CHAPITRE III
L'Organisation matérielle.
I. Érection d* écoles nouvelles. — État matériel et financier de l'école -en 1798. — L'arrêté du 4 décembre 1800 ordonne l'érection d'une école dans chaque commune ; on multiplie, à Fribourg, les instituteurs plutôt que les écoles; on dédouble des classes trop nombreuses. — Il faudrait des subsides pour subvenir aux frais d'érection d'écoles nouvelles, dans la Singine surtout. Difficultés diverses. — Les écoles libres et le Conseil <i'éducation. — Les locaux scolaires ; on utilise les châteaux, devenus propriétés nationales.
II. Difficultés financières : la « Nation » ne paye pas ce qu'elle doit aux instituteurs. — Diverses faveurs et exemptions accordées aux écoles; les « patentes d'industrie ». — L'arrêté du 19 janvier 1799 : les régents salariés par l'ancien Gouvernement le seront désormais par la « Nation ». Mais le trésor national est lamentablement vide ; les instituteurs réclament en vain leur traitement ; mécontentement général ; le ministère accorde des « gratifications » et ne paye pas ses dettes. — L'acquittement en est remis aux cantons, le 21 décembre 1801.
III. Difficultés financières (suite) : La Chambre administrative ne paye pas. — Les régents de Fribourg, « ci-devant » salariés par LL. EE., attendent en vain que la Chambre leur acquitte leur traitement; le Conseil intercède pour eux; mais la caisse de la Chambre est vide et le Ministre n'envoie pas d'argent. La Chambre renvoie les régents de Fribourg à la municipalité. — La fondation Brunisholz ; le Conseil règle l'emploi des revenus de cette fondation.
IV. Difficultés financières (suite) : les communes et les particuliers ne payent pas. — Le Directoire fixe le salaire minimum des régents à 80, puis à 100 fr. ; mais les municipalités n'ont cure de ses décrets et rognent sur les pauvres appointements de;s instituteurs. — L'écolage; le Conseil désiserait le supprimer. — Les particuliers refusent de payer leurs cotisations ou l'écolage; l'arrêté du 22 octobre 1800 règle la perception du salaire de l'instituteur. — L'instituteur continue d'exercer un métier pour vivre; il se fait volontiers secrétaire de commune ; il reste clerc d'église. Conflit, dans la sacristie, de l'ancien et du nouveau régime.
L'enquête de 1799 avait révélé au Conseil d'éducation la misérable situation matérielle et financière de l'école primaire fribourgeoise, comme aussi l'étendue et les difficultés de sa tâche. Sans doute chaque paroisse avait son école, et même la plupart des communes avaient la leur ; chaque classe, cependant, n'avait pas son maître propre, et j'ai dit comment certains instituteurs parcouraient les communes des alentours pour donner dans chacune d'elles quelques heures de leçons. Une première tâche du Conseil consistait donc moins à créer des écoles nouvelles qu'à installer un instituteur spécial dans chacune des classes déjà existantes.
Une seconde tâche lui incombait, celle de fournir ou de faire fournir par les municipalités à chacune de ces classes un local approprié et convenable. L'enquête est remplie de navrantes doléances sur le délabrement, la vétusté, l'insuffisance des locaux scolaires. La plupart des localités aménagent quelque appartement dans la maison communale ou louent une chambre particulière. Dans un certain nombre de villages •cependant l'instituteur doit recevoir les enfants dans sa maison, voire même « dans la chambre où il habite avec sa famille > i; dans quelques communes, et non des plus pauvres, « on fait récole tour à tour chez les particuliers qui ont des enfants, n ayant point d'endroit public » ^.
Une troisième tâche du Conseil, et la plus difficile peut-être, consistait à assurer au maître d'école un traitement honnête et suffisant. Quatre sources fournissaient ce traitement, en 1799 : i^ des capitaux affectés à l'instruction publique, constitués généralement par des legs faits dans des intentions religieuses ; c'est la source la plus stable, et souvent la plus abondante; 2° les appointements annuels en argent ou en nature que voulait bien accorder la caisse paroissiale ou communale, source variable, qui tendait à débiter le moins possible; 3° les cotisations en argent ou en nature que devait fournir à l'instituteur chaque habitant ou chaque foyer, dans la commune ou la paroisse.
^ Enq., Granges-sous-Trey.
-* Enq,, Avenches (grande école des garçons).
à des époques déterminées, aux Quatre-Temps généralement; 4<^ les écolages. L apport de ces quatre sources ne formait, dans les campagnes du moins, qu'un salaire ridiculement insuffisant. Aussi le régent ne peut-il vivre de son état; il doit exercer un métier à côté et aux dépens de son enseignement. « Il faut absolument, dit l'un d'eux, pour éviter l'extrême misère, que je travaille du tonnelier » i. Et chacun d'eux d'être marechal-ferrant, vigneron, tisserand, taupier, maçon, tourneur, agriculteur. De plus, ils sont, de par leur office, — revêtus qu'ils sont d'une charge quasi ecclésiastique, — sacristains à l'église catholique, lecteurs et chantres au temple protestant.
Les villes possédaient par contre, en général, des écoles bien établies et assez nombreuses ; leurs instituteurs étaient honnêtement et régulièrement rétribués.
Le Conseil ne se fit point illusion sur la difficulté d'une solide et uniforme organisation matérielle, financière surtout, de l'école campagnarde. Il se mit cependant à l'œuvre avec courage. S'il n'a guère réussi, la faute en a été moins à son manque de zèle et de persévérance qu'aux malheureuses circonstances sous le poids desquelles succombait misérablement notre pauvre patrie.
Stapfer aurait désiré que, sur tout le territoire de l'Helvétie, les écoles se multipliassent, à raison d'une école primaire pour cinq cents habitants 2. Un arrêté du gouvernement, daté du 4 décembre 1800, reprit et donna force de loi à cet article du projet de loi dont les Chambres n'avaient pas voulu. Cet arrêté avait le mérite d'être précis et impératif, de ne pas se borner à des recommandations généreuses et vagues. Les Conseils purent s'en prévaloir pour donner des ordres et les autorités cantonales purent intervenir pour en assurer l'exécution :
Le Conseil exécutif, sur le rapport de son Ministre des Arts et des Sciences, d*où il résulte que plusieurs communes^ dans lesquelles-
' Enq., Constantine.
* LuGiNBÛHL, 275.
^ I MfiP 'm m I
il n'y avait ci-devant aucune école, n'ont eu jusqu'à présent aucun soin de procurer l'instruction de leurs enfants..., arrête :
Article premier. — Que la Municipalité de chaque commune qui n'a point d'école, soit pour elle seule, soit conjointement avec d'autres communes, doit, dans l'espace de quinze jours, à dater de celui où le présent arrêté lui aura été notifié, faire préparer une chambre vaste et commode pour l'établissement d'une école et prendre les mesures nécessaires pour qu'elle soit chauffée convenablement pendant l'hiver.
Art. 3. — Il est permis à deux petits arrondissements qui se trouveraient situés l'un près de l'autre de se réunir pour l'établissement d'une école. Cependant, on ne pourra pas rassembler dans ce cas, plus de 80 enfants.
Art. 5. — Toute Municipalité qui, d'ici au i5 janvier i8or, n'aura point établi d'école, payera une amende de 40 fr., qui sera délivrée au Conseil d'éducation et employée à l'achat des livres nécessaires.
Art. 6. — Les Conseils d'éducation sont chargés de faire les dispositions et autorisés à apporter les modifications qui pourraient encore être nécessaires pour mettre le présent arrêt à exécution, et il est enjoint aux Chambres administratives, aussi bien qu'aux Préfets nationaux, de les seconder à cet effet.
Art. 7. — Si, par des circonstances particulières, dépendantes des localités, le présent arrêté pouvait dans quelques communes ne pas être exécuté du tout, ou ne pas l'être à l'époque fixée, le Conseil d'éducation fera son rapport à cet égard au Ministre des Sciences.
Le Conseil d'éducation décida, le 1 1 décembre, que cet arrêté serait inséré dans le Bulletin de la Chambre administrative. On le communiqua immédiatement aux inspecteurs et on leur ordonna, par circulaire officielle, « d'aviser aux moyens de douceur et de persuasion pour l'exécution de cet arrêté, de faire savoir les difficultés qu'ils rencontreraient » 1, et d'agir « avec autant de prudence que de fermeté » 2. Par un oubli assez étonnant, on communiqua cet arrêté aux municipalités, les principales intéressées pourtant, le 16 janvier 1801 seulement. Si la commune ne pouvait établir une école dans le temps prescrit, il fallait au moins qu elle s'en occupât activement et qu'elle prît ses mesures pour pouvoir Touvrir en 1802 3.
^ Pr., II déc. i8cx), f. 72. — Bulletin de la Ch. adm.^ 9 janv. 1801, IV, 33o.
"2 Miss. y 16 janv. 1800, f. i.
