RECTEUR DE L'UNIVERSITÉ-LAVAL
On m'avait dit que tous ceux qui devaient aujourd'hui, vous adresser la parole, avaient été avertis. Je ne suis donc pas venu ici avec l'intention de vous parler ; je suis venu seulement prendre part à la fête d’une paroisse, d'une famille dont je me considère encore comme le membre. Je me rappelle que c’est ici que j'ai passé mes vacances durant mon enfance et je ne puis oublier ces beaux jours où jeune, plein de feu, allant à la vie comme on va au bonheur, éperonnant les jours qui ne semblaient pas aller assez vite, je jouissais à Beauport
de ce printemps de la vie, le cœur plein d'espérances aussi grandes que le chemin que j'avais à parcourir.
Au reste, vous venez d'entendre la belle adresse présentée à Ms l’Archevèque par votre excellent curé ; vous avez écouté, avec autant d'admiration que de respect, la réponse de M“ Bégin pour qui avoir de belles pensées et les bien exprimer semble être la chose la plus facile du monde; vous avez applaudi aux délicates paroles pronocées par M. Bédard, votre co-paroissien et le vrai fondateur de cette magnifique école. Je ne pourrais que vous exprimer à peu près les mèmes per.sées sous une forme moins agréable ; et je me trouve comme cet homme qui aurait à la main un bouquet de fleurs si délicates et si tendres qu'il n'oserait les toucher même pour en faire respirer le parfum et en faire contempler l'éclat.
Permettez-moi seulement de vous dire que je prends part à votre joie parce que je comprends tout le bien que va faire cette école dans cette magnifique paroisse.
Pour que se réalisent les espérances qu'elle fait naître, il faut que les bons Frères qui en auront la direction mettent du zèle et du dévouement dans l'accomplissement de leur devoir ; il faut aussi que les parents les aident à bien s'acquitter de leur tâche.
Or comment le zèle et le dévouement pourraient-ils faire défaut chez les éducateurs de vos enfants? Vous n'avez ni le temps ni la science nécessaires pour instruire ces enfants. Vous les confiez à ces chers Frères et vous leur dites : « Voici ce que nous avons de plus cher au monde ; c'est notre enfant. Nous ne vivons et nous ne travaillons que pour lui. Nous rêvons pour lui le meilleur avenir. Nous avons le regret de ne pouvoir l'y préparer convenablement nous-
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mêmes. Cet enfant, nous vous le confions ; entourez-le de votre sollicitude, afin qu'il réponde à nos espérances.»
Il faudrait être un monstre pour n'être pas touché d'une telle confiance et ne pas y répondre par un dévouement sans bornes et un attachement sans mesure.
Ce dévoument, vous le constaterez ; cet attachement, vous le sentirez, et vous vous réjouirez des heureux effets produits par la formation que recevront à l'avenir vos chers enfants dans cette école. Les bons Frères feront bénéficier ces enfants de leur expérience ; ils leur feront contracter l'habitude du travail qui est la condition nécessaire du succès ; ils leur feront acquérir une grande distinction dans les manières qui n’est pas une vertu de luxe: car on ne saurait jamais trop dire comme il est beau l'enfant, le jeune homme délicat dans sa tenue, réservé dans son maintien et sachant éviter ce que Montaigne appellait « la vileté des apparences» ; ils les rendront surtout bons chétiens et la chose leur sera d'autant plus facile que l'intelligence de l'enfant est plein de vigeur pour connaitre Dieu et son cœur plein de vie pour l'aimer.
Mais pour que tout cela se fasse, il faut votre concours. Vous direz à vos enfants de respecter l'autorité de leurs maîtres ; vous leur ferez comprendre tout le prix de la sollicitude et de la tendresse dont vont les envelopper leurs bons Frères ; vous mettrez dans leur cœur la reconnaissance qu'ils doivent témoigner à ceux qui font pour eux le sacrifice de leur temps et de leur vie.
Avec cela, votre école va prospérer et nous applaudirons à son succès. Nous nous en réjouirons surtout avec le bienfaiteur insigne que vous connaissez et dont je ne veux pas faire l'éloge pour ne pas lui faire de la peine. Puisse l'exemple qu'il donne aujourd’hui
être suivi par un plus grand nombre de ceux à qui la Providence a accordé la fortune! Puissent-ils comprendre ce qu'il y a de beau, de grand, dans la pensée de cet homme qui veut se survivre à lui-même et continuer, après sa mort, les œuvres de bien dont il comprend toute l'importance !