DISCOURS DE L'HON. RODOLPHE ROY SECRÉTAIRE DE LA PROVINCE
Je ne saurais trop vous remercier, M. le curé, de la délicate attention que vous avez bien voulu me témoigner en m'invitant à assister à cette belle démonstration: la bénédiction et l'inauguration de cette magnifique école don généreux d'un enfant de cette paroisse, un véritable ami de l'instruction publique et qui comptera à jamais au nombre de ses plus zélés bienfaiteurs.
Cet édifice, tout en étant un des plus beaux ornements de ce beau village de Beauport, si pittoresque, si prospère, si rempli de touchants souvenir historiques, sera de plus, un arsenal complet où sa jeunesse viendra puiser, chaque jour, toutes les connaissances utiles dans ce siècle de lumière et de progrès.
En s'imposant un sacrifice aussi grand, M. Bédard a voulu démontrer à tous ses concitoyens toute l'importance qu'un véritable patriote doit attacher à tout ce qui peut accélérer les progrès de l'intruction publique dans cette province.
En effet, l'instruction publique fait aujourd'hui le principal sujet des discussions dans toute la presse de ce pays. Elle s'impose de plus en plus à l'attention de
tous les hommes publics, non seulement de cette province, mais de toutes les autres provinces de la Confédération, parce qu'elle intéresse toutes les classes de la société.
Elle est, comme on l'a si bien dit, la cause nationale par excellence.
En disant qu'elle est la cause nationale par excellence, qu'il me suflise de rappeler brièvement, ce qu'elle a fait pour nous, dans notre belle province. Ne lui devons-nous pas notre clergé canadien, ce clergé national dont nous sommes si fiers. Ce clergé national n'a-t-il pas multiplié dans toute cette province ces collèges classiques qui ont présidé à la formation de ce barreau, de cette magistrature intègre et éclairéé qui nous a donnée les Bédard, les Papineau, les Vallières, les Lafontaine, les Cartier, les Dorion et les Mercier pour ne parler que des disparus, luttant toujours à l'avant-garde, soit au prétoire pour défendre la cause de la veuve et de l'opprimé, soit dans l'arène politique pour conquérir le gouvernement responsable, soit sur le banc, administrant pour tous la justice suivant les principes sacrés du droit et de l'équité.
Ne devons-nous pas à ces mêmes collèges classiques tout notre corps professionnel : hommes de science, médecins, notaires, arpenteurs, ingénieurs et fonctionnaires public ; ne leur devons-nous pas nos poètes, nos historiens et nos publicistes ? Ne leur devons-nous pas enfin, comme le faisait remarquer dernièrement et avec tant de raison, un publiciste français M. Siefried, dans un ouvrage qu'il publiait l'an dernier, sur le Canada, la conservation de notre entitée comme race, et d'être restés ce que nous élions lors de la conquête, catholiques et Canadiens français.
Si nous avons encore beaucoup à faire dans cette province pour accélérer les progrès de l'intruction publique,
dans nos petites écoles des campagnes, au moyen de primes, le zèle des municipalités scolaires pour relever le traitement des instituteurs et construire des maisons d'école plus en harmonie avec les dernières données de la science hygiénique et les besoins du jour, s'il nous reste à créer des écoles techniques, de hautes études commerciales, pour ouvrir à la jeunesse de nouvelles carrières, — et nous sommes entrés dans cette voie à la dernière session, — nous pouvons affirmer, — dis-je, -- sans craindre la critique ou la contradiction, que nous avons raison d'être fiers de ce que nous avons fait pour l'instruction publique. Nous avons également raison d'être fiers des progrès que nous avons vu réaliser dans une période relativement courte, pour ne parler que d'un point. La somme de $10,000 affectée au paiement des primes dans les municipalités scolaires les plus méritantes a eu pour effet l'augmentation directe du salaire des institutrices sans que les municipalités scolaires aient eu autre surcharge qu'un surcroit de zèle et de bonne volonté de la part des commissaires, et sans qu'aucune loi scolaire, aucun règlement ou aucune mesure législative ne contraignit les contribuables ou les commissions scolaires. On ne leur demande pas un denier de plus de taxe ou de contribution. Tant il est vrai que la compulsion ne peut faire un argument de législation, mais qu'au contraire, le gouvernement doit et sait qu'il peut compter sur la bonne volonté et le patriotisme de ia population de la province de Québec, surtout quand il s'agit de l'instruction des petits.