3 Ibid.
De nouvelles écoles furent, en effet, fondées; ou plutôt on multiplia le nombre des instituteurs, de façon qu'ils n'eussent point à parcourir trois ou quatre communes dans la journée. Mais ce furent les curés qui se préoccupèrent de rexécution de l'arrêté du 4 décembre bien plus que les municipalités, auxquelles seules s'adressait pourtant cet arrêté. Avant de connaître encore les ordres du Conseil exécutif, le curé de Sales demandait « l'appui du Gouvernement » afin d'établir dans sa paroisse une nouvelle école pour les communes de Maules et de Sales ^ : un régent « de bonne conduite » et duement examiné, Joseph Frossard, y fut nommé 2. Sur les instances du curé de Murist, un second régent, Jean-Pierre Monneron, fut établi dans cette paroisse pour les communes de la Vounaise et de Monborget ^. Pont-en-Ogoz constitua un traitement de 80 livres suisses, avec un quart de pose de terre, le logement et le chauffage, pour un maître d'école *. La commune de Gumefens s'accorda, elle aussi, un instituteur ^.
Le Conseil d'éducation, cependant, n'avait pas attendu le décret du Gouvernement pour s'occuper de l'érection de nouvelles écoles. Les habitants de Russy (Broyé) avaient prié le régent paroissial de Dompierre de venir donner quelques leçons dans leur village trois fois par semaine ; ils auraient même voulu établir dans leur commune une classe régulière avec un instituteur particulier. Mais Dompierre rejetait toute proposition amiable. Le Conseil saisit cette occasion pouf déclarer le village de Russy dispensé de toute contribution envers l'école paroissiale, et intimer l'ordre à sa municipalité de se pourvoir d'un local et d'un instituteur ^.
^ Il n'y avait auparavant qu'un instituteur pour les quatre écoles des quatre communes de la paroisse, Nicolas Pittet de Romanens (Enq.).
* Pr., 10 janv., f. 77; 19 févr. 1801, f. 86; a./., 1489, f. 175.
8 Pr., 12 janv. 1802, f. 184; Miss., f. 104. — Il n'y avait précédemment qu'un instituteur pour les quatre écoles de la paroisse.
* Pr., 9 avril 1801, f. 99.
^ Ibid, f. 100.
^ Pr., 14 févr., f. 39; 4 mars 1800, f. 46. — Les « considérants » de cette décision méritent d'être notés. Le Conseil, considérant : i' que l'instruction de la jeunesse a une influence majeure et constante sur la pros-
aaa.
Avry (Gruyère), paroisse qui comprend quatre communes, n'a qu'un instituteur, le chapelain. Sur une centaine d'enfants en âge de fréquenter l'école paroissiale, une vingtaine seulement peuvent y venir régulièrement ; Téloignement des habitations est la cause de ce désordre. Plus accommodant que les communiers de Dompierre, le chapelain Paris résigna ses fonctions d'instituteur paroissial afin de ne pas être un obstacle à l'établissement d'écoles en nombre suffisant. Le Conseil confia au curé Girard, frère de l'illustre Cordelier pédagogue, la délicate besogne de séparer, dans les revenus du chapelain, ce qui appartenait au rentier de la chapellenie de ce qui appartenait aux fonds d'école ^.
Le Conseil aurait désiré qu'un tel dédoublement eût lieu dans le rentier de tout chapelain-instituteur. « Quoique le poste [de chapelain] de Botterens, écrit-il, ne soit qu'un simple service et non un bénéfice, il faut cependant bien y distinguer le régent d'école du ministre de la religion ; nous pouvons et devons fixer légalement le salaire du régent, mais nous ne pouvons qu'être médiateurs à l'amiable et nullement juges des appointemens dus à l'ecclésiastique pour ses fonctions religieuses » 2.
Une telle distinction entre le « régent d'école » et le « ministre de la religion » eût scandalisé sous l'ancien régime, où l'enseignement était une fonction quasi religieuse ; ce dédoublement du rentier en revenus « ecclésiastiques » et en revenus
périté publique; 2' qu*une école chargée d'enfants ne peut répondre efficacement à son but ; 3° que Russy ayant 40 enfants mérite bien d'avoir un régent particulier; 4° que l'éloignement de Domdidier empêche dans la mauvaise saison ou par le mauvais temps de pouvoir s'y rendre; 5° que cet éloignement empêche les parents de surveiller leurs enfants et de s'assurer s'ils vont bien à l'école ; 6° que l'ancien usage, seul motif d'opposition de Dompierre, est cause de ces inconvénients ; 7° que l'on méconnaît tout droit et titre qui mette obstacle à l'amélioration de l'éducation et par conséquent à celle de la société ; 8* que celui de donner à ses enfants une instruction plus soignée que ci-devant est sacré et imprescriptible; 9° qu'une parcimonie mal entendue et fatale, l'insouciance et les circonstances sont les seuls motifs d'opposition, — arrête que la commune de Russy est formellement autorisée à se pourvoir d'un régent, etc..
^ Pr., 19 févr., f. 86; 24 févr. 1801, f. 90; Miss,, 19 févr., f. 17 et 18; 23 mars 1801, f, 35.
2 Pr., 7 mai 1801, f. loi ; Miss., f. 5i.
« profanes » est un de ces petits faits qui montrent que la conception même de Técole a changé.
Le Conseil s efforce aussi de dédoubler les classes trop nombreuses. Il désirerait que les écoliers ne dépassassent jamais le nombre de quatre-vingts. Aussi ordonne-t-il à la commune de La Roche d'ouvrir une seconde école pour l'hiver de 1801-1802^. Il oblige la paroisse de Surpierre à établir deux écoles, avec trois régents 2. Une classe supplémentaire doit être fondée à Motier pour les «commençans », afin « de soulager son régent et rendre sa capacité plus profitable » ^. Le commissaire Bitzius est prié de s'employer au dédoublement des écoles de Chiètres et de Kastels « où deux régens font la classe ensemble dans la même salle » et de détacher Genpenach et Agriswyl de Ferenbalm, dont l'école comptait i52 enfants*. Il s'informe auprès du curé de Nuvilly, Bochud, commissaire d'éducation, des moyens d' « améliorer la situation » du régent de Murist (Broyé) qui doit quotidiennement donner ses leçons dans les trois écoles de la paroisse ^. Il faut que Grandcour rétablisse l'école des filles telle qu'elle existait avant la Révolution ou s'accorde un second maître; un seul régent ne peut faire la classe à io3 élèves. La première solution plairait davantage au Conseil : « surtout à rage où les passions commencent à se développer, la décence l'exige et l'instruction y gagne; d'ailleurs une maîtresse peut apprendre à ses élèves à tricoter, à coudre » ^. Il prodigue les mêmes recommandations aux communes de Payerne, de Corcelles 7. Dans toutes les écoles où une telle mesure est possible, les sexes devraient être séparés ^.
^ Pr,, 12 mars 1801, f. 96.
2 Pr.^ II déc. 1800, f. 78; 10 janv. 1801, f. 77.
* Pr.^ 18 févr. 1800, f. 41.
** Pr.^ 20 oct. 1800, 61 ; 9 et 14 juillet 1801, f. 109 et 1 10.
^ Pr., 22 oct. 1801, f. 121 ; Miss.^ f. 76.
^ Pr., 26 févr. 1801, f. 92; Miss.j 28 févr. 1801, f. 25.
^ Pr.j 20 févr. 1800, f. 44.
^ Miss., 28 févr. 1801, f. 26. — Cf. le projet de loi Stapfer, titre I, art. 5 : « Chaque école sera divisée en deux sections, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles. En conséquence, on aura un instituteur et une institutrice. On tâchera de les placer dans des bâtiments séparés ».
Les communes cependant, épuisées par des contributions <le toute nature, se souciaient peu de nouvelles dépenses; quelques subsides de la caisse nationale seraient sans doute plus efficaces que les plus chaleureuses exhortations. Le Conseil se proposa de présenter un mémoire sur cette question à la Diète -que la nouvelle Constitution venait d'accorder à chaque canton i.
Les contrées plus pauvres et plus arriérées de la Singine étaient surtout Tobjet de la sollicitude du Conseil; aussi la pétition de Bœsingen demandant à la * Nation » du bois pour bâtir une maison d'école fut-elle chaleureusement appuyée par lui 2. Les deux commissaires de la partie allemande du canton, Clerc, curé de Bœsingen, et Zurkinden, curé de Planfayon, secondaient avec un particulier dévouement les efforts du Conseil. Le curé de Bœsingen se montra fier de pouvoir annoncer au Conseil que, par ses soins, trois écoles avaient été créées à Bœsingen, à Schmitten, à Wûnnewyl ^. Quelques semaines plus tard, deux « députés de Valbôch » (Wallenbuch) promettaient aux conseillers d'éducation de faire tout ce qui dépendrait d'eux pour fonder une école et la pourvoir d'un instituteur ecclésiastique ou laïque *. Moins heureux fut le curé de Planfayon. Il se heurta au mauvais vouloir et à l'inertie des habitants de Plasselb. Dès janvier 1800, le curé de cette paroisse s'était plaint au Conseil de ce que l'on n'y faisait plus « aucune école », et l'avait prié d'obliger ses paroissiens « à en former une » ^. Une année plus tard, le curé de Planfayon, commissaire d'éducation, dénonce à son tour l'entêtement des communiers de Plasselb; ils ne veulent « reconnaître ni lui ni le propre curé du lieu comme ayant à se mêler de leur école » ^. L'inspecteur juge cependant qu'avant d'employer la force publique, il serait expédient d'envoyer sur les lieux Jean Montenach, homme
* Pr., II déc. 1800, f. 72; 14 juillet 1801, f. iio. — On pensa pouvoir puiser dans le fonds Brunisholz.
* Pr.^ 17 sept. 1801, f. 118.
