteurs était de donner un appui qui, plus indépendant de tout respect humain, pouvait faire le bien plus librement et sans soupçon de partialité », le Conseil exigeait que l'inspecteur fît faire la visite des écoles de sa paroisse par son collègue le plus voisin ^.

Cependant l'immixtion de ces étrangers dans les classes où ils avaient commandé en maîtres presque absolus, avant 1798, porta ombrage aux pasteurs et aux curés *. Les ministres de la vallée de la Broyé surtout virent de mauvais œil l'institution des commissariats d'éducation ; plusieurs protestèrent énergiquement contre cette innovation ■\ On se hâta de rassurer tout

1 Pr.j 22 août 1799, f. 22; 29 déc. 180 1, f. 129; Miss., 29 déc. 1801, f. 96; 12 janv. 1802, f. 106.

2 Sassel {Pr., i 2 sept. r8oi, f. 117) et Barberêche (Miss.^ 10 déc. 1801, f. 92).

^ Miss., 29 déc. 1801, f. 96.

* Pr.j 14 janv, f. 87; 20 fév., f. 42; i5 mars, f. 49; 29 mai 1800,. f. 52 ; 26 fév. 1801, f. 92; Miss., 28 fév. 1801, f. 23.

^ Dans son mémoire au Ministre {Enq., 14 oct. 1800), Fontaine se plaint

le monde. Le curé ou le pasteur est « inspecteur-né » des écoles de sa paroisse; il a le droit et le devoir de les visiter, de faire ses observations, d'exprimer ses désirs, d*y commander absolument en matière religieuse. Les commissaires sont des fonctionnaires purement civils.

Voire lâche est propremeni celle dont les baillifs éiaient ci-devant chargés de la pan du Gouvernement el à laquelle quelques-uns d*enire eux paraissent avoir donné trop peu de soin el d*imporiance. Loin donc que rélablissemenl des inspecteurs contrarie le droit que les Révérens Curés ont essentiellement de visiter et de surveiller les écoles de leurs paroisses, Tun des principaux buts de cet établissement est, au contraire, d'y faire toujours plus respecter leur autorité et de seconder leurs efforts par Tappui de l'autorité civile dont vous êtes ici les organes. Il est donc nécessaire que vous soyez en correspondance suivie avec les Révérens Pasteurs de votre arrondissement. Comme ils sont censés visiter leurs écoles au moins une fois chaque semaine, ils vous feront connaître les défauts el les abus auxquels ils n'auront pu remédier eux-mêmes ^

Si quelques inspecteurs, comme ce Grandgirard d'Estavayer, qui, en juin 1800, n'avait encore ni fait une visite, ni adressé un rapport 2, furent négligents, la plupart, cependant, mon-^ trèrent beaucoup de dévouement. Et ce fut, semble-t-il, par un excès de zèle indiscret que le curé d'Orsonnens, Wicky, écrivit au Ministre que les inspecteurs « oubliaient le prix des fréquentes visites d'écoles qui étaient absolument négligées dans plusieurs des districts depuis plus d'un an ». Il réclamait donc « des avis salutaires ou le déplacement de son autorité, comme seuls moyens efficaces pour donner au jeu langoureux de sa machine l'impulsion nécessaire à sa pressante activité >► ^. Cette missive secrète du citoyen Wicky provoqua une admonestation du Ministre au Conseil et une circulaire de celui-ci aux commissaires d'éducation *.

Mais le manque d'argent, l'inertie ou l'hostilité des munici-

de ce que le « clergé protestant élève les plus fortes réclamations contre l'établissement des commissaires ».

^ Miss., 22 janv. 1801, f. 1-2.

^ Pr., 5 juin 1800, f. 53.

* Pr., 20 nov. 1800, f. 69 ; Miss., 22 janv. 1801, f. i.

palités, le discrédit où était tombé le Gouvernement firent que plusieurs inspecteurs, et non des moins dévoués, se relâchèrent de leur première ardeur i. Le Conseil leur écrivait bien de chaleureuses exhortations 2. Mais il n'avait que de belles paroles à leur accorder. Il ne pouvait même pas leur rembourser leurs frais de déplacement, de correspondance, etc. Le pasteur Rapin, de Morat, réclama un jour (27 février 1801) « ses frais de visites d'écoles, qui étaient réels et considérables pour sa position ». Le Ministre Mohr ordonna à la Chambre (11 mars) d'envoyer à Rapin les 23 livres qu'il réclamait; la Chambre fit remarquer (16 mars) que Ion ne pouvait rembourser les frais de voyage d'un commissaire, sans rembourser les frais de tous les autres; et le Ministre de réfléchir et de faire répondre à Rapin (18 mars) que « le dénuement absolu des fonds disponibles nécessitait le Gouvernement de se tenir strictement à son dispositif qui n'accordait aux commissaires d'école aucun remboursement de leurs frais de voyage ». Comme Rapin se basait sur les promesses de Stapfer, à l'article 5 du titre IV des Instructions : « Les frais de voyage et autres débours occasionnés par les fonctions de l'inspecteur des écoles lui seront remboursés par la Chambre administrative », Mohr répliqua : « Ce paragraphe n'est autre chose que le paragraphe d'un projet de loi proposé par le Directoire au corps législatif, mais qui n'a jamais été sanctionné par celui-ci ; il s'en suit donc que la teneur de ce paragraphe ne peut donner au citoyen Rapin aucun titre légal sur lequel il pourrait fonder ses prétentions et le Gouvernement n'a accordé aux Conseils d'éducation, excepté les frais du bureau, aucun rembours de dépenses quelconques ». Et le Ministre ajoutait aimablement : « Je me plais à croire que le Cit. Rapin, à l'imitation de ses autres collègues en Helvétie, portera ce petit sacrifice sur l'autel de la patrie avec un cœur dévoué au bien de ses jeunes concitoyens » ^, Le pasteur Rapin adressa alors

^ « Tout paraît fait pour effrayer les commissaires et les dégoûter d'entreprendre une réforme où il faut presque tout créer au lieu d'améliorer » (Pr., 2 oct. 1800, f. 59).