Une autre somme de $10,000 affectée au paiement de primes annuelles de $15 et de $20 aux institutrices ° qui enseignent depuis 15 ans et 20 ans a eu pour résultat de les engager à persister dans l'ingrate carrière
de l'enseignement et à faire rester dans la carrière, des personnes d'expérience qui autrement s'en seraient allées chercher ailleurs un emploi plus lucratif, En d'autres termes, les primes que nous accordons gardent à l'ensei- #nement primaire des jeunes filles qui ont l'expérience et qui savent ce que c'est que la tâche d'enseigner aux enfants.
J'ai parlé tout à l'heure de la condition hygiénique des maisons d'écoles, et pour arriver à en faire des endroits que les enfants ne voient pas d'un mauvais œilet qu'ils fréquentent, sinon avec plaisir, au moins sans aversion et dans lesquels ils rencontrent des conditions qui ne compromettent ni leur santé, ni leur vigeur, nous avons approprié une somme de $20,000.
Ainsi avons-nous fait notre possible pour rendre aussi attrayante qu'il se peut, l'assistance aux classes de la part des élèves ; aussi salubre que possible la résidence, la maison d'école pour l'institutrice.
Sans doute, nous ne devons pas être optimistes. Nous devons reconnaître sincèrement qu'il reste encore beaucoup à améliorer et à réformer. Dans chaque pays, l'instruction publique est susceptible de progrès constants ; mais il n'est pas nécessaire pour arriver à ce résultat, de changer ou de modifier considérablement un système scolaire qui nous a été légué par des hommes qui ont fait leur marque dans notre histoire et qui est le fruit de leurs expériences et de leurs travaux.
Il ne faut pas non plus tomber dans l'excès contraire, en critiquant le présent et le passé et en mettant nos compatriotes de race et d'origine différentes de la nôtre sous l'impression que nous n'avons rien fait pour l’ins- ‘ truction publique dans cette province, et que nous sommes leurs inférieurs sous ce rapport.
En eflet, si nous jetons un coup d'œil sur l'histoire de l'instruction publique dans cette province, nous constatons que de 1760 à 1816, date de nos premières lois qui ont servi de base au système scolaire qui nous régit aujourd'hui, rien ne füt fait durant cette longue période par nos gouvernants pour aider au progrès de l'instruction publiaue ; que durant toute cette période, si l'instruction fut quelque peu répandue dans nos villes et nos campagnes, elle le fut grûce à l'initiative privée, c'est-à-dire grâce à notre clergé ct à nos communautés enseignantes.
Des obstacies ont entravé, pendant au-delà de dix ans, l'application des lois scolaires de 1846-1818, et que ce n'est que depuis i$00 que notre système scolaire est appliqué régulièrement.
En mentionnant nos communautés ensci:n:rt comme ayant rendu des services inapprécia!: \ la cause de l'instruction publique, dans cette prouve, je suis heureux de signaler aujourd'hui l'œuvre de+ irère: de la Doctrine Chrétienne qui, en acceptant la direction de cette magnifique école, ont voulu continuer 1: nobies traditions de leurs prédécesseurs.
En effet, en parcourant le travail si intéressant du docteur Meilleur sur l'instruction publique, nous lisor:s que les Frères de la Doctrine Chrétienne arrivèrent pour la première fois à Montréal en 1837 pour collaborer à la grande cause de l'instruction publique dans cette province. Ils n'étaient alors que quatre Frères. Ils ouvrirent des classes pour la première fois près du séminaire de St-Sulpice.
Dès 1869, ils avaient fondé un grand nombre d'écoles dans toute la province de Québec et à cette date, notre gouverneur général, sir John Young, lors de sa visite aux écoles des Frères de Montréal, ayant manifesté le
désir que tous les Frères lui fussent présentés individuellement, il leur serra, à tous, cordialement, la main, voulant leur témoigner publiquement sa reconnaissance pour les nombreux services qu'ils avaient rendus à l'instruction publique dans cette province.
Messieurs, je disais en commençant, ces quelques. remarques que l'instruction publique intéresse de plus en plus toutes les différentes classes de la société. C’est la cause nationale par excellence.
En effet, dans ce siècle de lumière et de progrès, l'instruction est devenue une nécessité de la vie non seulement pour les membres de ces grandes familles que l'on appelle les nations, mais encore pour la conservation du sentiment national, et pour illustrer cette pensée, je citerai ces paroles d'un homme d'Etat anglais, illustre, Lord Russell: «Ce ne sont plus les canons, mais ce sont les instituteurs qui seront désormais les maîtres du monde ».
DISCOURS DE Mon MATHIEU, P. A. C. M. G.