^ Pr., II déc. 1800, f. 72.
4 Pr., 10 févr. i8oi, f. 85.
^ Pr.^ 14 janv. 1800, f. 36.
^ Pr., 22 janv., f . 97 ; 19 mars 1 801, f. 78.
populaire dans la contrée ; peut-être ce magistrat parviendra-t-iî à faire entendre raison à ces indigènes récalcitrants. Après, quelques pourparlers, qui ne furent point toujours très amicaux, semble-t-il, les difficultés furent aplanies et le curé de Plasselb se chargea de faire la classe i.
Le Conseil eut même à régler une affaire de langue et de race. Coussiberlé, trop petite commune pour pouvoir s'accorder une école particulière, doit se réunir à une autre commune ; mais à laquelle ? Sera-ce à Courlevon ? Sera-ce à Courgevaux ? L'école de Courlevon est allemande, et les habitants de Coussiberlé, presque tous allemands, désireraient y envoyer leurs enfants. L'école française de Courgevaux invoque par contre en sa faveur un ancien décret de LL. EE. et le vote d'un personnage considérable de la commune de Coussiberlé, Abraham Tronçon, bourgeois. Les pasteurs en font une question ecclésiastique; si Coussiberlé passe à Courlevon, la paroisse de Meyriez, dont Courlevon fait partie, devient une paroisse en majorité allemande, et « il n'est pas étonnant que le clergé de la classe française de Payerne, alarmé de voir la cure de Meyriez à la veille de devenir une cure allemande et par là de lui être enlevée, fasse son possible pour que la langue allemande n'y fasse pas des progrès ultérieurs, tandis que d'un autre côté et pour la même raison le clergé allemand a intérêt d'en bannir insensiblement la langue française ». Des rapports sont adressés au Conseil d'éducation qui réclament des solutions diamétralement opposées, selon qu'ils proviennent des pasteurs commissaires d'éducation de Morat ou des pasteurs commissaires d'éducation de Payerne. Le Conseil rattacha Coussiberlé à Courlevon, parce que tous les enfants de cette commune, sauf ceux de Tronçon, qui, du reste, ne fréquentaient plus la classe, étaient allemands. C'était, semble-t-il, la solution la plus équitable. Elle ne satisfit pas les parties ; l'affaire fut portée devant le Ministre ; le 19 janvier 1801, un arrêté du Conseil exécutif cassa la décision du Conseil d'éducation, réunit Coussiberlé à Courgevaux, en ajoutant toutefois que les habitants allemands de Coussiberlé
J Enq., lettre du curé Zurkinden, 5 févr. 1801.
seraient libres d'envoyer, moyennant rétribution convenable,, leurs enfants à Courlevon ^, ce qui revenait à dire que les habitants de Coussiberlé avaient à payer deux régents, celui de Courgevaux qui ne leur rendait aucun service, et celui de Courlevon, qui instruisait leurs enfants.
Stapfer se préoccupa des déshérités aussi, des anormaux et en particulier des sourds-muets. Il aurait voulu pouvoir leur accorder « une éducation qui en eût fait des citoyens utiles ». Le Conseil dut lui fournir des détails sur le nombre, rage, la santé, la moralité et l'intelligence des sourds-muets du canton. A l'occasion de l'enquête qu'il fit faire dans ce but par ses inspecteurs, le Conseil émit le vœu « que tous les citoyens cherchassent à préparer pour des tems plus calmes la réalisation d'un projet aussi intéressant que celui qui se présentait, d'une idée aussi consolante pour tous les cœurs sensibles, celui de soulager l'humanité souffrante et de réparer les erreurs de la nature dans les êtres créés comme nous pour jouir de ses bienfaits » 2. Le temps et les ressources manquèrent au Conseil pour mener à bien ce généreux et « intéressant projet », dont la réalisation aurait flatté la « sensibilité » et r « humanitarisme » de ses membres.
Outre les écoles officielles, quelques écoles libres furent ouvertes, à Payerne par exemple ^. La loi n'en parlait pas. Le Conseil, obligé de prendre une décision, déclara qu'on ne pouvait les interdire ; mais « lorsque leurs instituteurs manqueraient à leurs devoirs... d'une manière scandaleuse et dangereuse pour la jeunesse confiée à leurs soins », les autorités scolaires avaient à intervenir ; quoique privées, « elles n'en étaient pas moins sous la surveillance de la police et des inspecteurs d'éducation ». Aussi le citoyen Rappin de Morat,
^ La chicane était pendante depuis 1796; cf. Bulletin de la Ch. adm,, i" juin 1798, I, 71; Pr., 29 janv., f. 80; 19 mars, f. 97; 5 juin, f. io5; 17 sept. 1801, f. 118; Miss., f. 4, 39, 61. — Strickler, VIII, 798, et un grand nombre de pièces dans les archives fédérales, 1437, f. 1 55-225, et dans les archives paroissiales de Meyriez.
2 Bulletin de la Ch. adm., 17 mai 1799, III, 377.
3 Pr., 26 févr. 1801, f. 93; Miss., 28 févr. 1801, f. 24.
commissaire d'éducation, fut-il « invité » à visiter une école libre établie à Motier par un certain Amiet de Mur et à faire son rapport sur la « capacité du maître, l'état de son école et les instructions qu'y recevaient ses écoliers » ^
Le Conseil eut à s'occuper aussi des locaux scolaires. Dès le mois de décembre 1798, le Directoire avait proposé à la Chambre administrative de Fribourg de transformer en salles d'école les greniers des cures ou des couvents devenus superflus depuis la suppression des dîmes et des redevances 2. La Chambre répondit que, dans le canton, les dîmes et les redevances perçues par les cures et les couvents étaient si minimes que l'on n'avait pas eu besoin, pour les abriter, de bâtisses spéciales. Mais ne pouvait-on pas aménager des locaux dans les anciens châteaux devenus propriétés nationales ^? Plusieurs écoles furent en effet installées dans les châteaux, celles de Font *, de Romont ^, de Payerne ^, par exemple. Le régent allemand d'Avenches aurait désiré lui aussi habiter le château de cette ville. On craignit que ce monument ne fût détérioré par la nombreuse famille de ce tisserand. On préféra lui accorder trois louis d'or prélevés sur le loyer du château, pour lui permettre de se procurer un autre logement '. Il paraît que l'on oublia de lui verser cette somme, puisque, le 2 5 décembre 1800, le Ministre dut rappeler ses obligations à la Chambre administrative et la prier de donner au moins un acompte de ce qui lui était dû à ce citoyen méritant et besogneux. Et la Chambre d'inscrire dans son Manual cette laconique remarque : « On le priera de nouveau à faire passer des fonds à cet eff^et » ®. Elle dut souvent tenir pareil langage.
La « Nation » cependant ne voulut pas céder indéfiniment
^ Pr., 18 févr. 1800, f. 41.
* .4. /., 8 déc. 1798. 1423, f. 41.
^ A. f., i5 déc. 1898, 1437, f. 128.
* Pr., 10 janv. 1801, f. 77; a. /., i" oct.-g nov. 1799, 1437, f. 268-272; janv. et févr. 1801, 1437, f. 266-280.
® £"71^., Payerne (seconde école des filles).
"' A. f.y nov.-déc. 1798, 1439, f. 177-186; Ch. adm., 5 déc. 1798, f. 222.
^ Ch, adm., 29 déc. 1800, f. 578.
•ses propriétés aux communes. En 1801, Font demandait instamment au Gouvernement « qu'on lui conservât encore le château pour le logement de son régent ^ ^ Le Conseil exécutif n'accéda pas à cette requête. En 1802, la commune de Font fit l'acquisition du grenier du château, y aménagea un appartement pour l'instituteur et une salle pour Técole. Châbles refusa tout d abord de payer sa quote-part des frais occasionnés par cet achat; et ce fut encore une querelle que le Conseil dut apaiser 2. Le Conseil aurait désiré que Ton construisît quelques bâtiments neufs et appropriés à leur destination. Le pays était trop épuisé pour se permettre des dépenses aussi considérables. Aussi le pasteur Bitzius, inspecteur d'éducation à Morat, est-il le seul qui réussit à faire bâtir une école, à Oberried -^
Non seulement les communes, ruinées par des contributions «écrasantes, refusaient de souscrire à de nouvelles dépenses, mais elles restreignaient encore les sommes qu'elles avaient précédemment affectées aux écoles, et spécialement elles essayaient de rogner sur les maigres traitements des instituteurs. D'autre part, le Conseil sentait que, pour pouvoir élever le niveau de l'instruction publique, il fallait d abord améliorer la misérable situation matérielle et pécuniaire des instituteurs. « Si longtems, écrivait Fontaine dans son mémoire sur les résultats de l'enquête Stapfer, que les maîtres ne seront pas payés convenablement, on ne pourra pas exiger d'eux qu'ils se vouent tout entiers aux devoirs de leur place » ^. Hélas ! tous les expédients dont usa le Conseil furent vains. Il aurait fallu avoir de l'argent et l'on n'en avait pas. Les beaux projets, comme les plus nécessaires réformes ne purent aboutir, faute surtout, et presque uniquement, d'appui financier.
^ A. /., 10 janv.-i I févr. 1801, 1439, f. 273-280. — Le gouvernement essayait de vendre ces encombrantes m propriétés nationales ».
* Pr., 18 févr. 1802, f. 140; Miss., f. 122.