* Pr., 2 oct. 1800, f. 59.

^ A. f., 27 fév.-i8 mars 1801, 1439, f. 31-40; Ch. adm., 12 mars 1801, f. i83; 20 mars 1801, f. 198.

au Ministre (2 avril) une lamentable lettre, où il exprimait, lui qui avait autrefois acclamé la Révolution helvétique, tout le dégoût que lui inspiraient maintenant les palinodies pseudorépublicaines du régime au pouvoir ^. Cette éloquente philippique lui valut ses 23 livres « sans faire préjuger pour l'avenir » 2.

Mais la prédiction de la Chambre administrative se réalisa. Le commissaire allemand de Morat, Bitzius, qui, Tannée précédente, avait déjà réclamé quelque indemnité et à qui l'on ne donna que de « beaux remerciements » ^, prétendit avoir droit, lui aussi, à une indemnité de route ; il se prévalut du précédent créé en faveur de son collègue Rapin *. Le Ministre répondit, avec quelque embarras, que Ton n'avait accordé à Rapin qu'une « gratification » pour le dédommager de frais extraordinaires de bateau; il « se voyait dans la dure nécessité de se refuser à sa demande », éclatante démonstration du mot de Rapin : « On nous leurre de toutes manières; on nous fait les plus belles promesses sans en réaliser aucune » •'». L'activité et le dévouement des commissaires ne pouvaient que souffrir de pareils procédés administratifs.

Les difficultés qui surgirent en 1801 entre le Conseil d'éducation et Mgr Odet embarrassèrent et inquiétèrent nombre de prêtres qui avaient accepté la charge de commissaires d'éducation. Beaucoup donnèrent leur démission durant les années 1801 et 1802. On parvint à les remplacer par d'autres prêtres, mais non sans peine. Il fallut user de précautions, bien indiquer qu'on ne prétendait nullement attenter aux droits de l'évêque ni toucher à la religion ; il était, au contraire, de l'intérêt et de l'évêque et de la religion que les inspecteurs fussent des ecclésiastiques ^. Le Conseil fit preuve de beaucoup de dextérité en cette occurrence.

^ A. /., 4 avril 1801, 14-39, f. 35, sqq. — La lettre de Rapin a été publiée dans le Bulletin pédagogique de Fribourg, 1904, 56.

2 A, f., 12 avril 1801, 1439, f. 40.

•^ Pr.j 5 juin 1800, f. 52; a. /., 28 août 1801, 1439, f. 3y.

* A. /., 3i août 1801, 1439, f. 41.

^ « Malgré que vous soyez ecclésiastique et que le Conseil d'éducation soit composé d'ecclésiastiques, cependant la mission que vous recevez de

Le Conseil, cependant, eut dans ses commissaires de précieux collaborateurs. En somme, tout ce que fit le Conseil, il le fit par ces bienveillants intermédiaires. S'il essaya, comme nous allons le voir bientôt, de multiplier les écoles et de leur assurer des fonds suffisants, ce furent les inspecteurs qui traitèrent de ces délicates questions avec les municipalités. S'il essaya de suppléer au manque de formation des maîtres, ce furent les inspecteurs qui l'y aidèrent, en faisant l'examen des candidats, en visitant les écoles, en encourageant quelques maîtres, en en admonestant quelques autres, en procédant même, au besoin, à l'expulsion de ceux qui étaient indignes d'être « éducateurs de la jeunesse ». S'il essaya de relever le niveau de l'instruction par des méthodes plus efficaces, par une fréquentation plus régulière, par une plus stricte discipline, ce furent les inspecteurs encore qui s'efforcèrent de faire prévaloir ces réformes sur la nonchalance et la routine populaires. N'oublions pas non plus que les inspecteurs durent accomplir la tâche ingrate et obscure que leur avait confiée le Conseil, sans en tirer d'autres profits que « la consolation d'avoir bien mérité de la patrie » et « l'honneur d'avoir travaillé à la régénération de leurs concitoyens ». Mais aussi, pour être équitable, il faut ajouter que les membres du conseil, à qui il faut d'ailleurs réserver le mérite d'avoir pris l'initiative de ces mesures, leur ont toujours donné les premiers l'exemple du dévouement le plus désintéressé.

nous est purement civile... ; pour cette raison, vous devenez l'agent d'un Gouvernement à qui il n'appartient pas d'enseigner la religion, mais qui fait profession de la protéger et qui veut et doit vouloir que les citoyens soient instruits de leur religion par l'autorité religieuse compétente et d'après les livres élémentaires religieux approuvés et prescrits par cette même autorité Le Gouvernement ayant dans tous les tems fait profession de protéger l'intégrité de la religion, même lorsque quelques individus se permettaient des propos peu mesurés dans les conseils, il serait injuste de lui supposer de mauvaises intentions ; et lors même qu'il en aurait ou viendrait à en avoir, il serait alors d'autant plus heureux que ses agens pour l'éducation publique se trouvassent être choisis dans la classe des défenseurs de la Religion... » (Miss., 2 février 1802, f. 109).

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