' Pr., 9 et 14 juillet 1801, f. 109 et 1 10.
* Enq., Mémoire de Fontaine à Stapfer, 14 oct. 1800.
Le gouvernement commença bien par accorder quelques faveurs aux maîtres d'école. Un décret du 9 novembre 1798 exempte de l'impôt du 2 %o l^s églises, les écoles et les établissements de charité 1. Le 11 octobre 1799, le Directoire est autorisé par les Conseils législatifs à concéder quelques sapins des forêts nationales « pour le chauffage des écoles des communes pauvres et dépourvues de bois » ^ Le 3o juillet i8oi,le Conseil exécutif dispense les instituteurs de toute corvée communale 3. Un décret du 10 février 1801 obligeait tout citoyen qui exerçait une profession lucrative à se pourvoir d'une « patente d'industrie ». Or, « considérant la modicité de la plupart des régents et les prétentions considérables qu'ils ont à former envers l'État pour la partie arriérée de leurs pensions », les Chambres administratives « sont autorisées à leur accorder des certificats gratuits d'exemption de droit de patente » *.
Ce dernier décret nous apprend, — officiellement pour ainsi dire, — que l'Etat ne donnait pas aux communes et aux particuliers l'exemple de la ponctualité dans l'acquittement de ses dettes. Car le gouvernement avait des dettes envers les instituteurs. Le 19 janvier 1799 en effet, le Directoire, « considérant que ceux qui vouaient leurs soins à l'éducation de la jeunesse
* Strickler, III, 425.
» Ibid.^ V, 100.
3 Ibid., VII, 257.
* Ibid.,YU, 65 ;Pr., 9 juillet 1801, f. 108; Miss.,ï. 66. — Le Conseil fit sur ce point à la Chambre les observations suivantes : « L'idée du Ministre des finances d'obliger les régens à prendre des patentes d'industrie, sans qu'il en résulte ni bien pour l'instruction ni revenu pour l'État, paraît assez singulière, pour ne pas dire ridicule, surtout dans ce canton où loin que l'état de régent soit une branche d'industrie, la plupart gagneraient mieux leur vie en s'occupant à hacher du bois qu'en faisant l'école. D'ailleurs, un grand nombre de ces écoles sont tenues par les curés, les vicaires ou les chapelains; leur fera-t-on prendre des patentes d'industrie, comme exerçant une profession lucrative ? Ne sera-ce pas là vilipender leur ministère ? Les exemptera-t-on ? Mais les services qu'ils rendent en régentant ne sont-ils pas de même nature que ceux des régens laïcs ? Outre cela, les régens sont actuellement censés être établis et patentés par le gouvernement ; pourquoi leur faire prendre d'autres patentes ? A titre d'industrie ? Aussi bien que les autres places militaires, civiles et ecclésiastiques, ce sont des emplois publics confiés par le gouvernement et en son nom. » Pourquoi donc ne pas rendre les brevets du Conseil équivalents aux patentes d'industrie ?
ne méritaient pas moins d'être protégés et soutenus que ceux qui s'attachaient à desservir les fonctions du culte et que cette classe utile de fonctionnaires avait aussi perdu par suite des décrets du Corps législatif sur les dîmes, censés et autres droits féodaux », avait décidé que < l'arrêté du 27 novembre 1798, sur le payement des ministres du culte et les proportions qui y étaient établies, devait être appliqué aux professseurs, instituteurs et régents d'école en tant qu'ils étaient payés par les anciens gouvernements » ^. Or, cet arrêté du 27 novembre ordonnait que les ministres du culte qui tiraient précédemment leurs revenus des droits féodaux ou du trésor des anciens gouvernements seraient désormais payés par la « Nation ».
Mais autre chose est promulguer de tels arrêtés, autre <:hose est les exécuter. Le budget du 17 octobre 1798 avait l^ien proposé d'affecter deux millions de livres au Ministre des Arts et des Sciences. « Il est facile, disait à ce propos Stapfer, d'ouvrir des crédits par des décrets; mais on abandonne ensuite au pouvoir exécutif le soin de trouver les moyens d'y satisfaire et on se borne à répondre à ceux qui se plaignent : « Nous avons décrété l'indemnisation complète des ministres du culte, des professeurs, des régents. C'est au Directoire à remplir ses devoirs, comme nous avons rempli les nôtres ». Voilà comme on rejette tout l'odieux de la suspension des indemnités sur le pouvoir exécutif, en lui ôtant en même temps les moyens d'accomplir toutes ces magnifiques promesses qui ne coûtent rien» 2.
D'ailleurs, aurait-on voulu sérieusement les exécuter, on ne l'aurait pas pu. Le trésor cantonal était vide. Le trésor national ne l'était pas moins. La Suisse, traitée en pays conquis, pillée, ravagée, accablée de contributions, couverte de bataillons français qu'il fallait nourrir et payer, ne pouvait plus fournir d'argent au gouvernement helvétique. On avait imprudemment aboli les dîmes, qui rapportaient 90 millions a TÉtat et 28 millions à des particuliers, sans se soucier de les remplacer immédiatement par un autre système d'impôt 3. Le 22 octobre seulement fut
^Bulletin de la Ch. adm.^ i3 févr. 1799, III, 265; Strickler, III, gSo.
^ LUGINBÛHL, 96.
•'' TiLLiER, I, 63, 90, 2i3, sqq. ; Oechsli, 195; cf. Berchtold, III, 387.
acceptée la loi qui imposait le 2 %o de la fortune de chaque citoyen. Encore ne put-on toujours faire rentrer ces revenus dans la caisse nationale ; le Ministre des finances, par exemple, dut envoyer des troupes dans l'Est, pour recouvrer les impôts et il n'en obtint qu'un sixième ^, Ces maigres ressources, obtenues par la force, étaient entièrement absorbées par la guerre. « On a livré à Tarmée française, lit-on dans une note officielle adressée à l'envoyé français Reinhard, le i3 mars 1800, en tout 23 millions, non comprises les prestations directes des communes. Les employés helvétiques n'ont pas reçu leurs salaires depuis 18 mois; les membres du Grand Conseil et du gouvernement depuis 1 1 ; les arrérages sont de ô.ySo.ooo francs. Des 19 cantons, 4 sont en puissance des ennemis ^, 7 absolument dévastés, les autres épuisés. Tous les revenus de l'État, depuis janvier, ont, par exemple, été affectés aux 40 hôpitaux français que le général Moreau a imposés à la Suisse » ^. Aussi le mécontentement était-il général. On regrettait la paisible tranquillité de l'ancien régime; on maudissait les « libérateurs ^ français, la Révolution, le régime helvétique et ses fonctionnaires. Les instituteurs qui, dans le canton de Fribourg, devaient recevoir leur traitement, tout entier ou en partie, de l'Etat, étaient ceux des anciens bailliages bernois du Pays de Vaud, ceux du bailliage commun de Morat, et quelques-uns de ceux de l'ancien territoire fribourgeois, Fribourg, Estavayer. Le Ministre des Arts et des Sciences en demanda la liste le 29 octobre 1799 et promit d'acquitter les arrérages *. Le 3 novembre 1798 déjà, il avait autorisé la Chambre à payer les i25 livres dues au citoyen Rudolph, régent allemand de Payerne 5. Rudolph doit réclamer de nouveau sa pension le 5 octobre 1799; le 19, on lui annonce l'envoi de quelque argent ^. Le 14 janvier 1800, l'inspecteur de Payerne, Buttex, annonce au Conseil d'éducation
1 HiLTY, 376; Oechsli, 197; Berchtold, III, 417.
2 Les armées autrichiennes et russes occupaient l'Est de la Suisse, de Schaffhouse au Gothard.
3 HiLTY, 376; Oechsli, 372.
* Ch. adm.j 1799, f. 504.
^ Ch. adm., 1798, f. 162; a. f., 1439, f. 88-90; 571, ft 655. 6 A. f., 1439, f. 86-87.
la mort de Rudolph et demande pour sa famille Tacquittement des sommes qui lui sont encore dues ^; ces dettes furent enfin payées, non sans de multiples réclamations *.
Du reste, le Directoire oublia bien vite ses promesses solennelles de ne point frustrer les instituteurs de la partie de leur traitement qu'ils recevaient des anciens gouvernements ou qu'ils percevaient par des droits féodaux. En avril 1799, les régents du district d'Avenches demandent à être indernnisés « de la perte qu'ils subissent par labolition du droit de messelerie ». En vertu de ce droit, le fisc prélevait une gerbe de blé par pose de champ; une partie de ce blé était destiné, dans le district d'Avenches, à compléter le traitement des instituteurs. La Chambre cède aux premières réclamations; comme elles se multiplient, elle en réfère au Ministre. Celui-ci, dans l'impossibilité de faire face aux exigences des maîtres d école, répond brutalement qu'en se chargeant des dettes de l'ancien gouvernement, la « Nation » ne s'est point chargée des salaires des régents; ils doivent être soldés par les communes uniquement ^. Les réclamations continuent d'affluer. Le 14 juillet 1800, le Ministre ordonne à la Chambre de remettre au régent d'OUeyres 3 mesures de grain et i louis; il ordonne de payer, le 12 septembre, aux régents Ney, de Payerne, et DoUeyres, de Corcelles, d'assez fortes sommes arriérées. La Chambre proteste et fait observer au Ministre que l'on ne peut satisfaire aux exigences du régent de Payerne, la plus riche commune du canton, et laisser les autres dans la vaine attente de ce qui leur est dû *. Et les pétitions des instituteurs continuent d'affluer •'». Et le Ministre de presser encore la Chambre d'y faire droit, « vu que
^ Pr., 14 janv. 1800, f. 35; a. /., 1489, f. 97-108.
* A. /., 1439, 78-80; a. cant.j arrêté de la Commission executive du 5 févr. 1800 (dans la collection des lettres du gouvernement à la Ch. adm., à la date indiquée).
^ ^L /., 9 et i3 avril 1799, 1437, f. 145, sqq.
* A. f., 6 sept. 1800, 1437, f. 114-117; 2 3 oct. 1800, 1439, f. 142, sqq.; Ch, adm.^ 14 juillet 1800, f. 307.
^ Cf. A.f.j 1437, f. 1 18, I 24, 226-227, 25 1-253, 254-265 ; Pr., 14 juillet^ f. iio; 26 juillet, f. 112; 12 nov. 1801, f. i23 ; i6 mars 1802, f. 145 , Miss., f. i33; Ch. adm.^ 14 nov. 1801, f. 700, etc.
leurs réclamations ne sont pas moins fondées que celles de tout autre fonctionnaire salarié par TEtat, et la continuation du payement sur l'ancien pied ne peut leur être refusée jusqu'à une nouvelle loi » ^. Qu'on leur accorde du moins un acompte proportionné à la somme due. La Chambre répondit, lasse de <:q manège :
Citoyen Ministre I
Nous renvoyâmes, il y a quelque tems, tous les régens d'école du -canton de Fribourg qui ont des pensions à retirer du gouvernement à patienter encore quelques jours, en leur disant que le tableau * de ce -qu'ils avaient à répéter vous avait été envoyé et que vous ne tarderiez pas, connaissant leurs besoins, à les satisfaire.
Aujourd'hui, obsédés par leurs nouvelles réclamations, pénétrés de la pénible situation où ces pauvres gens doivent se trouver, nous ne savons plus que leur répondre, et, d'après le tableau qu'ils nous font de leur misère, nous sommes contrains d'avouer avec eux que leurs demandes sont fondées et qu'il est injuste de les priver si longtems de leur salaire.
Plusieurs vont être dans la nécessité d'abandonner cet état et de chercher d'autres genres d'industrie, afin de pourvoir à leur entretien ^t à celui de leur famille, puisque le gouvernement refuse le payement du salaire qu'ils ont gagné. Et que deviendra la jeunesse de ce canton, si l'instruction publique, qui doit faire le premier soin du gouvernement, est négligée et même dissoute dans plusieurs endroits ? C'est pourtant, Citoyen Ministre, ce qui ne peut tarder à arriver si vous ne nous fournissez pas bientôt des fonds pour satisfaire ces instituteurs rebutés de leurs fonctions, puisque leurs peines ne sont pas récompensées. Sans vous rappeler les nombreux motifs que nos précédens TOUS détaillaient, nous vous prions, Citoyen Ministre, de considérer -qu'il est indispensable de nous pourvoir de fonds pour cet effet et qu'il est d'autant plus urgent que la conservation des établissemens d'instruction publique en dépend. Veuillez donc prendre notre demande réitérée en considération et mettre du numéraire à notre disposition.
Salut et considération,
WicKY, président, Chollet, secrétaire ^.
^ Ch. adm,y 2 3 sept. 1800, f. 471.
2 Ce « tableau » des indemnités dues aux pasteurs et aux régents par la Nation fut envoyé au Ministre le 3 déccembre 1800 (A. /., 1439, f. 190). ^ A. f., 4 mai 1801, 1437, f. 126.
Si le Ministre daigne envoyer quelques faibles sommes, c'est sur des demandes réitérées de la Chambre, mû non par un sentiment de justice envers les instituteurs, mais « touché qu'il est de leur extrême besoin » *. Par contre, il enverra une gratification de loo livres au régent Reymond, de Motier, « en considération de l'extrême pénurie qu'éprouve ce citoyen honnête et malheureux » 2. A quoi la Chambre répondit avec quelque vivacité : « Il est dur et pénible pour des citoyens qui servent l'Etat et qui se trouvent dans la détresse parce qu'on ne leur paye pas ce qui leur est dû, d'apprendre que le gouvernement fait des gratifications, tandis que leurs réclamations fondées ne leur procureront pas un sol » ^.
Après avoir dit et répété que « la caisse publique était hors d'état de remédier » à l'insuffisance du traitement de l'instituteur (on ne lui demandait pas de remédier à cette insuffisance, mais de payer ce qui était dû aux instituteurs, en toute justice, d'après l'arrêté du 19 janvier 1799), le Ministre jetait la respon-
^A.f.y 1439, 189-195; Ch. adm,, 29 avr. 1801, f. 3o5.
* Ch., adm., 20 mai 1801, f. 358.
"A. /., 1439, f. i-3o; Ch. adm., 20 mai 1801, f. 358. — Le citoyen Reymond, de Motier, paraît avoir été spécialement bien en cour auprès du Ministre. On lui accordait, le 19 févr. 1800, 4 chars de bois et i louis (Ch. adm., 19 févr. 1800, f. 82). Le 3 octobre, il recevait une gratification de 5o 1. et on invitait la Chambre et le Conseil de placer dans un bon poste cet excellent citoyen « que des circonstances malheureuses (il avait, parait-il dû s'enfuir de France précipitamment pour éviter l'échafaud) ont réduit à l'extrême misère ». Mais il ne put dépendre du Conseil de le mieux placer, puisqu'on lui avait accordé l'école « la mieux rétribuée du canton » (A. /., 3 oct. 1800, 1439, f. 7-12 ; Ch. adm., 1800, f. 465; Pr., 17 nov. 1800, f. 68 ; 7 mai 1801, f. loi ; Miss., 3o avril 1801, f. 45 et 5o). Reymond demanda, en i8oi,une place de péage dans le canton du Léman (Ch. adm., 6 mai 180 1^ f, 324). Il fut nommé troisième régent de Moudon. Le 10 décembre 1801, le Conseil élut à sa place, à Motier, Jean-Daniel Guilland. Celui-ci demanda, en février 1802, que l'on continuât à lui accorder le subside en bois qu'on accordait à son prédécesseur, bien mieux payé que lui. Le Conseil appuya sa pétition et y ajouta ces quelques mots : « Peut-être que dans ce moment quelques raisons politiques se joignent à celles de la justice pour faire démarquer à ce brave homme quelques plantes dans la forêt natiohale de Charmontel, rière le district d'Avenches » {Miss., 1 6 février 1802, f. 1 17). J'ignore à quelles circonstances font allusion ces lignes ; mais il semble qne le Conseil pensait que les « raisons politiques » seraient plus suggestives que les « raisons de justice ».
sabilité de la situation sur les communes et le peuple : « Je le sais par mon expérience (sic) que la négligence et la mauvaise volonté des parens, bien plus encore que leur pauvreté sont souvent la cause du délabrement dans lequel tombent les écoles; le peuple de la campagne ne sent pas encore assez combien l'instruction est nécessaire à ses enfans et, pour cette raison, il regrette chaque denier qu'il est obligé de dépenser pour cet objet » 1. Et ceux qui réclamaient leur dû ou se plaignaient de façon quelconque étaient aussitôt soupçonnés de manquer de générosité et de patriotisme 2.
Fatigué des innombrables pétitions des instituteurs de toute la Suisse, le gouvernement remit, par un décret du Sénat du 26 décembre 1801 , l'acquittement de ses dettes envers eux à la charge des cantons 3, dont la caisse n'était pas moins lamentablement vide que celle de la « Nation ».
^ A. /,, II mars 180 1, 1439, f. i3i.
* Cf., la lettre de Rappin (A. /., 1439, f. 35).
® Strickler, VII, 865. — Stapfer ne montrait pas tant de brutalité. 11 déplorait sincèrement la dure nécessité où il était de n'avoir rien à donner et faisait du moins ce qu'il pouvait pour alléger la déplorable situation de ceux qu'il appelait ses « collaborateurs ». Témoin la lettre qu'il envoya à la Chambre de Fribourg, peu de temps avant de quitter le ministère des Arts et des Sciences :
« Citoyens Administrateurs,.
« Vous savez que j'ai souvent gémi avec vous sur l'épuisement des finances qui nous empêchait d'indemniser les Ministres du culte et les Instituteurs des écoles avec autant d'exactitude que nous l'aurions désiré. Cet épuisement dure malheureusement encore et doit faire au gouvernement un devoir d'adoucir par toutes les ressources qui restent à sa disposition les conséquences pénibles qui en résultent pour cette précieuse et respectable classe de nos concitoyens. Je dois donc vous inviter, Citoyens Administrateurs, au nom du Directoire exécutif, d'améliorer le sort de ces fonctionnaires par tous les moyens indirects que l'administration des revenus nationaux et l'exercice de votre autorité met en vos mains. 11 existe des redevances casuelles, des émoluments ou indemnités en nature, comme, par exemple, grains, bois, tourbe, etc., qui ne sont pas abolies formellement et dont la rentrée, quoique ces objets ne soient pas considérables, ne laisse pas que de soulager beaucoup la position économique des Pasteurs. Tâchez de leur conserver toutes ces redevances, de leur en faciliter la perception et de les appuyer de tous vos moyens dans l'exercice de leurs bienfaisantes fonctions. Vous veillerez surtout qu'ils soient épargnés autant que l'équité le permettra sous le rapport des logements militaires.
« C'est un des vœux les plus ardents, comme une résolution bien décidée
L'acquittement de ce qu'elle devait aux régents de la ville de Fribourg fut pour la Chambre administrative une cause de tracas plus considérables encore.
Le régime helvétique avait confisqué tous les biens de l'ancien gouvernement, y compris les fonds d'école de la ville. Ce fut une difficile besogne, lorsque Ton eut à créer la « commune >► de Fribourg, de déterminer exactement ce qui, dans les propriétés gérées par LL. EE., appartenait proprement à la ville de ce qui appartenait à TÉtat. On n'y parvint qu'en octobre 1800 ^.
La Chambre essaya, en 1798, de confisquer, en faveur des écoles, les fondations qu'administrait l'évêque, en particulier la fondation Rossier. Mgr Odet sut les protéger 2. Trois ans plus tard, mourut le gérant des fonds scolaires ecclésiastiques, Tinguely, directeur du Séminaire. La Chambre voulut apposer les scellés sur « les objets de la fondation de M. Rossier », Mgr Odet de protester : « Cet économe n'est nommé que par le seul évêque. Nous avons cru être d'autant plus autorisé à nous y opposer, comme nous nous y opposons encore, que jamais cela ne s'est pratiqué en pareil cas et que le Révérendissime Evêque existant est, par testament du fondateur, seul en droit de diriger cette pieuse fondation ». L'évêque cependant offre d'en faire connaître l'inventaire aux membres de la Chambre administrative qu'on lui désignera ^.
du gouvernement de les dédommager, aussitôt que nos ressources le permettront, des privations et des sacrifices que leur impose la situation actuelle, tant interne qu'externe, de la patrie » {Bulletin de la Ch. adm,^ 2 3 août 1799, III, 596.) — Les ministres du culte n'étaient pas payés plus régulièrement que les instituteurs (Cf. a /., N" 5 11, i363, 1364, etc.).
^ Strickler, VI, 278. (Convention du 19 octobre 1800). — Le Conseil d'éducation écrivait le 5 nov. 1801 : « Par les événemens de la Révolution, la commune de Fribourg est réellement tombée dans le nombre des plus pauvres communes du canton, vu la disproportion qu'il y a entre les charges et les ressources » {Miss,, f. 81).
' A. év., Seminaria, 16 mai 1798.
' A. /., 1438, f. 116-117; a, ép,j Seminaria, 21 et 22 août 1801.
Stapfer aurait désiré même s'emparer de biens purement ecclésiastiques, tels que ceux des bénéfices simples, qu'il qualifiait d' « abus immoral ». Il demanda au Directoire « la suppression de cette classe de bénéfices dont les richesses dissipées entre quelques prêtres ignorants, sous le vain prétexte d'offices pour les morts ou les âmes du purgatoire, de messes fondées à cet effet et d'autres fins aussi inutiles, pourraient subvenir si heureusement à l'indigence de nos fonds d'instruction publique ». Le Directoire décida de laisser vacants tous les bénéfices de cette sorte, à mesure qu'ils deviendraient « veufs » ^.
Cependant, les dix régents et régentes de la ville, voyant que la fortune publique avait été confisquée et que personne ne faisait mine de les payer, montrèrent quelque inquiétude. L'un des premiers soins du Conseil fut de les rassurer : « Le Conseil s'occupera le plus activement possible des moyens d'améliorer le sort des régens de la commune de Fribourg et de leur procurer une existence qui les mette à l'abri du besoin , leur procurant même un honnête nécessaire, les engagera de se dévouer entièrement à l'objet important et majeur auquel ils sont appelés, celui de l'instruction des jeunes citoyens, tant relativement à la morale et à la religion qu'au patriotisme » -.
Le décret du. 19 janvier 1799 vint bientôt après confirmer les bonnes paroles du Conseil d'éducation. C'est de la « Nation » qu'ils percevront désormais leur salaire, puisque c'est elle qui détient les biens de l'ancien gouvernement. Rendus confiants, les instituteurs de Fribourg demandent qu'on maintienne leur précédent traitement et qu'on leur remette ce qui leur est dû ^. Le Directoire leur accorde à chacun 32 livres *.
L'année suivante, nouveaux débats. Les instituteurs doivent encore une fois réclamer leurs traitements. On leur accorde 690 livres à eux six, pension qu'ils percevaient de Tancien
^ Strickler, 23-25 février 1799, III, ioi3.
^ Pr., 1 5 janv. i 799, f. 4.
^ Pr., 14 mars 1799, f. 67; a. f., 1438, f. i25, sqq. — A une première requête du 22 janvier i 799, le ministère répondit par une menace de destitution ; le Conseil s'interposa et déclara que les réclamations des instituteurs de Fribourg étaient fondées.
* Lettre du Directoire du 23 mars 1799 (A. cant,).
gouvernement, niais « seulement pour un an et sans conséquences pour l'avenir » ^ Les régents se morfondent dans l'attente de cette somme. Le partage des biens de l'ancien gouvernement en propriétés communales et propriétés nationales aboutit enfin. Mais la Chambre et la Municipalité se disputent maintenant pour savoir qui doit fournir le bois et « la pension en denrées». Le 28 novembre 1800, « la Municipalité, étant hors d'état de payer les régents, a résolu de faire au gouvernement de vives représentations sur les refus de la Chambre administrative » 2 Elle ^ s'adresse, le 23 février 1801, à la Chambre de régie pour l'intéresser au malheureux sort des régents et l'engager à leur faire quelques avances » ^. La Chambre de régie s'informe avec lenteur *, blâme les mauvaises dispositions de la Chambre administrative ^, et ne paraît guère pressée de répondre par l'envoi d'argent sonnant à la requête de la Municipalité. En attendant, les régents se trouvent dans la plus noire misère. « Nous vous supplions, Citoyen Ministre, dit l'une de leurs nombreuses requêtes, celle du 28 janvier 1801, au nom de votre dignité de prêtre ^, au nom de vos fonctions et même au nom de l'humanité, de jeter sur notre triste sort un regard favorable et de bien vouloir ordonner à la Chambre administrative de nous payer enfin l'arriéré de l'argent gagné avec sueur, qui nous est dû depuis quinze mois » ^. Le très zélé patriote et maître de dessin Beroud n'est pas mieux traité que les autres instituteurs; il exhale ses doléances en de longs mémoires désolés : « L'administration ne paye plus rien ; la Municipalité dit qu'elle n'a rien; peut-on travailler et vivre de rien? » ^.
^ A.f., 19 avril 1801, 1438, f. 143; Ch. adm,, 7 mars 1800, f. 108.
2 Mun. Fr., 1800, f. 45.
^ Ibid., 1801, f. 107.
^ Ibid., 2 mars 1801, f. 11 3. — La Chambre de régie est un Conseil qui administre, dans la commune, les biens proprement bourgeoisiaux.
^ Ibid.y 2 3 mars 1801, f. 126.
® Mohr, ex-curé de Gais.
^ A. f., 1438, f. 175 ; cf. f. i53-i8o; Ch. adm., 5 janvier 1801, f. 10; 3o janv. 1801, f. 5i ; Mun. Fr.j 7 nov. 1800, f. 8; 20 mars 1801, f. i23.
^ A. /., fin janv. 1801, 1438, f. 98; Mun. Fr., 9 jariv., f. y5\ 23 janv., f. 85; 3o janv. 1801, f. 92.
Leurs réclamations de plus en plus pressantes leur valurent enfin, acompte par acompte ^, l'acquittement total des dettes qu'avait contractées envers eux la « Nation » ^. Le régime helvétique s'effondra avant que tout leur fût payé ^ ; le régent Grossrieder présentait encore une requête le 21 mars i8o3 *.
Comme Ton ne se souciait guère de leur payer ce qui leur était dû, les régents de Fribourg ne se soucièrent guère à leur tour de remplir exactement leurs devoirs. Ils se permirent de changer les heures de classe, de les abréger à leur gré, de donner congé quand bon leur semblait, au grand scandale du Conseil d'éducation qui ne leur ménageait pas des avis dont ils se moquaient. « Ils se couvraient toujours du prétexte que leurs appointemens étaient trop modiques et qu'il fallait qu'ils gagnassent leur vie » ^. S'ils se conduisaient ainsi en août 1799, quelle conduite tiennent-ils donc en 180 1 ? En 180 1, la Municipalité doit avertir Daguet « de faire son école plus diligemment que du passé, de se lever le matin de manière à pouvoir la commencer à l'heure fixée, de ne pas la finir avant l'heure, de ne pas abandonner ses élèves pendant sa durée, de corriger sa conduite morale, qui est d'un très mauvais exemple à ses élèves; Giroud, de ne pas se livrer à la boisson et à la mauvaise compagnie; Marilly, de bien remplir les heures de classe et de ne pas être partial dans la distribution des places » ^.
Le 19 octobre 1800, les biens communaux de Fribourg furent séparés des biens nationaux. Les biens affectés aux écoles de la ville, dans ce partage, étaient : « i<* le fonds des Scolarques et d'autres fonds destinés aux écoles; 2° la part de la ville aux donations de Brûnisholz en faveur des écoles (2000 écus bons) ; 30 l'établissement des Ursulines est envisagé comme une école primaire des filles et ses fonds devront, en cas d'une extinction éventuelle des Ursulines, continuer d'appartenir à la Commune
^ Mun. Fr.y 23 mars 1801, f. 126; 28 oct. 1801, f. 262.
* Ibid., i5 mars 1802, f. 368; 19 nov. 1802, f. 2.
* Ibid., 16 juillet 1802, f. 487 ; 22 nov. 1802, f. 6; 27 nov. 1802, f. 9; 10 déc. 1802, f. 16.
* Ibid., 21 mars i8o3, f. 93.
^ Pr., 22 août 1799, f. 23.
** Mun. Fr., 27 nov. 1801, f. 281.
de Fribourg pour leur destination primitive; si l'Etat ne peut pas leur restituer le bâtiment [incendié par les Français en 1799], il avisera à d'autres moyens de dédommagement; 4° le ci-devant Collège des Jésuites 1... »
Il paraît que cette convention ne fut pas strictement observée; en novembre 1800 déjà, la Régie de Fribourg se plaignait au Ministre el accusait la Chambre de « s'être mise en possession des sources qui fournissaient à l'entretien des écoles publiques, savoir des forêts qui appartenaient à la commune de Fribourg et des fonds de l'ancien gouvernement, desquels une partie des maîtres d'école étaient salariés, sans cependant laisser parvenir aux écoles primaires et aux régents la quantité de bois déterminée et leur solde ». Les classes ne sont pas chauffées et les instituteurs refusent d'y donner leurs leçons 2. Le Conseil exécutif dégage la responsabilité de la Chambre administrative en cette affaire et met le chauffage des écoles sur le compte de la commune ^,
La convention du 19 octobre attribuait à la ville de Fribourg une partie de la fondation d'un riche bourgeois Henri Brunisholz. Cet Henri Brùnisholz avait, dans un testament du 3 février 1763, distribué sa fortune en trois parts : la première devait appartenir aux pauvres ; la seconde, à l'instruction de la jeunesse ; les revenus de la troisième étaient destinés à fournir une éducation convenable et digne de leur naissance aux fils de patriciens tombés dans Tindigence *. Le gouvernement helvétique déclara cette dernière part propriété nationale, puisque le patriciat était aboli ^. Il en tira une pension viagère de 3o louis (Dublonen) en faveur du citoyen Jean -Dominique Brunisholz, fils naturel déshérité du donateur **. Le Conseil fut
^ Strickler, VI, 278 (texte allemand; je cite le texte français officiel).
^ Mun. Fr.^ 14 nov. 1800, f. 3i ; 21 nov. 1800, f. 41 ; 28 nov. 1800, f. 45; Ch. adm., i5 déc. 1800, f. 563.
' Mun. Fr.y 16 janv. 1801, f. 84
* Strickler, III, 5o8. — On avait eu recours à ce capital, afin de satisfaire à l'écrasante contribution de guerre imposée par les commissaires français (Berchtold, III, 372).
^ Strickler, V, 5 60.
® A. /., i3 sept. 1798, i5oo, f. 235. — Ce fonds destiné au patriciat était de i5 à 16,000 couronnes.
chargé de répartir équitablement aux diverses écoles. de Tancien canton de Fribourg la partie de ce fonds destinée à l'instruction de la jeunesse ^. Le Conseil proposa d'y prélever un capital de 2 à 3.000 écusen faveur de Técole des Principistes, espèce d'école secondaire ou d'école moyenne dirigée par un certain abbé Girard (qu'il ne faut pas confondre avec le P. Girard) que Fontaine avait en grande estime ^. On devait continuer d'affecter aux classes de la ville la rente des 2.000 écus bons que l'ancien gouvernement leur accordait déjà ?. Quant au reste, on pouvait l'employer à diverses oeuvres utiles : procurer aux écoles du canton des livres élémentaires uniformes, acheter des prix pour les enfants, accorder des récompenses pécuniaires aux maîtres plus diligents, établir des bourses permettant aux jeunes gens de la campagne qui désireraient se faire instituteurs de fréquenter les écoles du chef-lieu, etc. *. Il ne fut pas donné au Conseil d'éducation de voir le moindre de ces projets se réaliser.
Cette ponctualité dans l'acquittement des honoraires des instituteurs, le gouvernement helvétique, qui ne la pratiquait guère pour son compte, l'exigeait des municipalités ; on lisait en effet dans l'arrêté du 4 décembre 1800 :
Art. 2. — Le Conseil d'éducation nommera, selon les règlements établis, un régent à qui la Municipalité allouera, outre son logement, un traitement de 80 francs au moins, pour l'hiver actuel, c'est-à-dire jusqu'à Pâques ^.
Art. 4. — On appliquera au payement des frais des écoles, outre les fonds qui peuvent exister pour cette institution et les collectes volontaires, le produit d'une taxe des ^3 de la somme encore nécessaire sur tous les biens-fonds de la Commune et l'autre Yg en capitation sur tous les pères de famille.
^ Pr., 5 nov. 1801, f. 122.
2 Cette école des Principistes était un institut particulier. Cf. Pr., i5 janvier 1799, f. 4; 17 oct. 1799, f. 25 ; 3 nov. 1800, f. 65; a. f., 1438, f. 1 1 i-i i5. ^ Mun. Fr., 7 sept. 1801, f. 23o.
* Pr.j 16 févr. 1802, f. 140; Miss., f. 119.
^ Ou 5 écus neufs par mois d'école {Miss., 7 mai 1801, f. 5i).
La jeune République, qui improvisa toujours ses décrets, ses lois et ses constitutions, prend donc ses mesures pour régler le traitement des instituteurs pour Thiver 1 800-1801, en décembre 1800, alors que le semestre est à moitié écoulé et que, depuis longtemps, les contrats sont signés entre les régents et les communes ou les paroisses. Et ce minimum de 80 francs n'est valable que pour l'hiver 1800. Qu exigera-t-elle pour Tété? Le 28 août 1801 cependant, elle décréta que le salaire annuel d'un maître dëcole serait au minimum de 100 francs, outre le logement ^
Le Conseil d'éducation ^s'efforça de faire exécuter ce décret ou du moins de faire accorder aux instituteurs un traitement convenable.
A son instigation, Botterens porte le traitement de son chapelain-régent de 9 à i5, puis à 21 louis, plus 80 livres de beurre. Villarbeney, par contre, s'obstine à ne lui accorder que 3 louis et 20 livres de beurre 2. Le Conseil somme Villarbeney de rétribuer convenablement son instituteur, « quoique chapelain », et menace d'en appeler au Sous-Préfet ; Villarbeney répond en instituant une école particulière pour la commune, mais sans prévenir les autorités de cette brusque décision ^. Le Conseil essaye encore de faire augmenter quelque peu les salaires des régents de Bellegarde, de Cerniat *, d'Oberried ^, etc.
Hélas ! il eut le plus souvent à veiller à ce qu'on ne diminuât pas trop les pauvres honoraires des instituteurs. Un arrêté du 6 décembre 1800 avait remis Texamen de « toutes les contestations au sujet du salaire des régens d'école » aux Conseils d'éducation sous l'approbation de la Chambre administrative. Les Tribunaux inférieurs devaient « se référer à cet égard à l'explication des Conseils et décider seulement du mérite des prétentions du régent comparées avec cette explication » ^, Mais
^ Pr., II sept. 1801, f. 116; Strickler, VII, 401.
' Pr., 24 févr. 1801, f. 92.
^ Pr., 7 mai 1801, f. loi ; 23 févr. 1802, f. 141 ; Miss., 7 mai 1801, f. 5i.
* Pr., 12 janv. 1802, f. i35 ; Miss.^ f. 106-107.
" Pr., 9 et 14 juillet 180 1, f. 109-1 10.
^ bulletin de la Ch. adm., 2 janv. 1801, IV, 820.
les communes ne se préoccupaient guère des « explications » du Conseil, et ne s'émouvaient point de ses protestations réitérées. Les traitements des régents de Morat ^, de Lugnorre 2, de Grandcour ^, de Romont * et d'autres villages furent diminués. Le curé de Crésuz se contentait pour faire la classe du loyer d'un pré; on chercha à lui retirer cette maigre rétribution ^. La Municipalité de Seiry devait depuis deux ans à l'ancien régent paroissial de Montet, Vuchard, deux chars de bois et ne se pressait point de les lui fournir ^. Le Conseil se récriait, menaçait ; et comme ses admonestations n'obtenaient aucun succès, il finissait, de guerre ksse, par ratifier les mesures municipales, « eu égard aux circonstances de détresse et d'épuisement où étaient toutes les communes et dans l'espoir que ce salaire serait augmenté dans l'avenir » '.
Une partie, et parfois la totalité, du traitement était constitué par l'écolage. Le Conseil d'éducation aurait vivement désiré pouvoir abolir l'écolage et rendre l'instruction primaire complètement gratuite.
Nous avons remarqué, écrivait-il le 5 février 1801, au curé de Surpierre, un défaut essentiel dans la manière d'établir la paye des régens non seulement chez vous, mais dans plusieurs autres communes : on leur paye tant par enfant qui fréquente recelé. Il en résulte i* qu'un père de famille qui se trouve avoir quatre ou cinq ou plus enfans dans le cas de fréquenter l'école se trouve nécessairement surchargé au delà de ses forces; 2° que les pauvres sont aussi chargés que les riches, d'où il résulte qu'une partie des pères de famille ne mettent leurs enfans à l'école, que le plus tard possible et qu'ils les en retirent dès qu'ils le peuvent sans leur laisser le temps de se perfectionner et de se mettre en état de tirer parti de leur éducation ; 3' enfin, lorsque, par hasard,
^ Pr.y 10 déc. 1801, f. J27; Miss.yt 90.
'^ Pr., 26 nov. 1801, f. 124; 9 janv., f. i33; 2 févr. 1802, f. 137; Miss., f. 104 et 1 13.
^ Miss.j 26 févr. 1801, f. 25.
* Pr., 2 5 oct. 1799, f. 17. — Romont, ainsi que Morat, a eu ses fonds scolaires ébréchés par la Révolution (Enq., Mémoire de Fontaine). A Morat, l'instituteur recevait 40 écus des biens d'église. « Maintenant que l'église n'a plus de revenus, le régent n'en retire plus rien non plus » {Enq., Morat).
^ Miss., 1 2 janv. 1 802^ f. 1 08.
^ Pr., 22 oct. 1801, f. 120; Miss.j f. 76.
^ Miss.,\2 janv. 1802, f. 108.
comme c'est le cas actuellement chez vous, une commune se trouve avoir pendant quelques années un très petit nombre d'enfans, la paye du régent devient insignifiante et incapable de fixer un homme de talens. De sorte que pour établir une bonne école et s'assurer un bon régent, il faut qu'on le paye raisonnablement, non pas par enfant, mais par ménage * et en proportion approximative des facultés de chacun, en prenant cependant une partie sur les biens communs, en un mot en se conformant au dispositif de l'arrêté du 4 décembre dernier '.
« En attendant que cette mesure puisse être introduite partout, les Communes doivent payer pour les pauvres qui sont bourgeois, soit communiers » ^. Et s'ils ne sont pas communiers, qui payera pour eux? « Quant aux pauvres qui ne sont qu'habitans, il faut engager les communes ou de faire quelques sacrifices pour eux ou du moins de réserver aux régens de ne pas les exclure de Técole, puisque les communes sont elles-mêmes intéressées à ce que les enfans des pauvres soient instruits » *.
Pas plus que la « Nation », que la Chambre administrative ou que les municipalités, les particuliers ne se souciaient de payer ce qu'ils devaient à Tinstituteur. Beaucoup « refusaient sous toutes sortes de prétextes à livrer la quote-part que chacun d'eux est tenu de payer pour l'entretien des régens », « quote-part >► que les régents étaient obligés d aller eux-mêmes réclamer humblement de porte en porte. C'est pourquoi, « considérant que le régent d'école ne peut être chargé de poursuivre par lui-même ce payement tant qu'il en résulte un préjudice à l'instruction de la jeunesse », le gouvernement arrête, le 22 octobre 1800, « que les municipalités feront d'abord aviser amiablement ceux qui se refusent à contribuer selon leurs devoirs à l'entretien des régens d'école ; mais dans le cas où ils persisteraient dans leur refus, elles les poursuivront juridiquement à cet effet ou les feront poursuivre par un chargé de pouvoirs » ^. Cet arrêté eut sans doute le sort de la plupart de ceux des Commissions et des Conseils exécutifs de cette période ; il resta lettre morte.
^ « Qu'ils aient des enfants ou non. » {Miss., 26 mars 1801, f. 47.)
* Miss,, 5 février 1801, f. 8.
^ Miss,, 2 mars 1801, f. 47. (Circulaire aux inspecteurs d'éducation.)
* Ibid,
* Strickler, VI, 314; Pr,, 3o oct. 1800, f. 65.
La situation financière de la République helvétique fut cause que les efforts du Conseil demeurèrent vains. Il ne put que constater son impuissance, exprimer des désirs, faire des recommandations. « Une grande partie des communes ne sont pas en état de faire à leurs régens un sort proportionné à leurs peines et à l'importance des services qu'on devrait attendre d'eux » Dès lors, « on ne peut espérer que des hommes de talens prennent une vocation si ingrate, et il est impossible d'exiger que ceux qui s'y laissent employer y consacrent toutes leurs veilles » ^ Et le citoyen Gremaud, doyen de Morlens et commissaire d'éducation, écrivait de son côté au Conseil : «Il faut laisser aux régens le tems de gagner du pain par d'autres moyens, vu que leurs apointemens sont trop modiques et qu'il serait bien dificile de les améliorer, vu que la plupart des communes, déjà ci-devant si faibles en rentes, se plaignent de l'épuisement de leurs finances par les réquisitions réitérées ; des tems plus favorables rendront sans doute les moyens d'amélioration plus faciles... ^ »
C'est pourquoi, comme avant la Révolution, le maître d'école exerce un métier pour vivre; il cherche tout au moins à obtenir quelques places lucratives, comme celles de secrétaire municipal, de lecteur au temple, de clerc d'église. Le Conseil d'éducation ne peut blâmer cette manière d'agir. « Comme un grand nombre de communes manquent de sujets capables de faire les fonctions de secrétaire, il n'est, pour le moment, pas possible d'interdire absolument cet emploi aux régens. Il faut cependant avertir tous ceux qui sont dans ce cas qu'on ne le leur permet que pour autant qu'ils n'assisteront jamais aux assemblées de municipalité ou de régie pendant le tems destiné à l'école et ne s'occuperont jamais pendant la classe ni de protocoler ni de faire aucune expédition d'extrait, notification, ordre ou autres choses quelconques » 3.
Sous l'ancien régime, tout instituteur était clerc ou sacristain. Le Conseil prétend bien qu'il ne lui appartient pas de s'occuper
1 Miss., 9 août i8oi, f. 72. {Adresse à la Oiète cantonale.)
2 Pr., 12 fév. 180 I, f. 85.
3 Miss., 26 avril 1801, f. 46. {Circulaire aux inspecteurs d'éducation.)
de cette charge purement ecclésiastique. Mais de fait, en nommant le régent d'une commune, c'est un clerc qu'il impose à la paroisse dont cette commune fait partie. Cela est si vrai que le régent Torche, à qui l'on a confié l'école nouvellement établie à Cheiry, prétend être clerc d'église tout aussi bien que son collègue de Surpierre et partager avec lui les faibles revenus que procure cette place. En vain le Conseil s'écrie-t-il qu'un régent n'est pas nécessairement attaché à une église, il n'en veut rien entendre; la querelle s'envenime, et il faut « remettre la régence sur le pied de 1799 pour être desservie par un adjoint >►; et le régent et l'adjoint sont tous deux fixés à Surpierre et sacristains tous deux 1. De même, lorsque le Conseil nomme un instituteur dans une commune protestante, cest un lecteur qu'il impose au temple de la paroisse. Aussi eut-il à approuver un jour un règlement pour lëcole de Chabrey (Vully) qui portait un article ainsi conçu : « Tous les dimanches soirs, le régent fera la prière à Chabrey, afin que ceux qui ne peuvent se transporter à la paroisse (Constantine) n'en soient pas privés ». Il est vrai que le Conseil écrivit au verso du règlement : « Approuvé et ratifié en la séance du 22 octobre 1801, à l'exception de l'article 3"*^, des devoirs que le Conseil renvoie à la sanction de l'autorité compétente » ^. Bien plus, en nommant le régent allemand de Payerne, c'est un pasteur que le Conseil impose à la communauté allemande de cette ville ; aussi doit-il faire la « réserve expresse que, quant aux fonctions pastorales, il ne fasse rien que d'après la manuduction expresse de l'autorité ecclésiastique compétente » ^, La conception tout ecclésiastique
^ Pr., 26 févr., f. 93 ; 3o avril 1801, f. loi ; Miss., f. 28, 49; Pr., 26 janv., f. i35; i3 févr., f. i38; 24 févr.. f. 142; 16 mars 1802, f. 145; Miss., i" mars 1802, f. 128; a. f., 1437, f. 225, 232-25o.
* Pr., 1 1 sept., f. 1 1 7 ; 22 oct. 1 80 1 , f. 120. — Une copie de ce règlement avec l'approbation du Conseil se trouve aux archives cantonales, joint aux feuilles de l'enquête.
' Pr., I 2 oct., f. 60 ; 24 oct. 1 800, f. 6 1 . — La « repourvue » de ce poste fut particulièrement laborieuse. Le traitement était très minime ; encore le pasteur défunt ne put-il l'obtenir de la « Nation » qu'à force de démarches et de sollicitations. Plusieurs candidats se désistèrent lorsqu'ils eurent connaissance d'un tel état de choses. D'une part, un simple régent ne pouvait être agréé, puisqu'il fallait prêcher et faire les cérémonies du culte ; d'autre
de récole sous l'ancien ordre de choses entre ici en curieux conflit avec la conception toute laïque et neutre du nouveau régime.
part, « il était difficile d'espérer qu'un homme à talens voulût se déplacer pour desservir à ce prix cet emploi >► (A./., 1439, f. 1 14). Il n*y avait «aucun espoir de tirer, comme autrefois, ce salaire de la caisse d'État », le Ministre l'avait nettement déclaré {A. f., 1489, f. 116). Faute de mieux, le citoyen Rudolph, fîls du pasteur défunt, fut élu, « malgré que ce candidat ne possédât pas tous les talens désirables pour être très apte à cette place >► (^4./., 1489, f. I 14).